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La Suisse desséchée

Sécheresse et agriculture

Ce matin, il faisait déjà chaud à huit heures. Une nouvelle vague de chaleur s’abat sur la Suisse ce début d’août, Genève pourrait atteindre 38°C.

La sécheresse dure depuis début juillet. La NASA a publié les images satellite de la Suisse en juillet 2022. Les prairies sont asséchées et jaunes (images ici vers le bas). La Suisse vit une aridité sans précédent. Les mois de mai et de juillet ont été exceptionnellement chauds, ensoleillés, et les pluies étaient rares. Le mois de juillet, après quelques orages, au début, a maintenu cette tendance…  Les températures ont dépassé 35°C et atteint 39.1°C à Genève-Cointrin le 19 juillet. Les températures en montagne sont aussi exceptionnellement élevées, et les glaciers suisses s’écoulent en torrents furieux gris. Il fallait s’élever à 5184 m d’altitude pour atteindre 0°C. La persistance de conditions anticycloniques a rendu cette vague de chaleur exceptionnellement longue (Météosuisse juillet).

La chaleur et l’absence de précipitations causent de graves dommages à l’agriculture Suisse. Les prés, le maïs et les navets, ainsi que les cultures de plein champ, y compris les pommes de terre, sont touchés. La production de fourrage est insuffisante.

Toute la France est en alerte sécheresse. Le maïs en souffre particulièrement, ainsi que le fourrage. L’Espagne et la région de la mer noire sont aussi touchées et la production de maïs fourrager est réduite en Europe.

Les éleveurs du Jura vaudois prévoient une désalpe précoce (article Le Temps). La production de Gruyère  pourrait diminuer à cause de la météo causant une moindre productivité des vaches.  D’autres agriculteurs montent l’eau aux alpages par hélicoptère. L’élevage est donc confronté au manque d’eau dans les pâturages estivaux, au manque de fourrage dû à la sécheresse, et bientôt à la mort du bétail dans les vagues de chaleur.

Sécheresse dans les forêts et sécheresse éclair

L’anhydrie expose les épicéas aux scolytes, et ils sont déjà infectés dans de nombreuses régions. Les hêtres laissent tomber des feuilles pour mieux résister (article). Le Valais dispose depuis longtemps de systèmes d’irrigation et ils pourraient être développés dans les autres cantons. Je proposais dans un autre blog de construire aussi des réservoirs et des canaux d’irrigation pour les forêts suisses.

Un nouveau phénomène observé ces dernières années a été appelé sécheresse éclair, “flash drought”. De l’air très chaud et très sec, combiné à des vents forts,  provoque une sécheresse sévère en un mois ou moins. Ce phénomène  observé récemment aux Etats-Unis ainsi qu’en France, est moins prévisible, ou nécessite des outils de prévision spécifiques et augmente encore le risque d’effondrement de la production agricole.

Les agriculteurs tentent de s’adapter en prévoyant des solutions d’irrigation ainsi qu’en passant à des cultures des pays chauds, mais les changements climatiques iront de plus en plus vite.

L’été passé, les températures ont atteint 49°C en Colombie britannique. Cet événement semble rare pour le moment, mais la probabilité de telles températures augmente chaque année.

Du risque d’un réchauffement abrupt

Je suis parfois accusée de paniquer le public et de chercher les pires horreurs climatiques. Il s’avère que c’est très utile. Une nouvelle étude présentée par la BBC montre que les apports du GIEC ne présentent pas assez les pires conséquences possibles du réchauffement climatiques, qui y sont quasiment ignorées.  Or ces conséquences catastrophiques, même ayant une probabilité de 2% ou 10%, seraient très importantes. Prenons pour example l’effondrement de l’Antarctique-Ouest , qui provoquerait  l’inondation de toutes les villes situées en bord de mer où réside plus d’un milliard de personnes. L’étude explique que la prise en compte de ces risques dans les calculs montrerait que le coût du réchauffement est plus important. Elle permettrait aussi de mieux prévoir et gérer ces crises si elles se concrétisent, et de mieux comprendre pourquoi il faut limiter les températures à 1.5° ou 2°C.

En Suisse, les conditions que supportent ou ne supportent pas les barrages ont été soigneusement calculées et sont connues, ce qui permet de prévoir leur consolidation, leur abandon ou au moins l’évacuation des personnes menacées. Nous devons faire de même pour le réchauffement climatique.

D’autre part, de nombreuses conséquences du réchauffement telles que la mortalité due à la chaleur aux Etats-Unis, les dommages et le coût des inondations, les feux de forêt, la fonte du permafrost ont été sous-estimées et des prévisions plus élevées auraient dû être établies. Chacun des derniers rapports du GIEC a révisé le danger à la hausse, car des événements climatiques  graves s’étaient produits dans les années précédentes et se produisent continuellement. Les modèles les plus alarmistes pourraient se révéler vraiment utiles.

Photo de couverture : Christiane Rossi par Dorota Retelska

Dorota Retelska

Dorota Retelska, décrypte les nouvelles du climat. Docteure ès Sciences de l’UNIL, auteure d’Antarctique-Ouest dans le Vide, elle alerte sur les dangers du climat depuis plusieurs années. Elle est active dans plusieurs organisations de défense du climat, entre autres l’Association Climat Genève, Greenpeace, TACA, et le Collectif Climat 2020.

16 réponses à “La Suisse desséchée

  1. Le réchauffement climatique est une catastrophe mondiale! Qui va aboutir à des famines,des déplacements de populations, un manque d eau …que font les politiques pour taper un grand coup de poing sur la table et se mettre au travail! L econie l argent ou mais la vie humain est plus precieuse… nous sommes en train de nous auto détruire!

    1. Chère Madame,
      Je constate que vous n’avez pas connu la sécheresse de 1976, car vous serriez mon affirmative !

      N’oublier pas que la nature est plus forte que l’humain, et qu’il s’agit d’un cycle naturel.

      1. Ce n’est pas un cycle naturel mais la progression du réchauffement climatique. C’est solidement établi maintenant.

  2. Un proche parent qui vit au Colorado m’a annoncé que la température y avait atteint 54’4 degrés C le 29 juillet dernier. “Perfect to roast human barbecue…”, a-t-il commenté.

    A quand la fondue humaine?

    Non, cette fois-ci vous n’exagérez pas, chère Madame.

  3. Bonjour,
    Je lis avec intérêt vos articles.
    Vous faites le bilan de notre irresponsabilité collective.
    Il n’y a malheureusement pas que le climat qui part en vrille (3ème canicule cette année), les pandémies (4ème vague de covid et première vague de variole du singe), la disparition des insectes qui s’accompagne de la disparition des oiseaux,….
    Mais que faire, les politiques semblent pieds et poings liés par les lobbies ou pire, ignorent la menace que provoque notre passivité.

  4. Prenez la voiture et allez de Genève à Zurich en passant par Bern et vous constaterez qu’à partir de Payerne même les terre-pleins de l’autoroute sont verts ! Donc ne généralisez pas la situation de l’arc lémanique à toute la Suisse.
    Enfin, n’oubliez pas que l’an dernier l’été a été totalement pourrie et qu’il a plu presque tous les jours ! Alors passer de la météo d’un été au climat, c’est un raccourci qu’aucun scientifique sérieux ne fera.
    Merci

    1. Les troupeaux ne paissent pas sur les terre-pleins autoroutiers, que l’on sache. Si vous quittiez l’autoroute et traversiez le Jura vaudois, vous y constateriez que, comme dans d’autres régions, confrontés à des pâturages à sec les agriculteurs ont dû avancer la désalpe d’un mois et faire appel aux renforts extérieurs pour s’approvisionner en eau.

      Quant aux météorologues, ils se basent sur des moyennes et non sur des cas particuliers. Votre exemple ne démontre rien.

      1. Si les terres-plein d’autoroutes sont verts, sachant qu’on ne les arrose pas c’est que ce n’est pas la sécheresse dans une grande partie de la Suisse.
        Relisez mon propos, je dis simplement que ce n’est pas la sécheresse dans toute la Suisse comme l’auteure du blog le laisse croire. Un petit peu de recul et de modération dans vos propos ne ferait pas de mal !

  5. Le Jura comme toujours manque d’eau. Le problème est connu, le sol ne garde pas l’eau. C’est un problème récurent. Ce n’est pas une référence.
    Chez moi, je n’ai jamais vu la nature autant poussée. Bref, cet été n’a rien d’exceptionnel. Le manque d’eau dans certaines régions est d’abord dû à un hiver pas assez pluvieux, ce qui arrive parfois. En résumé, c’est vert dans la plupart de la Suisse.
    Les endroits touchés sont les mêmes que les années précédentes.

    Si on me parle de l’Angleterre et du sud-ouest de l’Europe, alors oui c’est exceptionnel, alors qu’en juillet en Allemagne, ce fut par moment très frisquet, genre 20° ou moins.

    Il y’a un réchauffement climatique, mais notre été est normal. De plus, ce sera une récolte de fruits exceptionnelle. Des étés comme ça, on en redemande.

    En résumé, c’est un été sans soucis. Il faudra voir ces prochaines années si la tendances se poursuit ou si on a des sécheresses ailleurs que dans les lieux habituel (Jura, Tessin, …).
    Le réchauffement induit des changements de vents, mais la sécheresse, elle, est une option possible, pas un futur avéré.

    1. Je ne sais pas combien d’étés vous avez connus, ni où mais pour être de la cuvée 1946 (un excellent millésime, soit dit en passant), j’en suis à mon 76ème. Et je peux vous assurer que je n’en ai encore connu aucun dont la température frisait les 39 degrés comme cette semaine à Genève, ma ville natale. Je ne vois donc vraiment pas ce que cet été-ci a de “normal”, bien au contraire. Et ce n’est ni par alarmisme, ni par prosélytisme de gauche que je le dis mais sur la base de simples constats.

      Bien sûr, il s’agit à Genève d’un cas particulier, comme au Tessin (ou au Jura, je vous l’accorde) mais pour avoir vécu sous d’autres régimes climatiques, autant tropicaux que semi-désertiques à désertiques comme, par exemple, en Californie du Sud où 40 degrés sur une durée prolongée n’est pas une moyenne rare, ou le Sud-Ouest des Etats-Unis qui a dépassé cet été toutes les normes que je lui ai connues seul un(e) irréductible de la désinformation peut nier le réchauffement climatique. On ne peut que déplorer que les menteurs et les imposteurs fassent plus de bruit et exercent plus d’influence sur les crédules que les experts.

      Cordialement et bon été quand même…

    2. “notre été est normal. De plus, ce sera une récolte de fruits exceptionnelle.” Faux-expert et cherry-picking, voilà du rassurisme et des techniques classiques de climato-négationnisme. 1) il faut partir du principe qu’on ne tire pas de conclusion à partir d’un cas particulier. Dorota cite des travaux scientifiques, on ne leur rétorque pas en racontant ce qui se passe dans son jardin, sauf si ce qui se passe dans son jardin est conforme à la “norme”. Si les experts disent que la saison est sèche, on peut dire “oui d’ailleurs chez moi tout est désséché par le soleil”, ce qui est juste un témoignage d’une réalité, mais on ne peut pas dire “les experts se trompent, chez moi tout est vert”. Cette logique échappe aux néagationnistes. 2) il y a du mensonge dans ces deux phrases. Non l’été n’est pas normal. Non la récolte de fruits ne sera pas exceptionnelle, les experts me disent qu’environ 3/4 des cultures de fruits et légumes (en France, en Italie, je ne sais pas en Suisse c’est vrai) sont plus ou moins gravement affectées. En fait, oui, on peut parler de récolte de fruits exceptionnelle, parce que l’année est exceptionnellement sèche et chaude. Bref, le négationnisme a de beaux jours devant lui. Ecoutons les experts, pas les charlatans.

  6. Voici ma solution au réchauffement climatique en Suisse: Manger la fameuse Tarte Suisse aux pommes:
    Ingrédients: 3 pommes, le jus d’un demi citron, 2 oeufs, 100 g de farine, 100 g de sucre, 100 g de beurre pommade, 1/2 sachet de levure chimique, 1/2 càc de vanille en poudre, 1 pincée de sel,
    nappage neutre. Préparation : Epluchez les pommes et coupez les en fines lamelles. Mettez-les dans un plat et arrosez-les du jus d’un demi citron pour qu’elles ne brunissent pas. Préparer un quatre quart en mélangeant dans le bol du robot le sucre et le beurre pommade. Ajoutez-y ensuite les jaunes d’oeufs et la farine tamisée avec la levure chimique et la vanille. Terminez par ajouter délicatement les blancs d’oeufs montés en neige ferme avec une pincée de sel. Beurrez votre moule à tarte Chemisez votre moule à tarte avec du beurre et un peu de sucre en poudre (c’est mon petit truc pour avoir un cake bien coloré et croustillant) . Versez la pâte à cake dans le moule chemisé et égalisez le dessus avec une spatule. Disposez toutes les lamelles de pommes sur le cake. Enfournez environ 30 minutes à 210°C (20 minutes à 210°C puis 10 minutes à 190°C pour moi). Le gâteau est cuit quand la lame d’un couteau ressort sèche du gâteau et qu’il est bien doré
    Laissez refroidir la tarte sur une grille. Pendant ce temps préparez le nappage neutre et badigeonnez-en la tarte lorsqu’elle est refroidie.

    1. Un régal. Mais comme mon four est tombé en panne, j’ai dû me résoudre à bricoler un four solaire. Mode d’emploi: Une demi boîte à chaussures, un carton de 100 x 100 cm, du papier aluminium pour cuisson, un plat, de préférence en faïence (ou un récipient avec couvercle pour tout autre usage), une paire de ciseaux et quelques agrafes ou pinces à linge.

      Disposez le papier alu sur le carton découpé en forme de demi-parasol japonais, placez votre tarte sur le plat, le plat au milieu du four et le four, soutenu par trois briques, sur votre balcon, bien orienté face au soleil. La recette vaut en été comme en hiver, par temps chaud ou froid, en temps de paix comme en temps de guerre, en période de confinement comme de liberté, sans distinction d’âge, de sexe, de religion, d’affiliation politique ou de race et la cuisson – prévoyez plus ou moins une demi-heure, un peu plus pour un Apfeltrudel, une quiche lorraine ou un Gugelhopf alsacien – ne dépend que de l’ensoleillement, dont l’énergie inépuisable n’est pas (encore) facturée par les S. I.

      Si ça ce n’est pas de l’écologie…

    2. Encore cet usurpateur de pseudo ! Vous n’avez plus assez de neurones pour pouvoir imaginer un autre pseudo ! Vous êtes pitoyable.

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