Les scientifiques espèrent que la vague de chaleur du Canada est un événement exceptionnel

Une étude sur la vague de chaleur qui a apporté 49.6°C au Canada conclut qu’au niveau actuel du réchauffement,  elle devrait être très rare et se produire tous les mille ans seulement.  Les chiffres ne sont pas définitifs, mais donnent déjà une bonne idée de l’événement.

Sans réchauffement climatique, cet événement serait hautement improbable et se produirait tous les cent mille ans.

Par contre, si nous laissons les températures monter à +2°C, une telle canicule pourrait survenir tous les dix ans.

Si les prévisions du GIEC sont correctes, cette fournaise ne devrait donc pas se reproduire avant mille ans.

Il y a deux autres possibilités: la première est que la moyenne du réchauffement suive les prévisions, mais qu’il y ait plus d’événements extrêmes.  Par exemple, on pourrait imaginer qu’il y ait des jours à la même température que précédemment, par exemple 25°C en été, et des jours beaucoup plus chauds.  Il faudrait alors s’adapter à ce danger.

Les experts n’excluent pas non plus que le climat ait passé un seuil, un point de bascule (voir mon blog d’hier) ou une phénomène inconnu amplifie le réchauffement climatique. Dans ce cas de nombreux événements pourraient se précipiter.

Je me réfère aux prévisions de Steffen, Rockstrom, Lenton, Barnosky Shellnhuber etc sur lesquelles j’ai écrit hier, ils notent que la survie de l’Humanité dépend de nombreux écosystèmes sauvages, forêts, deltas, marais qui sont justement en mauvais état. Je crois que leur modèle n’inclut pas Bolsonaro et la déforestation accrue ni les méga-feux de forêts qui ont touché entre autres l’Australie. Le modèle ESCIMO prévoit mieux les récents agissements humains, mais n’anticipe pas assez la sensibilité des écosystèmes naturels.

Nous savons que cette vague de chaleur devrait survenir tous les mille ans. Ils pourraient peut-être aussi voir comment la vague de chaleur et les inondations d’Allemagne et de Belgique (ou toutes les températures et pluies de l’année) correspondent au modèle, logiquement la coïncidence de deux événements peu probables est encore moins probable.

Il faudrait  aussi trouver un ou plusieurs modèles de réchauffement abrupt et comparer plusieurs événements actuels, au modèle actuellement admis et à un modèle de réchauffement abrupt, pour savoir à quelle évolution ils correspondent le mieux.

Addendum le 24 juillet: Le dernier rapport du GIEC incluait les températures survenues jusqu’à l’année 2015, et pas l’année la plus chaude 2016.  Si nous tenons compte des 5 dernières années, les prévisions seront déjà plus élevées. Les températures sont probablement montées alors à cause de la réduction de la surface de la glace réfléchissant le soleil sur l’océan Austral et sur la mer Arctique. 

Si le climat est aujourd’hui déstabilisé par le mauvais état des écosystèmes, de la végétation et des sols, et par leurs émissions de carbone, nous pouvons peut-être y remédier. Nous pouvons replanter des forêts demain, des haies, des bosquets,  étendre les réserves naturelles, et appliquer plusieurs solutions d’afforestation et restauration des écosystèmes. Elles sont peu coûteuses et nécessitent peu de technologie. 

Article: https://climate.gov/news-features/event-tracker/preliminary-analysis-concludes-pacific-northwest-heat-wave-was-1000-year

Blog précédent incluant les points de bascule:

Nous avons besoin de toutes les forêts du monde pour éviter un basculement du climat vers une époque chaude : signez pour les forêts

Nous avons besoin de toutes les forêts du monde pour éviter un basculement du climat vers une époque chaude : signez pour les forêts

Une Terre à l’avenir incertain

Une étude importante (menée par des professeurs du Potsdam Climate Institute, du Stockholm Resilience Center, de l’université Catholique de Louvain, de l’Université d’Exeter, Cambridge, Stanford, de Wageningen, les meilleurs centres de recherche du monde), a interrogé le déroulement du réchauffement climatique (étude).  J’ai beaucoup aimé la vidéo ci-dessous , où un des auteurs très réputés (30 min en anglais) présente assez simplement ce travail et ses conclusions.

Le climat actuel est maintenu par plusieurs éléments que le réchauffement pourrait perturber.  La glace sur la mer arctique, les glaces du Groenland, la calotte glaciaire dl’Antarctique-Ouest,  les glaciers de l’Himalaya le permafrost de Sibérie et des océans, les forêts tropicales, les forêts boréales, la capture du carbone par les algues marines,  les récifs coralliens, et la circulation océanique stabilisent le climat terrestre.

Forêt Amazonienne- Australienne-de Bornéo- glace Arctique- forêt du Congo- Sibérienne- Permafrost- Glaciers de l’Himalaya-Canadienne- Groenland-Circulation océanique- Antarctique Ouest – Antarctique Est -etc

Certains de ces éléments devraient rester en place des centaines ou même des milliers d’années, d’autres sont déjà menacés aujourd’hui.  Par contre, quand un de ces événements se produit, il en entraîne d’autres, par exemple la fonte des glaces et la mort des forêts réchauffera encore la Planète.  Nous pouvons équilibrer le climat terrestre autour de 2°C par des mesures de mitigation, ou le précipiter dans un état de ‘HotHouse Earth’, terre serre.  La Planète subirait une série d’événements catastrophiques qui la rendraient plus chaude de plusieurs degrés en milliers d’années. Les glaces polaires, en particulier, fondraient lentement. 

Notre Terre est sortie de son cycle naturel (bleu). Nous pouvons la stabiliser à 2 °C ou la pousser dans un réchauffement fort (étude PNAS).

Cependant, le professeur Steffen explique que dans le modèle l’augmentation de température est régulière, car il ne fonctionne pas bien avec ces soudains sauts de température dûs aux points de basculement.

(23.07) Je n’avais pas très envie non plus de parler de la table de biomes importants pour la survie de l’Humanité (Table S4): récifs coralliens, forêts tropicales, deltas et côtes,  marais, glaciers de montagnes. La majorité de ces écosystèmes essentiels est déjà fragilisée ou en mauvais état.  Les deltas subissent déjà les infiltrations d’eau salée.  Il sera très difficile de sauver les écosystèmes côtiers (La table S5 propose une liste de solutions).

Cette année, après la vague de chaleur du Canada et l’inondation en Allemagne, il fut observé que les modèles climatiques ne prévoient pas bien les événements extrêmes ou des sauts brusques de température. Je crois qu’en réalité nous pourrions avoir devant nous des années de changement très violent et très dangereux.

Et si un de ces événements critiques pour le climat se produit plus vite qu’escompté par les scientifiques, les autres pourraient être précipités.

Le scientifique considère que zéro émissions en 2050 est une cible insuffisante, trop lointaine, et qu’il faudrait prendre des mesures plus rapides.

Les récifs coralliens, l’écosystème le plus riche des océans si ce n’est du monde, sont très sensibles au réchauffement et déjà très touchés.  La moitié est déjà perdue. Leur disparition pourrait perturber les océans entiers.

 Les glaces fondent vite.

Les forêts sont déjà menacées

L’événement qui se produit le plus vite est peut-être l’affaiblissement des forêts tropicales,  il advient plus vite que prévu à cause de l’activité humaine.

La forêt amazonienne émet maintenant du carbone, du fait des sécheresses persistantes. Certains arbres dépérissent, d’autres sont perdus partiellement du fait de l’Homme, de la déforestation (Nature, blog).

Les forêts boréales brûlent dans des méga-feux de forêts, elles subissent un énorme changement de température, des sécheresses sans précédent et des nouvelles maladies.

En Asie du Sud-Est, la déforestation touche les forêts de montagne, épargnées jusqu’à présent (phys.org). L’exploitation des ces zones et peut-être liée aux vagues de chaleur impressionnantes, qui touchent la région depuis quelques années (blog, blog), à un assèchement et à des infiltrations d’eau salée dans le delta du Mékong qui rendent la production alimentaire difficile dans ces régions.

De nombreuses forêts dans le monde sont menacées, certaines peinent déjà à faire face au réchauffement.

Dans les circonstances actuelles, la chose la plus délirante que j’ai vu récemment est une pulvérisation de glyphosate sur les forêts canadiennes.  Le glyphosate est un herbicide qui tue la plupart des monocotylédones et des dicotylédones, les plantes à fleurs, les myrtilles, les buissons, les arbres. Il atteint jusqu’aux racines, mais son action est d’assez courte durée. Il est donc utilisé  dans l’agriculture, avant les semis, et de façon plus hasardeuse pour le consommateur, sur des céréales pour les dessécher et pour pousser à la maturation des graines.

De nombreux articles scientifiques ont mis en évidence des effets néfastes sur l’environnement,  notamment sur certains insectes et de façon indirecte sur les oiseaux qui s’en nourrissent.

Je n’ai encore jamais entendu parler de l’utilisation du glyphosate sur un écosystème naturel. Il serait pulvérisé par hélicoptère sur des forêts entières.  Il tuerait la grande majorité de plantes, les arbres, les fleurs, les buissons, jusqu’à la racine. Tout l’écosystème qui s’en nourrit, les vers, les insectes, les oiseaux, les animaux serait dévasté.

Les ‘mauvaises herbes’, aulne, bouleau, chêne, érable, saule et autres plantes et arbustes à feuilles larges sont considérés comme ayant moins de valeur commerciale que les résineux à feuilles aiguilletées comme le pin tordu et le sapin de Douglas qui souffrent justement déjà du réchauffement.  Ces diverses espèces sont vitales pour la diversité biologique, constituent un capital nutritif pour le sol, ralentissent la propagation des incendies de forêt et sont supérieures aux conifères pour séquestrer et stocker le carbone – une aide forestière importante dans ce monde de changement climatique.

Actuellement les forêts du Canada subissent des sécheresses nouvelles,  et  des vagues de chaleur.  De nombreuses plantes dépériront naturellement, mais certaines s’adapteront au réchauffement et permettront aux animaux de survivre. La biodiversité assure une meilleure résistance face au changement climatique.

D’autre part, une forêt naturelle contient du carbone dans les arbres, dans le sol, dans l’humus, dans les animaux et aussi dans des vieilles souches et branches qui se dégradent lentement au sol. Il faut laisser le bois mort se décomposer naturellement.

Image d’ourson par David Mark de Pixabay

 Le président du Canada, Trudeau nous semblait honnête et bien informé. J’espère qu’il interdira rapidement ce procédé barbare et irresponsable. Greenpeace a lancé une pétition pour arrêter la bien nommée ‘ pluie de la mort’; signez-là :   greenpeace canada

C’est une amélioration très facile à faire et il y en a sûrement beaucoup d’autres.

Dans ce contexte, Avaaz lance un plan pour Glasgow (pétition). Ils demandent:

  • des réductions d’émissions rapides pour rester en dessous de 1,5°C;
  • 100 milliards pour le climat tout de suite, avant le sommet,
  • 50%  des investissements pour l’adaptation,
  • un soutien pour les pertes dues au changement climatiques, telles que les inondations
  • et la mise en place immédiate des engagements de l’accord de Paris.

J’ai signé. Je suis convaincue de la nécessité d’un engagement rapide et fort, je me demande cependant si 50% des fonds doivent être destinés à l’adaptation. Ne serviront-ils pas à des murs et des barrages vite dépassés? Il faudrait aussi investir plus  dans la mitigation, dans la plantation des forêts et dans la reconversion des entreprises polluantes.

Je demande un engagement mondial pour sauver les forêts, une protection générale des de tous les arbres du monde.

 

 

La canicule du Canada en annonce d’autres

Le Canada a vécu plusieurs jours au-dessus de 45°C, avec un maximum à 49°C. Le Nord-Ouest des Etats-Unis, ainsi que l’Est des Etats-Unis subissent aussi des chaleurs record.  La Sibérie subit aussi des chaleurs record. 

Je me souviens que j’ai vécu une température de 44°C à Delhi. J’étais fatiguée, somnolente, vraiment diminuée physiquement et probablement mentalement aussi.   Je pensais que les conséquences pourraient être bien plus graves, mais les Canadiens semblent supporter assez bien cette vague de chaleur.  Des lieux climatisés ont été mis en place et certains se terrent apparemment dans leurs caves.  Cependant, des centaines de morts soudaines ont été rapportées, et la ville de Lytton a brûlé, envahie par un incendie de forêt,  peu de temps après l’évacuation de ses habitants.  Les policiers canadiens ont déclaré qu’ils ont été appelés pour plus de 50 décès subits en une journée, contre 2 ou 3 habituellement.  Selon les déclarations d’officiels canadiens, le nombre de 486 décès pourrait augmenter dans les jours suivants, et les secours sont débordés. 

Cette canicule extrême dépasse de plusieurs degrés les records de chaleur de ce pays assez froid, ainsi que les prévisions de températures du GIEC qui tiennent compte du réchauffement climatique.   Le climatologue Martin Beniston , ancien vice-président du GIEC, a déclaré à la télévision suisse  que la vague de chaleur se produisait bien plus vite que sa version du rapport ne le prévoyait et que des vagues de chaleur similaires et même plus importantes suivront (rts).

Un autre climatologue climatologue Canadien tire des conclusions similaires  (cbc.ca).   

Ce changement énorme du climat Canadien a aussi des nombreuses conséquences sur les écosystèmes, les glaces par exemple fondent extrêmement vite, les rivières débordent, et les forêts brûlent dans d’immenses incendies. Ceux-ci déclenchent des éclairs qui allument d’autres brasiers. 

La chaleur affecte aussi l’agriculture, les cultures de blé et de colza, dont les prix  dans le commerce international sont montés ces dernières semaines.  Ils étaient déjà élevés au printemps.  La récolte de blé américaine devrait atteindre seulement un cinquième des prévisions  et la situation est encore plus grave pour le colza (cbc.ca).

Nous ne savons pas où, ni si ce sera cette année, l’année prochaine ou dans deux ans mais des vagues de chaleur très importantes frapperont encore, et encore. Un jour, elles dépasseront les limites de résistance du corps humain. Diverses autres catastrophes s’aggraveront aussi, et la production alimentaire sera mise à mal. Nos vies devront de plus en plus hasardeuses. 

Nous devons tous nous préparer à ces éventualité, et prévoir des solutions pour éviter les grosses chaleurs, telles des abris. Dans l’urgence, les bureaux climatisés pourraient éventuellement être ouverts au public, à plus long terme il faut construire des abris, peut-être souterrains  et / ou installer  des climatiseurs.  Des tels appareils devraient être raisonnables et pas trop polluants. Ils  pourraient se mettre en marche  à partir d’un seuil de 30°C ou de 35°C,  pour éviter que leur utilisation n’aggrave le problème climatique. 

Il faudrait surtout prendre des mesures énergiques pour limiter le réchauffement climatique et ses dégâts.  Nous pouvons décroître les émissions rapidement, les études consécutives au confinement 2020 ont montré que l’arrêt immédiat des voitures et surtout des avions est une solution possible, sans trop d’effets secondaires négatifs.

Je conseille toujours d’arrêter la plupart des constructions, car les bâtiments prévus ne sont pas adaptés à l’avenir qu’ils devront affronter.

Enfin, cette vague de chaleur pose la question de la fiabilité des modèles du GIEC. Elle semble les dépasser, le réchauffement serait-il alors plus rapide que prévu? Les conséquences prévues pour 2100 arriveront-elles bientôt?  Atteindront-elles des niveaux plus graves, tels que des températures mortelles ou la destruction de nos villes? Le réchauffement est-il passé en mode abrupt? Sommes-nous en danger immédiat?  

Je crois que les climatologues doivent intégrer ces événements à leur modèles et leurs prévisions futures pourraient être plus alarmantes, mais plus réalistes. En tout cas, je crois qu’il nous faut des abris et des bâtiments solides, des murs anti-marée très hauts et des réserves de nourriture.

Addendum le 4 juillet: Cette étude de Sonia Seneviratne de l’ETHZ calcule une assez forte probabilité de vagues de chaleur dans le réchauffement tel que prévu par le GIEC , c’est peut-être dans les figures supplémentaires. Cela m’avait surpris à l’époque, des vagues de chaleur telles que celle de 2018 et même plus fortes apparaissaient comme tout à fait possibles. Publication:

https://agupubs.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1029/2019EF001189

Elles pourraient  modifier le cours du réchauffement, en faisant fondre les glaces, le permafrost et en provoquant des feux de forêt.

Je dois dire que je suis stupéfaite par des commentaires du style ‘inventions apocalyptiques’. Il a fait 49.5°C au Canada.  C’est incroyable, et c’est déjà apocalyptique.   Mes soi-disantes inventions sont généralement la liste d’événements récents. Ils sont si surprenants que j’ai de la peine à y croire moi-même, mais c’est la réalité. Les scientifiques nous disent que ces vagues de chaleur, et des plus importantes, se produiront encore.

 

Image de couverture Gerd Altmann; images de Pixabay

Anciens blogs:

Vague de chaleur Sibérie 2020

Vagues de chaleur Etats-Unis 2020 

Vague de chaleur 2019

Le climat pourrait changer très vite

Mesures d’urgence climatique

La géo-ingénierie, la couleur de la lumière et la croissance des plantes

OBSCURCIR LE SOLEIL

Les climatologues savent depuis longtemps que les éruptions volcaniques provoquent un certain refroidissement de l’atmosphère, ou en tout cas un ralentissement du réchauffement. Les cendres volcaniques en suspension réfléchissent une partie des rayons du soleil avant qu’ils n’atteignent la Terre.  L’éruption actuelle du volcan de la Souffrière pourrait d’ailleurs provoquer une baisse ou une stabilisation des températures cette année, ce serait une bonne nouvelle.

Les scientifiques ont donc eu l’idée de reproduire cet effet en dispersant des petites particules dans l’atmosphère pour filtrer la lumière du soleil. Cette technique de géo-ingénierie s’appelle en anglais SRM (solar radiation management).

Les scientifiques américains appellent à l’étude de cette technologie (lien Nature). Après des tests préliminaires, elle a été délaissée par crainte de conséquences sur le climat et du laxisme au niveau des émissions. Pour le moment, des études tentent de mieux définir les aérosols déjà présents dans l’atmosphère.  L’Université d’Harvard avait prévu de lancer des essais SCoPEx de dispersion de particules mais ceux-ci ont été bloqués par les Samis suédois la semaine passée (lien Reuters), car la réduction des émissions de carbone leur paraît une bien meilleure solution.

Nuage de cendres d’une éruption volcanique naturelle

Je relaye ici un article qui est un appel pressant aux écologistes d’évaluer les conséquences de cette technologie avant de l’utiliser. Selon les auteurs, elle pourrait avoir plusieurs conséquences imprévues sur le climat et sur les écosystèmes terrestres (article).

Les aérosols dispersés dans l’atmosphère diminueraient la quantité de lumière solaire qui atteint la Terre, et par là la température de l’air, sans diminuer le CO2 atmosphérique, la température ni l’acidification des océans.  Les ‘effets secondaires’ pourraient inclure une augmentation ou plutôt la destruction de la couche d’ozone, des sécheresses, et la perte de la mousson asiatique. Cela dit, il me semble que cette dernière s’accroît très vite et cause des inondations de plus en plus graves, ce qui est aussi un problème (lien).  L’intervention pourrait provoquer aussi une déposition de sulfate et changer le spectre de la lumière atteignant la terre.

Un risque inhérent à cette géo-ingénierie est qu’elle devrait continuer tant que la concentration de CO2 ne redescendra pas, un arrêt qui pourrait subvenir lors d’une guerre, une défaillance, ou encore la destruction du centre d’émission provoquerait un saut de température avec des conséquences météorologiques à côté desquelles les intempéries actuelles seraient des bébés.

Si l’intervention est appliquée tôt, elle pourrait être beaucoup plus modérée. Par contre, si plus tard nous devons rapidement faire descendre la température de deux ou trois degrés, la dose d’aérosols serait beaucoup plus massive et ses conséquences pourraient être plus graves.

L’article appelle les écologistes à étudier ses conséquences éventuelles d’urgence. Il existe bien sûr d’autres solutions, la réduction d’émissions, la capture du carbone par des méthodes naturelles ou artificielles, ou encore la reconstitution artificielle de la glace Arctique, ou la fertilisation des océans.

Lien sur l’article et sur le communiqué

Jeunes plantules dont le développement (direction, hauteur, branches, feuilles), dépendra de la lumière

Une feuille à l’ombre d’une autre plante reçoit une lumière filtrée (et le sait).

PLANTES ET ALGUES MARINES

Les plantes utilisent l’énergie du soleil pour fixer le carbone de l’atmosphère.  Elles en sont totalement dépendantes et se sont développées en fonction de la lumière solaire. De nombreux récepteurs à des longueurs d’onde spécifiques influencent leur développement. Chaque étape de sa vie, la germination, l’élongation, la croissance, la formation de bourgeons, la croissance des feuilles, la capture du carbone, la floraison dépendent d’un dosage précis de lumière à différentes longueur d’ondes.

La petite plantule décode le spectre de la lumière. Sa composition provoquera une croissance accrue vers le haut, ou la formation des branches, ou l’agrandissement des feuilles, ou déclenchera la floraison (Huché-Thellier,  Leduc).

La photosynthèse, qui aboutit à la fixation de carbone et à la formation de biomasse, est une réaction chimique alimentée par la lumière. Elle en dépend absolument. Les pigments chlorophylles impliqués, absorbent surtout la lumière rouge (autour de 650 nm) et bleue (env 450 nm).

Les végétaux disposent de nombreux photorécepteurs qui réagissent à la lumière allant de l’UVB au rouge lointain, un spectre plus large que la vision humaine.  Il s’agit de protéines qui reconnaissent un stimulus spécifique et transmettent le signal de sa présence dans la plante. Ils détectent des longueurs d’onde comprises 280 et 780 nm. Ils se trouvent partout dans la plante, il y en a même dans les racines. Ils permettent de réagir à des changements du spectre lumineux, de la direction et de la photopériode.

Les UVB sont généralement nocifs pour les plantes comme pour les humains, et dans certains cas freinent la croissance des végétaux qui investissent leur énergie dans la production de composés de protection anti-UV.  Les plantes qui ont poussé dans un appartement sont très sensibles aux UVs, mais quand elles détectent les UVs à l’extérieur,  elles s’y acclimatent et deviennent plus résistantes.

Les UVA et la lumière bleue sont importants pour la croissance des plantes, pour la photomorphogenèse, et pour l’ouverture des stomates. Ces petites ouvertures à la surface des feuilles permettent au CO2 d’entrer dans la plante, donc la fixation du carbone ainsi que les échanges gazeux en général.

Une molécule spécifique, le phytochrome, reconnait la lumière filtrée par les feuilles des autres plantes, à 730 nm. Elle permet à la plante de savoir si elle est à l’ombre d’autres végétaux ou en plein soleil. Lorsque la lumière qui arrive est tamisée par des feuilles vertes, le récepteur est inactivé, ce qui favorise la croissance rapide d’une plante étiolée vers le haut. Elle investit alors toute son énergie pour pousser  et pour se faire une place au soleil. Quand elle parvient en pleine lumière, le récepteur réagit aux rayons rouges, et la plante forme alors plus de feuilles et s’étale en largeur.

Les océans sont habités par des algues vertes, mais aussi bleues et rouges, déférentes des plantes terrestres. Elles possèdent aussi plusieurs photorécepteurs qui orientent leur développement selon le spectre de la lumière. Pendant la plus grande partie de l’histoire de la terre, la photosynthèse, la fixation de carbone et la libération d’oxygène ont été faites par les algues bleues (les cyanobactéries). Les algues rouges, plus évoluées, se sont répandues au Jurassique. Leur succès pourrait être dû aux périodes d’anoxie des océans. Le phytoplancton a des nombreux pigments qui lui permettent d’absorber la lumière sur une grande partie du spectre visible (revue). 

Bref, un changement du spectre de la lumière pourrait avoir des effets variés, différents selon les latitudes et les espèces de végétaux photosynthétiques. Par exemple, une expérience artistique aux Pays-Bas illumine les plantes la nuit avec de la lumière rouge, bleue, ce qui les fait pousser plus vite et avec des UVs bien dosés qui activent leurs défenses contre les maladies, et permettent une réduction des pesticides (vidéo, page internet).

 

L’effet d’un changement du spectre de la lumière solaire devrait être testé pour toute la vie d’une plante, la germination, la croissance, la floraison et la formation de graines fertiles. Il n’y aura peut-être pas d’effets négatifs. Par exemple, l’éruption du Pinatubo qui a réduit la lumière du soleil a apparemment provoqué une croissance accrue d’environ un quart d’une forêt en Afrique du Nord, elle semble donc avoir eu des effets positifs sur cette forêt, même s’il faudrait vérifier les effets sur une période plus longue.

Le professeur Fankhauser de l’Université de Lausanne, spécialiste des photorécepteurs, m’a fourni une partie de ces renseignements. Je lui ai demandé quelles seraient les conséquences pour les végétaux de la destruction de la couche d’ozone ou d’un changement du spectre de la lumière. Selon lui, la destruction de la couche d’ozone serait catastrophique, car les UVs diminuent la productivité des plantes.

Quant au changement du spectre de la lumière, il estime qu’il pourrait aussi créer des problèmes, car les plantes utilisent une information qui est un équilibre entre les différentes longueurs d’onde, la plante mesure le rapport entre les différents rayons pour orienter son développement.

Les nuages réduisent toutes les longueurs d’onde, et la nature s’est adaptée au spectre existant depuis des millions d’années. Il considère qu’il vaudrait mieux ne pas filtrer une longueur d’onde spécifique,  pour éviter de perturber l’écosystème.

Image de couverture Gerd Altmann

Addendum le 21 avril 2021: Une publication estime qu’une grande éruption volcanique, env. 50x le Pinatubo, libérerait des halogènes qui toucheraient rapidement la couche d’ozone, les UV augmenteraient de 60%, surtout dans la région de l’Antarctique. L’actuelle réduction de la couche d’ozone de 16% réduit la productivité du phytoplancton de 5%, et un peu plus la quantité de poisson. Des dégâts plus graves à la couche d’ozone diminueraient davantage la productivité des plantes, de l’agriculture, du phytoplancton, et donc la capture du carbone par les végétaux.

Une expérience a exposé des arbres, des pins aux UVs comparables à ceux provoqués par les immenses explosions volcaniques du permien. Les pins sont devenus tous devenus stériles, ils n’ont pas pu donner de prochaine génération d’arbres.

L’extinction humaine est-elle proche? L’apocalypse selon Guy McPherson

Guy McPherson est un ancien professeur d’université d’écologie. Il a quitté le monde de la recherche universitaire, et la vie dans la société américaine pour exploiter, conformément à ses valeurs,  une ferme écologique, changement  qu’il a décrit dans un livre, ‘Walk away from the Empire‘ et dans son blog.  Le livre ‘Going dark’ expose ses inquiétudes pour la Planète. Aujourd’hui, il expérimente personnellement un mode de vie écologique. Il élève des chèvres et  cultive son jardin.

Ses recherches l’ont mené à prendre très au sérieux la vitesse à laquelle les espèces vivantes disparaissent aujourd’hui et le changement climatique. Dans une publication récente, qu’il présente dans cette vidéo, il déclare que l’espèce humaine risque l’extinction à court terme. Il cite plusieurs changements inquiétants qui surviennent actuellement sur la Terre, et qui constituent des graves risques pour l’Humanité. Je le trouve un peu réducteur à clamer constamment ‘la fin est proche’- Michael Mann, un climatologue, dont le travail récent suggère que les températures se stabiliseraient si nous diminuons les émissions,  a même dit récemment que Guy McPherson devait être payé par les industries fossiles pour saper l’action climatique, ce qui est certainement aussi exagéré. Guy McPherson fait allusion à des faits et des risques réels de son point de vue d’écologiste.

Selon lui, les conditions de vie nécessaires pour l’humain pourraient être détruites sur Terre, l’Humanité pourrait disparaître, comme l’immense majorité d’espèces s’est éteinte au cours de notre passé géologique. Il remarque que la plupart des vertébrés terrestres disparait à vue d’oeil, alors il pourrait en être de même pour l’Homme.  D’autres écologistes s’alarment aussi du rythme effréné de disparition d’espèces sur Terre, (Paul Ehrlich par exemple, lien), et estiment qu’elle signale un bouleversement majeur du système Terre et y voient un immense danger.

J’objecte que pour le moment, nous annexons tous les écosystèmes sauvages pour produire des aliments pour les humains. Mais il est vrai nous ne le faisons pas intelligemment ni de manière durable.

Méthane dans la mer Arctique et dans le permafrost

GuyMcPherson cite par exemple le méthane dans la mer Arctique ou dans le permafrost terrestre que le réchauffement pourrait libérer, et le gaz émis démultiplierait le réchauffement climatique, avec des très dangereux bouleversements météorologiques.  Cet événement hypothétique est généralement considéré comme possible pour le 22ième siècle, certains craignent une augmentation du réchauffement par le méthane vers 2050 déjà. D’autres, comme Peter Wadhams, pensent qu’elle pourrait se produire à tout moment. Le permafrost semble dégeler plus vite que prévu, les émissions de méthane ont augmenté (traduction d’un discours ONU) ces dernières années et c’est inquiétant.  Les quantités sont encore infimes, mais un processus redouté a commencé. Il pourrait mener à des événements d’une échelle réellement apocalyptique, mais ils devraient nous laisser encore au minimum quelques décennies.  Certains scientifiques pensent que la Nature, a par le passé, éliminé le méthane d’une manière ou d’une autre. Il faudrait cependant rechercher des solutions aux émissions de méthane (blog).

Le nouveau climat terrestre

Ensuite, il fait allusion au travail de Burke qui compare le réchauffement aux climats passés (lien), et calcule que  si nous restons à 2°C du réchauffement, le climat résultant des prochaines centaines d’années sera probablement celui du Pliocène, 2-3°C plus chaud qu’aujourd’hui, avec des hivers froids et des étés caniculaires sous nos latitudes.  Les conditions de culture agricole pourraient alors beaucoup changer.  Si par contre nous suivons la trajectoire de réchauffement rapide sans maîtrise des émissions humaines, jusqu’à 4°C de réchauffement, le climat de la Terre pourrait basculer vers celui de l’Eocène, 13°C plus chaud, au cours du 22ième siècle.  Une température de 4°C ferait probablement fondre les glaces et pourrait provoquer les émissions de méthane qui réchaufferaient la Terre de plusieurs degrés supplémentaires. Ces changements vers un nouvel équilibre climatique se produiraient à l’échelle d’un ou deux siècles.

Aérosols

Actuellement, la combustion du charbon libère des aérosols qui refroidissent l’atmosphère.  L’arrêt immédiat de toutes les industries diminuerait la quantité d’aérosols dans l’atmosphère et réchaufferait la Planète. Si tout s’arrêtait demain, il ferait un peu, peut-être 0,5°C plus chaud pendant quelques années. Une nouvelle étude au moins suggère que l’effet des aérosols est moins fort que prévu par les modèles climatiques (lien ), une autre estime même que les aérosols réchauffent la Planète (lien).   Et tant que le charbon est utilisé, l’effet de serre augmente. En 2020, la Chine a réduit l’activité de ses usines pendant le confinement. Il semble qu’il n’y a pas eu de réduction d’aérosols au niveau planétaire, car d’immenses feux de forêts en Australie et surtout en Amazonie en ont produit beaucoup.

Guy McPherson s’inquiète de l’effet de réchauffement que l’arrêt des usines et de leurs aérosols aurait sur la Planète, mais si les usines étaient mises hors service ou changeaient de source d’énergie progressivement, sur une dizaine d’année, ça devrait aller.  Cela semble la meilleure solution, proche de celle préconisée par le programme des Nations Unies pour l’Environnement (lien).

Approvisionnement alimentaire

Ensuite, il estime que notre approvisionnement alimentaire pourrait être rapidement désorganisé, soit à cause d’une perte de fertilité planétaire causée par la disparition des vers de terre, soit à cause de ruptures de la chaîne d’approvisionnement dans un système impliquant des nombreux transports intercontinentaux.

Les vers de terre dégradent des restes de plantes dans le sol et contribuent à les transformer en humus. Ils aèrent le sol et le rendent perméables à l’eau (brochure FIBL EN) . Le travail cité par Guy McPherson estime que 83% des vers de terre ont aujourd’hui disparu.  L’usage de pesticides chimiques et de lourdes machines agricoles rend leur survie dans les champs difficile, et leur absence aggrave le tassement des sols et la perte d’humus, et pourrait contribuer à l’épuisement des sols.  L’absence des vers de terre est aussi indicative des changements des terres. Celles-ci contiennent, dans la nature, un écosystème riche de milliers de bactéries, de petits animaux et de champignons nécessaires au fonctionnement du sol vivant.  En 2018, puis de 75% des sols étaient dégradés par l’exploitation humaine. Il y a de plus en plus d’humains à nourrir, et nous détruisons les champs dont nous avions besoin. Nous sapons vraiment la Terre sous nos pieds.  Ces problèmes surviennent progressivement, s’aggravent depuis des décennies. Des solutions, telles que la reforestation, l’agroforesterie, l’agriculture biologique, les couverts végétaux, l’agriculture sans labour,  sont aussi développées, par exemple par le FIBL. L’association Terre et Humanisme travaille beaucoup avec les vers de terre et le lombricompostage.

La pandémie nous a donné l’exemple de la fragilité de notre système économique. Les engrais, les céréales qui nourrissent souvent des animaux et la viande sont produits sur des continents différents, et dépendent du commerce et du transport mondial.  Ce système est à bout de course, des perturbations sont prévues et se produisent. L’engrais chimique a provoqué une énorme explosion au Liban cette année, et cette semaine des moutons étaient bloqués dans le canal de Suez. Il faut le simplifier, le remplacer par des circuits locaux  et le rendre plus résiliant.

Fonte de la glace Arctique

Guy McPherson mentionne que la glace sur la mer Arctique fond plus vite que prévu. La surface blanche de la glace agit comme un couvercle et une surface réfléchissante.  L’absence de glace causera un réchauffement supplémentaire immédiat, et plusieurs scientifiques alertent sur les perturbations météorologiques qu’elle pourrait provoquer, des tempêtes, des vagues de froid et de chaleur. Une étude géologique suggère que l’absence de glace et l’arrivée d’eau plus chaude au contact de la surface a provoqué un réchauffement rapide de plusieurs degrés par le passé, mais ce danger n’est généralement pas pris en compte dans les modèles climatiques. L’océan pourrait aussi se réchauffer en profondeur et favoriser les émissions de méthane.  La fonte complète de la glace arctique en été ce produira certainement au cours de ce siècle, peut-être dans quelques années, nous en avons déjà perdu la moitié. Avant,  la mer Arctique était continuellement couverte de glace épaisse d’environ un mètre et âgée de quelques années, maintenant elle est plus fine, fragmentée et semble bien compromise.

Les avions

Ensuite, il cite un travail de Gunther Pauli qui propose que les tourbillons formés par le passage des avions changent la circulation de l’atmosphère. Je n’ai jamais entendu ça avant. Je ne dispose pas de calculs prouvant que c’est faux, je ne peux pas vraiment invalider ses dires, mais ça me paraît douteux. Si c’était vrai,  on pourrait peut-être faire voler des avions dans l’autre sens pour changer la circulation atmosphérique.

El Nino

Ce phénomène se produit tous les 3 à 7 ans, des eaux chaudes affleurent à la surface du Pacifique et réchauffement l’atmosphère (lien). La dernière année El Nino, 2016, a battu les records de chaleur, et causé des graves sécheresses, particulièrement en Afrique, qui ont touché 60 millions de personnes (lien).  Les années El Nino extrêmes deviennent plus probables d’après le GIEC:. La Planète se réchauffe, et El Nino apportera probablement  une année de vagues de chaleur plus élevées.  Les habitants des pays chauds, par exemple d’Afrique de l’Est, pourraient en souffrir sérieusement, vivre des famines ou des vagues de chaleur mortelles.  La production alimentaire sur Terre serait réduite, et nous pourrions vivre en Suisse des vagues de chaleur de quelques degrés plus élevées que la précédente.

Si je reprends les dangers énumérés par Guy McPherson,   le prochain événement  sera probablement une année El Nino,  qui se produira  dans un an, dans deux ans ou au plus dans cinq ans. Ce sera une année plus chaude que toutes celles que l’Humanité a vécu, qui pourrait être accompagnée d’événements météo nouveaux ou plus intenses.

Pourrait-elle mettre en branle un processus de fonte de glace Arctique, de sécheresses, de réchauffement rapide, de  fonte du permafrost, et de réchauffement abrupt apocalyptique?  Ces changements dangereux pour la survie de l’Humanité ne sont généralement pas prévus pour le 21ème siècle, mais le climat pourrait nous surprendre.

L’Humanité compromet de plusieurs façons ses conditions de vie sur Terre et doit immédiatement modifier son mode de vie pour sa sécurité.

 

 

Blog: créons des réserves alimentaires planétaires

Le rapport ‘Faire la paix avec la Nature (PNUE)’ pourrait être trop modéré

Je résume ci-dessous le rapport ‘Faire la Paix avec la Nature’ du programme des Nations Unies pour l’Environnement.  Il relève les problèmes écologiques actuels, alerte sur leur aggravation prévisible, et propose des solutions.  Il pourrait être l’argument scientifique le plus convaincant pour nous décider à protéger la Planète maintenant. Le secrétaire-général de l’ONU, Antonio Gutierrez, résume les conclusions très simplement: ‘Notre guerre contre la Nature est suicidaire, et a laissé une Planète cassée. Nous devons presser l’interrupteur vert. Nous avons une chance non pas de changer l’économie, mais de la transformer’.  Personnellement, je propose de produire à peu près la quantité d’objets dont nous avons besoin, ou au maximum que nous achetons, en renonçant aux piles d’invendus voyageant de continent en continent inutilement.

Je remarque cependant que la trajectoire de solutions la plus sévère de ce rapport nous donne 50% de chances de rester en dessous de 1,5°C de réchauffement. 50-50? Jouons-nous à pile ou face ou à la roulette russe avec notre Planète? Peut-être y-a-t-il un fort risque que nous dépasserons de toute façon un peu ce seuil de sécurité, au-delà duquel le climat peut se révéler incontrôlable.  Nous pourrions entrer dans une zone de turbulences.

Pour des raisons liées à la progression du réchauffement, je suis un peu perplexe par rapport à leurs prévisions pour 3°C. Actuellement, les effets du changement climatique sont plus graves que prévu, et ils pourraient l’être aussi à l’avenir, et se produire plus tôt. J’y reviendrai la prochaine fois.

Lien sur les messages clés du rapport en français: Messages clés

Extraits du rapport PNUE ‘Faire la Paix avec la Nature’

La Terre est en danger

Au cours des 50 dernières années, l’économie mondiale a presque quintuplé, la population mondiale a doublé. Le réchauffement causé par l’Homme, qui atteint actuellement plus de 1 ° C,  a déjà entraîné des changements des zones climatiques, des changements des régimes de précipitations, la fonte des calottes glaciaires et des glaciers, l’accélération de l’élévation du niveau de la mer et des événements extrêmes plus fréquents et plus intenses, qui menacent les personnes et la Nature.

Aucun des objectifs mondiaux pour la protection de la vie sur Terre et pour enrayer la dégradation des terres et des océans n’a été pleinement atteint. Les trois quarts des terres et les deux tiers des océans sont désormais abimées par l’Humanité. 

La capacité de la Terre à répondre aux besoins croissants d’aliments nutritifs, d’eau et d’assainissement continuera de s’affaiblir face au déclin continu de l’environnement. 

Par exemple, la sécurité alimentaire est menacée par la perte de pollinisateurs et de sols fertiles. La perte de pollinisateurs menace la production annuelle mondiale de cultures, d’une valeur comprise entre 235 et 577 milliards de dollars EU.

Changements systémiques

Seule une transformation du système entier permettra le bien-être de tous dans les limites de la capacité de la Terre, et d’atteindre le zéro net d’ici 2050 pour mettre le monde sur la voie de 1,5 ° C avec une probabilité d’environ 50 par cent. 

Les gouvernements devraient intégrer la prise en compte du capital naturel dans leurs décisions et utiliser les politiques et les cadres réglementaires pour inciter les entreprises à faire de même.

Ils devraient abandonner les subventions nuisibles à l’environnement, investir dans des solutions et des technologies à faible émission de carbone et respectueuses de la nature, et internaliser systématiquement les coûts environnementaux et sociaux.  Ils devraient faire payer les services écosystémiques, et taxer l’extraction des ressources brutes.

Les gouvernements lancent et dirigent la coopération intergouvernementale, les politiques et la législation qui transforment la société et l’économie. Ces transformations permettent au secteur privé, aux institutions financières, aux organisations non gouvernementales, aux institutions scientifiques et éducatives et aux médias, ainsi qu’aux particuliers, aux ménages et aux groupes de la société civile, d’initier et de mener des transformations dans leurs domaines.

Le déplacement de la fiscalité de la production et du travail vers l’utilisation des ressources et les déchets favoriserait une économie circulaire.

Il faut transformer les systèmes économiques et financiers pour qu’ils mènent et alimentent la transition vers la durabilité.

Il faut créer des synergies: Financer la coopération internationale et intersectorielle, le renforcement des capacités et la coopération technologique qui abordent les défis environnementaux et le bien-être humain.

Il faut divulguer les risques financiers liés au climat, l’utilisation des ressources naturelles et l’impact de ces activités sur l’environnement.

Les opérations doivent être alignées sur l’objectif d’émissions de carbone nettes nulles et les principes de durabilité.

La réalisation des objectifs de développement durable exigera des changements et une augmentation massifs des flux financiers publics et privés et des modèles d’investissement, y compris dans les secteurs de l’eau, de l’alimentation et de l’énergie. Les incitations doivent être modifiées pour que les investissements dans le développement durable soient financièrement attractifs.

Des changements dans les modes de consommation mondiaux sont essentiels pour transformer les systèmes alimentaires, hydriques et énergétiques. 

Dommages actuels au système Terre

Le réchauffement actuel, plus important sur la terre que sur l’océan et le plus élevé dans les régions polaires, a déjà conduit à la fonte des calottes glaciaires et des glaciers, à une accélération de l’élévation du niveau de la mer, à des événements extrêmes plus fréquents et plus intenses, à des modifications des régimes de précipitations, ainsi que les changements dans les zones climatiques, y compris l’expansion des zones arides et la contraction des zones polaires.

Un tiers des stocks de poissons marins sauvages ont été surexploités en 2015.

Les engrais qui pénètrent dans les écosystèmes côtiers ont produit plus de 400 «zones mortes» totalisant plus de 245 000 km2 – une superficie plus grande que le Royaume-Uni

La pollution par les plastiques marins a décuplé depuis 1980.

Les déchets plastiques marins ont des impacts écologiques, notamment l’enchevêtrement et l’ingestion, et peuvent agir comme vecteur d’espèces envahissantes et d’autres polluants.

Risques du réchauffement futur

Le risque de perte irréversible des écosystèmes marins et côtiers, y compris les herbiers marins et les forêts de varech, augmente avec le réchauffement climatique. On prévoit qu’un réchauffement de 2°C entraînera une diminution de la biomasse des communautés animales marines et leur productivité. Les récifs coralliens sont particulièrement vulnérables au changement climatique. La perte de diversité biologique présente des risques pour la production alimentaire. La perte de pollinisateurs animaux, essentielle pour plus de 75% des cultures vivrières, y compris de nombreux fruits et légumes et cultures de rapport comme le café, le cacao et les amandes, menace la production annuelle mondiale de cultures d’une valeur comprise entre 235 et 577 milliards de dollars EU. L’érosion du sol à partir des champs agricoles est estimée à 10 à plus de 100 fois plus élevée que le taux de formation du sol, affectant les rendements agricoles en réduisant la rétention d’eau et en provoquant une perte de nutriments. On estime que 176 gigatonnes de carbone organique du sol ont été perdues dans le passé, principalement à cause du changement d’affectation des terres, et 27 gigatonnes supplémentaires devraient être perdues entre 2010 et 2050.

D’ici la fin du siècle, l’inaction face au changement climatique pourrait entraîner une réduction de 15 à 25% de la production par habitant pour 2,5 à 3° C de réchauffement planétaire, par rapport à un monde qui ne s’est pas réchauffé au-delà des niveaux de 2000-2010. Les estimations des dommages économiques associés à 2° C de réchauffement atteignent 69 billions de dollars US 26, tandis que 15 à 38 500 milliards de dollars US de dommages économiques pourraient être évités en limitant le réchauffement à 1,5° C. Les économies mondiales pour la santé grâce à la réduction de la pollution atmosphérique pourraient représenter plus du double des coûts de mise en œuvre de l’Accord de Paris entre 2020 et 2050.  Les estimations des coûts de réduction des émissions, bien que substantielles, sont bien inférieures aux estimations des dommages. Les estimations de coût pour limiter le réchauffement à moins de 2 ° C sont de 2 à 6% du PIB mondial en 2050 et de 3 à 11% en 2100.

Risques associés aux événements météorologiques extrêmes tels que les canicules, les fortes précipitations dans plusieurs régions et les sécheresses.

Dans certaines régions, ils deviennent déjà élevés entre 1° C et 1,5° C de réchauffement.  Des points de basculement pourraient exister pour les systèmes humains avec des températures élevées et peuvent survenir dans des endroits où la capacité d’adaptation humaine existe. Le réchauffement des températures ambiantes jusqu’à 3 ° C devrait entraîner une augmentation substantielle des vagues de chaleur provoquant un coup de chaleur et la mort. Les risques de mortalité et de morbidité liées à la chaleur deviennent élevés entre 1 ° C et 3 ° C d’augmentation de la température moyenne mondiale.

Les principaux risques pour les implantations dus au changement climatique comprennent le stress thermique, les fortes précipitations, les inondations intérieures et côtières, les glissements de terrain, la pollution de l’air, la sécheresse, la pénurie d’eau, l’élévation du niveau de la mer et les  tempêtes.

Un des grands risques provient du fait que la consommation mondiale devrait augmenter plus rapidement que la croissance démographique en raison d’un passage à des modes de vie plus gourmands en ressources, alimenté par l’augmentation du revenu par habitant.

Les émissions nettes de dioxyde de carbone devront être réduites de 45% d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2010 et atteindre zéro d’ici 2050.

Domaines clés pour un changement transformateur:

1. Paradigmes et visions d’une bonne vie: évoluer vers des paradigmes qui mettent l’accent sur les relations avec les personnes et la nature plutôt que sur la consommation matérielle, y compris de nombreuses visions existantes de la bonne vie comme celles vécues selon les principes et les vertus de la responsabilité envers les personnes et la nature.

2. Consommation, population et déchets: réduire l’effet global négatif des besoins et de la demande humains – en fonction des taux de consommation et de production, de la taille de la population et des déchets – en réduisant la consommation et la production par habitant dans certaines régions et la croissance de la population humaine en autres.

3. Valeurs latentes de responsabilité: Libérer les capacités existantes et les valeurs relationnelles de responsabilité pour permettre une action humaine et organisationnelle généralisée.

4. Inégalités: réduire systématiquement les inégalités de revenus et d’autres formes, y compris entre les sexes, les races et les classes.

5. Participation à la gouvernance de l’action environnementale et de l’utilisation des ressources: Pratiquer la justice et l’inclusion dans la prise de décision de ceux qui en sont le plus touchés, en particulier les peuples autochtones et les communautés locales.

6. Externalités: comprendre et internaliser les effets négatifs distants, retardés et diffus des actions, y compris l’activité économique.

7. Technologie, innovation et investissement: transformer les régimes d’investissement et d’innovation technologique et sociale, de sorte que les technologies et leur utilisation produisent des effets positifs nets sur les personnes et la nature (par exemple, en passant à une économie circulaire et en éliminant les déchets).

8. Éducation et production et partage des connaissances:

Promouvoir la vaste base de connaissances et de capacités qui sont fondamentales pour des sociétés justes et fonctionnelles, et accroître et diffuser les connaissances spécifiques à la durabilité.

Solutions pour restaurer la biodiversité

L’expansion des zones protégées et des zones strictement interdites à la pêche dans les eaux territoriales et en haute mer peut conserver et reconstituer les stocks d’espèces commerciales et non commerciales et protéger les écosystèmes aquatiques.

Le secteur privé peut aider à protéger la biodiversité en veillant à ce que les produits qu’il commercialise proviennent de sources durables.

Les zones humides sont un exemple d’écosystème fonctionnel, hautement menacé et riche en biodiversité nécessitant une protection urgente.

Les actions pratiques comprennent une meilleure gestion des terres cultivées et des pâturages, des choix alimentaires qui minimisent les besoins en nouvelles terres cultivées et la réduction du gaspillage alimentaire

La restauration des écosystèmes peut simultanément atténuer le changement climatique, ralentir et inverser le déclin de la biodiversité et augmenter les avantages que les gens tirent de la Nature.

Éviter, réduire et inverser la dégradation des terres, y compris la désertification, améliorerait la fertilité des sols, augmenterait le stockage du carbone dans les sols et la biomasse, et augmenterait la productivité agricole et la sécurité alimentaire. 

La mise en œuvre de nouveaux modèles commerciaux (tels que le crédit-bail de produits chimiques) visant à réduire l’utilisation de produits chimiques préoccupants, l’intensification des efforts pour développer des alternatives de chimie verte et durable et des engagements à éliminer les produits chimiques préoccupants dans les produits de consommation peuvent tous contribuent à réduire la pollution chimique.

L’initiative dirigée par les Nations Unies sur le système de comptabilité économique environnementale s’emploie à élargir les règles comptables afin d’incorporer la valeur de la Nature. Le cadre intègre des données économiques et environnementales pour fournir une vue plus complète des interrelations entre l’économie et l’environnement et les stocks et les variations des stocks d’actifs environnementaux.

Agriculture durable

L’assistance technique et les programmes d’incitation économique peuvent encourager des pratiques agricoles durables et réduire les pertes de nourriture avant et après récolte.

Les petits agriculteurs, en particulier les agricultrices, doivent être habilités à adopter des pratiques durables. Les inégalités doivent être traitées à l’avance de manière durable.

Les instruments politiques pour parvenir à la durabilité du système d’eau comprennent la réallocation de l’eau à l’échelle du bassin et l’éducation et des incitations pour accroître l’efficacité de l’utilisation de l’eau dans l’agriculture.

Il est aussi essentiel de changer le comportement des consommateurs.

L’accès universel à une énergie propre nécessite une transition rapide vers des systèmes à faible émission de carbone tant pour la production que pour l’utilisation de l’énergie. Il est possible et essentiel de transformer le système énergétique.

Des améliorations substantielles de la santé et du bien-être humains dans le monde (ODD 3) peuvent être obtenues grâce à des changements transformateurs.

Villes durables

Les villes doivent être planifiées pour la durabilité. Il faut encourager la densification des communautés compactes, en particulier dans les villes tentaculaires;  intégrer la biodiversité, la nature et la restauration écologique; promouvoir une production et une consommation durables; promouvoir des solutions fondées sur la Nature; la promotion, le développement, la sauvegarde ou la modernisation d’infrastructures immatérielles pour la gestion de l’eau tout en améliorant les infrastructures matérielles pour répondre aux résultats de la biodiversité.

Il faut promouvoir l’adaptation fondée sur les écosystèmes au sein des communautés, maintenir et concevoir la connectivité écologique dans les espaces urbains, augmenter les espaces verts urbains et améliorer leur accès; accroître l’accès aux services urbains pour les communautés à faible revenu ainsi que promouvoir l’agriculture urbaine pour accroître l’approvisionnement alimentaire local.

Reformer l’agriculture en 2021 pour sauver la biodiversité et le climat

Perte de Biodiversité

Le think tank Chatham House alerte sur la perte de la biodiversité et appelle à un changement rapide du système alimentaire. Il pourrait être décidé cette année, plusieurs sommets internationaux sont organisés à ce sujet. Le secrétaire- général de l’ONU présidera le sommet UNFSS des systèmes alimentaires pour une meilleure sécurité alimentaire et une meilleure durabilité de l’approvisionnement mondial.

La perte de biodiversité devient extrêmement préoccupante. De nombreuses espèces d’animaux disparaissent rapidement, le rythme des extinctions s’accélère, et la raison principale en est le changement d’alimentation (perte de biodiversité).  Le think tank estime que la disparition des plantes et animaux sauvages est principalement due à la conversion des espaces de nature en champs et pâturages.

Nous avons créé un système pervers, une course excessive à une alimentation bon marché qui engendre le gaspillage alimentaire et menace nos conditions de vie sur Terre, en dégradant les sols et les écosystèmes.

L’agriculture actuelle dépend des pesticides, des engrais, de l’énergie extérieure et de l’eau, et des pratiques nocives telles que les monocultures et le labour. Malheureusement, elle détruit l’habitat de nombreux animaux, insectes et plantes, et provoque le réchauffement climatique. Sans réforme, la perte de biodiversité s’accélérera et menacera notre production alimentaire.

Les écosystèmes terrestres et marins éliminent plus de la moitié (60%) des émissions de carbone de l’atmosphère chaque année et jouent ainsi un rôle crucial dans la régulation de la température de surface de la terre.  Les écosystèmes aident à amortir les effets des conditions météorologiques défavorables et à fournir une résilience au changement climatique. Sans eux, les chocs climatiques seraient bien plus brutaux et handicaperaient fortement l’agriculture. Les systèmes de production alimentaire nécessitent une gamme diversifiée de plantes, d’animaux, de bactéries et de champignons, à la fois pour l’approvisionnement direct en nourriture et pour soutenir les processus écosystémiques sous-jacents qui rendent l’agriculture possible – de l’approvisionnement en eau à l’amélioration de la fertilité des sols, à la pollinisation et à la lutte naturelle contre les ravageurs.  Si la dégradation du Vivant se poursuit, elle nuira à l’agriculture. 

Trois axes de solutions: plantes, Nature et agriculture écologique

Chatham house suggère d’agir sur trois axes principaux:

Ils conseillent d’abord d’adopter une alimentation plus végétale, qui permettrait de libérer par exemple 42% des terres actuellement cultivées aux Etats-Unis, et aurait des effets bénéfiques sur la santé de cette population. Ils conseillent le régime EAT-lancet.

D’autre part,  ils suggèrent la protection de grands espaces de Nature qui seraient des réserves de biodiversité, et maintiendraient un cycle de carbone fonctionnel sur la Planète. 

Troisième, l’agriculture elle-même pourrait être moins nocive pour la biodiversité, préserver les insectes et les microorganismes du sol, éviter la pollution de nitrites et les émissions de gaz nocifs dans l’atmosphère. 

Les auteurs considèrent qu’avec un peu d’organisation, en réduisant le gaspillage alimentaire et l’alimentation carnée, l’agriculture biologique pourrait nourrir 9 milliards de personnes.

Ils citent aussi l’agroforesterie, très bénéfique pour l’environnement.  Les polycultures d’arbres sont utilisées pour produire du bois, des noix et des fruits – et permettent de combiner plusieurs cultures et des récoltes tout de  au long de l’année. L’agroforesterie et les pratiques agro-écologiques peuvent permettre la restauration des habitats tout en diversifiant les flux de revenus et l’approvisionnement alimentaire, augmentant ainsi la résilience des communautés locales et des habitats, améliorant la nutrition et renforçant la biodiversité.

Les décideurs internationaux doivent reconnaître l’interdépendance de l’action du côté de l’offre et de la demande.  

Les changements alimentaires et la réduction du gaspillage alimentaire sont essentiels pour briser les verrouillages du système qui ont conduit à l’intensification de l’agriculture et à la conversion continue des écosystèmes indigènes en cultures et pâturages.

Le sommet UNFSS promouvra une «approche des systèmes alimentaires» à travers d’autres processus internationaux clés, y compris les négociations de l’ONU sur le climat.

Chatham House demande maintenant des lignes directrices mondiales dans des domaines politiques tels que l’investissement responsable, le changement alimentaire et une gestion du changement climatique basée sur la Nature. 

Alouette qui supporte mal les grands espaces de monoculture, en couverture bruant jaune qui souffre du manque d’insectes

Publication Chatham House:

Les dommages infligés à la Terre par l’Humanité dépassent l’entendement

Etat de la Planète

Nous avons déjà détruit la moitié de la Planète. Nous avons déjà altéré plus de la moitié de la surface de la Terre, et des océans, de la végétation, des marécages, et des rivières.  Nous avons déjà éliminé plus de la moitié des grands poissons prédateurs, des coraux, des vertébrés, et des mammifères sauvages (voir figure ci-dessous).

Les écosystèmes affaiblis ne fonctionnent plus comme avant et n’accomplissent plus les services écosystémiques naturels. Ils n’absorbent plus aussi bien le carbone, la pollinisation par les insectes n’est plus assurée, et les sols se dégradent.

Nous élevons des quantités astronomiques de bétail. Si nous comptons en tonnes, le bétail représente 59% des tonnes d’animaux vivants sur Terre actuellement, les humains 36%, et les animaux sauvages 5% seulement. Nous avons éliminé la majorité d’animaux sauvages et les avons remplacé par le bétail que nous mangeons. Cette agriculture intensive massive est très destructrice pour la Planète, tout comme les énergies fossiles.

Proportion saccagée par l’Homme:

Les conséquences seront très graves

Un groupe de 18 scientifiques renommés a récemment publié un article, un manifeste pour attirer l’attention sur l’étendue des dégâts environnementaux. Ils font le catalogue des nombreux dommages que la Planète a déjà subi.  Selon eux, il est maintenant sûr que nous allons vers la  6ième extinction où les trois quarts d’espèces disparaîtront de la Planète.

Le changement climatique rend maintenant chaque journée différente de celles du passé (Beaucoup sont plus chaudes, d’autres très pluvieuses, etc. dr) Il se produit plus rapidement que prévu.

La population mondiale a doublé depuis 1970, dans certaines régions telles que l’Afrique Sub-saharienne, l’Afghanistan, le Yemen,  il y a encore en moyenne plus de 4 enfants par femme. L’Humanité avoisinera les 10 milliards de personnes en 2050. La moitié des habitants de la Planète font maintenant partie de la classe moyenne.

La surpopulation provoque des problèmes d’alimentation massifs. Un ou deux milliards d’humains sont sous-alimentés ou mal nourris au point de ne pas pouvoir fonctionner normalement.

Selon les auteurs, nous atteignons les limites de la capacité de la Terre, et l’Humanité verra s’accroître les problèmes de pollution, d’insécurité alimentaire, de conflits armés.  Une augmentation de la consommation dans le Futur proche semble inévitable. Comme je l’ai souvent écrit, changement climatique, lui, apporte des inondations, (inondations2) des tempêtes destructrices, (cyclones) et des vagues de chaleur.

Les auteurs de la publication considèrent que notre augmentation de qualité de vie est malheureusement porteuse de problèmes pour les générations futures.

Changements à apporter

Même le Forum Economique Mondial reconnait maintenant que la perte de biodiversité est un des pires problèmes pour l’économie globale, comme en témoigne la pandémie.

Aujourd’hui, le dilemme ne consiste pas à privilégier l’environnement  ou l’économie, il est entre la modération et le désastre planétaire, dont tous souffriraient. 

La gravité de la situation exige des changements fondamentaux au niveau du capitalisme mondial, de l’éducation, et de l’égalité, tels que:

  • l’abolition de la croissance économique perpétuelle
  • montrer le vrai coût des produits en forçant ceux qui détruisent l’environnement à payer la restauration
  • éliminer rapidement les énergies fossiles
  • réguler les marchés et éviter leur influence sur la gouvernance
  • éduquer et donner plus de pouvoir de décision aux femmes dans le monde, y compris le pouvoir de décision sur le planning familial.

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Version grand public dans The Conversation: https://theconversation.com/worried-about-earths-future-well-the-outlook-is-worse-than-even-scientists-can-grasp-153091

Article scientifique dans Frontiers in Conservation Science; ce journal sis à Lausanne publie des articles scientifiques en accès libre ce qui permet à tout le monde de consulter et de partager leur contenu, une belle initiative qui favorise l’information du public:

Article de Corey J. A. Bradshaw1,2*, Paul R. Ehrlich3*, Andrew Beattie4, Gerardo Ceballos5, Eileen Crist6, Joan Diamond7, Rodolfo Dirzo3, Anne H. Ehrlich3, John Harte8,9, Mary Ellen Harte9, Graham Pyke4, Peter H. Raven10, William J. Ripple11, Frédérik Saltré1,2, Christine Turnbull4, Mathis Wackernagel12 and Daniel T. Blumstein13,14*

https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/fcosc.2020.615419/full

Image de la Terre par Colin Behrens de Pixabay

Addendum le 17 janvier: Une expérience a montré que les embryons de requin se développent moins bien dans de l’eau chaude (article)

Addendum le 17 mars: Une autre expérience montre que la chaîne alimentaire marine pourrait être vite compromise par le réchauffement (article)

21 avril 2021:

Interview de Paul Ehrlich dans le Temps

Mon blog: Les femmes ont le droit d’avoir moins d’enfants qui seront mieux traités

L’espoir est dans les forêts – elles triplent la dégradation de méthane atmosphérique

Le sol produit et métabolise le méthane

Le réchauffement climatique provoque le dégel de terres gelées depuis des millénaires, dans les régions boréales ou dans les montagnes.  Les débris de plantes contenus dans ces sols  depuis la dernière glaciation fermentent immédiatement et produisent du méthane (CH4). Cette réaction semble dominer surtout lorsque le terrain est humide. Elle est accomplie par des bactéries du sol.  Actuellement, des larges étendues du permafrost dégèlent en Sibérie et Arctique, et les émissions de méthane ont déjà commencé. Elles pourraient atteindre des niveaux inquiétants et accélérer dangereusement le réchauffement climatique car ce gaz, peu abondant, provoque cependant 80 fois plus d’effet de serre par molécule que le gaz carbonique (permafrost, survivre).

La terre abrite aussi des bactéries capables d’utiliser le méthane.  Les forêts semblent absorber et éliminer ce gaz plus efficacement que les pâturages et les champs.

Le sol des forêts suisses dégrade le méthane

Certains pâturages des montagnes suisses utilisés dans les siècles passés ont été abandonnés. Des forêts d’épicéas y repoussent, depuis 25 ans, 45 ou 150 ans.

Les scientifiques ont voulu tester si la prairie alpine, non labourée, et les bois absorbent le méthane de la même façon. D’autres avaient déjà observé que le sol forestier dégradait ce gaz. Dès que les arbres disparaissaient, lorsque la parcelle était convertie en champ ou en prairie,  lea terre ne transformait plus aussi efficacement le gaz.

Le méthane est consommé par des bactéries méthanotrophes. Celles-ci sont capables de se nourrir de ce gaz si elles disposent de suffisamment d’oxygène. Ces microorganismes spécialisés pourraient disparaître des champs ou des prairies. Il est aussi possible que l’air circule mieux dans le sol forestier, et que les bactéries soient plus facilement en contact avec le gaz ou avec l’oxygène dont elles ont besoin pour le dégrader.

Les scientifiques du WSL ont montré que le sol forestier, en particulier s’il provient des futaies anciennes, dégrade trois fois plus de méthane que le sol des prairies.

Quand la forêt remplace les champs, la terre retrouve lentement la capacité d’oxyder le méthane. Ce processus rend plusieurs années.

Après une centaine d’années de présence d’arbres, le sol métabolise trois fois plus de méthane. Cette capacité s’accroît avec l’âge du bois, le sol des forêts anciennes en absorbe le plus.  La parcelle boisée depuis 120 ans atteint des niveaux observés dans d’autres bosquets tempérés.

Bactéries ou structure aérée du sol

Cette capacité de la glèbe pourrait provenir des bactéries spécialisées qui se multiplieraient lentement dans les pinèdes au cours de dizaines d’années.

Une expérience de Hiltbrunner et Hagedorn du WSL suggère cependant que  la structure aérée de la terre des forêts favoriserait la dégradation de ce gaz dangereux. La sylve, qui contient de nombreuses racines et animaux souterrains, pourrait améliorer la structure du sol, et permettre aux gaz d’y circuler plus efficacement.

Les bois pourraient limiter les émissions de méthane des régions où le permafrost dégèle.

De plus, dans les parcelles forestières il faisait en été 5°C plus frais que dans les prairies. Les forêts sont mieux drainées, et moins humides. La couverture de feuilles mortes limite encore les émissions du gaz dans l’atmosphère et favorise sa dégradation sur place.

Les émissions de méthane du permafrost sont considérées par certains comme un énorme danger pour la survie de l’Humanité. La repousse naturelle des taillis dans les régions boréales pourrait cependant limiter les dégâts.

Frank Hagedorn souligne aussi que la surface des forêts s’accroît en Suisse, en 30 ans elle a augmenté de 11% dans le pays et de 20% dans les montagnes, ce qui pourrait avoir des réelles conséquences sur la proportion de méthane atmosphérique, et aider à le limiter.

L’agriculture est devenue très efficace. Les terres dont nous n’avons plus besoin pour notre alimentation doivent redevenir des forêts. Celles-ci absorberont le carbone atmosphérique,  stabiliseront le terrain, permettront le retour de la biodiversité et amélioreront le climat et le cycle de l’eau.

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NB: Je m’efforce de documenter mes blogs le mieux possible, en y insérant des liens sur le GIEC, l’ONU, et toutes les références possibles. J’essaie de partager largement les informations sur le climat, entre autres parce que nous devons vite  communiquer et prendre conscience de ce sujet. Je vois que certains de mes liens ne sont plus actifs,  alors je donne aussi la référence complète de l’article cité:

Increasing soil methane sink along a 120‐year afforestation chronosequence is driven by soil moisture: David Hiltbrunner, Stephan Zimmermann, Saeed Karbin, Frank Hagedorn, Pascal A. Niklaus; Global Change Biology 2012, vol 18-12, pp 3664-3671.

Lisez aussi Laurent Horvath sur la géopolitique des énergies: https://blogs.letemps.ch/laurent-horvath/

La fonte de la glace Arctique pourrait causer un réchauffement d’un degré par décennie

La perte de la glace marine provoque un réchauffement rapide

L’histoire récente de la Terre inclut une série de rapides changements climatiques, appelés événements de Dansgaard-Oeschger (DO, Oeschger) au cours desquels la température de la Planète,  montait de plusieurs degrés en un siècle. Les traces dans les glaces du Groenland permettent de retrouver des phases de réchauffement de 8°C en 40 ans, de 2 degrés en une dizaine d’années, de 10 degrés en un siècle… Après cette phase de réchauffement rapide, la Terre refroidissait graduellement pendant un millier d’années et demi, puis un événement de réchauffement brusque se répétait.

Ces événements de réchauffement dans un climat froid ont provoqué un changement de climat et de la végétation en Europe, tels que l’apparition de grandes forêts en Europe de l’Ouest. S’ils se produisaient aujourd’hui, le désert pourrait remplacer la végétation tempérée.

Les scientifiques se sont interrogés sur la cause de ces périodes de réchauffement brusque.  Une nouvelle étude (Sadatzki, PNAS) indique que ces événements coïncident avec la disparition de la glace sur la mer du Nord. La perte de cette glace a pu causer un fort réchauffement planétaire.

Quand la mer du Nord a perdu sa couche de glace et que sa surface est entrée en contact avec l’atmosphère, l’énergie de l’océan plus chaud a été relâchée dans l’atmosphère froide,   à des dizaines de degrés en dessous de zéro, ce qui a pu provoquer un soudain réchauffement climatique.

Cela semble terriblement actuel.

 

L’Arctique en réchauffement rapide

En ce moment, comme au printemps passé, l’Arctique est à 20°C au-dessus des normales saisonnières (Moscow Times).

Le changement climatique en Arctique est au moins deux fois plus rapide que sur l’ensemble de la Planète, des vagues de chaleur atteignent 20 degrés Celsius au dessus de la normale, et les  moyennes en Arctique en 2020 étaient de 5°C trop élevées. La glace fond plus vite, sa surface en été est de plus en plus petite, ce qui permet un réchauffement plus rapide.  Il y a moins de neige sur la Sibérie et d’immenses feux de forêts se déclenchent, et contribuent au dégel du permafrost  (arctic card OMM  state of the climate) .

Les températures planétaires montent vite, et certains scientifiques, comme James Hansen, détectent une accélération imprévue.

L’eau tempérée de l’océan Atlantique se déverse depuis quelques années dans l’océan Arctique, amenant des températures de plusieurs degrés trop élevées.   Des vagues d’air chaud parviennent au-dessus du Groenland et du pôle Nord. Tout cela précipite le réchauffement de l’Arctique, la fonte de l’Arctique, et pourrait être le début d’une escalade des températures qui aurait des conséquences dramatiques sur la vie sur Terre.

Travaillez à notre survie 

Addendum le 14 décembre: Je ne suis absolument pas sûre si un de ces événements de réchauffement rapide se produit maintenant. C’est un immense risque pour l’Humanité, et il doit être vérifié. Il faut des modèles de réchauffement abrupt auxquels les événements météo seront confrontés pour surveiller ce risque.

J’aimerais savoir que des scientifiques compétents travaillent sur ce risque.  Nous avons besoin d’études sur les changements atmosphériques lors d’un réchauffement aussi abrupt, pour savoir si les toits seuls ou les bâtiments entiers seraient arrachés par les intempéries, ainsi qu’une estimation des précipitations, des inondations et des vagues de chaleur à venir. 

Il faut prévoir les effets dévastateurs d’un réchauffement abrupt sur la végétation et sur les cultures alimentaires.  Finirai-je ma vie dans des bunkers sous des collines désertiques et brûlantes? Les creuserez-vous assez vite?

La perte rapide de notre végétation et la libération du méthane du permafrost pourraient faire monter les températures très haut, au delà de la survie humaine.

Cependant, la fonte des glaces provoquée par le réchauffement pourrait, dans un deuxième temps, les tempérer.

Il serait utile d’étudier les technologies qui permettent de reformer la glace Arctique pour éviter ce changement abrupt. Elles devraient probablement être faisables au cours de prochaines années.

Il vaudrait la peine d’arrêter la majorité des usines et des avions qui seraient de toute façon détruites rapidement, et d’appliquer les techniques de reforestation et d’agro-écologie partout où c’est possible dès maintenant.

Je joins deux liens sur l’excellent magasine Futura- Sciences qui vous donne plus de détails:

Futura Glace DO

Futura Arctique

Et l’article Phys.org  sur le même sujet.