L’importance de six milliards de vies humaines

Un réchauffement de 4°C aurait des conséquences dévastatrices

Dans mon blog précédent j’ai discuté l’effet d’un réchauffement de 4°C. Il serait apocalyptique, et certains scientifiques ont calculé qu’il pourrait tuer environ six milliards d’humains, et que seule une petite minorité pourrait y survivre.

Les commentaires m’ont alors accusé de considérations purement émotionnelles. Je ne comprends pas très bien, je crois que je suis restée technique et factuelle.  Estiment-ils que mentionner la mort de six milliards d’humains appartient au domaine de l’émotionnel? Au nom de quelles considérations supérieures? Le cours de l’action des compagnies pétrolières?

Ou considèrent-ils ce chiffre comme exagéré? Je dois insister qu’un réchauffement de 4°C serait d’une gravité extrême, des vagues de chaleur avoisinant les 50°C en Bourgogne et en Suisse, les conséquences seraient très graves partout sur la Planète et que déjà maintenant, le climat cause des nombreuses catastrophes.

Il y a plus d’inondations, plus de vagues de chaleur et de sécheresses, d’ouragans forts,  les coraux meurent déjà, et de nouveaux dangers causés par la foudre, la grêle, les tornades semblent émerger maintenant.  A +2°C plusieurs pays vont subir de graves désastres, et de nombreux écosystèmes s’effondreront.

Pourquoi n’avons nous pas agi plus tôt?

Il y a quelques dizaines d’années, nos autorités ont décidé de ne pas éviter totalement le réchauffement et de privilégier la croissance économique. Maintenant, nous en subirons les conséquences.

Ont -ils pensé que cela n’arrivera qu’aux autres, très loin ou très tard?

Ont -ils alors délibérément décidé la mort de populations entières des pays tropicaux? A +2°C, certains pays courent de très grands risques,  il fera en moyenne 4°C de plus sur la plupart des continents (selon le rapport du GIEC 1,5°C), mais les vagues de chaleur culmineront plus haut.

L’extrême-droite nie-t-elle sciemment le problème du climat en espérant éliminer les populations des pays chauds de la surface de la Terre?

Certains estiment qu’il vaut mieux laisser la Nature se débarrasser du cancer humain et se reconstituer elle-même.  Là, je ne suis pas d’accord, pour moi l’important est de sauver les vies humaines.  D’autre part la bêtise portée à l’extrême pourrait mener à d’immenses bunkers climatisés et des avions privés par lesquels une minorité continuerait à polluer une Planète brûlante et déjà déserte.

Permettre un réchauffement de plus de 2°C, ou plus probablement de plus de 1,5°C,  équivaut à permettre un génocide.  Il deviendrait difficile de tenir le compte des morts dans le chaos généralisé, des pays entiers seraient rayés de la carte.

Nous avons tout intérêt à contenir le réchauffement

La décision de privilégier la croissance se révèle aujourd’hui néfaste, et lourde de conséquences. Le réchauffement climatique touche tous les pays. La Suisse, qui semblait tout d’abord peu exposée, sera frappée par de fortes vagues de chaleur, des glissements de terrain, des foudres et des grêles inconnues jusqu’à peu. Les conséquences s’aggraveront, ce que décris est encore en dessous de la réalité. Des petits ouragans se sont récemment aventurés au-dessus de l’Espagne, de la Grèce, et ou de l’Angleterre, mais si, à des températures supérieures, ils atteignent la taille de l’immense typhon Hagibis qui a frappé le Japon, ils couvriront toute l’Europe.

Un réchauffement de 4°C causerait d’immenses tempêtes. Chaque ville subirait des destructions et compterait des morts et des blessés.  La survie à cette hécatombe tiendrait de la chance, la civilisation succomberait vite, et nos enfants ou nos petits-enfants se battraient pour l’existence entre l’effondrement économique et le déchaînement de la Nature, se cacheraient des vagues de chaleur dans les décombres, défendraient leur potager cultivé sur les décombres de l’école actuelle, fuiraient les inondations.

C’est une mauvaise décision pour l’économie mondiale car le degré et demi ou deux degrés acceptés pour entretenir la croissance économique signifient déjà que les petites mains de cette croissance, les travailleurs du Bangladesh ou d’Inde mourront ou devront se réfugier ailleurs et ne pourront plus être les rouages de cette machine mondiale.

Les transports seront perturbés, les entrepôts inondés ou emportés par les flots et les vents et l’économie en ressentira de nombreux effets. Nous n’aurons pas les moyens de reconstruire notre civilisation de plus en plus souvent. Il coûtera toujours moins cher d’éviter l’aggravation (Lord Stern).

Nous n’avons pas le droit de détruire les conditions de vie de peuples entiers, leur Histoire, leurs cultures. Dans des nombreux pays, la température atteindra ou dépassera cinquante degrés, le sol s’effritera, l’agriculture et le travail physique seront souvent impossibles. Dans plusieurs pays d’Asie, il sera dangereux de sortir une grande partie de l’année. Le climat de plusieurs pays ne permettrait plus de cultiver des aliments. Nous en sommes responsables. Les émissions de carbone mettent en danger de nombreux pays, et les citoyens des pays émetteurs mêmes.

Nos autorités doivent absolument éviter la dégradation des conditions de vie des Humains, de tous les Humains, sur Terre. Le réchauffement climatique a déjà causé les famines du Sahel des années 1980 et ainsi que des nombreuses autres, et les pays émetteurs ou les entreprises responsables doivent en prendre la responsabilité. Au final, cela nous sauvera aussi, car le Futur climatique sera dangereux pour tout le monde.

L’Humanité a besoin d’écologie. Cinq milliards de personnes souffriront de nos atteintes à l’environnement.

L’IPBES calcule le prix de la Nature

La perte de biodiversité s’accélère. Nous perdons tous les jours des espaces sauvages, au cours du dernier quart de siècle une grande partie d’insectes et d’oiseaux a disparu en Europe et aux Etats-Unis, en 2019 les vagues de chaleur et les sécheresses provoquent des hécatombes de kangourous ou d’hippopotames, les grenouilles disparaissent, les forêts cessent de croître ou partent en fumée. La Nature subit des dommages immenses, et nous en avons besoin pour vivre.
L’IPBES, la plateforme internationale pour la biodiversité et les services des écosystèmes, essaie actuellement de mettre des chiffres sur la valeur de la Nature pour les humains.  Ils présentent leurs conclusion intitulée ‘investissez dans la Nature‘ à la Banque Mondiale le 17 octobre.

Nitrates, abeilles et montée de la mer

Leurs conclusions proviennent entre autres d’une étude qui estime trois conséquences des perturbations de l’environnement; la pollution des eaux par les nitrates, la disparition des insectes et du service de pollinisation des champs, et la montée du niveau de la mer et l’inondation subséquente des côtes.

Les nitrates provenant surtout d’un usage excessif d’engrais sont nocifs pour la santé humaine. Ils passent dans l’eau. Si le cours d’eau traverse des espaces sauvages, les trois quarts sont absorbés par les forêts ou les prairies et consommés par les plantes. Ces  espaces naturels protègent la santé humaine.

Les populations d’insectes d’Europe et des Etats-Unis se sont énormément réduites au cours du dernier quart de siècle. Les abeilles périclitent malgré de nombreux efforts de sauvetage individuels. Leur disparition est liée à l’emploi de pesticides néonicotinoïdes.  Une grande partie de plantes cultivées par les humains dépend de la pollinisation par les abeilles, et pour certaines d’entre elles, les rendements baissent déjà et les prix de ces aliments augmentent. Une autre étude récente comparait les avantages des pesticides et des abeilles pour l’agriculture et conclue que les abeilles sont, elles, indispensables. Sans elles, le rendement des cultures diminue beaucoup. Une vidéo montre quelques conséquences de leur disparition.

Le réchauffement climatique provoque la montée du niveau de la mer qui inondera les côtes, les villes, les cultures, et cause des infiltrations d’eau salée dans les champs et les nappes phréatiques.

Cinq milliards d’humains souffriraient la faim sans abeilles

Ces différentes perturbations de l’environnement concernent tout le monde. Elles auront des graves conséquences importantes pour une grande partie de l’Humanité.  Les scientifiques ont calculé que la pollution de l’eau pourrait menacer quatre milliards et demi de personnes sur Terre, et cinq milliards souffriront probablement des déficits de la production agricole causés par l’absence de pollinisation par les abeilles. Ces effets se feront sentir partout sur la Planète.

 

Cette étude met en évidence le rôle essentiel des abeilles ainsi que de la pollution pour l’Humanité. Les pesticides et les engrais artificiels sont très nocifs, ils créent un danger pour la plupart des Humains sur Terre. L’agriculture biologique permettrait de l’éviter. L’étude ne tient cependant pas compte de toutes les raisons qui rendent la nature si importante pour nous.  Nous avons maintenant compris l’importance des abeilles. Les écosystèmes pourraient contenir d’autres chaînons essentiels pour l’Humanité, dont nous n’avons pas encore pleinement compris l’importance. Dans les récifs coralliens pourrait naître un organisme important pour la vie des océans, les oiseaux migrateurs transportent peut-être une plante ou des bactéries cruciaux à des milliers de kilomètres, les champignons du sol sont encore peu connus. Les changements météorologiques causés par le réchauffement climatique réduiront aussi la production alimentaire pour des milliards de personnes. Nous ne connaissons pas encore le vrai prix de la Nature, elle nous est tout simplement indispensable.

 

 

Qu’est-ce qui était urgent il y a six mois? Le climat! Et il l’est encore plus aujourd’hui!

Le climat doit être maîtrisé au plus vite. Nous devons réduire les émissions de carbone rapidement, avant que les glaciers suisses ne fondent, que les forêts tropicales ne meurent, que la fonte des glaces polaires n’inonde la moitié des terres cultivables.

Le réchauffement provoque déjà des inondations, des tempêtes plus fortes, des vagues de chaleur sans précédent, partout sur Terre et ces catastrophes vont s’aggraver. La Suisse sera aussi touchée par des nombreux glissements de terrain ou coulées de boue dans les montagnes.

Le canton de Vaud a déclaré l’état d’urgence climatique il y a six mois, en mars 2019.  Mais rien n’a changé.

De nombreuses mesures d’urgence devraient suivre rapidement cette déclaration et assurer notre sécurité. J’en propose trois, enfin quatre qui sont immédiatement réalisables et devraient être déjà en place.

Voitures

Les villes pourraient limiter fortement les voitures. La circulation automobile individuelle devrait être réservée aux personnes qui ne peuvent se déplacer autrement.  Le transport devrait être essentiellement assumé par les tram, les vélos et les taxis, et plusieurs rues pourraient être libérées du trafic.  La vie en ville se passe en priorité dans les rues piétonnes, et y est beaucoup plus agréable.  Sans voitures, il n’y a pas de bruit, de danger ni de pollution. Le stress diminue, et nous prenons le temps de vivre.  L’achat par correspondance réduit actuellement le besoin d’un véhicule pour le transport des achats, et leur nombre pourrait diminuer. Il faudrait peut-être assurer plus de transports publics.

De nombreuses excursions nature ou ski en transports publics pourraient partir de chaque quartier. Elles limiteraient l’usage de la voiture pour retrouver la Nature. Les changements pourraient être facilement rendus attractifs ou amusants, avec des petits trains touristiques en ville, des animations dans le bus, des fêtes, des activités sportives, etc.  Une ville sans voitures aurait un effet immédiat sur la santé de la population, limitant la pollution, le stress, et augmentant un peu l’activité physique. Elle serait aussi bénéfique pour la survie de la population aux inondations et catastrophes climatiques qui seront bientôt une menace très réelle pour nos vies.

Plastique

Le plastique à usage unique pourrait être rapidement interdit, avec préavis de quelques mois. Le plastique est à base de pétrole, il émet du gaz carbonique lors de la production et du transport, et crée une grave pollution. Surtout, il me semble qu’il se multiplie de façon incontrôlable, et rien, même pas des pailles, ne peut croître à l’infini.  Les objets et gadgets quasiment jetables en plastique devraient aussi être interdits ou fortement régulés.  Les emballages pourraient aussi être limités ou repris par le vendeur.

Construction

Enfin, les constructions devraient être devraient être suspendues pour la période d’urgence climatique. Les projets en cours pourraient éventuellement être menés à terme, même si cela n’a pas forcément de sens. La construction, y compris les matériaux et leur transport, pourrait être globalement le secteur économique le plus polluant (Prof Schellnhuber, PIK). Il faudrait prévoir sa contribution à la destruction future de la ville par les catastrophes climatiques, ou de combien chaque projet augmente ce risque.

Il faudrait aussi vérifier la sécurité de ces bâtiments face aux catastrophes que nous avons déjà provoquées pour 2030 ou 2040. Le risque d’inondation et de glissement de terrain augmentera tellement que les normes de constructions devraient être complètement modifiées, les tempêtes semblent plus fortes, peut-être plus fortes que les prévisions existantes. Nous ne nous rendons pas compte de ce qui nous arrivera bientôt. Dans ce cas, il faut vite améliorer les prévisions et y confronter les projets, ou se donner une grande marge de sécurité. Nous devrions par contre isoler et sécuriser les bâtiments existants, poser des volets qui protégeront les vitres, des toits solides, etc.

Finalement, dans un monde balayé par les catastrophes, de nombreux aménagements prévus n’ont simplement plus lieu d’être et il vaut mieux y renoncer rapidement.  Le commerce deviendra plus local à mesure que les transports et l’approvisionnement seront perturbés.

 

Plat végétarien

Un plat végétarien ou même végan devrait être exigé de tout lieu public. Logiquement, il devrait être moins cher, car les lentilles et le soja sont bon marché. La vente à grande échelle pourrait faire baisser les prix.  Et cela pourrait être très simple, une salade, des pâtes sauce tomate, des falafels ou des lentilles. Dans son rapport sur le sol publié en septembre 2019, le GIEC recommande de limiter la consommation de viande et de fromage.  L’élevage intensif des bovins, nourri au soja provenant de la déforestation de l’Amazonie, a un effet négatif, dangereux sur le climat terrestre et l’excès de ces aliments nuit à la santé, augmentant le risque de maladies cardiaques et de cancers. Le consommateur devrait avoir un vrai choix, idéalement de plusieurs plats végétariens pour en trouver un à son goût.  Et c’est urgent!

Mis à jour le 25.09 à 11h42

Le Kerala est inondé pour la deuxième fois et le sera encore

Le Kerala est un état prospère du Sud de l’Inde. Au bord de l’océan Indien,  des canaux paresseux serpentent dans la végétation tropicale. Plus loin, des collines luxuriantes abritent des forêts ou des plantations de thé. Cette région ressemble à un paradis fertile où la nourriture pousse miraculeusement. Pour combien de temps?

En août, des précipitations extrêmes ont causé des inondations dans plusieurs états indiens. Les rivières ont débordé et des nombreux glissements de terrain se sont produits. Dans le Kerala, une centaine de personnes ont perdu la vie, des dizaines de milliers ont été évacuées.

L’Inde a subi des grosses chaleurs cette année, et la mousson tardait à venir.  Lorsqu’elle est arrivée, elle a apporté 45,3 cm de pluie, cinq fois plus que la normale. Les rivières ont débordé, inondant des villages. Des routes ont été coupées, des maisons se sont effondrées sur leurs habitants, de nombreuses personnes ont été évacuées de maisons inondées, accrochées à des câbles d’escalade, par hélicoptère ou bateau. Les bidonvilles au bord des rivières sont particulièrement à la merci des inondations, mais la région y est exposée.

Les précipitations ont provoqué plus de trois mille glissements de terrain dans la chaîne des Western Ghats. La terre rouge des collines s’est écoulée sur les routes et les habitations. Il semble que l’aménagement du territoire influence aussi les glissements de terrain. Des constructions nouvelles,  qui déstabilisent ou alourdissent le terrain, ont été particulièrement touchées. La forêt pourrait protéger et renforcer les pentes des collines contre les petits glissements de terrain.

Un scientifique qui étudie la météo de ces montagnes estime que le réchauffement climatique va accroître les pluies sur les Western Ghats, chaîne de montagne qui traverse les Etats du Kerala et du Maharashtra (AGU100). Ces Etats ont déjà été durement touchés cette année.

Les inondations de l’année passée ont causé cinquante et un morts. Elles ont été un choc pour les survivants, des milliers de personnes ont consulté des médecins pour des problèmes de dépression ou d’anxiété dus à ces catastrophes, où leur maison s’est soudainement écroulée sur leur famille dans un glissement de terrain, ou qui les ont forcés à lutter contre la noyade pendant des heures ou des jours. Des milliers de personnes ont été confrontées à l’alternative de se jeter dans l’eau pour sauver une vie, et à leur impuissance face à l’immensité des flots.
Des milliers de personnes sont déjà traumatisées. Réalisent-elles déjà que les inondations vont s’accroître, des plus en dangereuses au fil des années?

Cette année, ces déluges se sont reproduits et vont s’aggraver. Les pluies intenses augmentent, et le niveau de la mer monte. Les scientifiques prévoient que le réchauffement apportera des chaleurs dangereuses et des inondations plus grandes.  Dans la deuxième moitié du siècle, l’océan deviendra un immense danger pour ces populations. Les habitants du Kerala devraient progressivement quitter le bord de mer, et se réfugier dans les collines, mais ces collines subissent actuellement des milliers de glissements de terrain. Alors où aller? Voici la question qui se posera de plus en plus au 21ième siècle à des innombrables réfugiées climatiques.

Végétarienne

Moins de viande pour le climat

Le GIEC a publié la semaine passée un rapport sur l’effet du réchauffement sur les terres. Le changement climatique augmente les sécheresses, l’érosion des sols, les feux de forêts, et diminue le rendement des cultures dans les tropiques. S’il continue, il créera des conditions climatiques sans précédent dans les tropiques avec des conséquences graves pour les habitants. Les émissions de l’élevage intensif du bétail aggravent le réchauffement, alors que la restauration des sols et des forêts, et une réduction de la consommation de viande, auraient des conséquences bénéfiques.

Ce rapport ne s’étend pas sur les événements météo nouveaux qui touchent l’Europe cette année. Des grêles de quinze centimètres de diamètre ont frappé à plusieurs reprises, une tornade a détruit soixante maisons au Luxembourg cette semaine. Ces événements progressent rapidement et pourraient dépasser les prévisions.  Nous ne pouvons nous permettre une aggravation du réchauffement, elle signifierait la destruction de nos villes par les catastrophes climatiques. C’est une question de vie ou de mort.

Le GIEC recommande de réduire la consommation de viande de moitié dans les pays développés.

Sans viande?

Personnellement j’ai refusé la viande lorsque j’avais environ quatre ans.  Mon parrain m’a appris qu’il s’agissait de la chair d’animaux.  J’ai regardé mon propre bras et j’ai compris que la viande provenait d’un être vivant. Le rejet a duré vingt ans. J’acceptais bien le poulet et le poisson, mais la viande me dégoûtait. Certains végétariens pensent que cette réaction est normale et serait en fait celle de la plupart d’enfants.

Techniquement, on peut forcer physiquement un enfant à manger de la viande, le menacer de punitions, lui donner des récompenses, lui servir seulement de la viande sans lui donner le choix, ou lui apprendre que c’est ce qu’il y a de meilleur. Il ne faudrait rien faire de cela.  Mes parents étaient, eux, convaincus que je dois manger de la viande pour vivre, ou au moins du poulet.  Dès l’enfance,  j’accepte facilement un régime pauvre en viande, je demandais à manger des céréales, j’aimais beaucoup les champignons qui souvent accompagnaient la viande chez nous, les noix aussi. Récemment, j’ai appris que les moines du Moyen-âge ne mangeaient pas d’animaux à quatre pattes pour ne pas tuer, ce qui suggère que la religion chrétienne condamne aussi la mise à mort d’animaux, pour des raisons morales ou diététiques. Et bien sûr, en Europe, mes ancêtres étaient essentiellement végétariens, mangeant des céréales, des légumes et des lentilles. De nombreux théoriciens de l’alimentation suggèrent que ce régime nous convient le mieux.

J’accepte facilement un régime végétarien, car toute ma vie, je  préférais des céréales,  du fromage, et des champignons quand c’était possible. Ensuite, j’ai quand même eu un peu de cholestérol, puis j’ai vraiment limité le fromage, la crème et le beurre. Le cholestérol a disparu. Depuis des années, nous mangeons du tofu, des haricots, des lentilles, des noix, des algues, des préparations végétariennes au tofu, au quorn, au seitan.  J’ai des suppléments de fer et de B12, le lait est généralement du lait de soja. J’essaie de composer un menu bio, local, accepté par les diététiciens suisses, avec assez de vitamines, de fruits et légumes, qui ne contienne qu’une portion de protéines animales par jour. Là, j’essaie d’être végane, mais je trouve vraiment difficile d’éviter  complètement le beurre, le lait et les oeufs omniprésents, en quantités excessives, dans les préparations du commerce et les apéros traditionnels.

Les avantages du régime végétarien

Les végétariens et végétaliens expérimentent une alimentation équilibrée sans viande. Le régime végétarien et surtout végétalien réduisent le risque du cholestérol et  du cancer. Heureusement qu’ils sont là, sinon il y aurait déjà de la viande dans tous les plats disponibles dans la restauration, alors que personne ne devrait en manger constamment. Les végétariens créent une demande pour des aliments  végétaux qui apparaissent, peu à peu, dans les rayons des supermarchés.

Ces dernières années, je suis frappée par la multiplication des stands de nourriture, des food festivals. Un festival de musique inclut maintenant des dizaines de stands de nourriture simple. Je remarque qu’il y a de plus en plus de plats tout préparés, et l’obésité progresse. Il serait très facile et généralement bénéfique de remplacer la viande dans les plats tout prêts, les burgers, tacos, rouleaux de printemps, par des substituts de viande ou contenant des légumes.  Je crois que ce qui s’y trouve actuellement n’est pas de très bonne qualité.

Donnez-nous les moyens d’être végétarien

Les préparations végétales devraient en fait être beaucoup moins chères que la viande. Le prix de la culture des céréales est plus bas.

Il faut les subventionner ou lancer une production efficace en grande quantité, et offrir partout un plat végétarien/durable/One Planet moins cher que le plat carné.

L’offre devrait en fait consister en plusieurs plats végétariens et un plat carné,  ce  qui serait alors représentatif d’un régime équilibré.

Nous devrions aussi subventionner les légumes au lieu du fromage et du lait, dont notre société abuse actuellement. La viande doit rester un choix conscient, que le consommateur ferait s’il en ressent le besoin, et non pas un aliment universel. Aujourd’hui, alors que l’obésité et les cancers progressent, nous avons tout intérêt à y faire attention. Et  ainsi nous nous éviterons peut-être les dangers du climat qui se multiplient d’année en année.

 

 

Inondations et sécheresses plus fortes à +2°C

Les pluies intenses provoquent déjà d’impressionnantes inondations. Selon l’OMM, ces catastrophes ont abondé en 2018. Cette année, des événements très graves se sont déjà produit, d’immenses inondations au Queensland en Australie, dans le Midwest américain, le cyclone Idaï en Afrique, l’inondation d’Iran qui a touché une grande partie de ce pays.

D’après l’Agence Européenne de l’Environnement, les catastrophes climatiques, inondations, vagues de chaleurs et sécheresses ont causé 453 milliards d’euros de dommages entre 1980 et 2017 en Europe, ainsi que plus de 115’000 décès.  Les années 2018 et 2019 alourdiront déjà ce bilan, qui croîtra rapidement.
L’intensification de précipitations avait été prévue en partie au moins et les experts préviennent qu’elles augmenteront encore.
LE GIEC2018 prévoit qu’à 1,5°C, les trois quarts d’Européens seront exposés aux inondations tous les 5 ans, et à 2°C, ces débordements deviendront bien plus importants.
Une étude s’est penchée sur ce risque d’inondation et prévoit qu’il va s’accroître fortement entre 1,5°C et 2°C.
Le réchauffement climatique va renforcer le cycle hydrologique de pluie et d’évaporation d’eau du sol et des océans.

Une équipe de scientifiques a créé un indice pouvant indiquer les catastrophes climatiques, inondation et sécheresse, tenant compte à la fois du volume des pluies et de la durée des sécheresses. Ils prévoient que la quantité d’eau totale par année augmentera un peu avec la température, mais les pluies intenses et les sécheresses croîtront bien plus.

Dans leur modèle, à +2°C, les précipitations diminuent en Amazonie et en Amérique centrale, ce qui fait peser une menace sur les forêts vierges qui couvrent ces régions.
Le région méditerranéenne subirait plus de sécheresses, ce qui pourrait causer sa désertification,  alors que le Sud-Est de l’Afrique de l’Ouest bénéficierait peut-être de pluies plus régulières.
L’Asie du Nord et d’Est pourrait subir des pluies très abondantes, l’Ouest et l’Est de l’Amérique du Nord aussi.

Pluies totales par épisode de pluie: dans les zones en bleu, il pleuvra moins, dans les zones en rouge, il pleuvra plus (Madakumbura,et al, Nature 2019). Les événements extrêmes semblent augmenter plus que cette moyenne.

Des événements tels que les sécheresses extrêmes suivies de pluies intenses, provoquant alors des inondations et l’érosion, vont fortément augmenter et leur conséquences aussi.

Il faudrait établir rapidement quels seront les risques de déferlements et de glissement de terrain pour la Suisse aux pluies prévues pour 1,5°C et 2°C et voir ce qui est sûr et quel niveau d’inondation provoque l’effondrement des bâtiments. Selon ce graphique, on dirait que les précipitations pour la Suisse diminueront au-dessus de 1,5°C, ce qui affecterait la végétation suisse. Ces événements pourraient encore augmenter dangereusement avant d’atteindre 1,5°C.

Lors des récentes inondations de Crète,  20 cm de pluie se sont accumulés et ont  atteint 3 mètres d’eau dans certaines rues. Les ingénieurs de l’EPFL savent probablement calculer ce qu’une pluie deux ou dix  fois plus abondante peut provoquer, et cela peut être très impressionnant. Une double quantité d’eau pourrait mener à des inondations de l’ordre de dix fois plus importantes et les destructions et leurs coûts augmenteront d’autant.  L’économie mondiale sera fortement touchée.

Ce serait super de disposer d’un bon outil de visualisation des effets de précipitations sur chaque ville, qui permettrait de voir où s’écouleront les rivières soudaines. On pourrait peut-être gérer les pluies par des généreux canaux d’évacuation et des réservoirs, les glissements de terrain pourraient être plus difficiles à maîtriser.

Selon les auteurs de l’étude, une augmentation de température à 2°C pourrait causer des catastrophes bien plus graves et il vaudrait bien mieux les éviter en limitant le réchauffement à 1,5°C.

Aujourd’hui, déjà, des zones de plus en plus étendues, des pays entiers se retrouvent touchés par des catastrophes, en Iran par exemple la plupart des provinces et une grande partie des routes a été touchée, et les récoltes détruites. La gravité de ces épisodes augmente vite, les vies humaines seront de plus en plus menacées ,  les torrents d’eau de plus en plus impressionnants.

https://www.nature.com/articles/s41598-019-39936-2 et Supplementary Information

Le méthane du permafrost augmente le réchauffement

Le permafrost est le sol du Grand Nord, perpétuellement gelé depuis la dernière glaciation, il y a des milliers d’années. La surface dégèle un peu en été, mais des dizaines de mètres restent toujours pris. On y retrouve parfois des squelettes de mammouths, le permafrost contient aussi des restes de plantes et de végétaux. Il compose aussi le fond de la mer de Sibérie. Quand il décongèle, les fragments végétaux fermentent et le processus dégage du CO2 et du méthane.  Ce dernier peut augmenter fortement l’effet de serre. Il y a des années, le pire cauchemar des climatologues était que ces terres puissent dégager du méthane et augmenter l’effet de serre.

Aujourd’hui, des grandes surfaces de permafrost dégèlent visiblement en Sibérie et en Alaska, les côtes sont érodées, les maisons et les routes s’affaissent. La concentration de méthane dans l’atmosphère augmente.

L’académie Russe des Sciences informe que les émissions de méthane ont augmenté. D’après eux,  il y a plus de méthane dans l’atmosphère, il semble bien provenir du dégel du permafrost et de l’érosion des côtes dégelées, et contribuera fortement, et peut-être à un niveau dangereux,  au réchauffement climatique. Le président de l’Académie a déclaré ‘n’avons nous pas mis en route un processus indépendant des émissions industrielles? En effet, une fois amorcées, les émissions de méthane pourraient changer le climat à elles seules.

Le GIEC n’a pour le moment pas inclus ce facteur dans ses calculs. Le permafrost pourrait amener le réchauffement au-delà des 1,5°C prévus dès 2030.  Pour le moment, son effet est probablement faible. Le permafrost dégagera plus de méthane à mesure qu’une surface plus grande décongèle, que la température du sol augmente et  qu’il dégèle plus en profondeur. La disparition de la glace provoque aussi des émissions plus importantes de gaz dans l’atmosphère.  La fermentation peut dégager du CO2 ou du méthane, peut-être selon la présence d’une surface d’eau, un étang ou une flaque.

Nous ne savons donc pas combien de méthane s’échappera des terres du Grand Nord: il peut y en avoir de plus en plus, les quantités de carbone présentes dans le permafrost sont immenses.   Et si le méthane fait augmenter la température de la Planète d’un degré, le permafrost fondra d’autant plus vite, et émettra plus de gaz, provoquant des sauts de température de plus en plus forts. L’académie russe des sciences suggère que ce processus commence. Très vite, l’agriculture serait fortement touchée (Image par FlorenceD de Pixabay).

 

Selon les informations dont je dispose (OMM/GIEC), la contribution du méthane au changement climatique est faible en 2018, il augmentera au cours des années et des dizaines d’années prochaines.  Natalya Shakova, qui explore le fonds de la mer de Sibérie en brise-glace, rapporte que le permafrost dégèle plus profondément et plus vite que prévu. E. Cardoso estimait il y a quelques années qu’un dégagement de méthane dangereux pourrait se produire d’ici environ 25 ans. Je propose que l’EPFL  travaille essentiellement sur la capture du méthane pendant ces 25 années, par des bactéries, par des solutions chimiques, etc, etc, pour nous proposer une solution de secours.  Le Climate Institute conseille de faire descendre la température de la Planète à +0,5°C en pratiquant un geoengeneering localisé. Ils suggèrent de pomper de l’eau à la surface de la glace arctique pour l’épaissir pour qu’elle supporte l’été.

Nous avons tout intérêt à limiter les émissions de carbone beaucoup et rapidement.  1,5°C expose déjà le monde à des inondations, des tempêtes et des vagues de chaleur dangereuses, qui vont bouleverser notre existence au cours de cette décennie. Encore plus dangereuses, les émissions du permafrost provoquées par le réchauffement créent un risque sérieux pour la vie de la population Suisse.

Nous devons réduire les émissions de carbone autant que possible, passer au plus vite aux énergies renouvelables, et peut-être ajouter d’autres solutions qui permettront des réductions plus rapides d’émissions, par exemple une limitation de l’aviation, un gel des constructions, une limitation de la viande accompagnée de reforestation de terres ainsi libérées. Nous pouvons aussi capter énormément de carbone d’une façon sûre pour nous dans des nouvelles forêts et en récréant des sols fertiles et riches sur toute la Terre.  Il y a des  nombreuses solutions, et nous avons besoin d’une mobilisation et d’un investissement sans précédent pour les réaliser à temps.

https://arctic.ru/forumarctica/20190409/845308.html