Roumanie (… Hongrie, Pologne) – ce que l’UE peut faire

Le « Financial Times » a relancé le débat à propos de ce que l’UE et la Commission Européenne pourraient faire par rapport aux abus et aux répressions exercées dans les pays de l’Europe Centrale et de Sud-Est depuis un certains temps. Dans le sillage de l’épisode violent et encore pas élucidé (dans ses détails) survenu à Bucarest le 10 août 2018, Judy Dempsey, l’auteur de l’article, critique le manque de fermeté et d’engagement du bloc européen par rapport aux valeurs qu’il devrait défendre face aux régimes de plus en plus autoritaires et abusifs, certains au sein de l’Union elle-même.

Mais, au-delà de quelques remontrances publiques et bien senties et de quelques décisions ciblées – autour de l’accessibilité aux fonds européens, certaines sanctions légales et avertissements – que peut réellement faire l’UE face à des exécutifs et législatifs qui n’ont aucun respect pour ses valeurs  et ne se laissent pas impressionner par sa force de frappe?

Face à l’appel désespéré de la société civile roumaine, certaines familles politiques du Parlement Européen condamnent les partis qui ont cautionné des abus et envisagent de les exclure de leur sein. Cela crée des vagues et de remous côté légitimité, mais pas beaucoup plus.

L’UE peut avoir une influence dans les états membres en se réformant

La seule chose qui pourrait avoir un effet conséquent, au moins en Roumanie, est une vraie réforme de l’UE, au niveau politique, économique, financier, fiscal et institutionnel. Pourquoi ? Parce qu’un pays comme la Roumanie est devenu membre de l’UE grâce à la force d’attraction des valeurs projetées par le bloc, notamment la primauté de la loi en société, la liberté d’expression, le respect des droits humains, la solidarité et la justice sociale. La prospérité matérielle en Europe a été longtemps et peut-être naïvement, perçue par les roumains comme la conséquence de la mise en oeuvre de ces valeurs.

Vu le leste d’autoritarisme communiste qui pesait si lourd dans la conscience collective roumaine, sans ces valeurs, on n’aurait pas pu développer l’élan pro – Européen qui a finalement propulsé le pays dans l’Union.

Mais, quand les pays dits « au coeur » de l’Europe, tels que la France, l’Allemagne, l’Italie ou l’Autriche font preuve de double standards précisément concernant ces valeurs de base qu’ils sont censés respecter, le tissu qui tient le discours européen s’effrite et nous vivons des époques telle que la nôtre.

Un simple exemple : quelle autorité peut avoir l’appel indigné de l’Autriche pour la libre expression face à un gouvernement corrompu, (dans le cas d’un opérateur de la ORF qui a été agressé à Bucarest par les forces de l’ordre lors des manifestations du 10 août) quand, d’une autre part, cela fait des années que les officiels autrichiens ne prennent pas position et ne font pas grand chose pour mettre pression sur Schweighofer Holzindustrie (grand acteur de l’économie autrichienne), qui, favorisé par une législation roumaine laxiste, s’approvisionne en bois des forêts vierges roumaines tout en le niant ?

Le message qui se transmet est : dans l’UE, tant que l’argent va, tout va, et les élites économiques et politiques des pays du Centre et Sud-Est de l’Europe l’ont bien compris, surtout après le débâcle Gréco-Allemand des années antérieures. *

Ce qui se passe actuellement en Roumanie, mais aussi en Hongrie et en Pologne, à part les facteurs spécifiques à l’oeuvre dans ces pays, est directement lié au besoin profond de réforme de l’UE. Sans cette réforme, qui implique une transcendance du système néo-libéral capitaliste et l’émergence d’une vraie solidarité européenne et internationale, il n’y a pas de leçons à donner ou à recevoir. Et il n’y aura surtout pas la possibilité de faire réellement pression sur ceux qui commettent des abus.

De ce pas, concernant le cas de la Roumanie, il y a à dire que les roumains devront faire le plus gros du travail eux-mêmes pour se sortir de l’abîme où ils se trouvent en ce moment. L’UE et ses membres ont le devoir de soutenir la démocratie et la loi et de ne pas saboter les efforts de la société civile roumaine, en agissant dans chaque domaine conformément aux valeurs qu’ils professent.

De ce même pas, ce serait bienvenu si les sociétés civiles de chaque pays comprenaient que leurs luttes sont liées et indissociables, malgré les aspects spécifiques qui les caractérisent.

Et les Etats feraient bien de se rappeler qu’il n’y a pas de solutions nationales viables au défis qui nous font face. Il n’y a pas deux ou trois Europes. Il n’y a pas des « bons » et des « mauvais » élèves européens. Il n’y a pas l’Europe qui réussit et celle qui est défaillante. Il y a l’Europe, un espace culturel, spirituel et de civilisation en mouvement, avec des contradictions, des défaillances, des lignes de force, des espaces culturels et ce projet fou – mais pas irréalisable – de vivre en paix sans être homogène et de prospérer sans avoir besoin d’enfoncer l’autre.

*Une information de dernière heure nous dit que le ministre des affaires étrangères de l’Autriche invite Putin à son mariage. Ce genre de manifestations dé-crédibilisent l’UE dans ses batailles politiques et morales

Ruxandra Stoicescu

Ruxandra Stoicescu

Ruxandra Stoicescu est analyste et productrice média indépendante. Depuis quatre ans elle tient le blog audio Tales of the World et enseigne les relations internationales dans divers centres universitaires en Suisse romande. Formée à l'étude des relations internationales à la lumière de l'Histoire, elle propose un blog où les questions politiques et sociales contemporaines sont examinées sous l'angle de la longue durée.

4 réponses à “Roumanie (… Hongrie, Pologne) – ce que l’UE peut faire

  1. Et oui plusieurs représentants politiques actuels (élus !) tiennent souvent des propos qui révèlent leur vision simpliste dictée par l’agenda électoral personnel, ou celle du parti, donc malheureusement à des années lumières des problèmes de la société, de l’Europe (du monde). Cela fait peut être partie, depuis des siècles, du processus d’effondrement des sociétés.

  2. Pourquoi ne parlez vous pas du non respect des droits des minorités en Roumanie (et en Ukraine) . ? Ce n’est pas d’actualité pour l’UE mais ce devrait l’être ,ne pensez vous pas ?

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