Wuhan en Chine paralysé par des tempêtes et par une tornade

La ville de Wuhan, foyer officiel de l’épidémie de coronavirus, touchée par une immense inondation l’été passé, a subi des fortes intempéries.

Reuters: Deux tornades ont ravagé la ville centrale de Wuhan et une ville de la province orientale du Jiangsu, tuant au moins 12 personnes et en blessant des centaines en détruisant des maisons et des biens, a annoncé samedi l’agence de presse officielle Xinhua.

Huit personnes auraient été tuées à Wuhan, dans la province du Hubei, avec 280 blessées après la tornade de vendredi qui a ravagé le district de Caidian à 20h39, heure locale, a indiqué l’agence.

La tornade a renversé 27 maisons et endommagé 130 autres, ainsi que deux grues à tour et des rangées après rangées de hangars sur les chantiers de construction, a-t-il ajouté.

«J’ai grandi à Wuhan et je n’ai jamais rien vu de tel», a déclaré un habitant de la ville sur l’application chinoise Weibo. “Il y a eu tellement de météo extrême récemment.”

Une autre tornade a frappé la ville de Shengze, dans la région de Suzhou, dans la province du Jiangsu, sujette aux tornades, tuant quatre personnes et en blessant 149, a déclaré Xinhua.

Les responsables des incendies ont déclaré que les vents avaient endommagé les installations électriques et renversé plusieurs bâtiments de l’usine.

Les tornades frappent souvent le Jiangsu à la fin du printemps et au début de l’été (Reuters traduction google). La ville touchée est à environ 50 km de Shanghai.

Quelques jours auparavant, Le 10 mai la ville de Wuhan a aussi subi une forte tempête, un vent très fort qui a endommagé les bâtiments, une inondation, de la très grosse grêle. Il y a eu au moins deux morts, des personnes qui nettoyaient les vitres d’un immeuble, et de nombreux dommages matériels.

Il était très difficile et risqué de s’aventurer dehors au cours de ces intempéries. La gare s’est transformée en piscine. Des toits en tôle ondulée ont été arrachés, des immeubles, des stands, des voitures détruits.

Les premières minutes de la vidéo ci-dessous résument les intempéries du 10 mai à Wuhan (vidéo informative en chinois,   autre vidéo du 10 mai).

Au mois de mai une tornade a aussi frappé Oman, plusieurs le Canada, et les dernières semaines de nombreuses tornades se sont produites aux Etats-Unis. Elles ont touché les villes d’Atlanta le 3 mai (lien) et la Nouvelle-Orléans mardi passé (lien).

La Suisse subit aussi des intempéries. Elle est un peu protégée des vents, qui sont bien plus destructeurs ailleurs, où intempéries causent des dégâts matériels,  endommagent les entrepôts et perturbent les transports. Une étude de 2017 montrait que la fréquence de tornades augmente aux Etats-Unis (lien). Elles semblaient très fréquentes en 2020, et surviennent lors de forts orages, qui s’aggravent.  L’économie mondiale pourrait être progressivement mise hors service par ce type d’événements.

Commentaire 1: Je crois que maintenant je dois lire l’article ‘Tornado outbreak variability follows Taylor’s power law of fluctuation scaling and increases dramatically with severity‘ et le résumer. 

 

La diminution des émissions de 2020 a-t-elle réchauffé la Planète? 

Combustion de carburants fossiles et aérosols

L’épidémie de coronavirus et les mesures de confinement ont provoqué une réduction des émissions de carbone planétaires, particulièrement de celles des transports terrestres et aériens.

La réduction a atteint 26% à son apogée (blogArticle Le Quéré) et les émissions de carbone de l’année 2020 ont baissé d’environ 6% (Lien IEA). Une étude récente suggère que les Etats – Unis ont même vécu une baisse plus importante (lien).

La combustion de  charbon, de bois et de gaz dégage du gaz carbonique, dont la demie-vie dans l’atmosphère est d’environ cent ans.  Elle produit aussi des aérosols, qui ne subsistent que quelques jours dans l’air. Il s’agit de diverses molécules dont certaines absorbent la lumière solaire et d’autres la réfractent , et en protègent la Planète (Lien aerosols).

L’utilisation des énergies fossiles provoque la formation de ces molécules qui refroidissent la Planète. Un des grands dilemmes du climat est que l’arrêt soudain de toutes les usines provoquerait la disparition des aérosols, qui pourrait brusquement réchauffer la Planète d’environ un demi-degré Celsius. Ce serait dramatique, pourrait conduire à des violentes intempéries et à la mort des forêts. 

Pourtant, si nous continuons, l’effet de serre s’accroît et la température planétaire augmente. 

Certains considèrent qu’une dispersion artificielle de particules (geoengineering SRM) dans l’atmosphère est la seule solution pour sauver le climat terrestre. 

Effet du confinement

Image by Tumisu from Pixabay

La grande expérience planétaire de 2020 nous a apporté des renseignements sur ce sujet.  Les émissions de carbone ont été réduites de 6 ou 7%. Les aerosols ont diminué. Comment ce changement a-t-il influé sur la température de la Planète?  Les calculs basés sur plusieurs modèles indiquent que la quantité de rayonnement solaire touchant la Terre a augmenté pendant cette période, mais pas au point d’augmenter la température ou le rayonnement terrestre.  Même localement en Asie, où l’effet de réduction a été le plus fort,  l’augmentation de température n’a pas dépassé 0,1 degrés Celsius (communiqué, article).

Une autre publication rapportait que le printemps chaud que nous avons vécu en 2020 en Europe n’a pas été directement causé par l’arrêt des usines et l’absence de particules dans l’atmosphère, mais était un phénomène météorologique indépendant. 

Les calculs qui rapportent peu d’effet de la réduction des aérosols sur la température  se basent sur des chiffres estimés de l’effet des aérosols. J’aimerais voir ces calculs confirmés par des mesures directes de rayonnement solaire. 

Aérosols et réchauffement futur

L’effet de ces particules sur le climat a été sujet de débat. La combustion du bois, du pétrole, et du charbon produit différents mélanges. J’ai trouvé une publication qui estime que la combustion du charbon pourrait temporairement refroidir la Planète, alors que celle du pétrole et du bois la réchauffe plutôt (lien).

 Si c’est le cas, nous avons intérêt à arrêter au plus vite le traffic automobile et la déforestation, et à réduire la consommation du charbon plus lentement, de manière bien calculée. En 2020, la diminution des émissions du pétrole a été la plus forte. Il est donc possible que nous ayons réduit les aérosols absorbants (chauffants) plus que ceux qui refroidissent la Planète. Par contre, les feux de forêt ont été très importants et ils ont pu contribuer au réchauffement annuel.

Si les aérosols du pétrole ne refroidissent pas la Planète, l’arrêt rapide de son utilisation pourrait protéger notre civilisation.  Par contre, un arrêt immédiat et total de toutes les usines à charbon planétaires pourrait être dangereux pour le climat. Du reste, un arrêt progressif sur dix ou vingt ans nous permettrait d’organiser la transition vers un monde sans carbone fossile, et à l’économie locale.

Cette année l’activité volcanique semble intense,  notamment la Souffrière  a rejeté une grande quantité de particules qui pourraient tamiser le rayonnement solaire.  Elles remplacent les particules émises par les usines.

Il est aussi essentiel de protéger les forêts.  Les aérosols de combustion du bois pourraient contribuer immédiatement au réchauffement, Les feux de forêt émettent beaucoup de carbone,  de plus les forêts sont très importantes pour la Biosphère, une Terre déforestée ne serait peut-être pas habitable pour les humains.   Plantons et protégeons les arbres!

Image de couverture by Ralf Vetterle from Pixabay

 

Biden lance un plan pour l’emploi et sécuriser les infrastructures contre le réchauffement. Le fera-t-il bien?

Biden face à la réalité climatique

Le président américain lance un grand plan pour l’emploi à hauteur de 2,3 billions de dollars. Ces investissements sont destinés au renforcement des infrastructures face au réchauffement. Ils déclarent que « chaque dollar dépensé pour la reconstruction des autoroutes, des aéroports, des systèmes d’eau etc sera utilisé ” prévenir, réduire et résister aux impacts de la crise climatique. “

Le nouveau président américain semble faire face à la réalité. Il serait très intéressant de savoir quelles mesures ont été prévues pour que les infrastructures résistent au changement climatique. Elles doivent être adaptées à l’urgence climatique.

Le changement climatique provoquera probablement des inondations croissantes, des ouragans plus forts  des glissements de terrain, des vagues de chaleur, des feux de forêt et la montée du niveau de la mer (GIEC).

Des vents plus forts, et des grands orages, s’étendant sur plusieurs pays semblent aussi se produire depuis quelques années. Ils pourraient apporter des grosses grêles, de tornades et des foudres très nombreuses ou intenses.

Inondations

De nombreux dégâts se produisent déjà: Le nombre et la gravité des inondations augmentent. Elles inondent les sous-sols, détruisent les possessions dans les appartements et les stocks dans les entrepôts. Le danger d’inondation est très répandu, un rapport américain estimait que la moitié des bâtiments des Etats -Unis sont en danger d’inondation.  La petite inondation de Lausanne, a déjà causé des dommages coûteux dans de nombreux sous-sols. En 2020, la Chine a été touchée par d’immenses inondations, qui ont couvert des villes entières.  Elles sapent et emportent des bâtiments entiers. Plus d’un million de personnes ont été évacuées, et un nombre comparable a été employé dans l’aide aux victimes.  Le danger d’inondation a été relativement bien annoncé par le GIEC, même si les précipitations sont parfois plus intenses que prévu. La fonte de la glace Arctique et le dérèglement du courant-jet pourraient  créer des perturbations atmosphériques supplémentaires, et amener des fortes précipitations dans l’hémisphère Nord. 

Glissements de terrain

Des glissements de terrain inhabituels se produisent suite au dégel du permafrost boréal et de montagne. Les chutes de pierre dans le Massif du Mont-Blanc se sont surtout produit depuis 1990, et augmentent ces dernières années, dues au réchauffement (Lien preventionweb).  Les pluies intenses en provoquent aussi, les feux de forêt déstabilisent les pentes de montagne. D’autres glissements de terrain se produisent en bord de mer à cause de la montée du niveau de la mer  et en bord de rivière en crue, après des fortes pluies. En Californie, le Highway 1 est très vulnérable et a déjà subi des nombreux glissements de terrain (lien) , notamment après une grande tempête

Parfois, les glissements affectent des grandes étendues, quand un éboulement bloque une rivière. Après des pluies intenses en 2019, un tiers de la Colombie avait été coupé du monde par des glissements de terrain sur les routes (lien). 

Des glissements de terrain importants se sont produits récemment en Nouvelle Zélande, au Canada, en Turquie, en Equateur,

au Pérou , en Chine au Séchouan, à Hubei, ou à Chongking. Ils augmenteront probablement de concert avec les précipitations intenses. 

Orages plus importants et destructeurs

Les orages semblent plus grands et plus forts, les nuages s’étendent plus haut , l’humidité atmosphérique augmente, les courants polaires humides se heurtent à de l’air très chaud et pourraient des intempéries plus violentes.

Des grêles avec des grêlons de près de 20 centimètres se sont produits récemment à plusieurs endroits des Etats -Unis (Oklahoma, Texas). Ces dernières années, les grêlons géants  ont tué en 2019 en Chalcidique, Grèce. Ils ont détruit des voitures et percé des toits en Italie, en Australie.  Un article rapportait que les fortes grêles avaient détruits quasiment tous les toits.  Un autre discute les événements de grêle géante en Europe.

Ces orages s’accompagnent parfois de tornades et de foudre. Des records du nombre d’éclairs ont été atteint ces dernières années, des foudres beaucoup plus fortes pourraient aussi se produire (blog, Reuters).  La Suisse est assez exposée à la foudre, et relativement moins au vent. 


Vent


Des vents étrangement forts se sont produits ces dernières années. Les statistiques sur la vitesse du vent semblent difficiles à faire. Cependant, jai l’impression que le nombre d’arbres cassés par les vents s’accroit.

Les jeux olympiques de Corée avaient été perturbés par des vents étonnants (lien).

En 2020, un vent fort a balayé  l’état de l’Iowa et a provoqué des dommages très étendu, a privé d’électricité et coupé du monde de nombreuses villes, qui ont été livrées à elles-mêmes dans une chaleur intense (mon blog). 

Le mois passé, en avril 2021 des vents violents ont ravagé au moins la Russie, le Brésil et la Chine. J’ai remarqué dans les vidéos que les toits des immeubles sont arrachés en entier, s’envolent en plaques immenses de dizaines de mètres. Les  arbres cassent, les tempêtes plient les grues de chantier , de nombreux poteaux sont arrachés, tout objet non fixé s’envole et peut causer des dommages, les trampolines en particulier volent très bien. 

L’article phys.org en lien cite plusieurs chercheurs en génie civil sur ce sujet. Ils confirment que l’infrastructure devra être adaptée à une gamme plus large de conditions climatiques.

Le professeur génie civil Baker de Stanford estime que les agences concernées devraient exiger que les projets d’infrastructure soient conçus en tenant compte des risques futurs liés au changement climatique. Le rétablissement de la norme fédérale de gestion des risques d’inondation de l’ère Obama serait un bon pas dans cette direction. Les entités privées devraient également être tenues d’évaluer et de déclarer leurs risques liés à l’exposition aux impacts du changement climatique – une transparence accrue sur ces risques profiterait à tous les décideurs.

Le professeur Billington de Stanford a déclaré que récemment des liens solides ont été trouvés entre les caractéristiques de conception de l’environnement bâti et les politiques de logement historiques qui peuvent être directement responsables de l’exposition disproportionnée des populations mal desservies aux événements de chaleur actuels. La lutte contre les effets des îlots de chaleur urbains en accordant une attention à la fois aux infrastructures bâties et naturelles dans les villes peut aider à remédier à ces inégalités.

 Une meilleure politique de construction pourrait limiter les vagues de chaleur en ville et dans les appartements. 

Solutions

Personnellement, au vu des événements catastrophique dont j’ai connaissance et que je tente de porter à la connaissance du public, j’estime que: 

– L’aggravation de tous ces phénomènes, inondations, vents, foudres, tornades, glissements de terrain ainsi que des vagues de chaleur devrait être bien calculée pour chaque degré de réchauffement. 

– Il faut des toits résistants, et peut-être des volets obligatoires pour protéger les fenêtres. Les panneaux publicitaires doivent disparaître, les feux de circulation et les poteaux de l’électricité sont aussi fragiles.  Des arbres cassent aussi, ils devraient parfois être taillés ou remplacés par d’autres espèces.

– Il faut aussi estimer la probabilité que la maison entière s’écroule en cas de glissement de terrain, de violente inondation ou de tornade pour tout bâtiment existant et prévu.  Ces bâtiments ne doivent pas être construits.

– Les bords de mer et les zones proches des embouchures des rivières sont très exposées, et les nouvelles données sur la fonte des glaciers Antarctiques signifient que la montée du niveau de la mer atteindra, lentement et progressivement plusieurs mètres. A d’autres endroits,  les risques d’inondation pourraient être réduits en creusant des grands canaux, des vrais lits de rivières, pour évacuer l’excès de pluie. 

– J’espère qu’ils mettront en place des mesures pour sauver les forêts, essentielles pour le climat et la biodiversité.   Les forêts protègent contre les petits glissements de terrain, et conduisent l’eau de pluie en profondeur.  Il faudrait voir si les pentes de montagne pourraient aussi être drainées ou si les précipitations pourraient être dirigées dans des canaux. 

Si l’estimation des dégâts climatiques futurs à l‘infrastructure est faite correctement, elle sera énorme, tous les bâtiments sont à risque. Il faut peut-être sécuriser surtout l’infrastructure essentielle, créer des abris et transformer les hôpitaux en bunkers amphibies.

Et si on prend en compte tous les coûts, il deviendra clair qu’il sera moins cher, de réduire fortement les activités économiques que de transformer les centres commerciaux en bunker d’autant plus que nous vivrions en bouleversement climatique perpétuel.  De plus, il existe de sérieux risques d’aggravation rapide du changement climatique,  par exemple quand les températures battront des nouveaux records lors de la prochaine année El Nino. 

 

 

La géo-ingénierie, la couleur de la lumière et la croissance des plantes

OBSCURCIR LE SOLEIL

Les climatologues savent depuis longtemps que les éruptions volcaniques provoquent un certain refroidissement de l’atmosphère, ou en tout cas un ralentissement du réchauffement. Les cendres volcaniques en suspension réfléchissent une partie des rayons du soleil avant qu’ils n’atteignent la Terre.  L’éruption actuelle du volcan de la Souffrière pourrait d’ailleurs provoquer une baisse ou une stabilisation des températures cette année, ce serait une bonne nouvelle.

Les scientifiques ont donc eu l’idée de reproduire cet effet en dispersant des petites particules dans l’atmosphère pour filtrer la lumière du soleil. Cette technique de géo-ingénierie s’appelle en anglais SRM (solar radiation management).

Les scientifiques américains appellent à l’étude de cette technologie (lien Nature). Après des tests préliminaires, elle a été délaissée par crainte de conséquences sur le climat et du laxisme au niveau des émissions. Pour le moment, des études tentent de mieux définir les aérosols déjà présents dans l’atmosphère.  L’Université d’Harvard avait prévu de lancer des essais SCoPEx de dispersion de particules mais ceux-ci ont été bloqués par les Samis suédois la semaine passée (lien Reuters), car la réduction des émissions de carbone leur paraît une bien meilleure solution.

Nuage de cendres d’une éruption volcanique naturelle

Je relaye ici un article qui est un appel pressant aux écologistes d’évaluer les conséquences de cette technologie avant de l’utiliser. Selon les auteurs, elle pourrait avoir plusieurs conséquences imprévues sur le climat et sur les écosystèmes terrestres (article).

Les aérosols dispersés dans l’atmosphère diminueraient la quantité de lumière solaire qui atteint la Terre, et par là la température de l’air, sans diminuer le CO2 atmosphérique, la température ni l’acidification des océans.  Les ‘effets secondaires’ pourraient inclure une augmentation ou plutôt la destruction de la couche d’ozone, des sécheresses, et la perte de la mousson asiatique. Cela dit, il me semble que cette dernière s’accroît très vite et cause des inondations de plus en plus graves, ce qui est aussi un problème (lien).  L’intervention pourrait provoquer aussi une déposition de sulfate et changer le spectre de la lumière atteignant la terre.

Un risque inhérent à cette géo-ingénierie est qu’elle devrait continuer tant que la concentration de CO2 ne redescendra pas, un arrêt qui pourrait subvenir lors d’une guerre, une défaillance, ou encore la destruction du centre d’émission provoquerait un saut de température avec des conséquences météorologiques à côté desquelles les intempéries actuelles seraient des bébés.

Si l’intervention est appliquée tôt, elle pourrait être beaucoup plus modérée. Par contre, si plus tard nous devons rapidement faire descendre la température de deux ou trois degrés, la dose d’aérosols serait beaucoup plus massive et ses conséquences pourraient être plus graves.

L’article appelle les écologistes à étudier ses conséquences éventuelles d’urgence. Il existe bien sûr d’autres solutions, la réduction d’émissions, la capture du carbone par des méthodes naturelles ou artificielles, ou encore la reconstitution artificielle de la glace Arctique, ou la fertilisation des océans.

Lien sur l’article et sur le communiqué

Jeunes plantules dont le développement (direction, hauteur, branches, feuilles), dépendra de la lumière

Une feuille à l’ombre d’une autre plante reçoit une lumière filtrée (et le sait).

PLANTES ET ALGUES MARINES

Les plantes utilisent l’énergie du soleil pour fixer le carbone de l’atmosphère.  Elles en sont totalement dépendantes et se sont développées en fonction de la lumière solaire. De nombreux récepteurs à des longueurs d’onde spécifiques influencent leur développement. Chaque étape de sa vie, la germination, l’élongation, la croissance, la formation de bourgeons, la croissance des feuilles, la capture du carbone, la floraison dépendent d’un dosage précis de lumière à différentes longueur d’ondes.

La petite plantule décode le spectre de la lumière. Sa composition provoquera une croissance accrue vers le haut, ou la formation des branches, ou l’agrandissement des feuilles, ou déclenchera la floraison (Huché-Thellier,  Leduc).

La photosynthèse, qui aboutit à la fixation de carbone et à la formation de biomasse, est une réaction chimique alimentée par la lumière. Elle en dépend absolument. Les pigments chlorophylles impliqués, absorbent surtout la lumière rouge (autour de 650 nm) et bleue (env 450 nm).

Les végétaux disposent de nombreux photorécepteurs qui réagissent à la lumière allant de l’UVB au rouge lointain, un spectre plus large que la vision humaine.  Il s’agit de protéines qui reconnaissent un stimulus spécifique et transmettent le signal de sa présence dans la plante. Ils détectent des longueurs d’onde comprises 280 et 780 nm. Ils se trouvent partout dans la plante, il y en a même dans les racines. Ils permettent de réagir à des changements du spectre lumineux, de la direction et de la photopériode.

Les UVB sont généralement nocifs pour les plantes comme pour les humains, et dans certains cas freinent la croissance des végétaux qui investissent leur énergie dans la production de composés de protection anti-UV.  Les plantes qui ont poussé dans un appartement sont très sensibles aux UVs, mais quand elles détectent les UVs à l’extérieur,  elles s’y acclimatent et deviennent plus résistantes.

Les UVA et la lumière bleue sont importants pour la croissance des plantes, pour la photomorphogenèse, et pour l’ouverture des stomates. Ces petites ouvertures à la surface des feuilles permettent au CO2 d’entrer dans la plante, donc la fixation du carbone ainsi que les échanges gazeux en général.

Une molécule spécifique, le phytochrome, reconnait la lumière filtrée par les feuilles des autres plantes, à 730 nm. Elle permet à la plante de savoir si elle est à l’ombre d’autres végétaux ou en plein soleil. Lorsque la lumière qui arrive est tamisée par des feuilles vertes, le récepteur est inactivé, ce qui favorise la croissance rapide d’une plante étiolée vers le haut. Elle investit alors toute son énergie pour pousser  et pour se faire une place au soleil. Quand elle parvient en pleine lumière, le récepteur réagit aux rayons rouges, et la plante forme alors plus de feuilles et s’étale en largeur.

Les océans sont habités par des algues vertes, mais aussi bleues et rouges, déférentes des plantes terrestres. Elles possèdent aussi plusieurs photorécepteurs qui orientent leur développement selon le spectre de la lumière. Pendant la plus grande partie de l’histoire de la terre, la photosynthèse, la fixation de carbone et la libération d’oxygène ont été faites par les algues bleues (les cyanobactéries). Les algues rouges, plus évoluées, se sont répandues au Jurassique. Leur succès pourrait être dû aux périodes d’anoxie des océans. Le phytoplancton a des nombreux pigments qui lui permettent d’absorber la lumière sur une grande partie du spectre visible (revue). 

Bref, un changement du spectre de la lumière pourrait avoir des effets variés, différents selon les latitudes et les espèces de végétaux photosynthétiques. Par exemple, une expérience artistique aux Pays-Bas illumine les plantes la nuit avec de la lumière rouge, bleue, ce qui les fait pousser plus vite et avec des UVs bien dosés qui activent leurs défenses contre les maladies, et permettent une réduction des pesticides (vidéo, page internet).

 

L’effet d’un changement du spectre de la lumière solaire devrait être testé pour toute la vie d’une plante, la germination, la croissance, la floraison et la formation de graines fertiles. Il n’y aura peut-être pas d’effets négatifs. Par exemple, l’éruption du Pinatubo qui a réduit la lumière du soleil a apparemment provoqué une croissance accrue d’environ un quart d’une forêt en Afrique du Nord, elle semble donc avoir eu des effets positifs sur cette forêt, même s’il faudrait vérifier les effets sur une période plus longue.

Le professeur Fankhauser de l’Université de Lausanne, spécialiste des photorécepteurs, m’a fourni une partie de ces renseignements. Je lui ai demandé quelles seraient les conséquences pour les végétaux de la destruction de la couche d’ozone ou d’un changement du spectre de la lumière. Selon lui, la destruction de la couche d’ozone serait catastrophique, car les UVs diminuent la productivité des plantes.

Quant au changement du spectre de la lumière, il estime qu’il pourrait aussi créer des problèmes, car les plantes utilisent une information qui est un équilibre entre les différentes longueurs d’onde, la plante mesure le rapport entre les différents rayons pour orienter son développement.

Les nuages réduisent toutes les longueurs d’onde, et la nature s’est adaptée au spectre existant depuis des millions d’années. Il considère qu’il vaudrait mieux ne pas filtrer une longueur d’onde spécifique,  pour éviter de perturber l’écosystème.

Image de couverture Gerd Altmann

Addendum le 21 avril 2021: Une publication estime qu’une grande éruption volcanique, env. 50x le Pinatubo, libérerait des halogènes qui toucheraient rapidement la couche d’ozone, les UV augmenteraient de 60%, surtout dans la région de l’Antarctique. L’actuelle réduction de la couche d’ozone de 16% réduit la productivité du phytoplancton de 5%, et un peu plus la quantité de poisson. Des dégâts plus graves à la couche d’ozone diminueraient davantage la productivité des plantes, de l’agriculture, du phytoplancton, et donc la capture du carbone par les végétaux.

Une expérience a exposé des arbres, des pins aux UVs comparables à ceux provoqués par les immenses explosions volcaniques du permien. Les pins sont devenus tous devenus stériles, ils n’ont pas pu donner de prochaine génération d’arbres.

L’extinction humaine est-elle proche? L’apocalypse selon Guy McPherson

Guy McPherson est un ancien professeur d’université d’écologie. Il a quitté le monde de la recherche universitaire, et la vie dans la société américaine pour exploiter, conformément à ses valeurs,  une ferme écologique, changement  qu’il a décrit dans un livre, ‘Walk away from the Empire‘ et dans son blog.  Le livre ‘Going dark’ expose ses inquiétudes pour la Planète. Aujourd’hui, il expérimente personnellement un mode de vie écologique. Il élève des chèvres et  cultive son jardin.

Ses recherches l’ont mené à prendre très au sérieux la vitesse à laquelle les espèces vivantes disparaissent aujourd’hui et le changement climatique. Dans une publication récente, qu’il présente dans cette vidéo, il déclare que l’espèce humaine risque l’extinction à court terme. Il cite plusieurs changements inquiétants qui surviennent actuellement sur la Terre, et qui constituent des graves risques pour l’Humanité. Je le trouve un peu réducteur à clamer constamment ‘la fin est proche’- Michael Mann, un climatologue, dont le travail récent suggère que les températures se stabiliseraient si nous diminuons les émissions,  a même dit récemment que Guy McPherson devait être payé par les industries fossiles pour saper l’action climatique, ce qui est certainement aussi exagéré. Guy McPherson fait allusion à des faits et des risques réels de son point de vue d’écologiste.

Selon lui, les conditions de vie nécessaires pour l’humain pourraient être détruites sur Terre, l’Humanité pourrait disparaître, comme l’immense majorité d’espèces s’est éteinte au cours de notre passé géologique. Il remarque que la plupart des vertébrés terrestres disparait à vue d’oeil, alors il pourrait en être de même pour l’Homme.  D’autres écologistes s’alarment aussi du rythme effréné de disparition d’espèces sur Terre, (Paul Ehrlich par exemple, lien), et estiment qu’elle signale un bouleversement majeur du système Terre et y voient un immense danger.

J’objecte que pour le moment, nous annexons tous les écosystèmes sauvages pour produire des aliments pour les humains. Mais il est vrai nous ne le faisons pas intelligemment ni de manière durable.

Méthane dans la mer Arctique et dans le permafrost

GuyMcPherson cite par exemple le méthane dans la mer Arctique ou dans le permafrost terrestre que le réchauffement pourrait libérer, et le gaz émis démultiplierait le réchauffement climatique, avec des très dangereux bouleversements météorologiques.  Cet événement hypothétique est généralement considéré comme possible pour le 22ième siècle, certains craignent une augmentation du réchauffement par le méthane vers 2050 déjà. D’autres, comme Peter Wadhams, pensent qu’elle pourrait se produire à tout moment. Le permafrost semble dégeler plus vite que prévu, les émissions de méthane ont augmenté (traduction d’un discours ONU) ces dernières années et c’est inquiétant.  Les quantités sont encore infimes, mais un processus redouté a commencé. Il pourrait mener à des événements d’une échelle réellement apocalyptique, mais ils devraient nous laisser encore au minimum quelques décennies.  Certains scientifiques pensent que la Nature, a par le passé, éliminé le méthane d’une manière ou d’une autre. Il faudrait cependant rechercher des solutions aux émissions de méthane (blog).

Le nouveau climat terrestre

Ensuite, il fait allusion au travail de Burke qui compare le réchauffement aux climats passés (lien), et calcule que  si nous restons à 2°C du réchauffement, le climat résultant des prochaines centaines d’années sera probablement celui du Pliocène, 2-3°C plus chaud qu’aujourd’hui, avec des hivers froids et des étés caniculaires sous nos latitudes.  Les conditions de culture agricole pourraient alors beaucoup changer.  Si par contre nous suivons la trajectoire de réchauffement rapide sans maîtrise des émissions humaines, jusqu’à 4°C de réchauffement, le climat de la Terre pourrait basculer vers celui de l’Eocène, 13°C plus chaud, au cours du 22ième siècle.  Une température de 4°C ferait probablement fondre les glaces et pourrait provoquer les émissions de méthane qui réchaufferaient la Terre de plusieurs degrés supplémentaires. Ces changements vers un nouvel équilibre climatique se produiraient à l’échelle d’un ou deux siècles.

Aérosols

Actuellement, la combustion du charbon libère des aérosols qui refroidissent l’atmosphère.  L’arrêt immédiat de toutes les industries diminuerait la quantité d’aérosols dans l’atmosphère et réchaufferait la Planète. Si tout s’arrêtait demain, il ferait un peu, peut-être 0,5°C plus chaud pendant quelques années. Une nouvelle étude au moins suggère que l’effet des aérosols est moins fort que prévu par les modèles climatiques (lien ), une autre estime même que les aérosols réchauffent la Planète (lien).   Et tant que le charbon est utilisé, l’effet de serre augmente. En 2020, la Chine a réduit l’activité de ses usines pendant le confinement. Il semble qu’il n’y a pas eu de réduction d’aérosols au niveau planétaire, car d’immenses feux de forêts en Australie et surtout en Amazonie en ont produit beaucoup.

Guy McPherson s’inquiète de l’effet de réchauffement que l’arrêt des usines et de leurs aérosols aurait sur la Planète, mais si les usines étaient mises hors service ou changeaient de source d’énergie progressivement, sur une dizaine d’année, ça devrait aller.  Cela semble la meilleure solution, proche de celle préconisée par le programme des Nations Unies pour l’Environnement (lien).

Approvisionnement alimentaire

Ensuite, il estime que notre approvisionnement alimentaire pourrait être rapidement désorganisé, soit à cause d’une perte de fertilité planétaire causée par la disparition des vers de terre, soit à cause de ruptures de la chaîne d’approvisionnement dans un système impliquant des nombreux transports intercontinentaux.

Les vers de terre dégradent des restes de plantes dans le sol et contribuent à les transformer en humus. Ils aèrent le sol et le rendent perméables à l’eau (brochure FIBL EN) . Le travail cité par Guy McPherson estime que 83% des vers de terre ont aujourd’hui disparu.  L’usage de pesticides chimiques et de lourdes machines agricoles rend leur survie dans les champs difficile, et leur absence aggrave le tassement des sols et la perte d’humus, et pourrait contribuer à l’épuisement des sols.  L’absence des vers de terre est aussi indicative des changements des terres. Celles-ci contiennent, dans la nature, un écosystème riche de milliers de bactéries, de petits animaux et de champignons nécessaires au fonctionnement du sol vivant.  En 2018, puis de 75% des sols étaient dégradés par l’exploitation humaine. Il y a de plus en plus d’humains à nourrir, et nous détruisons les champs dont nous avions besoin. Nous sapons vraiment la Terre sous nos pieds.  Ces problèmes surviennent progressivement, s’aggravent depuis des décennies. Des solutions, telles que la reforestation, l’agroforesterie, l’agriculture biologique, les couverts végétaux, l’agriculture sans labour,  sont aussi développées, par exemple par le FIBL. L’association Terre et Humanisme travaille beaucoup avec les vers de terre et le lombricompostage.

La pandémie nous a donné l’exemple de la fragilité de notre système économique. Les engrais, les céréales qui nourrissent souvent des animaux et la viande sont produits sur des continents différents, et dépendent du commerce et du transport mondial.  Ce système est à bout de course, des perturbations sont prévues et se produisent. L’engrais chimique a provoqué une énorme explosion au Liban cette année, et cette semaine des moutons étaient bloqués dans le canal de Suez. Il faut le simplifier, le remplacer par des circuits locaux  et le rendre plus résiliant.

Fonte de la glace Arctique

Guy McPherson mentionne que la glace sur la mer Arctique fond plus vite que prévu. La surface blanche de la glace agit comme un couvercle et une surface réfléchissante.  L’absence de glace causera un réchauffement supplémentaire immédiat, et plusieurs scientifiques alertent sur les perturbations météorologiques qu’elle pourrait provoquer, des tempêtes, des vagues de froid et de chaleur. Une étude géologique suggère que l’absence de glace et l’arrivée d’eau plus chaude au contact de la surface a provoqué un réchauffement rapide de plusieurs degrés par le passé, mais ce danger n’est généralement pas pris en compte dans les modèles climatiques. L’océan pourrait aussi se réchauffer en profondeur et favoriser les émissions de méthane.  La fonte complète de la glace arctique en été ce produira certainement au cours de ce siècle, peut-être dans quelques années, nous en avons déjà perdu la moitié. Avant,  la mer Arctique était continuellement couverte de glace épaisse d’environ un mètre et âgée de quelques années, maintenant elle est plus fine, fragmentée et semble bien compromise.

Les avions

Ensuite, il cite un travail de Gunther Pauli qui propose que les tourbillons formés par le passage des avions changent la circulation de l’atmosphère. Je n’ai jamais entendu ça avant. Je ne dispose pas de calculs prouvant que c’est faux, je ne peux pas vraiment invalider ses dires, mais ça me paraît douteux. Si c’était vrai,  on pourrait peut-être faire voler des avions dans l’autre sens pour changer la circulation atmosphérique.

El Nino

Ce phénomène se produit tous les 3 à 7 ans, des eaux chaudes affleurent à la surface du Pacifique et réchauffement l’atmosphère (lien). La dernière année El Nino, 2016, a battu les records de chaleur, et causé des graves sécheresses, particulièrement en Afrique, qui ont touché 60 millions de personnes (lien).  Les années El Nino extrêmes deviennent plus probables d’après le GIEC:. La Planète se réchauffe, et El Nino apportera probablement  une année de vagues de chaleur plus élevées.  Les habitants des pays chauds, par exemple d’Afrique de l’Est, pourraient en souffrir sérieusement, vivre des famines ou des vagues de chaleur mortelles.  La production alimentaire sur Terre serait réduite, et nous pourrions vivre en Suisse des vagues de chaleur de quelques degrés plus élevées que la précédente.

Si je reprends les dangers énumérés par Guy McPherson,   le prochain événement  sera probablement une année El Nino,  qui se produira  dans un an, dans deux ans ou au plus dans cinq ans. Ce sera une année plus chaude que toutes celles que l’Humanité a vécu, qui pourrait être accompagnée d’événements météo nouveaux ou plus intenses.

Pourrait-elle mettre en branle un processus de fonte de glace Arctique, de sécheresses, de réchauffement rapide, de  fonte du permafrost, et de réchauffement abrupt apocalyptique?  Ces changements dangereux pour la survie de l’Humanité ne sont généralement pas prévus pour le 21ème siècle, mais le climat pourrait nous surprendre.

L’Humanité compromet de plusieurs façons ses conditions de vie sur Terre et doit immédiatement modifier son mode de vie pour sa sécurité.

 

 

Blog: créons des réserves alimentaires planétaires

Vivre en Ecologie 1: des villes vertes sans stress

Des journées saines à tous les âges de la vie

Les petits enfants

La société devrait avant tout assurer le bien-être des enfants, car il détermine la santé et le déroulement de toute leur existence. On dit que les trois premières années de la vie sont les plus importantes. Les traumatismes ou les stress dans l’enfance influencent le développement du cerveau, le système immunitaire, le système hormonal, ont des conséquences sur la réussite scolaire, sur le comportement,  mais augmentent  aussi le risque de très nombreuses maladies plus tard au cours de l’existence: les personnes qui ont subi des traumatismes infantiles ont des problèmes de comportement, de santé mentale mais aussi. Dans le TED Talk que je cite, le médecin mentionne 2,5x plus de risques de maladie de poumon et d’hépatite, 4,5x plus de risques de dépression, ont trois fois plus de risques de maladie cardiaque et de cancer de poumon pour des personnes qui ont eu une enfance difficile (Ted Talk ). C’est très impressionnant.

Le bien-être des enfants contribue beaucoup à la santé de la société une ou deux générations plus tard, et les mauvais traitements dans l’enfance sont la cause la plus importante de problèmes de santé publique aux Etats-Unis.  Nous devons donc nous assurer que l’enfance se passe bien, et que les journées des enfants soient saines.

Garderie

L’enfant devrait vivre à la maison, entouré de ses parents. Il ne devrait pas passer des longues journées fatigantes dans la foule d’une crèche… J’ai cherché des  publications scientifiques sur l’effet des crèches sur les enfants, et je ne trouve pas ce qui me paraît évident, à savoir que la crèche est infiniment plus stressante, ou plus animée que la maison. Je dois dire que la plupart des études ne voient pas de différences entre une enfance en garderie et à la maison. Un étude australienne trouve que la garderie ou la maternelle améliorent les performances scolaires par la suite, mais c’est loin d^être universel.  Par contre, il a été montré que les enfants dans les crèches ont le taux de cortisol plus élevé, et que ceux qui y sont toute la journée ont un risque d’obésité plus élevé. Cela pourrait être lié, et dû peut-être au stress ou à l’excitation des journées de crèche.  Les enfants en crèche ont plus de maladies dans la petite enfance, mais cela pourrait les protéger des leucémies. Ce type d’études est compliqué par le fait que les familles sont toutes différentes. Une étude isolée suggère qu’une enfance en garderie pourrait perturber la relation avec la maman et empêcher de nouer des relations stables par la suite (lien).

Cela dit, dans mon expérience il est clair que la crèche, une bonne crèche avec plus d’une dizaine d’enfants, est un endroit où l’excitation est incomparablement plus forte que dans une maison calme, où les activités tranquilles sont plus difficiles. A la garderie, l’enfant peut rarement finir un jeu, il est souvent interrompu par d’autres. J’ai vu une garderie aux Etats-Unis, où chaque enfant était assis à son petit bureau. Ici, il me semble qu’ils se promènent et courent librement, et il y a pas mal d’animation, mais la liberté de mouvement semblent quand même importants.  Il a besoin de moments assez calmes aussi. Je trouve que les petits ne devraient pas y être beaucoup, au plus des demie-journées.  Vers deux ans, une journée où nous voyions d’autres enfants une heure ou deux était bien assez mouvementée, et quand ils sont fatigués, la foule devient pénible, ils ne peuvent plus interagir correctement.  Si les enfants sont dehors, dans la nature, le groupe est moins stressant. Les transports motorisés, même le vélo, sont stressants aussi, la télévision aussi.

Dans mon expérience, quand les journées étaient calmes et bien organisées, l’enfant était calme et facile, et les crises de colère de colère ou de larmes étaient souvent dues à un bruit excessif, à un autre stress excessif ou à une maladie infantile.

Bref, je pense que l’enfant devrait vivre essentiellement  à la maison, proche de sa maman. Idéalement, il pourrait avoir des activités en groupe une heure par jour, resterait à la maison et ferait des petits trajets à pied.  Je ne trouve même pas super de faire une journée avec papa et une avec maman, par contre des demies-journées régulières, le matin avec papa, et l’après-midi et le début de soirée avec maman me semblent acceptables. Le travail devrait ‘être adapté à la santé des enfants. La société devrait être organisée pour le faciliter, pour permettre à un parent d’arrêter de travailler et de reprendre son travail par la suite avec assurance de réengagement, d’être en télétravail, ou que les deux parents travaillent en alternance, ou en partage de travail.

Il devrait aussi avoir un large accès à des places de jeu entourées de verdure à proximité, et des maisons comme les maisons Vertes pourraient  accueillir les mamans avec les petits, avec des gentilles animatrices en langues différentes. Des recommandations pédiatriques pourraient figurer sur les murs en BD.  On y ferait des tisanes et on s’échangerait des objets utiles, des habits, des jouets, des mini-cours de français adaptés pourraient être donnés aux enfants de dix-huit mois ou deux ans.

Les adolescents

Les stress subis par un enfant avant l’âge dix ans semblent les plus nocifs, ils changent peut-être sa vision du monde pour la vie et l’empêchent d’organiser sa vie correctement.   Le stress chez les adolescents semble moins grave, mais selon un expert du domaine, le stress scolaire augmente le niveau général de stress des adolescents, l’anxiété et pourrait les rendre moins heureux, et donc les pousser vers la dépression.  Selon d’autres experts, le stress pourrait augmenter le risque de l’alcoolisme et de la dépendance aux drogues. J’ai l’impression que le stress de l’école est le vrai responsable de la dépression généralisée de notre société constatée cette année.

Je trouve que l’école met un stress sur les adolescents. Elle leur fixe parfois des tâches énormes qui leur causeraient des nuits blanches, leur demande trop de se dépêcher. Une des différences principales que je vois est qu’en une génération, les tests sont passés de 5 questions à 30. Nous avions quelques questions auxquels nous pouvions répondre tranquillement, en réfléchissant, aujourd’hui on en fait des machines à recracher des détails.  Il est bon que l’enfant prenne le temps de comprendre, de faire les choses correctement, ensuite la démarche correcte, découverte lentement, deviendra une habitude. Une autre différence est que les notes, les moyennes de classe sont plus basses, de nombreux enfants sont en échec scolaire, et à mon avis le problème provient de l’excès de perfectionnisme, où l’enfant doit savoir tous les détails, et en fait qu’on en oublie l’essentiel.  Les enseignants, de nombreux enseignants, sont trop négatifs envers les élèves, leur font des remarques négatives ce qui les déprime et finalement abaisse leur niveau scolaire de deux ans à peu près. L’école devrait faire une réflexion sur les stress qu’elle cause aux élèves, sur leur conséquences sur la santé des élèves, et d’abord veiller à ne pas mettre leur santé en danger, avant même de leur apprendre à lire. L’école n’est pas un hôpital où le personnel est parfois stressé pour sauver des vies, elle existe pour les élèves, les enfants et les adolescents, et doit y être bien adaptée.

Addendum: les devoirs et la matière pour les tests devraient être limités dans le temps et ne pas mener à des nuits blanches.  Les manuels, gris et ampoulés devraient être refaits pour les enfants, avec un language adapté, des exemples plus pratiques. L’enseignement du français semble concentré sur l’apprentissage par coeur de l’imparfait du subjonctif et d’autres éléments qui ne seront jamais utilisés, bien plus qu’il y a trente ans. Les langues pourraient être apprises de façon beaucoup plus pratique.

A aucun âge les enfants ne devraient rester en groupes de vingt ou trente personnes après 16h-16h30. Ils devraient avoir des ou trois heures pour se détendre et faire ce qu’ils veulent. S’ils restent en centre d’accueil malgré mes suggestions ce serait mieux qu’ils soient dehors , et qu’ils jouent assez librement,. S’il y a des consignes, qu’elles leur laissent de la liberté. Et s’ils ont envie de se parler et d’interagir en groupe, c’est merveilleux et à encourager.

Les adolescents ont encore besoin de jouer et de bouger, et ne sont pas encore responsables, les adultes doivent d’en souvenir. Dans l’ensemble, les ados n’ont pas un mode de vie très sain. Beaucoup ne dorment pas assez, ne mangent pas toute la journée, passent leur vie sur internet, dépriment.  Nous venons de voir une dizaine d’alerte à la bombe inventées par des élèves pour échapper à l’école dans le canton de Vaud. Un journal anglais alertait que des jeunes, des très jeunes regardent de la porno extrême (lien).  Dans une émission TSR sur les jeunes violents, une assistante sociale disait qu’ils ont un sentiment d’exclusion dès l’âge de dix ans. Qui a dit à ces enfants qu’ils ne sont pas assez bons? Il ne faut pas le faire.

Pour que les jeunes ne soient pas stressés, il faut d’abord que leurs besoins naturels soient remplis, qu’ils puissent manger régulièrement des repas sains, dormir assez, bouger assez, jouer assez avec leurs camarades, et aller dans la Nature. Ce mode de vie ne doit pas être interrompu au cours de toute l’enfance.  Certaines écoles proposent des cours de bonheur ou de résolution de problèmes. Une étude citée par le Forum économique dit que les jeunes qui pratiquent un sport ou des activités artistiques ont sont en meilleure santé, il faut leur offrir cela. Ils devraient pouvoir se reposer et aller dehors après l’école, s’ils doivent aller dans un centre d’accueil, il devrait être essentiellement dehors.  Le Panda Club du WWF organise des jeux dans la forêt le samedi, cela devrait être accessible à tous les enfants et les jeunes. Des bus d’excursion pourraient partir des quartiers,  Ils devrait y avoir des places de jeux pour les adolescents avec des activités adaptées, des cours de sport et et d’art. Il faudrait alors carrément un planning national des excursions nature parce que ça ferait beaucoup de monde, en même temps nous sommes trop habitués à nous déplacer mais des activités nature sont très souhaitables.

Partage de travail pour les adultes

J’ai l’impression que notre société actuelle met un grand stress sur les adolescents et les jeunes.  Beaucoup de devoirs pour les ados, un grand stress de travail pour le jeunes, ou il faut montrer qu’on est motivé en travaillant le weekend, en faisant des heures supplémentaires non payées, des stages et des cours du soir  qui augmentent les heures de travail totales. Une personne qui arrive au même diplôme avec un an de plus est jugée négativement, comme ayant raté son année.  Passé 40 ans, par contre, ils est beaucoup plus dur de trouver du travail, et fréquent de s’occuper, quelque soit notre profession de base,  deux ans à de lettres de postulations à plein temps. Evidemment, ça crée des emplois de secrétaires et de RH.

Les jeunes adultes de 20 ou 30 ans sont soumis au stress du travail, ils doivent se dépasser, travailler plus que leurs heures légales pour montrer leur motivation, accumuler des stages, changer de ville, etc.  Cela met leur santé en danger, et il faudrait l’éviter.

Ils devraient aussi bénéficier d’activités de bien-être, de recentrage, nature, art, musique à un prix très abordable. Il en va de la santé de la société, il faut mettre en place un système où les activités de bien-être ne sont pas une bizarrerie, mais sont normales pour chacun.

Les personnes de 30-40 ans ne devraient pas travailler 12 heures et se lever toutes les nuits parce que bébé est justement malade, le jeter à la crèche en vitesse et recommencer.

Les personnes entre 40 et 110 ans ne sont pas des déchets de la société. Elles en sont la moitié.   Au 19ième, les personnes de quarante ans étaient épuisées par un travail pénible et mourraient bien plus jeunes. Aujourd’hui, l’humain vit beaucoup plus longtemps en bonne santé. Nous ne devons pas voir les  voir comme avant.

Le travail devrait être mieux réparti au cours de la vie, avec moins de stress sur les jeunes, et l’integration des plus âgés. Les adolescents et les jeunes adultes jusqu’à 35-40 ans devraient avoir des activités de bien-être, sport, art, activités à l’extérieur.

Au Danemark l’âge était considéré différemment, les gens prenaient le temps de s’occuper d’eux-mêmes, le temps de faire autre chose, finissaient leurs études plus tard en moyenne.  Je ne sais pas exactement s’il y avait des encouragements légaux, mais il n’y avait pas ce stress énorme de trouver du travail tout de suite où jamais, ils étaient plus confiants d’avoir du travail, et recevaient un petit financement pour faire des études.

Ces réflexions ont été interrompues par l’appel d’un jeune homme qui me dit que j’ai gagné un conseil d’assurance gratuit, ‘c’est super, non ?’ Là, ce n’est plus de la vente, c’est de l’arnaque. Est-ce vraiment bien qu’il travaille? Bien sûr, il doit vivre, mais c’est un exemple d’emploi nuisible à la société qui devrait être remplacé par du travail utile.  J’espère que ce monde trumpien deviendra bientôt un monde bien organisé

Je crois qu’il faudrait que le bien-être soit assuré à l’école et au travail.  La population devrait travailler moins,  avec moins de stress sur les adolescents, sur les jeunes, et du travail à temps partiel tout au long de la vie. La réduction du temps de travail devrait assurer le succès du jardinage familial et des activités RRR.

Une des choses qui fait travailler les mamans est la peur de ne pas trouver de travail après une interruption. Il faut remédier à ce danger et créant des garanties de reengagement, des congés parentaux étendus et des adaptations du temps de travail. Il faudrait aussi assurer qu’il est interdit de prendre en compte l’âge du candidat à un travail, comme on interdit les autres discriminations, et augmenter la stabilité du travail, des contrats de travail.

Peut-être les personnes dans les emplois essentiels pourraient-elles exercer leur activité à mi-temps, et il y aurait deux employés pour un poste, avec la possibilité mentionnée d’office de les réquisitionner dans les situations d’urgence, et un salaire à 70%, ou  quelque chose de ce genre.

Ville verte

Nous utilisons trop de mètres carrés de constructions par personne. Où couper ? Je trouve qu’il n’est pas optimal qu’actuellement les familles achètent leur maison quand les enfants sont petits, 5-6 pièces, 200 m2, et y restent après le départ des enfants. Une étude américaine qui dit qu’actuellement, les familles sont souvent petites et préféreraient plus de contacts, par exemple des places de jeux communes, des piscines communes, plusieurs lieu qui seraient des lieux de rencontre et serviraient à 10 ou 20 familles. On pourrait imaginer des rangées de maisons mitoyennes convertibles, qui pourraient former un ou deux appartements, et au départ des enfants, les parents garderaient le bas et le haut accueillerait deux autres  autres personnes. Il faudrait créer des épargnes logement comme cela existe en France pour favoriser l’accès à la propriété.

Il faudrait des marchés de produits locaux, ou les objets d’occasions, très écologique, auraient leur place, privilégiée, à prix réduit.

En tout cas, les villes devraient offrir l’accès à des parcs, à des activités sportives et de bien-être à tous les habitants, à bas prix, pour assurer la santé de la population.

 

Vivre en éco-village

Le hameau des Buis

Le Hameau des Buis est un écovillage en Ardèche, construit au sommet d’une colline. Pour y accéder, il faut traverser une forêt de chêne, et au sommet, le village émerge soudain de la forêt, entouré d’un vaste paysage de nature. 

L’éco-village a été construit par les habitants et par des bénévoles, qui ont vécu dans des roulottes lorsqu’ils construisaient leurs maisons. Celles-ci sont  en argile, en bois et en paille, de provenance locale, et  essentiellement chauffées par le soleil grâce aux baies vitrées et aux murs capteurs. Les maisons sont assez petites pour des familles, mais comportent une petite terrasse et tout le monde, les enfants en particulier, passe beaucoup de temps dehors, dans une nature magnifique.

Le village contient une station de phytoépuration. L’eau passe par plusieurs bassins où des plantes différentes purifient l’eau. Le village récupère l’eau de pluie et utilise des toilettes sèches.

Vidéo Hameau des Buis 22 min: https://hameaudesbuis.org/entretiens-avec-les-habitants/

Les photos qui illustrent l’article ne proviennent pas du Hameau des Buis, mais de pays différents. Cliquez sur les liens ci-dessus pour voir ce village. 

 Autonomie, responsabilité, entraide

Le village est un système d’organisation sociale qui existe depuis des millénaires, dans toutes les sociétés. La nourriture des habitants peut être produite à proximité immédiate, les champs l’entourent directement, et les paysans y accédaient à pied. Le village permet l’entraide et le partage entre des personnes qui se connaissent bien, et une légère spécialisation. Différents métiers y sont représentés, les personnes capables y exercent les métiers de boulanger, de forgeron ou de couturier.

Dans l’éco-village le Hameau des Buis, chaque projet était discuté par le conseil, et accompli par les habitants et les bénévoles. Les habitants se réunissaient, discutaient du projet à entreprendre, puis s’y mettaient, avec l’aide de nombreux bénévoles. L’accord du groupe est nécessaire, et il peut être facilité par l’adhésion à des valeurs communes ou à une charte acceptée à l’avance par les habitants.

Image par FranckinJapan de Pixabay

J’ai remarqué que les tâches étaient parfois accomplies par des débutants, qui devaient comprendre ce qu’ils faisaient, et d’entraînement physique très divers. En conséquence, en accomplissant des tâches variées, les habitants acquéraient une excellente forme physique, qui fait partie des valeurs de l’écologie. Le corps et l’esprit d’un humain devraient être en bonne santé. Les villageois se sentaient libres et maîtres de leur destin, et en gardant les projets simples et sensés, ils étaient capables de constuire des maisons, et de produire tout le cadre de vie nécessaire eux-mêmes. Les principes d’écologie, de simplicité et d’autonomie permettaient l’empowerement, c’est à dire l’émancipation et la confiance en soi des habitants. A l’extrême inverse, notre société peut convaincre les personnes qu’elles ne sont pas qualifiées si elles ne savent pas emballer un produit exactement comme le précédent qui le faisait faux.   De plus, dans notre monde stressé, les tâches de plus en plus automatiques sont réduites à une minute, et ne peuvent pas toujours être exécutées aussi vite, ce qui provoque des échecs à répétition. La relaxation et le recentrage sur l’essentiel améliorent notre fonctionnement et nos performances. 

Production locale et artisanale

Tout était fait en matériaux locaux, le fromage était fabriqué sur place à base de lait de chèvres qui broutaient dans forêt, les oeufs provenaient du poulailler, les légumes du potager. Tous ces produits étaient transportés à pied jusqu’au magasin du village, puis dans les maisons des habitants.

De nombreux objets étaient fabriqués par des amateurs ou par des artisans. La qualité finale était-elle moins bonne que dans le cas d’objets fabriqués à extrêmement bas prix en Chine puis revendus à des nombreux intermédiaires?  Evidemment, le temps de fabrication d’une chaise était infiniment plus long, mais les matériaux et le travail étaient locaux, et le besoin de transport, de magasins, d’usine de camions, et de vendeuses de magasin disparait alors. Au cours de notre histoire, nos ancêtres construisaient de temps en temps un meuble pour des dizaines ou des centaines d’années. Les objets étaient peut-être conçus correctement pour répondre au besoin précis. Ghandi, entre autres, conseillait de fabriquer ses objets soi-même. Une idée qui ne correspond pas tout à fait à une vision matérialiste du monde est que si nous avons besoin d’un objet, nous serons inspirés ou aidés pour le faire correctement, et qu’il sera réellement utile. Peut-être cette capacité existe-elle en chaque humain, comme celle de s’occuper d’un enfant. Nous ne devrions en fait consommer et acheter que par besoin réel.

Des mères détendues avec les enfants jouant près d’elles

Photo Marie Nollet

Dans l’éco-village, il y avait de nombreuses familles avec des petits enfants. En général, les mamans gardaient les petits près d’elles les premières années. Plusieurs enfants étaient allaités deux ou trois ans, puis jouaient tous ensemble, et, moins traditionnellement, rejoignaient l’école la Ferme des enfants. Les mères s’occupaient essentiellement de la maison et des enfants, et puis partaient parfois en pique-nique avec leurs enfants qui jouaient ensemble près d’elles. Les jours où tout allait bien, la maman était détendue et disponible, et l’enfant était en permanence rassuré par la présence d’un mère aimante. Les petits se développaient un peu comme des chatons, en ceci que d’abord ils appelaient leur mère en permanence, puis exploraient un peu leur environnement en revenant vers leur mère, puis devenaient plus indépendants, et s’aventuraient plus loin. C ‘est un développement naturel de l’enfant qui devrait lui être assuré. C’est aussi la façon de vivre la plus harmonieuse que j’ai vu pour des jeunes mamans, s’occuper assez de ses enfants, et s’octroyer des moments de repos. Je précise que quand les enfants sont petits, il est assez exceptionnel de s’assoir tranquillement.  Les journées sont mouvementées. 

Des valeurs de gentillesse, de communication

L’éco-village a été fondé par Sophie Rabhi et son mari et a été en grande partie construit par des jeunes retraités qui ont investi leurs économies dans ce projet, des personnes merveilleuses, écologiques, humanistes, altruistes, et ouvertes. Comme vous le voyez, les mots me manquent, mais je suis vraiment admirative. L’écovillage et l’école organisaient aussi des fêtes où les habitants se rencontraient, s’amusaient et communiquaient, ainsi que des conférences.  Je crois que la communication est aussi un besoin de l’Humain, auquel, comme aux autres besoins, des moments devraient être dévolus et que Sophie Rabhi a correctement pris en compte dans l’organisation de l’écovillage. Bien de problèmes étaient inexistants ou immédiatement résolus par la bienveillance et la gentillesse.

Site d’écovillages européens:  https://eco-villages.eu/category/eco-construction/

Image de couverture par Teresa Cotrim

Mes souvenirs de la Pologne communiste dans les années 1970-1980

Je suis née en Pologne, à Varsovie, dans les années 1970. C’était un des pays les plus libres du bloc communiste, ce qui signifie que des nombreuses personnes critiquaient le système entre amis sans avoir trop de problèmes, qu’ils n’étaient pas persécutés pour la fréquentation de l’église, et qu’ils pouvaient posséder une maison familiale ou une épicerie. Le gouvernement était assuré par le parti unique communiste, dont il fallait être membre pour se présenter aux élections et pour bénéficier de divers avantages. Les partis capitalistes étaient interdits. Les voyages à l’étranger étaient limités.

Presque le monde avait un travail, de 8h à 16h. Je dirais que le travail, ainsi que les recherches de travail, étaient moins stressants et créaient une certaine sécurité. Les femmes avaient le droit de vote, de travailler, de divorcer, et d’avorter. Personne ne m’a jamais dit que les hommes étaient meilleurs à l’école. Les salaires étaient assez égalitaires, mais le système était corrompu. Les fortunes personnelles, les biens, les châteaux, avaient été confisqués vers 1945. Les propriétaires privés ont pu garder une petite maison familiale. Il n’y avait aucun sens à avoir des économies en banque, car elles étaient très lourdement taxées. La population vivait essentiellement du salaire mensuel. Le change international était tel que 10 dollars américains permettaient d’acheter de la nourriture pour un mois, ce qui contribuait à l’impression d’une immense richesse des pays capitalistes, mais l’alimentation était beaucoup moins chère. La carotte polonaise valait alors infiniment moins qu’une carotte suisse. La nourriture était essentiellement locale, les rares importations provenaient des autres pays du bloc communiste.

Les entreprises appartenaient à l’Etat, dont tous étaient les employés, et dépensaient dans les magasins d’état leur salaire mensuel, que l’état récupérait. Les salaires étaient à peu près égaux, certains ouvriers de métiers pénibles étaient particulièrement bien payés.  L’économie était planifiée, la production prévue d’avance. La corruption, le système D et l’entraide régnaient.

Dans les magasins, le choix était très limité. Le rayon de produits ménagers par exemple proposait un produit à vaisselle Ludwik et un produit de nettoyage du même nom. Le rayon vêtements offrait un choix aussi restreint.  En conséquences, les magasins couvraient ainsi une surface à peu près cent fois plus petite que dans les pays capitalistes aujourd’hui. Il n’y avait aucune publicité, sans enseignes ni néons. J’ai retrouvé des magasins un peu semblables au Danemark dans les années 2000.

Le système avait des bugs, des pénuries épisodiques provoquaient d’immenses files d’attente lors des livraisons de certains produits. Les gens disaient qu’il s’agissait d’erreurs d’un employé, mais cela pouvait être lié au choc pétrolier, au commerce international.  Les vendeuses des magasins et les serveurs engueulaient les clients.  Cela dit, tout le monde était disponible, avait du temps, les gens étaient beaucoup moins stressés, et cet aspect me plaisait beaucoup. La stabilité de l’emploi et l’absence de stress au travail était bénéfiques.

Après leur mariage, mon père et ma mère ont d’abord vécu dans la chambre de ma mère chez mes grands-parents, et un appartement de 64m2 leur a été attribué quand j’avais trois ou quatre ans, selon le critère d’une pièce par personne. Bien sûr, ils ne pouvaient choisir ni la vue, ni le quartier, ni l’étage.

Les vacances se passaient dans des centres de vacances d’entreprise, comme EDF par exemple en a en France, au camping, ou chez l’habitant à la campagne, dans des petites constructions entourées de Nature.  Les lieux de villégiatures n’étaient pas bétonnés à outrance comme les destinations populaires actuelles.

J’ai eu beaucoup de vaccins et d’antibiotiques, et quand nous étions malades, nous restions à la maison à partir d’une température de 37.2° sur l’ordre du médecin. Cela évitait la propagation des maladies aux autres et peut-être des accidents. Ma mère avait droit à des jours de congé pour maladie personnelle et pour s’occuper de ses enfants malades. Le congé maternité était probablement plus long aussi.

Les grenouilles qui coassaient jadis dans l’étang près de la maison de ma grand-mère avaient disparu, l’eau du robinet était polluée, le ciel à Varsovie n’était presque jamais bleu, un smog permanent couvrait la ville.  L’écosystème de la mer Baltique a aussi été endommagé par la pollution chimique. Nous ne savions pas quels polluants se trouvaient dans l’eau, il était interdit d’en parler.

A la fin des années soixante-dix, des nombreuses protestations se sont déroulées en Pologne qui furent réprimées par un Etat d’urgence. Celui-ci était accompagné d’un rationnement de certains produits: p.ex de viande, en quantité raisonnable, de beurre, d’essence et d’habits. Nous sommes partis alors. En 1989, à la fin du communisme, la Pologne a adopté le capitalisme à l’américaine, et a connu une forte croissance. Une des conséquences les plus terribles a été une grande inflation, où le prix des appartements a dépassé de plusieurs fois les retraites des personnes âgées, dont le budget est devenu réellement impossible.

Je n’ai pas vraiment de morale. Je me souviens que tout le monde avait le temps les uns pour les autres. Je crois que la liberté d’expression est primordiale, sans elle une pollution très dangereuse peut par exemple être cachée. Les gouvernements totalitaires savent-ils eux-mêmes ce qu’ils cachent?   Une information correcte aurait pu permettre de voir l’étendue des problème et de trouver des solutions.

Je trouve aussi qu’un salaire égal pour tous est une assez bonne idée. Il pourrait affecter le choix des métiers par les jeunes et les orienter plus vers leurs compétences ou leurs intérêts. Il est absolument injuste que certains fassent des travaux pénibles sans pouvoir boucler le mois. La planification des emplois peut orienter le travail des citoyens vers des tâches utiles à la société. Je ne veux pas d’un monde des cireurs de chaussures qui dorment dans la rue.

Un minimum de propriété privée me paraît souhaitable, souvent les propriétaires s’occupent mieux de leur propre maison, prennent des décisions plus durables, et elle donne un sentiment de sécurité pour l’avenir.   De nombreuses personnes ont réellement l’esprit d’entreprise, et ont déployé une activité beaucoup plus importante, dix fois plus importante pour leur entreprise privée que dans leur emploi d’Etat, mais cela a peut-être conduit à un remplacement de la production locale par l’importation. Alors il faudrait au moins des règles.

La consommation, la production industrielle et la destruction d’objets fabriqués par l’Homme devraient être limitées. Une certaine planification de la production est souhaitable sur une Planète finie. Le climat va poser d’énormes problèmes. Il faudra de toute façon tout changer pour faire face au climat.

Le rapport ‘Faire la paix avec la Nature (PNUE)’ pourrait être trop modéré

Je résume ci-dessous le rapport ‘Faire la Paix avec la Nature’ du programme des Nations Unies pour l’Environnement.  Il relève les problèmes écologiques actuels, alerte sur leur aggravation prévisible, et propose des solutions.  Il pourrait être l’argument scientifique le plus convaincant pour nous décider à protéger la Planète maintenant. Le secrétaire-général de l’ONU, Antonio Gutierrez, résume les conclusions très simplement: ‘Notre guerre contre la Nature est suicidaire, et a laissé une Planète cassée. Nous devons presser l’interrupteur vert. Nous avons une chance non pas de changer l’économie, mais de la transformer’.  Personnellement, je propose de produire à peu près la quantité d’objets dont nous avons besoin, ou au maximum que nous achetons, en renonçant aux piles d’invendus voyageant de continent en continent inutilement.

Je remarque cependant que la trajectoire de solutions la plus sévère de ce rapport nous donne 50% de chances de rester en dessous de 1,5°C de réchauffement. 50-50? Jouons-nous à pile ou face ou à la roulette russe avec notre Planète? Peut-être y-a-t-il un fort risque que nous dépasserons de toute façon un peu ce seuil de sécurité, au-delà duquel le climat peut se révéler incontrôlable.  Nous pourrions entrer dans une zone de turbulences.

Pour des raisons liées à la progression du réchauffement, je suis un peu perplexe par rapport à leurs prévisions pour 3°C. Actuellement, les effets du changement climatique sont plus graves que prévu, et ils pourraient l’être aussi à l’avenir, et se produire plus tôt. J’y reviendrai la prochaine fois.

Lien sur les messages clés du rapport en français: Messages clés

Extraits du rapport PNUE ‘Faire la Paix avec la Nature’

La Terre est en danger

Au cours des 50 dernières années, l’économie mondiale a presque quintuplé, la population mondiale a doublé. Le réchauffement causé par l’Homme, qui atteint actuellement plus de 1 ° C,  a déjà entraîné des changements des zones climatiques, des changements des régimes de précipitations, la fonte des calottes glaciaires et des glaciers, l’accélération de l’élévation du niveau de la mer et des événements extrêmes plus fréquents et plus intenses, qui menacent les personnes et la Nature.

Aucun des objectifs mondiaux pour la protection de la vie sur Terre et pour enrayer la dégradation des terres et des océans n’a été pleinement atteint. Les trois quarts des terres et les deux tiers des océans sont désormais abimées par l’Humanité. 

La capacité de la Terre à répondre aux besoins croissants d’aliments nutritifs, d’eau et d’assainissement continuera de s’affaiblir face au déclin continu de l’environnement. 

Par exemple, la sécurité alimentaire est menacée par la perte de pollinisateurs et de sols fertiles. La perte de pollinisateurs menace la production annuelle mondiale de cultures, d’une valeur comprise entre 235 et 577 milliards de dollars EU.

Changements systémiques

Seule une transformation du système entier permettra le bien-être de tous dans les limites de la capacité de la Terre, et d’atteindre le zéro net d’ici 2050 pour mettre le monde sur la voie de 1,5 ° C avec une probabilité d’environ 50 par cent. 

Les gouvernements devraient intégrer la prise en compte du capital naturel dans leurs décisions et utiliser les politiques et les cadres réglementaires pour inciter les entreprises à faire de même.

Ils devraient abandonner les subventions nuisibles à l’environnement, investir dans des solutions et des technologies à faible émission de carbone et respectueuses de la nature, et internaliser systématiquement les coûts environnementaux et sociaux.  Ils devraient faire payer les services écosystémiques, et taxer l’extraction des ressources brutes.

Les gouvernements lancent et dirigent la coopération intergouvernementale, les politiques et la législation qui transforment la société et l’économie. Ces transformations permettent au secteur privé, aux institutions financières, aux organisations non gouvernementales, aux institutions scientifiques et éducatives et aux médias, ainsi qu’aux particuliers, aux ménages et aux groupes de la société civile, d’initier et de mener des transformations dans leurs domaines.

Le déplacement de la fiscalité de la production et du travail vers l’utilisation des ressources et les déchets favoriserait une économie circulaire.

Il faut transformer les systèmes économiques et financiers pour qu’ils mènent et alimentent la transition vers la durabilité.

Il faut créer des synergies: Financer la coopération internationale et intersectorielle, le renforcement des capacités et la coopération technologique qui abordent les défis environnementaux et le bien-être humain.

Il faut divulguer les risques financiers liés au climat, l’utilisation des ressources naturelles et l’impact de ces activités sur l’environnement.

Les opérations doivent être alignées sur l’objectif d’émissions de carbone nettes nulles et les principes de durabilité.

La réalisation des objectifs de développement durable exigera des changements et une augmentation massifs des flux financiers publics et privés et des modèles d’investissement, y compris dans les secteurs de l’eau, de l’alimentation et de l’énergie. Les incitations doivent être modifiées pour que les investissements dans le développement durable soient financièrement attractifs.

Des changements dans les modes de consommation mondiaux sont essentiels pour transformer les systèmes alimentaires, hydriques et énergétiques. 

Dommages actuels au système Terre

Le réchauffement actuel, plus important sur la terre que sur l’océan et le plus élevé dans les régions polaires, a déjà conduit à la fonte des calottes glaciaires et des glaciers, à une accélération de l’élévation du niveau de la mer, à des événements extrêmes plus fréquents et plus intenses, à des modifications des régimes de précipitations, ainsi que les changements dans les zones climatiques, y compris l’expansion des zones arides et la contraction des zones polaires.

Un tiers des stocks de poissons marins sauvages ont été surexploités en 2015.

Les engrais qui pénètrent dans les écosystèmes côtiers ont produit plus de 400 «zones mortes» totalisant plus de 245 000 km2 – une superficie plus grande que le Royaume-Uni

La pollution par les plastiques marins a décuplé depuis 1980.

Les déchets plastiques marins ont des impacts écologiques, notamment l’enchevêtrement et l’ingestion, et peuvent agir comme vecteur d’espèces envahissantes et d’autres polluants.

Risques du réchauffement futur

Le risque de perte irréversible des écosystèmes marins et côtiers, y compris les herbiers marins et les forêts de varech, augmente avec le réchauffement climatique. On prévoit qu’un réchauffement de 2°C entraînera une diminution de la biomasse des communautés animales marines et leur productivité. Les récifs coralliens sont particulièrement vulnérables au changement climatique. La perte de diversité biologique présente des risques pour la production alimentaire. La perte de pollinisateurs animaux, essentielle pour plus de 75% des cultures vivrières, y compris de nombreux fruits et légumes et cultures de rapport comme le café, le cacao et les amandes, menace la production annuelle mondiale de cultures d’une valeur comprise entre 235 et 577 milliards de dollars EU. L’érosion du sol à partir des champs agricoles est estimée à 10 à plus de 100 fois plus élevée que le taux de formation du sol, affectant les rendements agricoles en réduisant la rétention d’eau et en provoquant une perte de nutriments. On estime que 176 gigatonnes de carbone organique du sol ont été perdues dans le passé, principalement à cause du changement d’affectation des terres, et 27 gigatonnes supplémentaires devraient être perdues entre 2010 et 2050.

D’ici la fin du siècle, l’inaction face au changement climatique pourrait entraîner une réduction de 15 à 25% de la production par habitant pour 2,5 à 3° C de réchauffement planétaire, par rapport à un monde qui ne s’est pas réchauffé au-delà des niveaux de 2000-2010. Les estimations des dommages économiques associés à 2° C de réchauffement atteignent 69 billions de dollars US 26, tandis que 15 à 38 500 milliards de dollars US de dommages économiques pourraient être évités en limitant le réchauffement à 1,5° C. Les économies mondiales pour la santé grâce à la réduction de la pollution atmosphérique pourraient représenter plus du double des coûts de mise en œuvre de l’Accord de Paris entre 2020 et 2050.  Les estimations des coûts de réduction des émissions, bien que substantielles, sont bien inférieures aux estimations des dommages. Les estimations de coût pour limiter le réchauffement à moins de 2 ° C sont de 2 à 6% du PIB mondial en 2050 et de 3 à 11% en 2100.

Risques associés aux événements météorologiques extrêmes tels que les canicules, les fortes précipitations dans plusieurs régions et les sécheresses.

Dans certaines régions, ils deviennent déjà élevés entre 1° C et 1,5° C de réchauffement.  Des points de basculement pourraient exister pour les systèmes humains avec des températures élevées et peuvent survenir dans des endroits où la capacité d’adaptation humaine existe. Le réchauffement des températures ambiantes jusqu’à 3 ° C devrait entraîner une augmentation substantielle des vagues de chaleur provoquant un coup de chaleur et la mort. Les risques de mortalité et de morbidité liées à la chaleur deviennent élevés entre 1 ° C et 3 ° C d’augmentation de la température moyenne mondiale.

Les principaux risques pour les implantations dus au changement climatique comprennent le stress thermique, les fortes précipitations, les inondations intérieures et côtières, les glissements de terrain, la pollution de l’air, la sécheresse, la pénurie d’eau, l’élévation du niveau de la mer et les  tempêtes.

Un des grands risques provient du fait que la consommation mondiale devrait augmenter plus rapidement que la croissance démographique en raison d’un passage à des modes de vie plus gourmands en ressources, alimenté par l’augmentation du revenu par habitant.

Les émissions nettes de dioxyde de carbone devront être réduites de 45% d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2010 et atteindre zéro d’ici 2050.

Domaines clés pour un changement transformateur:

1. Paradigmes et visions d’une bonne vie: évoluer vers des paradigmes qui mettent l’accent sur les relations avec les personnes et la nature plutôt que sur la consommation matérielle, y compris de nombreuses visions existantes de la bonne vie comme celles vécues selon les principes et les vertus de la responsabilité envers les personnes et la nature.

2. Consommation, population et déchets: réduire l’effet global négatif des besoins et de la demande humains – en fonction des taux de consommation et de production, de la taille de la population et des déchets – en réduisant la consommation et la production par habitant dans certaines régions et la croissance de la population humaine en autres.

3. Valeurs latentes de responsabilité: Libérer les capacités existantes et les valeurs relationnelles de responsabilité pour permettre une action humaine et organisationnelle généralisée.

4. Inégalités: réduire systématiquement les inégalités de revenus et d’autres formes, y compris entre les sexes, les races et les classes.

5. Participation à la gouvernance de l’action environnementale et de l’utilisation des ressources: Pratiquer la justice et l’inclusion dans la prise de décision de ceux qui en sont le plus touchés, en particulier les peuples autochtones et les communautés locales.

6. Externalités: comprendre et internaliser les effets négatifs distants, retardés et diffus des actions, y compris l’activité économique.

7. Technologie, innovation et investissement: transformer les régimes d’investissement et d’innovation technologique et sociale, de sorte que les technologies et leur utilisation produisent des effets positifs nets sur les personnes et la nature (par exemple, en passant à une économie circulaire et en éliminant les déchets).

8. Éducation et production et partage des connaissances:

Promouvoir la vaste base de connaissances et de capacités qui sont fondamentales pour des sociétés justes et fonctionnelles, et accroître et diffuser les connaissances spécifiques à la durabilité.

Solutions pour restaurer la biodiversité

L’expansion des zones protégées et des zones strictement interdites à la pêche dans les eaux territoriales et en haute mer peut conserver et reconstituer les stocks d’espèces commerciales et non commerciales et protéger les écosystèmes aquatiques.

Le secteur privé peut aider à protéger la biodiversité en veillant à ce que les produits qu’il commercialise proviennent de sources durables.

Les zones humides sont un exemple d’écosystème fonctionnel, hautement menacé et riche en biodiversité nécessitant une protection urgente.

Les actions pratiques comprennent une meilleure gestion des terres cultivées et des pâturages, des choix alimentaires qui minimisent les besoins en nouvelles terres cultivées et la réduction du gaspillage alimentaire

La restauration des écosystèmes peut simultanément atténuer le changement climatique, ralentir et inverser le déclin de la biodiversité et augmenter les avantages que les gens tirent de la Nature.

Éviter, réduire et inverser la dégradation des terres, y compris la désertification, améliorerait la fertilité des sols, augmenterait le stockage du carbone dans les sols et la biomasse, et augmenterait la productivité agricole et la sécurité alimentaire. 

La mise en œuvre de nouveaux modèles commerciaux (tels que le crédit-bail de produits chimiques) visant à réduire l’utilisation de produits chimiques préoccupants, l’intensification des efforts pour développer des alternatives de chimie verte et durable et des engagements à éliminer les produits chimiques préoccupants dans les produits de consommation peuvent tous contribuent à réduire la pollution chimique.

L’initiative dirigée par les Nations Unies sur le système de comptabilité économique environnementale s’emploie à élargir les règles comptables afin d’incorporer la valeur de la Nature. Le cadre intègre des données économiques et environnementales pour fournir une vue plus complète des interrelations entre l’économie et l’environnement et les stocks et les variations des stocks d’actifs environnementaux.

Agriculture durable

L’assistance technique et les programmes d’incitation économique peuvent encourager des pratiques agricoles durables et réduire les pertes de nourriture avant et après récolte.

Les petits agriculteurs, en particulier les agricultrices, doivent être habilités à adopter des pratiques durables. Les inégalités doivent être traitées à l’avance de manière durable.

Les instruments politiques pour parvenir à la durabilité du système d’eau comprennent la réallocation de l’eau à l’échelle du bassin et l’éducation et des incitations pour accroître l’efficacité de l’utilisation de l’eau dans l’agriculture.

Il est aussi essentiel de changer le comportement des consommateurs.

L’accès universel à une énergie propre nécessite une transition rapide vers des systèmes à faible émission de carbone tant pour la production que pour l’utilisation de l’énergie. Il est possible et essentiel de transformer le système énergétique.

Des améliorations substantielles de la santé et du bien-être humains dans le monde (ODD 3) peuvent être obtenues grâce à des changements transformateurs.

Villes durables

Les villes doivent être planifiées pour la durabilité. Il faut encourager la densification des communautés compactes, en particulier dans les villes tentaculaires;  intégrer la biodiversité, la nature et la restauration écologique; promouvoir une production et une consommation durables; promouvoir des solutions fondées sur la Nature; la promotion, le développement, la sauvegarde ou la modernisation d’infrastructures immatérielles pour la gestion de l’eau tout en améliorant les infrastructures matérielles pour répondre aux résultats de la biodiversité.

Il faut promouvoir l’adaptation fondée sur les écosystèmes au sein des communautés, maintenir et concevoir la connectivité écologique dans les espaces urbains, augmenter les espaces verts urbains et améliorer leur accès; accroître l’accès aux services urbains pour les communautés à faible revenu ainsi que promouvoir l’agriculture urbaine pour accroître l’approvisionnement alimentaire local.

L’effet de serre peut devenir humus fertile

Matière organique du sol (MOS)

Le sol est constitué de minéraux et de matière organique. Celle-ci provient des feuilles, des racines, et des composés sécrétés par les plantes dans la terre. Des bactéries, des champignons du sol et d’autres petits êtres vivants s’en nourrissent et la transforment. Elle est constituée d’un mélange de diverses molécules organiques (à base de carbone C et d’oxygène O). Elle rend le sol fertile, et lui permet de garder l’humidité.

Les champs suisses perdent la matière organique du sol depuis des dizaines d’années. Si cette tendance se poursuit, la production alimentaire pourrait être compromise. Elle doit donc être jugulée ou inversée. D’autre part, le carbone perdu est rejeté dans l’atmosphère sous forme de CO2 et augmente l’effet de serre. Le sol en contient une énorme quantité, dont l’oxydation pourrait aggraver dangereusement le réchauffement climatique. Au contraire, une augmentation du carbone du sol de 4 pour 1000 par an absorberait nos émissions de carbone d’une façon inoffensive et bénéfique (initiative 4p1000 https://www.4p1000.org/fr).

Enrichir le sol en carbone: Forêts, bio, peu de labour, fumier, compost

En Suisse, les études ont montré que la perte de matière organique,  est la plus importante dans les exploitations sans bétail. Dans une ferme traditionnelle, les prairies et le fumier qui restitue la paille enrichit les champs en matière organique. Sur une ferme sans bétail, ces cycles sont rompus et les pailles souvent exportées sont perdues pour fertiliser naturellement les champs. Le compost végétal est aussi précieux. Selon une expérience du FIBL, il est parfois plus stable dans le sol que le fumier.

Le carbone est entre autres amené sous la surface par les racines des végétaux. Au cours des dernières décennies, les variétés des cultures ont été sélectionnées pour une production rapide de la partie aérienne. Cela pourrait mener à un déficit de matière organique dans le sol, alors que certaines plantes anciennes ou des durées de culture plus longues développent plus leur partie racinaire. Nous pourrions redécouvrir des cultures et des variétés importantes pour le sol.

La façon la plus simple d’enrichir les sols est d’étendre la surface des prairies et des forêts. Cependant, l’agriculture reste indispensable pour notre alimentation. Elle ne doit pas être synonyme d’épuisement des sols, et il y a des nombreuses techniques pour éviter la dégradation : l’agriculture sans labour, l’agriculture biologique ou encore l’implantation systématique de couverts végétaux. Le semis direct ou un travail superficiel du sol évitent également la perte de matière organique par une minéralisation accélérée.

L’agriculture biologique constitue aussi une bonne solution. Elle s’accompagne de plus d’entrées de carbone dans le sol (Gattinger, 2012), plus de rhizodéposition, plus de mycorhizes, qui stabilisent le carbone du sol (Dignac). Ces réseaux souterrains de champignons parfois millénaires, décrites dans les forêts, existent aussi dans les champs. Les minuscules filaments de champignon s’infiltrent dans les racines de plantes, en tirent des aliments, et la plante bénéficie de l’eau et des sels minéraux du sol apportés par les mycorhizes. Grâce à l’absence de pesticides, les racines des plantes sont plus colonisées ou, peut-être plus précisément, mieux connectées à l’écosystème.

Couverts végétaux

Dans la Nature, la matière organique abonde en forêt, et dans les prairies naturelles, mais elle est rapidement perdue lorsque les terres sont converties en cultures. Dans une prairie, les tiges et les feuilles tombent sur le sol, et y sont incorporées par des insectes et des vers de terre. Par contre, dans une culture de blé traditionnelle, la plante est récoltée, la paille est exportée, et le peu de débris végétaux dans le sol nu est rapidement consommé par une communauté d’organismes finalement réduite faute de nourriture.

Pour pallier à cette différence, l’agriculture de conservation et l’agriculture biologique développent des couverts végétaux, des plantes semées entre les cultures principales, qui maîtrisent les adventices, apportent du carbone au sol par la photosynthèse et l’enrichissent en azote fixé de l’air. L’institut de recherche sur l’agriculture biologique FIBL mène des travaux sur ce sujet. Des plantes de couverture, par exemple des pois, sont semées en été, puis l’agriculteur broie ce couvert à l’automne pour semer les céréales ou au printemps pour installer des cultures sarclées. La protection du sol qu’ils apportent est généralement liée à la biomasse, à la croissance des couverts. Certaines études ont montré qu’après quelques années de ce traitement, le sol retrouvait ses niveaux de carbone (vidéo FIBL , couvert Penn State).

Le réchauffement climatique provoque une déperdition de la matière organique, surtout dans les zones originellement pluvieuses. Nous allons vers une alternance intense de sécheresses et des pluies diluviennes, qui pourrait augmenter le lessivage du sol et l’érosion. Les couverts pourraient s’avérer très utiles. Un sol couvert et riche en matière organique résistera mieux aux intempéries.

La croissance souterraine, plantes pérennes et agroforesterie

Les prairies et les forêts accumulent plus de matière organique dans le sol. Les plantes pérennes de ces milieux ont davantage de racines notamment en profondeur.

Ajuga repens

Ameria Alpina

Amygdalus mongolica

Allysum Montanum

Une scientifique de l’université de Wageningen a étudié les racines des végétaux pendant des nombreuses années.  Elle a dessiné les schémas ci-dessus. Certaines plantes semblent développer des racines immenses, bien plus grandes que la partie aérienne. La partie souterraine, cachée, semble constituer l’essentiel de la plante. Je les trouve absolument extraordinaires. Le sous-sol des prairies est-il constitué d’un enchevêtrement d’immenses racines? Peut-être pourrions-nous combiner l’agriculture à des biomasses souterraines importantes dans champs, les prairies ou les systèmes agroforestiers pour contribuer à un bilan carbone favorable? Les associations de plantes annuelles et pérennes capteraient plus de CO2 en enrichissant d’avantage le sol.

L’agroforesterie permet d’obtenir des résultats semblables. Les agriculteurs suisses combinent désormais des cultures de céréales et des arbres de différents usages (fruitiers, bois de valeur, etc.) dans des exploitations d’agroforesterie (lien RTS). Cette technique a d’abord été utilisée dans les pays tropicaux, entre autres dans les exploitations de commerce équitable, mais elle s’implante aussi en Suisse.  Les arbres vont loin en profondeur, et ainsi préviennent l’érosion et le ruissellement. L’agroforesterie peut apporter un double gain à l’agriculteur, grâce à deux récoltes et constitue une sécurité en cas d’intempéries dévastatrices, rétablit l’équilibre écologique des sols.

L’agriculture a un grand potentiel de capture de carbone, il faut simplement un changement de paradigme, une prise de conscience et une valorisation financière du carbone du sol.

Les sols de toute la Planète absorberont le carbone