Le Kerala est inondé pour la deuxième fois et le sera encore

Le Kerala est un état prospère du Sud de l’Inde. Au bord de l’océan Indien,  des canaux paresseux serpentent dans la végétation tropicale. Plus loin, des collines luxuriantes abritent des forêts ou des plantations de thé. Cette région ressemble à un paradis fertile où la nourriture pousse miraculeusement. Pour combien de temps?

En août, des précipitations extrêmes ont causé des inondations dans plusieurs états indiens. Les rivières ont débordé et des nombreux glissements de terrain se sont produits. Dans le Kerala, une centaine de personnes ont perdu la vie, des dizaines de milliers ont été évacuées.

L’Inde a subi des grosses chaleurs cette année, et la mousson tardait à venir.  Lorsqu’elle est arrivée, elle a apporté 45,3 cm de pluie, cinq fois plus que la normale. Les rivières ont débordé, inondant des villages. Des routes ont été coupées, des maisons se sont effondrées sur leurs habitants, de nombreuses personnes ont été évacuées de maisons inondées, accrochées à des câbles d’escalade, par hélicoptère ou bateau. Les bidonvilles au bord des rivières sont particulièrement à la merci des inondations, mais la région y est exposée.

Les précipitations ont provoqué plus de trois mille glissements de terrain dans la chaîne des Western Ghats. La terre rouge des collines s’est écoulée sur les routes et les habitations. Il semble que l’aménagement du territoire influence aussi les glissements de terrain. Des constructions nouvelles,  qui déstabilisent ou alourdissent le terrain, ont été particulièrement touchées. La forêt pourrait protéger et renforcer les pentes des collines contre les petits glissements de terrain.

Un scientifique qui étudie la météo de ces montagnes estime que le réchauffement climatique va accroître les pluies sur les Western Ghats, chaîne de montagne qui traverse les Etats du Kerala et du Maharashtra (AGU100). Ces Etats ont déjà été durement touchés cette année.

Les inondations de l’année passée ont causé cinquante et un morts. Elles ont été un choc pour les survivants, des milliers de personnes ont consulté des médecins pour des problèmes de dépression ou d’anxiété dus à ces catastrophes, où leur maison s’est soudainement écroulée sur leur famille dans un glissement de terrain, ou qui les ont forcés à lutter contre la noyade pendant des heures ou des jours. Des milliers de personnes ont été confrontées à l’alternative de se jeter dans l’eau pour sauver une vie, et à leur impuissance face à l’immensité des flots.
Des milliers de personnes sont déjà traumatisées. Réalisent-elles déjà que les inondations vont s’accroître, des plus en dangereuses au fil des années?

Cette année, ces déluges se sont reproduits et vont s’aggraver. Les pluies intenses augmentent, et le niveau de la mer monte. Les scientifiques prévoient que le réchauffement apportera des chaleurs dangereuses et des inondations plus grandes.  Dans la deuxième moitié du siècle, l’océan deviendra un immense danger pour ces populations. Les habitants du Kerala devraient progressivement quitter le bord de mer, et se réfugier dans les collines, mais ces collines subissent actuellement des milliers de glissements de terrain. Alors où aller? Voici la question qui se posera de plus en plus au 21ième siècle à des innombrables réfugiées climatiques.

Végétarienne

Moins de viande pour le climat

Le GIEC a publié la semaine passée un rapport sur l’effet du réchauffement sur les terres. Le changement climatique augmente les sécheresses, l’érosion des sols, les feux de forêts, et diminue le rendement des cultures dans les tropiques. S’il continue, il créera des conditions climatiques sans précédent dans les tropiques avec des conséquences graves pour les habitants. Les émissions de l’élevage intensif du bétail aggravent le réchauffement, alors que la restauration des sols et des forêts, et une réduction de la consommation de viande, auraient des conséquences bénéfiques.

Ce rapport ne s’étend pas sur les événements météo nouveaux qui touchent l’Europe cette année. Des grêles de quinze centimètres de diamètre ont frappé à plusieurs reprises, une tornade a détruit soixante maisons au Luxembourg cette semaine. Ces événements progressent rapidement et pourraient dépasser les prévisions.  Nous ne pouvons nous permettre une aggravation du réchauffement, elle signifierait la destruction de nos villes par les catastrophes climatiques. C’est une question de vie ou de mort.

Le GIEC recommande de réduire la consommation de viande de moitié dans les pays développés.

Sans viande?

Personnellement j’ai refusé la viande lorsque j’avais environ quatre ans.  Mon parrain m’a appris qu’il s’agissait de la chair d’animaux.  J’ai regardé mon propre bras et j’ai compris que la viande provenait d’un être vivant. Le rejet a duré vingt ans. J’acceptais bien le poulet et le poisson, mais la viande me dégoûtait. Certains végétariens pensent que cette réaction est normale et serait en fait celle de la plupart d’enfants.

Techniquement, on peut forcer physiquement un enfant à manger de la viande, le menacer de punitions, lui donner des récompenses, lui servir seulement de la viande sans lui donner le choix, ou lui apprendre que c’est ce qu’il y a de meilleur. Il ne faudrait rien faire de cela.  Mes parents étaient, eux, convaincus que je dois manger de la viande pour vivre, ou au moins du poulet.  Dès l’enfance,  j’accepte facilement un régime pauvre en viande, je demandais à manger des céréales, j’aimais beaucoup les champignons qui souvent accompagnaient la viande chez nous, les noix aussi. Récemment, j’ai appris que les moines du Moyen-âge ne mangeaient pas d’animaux à quatre pattes pour ne pas tuer, ce qui suggère que la religion chrétienne condamne aussi la mise à mort d’animaux, pour des raisons morales ou diététiques. Et bien sûr, en Europe, mes ancêtres étaient essentiellement végétariens, mangeant des céréales, des légumes et des lentilles. De nombreux théoriciens de l’alimentation suggèrent que ce régime nous convient le mieux.

J’accepte facilement un régime végétarien, car toute ma vie, je  préférais des céréales,  du fromage, et des champignons quand c’était possible. Ensuite, j’ai quand même eu un peu de cholestérol, puis j’ai vraiment limité le fromage, la crème et le beurre. Le cholestérol a disparu. Depuis des années, nous mangeons du tofu, des haricots, des lentilles, des noix, des algues, des préparations végétariennes au tofu, au quorn, au seitan.  J’ai des suppléments de fer et de B12, le lait est généralement du lait de soja. J’essaie de composer un menu bio, local, accepté par les diététiciens suisses, avec assez de vitamines, de fruits et légumes, qui ne contienne qu’une portion de protéines animales par jour. Là, j’essaie d’être végane, mais je trouve vraiment difficile d’éviter  complètement le beurre, le lait et les oeufs omniprésents, en quantités excessives, dans les préparations du commerce et les apéros traditionnels.

Les avantages du régime végétarien

Les végétariens et végétaliens expérimentent une alimentation équilibrée sans viande. Le régime végétarien et surtout végétalien réduisent le risque du cholestérol et  du cancer. Heureusement qu’ils sont là, sinon il y aurait déjà de la viande dans tous les plats disponibles dans la restauration, alors que personne ne devrait en manger constamment. Les végétariens créent une demande pour des aliments  végétaux qui apparaissent, peu à peu, dans les rayons des supermarchés.

Ces dernières années, je suis frappée par la multiplication des stands de nourriture, des food festivals. Un festival de musique inclut maintenant des dizaines de stands de nourriture simple. Je remarque qu’il y a de plus en plus de plats tout préparés, et l’obésité progresse. Il serait très facile et généralement bénéfique de remplacer la viande dans les plats tout prêts, les burgers, tacos, rouleaux de printemps, par des substituts de viande ou contenant des légumes.  Je crois que ce qui s’y trouve actuellement n’est pas de très bonne qualité.

Donnez-nous les moyens d’être végétarien

Les préparations végétales devraient en fait être beaucoup moins chères que la viande. Le prix de la culture des céréales est plus bas.

Il faut les subventionner ou lancer une production efficace en grande quantité, et offrir partout un plat végétarien/durable/One Planet moins cher que le plat carné.

L’offre devrait en fait consister en plusieurs plats végétariens et un plat carné,  ce  qui serait alors représentatif d’un régime équilibré.

Nous devrions aussi subventionner les légumes au lieu du fromage et du lait, dont notre société abuse actuellement. La viande doit rester un choix conscient, que le consommateur ferait s’il en ressent le besoin, et non pas un aliment universel. Aujourd’hui, alors que l’obésité et les cancers progressent, nous avons tout intérêt à y faire attention. Et  ainsi nous nous éviterons peut-être les dangers du climat qui se multiplient d’année en année.

 

 

Inondations et sécheresses plus fortes à +2°C

Les pluies intenses provoquent déjà d’impressionnantes inondations. Selon l’OMM, ces catastrophes ont abondé en 2018. Cette année, des événements très graves se sont déjà produit, d’immenses inondations au Queensland en Australie, dans le Midwest américain, le cyclone Idaï en Afrique, l’inondation d’Iran qui a touché une grande partie de ce pays.

D’après l’Agence Européenne de l’Environnement, les catastrophes climatiques, inondations, vagues de chaleurs et sécheresses ont causé 453 milliards d’euros de dommages entre 1980 et 2017 en Europe, ainsi que plus de 115’000 décès.  Les années 2018 et 2019 alourdiront déjà ce bilan, qui croîtra rapidement.
L’intensification de précipitations avait été prévue en partie au moins et les experts préviennent qu’elles augmenteront encore.
LE GIEC2018 prévoit qu’à 1,5°C, les trois quarts d’Européens seront exposés aux inondations tous les 5 ans, et à 2°C, ces débordements deviendront bien plus importants.
Une étude s’est penchée sur ce risque d’inondation et prévoit qu’il va s’accroître fortement entre 1,5°C et 2°C.
Le réchauffement climatique va renforcer le cycle hydrologique de pluie et d’évaporation d’eau du sol et des océans.

Une équipe de scientifiques a créé un indice pouvant indiquer les catastrophes climatiques, inondation et sécheresse, tenant compte à la fois du volume des pluies et de la durée des sécheresses. Ils prévoient que la quantité d’eau totale par année augmentera un peu avec la température, mais les pluies intenses et les sécheresses croîtront bien plus.

Dans leur modèle, à +2°C, les précipitations diminuent en Amazonie et en Amérique centrale, ce qui fait peser une menace sur les forêts vierges qui couvrent ces régions.
Le région méditerranéenne subirait plus de sécheresses, ce qui pourrait causer sa désertification,  alors que le Sud-Est de l’Afrique de l’Ouest bénéficierait peut-être de pluies plus régulières.
L’Asie du Nord et d’Est pourrait subir des pluies très abondantes, l’Ouest et l’Est de l’Amérique du Nord aussi.

Pluies totales par épisode de pluie: dans les zones en bleu, il pleuvra moins, dans les zones en rouge, il pleuvra plus (Madakumbura,et al, Nature 2019). Les événements extrêmes semblent augmenter plus que cette moyenne.

Des événements tels que les sécheresses extrêmes suivies de pluies intenses, provoquant alors des inondations et l’érosion, vont fortément augmenter et leur conséquences aussi.

Il faudrait établir rapidement quels seront les risques de déferlements et de glissement de terrain pour la Suisse aux pluies prévues pour 1,5°C et 2°C et voir ce qui est sûr et quel niveau d’inondation provoque l’effondrement des bâtiments. Selon ce graphique, on dirait que les précipitations pour la Suisse diminueront au-dessus de 1,5°C, ce qui affecterait la végétation suisse. Ces événements pourraient encore augmenter dangereusement avant d’atteindre 1,5°C.

Lors des récentes inondations de Crète,  20 cm de pluie se sont accumulés et ont  atteint 3 mètres d’eau dans certaines rues. Les ingénieurs de l’EPFL savent probablement calculer ce qu’une pluie deux ou dix  fois plus abondante peut provoquer, et cela peut être très impressionnant. Une double quantité d’eau pourrait mener à des inondations de l’ordre de dix fois plus importantes et les destructions et leurs coûts augmenteront d’autant.  L’économie mondiale sera fortement touchée.

Ce serait super de disposer d’un bon outil de visualisation des effets de précipitations sur chaque ville, qui permettrait de voir où s’écouleront les rivières soudaines. On pourrait peut-être gérer les pluies par des généreux canaux d’évacuation et des réservoirs, les glissements de terrain pourraient être plus difficiles à maîtriser.

Selon les auteurs de l’étude, une augmentation de température à 2°C pourrait causer des catastrophes bien plus graves et il vaudrait bien mieux les éviter en limitant le réchauffement à 1,5°C.

Aujourd’hui, déjà, des zones de plus en plus étendues, des pays entiers se retrouvent touchés par des catastrophes, en Iran par exemple la plupart des provinces et une grande partie des routes a été touchée, et les récoltes détruites. La gravité de ces épisodes augmente vite, les vies humaines seront de plus en plus menacées ,  les torrents d’eau de plus en plus impressionnants.

https://www.nature.com/articles/s41598-019-39936-2 et Supplementary Information

Le méthane du permafrost augmente le réchauffement

Le permafrost est le sol du Grand Nord, perpétuellement gelé depuis la dernière glaciation, il y a des milliers d’années. La surface dégèle un peu en été, mais des dizaines de mètres restent toujours pris. On y retrouve parfois des squelettes de mammouths, le permafrost contient aussi des restes de plantes et de végétaux. Il compose aussi le fond de la mer de Sibérie. Quand il décongèle, les fragments végétaux fermentent et le processus dégage du CO2 et du méthane.  Ce dernier peut augmenter fortement l’effet de serre. Il y a des années, le pire cauchemar des climatologues était que ces terres puissent dégager du méthane et augmenter l’effet de serre.

Aujourd’hui, des grandes surfaces de permafrost dégèlent visiblement en Sibérie et en Alaska, les côtes sont érodées, les maisons et les routes s’affaissent. La concentration de méthane dans l’atmosphère augmente.

L’académie Russe des Sciences informe que les émissions de méthane ont augmenté. D’après eux,  il y a plus de méthane dans l’atmosphère, il semble bien provenir du dégel du permafrost et de l’érosion des côtes dégelées, et contribuera fortement, et peut-être à un niveau dangereux,  au réchauffement climatique. Le président de l’Académie a déclaré ‘n’avons nous pas mis en route un processus indépendant des émissions industrielles? En effet, une fois amorcées, les émissions de méthane pourraient changer le climat à elles seules.

Le GIEC n’a pour le moment pas inclus ce facteur dans ses calculs. Le permafrost pourrait amener le réchauffement au-delà des 1,5°C prévus dès 2030.  Pour le moment, son effet est probablement faible. Le permafrost dégagera plus de méthane à mesure qu’une surface plus grande décongèle, que la température du sol augmente et  qu’il dégèle plus en profondeur. La disparition de la glace provoque aussi des émissions plus importantes de gaz dans l’atmosphère.  La fermentation peut dégager du CO2 ou du méthane, peut-être selon la présence d’une surface d’eau, un étang ou une flaque.

Nous ne savons donc pas combien de méthane s’échappera des terres du Grand Nord: il peut y en avoir de plus en plus, les quantités de carbone présentes dans le permafrost sont immenses.   Et si le méthane fait augmenter la température de la Planète d’un degré, le permafrost fondra d’autant plus vite, et émettra plus de gaz, provoquant des sauts de température de plus en plus forts. L’académie russe des sciences suggère que ce processus commence. Très vite, l’agriculture serait fortement touchée (Image par FlorenceD de Pixabay).

 

Selon les informations dont je dispose (OMM/GIEC), la contribution du méthane au changement climatique est faible en 2018, il augmentera au cours des années et des dizaines d’années prochaines.  Natalya Shakova, qui explore le fonds de la mer de Sibérie en brise-glace, rapporte que le permafrost dégèle plus profondément et plus vite que prévu. E. Cardoso estimait il y a quelques années qu’un dégagement de méthane dangereux pourrait se produire d’ici environ 25 ans. Je propose que l’EPFL  travaille essentiellement sur la capture du méthane pendant ces 25 années, par des bactéries, par des solutions chimiques, etc, etc, pour nous proposer une solution de secours.  Le Climate Institute conseille de faire descendre la température de la Planète à +0,5°C en pratiquant un geoengeneering localisé. Ils suggèrent de pomper de l’eau à la surface de la glace arctique pour l’épaissir pour qu’elle supporte l’été.

Nous avons tout intérêt à limiter les émissions de carbone beaucoup et rapidement.  1,5°C expose déjà le monde à des inondations, des tempêtes et des vagues de chaleur dangereuses, qui vont bouleverser notre existence au cours de cette décennie. Encore plus dangereuses, les émissions du permafrost provoquées par le réchauffement créent un risque sérieux pour la vie de la population Suisse.

Nous devons réduire les émissions de carbone autant que possible, passer au plus vite aux énergies renouvelables, et peut-être ajouter d’autres solutions qui permettront des réductions plus rapides d’émissions, par exemple une limitation de l’aviation, un gel des constructions, une limitation de la viande accompagnée de reforestation de terres ainsi libérées. Nous pouvons aussi capter énormément de carbone d’une façon sûre pour nous dans des nouvelles forêts et en récréant des sols fertiles et riches sur toute la Terre.  Il y a des  nombreuses solutions, et nous avons besoin d’une mobilisation et d’un investissement sans précédent pour les réaliser à temps.

https://arctic.ru/forumarctica/20190409/845308.html