Le sulfureux “majordome” de Donald Trump

Anthony Senecal a été pendant dix-sept ans le majordome de Donald Trump dans la propriété du milliardaire Mar-a-Lago à Palm Beach en Floride. Il est plus tard même devenu l’historien des lieux. Il a beau avoir présenté une façade de civilité, l’homme de 84 ans est désormais sous enquête du Secret Service, le service de protection du président américain. Motif: dans ses échanges sur Facebook que le magazine Mother Jones a pu consulter, il déclare que Barack Obama aurait dû être fusillé en tant qu’agent ennemi lors de son premier mandat.

Voici les propos de sa page Facebook publiés par Mother Jones et qui contiennent un ramassis d’insultes vulgaires, racistes et xénophobes:

Le message d’Anthony Senecal publié le 21 avril 2015:

“Looks like that sleezey bastard zero (O) is trying to out maneuver Congress again, if the truth be known this prick needs to be hung for treason!!!”

Un autre message tout aussi démentiel publié le 23 mai 2015:

“I feel it is time for the SECOND AMERICAN REVOLUTION !!!!! The only way we will change this crooked government is to douche it !!!!! This might be the time with this kenyan fraud in power !!!!! …[W]ith the last breath I draw I will help rid this America of the scum infested in its government–and if that means dragging that ball less dick head from the white mosque and hanging his scrawny ass from the portico–count me in !!!!!”

Le 6 juin 2015, un ami d’Anthony Senecal a répondu en ces termes:

“We need to send the seals to SOROS and ROTHCHILD and REMOVE them and their cronies–then HANG BO and most of Washington–and we’ll have a CHANCE to get things straightened out.” This person added, “everyone knows they’re CRIMINAL – HANG ALL OF THEM.” Anthony Senecal a répondu: “I love the idea.”

 Un ami d’Anthony Peter Senecal répond au post par ces propos effrayants: il appelle à faire une recherche dans les Pages jaunes pour voir si Lee (Harvey) Oswald a encore de la parenté en vie. Pour rappel, Oswald est l’assassin du président John F. Kennedy:

William Martinez : “We have to do a Yellow Page search to see if Lee Oswald has any living relatives.”

Le 26 mai, les propos d’Anthony Senecal relèvent de la quasi-démence et du racisme crasse: “On May 26, 2015, a commenter on the page excoriated Obama and his wife, Michelle (referring to the First Lady as “Sasquatch”): “If he gets hung, then Sasquatch does too.” Senecal responded, “Amen….Two of the most DISGUSTING individuals on the face of God’s Green Earth !!!! Puke !!!!!!”

C’est en 1959 qu’Anthony Senecal a commencé à travailler au Mar-a-Lago. Quand Donald Trump acquiert la propriété en 1985, il garde Senecal, car d’une certaine manière, “il fait partie des meubles”. Aux alentours de 1992, il est promu par le milliardaire new-yorkais au rang de majordome (butler). En 2009, il informe Trump qu’il veut prendre sa retraite. Ce dernier lui propose toutefois de devenir l’historien des lieux sans salaire, mais rémunéré pour les visites qu’il organise.

L’intéressé confirme qu’il a bien écrit ces posts sur sa page Facebook. L’équipe de Donald Trump a quant à elle pris ses distances, soulignan qu’Anthony Senecal ne travaille plus à Mar-a-Lago depuis des années… Pour le milliardaire new-yorkais, c’est un nouvel embarras. Il y a quelques mois, il a été incapable de se distancier de membres du Ku Klux Klan qui lui apportaient leur soutien. Il y a quelques jours, l’un des délégués élu en Californie pour soutenir Trump à la convention républicaine s’est avéré être un suprémaciste blanc, William Johnson, chef de l’American Freedom Party. Donald Trump refuse de lui barrer sa participation à la convention de Cleveland à partir du 18 juillet prochain.

 

Le tueur de Trayvon Martin vend son arme aux enchères: tollé aux Etats-Unis

L’affront suprême. Le mauvais goût dans sa version la plus extrême. Acquitté dans des circonstances particulières par la justice de Floride pour avoir tué le jeune Afro-Américain Trayvon Martin, 17 ans, non armé, lors d’une nuit pluvieuse de février 2012, George Zimmerman n’en finit pas de choquer. L’ex-vigile volontaire d’un quartier de Sanford en Floride a mis en vente sur le site internet Gunbroker.com l’arme qui lui a servi à tué Trayvon Martin, un Kel-Tec-PF9. Sur le site de vente en ligne, l’arme est décrite comme “un morceau de l’Histoire des Etats-Unis”. George Zimmerman, 32 ans, vient de récupérer l’arme de la justice. Il ne voit pas pourquoi il la garderait dans un coffre fort. Elle peut toujours servir, estime-t-il. Apparemment, il compte même utilisé le bénéfice de la vente, qui démarre à 5000 dollars, pour financer une campagne contre la candidate Hillary Clinton et contre le mouvement Black Lives Matter. Sur les réseaux sociaux, les réactions outrées n’ont pas tardé.

La famille de Trayvon Martin n’a pas souhaité polémiquer davantage, se contentant de déclarer que son combat est désormais de faire en sorte que le contrôle des armes soit renforcé afin de réduire les drames tels que celui de leur fils.

George Zimmerman, de père blanc et de mère péruvienne, a eu maille à partir avec la police à de multiples reprises après son acquittement qui avait choqué une bonne partie de l’Amérique. Pour excès de vitesse, pour avoir menacé de son arme à feu son amie de l’époque. L’affaire Trayvon Martin avait provoqué une onde de choc aux Etats-Unis. Sentant que l’acquittement aurait pu provoquer des débordements, notamment au sein de la communauté afro-américaine remontée contre les bavures policières à caractère racial, le président Barack Obama était intervenu publiquement, déclarant qu’il y a 35 ans, “j’aurais pu être Trayvon Martin”. Depuis l’affaire Trayvon Martin, les morts d’Afro-Américains tués par des citoyens se cachant derrière les lois de légitime défense (adoptées dans plus de 20 Etats et dénommées “Stand your Ground” ou “Castle Doctrine”) ont défrayé la chronique et surtout mis en évidence la persistance d’un racisme qu’on croyait en grande partie disparu. Un racisme avant tout institutionnel dans le cadre des bavures policières. L’affaire Trayvon Martin avait aussi mis en relief une procureure très controversée, Angela Corey. Dans une autre affaire, celle de Marissa Alexander, une jeune Afro-Américaine qui avait tiré des coups de feu au plafond pour effrayer son mari qui la battait, avait écopé de dix ans de prison alors qu’elle n’avait tué personne. Angela Corey lui avait refusé ce qu’elle avait accordé à George Zimmerman: la protection de la loi de légitime défense “Stand your Ground” adoptée en 2005 en Floride et promulguée par le gouverneur Jeb Bush. Suite à un recours, Angela Corey avait même demandé une peine de vingt ans. Après une mobilisation en faveur de Marissa Alexander, cette dernière a finalement été libérée.

Le comportement de George Zimmerman après son procès pose de vraies questions sur la pertinence de son acquittement et remet en relief l’absurdité des lois de légitime défense du type “Stand your Ground”.

 

Anheuser-Busch a osé: la mythique bière Budweiser s’appellera désormais “America”

Les amateurs de bière en sont tout retournés. La célèbre bière américaine Budweiser va être rebaptisé. Son nouveau nom: “America”. La nouvelle a provoqué un séisme parmi les aficionados de la marque, une partie identitaire des Etats-Unis. A partir du 23 mai, les canettes de bière portant le nouveau nom seront disponibles dans les débits de boissons. Le nouveau branding inclura des phrases du Serment d’allégeance au drapeau des Etats-Unis (pledge of allegiance), des paroles de l’hymne national “The Star Spangled Banner” et du chant patriotique “America the Beautiful”. Elle mettra en évidence des phrases du type “Liberté et Justice pour tous”, “E Pluribus Unum” et “Indivisible depuis 1776”. Le changement fait partie d’une campagne publicitaire intitulée “America in your hands” qui déploiera ses effets à l’occasion du centenaire de la Copa America, de la fête nationale américaine du 4 juillet, du 100e anniversaire du Service des parcs nationaux et enfin des Jeux olympiques 2016 au Brésil. L’opération marketing va durer jusqu’à l’élection présidentielle américaine du 8 novembre prochain.

L’auteur de ce crime de lèse-majesté n’est il est vrai pas américain. Anheuser-Busch, une société belgo-brésilienne dont le siège est à Louvain en Belgique, a racheté Budweiser en 2008. Cette dernière souhaite provoquer une vague de patriotisme tout au long de l’été. Une manière, ironise-t-on outre-Atlantique de rendre sa grandeur à l’Amérique (Make America Great Again est le slogan de la campagne électorale de Donald Trump). La campagne de marketing va durer tout l’été, une période très prospère au cours de laquelle les brasseurs de bière doublent leurs ventes. Les plus cyniques se demandent si cette campagne marketing va aider la campagne de Donald Trump.

Pour le numéro un mondial de la bière, l’opération est peut-être une manière de relancer ses affaires. Au premier trimestre 2016, Anheuser-Busch inBev a vu son bénéfice d’exploitation reculer de 13% en un an. Le chiffre d’affaires de la société cotée à la Bourse de Bruxelles a reculé de 10% à 9,4 milliards de dollars. AB inBev attend par ailleurs la décision de l’Union européenne concernant sa volonté de fusionner avec son rival britannique SABMiller dans le cadre d’une transaction chiffrée à 100 milliards de dollars. Elle réalise plus de la moitié de son chiffre d’affaires en Amérique du Nord et du Sud où les ventes ont reculé. La fusion mettrait sous un même toit les marques Budweiser, Stella Artois et Pilsner. En revanche, les bières Peroni et Grolsch appartenant à SABMiller ont été vendues à la société japonaise Asahi afin d’éviter d’alerter les autorités européennes de la concurrence.

 

Charbon maudit

L’industrie du charbon a la vie dure aux Etats-Unis. En raison d’une baisse de la demande mondiale et surtout de mesures environnementales sévères prises par l’administration Obama (Clean Power Plan), elle traverse une crise existentielle. La primaire démocrate et républicaine de mardi en Virginie occidentale en a donné un aperçu. Hillary Clinton, qui a maladroitement déclaré lors d’un débat public qu’elle allait licencier les mineurs et fermer les sociétés d’extraction du charbon afin de favoriser les énergies renouvelables a payé le prix de sa témérité dans un Etat qui a vécu pendant des décennies du charbon.

Or malmenée, cette même industrie vient de subir un nouveau coup du sort. Tentant de rebondir, elle avait prévu de construire un vaste terminal à 150 kilomètres au nord de Seattle pour l’exportation du charbon. Dénommé Gateway Pacific Terminal, l’infrastructure aurait été la plus grande du pays. Or une tribu amérindienne, la Lummi Nation, ne l’entend pas de cette oreille. Elle estime que ce projet mettrait en péril ses droits de pêche dans la zone garantis par plusieurs traités datant du XIXe siècle. La décision de refuser la construction d’un tel terminal a été prise, selon le New York Times, par l’Army Corps of Engineers des Etats-Unis. Signe supplémentaire du déclin de l’industrie du charbon: la société Arch Coal qui soutenait le projet a déposé son bilan en janvier dernier.

Pour les Indiens Lummi, c’est bien entendu une victoire importante. Mais celle-ci n’effacera pas les humiliations, les tueries et les pertes de territoires des Amérindiens. Pour la tribu des Crow toutefois, la “guerre au charbon” menée par l’administration de Barack Obama est jugée de façon très critique. Les Crow engrangeaient jusqu’ici de nombreux revenus de l’extraction du charbon. Désormais, ils se voient contraints de supprimer de nombreux emplois, estime Vieux Coyote, le chef de la tribu. Les Amérindiens ont fortement soutenu Barack Obama lors de son élection en 2008. Or aujourd’hui, si certains Crow sont critiques de sa politique anti-charbon, une vaste majorité d’Amérindiens saluent son action. En février dernier, s’exprimant devant des représentants de la tribu des Blackhawks en Illinois, Barack Obama a annoncé qu’il allait rendre une bonne partie des terres aux Amérindiens par décret présidentiel. Ces terres, qui représentent 121 millions d’hectares pour une valeur estimée à 450 milliards de dollars, seront réparties entre vingt-huit tribus.

 

 

Changement climatique: réductions substantielles des émissions de CO2 aux USA en 2015

L’objectif fixé par la Maison-Blanche dans la lutte contre le changement climatique est de réduire de 26 à 28% les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2025 par rapport à leur niveau de 2005. C’est ce que Barack Obama a “vendu” lors de la conférence de Paris sur le climat et l’administration démocrate a signé à l’ONU à New York le 22 avril dernier le document stipulant les engagements pris par les Etats-Unis en décembre dernier à Paris.

Les chiffres publiés par l’US Energy Information Administration et diffusés par The Guardian révèlent que les Etats-Unis ont déversé dans l’atmosphère 5,2 milliards de tonnes de CO2 en 2015. Cela représente une réduction de 12% par rapport à l’année précédente. Ce résultat est d’autant plus remarquable que l’économie américaine a connu une croissance (ajustée à l’inflation) de 15%. La cause? Le charbon n’est plus en odeur de sainteté outre-Atlantique. L’administration Obama a adopté des mesures (Clean Power Plan) qui forcent les centrales à charbon, qui produisaient jusqu’ici plus d’un tiers de l’électricité, à réduire de façon draconienne leurs émissions de CO2. Conséquence: près de 232 centrales à charbon ont fermé, selon le groupe écologiste Sierra Club. Le gaz naturel, qui génère deux fois moins d’émissions de CO2 que le charbon, a pris la relève, notamment grâce à la révolution des gaz de schistes.

Ces bons résultats n’émeuvent pas Donald Trump, le candidat républicain à la Maison-Blanche qui sera sans doute investi lors de la convention de Cleveland en juillet. Ce dernier promet de redonner leur emploi à tous ceux qui l’ont perdu en raison d’une “guerre au charbon”. Cet argument devrait l’aider (même s’il est désormais le seul en lice) à tout rafler lors de la primaire de mardi en Virginie occidentale, dont l’économie dépend fortement du secteur du charbon.

Si les progrès sont perceptibles, les Etats-Unis restent le second plus grand pollueur de la planète après la Chine.

Bernie Sanders électrise la jeunesse new-yorkaise à Washington Square

Le phénomène Bernie Sanders n’en finit pas de surprendre. Mercredi soir, le candidat démocrate à la Maison-Blanche a réuni près de 27 000 personnes sur la mythique place de Washington Square, dans le West Village de Manhattan. L’endroit fut un haut lieu des mobilisations sociales et pour les droits civiques des années 1960.

(Cliquez sur les photos pour les agrandir)

Quelque soixante ans plus tard, l’atmosphère est très joyeuse, mais pas de chaos créatif comme à l’époque des Bob Dylan et Joan Baez. Tout est méticuleusement organisé. Des barrières qui canalisent le flux de personnes, des policiers qui quadrillent le quartier universitaire (New York University/NYU). Dans la rue, des volontaires distribuent des tracts, des badges ainsi qu’un journal imprimé spécialement pour l’occasion. Son nom est révélateur: “The Battle of New York (la bataille de New York)”. Y sont dénoncés les représentants de l’establishment politique, économique et médiatique. Le journal dénonce le “cartel des médias de New York”. Une accroche relève: “Le système bipartite est en lambeaux.”

Michel, un Français de Toulon vivant à New York depuis des années est membre de l’International Socialist Organization. Il n’est pas surpris par l’avènement de Bernie Sanders qui est “l’expression” du travail accompli depuis des années par les mouvements sociaux aux Etats-Unis. Et puis, rappelle-t-il, de tels mouvements arrivent sans qu’on s’y attende. Quelques semaines avant Mai 68, rappelle-t-il, on disait que la “France s’ennuyait”…

 

Un peu plus loin, d’énormes masques représentant Bernie Sanders rendent le candidat sympathique avec sa chevelure blanche de septuagénaire. A voir la foule, on peut se dire que le sénateur du Vermont a de bonnes chances de remporter la primaire cruciale de New York. Mais le quartier estudiantin de Washington Square n’est pas forcément représentatif de l’électorat de l’Etat de New York. Dans les derniers sondages, Hillary Clinton (53%) mène toujours la course devant Bernie Sanders (40%), mais ce dernier a l’habitude de finir fort dans les derniers jours précédant les primaires.

Un jeune militant pro-Bernie Sanders vend une biographie du sénateur du Vermont. Il le dit sans ambages: si Bernie Sanders ne décroche pas l’investiture, il ne votera pas pour Hillary Clinton.”

Entre les deux candidats, ce n’est plus l’empathie du début. Il y a deux semaines, Hillary Clinton a fustigé le soutien du “démocrate socialiste” aux fabricants d’armes, exagérant largement l’interprétation d’un vote de Bernie Sanders contre un projet de loi lié aux armes. Bernie Sanders a répondu de la pire des manières: “Hillary Clinton n’est pas qualifiée pour la fonction” de président. Un commentaire qui a provoqué un tollé sur les réseaux sociaux et sur les plateaux de télévision. Les commentateurs étaient unanimes: de nombreuses critiques peuvent être adressées à Hillary Clinton, mais pas celle de ne pas être qualifiée pour l’emploi.

Wakal, quarante ans, estime que c’est la première fois qu’il voit un candidat qui se soucie du destin du pays:

Les bureaux de vote ouvrent à 6 heures du matin et ferment à 21 heures mardi 19 avril.

 

Al Jazeera America: les lumières s’éteignent ce mardi (12 avril)

Mardi soir à 18h (heure de New York), les journalistes d’Al Jazeera America (AJAM) feront un adieu en direct de trois heures en présentant certains de leurs meilleurs reportages. Lancée en 2013 après l’achat de la télévision d’Al Gore Current TV pour 500 millions de dollars, Al Jazeera America cesse d’émettre le 12 avril après avoir investi plus de deux milliards dans un travail journalistique original. Les raisons officielles de cette fin brutale pour près de 800 journalistes: le marché ultra-compétitif américain (CNN, Fox News, MSNBC, CBS, NBC, ABC,…). D’autres laissent entendre que le prix du pétrole a été un facteur décisif. La chaîne était financée par le Qatar, Etat pétrolier fortement affecté par l’effondrement des prix du pétrole sur le marché mondial.

AJAM diffuse aussi en guise de bouquet final un documentaire en quatre épisodes sur la présidence Obama: “The Limits of Hope. Inside the Obama’s White House”. Un document exceptionnel sur les deux mandats du premier président noir dans l’histoire des Etats-Unis.

Personnellement, c’est avec tristesse que j’assiste à la fermeture d’une chaîne qui s’est appliquée à réaliser des reportages décalés et fouillés sur la réalité de l’Amérique profonde. En ce sens, elle s’est clairement distinguée de CNN et Fox News, prisonnières de la logique de l’information en continu. Certains ont voulu voir dans la couverture des Etats-Unis par AJAM un journalisme anti-américain. Si certains reportages n’hésitaient pas à montrer des réalités difficiles à imaginer au sein de la première puissance mondiale, les journalistes d’Al Jazeera America dont beaucoup sont venus des chaînes concurrentes ont dans la plupart des cas accompli un remarquable travail journalistique qui a précisément pour objectif d’améliorer le fonctionnement des institutions, qu’elles soient fédérales ou locales. Leur empathie n’a jamais été un prétexte pour tomber dans la complaisance. A titre d’exemple, l’émission Fault Lines a mis en évidence des problématiques sensibles sans rechigner à poser les questions qui dérangent. La fin d’AJAM, c’est clairement une perte pour le journalisme aux Etats-Unis.

Une convention républicaine armée?

Le Parti républicain traverse une passe difficile. Les primaires pour l’élection à la présidence des Etats-Unis ont créé leur lot de surprises. Alors que tout le monde prédisait que la candidature du milliardaire et ex-star de la télé-réalité Donald Trump allait imploser au cours des premiers mois de l’automne, le New-Yorkais s’est au contraire imposé comme le favori à l’investiture. Si aujourd’hui sa candidature est attaquée de toutes parts et que Donald Trump commence à perdre de son assise, il n’en demeure pas moins un élément très perturbateur. Il a imposé certains thèmes comme l’immigration et les traités de libre-échange dans la campagne républicaine voire même démocrates. Il a provoqué une crise majeure au sein du parti, où l’élite ne se reconnaît pas dans le tribun new-yorkais. Aujourd’hui, Donald Trump reste le favori, mais il va avoir de la peine à obtenir les 1237 délégués nécessaires pour s’assurer une nomination automatique.

Convention républicaine de Tampa, 28 août 2012/   Mark Wilson/Getty Images/AFP
Convention républicaine de Tampa, 28 août 2012/ Mark Wilson/Getty Images/AFP

Les chances d’avoir une “brokered convention” (convention ouverte où les négociations iront bon train) en juillet à Cleveland (Ohio) sont donc élevées. Dans un tel cas de figure, tout est possible. Les délégués décideront une semaine avant la convention des règles qui s’appliqueront. Beaucoup président que dans un tel cas de figure, les chances de Donald Trump seraient faibles. Des candidats comme John Kasich, le gouverneur de l’Ohio ou Paul Ryan, l’actuel président de la Chambre des représentants et ex-colistier de Mitt Romney lors de la présidentielle de 2012 auraient davantage d’atouts pour convaincre les délégués réunies dans la Quicken Loans Arena de Cleveland. Va-t-on assister à un scénario du type de 1924 lors de la convention démocrate? Il a fallu 102 tours et 16 jours pour que les démocrates réussissent à choisir leur candidat pour la Maison-Blanche. Cette année, rien de dit qu’une décision sera prise rapidement. Si Donald Trump devait obtenir les 1237 délégués nécessaires, certains membres du parti ont menacé de créer un nouveau parti. Trump lui-même a menacé d’en faire de même s’il estime qu’il n’a pas le respect du Grand Vieux Parti.

Dans un contexte qui sera forcément tendu, est-ce une bonne idée de laisser les délégués entrer dans la Quicken Loan Arena de Cleveland armés? L’idée peut paraître absurde. Or elle est bien réelle. Une pétition lancée sur le site change.org a récolté plus de 50 000 signatures. Elle demande que les délégués puissent porter une arme à feu ouvertement lors de la convention. On imagine mal une telle situation lors du 52e tour de scrutin pour investir le candidat républicain. Les services de sécurité (Secret Service) ont déjà fait savoir à ces aficionados de la National Rifle Association qu’il était hors de question d’autoriser les armes à feu à la convention. En tant que journaliste, on respire. Couvrir la convention, c’est plonger au coeur du système politique américain et non dans un Far West où règne la loi du pistolet…

Avec Bobby Jindal, c’est l’hôpital qui se fout de la charité

L’ex-gouverneur républicain de Louisiane Bobby Jindal ne s’est jamais distingué par sa subtilité. Vendredi, il en a donné un nouvel exemple dans une tribune libre publiée dans le Wall Street Journal intitulée “President Obama Created Donald Trump”. Barack Obama a, selon lui, créé le candidat actuellement en tête de la course à l’investiture républicaine pour la présidentielle américaine du 8 novembre. “Monsieur Obama a réussi à apporter de nombreux changements. Ce ne sont simplement pas ceux qu’on attendait.” Bobby Jindal le souligne: “Soyons honnêtes: Il n’y aurait pas un Donald Trump dominant la scène politique aujourd’hui sans la présidence Obama. (…)Il a créé le fort mécontentement qu’il décrie aujourd’hui.”

Aucune tentative d’introspection de Bobby Jindal par rapport à la responsabilité même du Parti républicain qui a eu pour principale politique, au Congrès à Washington, de s’opposer à tout ce qui venait de la Maison-Blanche, de dénigrer les institutions et d’encourager les forces les moins contrôlables à diaboliser la notion même de compromis.

Samedi, le Washington Post a peut-être publié un article qui explique le mieux la montée en puissance d’un Donald Trump. Il s’est intéressé au bilan du gouverneur Bobby Jindal et force est de constater qu’il n’est pas bon. Il est désastreux. Deuxième Etat le plus pauvre des Etats-Unis, la Louisiane est dans une situation financière dramatique. Il lui manque trois milliards de dollars pour faire simplement tourner les services de l’Etat au cours des seize prochains mois, soit 650 dollars par contribuable. Sans hausse massive d’impôts, l’Etat devra abandonner des programmes nécessaires en termes d’éducation et d’aide aux plus démunis. Plusieurs universités devront fermer. Des étudiants seront privés de leur diplôme et d’autres une bourse d’études. Des hôpitaux devraient aussi fermer leurs portes. Des patients handicapés vont devoir renoncer à leur traitement et des enquêtes sur des abus commis sur des enfants devront être abandonnées. Des impôts supplémentaires directs (salaires) et indirects (TVA) vont devoir être prélevés. Mais cet effort sera insuffisant. L’Etat devra couper massivement dans ses prestations alors qu’il comprend 18% de sa population de 4,6 millions d’habitants vivant sous le seuil de pauvreté. Le salaire médian y est aussi 20% inférieur au salaire médian fédéral.

En huit ans, le gouverneur Bobby Jindal avait pourtant déjà coupé de façon draconienne dans les budgets, mais avait aussi accordé de massifs allègements fiscaux à la classe moyenne et surtout aux riches. Il a même accordé des subventions et crédits d’impôts de 210 millions de dollars à des sociétés implantées dans cet Etat du Sud. Il a profité d’agir ainsi car la Louisiane profitait encore des millions versés par l’Etat fédéral pour compenser les pertes dramatiques provoquées par l’ouragan Katrina en 2005. Selon le Washington Post, à la Southern University and A&M College, une université historiquement afro-américaine, des rats prolifèrent dans les dortoirs au même titre que des moisissures. Dix-huit bâtiments du complexe ont des trous dans le toit. Des égouts se déversent parfois à même le sol. Entre 2007 et 2008, l’Etat a réduit le budget pour l’éducation supérieure de 44%. Du jamais vu aux Etats-Unis. Par le passé, 70% du budget des écoles étaient couverts par l’Etat. Aujourd’hui, ce sont avant tout les étudiants qui le couvrent en raison de frais universitaires qui ont pris l’ascenseur. L’université Southern pourrait être contrainte de supprimer 200 postes dans le personnel et se passer de 125 professeurs adjoints.

Vous multipliez les politiques de Bobby Jindal à travers le pays et vous avez tous les ingrédients pour créer la créature Donald Trump que personne ne contrôle plus.  Né à Baton Rouge en Louisiane de parents du Punjab indien, Bobby Jindal ne souhaitait pas se contenter de ses deux mandats à la tête de l’Etat de Louisiane. Il convoitait la Maison-Blanche. Largué dans la course à l’investiture républicaine, il a fini par jeter l’éponge et soutient désormais le sénateur de Floride Marco Rubio.

L’implant fessier a la cote aux Etats-Unis

Les Américains aiment la chirurgie plastique. En 2015, 15,9 millions d’opérations de chirurgie plastique et d’interventions cosmétiques peu invasives ont été recensées aux Etats-Unis, soit une pour seize adultes. Ces chiffres indiquent une croissance de 115% en quinze ans. Ce sont les nouvelles statistiques de l’American Society of Plastic Surgeons publiées par le Washington Post.

Les opérations les plus prisées sont surtout les procédures peu invasives telles que les traitements au Botox et au collagène, le peeling chimique, l’épilation au laser et l’abrasion du micro-derme. En termes de chirurgie, l’augmentation mammaire reste l’opération la plus demandée, suivie de la liposuccion, du remodelage du nez, de ldea chirurgie des paupières et de l’abdominoplastie.

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Mais l’intervention qui progresse le plus est celle des implants fessiers. Le lifting du fessier montre que celui du visage n’est de loin pas la seule intervention qui a le vent en poupe. Et la chirurgie esthétique, les chiffres le confirment, n’attire plus les seules femmes. 40% des réductions mammaires concernent les hommes.