Une école heureuse demain!

L’école aujourd’hui

Cette semaine j’ai appris que l’état de Genève veut modifier l’école en mélangeant les 9ièmes et les 10 ièmes de niveau différent. En tout cas, c’est ce que j’ai compris. Un tel système existe dans le canton de Vaud jusqu’à la 6ième,  10 élèves de 5ième et 10 élèves de 6ième sont assis en alternance dans la même salle. La maîtresse donne un cours, puis distribue du travail personnel aux élèves, et passe au programme de l’autre classe. J’ai pu assister à de tels cours, j’ai vu des techniques d’enseignement intéressantes, mais aussi, en une heure, plusieurs évènements aggressifs, tels qu’écrire sur la main de l’autre élève, se mettre en travers du chemin de l’autre pour l’empêcher de travailler. Les enfants ont aussi dit qu’ils ne voulaient pas de nouveaux élèves dans leur classe. Je dois dire nous aurions entendu que nous devons être gentils avec le nouveau et ces bases de civilisation n’étaient peut-être pas inutiles.

Je suis assez perplexe face à l’école actuelle. Je ne cesse de me dire ‘mais ce n’est pas possible’. Depuis mon époque lointaine, le Wir Sprechen Deutsch’ a été abandonné au profit d’une bien meilleure méthode d’allemand, bien conçue pour des petits. L’apprentissage de la lecture a été retardé. L’écriture manuscrite semble en cours d’abandon. L’allemand et l’anglais sont enseignés bien plus tôt, deux ou trois ans plus tôt, c’est très bien. Les mêmes matières, les mêmes compétences sont évaluées très différemment : les tests de maths ont 3 fois plus de questions que de mon temps, le test d’histoire ou de français consiste en 50 questions sur une liste de détail appris par coeur. Il y a plus de formes verbales françaises archaïques, et plus de Sciences. L’histoire était un joli récit, et il n’y avait pas de géographie. Il y a moins d’heures de cours dans l’ensemble, mais paradoxalement plus d’exigences. J’avais vraiment de la facilité, et j’ai un peu un sentiment d’irréalité car il me semble qu’aujourd’hui l’école demande plus à toute la population qu’aux bons élèves de la génération passée, qui sont pour certains devenus les professeurs d’université actuels. Un futur maçon semble apprendre plus  aujourd’hui. Je trouve que la culture générale est très importante pour toute la société, mais elle pourrait être acquise de façon plus légère et plus informelle. L’excès de difficulté me semble contreproductif, quand l’école était facile, j’avais envie d’en savoir plus, le cas contraire peut engendrer un rejet et une fuite. Lorsqu’un élève apprend que ses notes sont insuffisantes, il faudrait peut-être au moins ajouter ‘pour devenir professeur d’université’, mais bien sûr ce serait inexact aussi, car il peut s’améliorer par la suite.

L’école explose

Simultanément, il y a plus d’harcèlement scolaire, plus de coups. Je vois parfois des adolescents se frapper, d’autres pousser dans le bus pour passer au lieu de dire ‘pardon’. Je n’ai jamais vu ça de mon temps. Il semble vraiment y avoir plus de violence. Mercredi, un gosse de dix ans a tenté de trancher la gorge d’une copine. Récemment, les journaux rapportaient que la criminalité, les suicides et les dépressions des jeunes augmentent fortement. La drogue existe aussi, et en Angleterre le porno fait des ravages chez les enfants. Ils se couchent très tard, et ne dorment pas assez. Dans le canton de Vaud, il y a eu plus de dix fausses alertes à la bombe ce printemps. Elles montrent un refus de l’école actuelle. Une assistante sociale à la télévision parlait d’un rejet de la société dès dix ans, qui conduit à la délinquance, j’ai vu des enfants en agressivité constante à huit ans et je crois qu’il devraient être pris en charge à ce moment-là.

Je crois que l’école a sa part de responsabilité. Elle maintient les élèves dans un stress continu et nocif, qui peut en conséquence entraîner de l’agressivité, des troubles de sommeil, des abus d’alcool et pourrait les rendre plus vulnérables à la dépression. Il s’agit d’un tiers ou de la moitié de la population future dont la santé est fragilisée dans l’enfance par l’école. C’est absolument scandaleux !

Les professeurs sont trop critiques, parfois abusifs. Les tests et les notes sont bizarres, en plus de la longueur, de la fixation sur les détails, ils reviennent avec ‘mot illisible’ de mauvaise volonté qui soustrait encore un demi-point. Ils ne répondent plus à la question si l’élève a compris le chapitre et acquis la compétence, ne sont pas bien conçus pour cela, cette information se perd dans les détails excessifs. Je dois dire que je me suis promise que ma fille travaillerait plus consciencieusement que moi, pour avoir les notes maximales parce que j’ai découvert bien plus tard que quelques lacunes de vocabulaire allemand me posaient problème, m’ont par exemple empêché de me diriger dans une bonne section (mathématiques spéciales). L’excellence peut ouvrir des voies dans la vie. Elle travaille donc très bien, comme je l’ai décidé. L’application sur le téléphone fonctionne bien, mais il y beaucoup plus de vocabulaire à apprendre, nous avions 20 mots, actuellement c’est plutôt 100 mots. Il y énormément de géométrie, utile peut-être à l’EPFL mais pas ailleurs, le cours d’économie utilise l’algèbre qui n’a pas encore été traitée à l’école. Par contre, ils s’ennuient probablement moins en classe que nous, et ils font une partie de devoirs pendant l’heure de cours. Je trouve que les demandes sont parfois excessives, les tests mal planifiés, la faisabilité n’est pas prise en compte, et les commentaires destructeurs des professeurs à la limite de l’abus.  Quant aux cours, lorsque je donnais des conférences à l’Université pour d’autres doctorants et chercheurs, j’ai appris à mettre au maximum trois phrases par diapositive en gros caractères, colorées et visibles,  des images, montrer les différentes parties de l’image dont je parlais, souvent rappeler le but et les conclusions.  Il fallait être comprise malgré des instants d’inattention de l’auditoire. J’espère que les enseignants appliquent ce type de règles.

Le stress nocif

Environ une fois par mois, les élèves de 9ième sont confrontés à un test énorme, nécessitant environ 20 heures d’apprentissage par coeur. Il y a une semaine, dans une telle situation, toute la classe, en tout cas plusieurs élèves, étaient stressés, avaient de la peine à dormir, étaient agités en classe, et ont moins bien suivi les autres cours. Il faut vraiment leur éviter de tels stress, qui mettent leur santé en danger. S’ils doivent vraiment connaître par coeur l’emplacement de tous les peuples barbares au 6ième siècle et mille autres détails, le travail devrait être réparti par l’enseignante en plusieurs sessions de devoirs. J’ai entendu qu’il faut responsabiliser les élèves pour qu’ils répartissent leur travail. A mon avis, cette tâche devrait être accomplie par les adultes. Avant, les psychologues disaient qu’il ne faut pas  culpabiliser les enfants. Il ne faut pas les piéger par des exigences inadaptées, mais se rappeler qu’ils ne sont pas encore responsables. L’enfant n’a justement pas les capacités d’organisation des adultes. Il vaudrait mieux que l’enseignante répartisse le travail, et par là elle donnera progressivement des bonnes habitudes d’étude régulière. Il faudrait le plus possible leur dire : nous vous avons préparé une tâche possible, faites nous confiance, vous pouvez le faire.

Dans cette conférence, vers 107 minutes, Solange Denervaud explique que le stress peut empêcher le raisonnement correct et causer une agressivité chez l’élève (lien). Dans son example, elle provoque le stress  en limitant le temps et en interdisant de faire le calcul par écrit. L’école d’aujourd’hui fait exactement cela, des sortes de chicanes qui rendent le travail pénible. Il faut absolument aller dans l’autre direction, celle du confort, de la faisabilité, se concentrer sur l’essentiel et non pas sur les détails inutiles. Il faut adapter les manuels, la façon d’enseigner à des enfants et à des adolescents.

Je crois qu’il faut voir que nous vivons dans un monde nouveau, dans une société en crise, et que l’école devrait s’y adapter. Sa première mission doit être que les élèves sortent sains d’esprit. Des tests de niveau de stress, de dépression, devraient être effectués. Il faut cependent garder à l’esprit que par le passé des nombreux comportements ‘pathologiques’ étaient éliminés par des punitions sévères. La normalité est probablement assez étendue.

En théorie, les élèves qui ont des mauvaises notes n’ont pas assez travaillé, par manque de discipline, par révolte, par déprime ou n’ont pas compris le cours. D’autres ont des lacunes préexistantes. En réfléchissant aux personnes que j’ai connu, il me semble que les mauvais élèves ont souvent eu des problèmes familiaux et ont des barrières psychologiques, qui nuisent à leur performance. Ceux-là peuvent réellement s’améliorer. D’autre part, aujourd’hui, environ un quart d’élèves est francophone, la majorité parle une autre langue à la maison.

Utiliser les bases, alléger les détails

Je ne crois pas qu’un mélange avec des meilleurs élèves  et des classes aux exigences plus élevées soit adapté. Je propose le contraire, des petites classes par niveau. Les surdoués sont probablement moins d’un pour mille.

L’enseignement me semble actuellement très fragmenté, l’élève apprend de nombreux détails en deux ou trois semaines et passe rapidement à un sujet complètement différent.

Tous les élèves gagneraient à entraîner régulièrement les bases, à calculer et à écrire des textes en français chaque semaine. Cet enseignement pourrait faire appel à beaucoup plus d’exemples pratiques. L’école pourrait racheter un magasin en faillite et utiliser le stock réel, tangible, pour les mathématiques et l’économie. Actuellement, le calcul est très concentré sur quelques semaines dans l’année avec des longues interruptions qui permettent d’oublier.  Les films et les jeux vidéo sont d’excellents moyens d’enseignement, même s’il y a aussi des aspects négatifs.

Les sciences intéressent vraiment les enfants. J’ai donc montré à la fille des dessins animés qui expliquaient de façon simple et amusante le fonctionnement du corps humain. Mais à  l’école, elle a dû apprendre la structure du coeur en dix parties.  Je crois que je n’ai pas appris tous ces détails en études universitaires de Biologie. Je vois que le niveau d’éducation s’élève, et la raison principale pourrait être l’éducation des enseignants et des responsables du programme. Peut-être avons-nous maintenant atteint ou légèrement dépassé les limites de l’Humain.  Je trouve que l’excès de détail nuit à l’enseignement et à l’intérêt des élèves. Je me demande aussi s’il est possible de réussir le test sur les dix parties du coeur ( par coeur) sans savoir s’il s’agit d’un coeur.

 Devons-nous pousser tout le monde vers le bac? Dans une société écologique, de nombreuses personnes effectuaient des métiers utiles, elles seraient paysan(ne)s,  artisan(ne)s ou s’occuperaient des enfants. Une autre idée est que chacun devrait suivre ses talents naturels.

Un adolescent pourrait encore apprendre par intérêt, par curiosité naturelle, comme un jeune enfant. Une culture générale scientifique pourrait tout à fait être acquise par des films et des articles de journaux. Les promenades d’observation de la Nature et les musées sont aussi une excellente approche, et des supports matériels, des modèles, devraient être utilisés le plus possible. J’aimerais que le vocabulaire du cours de Sciences, et le cours même soit simplifié. Il faudrait refaire les manuels avec des pages d’introduction que l’élève comprend facilement, qui le relient à la vie réelle, l’alléger dans l’ensemble, et le rendre plus attractif.

L’école et le bien-être

J’ai personnellement remarqué que sans stress, les performances étaient largement meilleures. Par contre, dès que la personne est effrayée par la tâche, ou qu’elle doit se dépêcher, la compréhension baisse.

Idéalement, les enfants et les adolescents devraient vivre sans stress, ils se développeraient mieux ainsi. J’aimerais que l’école fasse beaucoup d’efforts dans cette direction.

Les classes devraient être petites, l’enseignement par classe de 10 élèves fonctionnait très bien, l’ambiance étaient meilleure, l’enseignante détendue, les problèmes de discipline disparaissaient.

Il serait peut-être réalisable, et certainement bon de créer des classes sans notes pour les élèves en difficulté ou les mauvais élèves, des classes dans lesquelles leur santé psychologique et l’acquisition des bases seraient les vraies priorités. Je ne sais pas exactement comment organiser l’école sans notes. La diminution du stress et l’augmentation de confiance en soi pourraient être impressionnantes. L’école Montessori fonctionne très bien, chaque élève y avance en individuel, avec une maîtresse pour dix et des tâches individuelles de trente minutes environ. Ou alors, un cours de base serait enseigné à toute la classe, tranquillement, et des sujets optionnels seraient travaillés individuellement, à choix avec des révisions. Les devoirs seraient faits en classe ou dans un temps d’étude donné. Il faudrait bien sûr garder au moins la possibilité de rejoindre une autre section par un pont à 15 ans.

Il faudrait permettre d’effectuer les tâches d’apprentissage correctement. L’enfant doit avoir le temps d’effectuer son exercice attentivement, cela évite l’automatisation des erreurs et donne des meilleurs habitudes de travail par la suite. Je croyais que c’était une règle connue et admise.

Je cite ici un exemple d’une école australienne, d’une région difficile (lien). De nombreux élèves sont de culture aborigène, et les familles ne soutenaient peut-être pas le projet de l’école, de plus leurs propres trajectoires de vie étaient parfois tragiques. L’école a introduit des cours de méditation (mindfulness, conscience et concentration, plus exactement), de culture indigène et un chien de thérapie qui les aide dans les moments difficiles. Les comportements graves ont baissé de 90%, les infractions sont passées de 120 à 5 par jour. C’est un exemple de ce qu’une organisation bienveillante et intelligente peut obtenir.

Je précise que ma propre fille est d’abord allée dans une école Montessori bienveillante, la Ferme des Enfants. Son cerveau fonctionnait très bien dans cet environnement sans stress aucun, elle avait de la curiosité, envie d’apprendre et confiance en elle pour réussir.  Je pensais qu’elle avait envie d’essayer des jeux complexes car elle y était habituée et qu’elle n’avait pas été découragée de remarques négatives.  Je crois qu’une école relax jusqu’à 15 ans ne met pas vraiment en péril la réussite future, car elle correspond mieux aux capacités des enfants et leur permet de les utiliser. Seules les langues doivent être apprises tôt. Le système MYP qui mène au Baccalauréat International et aux meilleures universités est basé sur cette idée, d’intégrer le développement naturel et les intérêts des adolescents. Les manuels sont complètement différents, légers et amusants.

Il faut d’abord s’assurer que les élèves soient en bonne santé, en bon état psychologique (et physique bien sûr) pour travailler. La méditation et de nombreuses activités de bien -être, p.ex à midi abaisseraient le niveau de stress. Les enfants ont envie de communiquer, j’entends des discours sur le rôle social de l’école. Ces interactions se produisent essentiellement pendant les 15 minutes de la récré, il en faudrait plus. L’acceuil périscolaire pourrait avoir lieu dehors, et permettre aux enfants de socialiser en jouant et en parlant.

Je vois des jeunes révoltés, dans le rejet d’un côté, et des cours très détaillés, aux définitions ampoulées, déconnectés de la réalité de l’autre. J’ai l’impression qu’il s’agit de deux mondes très éloignés qui devraient se rapprocher.

Ted talk sur la pleine conscience (mindfulness), sous-titré en français: Mindfulness

Commentaire d’une lectrice: ‘Point de vue que je partage entièrement. Je vis à Zurich et jusqu’en 6eme Harmos l‘école suit très bien les enfants sans les stresser. Dès la 7eme cela change et la pression devient insoutenable. En plus à Zurich, ils ont une école d‘élite (lanzeitgymi) avec examens d’entrée super hardus qui rend la situation encore plus explosive. J’ai vues tests et malgré que j’ai fais un master à l’uni, le niveau à atteindre à 12 ans est surréel.’

Commentaire Dorota: Je trouve que l’école suisse fait les maths lentement et vite à la fois: lentement parce qu’elle les fait tard, mais par contre elle leur demande des dizaines de calculs en un temps limité. Je crois qu’il vaut mieux introduire les concepts tôt, quand ils intéressent l’enfant, mais sans stress et de façon ludique. Ils font beaucoup  d’exercices sur la position de stands dans un marché, ce qui introduit la lecture de coordonnées, utile probablement pour la géométrie et pour EPFL. Dans d’autres systèmes les multiplications, les divisions, les fractions et l’algèbre interviennent 2 ans plus tôt, en Montessori même plus tôt, il y a une sur YouTube une belle vidéo d’un petit de 5 ans qui multiplie très bien (vidéo).  Il me semble aussi que des nombreux parents concentrent beaucoup les activités et les intérêts de leurs enfants sur le sport. Parfois, ils les forcent au début, vers 3-4 ans, puis disent que l’enfant n’aime que le sport vers 8-10 ans. J’ai l’impression que c’est une conséquence de leur éducation.

Edité le 16 mai

Commentaire le 28 juin 2021: Il semble que 9 enfants sur 21 dans une classe de 9ième n’ont pas obtenu la moyenne suffisante cette année, presque 50%.

Vivre en éco-village

Le hameau des Buis

Le Hameau des Buis est un écovillage en Ardèche, construit au sommet d’une colline. Pour y accéder, il faut traverser une forêt de chêne, et au sommet, le village émerge soudain de la forêt, entouré d’un vaste paysage de nature. 

L’éco-village a été construit par les habitants et par des bénévoles, qui ont vécu dans des roulottes lorsqu’ils construisaient leurs maisons. Celles-ci sont  en argile, en bois et en paille, de provenance locale, et  essentiellement chauffées par le soleil grâce aux baies vitrées et aux murs capteurs. Les maisons sont assez petites pour des familles, mais comportent une petite terrasse et tout le monde, les enfants en particulier, passe beaucoup de temps dehors, dans une nature magnifique.

Le village contient une station de phytoépuration. L’eau passe par plusieurs bassins où des plantes différentes purifient l’eau. Le village récupère l’eau de pluie et utilise des toilettes sèches.

Vidéo Hameau des Buis 22 min: https://hameaudesbuis.org/entretiens-avec-les-habitants/

Les photos qui illustrent l’article ne proviennent pas du Hameau des Buis, mais de pays différents. Cliquez sur les liens ci-dessus pour voir ce village. 

 Autonomie, responsabilité, entraide

Le village est un système d’organisation sociale qui existe depuis des millénaires, dans toutes les sociétés. La nourriture des habitants peut être produite à proximité immédiate, les champs l’entourent directement, et les paysans y accédaient à pied. Le village permet l’entraide et le partage entre des personnes qui se connaissent bien, et une légère spécialisation. Différents métiers y sont représentés, les personnes capables y exercent les métiers de boulanger, de forgeron ou de couturier.

Dans l’éco-village le Hameau des Buis, chaque projet était discuté par le conseil, et accompli par les habitants et les bénévoles. Les habitants se réunissaient, discutaient du projet à entreprendre, puis s’y mettaient, avec l’aide de nombreux bénévoles. L’accord du groupe est nécessaire, et il peut être facilité par l’adhésion à des valeurs communes ou à une charte acceptée à l’avance par les habitants.

Image par FranckinJapan de Pixabay

J’ai remarqué que les tâches étaient parfois accomplies par des débutants, qui devaient comprendre ce qu’ils faisaient, et d’entraînement physique très divers. En conséquence, en accomplissant des tâches variées, les habitants acquéraient une excellente forme physique, qui fait partie des valeurs de l’écologie. Le corps et l’esprit d’un humain devraient être en bonne santé. Les villageois se sentaient libres et maîtres de leur destin, et en gardant les projets simples et sensés, ils étaient capables de constuire des maisons, et de produire tout le cadre de vie nécessaire eux-mêmes. Les principes d’écologie, de simplicité et d’autonomie permettaient l’empowerement, c’est à dire l’émancipation et la confiance en soi des habitants. A l’extrême inverse, notre société peut convaincre les personnes qu’elles ne sont pas qualifiées si elles ne savent pas emballer un produit exactement comme le précédent qui le faisait faux.   De plus, dans notre monde stressé, les tâches de plus en plus automatiques sont réduites à une minute, et ne peuvent pas toujours être exécutées aussi vite, ce qui provoque des échecs à répétition. La relaxation et le recentrage sur l’essentiel améliorent notre fonctionnement et nos performances. 

Production locale et artisanale

Tout était fait en matériaux locaux, le fromage était fabriqué sur place à base de lait de chèvres qui broutaient dans forêt, les oeufs provenaient du poulailler, les légumes du potager. Tous ces produits étaient transportés à pied jusqu’au magasin du village, puis dans les maisons des habitants.

De nombreux objets étaient fabriqués par des amateurs ou par des artisans. La qualité finale était-elle moins bonne que dans le cas d’objets fabriqués à extrêmement bas prix en Chine puis revendus à des nombreux intermédiaires?  Evidemment, le temps de fabrication d’une chaise était infiniment plus long, mais les matériaux et le travail étaient locaux, et le besoin de transport, de magasins, d’usine de camions, et de vendeuses de magasin disparait alors. Au cours de notre histoire, nos ancêtres construisaient de temps en temps un meuble pour des dizaines ou des centaines d’années. Les objets étaient peut-être conçus correctement pour répondre au besoin précis. Ghandi, entre autres, conseillait de fabriquer ses objets soi-même. Une idée qui ne correspond pas tout à fait à une vision matérialiste du monde est que si nous avons besoin d’un objet, nous serons inspirés ou aidés pour le faire correctement, et qu’il sera réellement utile. Peut-être cette capacité existe-elle en chaque humain, comme celle de s’occuper d’un enfant. Nous ne devrions en fait consommer et acheter que par besoin réel.

Des mères détendues avec les enfants jouant près d’elles

Photo Marie Nollet

Dans l’éco-village, il y avait de nombreuses familles avec des petits enfants. En général, les mamans gardaient les petits près d’elles les premières années. Plusieurs enfants étaient allaités deux ou trois ans, puis jouaient tous ensemble, et, moins traditionnellement, rejoignaient l’école la Ferme des enfants. Les mères s’occupaient essentiellement de la maison et des enfants, et puis partaient parfois en pique-nique avec leurs enfants qui jouaient ensemble près d’elles. Les jours où tout allait bien, la maman était détendue et disponible, et l’enfant était en permanence rassuré par la présence d’un mère aimante. Les petits se développaient un peu comme des chatons, en ceci que d’abord ils appelaient leur mère en permanence, puis exploraient un peu leur environnement en revenant vers leur mère, puis devenaient plus indépendants, et s’aventuraient plus loin. C ‘est un développement naturel de l’enfant qui devrait lui être assuré. C’est aussi la façon de vivre la plus harmonieuse que j’ai vu pour des jeunes mamans, s’occuper assez de ses enfants, et s’octroyer des moments de repos. Je précise que quand les enfants sont petits, il est assez exceptionnel de s’assoir tranquillement.  Les journées sont mouvementées. 

Des valeurs de gentillesse, de communication

L’éco-village a été fondé par Sophie Rabhi et son mari et a été en grande partie construit par des jeunes retraités qui ont investi leurs économies dans ce projet, des personnes merveilleuses, écologiques, humanistes, altruistes, et ouvertes. Comme vous le voyez, les mots me manquent, mais je suis vraiment admirative. L’écovillage et l’école organisaient aussi des fêtes où les habitants se rencontraient, s’amusaient et communiquaient, ainsi que des conférences.  Je crois que la communication est aussi un besoin de l’Humain, auquel, comme aux autres besoins, des moments devraient être dévolus et que Sophie Rabhi a correctement pris en compte dans l’organisation de l’écovillage. Bien de problèmes étaient inexistants ou immédiatement résolus par la bienveillance et la gentillesse.

Site d’écovillages européens:  https://eco-villages.eu/category/eco-construction/

Image de couverture par Teresa Cotrim

La pluie au Sahel

Climat du Sahel

Le Sahel, au Sud du Sahara, est une zone chaude et aride. Le réchauffement climatique provoque la désertificaton du Sahel et l’avancée du Sahara. Pourtant, il y pleut parfois et les pluies torrentielles ont triplé depuis 1982. L’intensité de ces pluies est telle qu’elles provoquent des inondations et des glissements de terrain, et causent des graves dommages aux habitants.

Si le réchauffement planétaire dépasse 1,5°C ou 2°C, le régime des pluies du Sahel pourrait changer rapidement, des précipitations abondantes le transformeraient en zone tropicale. Nous pourrions voir bientôt une nouvelle forêt tropicale. Le changement serait cependant brutal et pourrait apporter des nombreuses catastrophes (Levermann : article, étude).

Image par Olivier Bory de Pixabay

Irrigation au Sahel

L’irrigation pourrait apporter d’immenses avantages dans ces régions. Une nouvelle étude  s’est basé sur des photos satellites pour établir les progrès de l’irrigation et rapporte que les projets d’irrigations prévus n’ont pas abouti, ou ont été sérieusement réduits. Seuls 16% des zones prévues par les agences de développement sont actuellement irriguées.

L’auteur de l’étude estime que la responsabilité en incombe aux défaillances politiques et à la mauvaise gestion locale. Il écrit aussi que la viabilité des projets est plombée par les choix de cultures. Les autorités locales privilégieraient une agriculture à faible valeur ajoutée, destinée à alimenter leur population, qui n’est pas un choix viable. Je trouve cette phrase choquante et absurde. Nourrir sa population est le plus viable des projets, qui devrait être valorisé par les agences de développement. L’alimentation bio produite sur place est plus écologique. Un tel commentaire jette un doute sur la fiabilité de ce travail.

Image par SirWalterVanguard de Pixabay

L’irrigation pourrait réellement transformer ces régions, et avec la prodigieuse technologie dont nous disposons actuellement, je crois qu’elle peut fonctionner à plus grande échelle encore. Dans le climat de janvier 2021, alors que dans de nombreux cas l’équivalent des précipitations de l’année entière inonde le pays en un seul jour, je dirais qu’il faut dompter les pluies torrentielles, créer des réservoirs d’eau de pluie, des canaux d’irrigation qui pourraient simultanément évacuer l’excès d’eau des villages et leur éviter des inondations. Je dirais aussi que nous pourrions au moins leur offrir l’irrigation en contrepartie du réchauffement climatique.

Cette année, les précipitations en Afrique de l’Est ont été si importantes que le fleuve Niger a débordé et a provoqué des graves inondations au Nigeria, Vingt-cinq mille personnes ont été déplacées. http://floodlist.com/africa/nigeria-floods-october-2020. Si cela devait se reproduire fréquemment, il serait peut-être possible de creuser un canal amenant l’excès d’eau du fleuve Niger jusqu’à Tombouctou, dans le Sahel. Pourriez-vous demander une étude de ce projet à l’EPFL ?

Limitation des naissances

J’ai un peu réfléchi à la question de la surpopulation. Dans le dernier blog, je présentais l’étude récente sur la disparition de biodiversité, effectuée entre autres par Paul Ehrlich. La perte de biodiversité est gravissime, le changement climatique aussi, et les scientifiques incriminent entre autres l’augmentation de la population. Ils relèvent particulièrement qu’en Afrique sub-saharienne il y a encore en moyenne quatre enfants par femme. J’adore les enfants. J’ai eu un enfant, j’ai accouché à l’hôpital, j’ai été fatiguée l’année de la grossesse, l’année après l’accouchement, et l’enfant m’a bien occupé jusqu’à ses trois ans. L’idée d’accouchements incessants, non choisis, d’une nuée d’enfants affamés, m’apparaît comme absolument horrible. Elle est aussi très dangereuse pour la Planète. Actuellement, les populations des pays les plus pauvres, vivant en autarcie de façon traditionnelle, ont une empreinte carbone de cent fois inférieure à celle des pays les plus riches, mais les projets de développement d’une part, et les migrations vers la ville d’autre part, augmenteront leurs émissions carbone.

Je propose que les interventions au Sahel s’accompagnent de la distribution de contraceptifs gratuits à toutes les femmes. Une contraception gratuite, ainsi que le droit des femmes au consentement et une dissuasion des viols, devraient être une des bases du développement futur, et devraient être assurées dans le monde entier. Cette solution n’impose pas de limites strictes aux populations du Sahel, exactement comme en Europe, où nous choisissons librement le nombre de nos enfants, et en avons un ou deux par famille.

Commentaire d’un lecteur: ‘Les arguments utilisés dans cet article sont empreints de condescendance. Les problèmes climatiques en Afrique et aussi à d’autres endroits de la planète viennent principalement des pays industrialisés. La meilleure solution serait donc que ces mêmes pays réduisent leur bilan carbone. La natalité en Afrique est loin d’être le facteur dominant car si les femmes ont beaucoup d’enfants en Afrique, elles en perdent aussi encore beaucoup.’

Dorota: Il y a du vrai, mais il faudrait demander l’avis des femmes. Il est plus facile de bien d’occuper d’un ou deux  enfants que de huit, donc la mortalité enfantine pourrait baisser ; un autre blog sur ce sujet: les-femmes-ont-le-droit-davoir-moins-denfants-qui-seront-mieux-traites/

 

Les dommages infligés à la Terre par l’Humanité dépassent l’entendement

Etat de la Planète

Nous avons déjà détruit la moitié de la Planète. Nous avons déjà altéré plus de la moitié de la surface de la Terre, et des océans, de la végétation, des marécages, et des rivières.  Nous avons déjà éliminé plus de la moitié des grands poissons prédateurs, des coraux, des vertébrés, et des mammifères sauvages (voir figure ci-dessous).

Les écosystèmes affaiblis ne fonctionnent plus comme avant et n’accomplissent plus les services écosystémiques naturels. Ils n’absorbent plus aussi bien le carbone, la pollinisation par les insectes n’est plus assurée, et les sols se dégradent.

Nous élevons des quantités astronomiques de bétail. Si nous comptons en tonnes, le bétail représente 59% des tonnes d’animaux vivants sur Terre actuellement, les humains 36%, et les animaux sauvages 5% seulement. Nous avons éliminé la majorité d’animaux sauvages et les avons remplacé par le bétail que nous mangeons. Cette agriculture intensive massive est très destructrice pour la Planète, tout comme les énergies fossiles.

Proportion saccagée par l’Homme:

Les conséquences seront très graves

Un groupe de 18 scientifiques renommés a récemment publié un article, un manifeste pour attirer l’attention sur l’étendue des dégâts environnementaux. Ils font le catalogue des nombreux dommages que la Planète a déjà subi.  Selon eux, il est maintenant sûr que nous allons vers la  6ième extinction où les trois quarts d’espèces disparaîtront de la Planète.

Le changement climatique rend maintenant chaque journée différente de celles du passé (Beaucoup sont plus chaudes, d’autres très pluvieuses, etc. dr) Il se produit plus rapidement que prévu.

La population mondiale a doublé depuis 1970, dans certaines régions telles que l’Afrique Sub-saharienne, l’Afghanistan, le Yemen,  il y a encore en moyenne plus de 4 enfants par femme. L’Humanité avoisinera les 10 milliards de personnes en 2050. La moitié des habitants de la Planète font maintenant partie de la classe moyenne.

La surpopulation provoque des problèmes d’alimentation massifs. Un ou deux milliards d’humains sont sous-alimentés ou mal nourris au point de ne pas pouvoir fonctionner normalement.

Selon les auteurs, nous atteignons les limites de la capacité de la Terre, et l’Humanité verra s’accroître les problèmes de pollution, d’insécurité alimentaire, de conflits armés.  Une augmentation de la consommation dans le Futur proche semble inévitable. Comme je l’ai souvent écrit, changement climatique, lui, apporte des inondations, (inondations2) des tempêtes destructrices, (cyclones) et des vagues de chaleur.

Les auteurs de la publication considèrent que notre augmentation de qualité de vie est malheureusement porteuse de problèmes pour les générations futures.

Changements à apporter

Même le Forum Economique Mondial reconnait maintenant que la perte de biodiversité est un des pires problèmes pour l’économie globale, comme en témoigne la pandémie.

Aujourd’hui, le dilemme ne consiste pas à privilégier l’environnement  ou l’économie, il est entre la modération et le désastre planétaire, dont tous souffriraient. 

La gravité de la situation exige des changements fondamentaux au niveau du capitalisme mondial, de l’éducation, et de l’égalité, tels que:

  • l’abolition de la croissance économique perpétuelle
  • montrer le vrai coût des produits en forçant ceux qui détruisent l’environnement à payer la restauration
  • éliminer rapidement les énergies fossiles
  • réguler les marchés et éviter leur influence sur la gouvernance
  • éduquer et donner plus de pouvoir de décision aux femmes dans le monde, y compris le pouvoir de décision sur le planning familial.

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Version grand public dans The Conversation: https://theconversation.com/worried-about-earths-future-well-the-outlook-is-worse-than-even-scientists-can-grasp-153091

Article scientifique dans Frontiers in Conservation Science; ce journal sis à Lausanne publie des articles scientifiques en accès libre ce qui permet à tout le monde de consulter et de partager leur contenu, une belle initiative qui favorise l’information du public:

Article de Corey J. A. Bradshaw1,2*, Paul R. Ehrlich3*, Andrew Beattie4, Gerardo Ceballos5, Eileen Crist6, Joan Diamond7, Rodolfo Dirzo3, Anne H. Ehrlich3, John Harte8,9, Mary Ellen Harte9, Graham Pyke4, Peter H. Raven10, William J. Ripple11, Frédérik Saltré1,2, Christine Turnbull4, Mathis Wackernagel12 and Daniel T. Blumstein13,14*

https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/fcosc.2020.615419/full

Image de la Terre par Colin Behrens de Pixabay

Addendum le 17 janvier: Une expérience a montré que les embryons de requin se développent moins bien dans de l’eau chaude (article)

Addendum le 17 mars: Une autre expérience montre que la chaîne alimentaire marine pourrait être vite compromise par le réchauffement (article)

21 avril 2021:

Interview de Paul Ehrlich dans le Temps

Mon blog: Les femmes ont le droit d’avoir moins d’enfants qui seront mieux traités

Les femmes ont le droit d’avoir moins d’enfants qui seront mieux traités

La population mondiale augmente

Le vingtième siècle a apporté une explosion de la population mondiale. Une des premières causes est la diminution de la mortalité infantile, due aux progrès de la médecine,  aux antibiotiques et aux vaccins. Au 18ième siècle, une femme européenne avait en moyenne 8 enfants, dont 3 ou 4 mourraient dans l’enfance.  Les adultes vivaient aussi bien moins longtemps.  Depuis 1950, la mortalité infantile a été divisée par quatre ou cinq (Worldindata). Les guerres, les famines et les épidémies apportaient aussi des nombreux décès.   La population mondiale a augmenté rapidement dès le 19ième siècle. Elle a été limitée par l’imposition de la politique de l’enfant unique en Chine. Un autre facteur qui réduit la croissance de la population est l’éducation et le travail des femmes. Dès qu’elles ont un emploi à l’extérieur de la maison, elles préfèrent limiter le nombre d’enfants, une famille nombreuse et le travail semblent difficilement conciliables.

La place sur Terre est limitée, nous sommes déjà trop nombreux et nous imposons des changements insupportables à la Biosphère. Le réchauffement climatique, la perte de biodiversité et la pollution ont déjà des conséquences dangereuses.  Actuellement, on pourrait imaginer qu’une femme ait 5, et  même 10 filles et, si elles en ont autant trente ans plus tard, en 3 générations nous aboutirions à 125 ou 1000 arrière-petites-filles sur le même territoire, sur le même champ, après un siècle.  Même si une alimentation végétalienne permet de nourrir bien plus de personnes, il y a des limites, et il n’est pas possible de rassasier un nombre infini de descendants. Devons -nous vraiment mettre au monde des enfants qui mourront de faim ou s’entretueront pour la maigre nourriture restante?

Dans quelles conditions naissent les enfants

En Europe, nous attendons souvent l’âge de trente ans, et un bon travail stable pour avoir des enfants, pour pouvoir les élever et les entretenir jusqu’à l’âge adulte.  L’éducation est considérée comme une tâche sérieuse  et conséquente. Les exigences de sécurité et de santé sont aujourd’hui telles  qu’une mère peut difficilement les remplir pour plus de cinq enfants,  dans la situation traditionnelle où elle fait tout le travail ménager et la garde d’enfant.  Nous choisissons souvent de ne pas procréer si les conditions ne sont pas optimales.

J’aime beaucoup les enfants, je les trouve tous mignons et je me sens très bien avec un bébé dans les bras. Je crois tout à fait que de nombreuses femmes veulent réellement des rejetons, mais d’autres n’ont pas le choix.   Les nouveaux-nés viennent au monde dans des conditions très différentes. Dans certaines sociétés, les filles sont mariées très jeunes, avant leur majorité, à 14 ou 15 ans ou même parfois plus tôt et enfantent très souvent.   Elles sont mariées contre leur volonté.  Il arrive que les jeunes filles tombent enceintes tôt, sans l’avoir voulu. En Inde, les jeunes femmes pauvres n’osent pas s’aventurer hors de leur maison jusqu’aux latrines, parce qu’elles courent un sérieux risque de viol (lien).  Leur vie peut-être extrêmement dure, elles subissent la famine, la violence, un travail pénible.  Elles ne choisissent pas toujours librement d’avoir plus d’enfants alors qu’elles ont déjà faim ou sont déjà épuisées.  Certaines mères sont, techniquement, devenues folles à cause de l’horreur de leur vie. Enfin, la femme meurt du dernier accouchement, laissant une bande d’orphelins…

J’ai lu que les femmes dans les campagnes traditionnelles tuent parfois leurs derniers gosses, lorsqu’elles en ont une dizaine, tellement une autre maternité leur est insupportable et tellement leur existence est dure.  Elles préféreraient clairement limiter leur progéniture.  Une étude a montré que si la femme peut disposer de contraception sans en parler à son mari, elle l’applique pour éviter des grossesses supplémentaires (Poor Economics, Duflo et Banerjee , lien sur leur Poverty Action Lab). Nous devons limiter la population de la Planète, alors nous pourrions au moins offrir la contraception gratuite à toutes les femmes du monde.

Les enfants doivent être bien traités

Personnellement, je m’applique à  bien traiter mon enfant. Je ne le battais pas car cela aurait pu provoquer des traumatismes ou le pousser à la violence. Je lui laissais le temps de faire ses activités correctement.  J’essayais de lui fournir tous les aliments nécessaires à son bon développement. En effet, la sous-alimentation crée des problèmes de développement physiques et mentaux. J’ai pu éviter des maladies graves dans l’enfance. Je ne la laissais pas seule  et la surveillais pour éviter les accidents.  J’organisais de nombreux jeux conseillés pour son âge, et je lui présentais des activités éducatives.  Je ne lui montrais pas de choses traumatisantes telles que le journal à la télévision et je ne parlais même pas de violence. Je ne l’exposais pas à un travail pénible.  Dans des situations graves, de famine, de guerre ou de catastrophe naturelle,  les enfants sont affamés, battus, livrés à eux-mêmes. Il manquent totalement de soins et d’attention. Ils subissent de nombreux traumatismes qui en Suisse sont totalement interdits, tout ce que nous devons éviter pendant les années de maternité.  Ces situations de crise pourraient les handicaper à vie.  Le travail des enfants, aussi, est une conséquence des familles nombreuses. Celles-ci ne peuvent souvent pas assurer la subsistance de toute la fratrie, et dans une maison avec trois bébés, on est vite traité comme un adulte.

Droits de la femme et limitation des naissances

Une femme devrait pouvoir se poser tranquillement la question si elle est prête à élever un enfant, et disposer de la contraception gratuite jusqu’à là.  Celle-ci pourrait être disponible dans des dispensaires médicaux de chaque quartier.  Bien sûr, les droits de la femme devraient être assurés, pas de mariage de petites filles, pas de mariages forcés, une surveillance accrue contre le viols. On pourrait imaginer que le mariage légal inclue dans tous les pays une discussion et l’acceptation clairement exprimée du mariage et d’une série de règles qui assureraient des conditions de vie minimales: les mariés s’engageraient ainsi à ne pas battre l’épouse, à cuisiner, à fournir la nourriture.  En Chine le mariage a été autorisé à 25 ans, ce qui permet aux deux époux de finir une formation professionnelle et de travailler avant de fonder une famille.   Nous pourrions aussi inclure une limitation des naissances dans les périodes d’urgence climatique, et demander, avec l’aide d’une contraception gratuite, aux familles de ne pas avoir d’enfants pendant les périodes d’urgence et de catastrophes. Un pays d’Amérique du Sud a récemment demandé à sa population de ne pas procréer à cause de l’épidémie de Zika. Le climat, et un avenir d’évacuations, d’abris et de camps de réfugiés, pourrait aussi le justifier.  Des dons d’aliments pour bébés aux enfants sous-alimentés pourraient être accompagnés de dons de contraception.