Chaleur exceptionnelle en Europe et aux Etats-Unis – Informations de l’Organisation Météorologique Mondiale

Une vague de chaleur inhabituellement précoce et intense se propage de l’Afrique du Nord à l’Europe. Près d’un tiers de la population des Etats-Unis subit actuellement des vagues de chaleur.

Bien que ce ne soit que la mi-juin, les températures sont plus typiques de celles observées en juillet ou en août. Les épisodes en cours font suite à une vague de chaleur prolongée en Inde et au Pakistan en mars et avril.

En raison du changement climatique, les vagues de chaleur commencent plus tôt et deviennent plus fréquentes et plus sévères en raison de concentrations record de gaz à effet de serre piégeant la chaleur.

L’Europe

Le service national météorologique et hydrologique espagnol AEMET a indiqué que les températures à l’intérieur du pays approchaient les 40°C le 14 juin et que la chaleur allait persister.

Les températures élevées et la sécheresse se sont combinées dans un risque d’incendie extrême pour une grande partie de l’Espagne et une partie du Portugal. L’Institut portugais de la mer et de l’atmosphère (IPMA) a signalé le mois de mai le plus chaud depuis 1931 et la grave situation de sécheresse affecte 97 % du territoire.

La France a connu son mois de mai le plus chaud et le plus sec jamais enregistré.

Météo-France a indiqué que la chaleur se propagerait du sud du pays à partir du 15 juin et culminerait entre le 16 et le 18 juin. Les températures maximales diurnes sont prévues entre 35 et 38°C et les minimales nocturnes supérieures à 20°C. D’autres prévisions indiquent 42°C.

“La remarquable précocité de cet épisode est un facteur aggravant”, a déclaré Météo-France, précisant qu’il s’agissait du premier depuis 1947.

La chaleur est alimentée par une dépression atlantique entre les îles des Açores et Madère, favorisant la remontée d’air chaud en Europe occidentale.

Fin juin 2019, la France et les pays voisins ont également connu une vague de chaleur extrême, avec de multiples records de température battus.

“Chaque vague de chaleur qui se produit en Europe aujourd’hui est rendue plus probable et plus intense par le changement climatique induit par l’homme”, a déclaré une étude publiée par des scientifiques de World Weather Attribution sur la contribution humaine à la vague de chaleur record de juin 2019 en France.

Les États-Unis

Le Service météorologique national des États-Unis a déclaré que la chaleur dangereuse et record devrait se poursuivre du Haut-Midwest au Sud-Est jusqu’en milieu de semaine en raison d’un dôme de haute pression. Cette chaleur, combinée à une humidité élevée, produira probablement des indices au dessus de 38°C dans de nombreux endroits.

Les veilles de chaleur excessive, les avertissements de chaleur excessive et les avis de chaleur s’étendent actuellement du Haut-Midwest au Sud-Est, touchant près d’un tiers de la population américaine.

La population est encouragée à rester à la maison ou à se réfugier dans des lieux climatisés. Les personnes âgées et les bébés sont particulièrement vulnérables. Un expert avertit sur les risques de coupure de courant  dans le Midwest alors que la climatisation peut être vitale (msn). Dans ce cas, ils devraient mettre en place un plan d’action efficace pour sauver des vies, arrêter les consommateurs d’électricité les plus voraces, fermer les lieux de travail ce qui éviterait aussi des risques pour les employés, instaurer des jours de fermeture de centres commerciaux, etc.

L’année passée, fin juin 2021, une vague de chaleur exceptionnelle s’abattait sur l’Ouest de l’Amérique du Nord amenant une température supérieure à 49°C à Lytton, en Colombie Britannique. Après quelques jours de fournaise, la ville a brûlé. La vague de chaleur a causé environ 1400 décès aux Etats-Unis et au Canada et 8.9 milliards de dollars de dégâts (Wikipédia). Elle était tellement extrême qu’elle n’aurait pas pu se produire sans réchauffement climatique.

Les maladies et les décès liés à la chaleur sont très préoccupants dans ces conditions, mais ils sont largement évitables grâce à une planification, une éducation et une action appropriées (NIHHIS).

Action contre la chaleur

Le Réseau mondial d’information sur la chaleur et la santé coparrainé par l’OMM et la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) (lien) a décrété  le 14 juin comme Journée d’action contre la chaleur pour sensibiliser à la manière de combattre la chaleur.

La campagne aborde des questions telles que la façon de reconnaître et de prévenir les risques pour la santé liés à la chaleur à la maison, au travail, pendant les sports et les loisirs. Elle donne des conseils sur la façon de rester au frais et de s’hydrater et d’assurer la sécurité de la famille, des amis et des voisins (lien).

« En raison du changement climatique, les vagues de chaleur sont en augmentation dans le monde, devenant à la fois plus chaudes et plus longues. Mais elles ne doivent pas mener à la tragédie. Nous pouvons tous prendre des mesures simples pour nous protéger, protéger nos voisins, les membres de notre famille et nos amis. Il s’agit notamment de boire de l’eau, de se reposer à l’ombre et d’éviter les activités de plein air pendant la partie la plus chaude de la journée », a déclaré Francesco Rocca, président de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR).

La chaleur extrême est le plus meurtrier de tous les aléas naturels. La communauté OMM est un partenaire essentiel des autorités locales pour sauver des vies face à ce grave danger climatique et sanitaire. La diffusion d’avertissements sanitaires liés à la chaleur et d’avis publics efficaces contribue à mettre en œuvre des plans d’action contre la chaleur, notamment en mobilisant la préparation aux épisodes de chaleur accablante. Les citadins sont particulièrement sensibles en raison de ce que l’on appelle l’effet d’îlot de chaleur urbain qui amplifie les impacts de la chaleur par rapport à la campagne où il y a plus de végétation. L’Organisation mondiale de la santé a recommandé d’étendre les plans d’action chaleur-santé dans la région européenne.

Communiqué officiel OMM:  OMM.

Image de couverture  par Barbara A Lane de Pixabay

Addendum le 16 juin: Pour compléter la discussion: Graphique du grand climatologue américain James Hansen qui montre que les températures moyennes de l’hémisphère Nord en été ont augmenté et de plus les températures extrêmes augmentent plus (en rouge foncé). 20200706_HunkyDory

Dans cet article vous trouverez le graphique Météosuisse, la montée des températures annuelles en Suisse: https://www.swissinfo.ch/fre/changement-climatique_le-temps-commence-à-manquer-pour-les-forêts/43473844

 

Laissons des très grands arbres dans nos forêts – sylviculture dynamique naturelle

La stratégie de développement de la biodiversité de l’Union européenne appelle à une utilisation plus large des pratiques forestières ” proches de la nature “.

Aujourd’hui, la gestion forestière  en Europe n’imite pas les schémas de la nature, en particulier les schémas complexes créés par les perturbations naturelles qui laissent derrière elles une mosaïque de types, d’âges et de tailles d’arbres ; bois mort debout et abattu; et des paysages très variables et résilients.

La grande majorité – près de 73 % – des forêts européennes penche vers des plantations homogènes et équiennes. Celles-ci, historiquement, ont été gérés pour maximiser la croissance et le rendement du bois et d’autres produits du bois, mais sont de plus en plus vulnérables au stress environnemental et au changement climatique.

Si nous homogénéisons un paysage pour que tout soit épicéa à perte de vue, cela signifie que lorsque les scolytes de l’épinette arrivent, ils peuvent également se propager à perte de vue.

Aujourd’hui, des nombreuses forêts européennes souffrent d’importantes épidémies d’insectes, de problèmes de maladies forestières, de fréquences croissantes de tempêtes de vent et d’incendies plus intenses.  Le réchauffement climatique favorise les épidémies, certains insectes prolifèrent dans la chaleur, les scolytes attaquent des arbres affaiblis par la sécheresse.

Les perturbations naturelles qui se produisent dans les forêts sont de taille très variable, mais moins graves que les dégâts laissés par l’exploitation forestière et d’autres formes de gestion humaine des forêts. Certaines, comme les grands incendies et les tempêtes de vent, se produisent rarement mais façonnent les paysages pendant de nombreux siècles. Les perturbations causées par la coupe forestière en rotation sont plus fréquentes, laissant moins de temps aux écosystèmes pour développer des habitats qui se rétablissent lentement. Les événements naturels laissent généralement plus d’arbres et de bois vivants et morts que les principaux types de gestion forestière populaires en Europe incluant la coupe à blanc, les coupes répétées de les jeunes arbres dans les systèmes de taillis, les coupes progressives et l’élimination continue des arbres d’âge moyen dans un système de sélection.

Une étude  montre comment les pratiques forestières européennes pourraient imiter plus étroitement les perturbations naturelles pour produire une gamme plus large d’habitats et de services écosystémiques pour être plus durables et résiliantes. Il s’agit d’une nouvelle réflexion de pointe pour l’Europe, où contrôler et éliminer les perturbations, plutôt que de les imiter, a été la façon dominante de penser pendant plusieurs siècles.

Les scientifiques suggèrent un style de foresterie appelé “proche de la nature” ou “sylviculture dynamique naturelle” pour les forêts européennes.  Des grands arbres, des arbres fauniques, des arbres d’habitat, du bois mort à différents stades de décomposition, des microhabitats et des canopées complexes permettraient le développement de nombreux types de créatures et de biodiversité.

Les techniques sylvicoles qui accordent plus d’attention à ces éléments des forêts naturelles – et copient la dynamique des perturbations naturelles à l’échelle de peuplements individuels d’arbres et de paysages plus vastes peuvent enrichir le portefeuille de systèmes de gestion de l’Europe, surtout  si la production de bois n’est pas l’objectif principal.

Et un nombre croissant de citoyens européens et de gestionnaires des terres souhaitent que leurs forêts contribuent davantage à l’absorption de carbone, à la protection de la biodiversité et à d’autres services tels que la qualité de l’eau et la protection contre les inondations. Or aujourd’hui, seulement 8% des forêts européennes ne sont pas gérées ou le sont pour des objectifs non ligneux tels que le stockage du carbone, la qualité de l’eau ou l’habitat faunique.

Les pratiques de gestion forestière équienne à haute intensité sont loin des conditions dans lesquelles les organismes ont co-évolué et auxquelles ils sont adaptés.

Depuis la fin de la dernière période glaciaire, l’Homme a modifié les forêts d’Europe, de manière décisive depuis la révolution néolithique de la colonisation et de l’agriculture au cours des 6 000 dernières années.  Il y a encore mille ans, l’Europe était une immense forêt.

Depuis quelques siècles, la production intensive de bois s’est appropriée les restes de celle-ci.

Ces plantations gérées,  souvent entretenues avec des coupes à blanc, composées de peuplements de même âge d’une seule espèce; et récoltées tous les 80 ou 120 ans , contrôlent la dynamique forestière pour maintenir un flux de bois vers le marché. Les avantages supposés de l’élimination des perturbations – comme les incendies, les arbres morts et mourants, les inondations ou les espèces non commercialisables – ont été largement tenus pour acquis jusqu’à ces dernières années. Cependant, elles  diminuent souvent la résilience d’une forêt à de nombreux stress, du changement climatique aux scolytes en passant par la sécheresse.

“Nous avons constaté que plus de 85 % des forêts gérées en Europe imitent une sorte de perturbation de remplacement des peuplements. Il s’agit d’un pourcentage énorme de nos forêts étant donné que presque toutes les forêts d’Europe sont gérées et qu’il existe très peu de réserves naturelles”, déclare le scientifique forestier Dominik Thom, co-auteur de la nouvelle étude à l’Université technique de Munich à Freising, en Allemagne. “Ce qui nous manque le plus dans nos forêts, ce sont les stades de développement tardif”, dit-il, “les structures anciennes, comme les très grands arbres” (cité par Joshua Brown, article).

Dans une forêt naturelle, une grande complexité émerge au fil des années et des siècles. Elle peut être intégrée aux techniques forestières comme le propose une nouvelle étude. Les perturbations naturelles créent aussi des patchs et des mosaïques très complexes. Si nous pouvons imiter les perturbations naturelles d’un peu plus près dans les forêts gérées, nous aurons une meilleure chance de fournir la gamme complète d’habitats dont les salamandres, les champignons, les araignées et de nombreuses autres formes de vie ont besoin… et nous rendrons probablement ces forêts européennes, et nous-mêmes, plus résistantes au changement climatique rapide. Elles doivent aussi être protégées de la pollution.

Nos forêts sont en danger, les épidémies de scolytes, les vents, l’alternance des sécheresses et de pluies intenses, l’érosion les menacent ces prochaines années déjà. L’étude constate plus de dommages dûs au vent. L’été passé le Canada a connu une vague de chaleur à 49,6°C, et les climatologues ont annoncé que des événements semblables, et plus graves, viendront encore. Le réchauffement climatique pourrait apporter un printemps à 30°C dans quelques années, ou une autre aberration météorologique de ce niveau.   Les techniques pour améliorer la résilience des forêts, par exemple des poches laissées à l’évolution naturelle, doivent être appliquées immédiatement.  Personnellement, je suggère aussi l’étude sérieuse de solutions de sauvetage, de plusieurs solutions différentes, telles que en place de réservoirs ou d’arrosage de forêts en cas de catastrophe météorologique. Nous devons les sauvegarder.

Autre blog sur les forêts: https://blogs.letemps.ch/dorota-retelska/2021/12/05/la-mort-et-les-tentatives-de-renaissance-des-forets-allemandes/

Blog: la mort et l’importance des forêts

Blog: L’importance des grands arbres pour les forêts

La forêt amazonienne est encore là mais pourrait approcher d’un seuil critique

Le changement climatique apporte à l’Amérique du Sud des sécheresses, d’intensité et de durée croissante.  Les températures augmentent.

Une nouvelle étude a exploité les données satellite pour comprendre les réponses de la jungle amazonienne à ces changements. Ils ont utilisé les données satellitaires de VOD (vegetation optical depth) qui mesurent bien la biomasse de la forêt (Boulton, Lenton and Boers, Nature Climate Change).

Les mesures d’activité photosynthétique, qui renseignent sur la croissance active des plantes, et notamment des feuilles, indiquent par contre une forte activité dans les zones nouvellement défrichées. Les satellites rapportent que des végétaux poussent intensivement là-bas, il s’agit probablement des pâturages ou de cultures. Cette mesure ne renseigne pas bien sur la présence d’arbres.

Les données de la profondeur optique de la végétation VOD sont bien indicatives de la biomasse de la forêt.  Les scientifiques ont étudié les changements de celle-ci au cours du 21ième siècle. La forêt subit des variations annuelles, en raison des pluies et des chaleurs saisonnières.  Si on fait abstraction de ce cycle naturel, des variations inattendues apparaissent. Des perturbations se sont toujours produites, mais elles perdurent malheureusement de plus en plus. La forêt ne se régénère plus aussi bien après des dommages subis. Les scientifiques ont mesuré l’autocorrelation de ces changements.

Ce changement touche les trois quarts de l’Amazonie. Il se produit dans quasiment toutes les régions, proches de l’activité humaine ou pas. Les zones attenantes aux exploitations humaines sont exposées aux feux qui abîment les arbres alentour. La déforestation et la dégradation des forêts diminuent l’évapotranspiration, ainsi que la formation des pluies favorisée par les arbres, et font monter la température localement lors des vagues de chaleur, car la végétation abondante tempérait le climat.

Seules quelques zones reculées dans le Nord semblent épargnées sur une carte qui représente l’évolution au cours de la dernière vingtaine d’années. Un autre graphique, qui représente le changement annuel, semble pourrait indiquer que même les zones les plus éloignées perdent de leur résilience aux cours des quelques dernières années, dès 2013, mais les auteurs attirent l’attention sur le faible nombre de parcelles concernées. Il n’est donc pas certain si les zones éloignées de l’Homme sont encore viables.

La perte de résilience est en tout cas plus forte dans les régions touchées par l’Homme. Evidemment, les arbres coupés et remplacés par des pâturages repoussent difficilement.

La pluviométrie ne semble pas influencer la résilience de la forêt, qui diminue sur la majorité du territoire.

Selon les auteurs de l’article, la perte de résilience peut annoncer une transition critique, la perte de cette forêt. Cette observation est très inquiétante. Il s’agit d’un des plus grands réservoirs de biodiversité du monde, une merveille de la Nature.

L’Amazonie est point de retroaction potentiel dans le système climatique mondial, et un grand puit de carbone terrestre. Sa perte changerait dangereusement le climat local et mondial.

Cette étude a étudié la stabilité du système de la forêt amazonienne, en calculant un indicateur de stabilité. La forêt pourrait vivre un ralentissement critique (CSD). La perte de résilience indique un affaiblissement des feedbacks négatifs qui permettaient à la forêt de récupérer après un dommage.  D’autres systèmes de la biosphère terrestre semblent aussi vivre un ralentissement critique: la hauteur des glaces du Groenland,  ainsi que la circulation océanique dans l’Atlantique (Boulton, Lenton and Boers). Nous pourrions être à la veille de la perte de ces systèmes. Le sommet des glaces du Groenland pourrait se trouver à une température supérieure à zéro degrés ce qui précipitera sa fonte, mais là le phénomène devrait s’étaler sur des centaines ou des milliers d’années.

Une forêt peut par contre mourrir en une année, ou en quelques années. Si elle dépérit, elle augmentera rapidement le réchauffement planétaire.

 

Les arbres meurent-ils debout?

Une étude portant sur la mort des arbres de la forêt amazonienne indique que les grands arbres meurent en premier, de défaillances hydrauliques lors des sécheresses ou frappés par la foudre. Le manque de lumière ou la sécheresse sont un des problèmes principaux.  Environ une moitié d’arbres tombe, déracinée ou brisée, et l’autre moitié meurt et sèche debout. Les espèces à croissance rapide subissent le plus de pertes (Nature). Cependant, il est à noter que la croissance ralentit avant la mort de l’arbre. Elle intervient donc après une maladie ou un affaiblissement, l’arbre tombe après une maladie, qui pourrait par exemple saper ses racines. Même les arbres qui s’effondrent encore verts ont en fait subi des dommages avant. Aujourd’hui, une partie de la forêt Amazonienne a cessé de croître. Les immenses arbres sont encore debout.

La sécheresse est responsable seulement dans le Sud de l’Amazonie, dans le Nord elle ne semblait pas jouer de rôle (Nature). Une étude portant sur les espèces de la forêt amazonienne indiquait en 2019 une mortalité accrue des espèces habituées à l’humidité, et un remplacement progressif par des essences tolérantes à la sécheresse. La forêt s’adaptait alors au changement qu’elle vivait (article). Une autre étude montrait aussi que la mortalité dépend du climat et de l’espèce végétale (Nature). Cela suggère qu’une meilleure irrigation aiderait la forêt.

Le rapport du GIEC prévoit une augmentation de températures en Amérique du Sud, ainsi qu’une diminution de pluies dans le Nord-Est du Brésil.  Les deux changements menacent la forêt.  Les vagues de chaleur seront plus longues, plus fortes, plus fréquentes, dureront plus de deux mois. Le risque de feux de forêt augmente aussi énormément. La jungle amazonienne est en danger. Des grandes parties seront remplacées par une végétation plus modeste et adaptée à la sécheresse.  La cascade de conséquences du changement climatique et des activités humaines pourrait entraîner la perte de cet écosystème autour de 2°C de réchauffement. (6ième rapport du GIEC). Mais les événements pourraient se précipiter. Une étude rapporte une perte de carbone par la forêt Amazonienne plus rapide que prévu par les modèles du GIEC (Nature Climate Change). La perte de résilience observée actuellement pourrait signifier que la jungle Amazonienne touche à la fin de son existence.

Sa disparition amènerait des sécheresses et des vagues de chaleur plus intenses, probablement insupportables dans la région.

L’Amazonie sera-t-elle bientôt un effrayant tourbillon de poussière et de décombres centrifugé par la colère d’un ouragan biblique, comme Macondo de  Garcia Marquez’?  Ne le permettons pas.

Comme je l’ai écrit la semaine passée la déforestation et la dégradation des forêts sont encore très actives au Brésil. L’activité humaine peut être arrêtée et inversée demain.

Anciens blogs sur l’Amazonie, autres détails et solutions:

Sauvez la forêt Amazonienne: cessons les importations de produits de la déforestation

Canicule, insectes ou soja en Argentine

L’hémisphère Sud subit un été torride. En Australie, les températures ont dépassé 50 degrés. Ce pays a subi au moins cinq années de canicule extrême depuis 2015.

L’Amérique du Sud frappée par deux vagues de chaleur en janvier. La première, début janvier, a causé des records de chaleur au Paraguay. La deuxième a touché surtout l’Uruguay et l’Argentine. Elle provenait d’un dôme de chaleur sur la région. Les températures ont atteint 45°C, et de nombreuses pannes de courant ont rendu la climatisation aléatoire. Presque toute l’Argentine ainsi que les pays avoisinants ont subi les jours les plus chauds de leur histoire.

La vague de chaleur a aussi affecté l’agriculture et les écosystèmes naturels.

Elle pourrait meurtrir sérieusement  les écosystèmes argentins. La canicule de 2019 avait provoqué une mortalité massive de penguins. Cette année, une ville argentine a connue une plaie d’insectes, appelés  cascarudos (diloboderus abderus) qui ont transformé la rue en un grouillement brun.

La canicule a touché une région essentielle pour la production mondiale de céréales.  L’Argentine est le premier exportateur mondial de soja, elle assure les 41% de la production mondiale. Elle est aussi un important producteur de maïs.

Alors que les prix mondiaux des denrées alimentaires atteignent actuellement leur plus haut niveau depuis 46 ans, la vague de chaleur et la sécheresse qui y est associée en Argentine sont préoccupantes.

Les sécheresses extrêmes et/ou des inondations amplifiées par le changement climatique qui frappent plusieurs grands « greniers à blé » producteurs de céréales dans le monde au cours de la même année pourraient constituer la plus grande menace du changement climatique pour la civilisation au cours des 40 prochaines années.

Les pénuries pourraient déclencher d’importantes des flambées de prix qui conduisent à la famine massive, à la guerre et à une grave récession économique mondiale. L’Argentine joue un rôle clé dans la stabilité alimentaire mondiale, mais bien sûr le passage à une alimentation plus végétale l’assurerait facilement,

Généralement, les cultures ont une température optimale pour la performance, et des températures plus chaudes entraînent une forte baisse des rendements. Pour chaque degré Celsius d’augmentation de la température moyenne mondiale, les rendements devraient diminuer, en moyenne, d’environ 7 % pour le maïs, 6 % pour le blé, 3 % pour le riz et 3 % pour le soja. Ces calculs ne tiennent pas compte des pertes supplémentaires dues aux conditions de sécheresse qui accompagnent généralement la chaleur extrême. Cependant, elles pourraient être compensées modestement par des gains de croissance des plantes en raison de l’augmentation du dioxyde de carbone dans l’air qui stimulera la croissance des plantes (l’effet de fertilisation du CO2).

Une étude de 2021 dirigée par Ariel Ortiz-Bobea, Le changement climatique anthropique a ralenti la croissance de la productivité agricole mondiale, a révélé que la température mondiale optimale pour la croissance des cultures est assez fraîche et a été atteinte avant 1961. Depuis cette année, la productivité agricole mondiale a à peu près doublé comme à la suite d’améliorations de la technologie et des pratiques, mais le changement climatique a réduit ces avantages d’environ 21 % – l’équivalent de la perte des sept dernières années de progrès de la technologie agricole. Les pertes dues au changement climatique ont été les plus importantes sous les tropiques et dans les latitudes moyennes du sud, y compris en Argentine (selon Yale Climate Connections basé sur Ortiz-Bobea et al). La sécheresse affecte aussi le transport des céréales. Elle a réduit le niveau du Parana, a empêché le transport fluvial des céréales, et a diminué les exportations de 30%. Les sécheresses pourraient doubler à la fin du siècle dans des nombreuses régions du monde (lien).  Une étude scientifique sur les effets de la chaleur anticipe cette  baisse de la productivité de maïs pour la fin de ce siècle (article vidéo), mais ce déficit a déjà été atteint cette année grâce aux problèmes de transport.

Les sécheresses en Argentine sont souvent liées au phénomène la Nina, alors l’année prochaine pourrait être meilleure.

La pluie pourrait sauver les récoltes argentines cette année, mais une nouvelle vague de chaleur s’annonce.  Il reste à espérer que les récoltes dans l’hémisphère nord seront abondantes, mais les risques planétaires s’aggravent. Une alimentation plus végétale constitue la meilleure solution pour la sécurité alimentaire mondiale.

Je cherche les descriptions des effets de cette vague de chaleur, mais pour le moment je n’en trouve pas assez. Elles seraient très utiles car ces événements seront fréquents et répandus dans le monde. La grande majorité de modèles sous-estime les conséquences réelles. Cette année, la sécheresse affecte aussi le transport fluvial.  Il est essentiel d’observer les catastrophes actuelles, les problèmes météorologiques ponctuels, tels que les vagues de chaleur, les grêles et les inondations, ainsi que des périodes plus longues, de sécheresse ou de chaleur.  Leur observation et leur description ouvre la voie à des modèles réalistes.

Ce problème est terriblement réel. Toute la Planète sera bientôt confrontée à d’intenses vagues de chaleur. Une étude chapeautée par Sonia Seneviratne de l’ETHZ montrait que dès 2030, dans huit ans, la plupart des pays du monde connaîtront des vagues de chaleur record tous les deux ans (lien).  Les canicules exceptionnelles telles que celles de 2003 à Paris, ou celles de l’été 2021, se produiront bientôt tous les deux ans, et des extrêmes plus hauts seront atteints.

Ces vagues de chaleur auront des conséquences importantes sur l’agriculture mais pourraient  aussi toucher directement les populations.

Dans l’interview vidéo ci-dessous, un climatologue s’exprime sur les records de chaleur. Selon lui, ces pics de température, à dix ou vingt degrés au dessus des normales saisonnières, sont aujourd’hui possibles, partout dans le monde. Selon lui, ces prochaines années, des anomalies aussi fortes pourraient aussi toucher les régions chaudes, des villes telles que Delhi, qui seraient alors décimées par la chaleur.  Un autre climatologue à la COP26 déclarait aussi que l’urgence, principale, aujourd’hui, est de prévenir les vagues de chaleur en Afrique.

https://www.nasdaq.com/articles/heat-wave-to-hit-argentina-further-stressing-corn-soybean-crops

Image par Reimund Bertrams de Pixabay

 

La mort et les tentatives de renaissance des forêts allemandes

Les scolytes dévastent les forêts allemandes

Le Science magazine, le plus important journal scientifique, affiche en couverture une forêt morte. Il présente les dommages que les forêts allemandes ont subi du fait du réchauffement climatique. 

En 2018, une tempête a abattu de nombreux arbres, et les sécheresses des trois années suivantes sont permis à des insectes d’infester les épicéas. 

L’enchaînement des périodes sèches a provoqué l’invasion des arbres alentour. Les populations des scolytes ont explosé, et en trois semaines ont achevés d’imposantes épinettes. 

Des milliers exploitations forestières se sont hâtées de couper et de vendre les arbres morts et malades.  Le marché du bois s’est effondré. Plus de 300’000 hectares de forêts allemandes, 2.5% de la surface forestière du pays ont succombé aux scolytes, sur un fond de réchauffement climatique et de sécheresse.  

Foresterie allemande

La foresterie  était une branche économique importante en Allemagne.  Elle générait 170 milliards d’euros par année et employait plus d’un million de personnes. Le bois devrait remplacer des matériaux de construction polluants, tels de béton et l’acier.  Si les exploitations allemandes sont abandonnées,  la demande pourrait se déplacer ailleurs dans le monde. 

L’Allemagne a découvert les pénuries de bois au 18ième siècle et a mis en place une gestion de la foresterie dès cette époque.   Ils ont développé des plantations d’espèces à croissance rapide, dans des rangées bien ordonnées pour une production du bois maximale.  La demande de bois à la fin de la deuxième guerre mondiale a encore accru le nombre de ces exploitations en mono-culture. Pendant des décennies,  cela apparaissait comme un magnifique succès.  Au début du 21ème siècle, les forêts allemandes ont atteint un volume de bois inégalé depuis le Moyen-Age. 

Cependant, cette richesse apparente a été obtenue par des plantations artificielles en monoculture. Les épicéas de Norvège constituent le quart des plantations, et la moitié des récoltes de bois.  Ces espèces aux racines peu profondes poussent naturellement dans des régions froides ou sur les pentes des montagnes.  Elles ont été plantées partout en Tchéquie, Autriche et Allemagne, dans des zones de plaines bien plus chaudes.  Ces forêts abritaient moins de biodiversité, mais tant que les températures étaient assez fraiches, les épinettes poussaient très bien.

Sécheresses

Le réchauffement de ces dernières années a déclenché une réaction en chaine fatale.  La chaleur extrême de l’été et le manque de précipitations ont fait sécher les sols à une profondeur de deux mètres. Lors des sécheresses, les épicéas ne pouvaient plus produire la résine qui les protège des insectes. Ils ont été attaqués par les scolytes qui se nourrissent habituellement d’arbres morts ou malades. Les populations de ces insectes ont explosé, et ont pris d’assaut des forêts entières, les réduisant à des rangées de squelettes gris. 

Les dégâts les plus importants se sont produits en Allemagne, Tchéquie et Autriche.  Les forêts en France, Pologne, Suisse, Slovaquie, et Italie ont aussi été touchées.  Selon le Thünen Institute,  organe allemand de recherche forestière,  300 millions de mètres cubes de bois ont déjà été perdus en Europe.  Angela Merkel a mentionné les “très, très grands dommages aux forêts”, qui ont  touché des milliers de propriétaires forestiers. 

Un important conflit politique et scientifique a suivi cette constatation.  Les scientifiques considèrent que c’est un signal d’alerte,  et que le Futur est très inquiétant.  Le réchauffement climatique est clairement la cause du problème, et les monocultures ne pourront pas y faire face.  Il faut probablement changer les espèces exploitées en foresterie. 

Laisser faire la Nature

Les solutions ne sont pas évidentes. Un scientifique, Peter Wohlleben, suggère de laisser les forêts touchées repousser naturellement.    Selon lui, les forêts naturelles sont toujours meilleures, et il vaut mieux laisser la Nature faire son travail. Je suppose que dans les forêts infestées par les scolytes repousseront surtout les arbres résistants à ces insectes.

Une autre forêt a disparu dans un incendie en 2018.  Les souches mortes ont été éliminées, et des jeunes arbres ont été plantés.  La sécheresse a tué la plupart de ces jeunes plantules, par contre des peupliers ont poussé spontanément.  Leur vigueur indique qu’il n’est pas nécessaire de replanter,  une nouvelle forêt apparaît naturellement. 

Dans une autre parcelle, les forestiers ont laissé les troncs brûlés en place, laissant la forêt se régénérer.  Ils ont aussi planté des parcelles de chênes, qui pourraient mieux résister au changement climatique (bien que plus au Sud de l’Europe, il soient menacés aussi). 

Les forêts qui se régénèrent naturellement semblent plus riches en biodiversité. Elles abritent plus d’espaces de plantes, de champignons et d’insectes que les parcelles nettoyées.  La biodiversité augmente généralement la résistance de l’écosystème.  Dans les forêts qui repoussent naturellement le sol est moins chaud lors des canicules, et le vent plus doux.  La végétation naturelle tempère la forêt. La mousse recouvre le sol, prévient l’érosion et stimule la croissance de champignons souterrains.    Ceux-ci cherchent par exemple l’humidité du sol et permettent aux arbres de mieux résister aux sécheresses. 

Le parc national de Harz a perdu plus de 10’000 hectares d’épicéas.   Les troncs gris sont toujours là, et la forêt se régénère naturellement.  

L’Allemagne va augmenter le nombre de forêts qui se régénèrent naturellement.  Elles  sont bien plus variées et résiliantes qu’une plantation.  Cette diversité d’espèces et de tailles d’arbres crée de nombreuses niches pour les animaux. En sous-bois, les fleurs sauvages fleurissent et les abeilles abondent.   Les myrtilles, les sorbiers, les bouleaux et d’autres petits arbres prospèrent.  Pendant ce temps, les hiboux et les chauves-souris nichent dans les cavités du bois mort.   La repousse naturelle double la richesse biologique.

Elles supporteront surtout mieux les sécheresses futures et les maladies, car elles contiennent des arbres d’espèces et d’age différent. 

 

Choisir les espèces résiliantes au réchauffement

Laisser les forêts à elles-mêmes est un choix difficile. D’autres chercheurs pensent que le climat change si vite que de nombreuses espèces indigènes ne survivront pas sans aide humaine.  Ils voient déjà mourrir des hêtres et des érables, et des pins qu’ils croyaient résistants à la sécheresse.  Des modèles récents indiquent que plus de la moitié des forêts européennes est maintenant vulnérable aux insectes, aux tempêtes, aux feux ou à un enchaînement de ces risques. Henrik Hartmann, du Max Planck Institute, suggère de planter stratégiquement des nouvelles espèces, plus résiliantes. Ils pourraient s’inspirer de l’Arborétum de Wuppertal, où 200 espèces d’arbres du monde entier ont été plantées il y a deux cent ans.  De nombreux arbres originaires d’Amérique du Nord, le cèdre rouge de l’Alaska,  le cèdre à encens, la pruche de l’Ouest vont très bien, même après trois années de sécheresse.   Les forestiers considèrent aussi de planter des mélanges d’espèces de valeur. 

D’autres pensent inclure dans les exploitations des tilleuls ou des châtaigniers. Les arbres d’europe du Sud pourraient déjà être résistants aux maladies que la montée de températures amène en Europe du Nord. Hartmann déconseille de replanter les arbres qui poussaient bien par le passé, et suggère de consulter les modèles climatiques. 

Les risques sont réellement  immenses. Il fera plus plus chaud, les sécheresses sont plus graves.    

Aide de l’Etat

Les nouvelles techniques de foresterie exigent des changement dans les lois et dans les achats des forestiers. Le ministre allemand de l’agriculture a déjà réagi à la mort des forêts par un programme d’aide sans précédent: 1,5 millards d’euros destinés à financer l’élimination des souches mortes et la plantation de nouveaux arbres.  Les bénéficiaires doivent maintenant cultiver un mélange d’espèces.  Des fonds pour la régénération naturelle des forêts ont aussi été créés.

Le nouveau gouvernement allemand projette d’amender les lois fédérales pour augmenter les forêts naturelles, de cesser l’exploitation des vieilles forêts de hêtres appartenant à l’Etat et de promouvoir d’autres solutions conseillées par les spécialistes de l’environnement. 

Toute l’économie du bois devrait s’adapter.  Les scieries sont faites pour les conifères et continuent à les demander. Il est actuellement quasiment impossible de vendre des peupliers et des bouleaux. D’autre part, les feuillus, les chênes ou les bouleaux ont besoin de 140 à 160 ans, alors que les épicéas sont prêts à être exploités en 60 à 80 ans.   Enfin, les modèles climatiques indiquent que les bouleaux , adaptés au froid et à l’humidité, n’ont aucun avenir.  Une exploitation allemande s’est décidé pour du pin Douglas, mais il pourrait aussi souffrir des sécheresses. Les grands pins Douglas perdent des épines, et certains ont été attaqués par les scolytes.

Un sommet appelé Waldsterben 2.0 s’est tenu cette année.  Les scientifiques et les membres du parti Vert allemand se sont prononcées pour une régénération naturelle des forêts.  Le ministère allemand des forêts a tenu son propre sommet, où ils ont annoncé des nouveaux encouragements pour les propriétaires des forêts et un plan pour compenser la capture du carbone par les arbres. 

Certains regrettent la polarisation du débat et demandent une voie moyenne, entre une régénération naturelle des forêts et des plantations informées par modèles climatiques. 

Les forêts suisses sont aussi menacées, même si elles sont bénéficié du printemps pluvieux et frais de cette année. 

Si j’étends la perspective au delà des dix prochaines années,  Je crois qu’il faut aussi considérer le risque que  même les arbres suggérés par les modèles actuels ne supportent pas le changement,  que les modèles le sous-estiment et succombent par exemples aux vagues de chaleur extrêmes. Quand j’ai écrit sur les arbres malades des forêts suisses (lien), je trouvais des modèles climatiques qui prédisaient un danger pour les forêts pour 2100. Or elles sont menacées maintenant. La mort des forêts , comme de nombreux autres événements climatiques a commencé plus vite que prévu. 

 Il faut peut-être exploiter les épicéas matures au plus vite, car ils sont menacés.  Il faudrait donc utiliser le bois immédiatement, alors qu’une pénurie dans une dizaine d’années est possible.   

Lien Science: https://www.science.org/content/article/germany-s-trees-are-dying-fierce-debate-has-broken-out-over-how-respond

L’importance des grands arbres blog: https://blogs.letemps.ch/dorota-retelska/2020/05/17/la-mort-des-grands-arbres-condamne-les-forets-temperees/

Photo de couverture: Hauts de Montreux, Suisse au printemps 2020. Les épicéas ont apparemment récupéré en 2021. 

 

COP26: Les émissions de carbone doivent diminuer immédiatement

L’adaptation tiendra dix ans

La COP26 s’achève. Elle semble avoir atteint plusieurs objectifs qu’elle sétait fixée, de nombreux investissements, une déclaration sur les forêts, une sur l’aviation, et aussi sur l’élimination des énergies fossiles. Un magnifique événement de collecte de fonds qui ne remet pas notre économie en question. Je suis surprise de l’importance donnée à l’adaptation dans cette conférence. Nous devons limiter le réchauffement à 1.5°C et pour cela il est nécessaire de réduire les émissions de carbone de 7-8% chaque année, dès maintenant. Le taux de CO2 dans l’atmosphère ne devrait pas monter plus haut, au risque de dégâts irrémédiables à la biosphère. J’espère que les projets d’adaptation intelligente, dans l’agriculture biologique ou l’agroforesterie, stabiliseront aussi le climat. Le risque est que nous nous adaptions pour cinq ou dix ans, mais que le climat empire et devienne incontrôlable. Les investissements ne doivent pas être dirigés dans la recherche sur les avions à piles qui seraient développés pendant que la flotte actuelle pollue allègrement. Plus exactement, je suis d’accord pour la recherche, à condition que l’aviation diminue les émissions dès cette année. C’est aussi possible, en limitant simplement les vols de connection, les vols à courte distance et les avions vides. J’ai été surprise d’entendre un intervenant du WWF s’exprimer en faveur de l’adaptation. L’Amazonie ne s’adaptera pas. La croissance des arbres a diminué à cause des sécheresses de ces dernières années, et elle succomberait probablement aux températures trop élevées. Or, la Planète en a besoin. Il vaut bien mieux arrêter le réchauffement et la déforestation.

Construire moins et plus résistant

Il ne faut pas lancer d’énormes projets d’écoquartiers, et il faut arrêter les chantiers les moins écologiques. Les émissions de la construction, estimées dans la conférence à 37%-40% du total, doivent diminuer cette année. J’ai une excellente idée pour cela. Il faut vite établir et suivre des nouveaux standards de sécurité pour la construction, en sachant que les catastrophes s’aggraveront ces dix prochaines années. Si nous n’agissons pas sagement au cours de cette décennie, elles prendront encore de l’ampleur par la suite. Nous devons prendre en compte les risques apportés par la météo extrême dont nous avons eu un échantillon cet été en Europe avec des tornades et des grêlons géants, des inondations et des glissements de terrain. Ces événements sont bien plus dévastateurs en Chine et dans les régions tropicales. Les constructions mises en danger par le climat doivent être suspendues pour dix ans. Pendant ce temps, des études de risques beaucoup plus poussées permettraient de mieux prévoir la suite. La banque européenne d’investissement semble l’avoir compris, elle lance de nombreux investissements durables, et favorisera des infrastructures capables de résister aux intempéries.

Je remarque avec plaisir que de nombreux dirigeants soutiennent les solutions basées sur la Nature, qui permettront de régénérer les écosystèmes, les sols, éviteront la pollution et permettront l’alimentation saine des populations. Cette idée, essentielle, est maintenant largement comprise et soutenue.

Addendum: Je suis d’accord avec le commentaire qu’il faudrait limiter la surpopulation, le propose d’essayer la solution d’offrir la contraception gratuite à toutes les femmes du monde, ce qui respecte les droits de l’Homme. Il faudrait aussi combattre les mariages d’enfants,  les mariages forcés et les viols.

Je ne suis pas d’accord sur l’influence des cycles solaires, le réchauffement est dû à nos émissions de carbone fossile et, je l’admets, aussi à la déforestation. Mais la végétation peut y remédier, et améliorer le cycle hydrique, c’est une excellente solution.

Les pesticides déciment les insectes du sol

Traitements chimiques au niveau du sol

Les pesticides contaminent le sol. De nombreuses études ont relevé leurs effets sur les invertébrés, insectes ou vers. La perte de biodiversité a causé une perte de 60%, plus de la moitié, des services écosystémiques de la glèbe (publication). De nombreux insectes passent une partie de leur vie dans la terre, sous forme d’oeufs ou de larves, et leur nombre a dramatiquement chuté au cours des dernières décennies. Le nombre d’oiseaux a aussi dramatiquement diminué et cette année encore, aux Etats-Unis, près d’un million d’oiseaux sont tombés morts au sol, émaciés. Ils ont peut-être succombé à la faim.

La perte d’habitat, et la pollution, due surtout aux engrais et aux pesticides, sont les suspectes de l’hécatombe d’insectes. Les pesticides nénicotinoïdes étaient utilisés dans la moitié de champs de soja et presque tout le maïs non biologique cultivé aux Etats-Unis. Les 80% de ces pesticides demeurent dans le sol, et les organismes du sol y sont exposés.

Les fongicides sont aujourd’hui appliqués directement sur les graines. Les traitements au niveau du sol iront probablement en augmentant. Les insectes peuvent aussi être exposés aux pesticides sprayés sur les feuilles, dilués dans l’eau d’irrigation, et ceux présents dans ou sur les feuilles qui tombent et se décomposent parterre. Aux Etats-Unis, l’effet des pesticides est testé seulement sur l’abeille européenne, et n’inclut pas les autres insectes ou vers du sol, alors qu’ils pullulent.

Les animaux du sol

Une poignée de terre contient de dix à cent millions d’être vivants, des millers d’espèces d’invertebrés, insectes ou vers. Elle abrite aussi des centaines de champignons et des milliers de bactéries. Les animaux augmentent la porosité du sol en creusant. Les vers de terre peuvent construire jusqu’à 8’900 km de canaux par hectare, et ainsi ils améliorent la porosité et la circulation de l’eau. Ils transportent aussi des nutriments et limitent certaines maladies. Certains nématodes et mites limitent le développement des bactéries, des guêpes parasitoïdes éliminent des insectes nuisibles en pondant leurs oeufs dans le corps de ceux-ci, d’autres petits animaux mangent les graines des mauvaises herbes.

Le sol contient de nombreuses espèces d’animaux, par exemples des rotifères, des tardigrades, des acariens, qui sont décrits plus en détail par le WSL (lien WSL).

De nombreux insectes passent une partie de leur vie dans le sol. Les larves enterrées sont en majorité des larves de diptères. Celles du bibion des jardin se nourrissent d’humus puis, plus grandes, s’attaquent parfois aux racines des plantes. La Graphomyie tachée pond aussi ses oeufs dans le sol. Elles sont très actives. Elles s’alimentent de matière organique en décomposition, par exemple de débris de plantes, et sont importantes pour le fonctionnement du sol.

Les larves de la mouche de la Saint -Marc vivent dans les sols forestiers, celles de la Tipule géante sur les rives marécageuses. Les coléoptères sont aussi très présents dans le sol, et quelques-unes de leurs larves sont saprophages. 

Celles des scarabées, par exemple des bousiers, sont coprophages ou nécrophages. Elles participent à la formation du sol.

Image de bousier par Wolfgang_Hasselmann de Pixabay

Certaines larves d’insectes s’attaquent aux plantes, par exemples celles de la Tipule des prairies, et celle du chou. Elles posent des gros problèmes aux agriculteurs. Les larves du hanneton sévissent trois au quatre ans dans le sol. En agriculture biologique, ces problèmes sont parfois limités par la présence de champignons dans le sol (Brochure FIBL). Les écosystèmes naturels sont merveilleusement complexes et l’Homme y était adapté. L’agriculture a d’abord été biologique, nous cultivons depuis des millénaires des plantes adaptées a des plantes adaptées au sol naturel, et toute perturbation a des effets inattendus.

Certains insectes rendent directement service au jardinier, tels le rare carabe doré qui débarrasse le jardin des limaces et escargots. Les larves de Staphilinidés ou de fourmilions chassent d’autres animaux dans le sol. D’autres insectes parasitent des vers de terre, des escargots, des larves de fourmis.

Aux Etats-Unis, l’effet des pesticides est testé seulement sur l’abeille européenne, et n’inclut pas les autres insectes ou vers du sol.

Toxicité généralisée des pesticides

Une nouvelle étude publiée par la revue universitaire Frontiers in Environmental Science établit que de nombreux pesticides sont toxiques pour plusieurs organismes essentiels à la santé des sols. Ces pesticides largement utilisés dans l’agriculture constituent une grave menace pour la biodiversité et à la séquestration du carbone dans le sol pour lutter contre le changement climatique.

L’étude, menée par des chercheurs du Center for Biological Diversity, des Amis de la Terre des États-Unis et de l’Université du Maryland, est l’examen le plus vaste et le plus complet jamais réalisé sur les impacts des pesticides agricoles sur les organismes du sol.

Les chercheurs ont compilé les données de près de 400 études, concluant que les pesticides nuisaient aux invertébrés bénéfiques vivant dans le sol, notamment les vers de terre, les fourmis, les coléoptères et les abeilles nicheuses au sol dans 71% des cas examinés.

Ces travaux ont relevé leurs effets sur les invertébrés, du sol, insectes ou vers. Les animaux augmentent la porosité du sol en creusant. Les vers de terre peuvent construire jusqu’à 8’900 km de canaux par hectare, et ainsi améliorent la porosité et la circulation de l’eau. Ils transportent aussi des nutriments et limitent certaines maladies. Des nématodes et des mites limitent le développement des bactéries, des guêpes parasitoïdes éliminent des insectes nuisibles en pondant leurs oeufs dans le corps de ceux-ci, d’autres petits animaux mangent les graines des mauvaises herbes.

Les scientifiques ont comparé des centaines d’études, qui ont quantifié la biomasse des habitants du sol, ou leur état biologique, la mortalité, le comportement, les changements visibles ou biochimiques de leur corps.

Les coléoptères semblent surtout affectés par les insecticides. Les petits vers (Enchytrachidae) souffrent encore plus des applications d’herbicides et de fongicides.

Toutes les classes des pesticides étudiées ont des effets des effets négatifs, montrant qu’en tant qu’ensemble de poisons chimiques, les pesticides présentent un danger évident pour la vie du sol et sont incompatibles avec des écosystèmes de sol sains.

De plus, les études évaluant les impacts des pesticides utilisent souvent une gamme étroite d’espèces de substitution faciles à élever, à identifier ou à étudier, tandis que les organismes plus petits et plus cryptiques sont rarement analysés. 

Actuellement, les tests de toxicité des pesticides sont surtout effectués sur les abeilles et sur une espèce de vers. Mais les insectes sauvages qui pondent leurs larves dans la terre, ainsi que les vers, les bactéries et les champignons, pourraient être affectés par d’autres pesticides, ce qui met en péril l’écosystème du sol. Les abeilles sont plus résistantes que les autres insectes.

Même les études qui essaient de mesurer les conséquences sur la vie du sol ne testent qu’un petit nombre d’espèces. L’état des Protures, Pauropodes, et des Tardigrades n’a été mesuré que dans une étude sur près de quatre cent travaux. Les études sur les symphyles et diplures manquent vraiment.

“Il est extrêmement préoccupant que 71% des cas montrent que les pesticides nuisent considérablement aux invertébrés du sol”, a déclaré le Dr Tara Cornelisse, entomologiste au Centre pour la diversité biologique et co-auteur de l’étude. «Nos résultats ajoutent à la preuve que les pesticides contribuent au déclin généralisé des insectes, comme les coléoptères prédateurs bénéfiques et les abeilles solitaires pollinisatrices. Ces découvertes troublantes ajoutent à l’urgence de limiter l’utilisation des pesticides pour sauver la biodiversité. »

Les résultats font suite à une étude récente publiée dans la revue Science montrant que la toxicité des pesticides a plus que doublé pour de nombreux invertébrés depuis 2005. Malgré une utilisation globale réduite des insecticides, les produits chimiques les plus couramment utilisés aujourd’hui, y compris les néonicotinoïdes, sont de plus en plus toxiques pour insectes et autres invertébrés. Les pesticides peuvent persister dans le sol pendant des années ou des décennies après leur application, continuant à nuire à la santé du sol.

Les études examinées ont montré des impacts sur les organismes du sol allant d’une mortalité accrue à une reproduction, une croissance, des fonctions cellulaires réduites et même une diversité globale réduite des espèces.

“Sous la surface des champs couverts de monocultures de maïs et de soja, les pesticides détruisent les fondements mêmes de la toile de la vie”, a déclaré le Dr Nathan Donley, scientifique au Centre et co-auteur de l’étude. «Étude après étude, l’utilisation incontrôlée de pesticides sur des centaines de millions d’acres chaque année empoisonne les organismes essentiels au maintien de sols sains. Pourtant, nos régulateurs ignorent les dommages causés à ces écosystèmes importants depuis des décennies. »

Mouche de la Saint-Marc (Image Emphyrio de Pixabay)

Tests de toxicité

L’ l’Environmental Protection Agency américaine teste la toxicité des pesticides sur l’abeille européenne. D’après les auteurs de l’étude, elle sous-estime gravement le risque des pesticides pour la santé des sols en utilisant une espèce qui passe toute sa vie en surface pour estimer les dommages causés à tous les invertébrés du sol.

J’ai contacté les auteurs de l’étude qui m’ont indiqué que la législation européenne dans ce domaine est meilleure.

Quatre de  six tests préconisés sont actuellement utilisés dans l’évaluation des risques liés aux pesticides dans l’Union européenne, et deux sont à l’étude :

1) Effets sublétaux sur le ver de terre (Eisenia fetida ou Eisenia andrei)

2) Effets sublétaux sur le collembole (Folsomia candida ou Folsomia fimetaria)

3) Effets sublétaux sur l’acarien (Hypoaspis aculeifer)

4) Effets sur la transformation de l’azote (lecture de l’activité microbienne du sol)

5) Effets sublétaux sur une espèce d’isopode – actuellement à l’étude

6) Effets sur les champignons mycorhiziens (Funneliformis mosseae) – actuellement à l’étude

Il faut absolument que les tests à l’étude soient mis en place. Est-ce suffisant ? Devons nous mieux cerner les effets des pesticides ?  Faut-il développer d’autres tests? Les insectes que les scientifiques n’arrivent pas à maintenir dans le laboratoire se nourrissent peut-être d’animaux inconnus.  Un test pourrait porter sur la totalité d’ARN présent dans le sol, il donnerait un aperçu global de tous les êtres vivants.

En Europe, notamment en Allemagne et en Suisse, nous avons perdu plus de la moitié d’insectes, les chiffres sont comparables aux Etats-Unis. Les tests actuels ne rendent peut-être pas correctement compte de la toxicité pour l’écosystème. Pouvons-nous mieux cerner le danger des pesticides pour les insectes et trouver des moyens de restaurer leurs populations? 

Les invertébrés du sol offrent une variété d’avantages essentiels pour la terre, tels que le recyclage des nutriments dont les plantes ont besoin pour se développer, la décomposition des plantes et des animaux morts. Ils régulent la quantité des ravageurs et des maladies. Ils sont également essentiels pour le processus de conversion du carbone. Aujourd’hui, ‘idée d’« agriculture régénérative » et d’utilisation du sol comme éponge de carbone pour lutter contre le changement climatique gagne du terrain dans le monde. La réduction de l’utilisation des pesticides est un facteur clé pour protéger les invertébrés. rôle dans la séquestration du carbone dans le sol.

« Les entreprises de pesticides essaient continuellement d’écologiser leurs produits, plaidant en faveur de l’utilisation de pesticides dans une agriculture « régénérative » ou « intelligente face au climat », a déclaré le Dr Kendra Klein, scientifique principale aux Amis de la Terre et co-auteur de l’étude. . “Cette recherche brise cette notion et démontre que la réduction des pesticides doit être un élément clé de la lutte contre le changement climatique dans l’agriculture.”

“Nous savons que les pratiques agricoles telles que les cultures de couverture et le compostage créent des écosystèmes de sol sains et réduisent le besoin de pesticides en premier lieu”, a déclaré le Dr Aditi Dubey de l’Université du Maryland et co-auteur de l’étude. « Cependant, nos politiques agricoles continuent de soutenir un système alimentaire à forte intensité de pesticides. Nos résultats soulignent la nécessité de politiques qui aident les agriculteurs à adopter des méthodes d’agriculture écologique qui aident la biodiversité à s’épanouir à la fois dans le sol et au-dessus du sol. »

Couverture: Scarabée tigre vert : image par 631372 de Pixabay

Scarabée tigre vert : lien

Informations supplémentaires sur l’étude:

Kendra Klein, Friends of the Earth (415) 350-5957, [email protected]
Tara Cornelisse, Center for Biological Diversity (510) 844-7154, [email protected]
Nathan Donley, Center for Biological Diversity (971) 717-6406, [email protected]

La végétation absorbera-t-elle nos émissions de carbone?

La végétation absorbe près du tiers du carbone émis par l’Homme lors de la consommation des énergies fossiles. Le reste se retrouve dans les océans et dans l’atmosphère.  Le réchauffement diminuera probablement la solubilité du CO2 dans les océans.  La végétation aussi pourrait en pâtir. Le gaz carbonique, molécule à la base des structures de plantes, favorise leur croissance, mais l’effet de la température est plus incertain.

Je vois dans le rapport du GIEC (chap 5) que l’effet du réchauffement sur la végétation est extrême sous forme d’un feedback linéaire. Le carbone accumulé dans les plantes augmente avec la concentration de CO2 dans l’air, et la température le diminue.  

Les modèles CMIP6 calculent donc: dC (land)  = 0.89 dCO2   -33 dT

Je m’interroge un peu sur le côté linéaire, constant de ce changement.

L’effet de la température est différent dans l’Arctique, où la chaleur provoque une croissance accrue, et en Amazonie, où la sécheresse et les températures excessives ont arrêté la croissance des arbres.  De nombreuses forêts souffrent déjà des températures excessives. 

Les effets du changement climatique sur la végétation de la Planète sont difficiles à anticiper.  Une étude de  Hatfiled et Prueger du département américain d’agriculture examine les réponses possibles.

Tout d’abord, s’il fait plus chaud au printemps, les arbres fruitiers et d’autres plantes fleurissent plus tôt. Les abeilles seraient pas là à temps pour les polliniser et pour former les graines de la génération suivante. 

La formation de graines fertiles peut aussi être bloquée par la chaleur en été.

Les plantes pérennes ont aussi besoin d’une période de froid en hiver pour reconnaître la venue du printemps et recommencer un cycle de végétation.  La Californie, grand producteur de noix et de fruits, pourrait connaître des hivers trop doux  et devrait abandonner de nombreuses cultures. 

En Europe,  quand la chaleur du printemps arrive,  les plantes poussent soudainement beaucoup plus vite. Elles ont généralement une température optimale qui leur convient le mieux, et quand celle-ci est dépassée, la plante croît plus difficilement. 

Les  expériences ont montré qu’en faisant pousser du maïs à 5°C au dessus de la température idéale,  la croissance diminue de plus de la moitié, et le maïs produit la moitié des graines seulement.  Un arrosage supplémentaire ne sauve rien, et augmente même les dommages. 

L’augmentation de température pourrait causer des pertes de 2,5 à 10% au cours du 21ième siècle.  D’autres analyses prévoient une perte de rendement du blé, du maïs et du coton qui pourrait aller jusqu’à 70%. Les scientifiques tentent de sélectionner des plantes adaptées à plus haute température.

Le graphique ci-dessous montre que les plantes ont une température optimale, et que le froid ou la chaleur excessive diminuent  rapidement leur croissance.  Le maximum varie selon les plantes. 

Hatfield et Prueger

Dans les écosystèmes naturels, la chaleur s’accompagne de sécheresse, et le manque d’eau limite rapidement la croissance des végétaux. L’effet de chaleur est rapidement négatif, notamment s’il y a de nombreux jours de sécheresse consécutifs.

De plus, le changement climatique rapide provoque actuellement d’importants des feux de forêts et des nouvelles maladies.

Je crains que le rapport du GIEC ne soit trop optimiste au niveau de la capture du CO2 par les plantes. La réponse ne sera pas linéaire, les végétaux aussi subiront des catastrophes en série dont ils se remettront lentement, plus lentement qu’elles n’arriveront.  Nous perdrons des forêts protectrices, et les températures pourraient monter plus vite.

Une étude portant sur les écosystèmes naturels montre que la végétation a déjà dépassé la température optimale pour l’ensemble de la Planète et que sa croissance diminue (Duffy). Selon ses auteurs, la végétation pourrait capter moins de carbone à la fin du 21ième siècle. Nous pouvons, bien sûr, augmenter très sérieusement le nombre d’arbres sur la Planète, en en plantant dans tous les coins disponibles, et compenser ainsi l’effet de nos activités sur la végétation.  Il faut absolument le faire.

Le rapport du GIEC préconise aussi de sauver les zones humides. Pour cela, il faut prévoir des systèmes d’arrosage qui les sauveront. Elles auront rapidement à affronter des vagues de chaleur telles que celle qui a frappé le Canada cet été.

Nous avons besoin de toutes les forêts du monde pour éviter un basculement du climat vers une époque chaude : signez pour les forêts

Une Terre à l’avenir incertain

Une étude importante (menée par des professeurs du Potsdam Climate Institute, du Stockholm Resilience Center, de l’université Catholique de Louvain, de l’Université d’Exeter, Cambridge, Stanford, de Wageningen, les meilleurs centres de recherche du monde), a interrogé le déroulement du réchauffement climatique (étude).  J’ai beaucoup aimé la vidéo ci-dessous , où un des auteurs très réputés (30 min en anglais) présente assez simplement ce travail et ses conclusions.

Le climat actuel est maintenu par plusieurs éléments que le réchauffement pourrait perturber.  La glace sur la mer arctique, les glaces du Groenland, la calotte glaciaire dl’Antarctique-Ouest,  les glaciers de l’Himalaya le permafrost de Sibérie et des océans, les forêts tropicales, les forêts boréales, la capture du carbone par les algues marines,  les récifs coralliens, et la circulation océanique stabilisent le climat terrestre.

Forêt Amazonienne- Australienne-de Bornéo- glace Arctique- forêt du Congo- Sibérienne- Permafrost- Glaciers de l’Himalaya-Canadienne- Groenland-Circulation océanique- Antarctique Ouest – Antarctique Est -etc

Certains de ces éléments devraient rester en place des centaines ou même des milliers d’années, d’autres sont déjà menacés aujourd’hui.  Par contre, quand un de ces événements se produit, il en entraîne d’autres, par exemple la fonte des glaces et la mort des forêts réchauffera encore la Planète.  Nous pouvons équilibrer le climat terrestre autour de 2°C par des mesures de mitigation, ou le précipiter dans un état de ‘HotHouse Earth’, terre serre.  La Planète subirait une série d’événements catastrophiques qui la rendraient plus chaude de plusieurs degrés en milliers d’années. Les glaces polaires, en particulier, fondraient lentement. 

Notre Terre est sortie de son cycle naturel (bleu). Nous pouvons la stabiliser à 2 °C ou la pousser dans un réchauffement fort (étude PNAS).

Cependant, le professeur Steffen explique que dans le modèle l’augmentation de température est régulière, car il ne fonctionne pas bien avec ces soudains sauts de température dûs aux points de basculement.

(23.07) Je n’avais pas très envie non plus de parler de la table de biomes importants pour la survie de l’Humanité (Table S4): récifs coralliens, forêts tropicales, deltas et côtes,  marais, glaciers de montagnes. La majorité de ces écosystèmes essentiels est déjà fragilisée ou en mauvais état.  Les deltas subissent déjà les infiltrations d’eau salée.  Il sera très difficile de sauver les écosystèmes côtiers (La table S5 propose une liste de solutions).

Cette année, après la vague de chaleur du Canada et l’inondation en Allemagne, il fut observé que les modèles climatiques ne prévoient pas bien les événements extrêmes ou des sauts brusques de température. Je crois qu’en réalité nous pourrions avoir devant nous des années de changement très violent et très dangereux.

Et si un de ces événements critiques pour le climat se produit plus vite qu’escompté par les scientifiques, les autres pourraient être précipités.

Le scientifique considère que zéro émissions en 2050 est une cible insuffisante, trop lointaine, et qu’il faudrait prendre des mesures plus rapides.

Les récifs coralliens, l’écosystème le plus riche des océans si ce n’est du monde, sont très sensibles au réchauffement et déjà très touchés.  La moitié est déjà perdue. Leur disparition pourrait perturber les océans entiers.

 Les glaces fondent vite.

Les forêts sont déjà menacées

L’événement qui se produit le plus vite est peut-être l’affaiblissement des forêts tropicales,  il advient plus vite que prévu à cause de l’activité humaine.

La forêt amazonienne émet maintenant du carbone, du fait des sécheresses persistantes. Certains arbres dépérissent, d’autres sont perdus partiellement du fait de l’Homme, de la déforestation (Nature, blog).

Les forêts boréales brûlent dans des méga-feux de forêts, elles subissent un énorme changement de température, des sécheresses sans précédent et des nouvelles maladies.

En Asie du Sud-Est, la déforestation touche les forêts de montagne, épargnées jusqu’à présent (phys.org). L’exploitation des ces zones et peut-être liée aux vagues de chaleur impressionnantes, qui touchent la région depuis quelques années (blog, blog), à un assèchement et à des infiltrations d’eau salée dans le delta du Mékong qui rendent la production alimentaire difficile dans ces régions.

De nombreuses forêts dans le monde sont menacées, certaines peinent déjà à faire face au réchauffement.

Dans les circonstances actuelles, la chose la plus délirante que j’ai vu récemment est une pulvérisation de glyphosate sur les forêts canadiennes.  Le glyphosate est un herbicide qui tue la plupart des monocotylédones et des dicotylédones, les plantes à fleurs, les myrtilles, les buissons, les arbres. Il atteint jusqu’aux racines, mais son action est d’assez courte durée. Il est donc utilisé  dans l’agriculture, avant les semis, et de façon plus hasardeuse pour le consommateur, sur des céréales pour les dessécher et pour pousser à la maturation des graines.

De nombreux articles scientifiques ont mis en évidence des effets néfastes sur l’environnement,  notamment sur certains insectes et de façon indirecte sur les oiseaux qui s’en nourrissent.

Je n’ai encore jamais entendu parler de l’utilisation du glyphosate sur un écosystème naturel. Il serait pulvérisé par hélicoptère sur des forêts entières.  Il tuerait la grande majorité de plantes, les arbres, les fleurs, les buissons, jusqu’à la racine. Tout l’écosystème qui s’en nourrit, les vers, les insectes, les oiseaux, les animaux serait dévasté.

Les ‘mauvaises herbes’, aulne, bouleau, chêne, érable, saule et autres plantes et arbustes à feuilles larges sont considérés comme ayant moins de valeur commerciale que les résineux à feuilles aiguilletées comme le pin tordu et le sapin de Douglas qui souffrent justement déjà du réchauffement.  Ces diverses espèces sont vitales pour la diversité biologique, constituent un capital nutritif pour le sol, ralentissent la propagation des incendies de forêt et sont supérieures aux conifères pour séquestrer et stocker le carbone – une aide forestière importante dans ce monde de changement climatique.

Actuellement les forêts du Canada subissent des sécheresses nouvelles,  et  des vagues de chaleur.  De nombreuses plantes dépériront naturellement, mais certaines s’adapteront au réchauffement et permettront aux animaux de survivre. La biodiversité assure une meilleure résistance face au changement climatique.

D’autre part, une forêt naturelle contient du carbone dans les arbres, dans le sol, dans l’humus, dans les animaux et aussi dans des vieilles souches et branches qui se dégradent lentement au sol. Il faut laisser le bois mort se décomposer naturellement.

Image d’ourson par David Mark de Pixabay

 Le président du Canada, Trudeau nous semblait honnête et bien informé. J’espère qu’il interdira rapidement ce procédé barbare et irresponsable. Greenpeace a lancé une pétition pour arrêter la bien nommée ‘ pluie de la mort’; signez-là :   greenpeace canada

C’est une amélioration très facile à faire et il y en a sûrement beaucoup d’autres.

Dans ce contexte, Avaaz lance un plan pour Glasgow (pétition). Ils demandent:

  • des réductions d’émissions rapides pour rester en dessous de 1,5°C;
  • 100 milliards pour le climat tout de suite, avant le sommet,
  • 50%  des investissements pour l’adaptation,
  • un soutien pour les pertes dues au changement climatiques, telles que les inondations
  • et la mise en place immédiate des engagements de l’accord de Paris.

J’ai signé. Je suis convaincue de la nécessité d’un engagement rapide et fort, je me demande cependant si 50% des fonds doivent être destinés à l’adaptation. Ne serviront-ils pas à des murs et des barrages vite dépassés? Il faudrait aussi investir plus  dans la mitigation, dans la plantation des forêts et dans la reconversion des entreprises polluantes.

Je demande un engagement mondial pour sauver les forêts, une protection générale des de tous les arbres du monde.

 

 

La destruction climatique a commencé et a frappé Zurich hier

Depuis quelques années je vois des articles sur des vents étonnement forts qui se produisent à plusieurs endroits du globe.  Dans une ville après l’autre, un vent très fort se lève et cause des dégâts  inouïs. 

J’ai près de cinquante ans, et je  n’avais  jamais vu d’arbre cassé par le vent,  de tornade ni de grêle.  Je n’ai même jamais entendu d’informations mentionnant des tornades en Europe.  Je considère donc ces événements comme exceptionnels.  Nous sommes d’accord, ils sont clairement rares, n’est-ce pas?  Ils se sont produits près de chez moi cet été.  La tempête a déraciné un arbre devant l’école de ma fille à un kilomètre, il y a eu des dizaines d’orages et des petits grêlons sont tombés sur ma vitre. Ils se multiplient énormément.  J’ai aussi remarqué la nouvelle érosion du sol dans les forêts de montagne, due certainement à une alternance de chaleur et de sécheresse et de pluies intenses de ces dernières années.

Depuis quelques années, les articles rapportant des vents très forts qui cassent des arbres dans les villes s’accumulent.  Ils semblent apparus  après le réchauffement rapide de 2015 et 2016.  La Terre a alors quitté le climat dans lesquelles  l’Humanité a toujours vécu, et l’Organisation Météorologique Mondiale a averti que des phénomènes climatiques nouveaux peuvent se produire. 

En 2016 ou 2017,  quelques tempêtes étonnamment fortes se sont abattues sur Varsovie en  Pologne et la Russie. En Pologne, en tout cas, il s’agissait d’événements exceptionnels, tout à fait étonnants et nouveaux pour les habitants.  Les arbres ont été déracinés, sont tombés sur des voitures, qui ont été soulevées.  

En 2018, la tempête David (Frederike) a frappé les Pays-Bas (vidéo).

Le début des jeux Olympiques de  Corée du Nord a aussi été bloqué par un souffle extrêmement fort (lien). 

Et cette même année des forts orages, appelées pluies tropicales,  ont provoqué une inondation à Lausanne et à plusieurs endroits en France.

Depuis, des articles de journaux mentionnant des vents forts et des arbres arrachés se multiplient sur internet.  Ce sont clairement des événements exceptionnels, qui arrivent dans une ville après l’autre.   D’autres images montraient des grues de chantier cassées et frappant les vitres d’un immeuble, au Canada et en Allemagne.

En 2019 il y a eu quelques tempêtes assez fortes en Suisse, au début de l’année, et une forte bourrasque a fait tomber le mur de Trump entre les Etats-Unis et le Mexique (lien).

En 2020, je relève la tempête Petra à Aigle (lien). En été, un fort orage a déraciné une cinquantaine d’arbres dans les parcs de Genève (lien,  blog).  C’était aussi un événement rare. A cette même période, le Iowa aux Etats-Unis a essuyé un vent violent, un Derecho, qui a cassé des milliers d’arbres, de poteaux électriques et a laissé les habitants d’une grande région sans électricité , sans route practicable et sans secours pour plusieurs jours dans la chaleur (blog).

Et cette année, la presse californienne a rapporté un vent étonnamment fort (lien),  la Chine a été impitoyablement balayée pendant plusieurs jours (vidéo).  J’ai vu  de toits d’immeubles arrachés à Manaos (vidéo), en Amazonie Brésilienne et en Russie (vidéo).

Nous avons aussi eu un ciel totalement orange, martien, quand le Sable du Sahara a été amené au-dessus de nos montagnes. Ce phénomène s’est produit plusieurs fois cette année à différents endroits du globe.    

La preuve de l’augmentation des vents n’est apparemment pas évidente techniquement. J’utilise personnellement le critère du nombre d’arbres cassés, subjectif, pour tenir le compte des fortes tempêtes qui apparaissent dans les médias.  Cela pourrait être une base de calcul pour un article scientifique,  mais le nombre d’arbres n’est pas fixe, et surtout l’année prochaine, ils pourraient ne plus être là, alors qu’ Eole reviendra.  Des statistiques pourraient aussi être effectuées sur le nombre de poteaux de feux de circulation pliés dans le monde par année, ou sur les toits arrachés. 

L’augmentation des pluies intenses est beaucoup plus visible  depuis que les précipitations sont comptabilisées par heure, et non pas par jour. Pour le vent, j’ai reçu la réponse que des épisodes très forts se sont toujours produits.  Un changement de critère est peut-être nécessaire pour mesurer correctement ces nouveaux phénomènes.  Il faut peut-être faire un calcul sur  l’intensité du souffle en plaine, sans tenir compte du sommet des montagne, ou mesurer la vitesse ou la puissance sur une certaine surface minimale. Ils pourraient placer 10’000 poteaux standardisés partout dans le monde et les remplacer s’ils se facturent.  Les instruments de mesure actuels sont peut-être trop sensibles.  Ecoutez, franchement, il se passe quelque chose! Les statisticiens ont en tout cas montré une aggravation des ouragans et des orages, et l’augmentation de la température devrait favoriser ces phénomènes. Selon l’expert Stefan Rahmstorf la météo actuelle est surtout étonnante par sa persistance, qui pourrait être due au réchauffement de l’Arctique et aux changements de vents qui en découlent (lien).

Regardez les vidéos catastrophique que je mets en lien. Je suis convaincue que nous verrons ces événements, plus intenses arriver ici. Je demande que nous ne construisions plus rien qui ne puisse résister aux ouragans.

Cet été a apporté des semaines d’orages violents sur l’Europe Centrale, plusieurs tornades, et des dizaines de chutes de grêle, grosse de plusieurs centimètre ou abondante, s’accumulant en congères sur le sol.  Les événements ont débouché sur des inondations, et des glissements de terrain en Suisse (article Temps). Les inondations sont bien plus fortes ailleurs, en ce moment en Chine et en Inde.

J’ai trouvé une étude concernant l’Est des Etats-Unis, qui fait état d’orages plus forts au cours des dernières décennies. Elle  estime que le réchauffement climatique va y causer  des orages encore plus intenses, propices aux tornades (avec une forte augmentation de jours à CAPE > 4’000 J/kg; Robust increases in severe thunderstorm environments in response to greenhouse forcing’).

De plus, il peut y avoir une différence importante entre ce que le consensus du GIEC prévoit et l’intensité de phénomènes réels, d’un phénomène qui sera très destructeur.

Hier, James Hansen ne m’a pas du tout rassuré. Il a appelé la période allant de 2016 à 2021 une pause du réchauffement (lien).  J’espère vivement que nous n’allons pas vivre encore une augmentation de température d’un demi-degré Celsius en un an, comme en 2015-2016. Je crois qu’alors l’intensité des phénomènes atmosphériques serait décuplée, qu’ils deviendraient vraiment dangereux. Nous devons nous y préparer des maintenant. 

Nous vivons maintenant le début de la destruction de l’Europe par les phénomènes climatiques.  

 

Addendum le 21 juillet: tempête étonnamment forte à Chihuahua au Mexique https://www.youtube.com/watch?v=pVfAHfUbMnM