Sauver la biodiversité: aliments végans et restaurants durables

Changer le système alimentaire

Une réforme de notre alimentation et de notre agriculture est appelée d’urgence pour la biodiversité et le climat. Les experts appellent à réduire les produits animaux dans l’alimentation humaine, ce qui libérerait la moitié des champs et pâturages actuels et permettrait d’y faire revivre des écosystèmes riches en vie et en carbone (Biodiversité. Reformer l’agriculture) .

L’usage des pesticides néonicotinoïdes pourrait décimer les insectes non seulement dans les champs, mais aussi à des dizaines de kilomètres autour de la culture traitée. Les forêts captent le carbone et stabilisent le climat, et sans elles, ils se déréglera. Si nous n’agissons pas vite, l’agriculture deviendra difficile dans un monde stérile et dévasté par les vagues de chaleur et les tempêtes climatiques.

Le risque de résistance humaine aux antibiotiques est aussi très réel. Ces médicaments sont utilisés pour limiter les épidémies dans l’élevage, et les bactéries résistantes sont de plus en plus souvent trouvées dans l’eau, ainsi que dans les hôpitaux. Les antibiotiques ont totalement changé la santé et l’espérance de vie humaine. Une partie conséquente de la population, succomberait aux maladies sans ces médicaments, le bilan serait infiniment plus lourd que celui du coronavirus, et même les opérations de chirurgie simple deviendraient hasardeuses à cause du risque d’infection.

Le think tank Chatham House insiste sur la nécessité de changer le système alimentaire, et de diminuer la proportion de protéines animales dans notre alimentation, à remplacer par des protéines végétales et des légumes.

 

Aliments végétaux

Les protéines végétales, tofu, lentilles, haricots ou noix, ont un coût beaucoup plus faible, nécessitent une surface beaucoup plus restreinte et permettraient de laisser des espaces étendus à la Nature. C’est nécessaire pour sauvegarder la vie animale sur Terre et pour le climat.  Il faut un effort sérieux pour que ces aliments soient proposés au public à bas prix. Après les magasins spécialisés en diététiques, les produits végans ont fait leur apparition dans les supermarchés, dans des tous petits emballages assez chers. Récemment, j’ai été enchantée de voir à la COOP un produit végétalien ‘Prix Garantie’, j’ai l’impression qu’il pourrait être un peu meilleur marché, mais en tout cas là le consommateur est face un choix qui correspond à la réalité agricole : du poulet à 5-7 frs ou des aliments végétaux qui devraient être autour de 2 frs. Il faut absolument que ces aliments sont produits à grande échelle et qu’ils remplacent la mauvaise viande. Les préparations aux légumes devraient aussi être généralisées.

Les snacks bon marché

J’ai l’impression qu’au cours du dernier quart de siècle, la part de plats tout prêts dans l’alimentation a beaucoup augmenté, surtout des plats tout prêts dans des snacks. Il y a là un paradoxe : une grande partie de la consommation alimentaire humaine est issue de cultures réalisées de la façon la moins chère possible, à l’aide de pesticides, d’engrais chimiques qui polluent les eaux, et de machines, à l’autre bout du monde, en quantités immenses. Ensuite, le client dépense 10 -15 frs pour son repas dans un kebab ou une pizzeria qui a acheté les ingrédients moins d’un franc. En réalité, le prix des ingrédients n’est pas limitant pour le consommateur, et ne dirige pas son choix.

Cette situation me laisse perplexe.

D’une part ces entreprises sont tributaires de l’aisance de la population et du plein emploi. A priori notre société pourrait fonctionner aussi bien si le patron du kebab et son client travaillaient tous les deux à mi-temps dans une entreprise utile, et s’ils cuisinaient eux-mêmes à la maison l’après-midi.

Notre mode de vie porte une part de responsabilité. Nous vivons une course permanente, ponctuée de longues heures de travail et de déplacements. A l’extrême, les cadres japonais travaillent jusqu’à minuit plus passent deux heures dans le train pour rentrer chez eux, avec un repas acheté au passage. Lex choix alimentaires sont alors dirigés par le manque de temps.

Cependant, l’abondance des restaurants est un pas en direction de l’économie de loisirs et du bien-être, une forme de développement préférable à des achats d’objets matériels ou aux voyages. Bien sûr, pour notre santé il faudrait au moins disposer de tables pour manger lentement et confortablement.

Il reste encore à affronter la qualité déplorable des produits, achetés le moins cher possible, qui alimentent la machine à alimentation bon marché. Les patrons sont peu informés sur la provenance des produits, leur situation est précaire, et les invendus sont gaspillés. Je ne crois pas que cette offre reflète vraiment la liberté du consommateur. Il y a peu de variété dans la vente à emporter, bien souvent des snacks voisins ont une offre identique. Le consommateur a peu de choix, et il n’a pas non plus d’information sur le produit acheté.

Image par yilmazfatih de Pixabay

 

Améliorer l’offre alimentaire

Une solution serait d’imposer légalement une alimentation saine et écologique, le prix des ingrédients passerait de par exemple d’un franc à un franc cinquante, alors le prix pour le consommateur du restaurant ou des plats prêts devrait logiquement rester très similaire.

L’interdiction des produits nocifs dans l’agriculture ou dans l’alimentation semble la mesure la plus simple à appliquer, et l’Allemagne prévoit actuellement cette solution pour sauver les insectes, ainsi que les oiseaux et toute la biodiversité en péril immense.

L’information du consommateur serait intéressante aussi : les restaurants pourraient afficher dans le menu la liste de tous les pesticides et de tous les additifs que le menu contient, en jaune ou en rouge pour les plus dangereux, ainsi que l’alimentation de l’animal servi dans le restaurant. Là ce serait plus compliqué, la liste serait extrêmement longue, car il y a aujourd’hui des dizaines de produits chimiques dans la farine des pâtes. Le danger de plusieurs produits s’accumule, le consommateur devrait pourvoir trouver la vraie composition et la qualité de ses aliments, et cela devient très difficile.

D’autre part, il faudrait favoriser l’ouverture de snacks bio, végan, d’alimentation locale, ou un label durable qui combinerait ces trois critères, et un score combinant suffisamment ces trois caractéristiques serait exigé d’un professionnel de l’alimentation.

L’ouverture des nouveaux restaurants, boulangeries et Tea-Rooms pourrait être limitée aux entreprises durables pour compenser l’étalage de malbouffe et la destruction de la Planète.

Une autre solution encore pourrait être de mieux organiser l’approvisionnement, et d’offrir, de concert avec une meilleure qualité, un système centralisé de livraison qui reprendrait les invendus. Le commerçant aurait probablement intérêt à y adhérer.

Quelle solution pouvons nous adopter pour reformer le système alimentaire cette année ? Le développement des aliments végétaux, l’interdiction des pesticides dans l’agriculture ou dans l’alimentation, l’information obligatoire du consommateur sur les polluants qu’on lui fait ingurgiter, la préférence aux entreprises durables ?

Image de couverture par Sabrina Ripke de Pixabay

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Dorota Retelska

Dorota Retelska, décrypte les nouvelles du climat. Docteure ès Sciences de l’UNIL, auteure d’Antarctique-Ouest dans le Vide, elle alerte sur les dangers du climat depuis plusieurs années. Elle est active dans plusieurs organisations de défense du climat, entre autres l’Association Climat Genève, Greenpeace, TACA, et le Collectif Climat 2020.

15 réponses à “Sauver la biodiversité: aliments végans et restaurants durables

  1. les inondations sont fatales pour les sols agricoles, la faune et la flore, et dans quatre mois les sécheresses feront les mêmes dégâts ! les excès et les manques d’eau tuent le vivant de façon massive et durable, toutes les désertifications commencent par l’alternance d’inondations et de sécheresses, exactement le scénario qui s’installe durablement en France et c’est JUSTE un problème de régulation !

    Tous les ans la Charente Maritime est en alerte inondations avec des millions d’euros de dégâts, et la situation se dégrade d’année en année parce que la région finance à 100% (donc avec de l’argent public) la destruction des retenues en amont qui ralentissaient le flux et protégeaient les villes ! Et dans 4 mois nous serons en alerte sécheresse

  2. D’accord avec vous mais éviter de faire de la pub pour la fausse viande , qui est une aberration de composés industriels ( cracking de matière de base notamment) sans parler du goût…

    Inutile de pourrir son corps avec ce type de poison.

    Charles

  3. J’aimais bien vos commentaires sur le climat et l’environnement.

    Mais là, vous poussez de plus en plus le bouchon végan alors que de manger local, viandes et légumes, sont tout aussi efficace que vos avocats péruviens, votre soja brésilien ou vos mélanges chimiques de Nestlé ou des grandes multinationales.

    Faite un blog végan, se sera plus clair pour tout le monde.

    1. L’alimentation végan est réellement une des solutions les plus efficaces, et bien sûr je ne demande pas d’éliminer la viande, je propose plutôt le libre choix avec une amélioration de l’offre. Voici un lien sur une étude qui calcule qu’un jour sans viande est plus efficace que de manger local, les vaches à l’alpage ont un meilleur bilan https://mrmondialisation.org/etude-un-seul-jour-sans-viande-a-plus-deffets-que-de-manger-100-local

      1. L’étude que vous mentionnez est très connue. Elle a été réalisée par les deux portes paroles du Vaganisme: Joseph Poore et le Suisse Thomas Nemecek dans leur chaire à l’Université d’Oxford.

        Cependant, ils indiquent que manger de la viande locale, non industrielle, est pratiquement égale aux céréales et fruits importés.

        1. Je n’ai pas étudié cette enquête que je ne connais pas mais quand on réfléchit bien, il faut énormément de nourriture et de surface de pâturages pour les animaux d’élevage et de plus les vaches émettent du méthane un gaz de serre plus puissant que le CO2 alors la ” planète ” se porterait beaucoup mieux s’il y avait beaucoup moins d’animaux d’élevage. En proportion, les mammifères terrestres sauvages ne représentent qu’une TRES faible proportion par rapport aux animaux d’élevage.

          1. Exact, les mammifères sauvages représentent maintenant 5% de la biomasse totale des mammifères. Les humains 35% et notre bétail 60%.

            Ce qui est, quand on y pense, assez incroyable. Mais nous y voici.

            Une réévaluation volontaire de nos modes de consommation est urgente, à moins de préférer la réévaluation non-volontaire à coup de baffes qui nous attend si l’on choisi de persister sur la voie de l’overshoot.

            Un choix qui est le notre… pour le moment.

  4. Les produits fabriqués par l’industrie agroalimentaire (partout) regorge d’huile de palme car la moins onéreuse, mais une catastrophe au plan nutritionnel. Tout est donc question d’équilibre, de variations, dans les apports nutritionnels. Vegan est une option personnelle qui ne me pose aucun problème, mais que je ne pratique pas. Les cultures et élevages intensifs, industriels, sont une calamité pour les êtres humains et la biodiversité. Un autre modèle d’économie et d’agriculture est donc urgent sinon les épidémies qui existent depuis le néolithique (début des cultures et de l’élevage par Homo sapiens) risquent d’être plus fréquentes.

  5. J’ai passé quelques semaines en Inde où l’on mange végétarien en majorité, mais malgré cette constatation, l’espace laissé aux espèces sauvages se réduit comme peau de chagrin !
    On atteindra 8 milliards d’habitants l’année prochaine et ce n’est pas en changeant de nourriture qu’on sauvera la diversité biologique…

    1. Disons plutôt que c’est n’est pas seulement en changement d’alimentation que l’on va stabiliser la situation. Revoir notre alimentationest une condition nécessaire mais pas suffisante.

  6. La déforestation importante notamment dans les pays en voie de développement s’explique par une pénurie de terres agricoles ( 10% de terres non glacées sont adaptées à l’agriculture et y sont consacrées ).
    La solution la plus efficace est de sérieusement réduire notre consommation de viande.
    Si tout le monde était quasi-végétarien, la surface des terres permettant de nourrir les êtres humains serait presque double.
    L’optimisation des pratiques agricoles est l’autre solution pour assurer l’approvisionnement alimentaire à tous les êtres humains.
    Actuellement, 35 % des terres non glacées sont dévolues aux pâturages.

  7. Commençons par le VIN, et les pesticides et désherbants utilisés !
    En effet, que dire des dizaines de milliers de tonnes de pesticides et autres désherbants utilisé dans les vignobles ?
    Sur Vaud il y a 20 tonnes par années de désherbants ! et ça se retrouve bien entendu dans les vins et sur nos tables.
    Et en plus cela se retrouvent aussi dans les poissons du lac que nous consommons !
    Le sujet du vin et placé sous une omerta coupable de nos autorités car ils sont impliqués à tous les niveaux de cette industrie ultra polluante !
    Et cela se passe en Suisse, pas en Indonésie ou au Brésil ou les pratiques sont incontrôlables. V
    oilà encore un bon sujet pour vos publications.

  8. Merci de votre article, mais vous ne parlez pas de nos lacs, des rivières et autre fleuve comme le Rhone pollués par les quantités de pesticides des vignes dans la vallée du Rhone et aussi autours du lac Léman dans le Lavaux par exemple!
    Manger bio c’est bien et boire ?
    Pour information aucune fontaine public dans le Lavaux n’est autorisé avec de l’eau potable !!! Exemple Riez ! Les enfants y boivent, les touristes aussi et l’eau est polluée par les vignes !

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