Des Suisses et la peine de mort à la Columbia Law School

Mardi, c’était le jour où Donald Trump a menacé de «totalement détruire» la Corée du Nord lors de son premiers discours devant l’Assemblée générale de l’ONU, à New York. C’était aussi le jour où la présidente de la Confédération, Doris Leuthard, était invitée à la table du président américain. Et celui où, le soir, à la Columbia Law School, quelques rues plus haut dans Manhattan, s’est déroulée une soirée sur la peine de mort, aux tonalités très suisses, à l’occasion de l’inauguration de l’exposition «Windows on Death Row».

Ce projet, on le doit à la journaliste et productrice Anne-Frédérique Widmann et à son mari, le dessinateur Patrick Chappatte, qui croque notamment pour le New York Times et le Temps. Un projet de longue haleine sur la peine de mort aux Etats-Unis, avec un concept simple et efficace: présenter des «cartoons» de caricaturistes célèbres sur ce thème sensible, en offrant également, en miroir, un regard de l’intérieur, celui de condamnés à mort qui expriment leurs sentiments à travers l’art. Et surtout, donnent un aperçu de leur quotidien. Pour ce faire, le couple a multiplié les contacts et notamment rencontré une vingtaine de condamnés à mort, en Californie, au Tennessee, dans l’Arkansas et au Texas (lire notre récit d’octobre 2015 ici).

Mardi, Pascale Baeriswyl, Secrétaire d’Etat au Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE), était présente à la cérémonie, quelques heures seulement avant l’élection de son potentiel nouveau chef. Elle a tenu des propos forts sur l’engagement de la Suisse contre la peine de mort, un thème particulièrement sensible aux Etats-Unis. Elle a notamment cité Nelson Mandela: «Refuser leurs droits aux hommes revient à contester l’essence de leur humanité».

Kennath Artez Henderson (B. 1974), Riverbend Maximum Security Institution, Nashville, Tennessee

Ndume Olatushani était également présent. L’homme a passé 28 ans dans les couloirs de la mort pour un crime qu’il n’a pas commis, dans une ville, Memphis, où il n’a jamais mis les pieds. Un exemple flagrant d’erreur judiciaire crasse. Erreur? Ses avocats, qui ont travaillé d’arrache-pied pour le faire sortir de prison, étaient également présents mardi soir. Et les mots de David H. Herrington étaient particulièrement retentissants: «Dans son cas, on ne peut pas parler d’erreur. Ils savaient ce qu’ils faisaient. Tout a été fait pour qu’il n’y ait pas d’Afro-américains dans les jurés et ils ont tout mis en oeuvre pour fabriquer des témoignages».

Dessin de Ndume Olatushani

Ndume Olatushani, avec sa voix douce, a donné une véritable leçon de vie. A la proposition d’Anne-Frédérique Widmann d’expliquer à quoi ressemblait une journée «typique» dans les couloirs de la mort, il a répondu: «Je ne voulais justement pas vivre de journée standard. J’ai toujours pensé que je sortirai de prison car j’étais innocent. Je ne pouvais pas penser à une exécution pour quelque chose que je n’ai pas fait et ne voulais donc pas en quelque sorte me mettre en condition». Il a aussi raconté ses journées de deuil, à pleurer prostré sur le sol, après avoir appris le décès de sa mère. «Je l’ai vue dans une sorte de rêve au bout du troisième jour. Elle m’a dit: «Lève-toi!». C’est à partir de ce moment que j’ai vraiment cherché à m’exprimer à travers le dessin et la peinture. Il faut savoir meubler son temps en prison».

Kevin Cooper (B.1958), San Quentin Prison State Prison

Dans leur démarche, Patrick Chappatte et Anne-Frédérique n’ont pas toujours voulu se renseigner sur le passé des condamnés à mort avant leurs rencontres. Pour éviter d’être influencés. Le but de leur travail reste de documenter, expliquer ce qui se passe dans ces prisons. Parler de l’envers du décor. Ndume Olatushani: «Les cellules sont très petites. Vous pouvez vous faire une idée en imaginant vivre enfermés dans votre salle de bain».

Hillary Clinton, son livre et les «abdos magiques» de Bernie Sanders

Quand je reçois un mail de Barack Obama, il m’appelle par mon prénom. Hillary Clinton, elle, ne prend pas cette peine. Pour la candidate malheureuse à la présidentielle de 2016, je ne suis qu’une simple «friend». Mais passons. Quoiqu’il en soit, sa stratégie de communication reste toujours bien huilée. Si je trouve ce matin un de ses messages préparé par son équipe de choc dans ma boîte mail intitulé «Bravery», c’est parce que son nouveau livre, «What Happened», le troisième, sortira mardi prochain. Un livre dans lequel elle règle ses comptes. La version française, «Ça s’est passé comme ça», sortira le 20 septembre.

Plusieurs médias américains, dont NBC et CNN, en ont déjà révélé des extraits. Elle s’en prend notamment à son ancien rival des primaires démocrates, qu’elle rend en partie responsable de son échec. Ses attaques ont fait des «dégâts durables», écrit-elle. Du coup, plutôt que de tendre bravement l’autre joue, Hillary Clinton contre-attaque: «Bernie Sanders annonçait à peu près la même chose, mais en plus gros. Sur tous les sujets, c’est comme s’il promettait des abdos en quatre minutes, ou des abdos en zéro minute. Des abdos magiques!». Et déjà le sénateur a réagi dans le «Late Show with Stephen Colbert», lui volant dans les plumes. Lui aussi est en pleine promotion d’un nouveau livre.

Hillary se livre aussi à quelques confessions et regrets. Elle concède que sa campagne n’avait «pas la même passion ou le même feu» que celle de son mari en 1992 et, bien qu’elle ait été affublée des pires noms d’oiseaux de la part des partisans de Donald Trump, elle regrette de les avoir qualifiés de «pitoyables». Le livre promet d’autres règlements de compte. Elle n’a jamais caché l’aigreur qu’elle ressentait à l’égard de James Comey, le patron du FBI limogé par Donald Trump, qui, quelques jours avant l’élection, avait rouvert une enquête sur ses emails privés alors même qu’une première investigation avait conclu qu’elle n’avait rien fait de dommageable. Hillary Clinton ne cesse de le répéter: «Sans l’intervention spectaculaire du directeur du FBI dans les derniers jours, nous aurions gagné la Maison-Blanche». Elle raconte les coulisses de sa campagne, ses hauts et ses bas, et dénonce le sexisme dont elle a fait l’objet, elle y parle également de sa famille. Et assure que sa vie maritale avec Bill Clinton, connaît «beaucoup, beaucoup, beaucoup de beaux jours, plus que des jours tristes ou de colère».

Dans son mail de ce matin qui tombe à point nommé, Hillary Clinton parle finalement peu de son livre. Elle évoque ses dernières lectures – «On Tyranny» de Timothy Snyder et le dernier livre de Elena Ferrante – et nous conseille un show de Broadway, «Come From Away». Ah si, vers la fin, elle glisse, comme ça en passant, ses dates de tournée pour la promotion de son livre, aux Etats-Unis et au Canada. Des conférences payantes. Le prix des billets va de 50 à … 2300 dollars. Mais à ce prix, vous avez droit à un livre dédicacé et à une petite photo en backstage.  Quand même. Hillary Clinton, c’est tout un business.

Le spectacle Trump, «Michael the Black Man» et le journaliste sous le choc

Passer sa soirée à regarder en direct un «rally» de Donald Trump, c’est un peu comme assister à un spectacle de Broadway. Mise en scène savamment orchestrée, chauffeurs de salle, musique: tout y est. Il y a des prières, du suspens, des clameurs, des «Boooo, booo!» d’un public surchauffé dès que le mot «démocrate» est prononcé, et même des petites distractions, comme lorsque des contestataires parvenus à se fondre dans la foule composée de milliers de partisans se font clouer le bec et plaquer au sol par la police.

Et puis, les gestuelles et mimiques du showman principal, accessoirement président des Etats-Unis, restent fascinantes à observer. Tout comme celles de l’homme gominé placé juste derrière lui qui à chaque fois que le président se retournait avait le visage exalté de celui qui verrait une pile de pizzas bien juteuses arriver après un mois de grève de la faim.

Le petit panel de personnes juste derrière Donald Trump sur le podium – donc face caméra pendant tout le discours – était d’ailleurs intéressant à observer. Empêtré dans une polémique qui n’en finit plus après le drame de Charlottesville – il a mis du temps à condamner les extrémistes de droite -, le président américain, sur un mode très «peace and love», ne s’est pas contenté de faire venir sur scène Alveda King, nièce de Martin Luther King, une ex-démocrate devenue républicaine. Il a visiblement fait en sorte de bien choisir qui devait figurer derrière lui.

Difficile en effet de ne pas remarquer l’Afroaméricain un brin agité sur la gauche de l’écran (photo Getty Images). Sur son T-Shirt, l’inscription: «Trump & les républicains ne sont pas des racistes». Régulièrement, il agitait une pancarte: «Blacks for Trump». Bien sûr, le fait que des Noirs se retrouvent parmi les électeurs de Trump n’est pas nouveau. Mais cela tombe plutôt bien d’offrir une telle visibilité juste après le drame de Charlottesville, pas vrai? Celui qui se fait appeler «Michael the Black Man» n’est d’ailleurs pas inconnu au bataillon, rappelle le Washington Post. C’est un peu un habitué de ce genre de rallies. Son passé est trouble. Il a fait partie d’un gang violent de suprémacistes noirs, traite Barack Obama de «The Beast» et assure que Hillary Clinton a fait partie du Ku Klux Klan.

Mardi soir, à Phoenix (Arizona), Donald Trump nous a surtout gratifié d’une longue parenthèse sur les médias (Fake news, dans le langage trumpien). Il avait prévu son coup: s’écarter du prompteur, sortir ses fiches de son veston trop grand, et se lancer dans un monologue pour attaquer les journaux et chaînes de télévision qui passeraient leur temps à le censurer. Il a repris toutes ses déclarations sur Charlottesville pour prouver qu’il a clairement condamné la haine et la violence. Toutes ses déclarations? Pas vraiment. Il n’a pas mentionné la formule qui a déclenché les foudres, lorsqu’il a déclaré que la démonstration de haine, de sectarisme et de violence émanait de «différents côtés», mettant sur un pied d’égalité néonazis et contre-manifestants antiracistes.

En reprenant l’antenne sur CNN, le journaliste Don Lemon était outré de ce qu’il venait de voir. Choqué, il n’a pas mâché ses mots.  «Je vais parler avec mon coeur: ce à quoi nous venons d’assister était une éclipse totale des faits. Nous avons vu quelqu’un arriver sur scène et mentir directement aux Américains (…), dans une tentative de réécrire l’histoire. Il était comme un enfant qui accuse son frère: «C’est lui, c’est pas moi!» (…)». Don Lemon n’a pas hésité à qualifier Donald Trump de «déséquilibré».

Cela aussi faisait partie de mon spectacle d’hier soir. On n’imaginerait pas vraiment Darius Rochebin faire pareil.

 

Mon éclipse au fond d’une boîte de riz

J’avais pourtant bien suivi les conseils de la NASA, relayés par plusieurs médias américains. Première étape, trouver une boîte de céréales vide  – pour moi c’était du blé complet -, et tapisser le fond de papier blanc. Check. Deuxième étape: scotcher le haut de la boîte, et découper, à droite et à gauche, deux carrés de tailles égales. Re-check. Ensuite, recouvrir l’un de ces carrés de feuille d’alu solide. Done. Et puis, paf, faire un petit trou avec un stylo au milieu de l’alu.

Toute fière de mon bricolage maison, je suis descendue dans la rue, au moment où l’éclipse solaire était la plus visible à New York. J’ai regardé dans le petit trou, dans le sens opposé du soleil censé entrer dans l’autre trou, le grand, le carré donc – vous me suivez toujours? Et là, déception, rien. Le fond de ma boîte de riz complet restait désespérément vide. Et moi, je tournais la tête dans tous les sens, l’oeil collé contre une boîte d’Uncle Ben’s, dans le sens opposé du spectacle…

Perfectionniste, je suis remontée dans mon appartement, prête à trouver une autre solution. Et si c’était l’alu? Le mien avait un côté un peu mat. J’ai donc refait mon bricolage, pour mettre la partie la plus brillante vers l’intérieur. Nouvelle tentative. Mais toujours rien au fond de ma boîte. Pas l’ombre d’un soleil. Echec total pour éclipse partielle.

Dans la rue, j’ai fini par emprunter les lunettes spéciales d’un habitant du quartier. Et je l’ai vue. Enfin. Au retour, j’ai quand même bombardé l’astre boudeur de photos –  mes yeux voient d’ailleurs pas mal de soleils en ce moment -, en essayant frénétiquement tous les filtres possibles. Ratées, les photos sont belles quand même. En fait, je crois que j’ai toujours aimé les rendez-vous ratés.

Donald Trump tweete, retweete et détweete

Donald Trump est connu pour tweeter plus vite que son ombre. Depuis son élection, le correspondant aux Etats-Unis, c’est désormais une sorte de rituel, vérifie le profil Twitter présidentiel à peine sorti du lit (et parfois, on l’avoue, la joue encore collée contre le coussin), histoire de bien commencer la journée. Mais il va désormais devoir être encore plus rapide. Car Donald Trump efface aussi ses tweets plus vite que son ombre. Il l’a même fait deux fois en ce mardi 15 août.

Le premier tweet détweeté est en fait un retweet d’un dessin représentant un train sur lequel est écrit TRUMP en grosses lettres, qui écrase un journaliste de CNN. Avec pour commentaire «Fake news can’t stop the Trump Train». On imagine assez bien le président hilare à l’idée de pouvoir une nouvelle fois se moquer des journalistes qu’il aime tant détester. Sauf que l’image est particulièrement malvenue trois jours après le drame de Charlottesville qui s’est soldé par la mort d’une militante antiraciste écrasée par un néonazi. L’explication de la Maison-Blanche, alors que le président avait déjà mis trois jours pour condamner fermement ces violences racistes? Le tweet a été retweeté par «inadvertance». Il a été effacé 30 minutes plus tard.

Deuxième bourde, le retweet d’un internaute qui le traite de «fasciste». Mike Holden commentait une information de Fox précisant que Donald Trump était prêt à gracier Joe Arpaio, l’ex «shérif le plus coriace des Etats-Unis», condamné en juillet pour discrimination raciale. Farceur, Mike Holden a aussi tôt réactualisé sa petite bio de profil en ajoutant: «Officiellement approuvé par le président des Etats-Unis. J’aurais souhaité que cela soit une bonne chose».

 

Le 30 mai, Donald Trump avait été beaucoup moins rapide avec son fameux  et mystérieux «covfefe» tweeté en pleine nuit, qu’il n’a effacé qu’après plusieurs heures. Ces tweets effacés – près de 30 depuis le début de la présidence – ne le sont d’ailleurs pas tout à fait. Car très rapidement des internautes font des captures d’écran qu’ils s’amusent à propager. Plus important, une loi datant de près de 40 ans oblige l’archivage de tous les écrits du président des Etats-Unis. Et effacer des tweets serait la violer.

 

C’est du moins l’avis de deux membres du Congrès, le républicain Jason Chaffetz et le démocrate Elijah Cummings, qui, en mars dernier, gênés par la légèreté avec laquelle Donald Trump use des réseaux sociaux, se sont fendus d’une lettre à la Maison-Blanche. Ils y expliquent notamment que faire disparaître des tweets, censés refléter une opinion présidentielle, viole le Presidential Records Acts de 1978. Donald Trump a visiblement déjà effacé la lettre de sa mémoire.

Après Blocher TV, voici Trump TV

Après Twitter, où Donald Trump fustige régulièrement les médias américains traditionnels, c’est sur Facebook que le président poursuit son opération de dégommage des journalistes. Suivant la maxime «on n’est jamais mieux servi que par soi-même» alors que son taux de popularité est au plus bas, le voilà qui créé son propre bulletin d’informations, histoire de s’assurer d’avoir des comptes-rendus positifs de ses actions.

Episode 1: c’est sa propre belle-fille, Lara Trump, une ex-productrice de CBS, qui fait office de présentatrice. Le décor: un fond bleu avec l’adresse du site DonaldJTrump.com. En débardeur noir, Lara Trump évoque notamment le sujet favori de Donald Trump: la création d’emplois (ou version langage trumpien: «Jobs, jobs, jobs!»). Elle annonce tout de suite la couleur: «Je parie que vous ne savez pas tout ce que le président a accompli cette semaine, parce qu’il y a tellement de Fake News par ici!». Puis: «Nous avons un président qui met l’Amérique avant sa propre personne et j’en suis si fière». Une allusion au fait que Donald Trump ne perçoit pas de salaire.

Episode 2, on change de présentatrice. Cette fois-çi, c’est Kayleigh McEnany, une ancienne commentratrice de CNN, qui apparaît, tout sourire, depuis la Trump Tower de Manhattan. Elle n’a jamais caché son admiration pour le président américain  et anime le nouveau bulletin trumpien un jour seulement après avoir quitté CNN. Le décor change un peu, avec l’apparition d’images incrustées. Et surtout une musique de fond façon film hollywoodien. Les thèmes, eux, restent à peu de choses près les mêmes: création d’emplois record, réforme de l’immigration légale et héros américains (remise de médailles d’honneur à des vétérans).

«L’émission «Real News» de Trump – Trump TV – est de la propagande commanditée par l’État, comme celle que Kim Jong-Un utilise en Corée du Nord. C’est abominable», n’a pas hésité à tweeter Seth Abramson, un commentateur régulier de la politique américaine.

Michael McFaul, ancien ambassadeur américain en Russie, est tout autant perplexe. Il évoque des «ressemblances avec des télévisions d’Etat observées dans d’autres pays».

Ces capsules apparaissent alors que la communication officielle de la Maison-Blanche ressemble à un champ de mines, avec la démission du porte-parole Sean Spicer, puis le limogeage d’Anthony Scaramucci, directeur de communication pendant dix jours seulement, à l’origine de la démission de Sean Spicer. Certains tremblent à l’idée que cette «Trump TV» remplace peu à peu les briefings de presse quasi quotidiens organisés par la Maison-Blanche.

Le serpent qui se mord la queue. Ou comment gérer un président tweetophile qui en fait trop

On a beau décrocher (un peu) de l’actualité américaine pendant quelques semaines, le temps d’effectuer une série de reportages loin de New York et de Washington, en s’octroyant aussi quelques jours de vacances, le retour aux affaires a, il faut bien l’avouer, un peu un air de déjà-vu. Qu’a fait Donald Trump pendant ces dernières semaines? En allumant CNN ce weekend, on tombe sur la nouvelle «affaire» des tweets présidentiels enflammés: pendant notre absence, le président s’en est violemment pris aux présentateurs de l’émission «Morning Joe» de la NBC, allant jusqu’à offusquer des politiciens de son propre camp.

«Le fou Joe Scarborough et Mika (Brzezinski) bête comme ses pieds ne sont pas de mauvaises personnes, mais leur mauvaise émission est dominée par leurs patrons de NBC. Dommage!», a-t-il écrit samedi. Depuis jeudi, c’est le feuilleton qui semble tenir les Américains en haleine. Donald Trump, pas vraiment content de cette émission qui ose le critiquer, a lâché des scuds contre le couple de journalistes, «la folle Mika au faible QI» et «Joe le psychopathe», pour reprendre ses propres termes. Ces derniers ont dénoncé des «insultes de cour d’école», parlé d’un président «à la dérive» à «l’égo enfantin», et s’interrogent publiquement sur sa santé mentale.

Ca, c’était l’Acte I, analysé, décortiqué, interprété, en boucle et en boucle par les médias américains, CNN en tête. Jusqu’à donner le vertige au pauvre spectateur qui, probablement, aimerait aussi pouvoir s’échapper de cette spirale infernale, où l’ensemble des propos sexistes et grossiers de Donald Trump contre les femmes est remis en exergue. Bien sûr, il a une nouvelle fois franchi la ligne rouge, en osant s’en prendre de manière vulgaire et totalement déplacée à la journaliste qu’il dit avoir vu «saigner à cause d’un lifting facial». Avec la journaliste Megyn Kelly, il n’avait pas pu s’empêcher de faire des sous-entendus graveleux, en disant qu’elle «saignait de partout». Mais écouter pendant des heures des commentaires sur des tweets d’un homme dont l’état mental est sans cesse remis en question a quelque chose de fatiguant.

L’Acte II? Attaqué, Donald Trump réplique. Ca aussi, c’est du déjà vu. Accusé d’attitude non présidentielle, il rétorque, attaque, ne lâche pas prise. Samedi et dimanche, dans de nouveaux tweets, il s’en est une nouvelle fois pris aux grands médias américains qu’il accuse de provoquer et entretenir une «haine» à son égard. Encore une fois, CNN en prend pour son grade. Le président se dit «extrêmement heureux de voir que CNN a finalement été exposé pour (ses) #FakeNews et son journalisme de caniveau». Une allusion au fait que la chaîne a dû retirer un article mis en ligne le 22 juin qui affirmait que le Congrès enquêtait sur des liens entre son entourage et un fonds d’investissement russe. Trois journalistes ont dû démissionner.

Donald Trump ne lâche pas l’os. «Je réfléchis à la possibilité de remplacer le nom de #FakeNews CNN par #FraudNews CNN», écrit-il dans un nouveau tweet. Selon sa porte-parole Sarah Huckabee Sanders, Donald Trump «réplique au feu par le feu».

Cette guerre entre Donald Trump et les médias américains est inquiétante. Elle est aussi navrante et stérile. Donald Trump, qui semble succomber aux sirènes complotistes, nuit gravement à la crédibilité des médias en tonnant sans cesse que tout ce qui émane d’eux est du «fake news». Le journalisme de qualité est de plus en plus indispensable pour séparer le bon grain de l’ivraie; les médias américains ont d’ailleurs renforcé leurs équipes de facts checkers pour faire face au «phénomène Trump».

Mais s’attaquer sans nuance ni sens du dosage ou de la hiérarchie des informations à Donald Trump peut aussi, c’est le danger, passer pour de l’acharnement et pourrait bien, on l’a vu avec CNN, s’avérer contre-productif et leur revenir en pleine face, comme un boomerang. Et ça aussi, c’est dommageable pour la crédibilité des médias. Pourquoi accorder autant d’importance à des tweets jugés non présidentiels sur une émission de télévision alors que des dossiers bien plus importants, comme la réforme de santé, préoccupent les Américains? Tout est une question de dosage. Et trouver le bon dosage, avec le bon ton, est désormais le travail de Sisyphe des journalistes.

Un travail de plus en plus difficile car Donald Trump, lui, n’a pas peur des excès. Dans une vidéo postée dimanche, le président américain, va jusqu’à suggérer, dans une séquence qui se veut humoristique, d’être violent avec les médias.

 

Trump décapité, le gag(e) de mauvais goût d’une humoriste américaine

Kathy Griffin n’est pas vraiment fière d’elle. Dépassée par son propre gag, elle s’est répandue en excuses, tout en relançant le débat autour du fameux «Peut-on rire de tout?». Dans une petite vidéo postée sur son fil Twitter, la comédienne et humoriste américaine de 56 ans l’admet sans ciller (elle n’a pas eu le temps de poser ses faux cils): «Je vous prie de me pardonner. Je suis une comique, j’ai franchi la ligne. Je suis allée beaucoup trop loin, l’image est trop dérangeante. Je comprends que j’ai offensé les gens, ce n’était pas drôle, je le comprends».

Mercredi matin, elle a eu droit à un tweet présidentiel: «Kathy Griffin devrait avoir honte d’elle-même. Mes enfants, spécialement mon fils de 11 ans Barron, ont du mal avec ça. Malade!».

Son fils Donald Trump Jr a également réagi, via une dizaine de tweets. Il rejette notamment la faute sur les démocrates: «Dégoûtant mais pas surprenant. C’est la gauche aujourd’hui. Ils considèrent cela acceptable. Vous imaginez si un conservateur avait fait ça quand Obama était président?».

L’objet de la colère? Kathy Griffin  a posé pour un photographe, l’air grave, en brandissant une tête ensanglantée, façon Etat islamique, avec une imposante chevelure blonde. Celle du président américain. Partagée sur les réseaux sociaux, la photo a immédiatement déclenché des propos outrés, y compris de la part d’habituels détracteurs du président. C’était la ligne à ne pas franchir. Car elle flirte très sérieusement avec l’apologie de la violence. Kathy Griffin a demandé au photographe Tyler Shields de retirer l’image, mais le mal était déjà fait. Elle circule partout, y compris via le fils de Donald Trump. Même Chelsea Clinton a publiquement condamné Kathy Griffin: «C’est abominable et c’est mal. Ce n’est jamais marrant de faire des blagues à propos de l’idée de tuer un président».

Surtout, l’humoriste a également déclenché les foudres au sein de CNN, chaîne sur laquelle elle apparaît régulièrement. C’est elle par exemple, qui avec le journaliste-vedette Anderson Cooper, anime l’émission spéciale de Nouvel An à Times Square. Extrêmement complice avec sa partenaire avec laquelle il fait les 400 coups, il a, lui aussi, jugé nécessaire, devant le tollé provoqué par cette tête présidentielle sanguinolente, de condamner publiquement son acte. Il l’a fait très solennellement hier. «Pour rappel, écrit-il sur Twitter, je suis dégoûté par la photo à laquelle a participé Kathy Griffin. C’est clairement dégoûtant et totalement inapproprié».

Même réaction de la part d’un autre journaliste-vedette de la chaîne, Jake Tapper, qui lui aussi anime une émission à son propre nom. Donald Trump Jr le remercie d’avoir pris ses distances. Tout en montrant CNN du doigt, car la chaîne ne s’est pas encore vraiment désolidarisée de la comédienne.

La réponse est tombée quelques heures plus tard, mercredi après-midi. CNN a fini par prendre la décision de ne plus recourir à Kathy Griffin pour son programme de fin d’année. La chaîne s’était auparavant contentée de déclarer la mise en scène «dégoûtante et blessante», tout en se disant contente que l’animatrice ait présenté ses excuses.

Kathy Griffin ne s’attendait visiblement pas à de telles réactions, s’il l’on en juge la séquence vidéo ci-dessous. Provocante jusqu’au bout, elle avait même baptisé son «oeuvre» «Il avait du sang sortant de ses yeux, du sang sortant de n’importe où». Une allusion à des propos tenus par Donald Trump, alors qu’il était encore candidat,  contre une ancienne journaliste de Fox News, Megyn Kelly. Il l’avait accusée d’avoir été virulente à son égard lors d’une émission «parce qu’elle avait ses règles».

Merkel, Obama, les coeurs brisés, l’ombre de Trump et les jeux de mains

La situation est inhabituelle. C’est à la porte de Brandenbourg, à Berlin, qu’Angela Merkel et Barack Obama se sont retrouvés ce jeudi, pour participer à un débat public devant plus de 70 000 personnes. Une discussion à l’invitation de responsables de l’Eglise protestante pour évoquer les valeurs démocratiques, le rôle de la religion, la crise migratoire, les dérives sécuritaires, le danger terroriste ou encore la nécessaire mobilisation des jeunes. Et pendant qu’ils discutaient d’espoir, de paix et de religion, qu’ils confiaient avoir «le coeur brisé» par la tragédie de Manchester, Donald Trump n’était pas bien loin: il était à Bruxelles pour participer au sommet de l’OTAN. D’ailleurs à peine la chancelière allemande a-t-elle quitté Barack Obama d’un petit geste amical qu’elle s’apprêtait à rencontrer Donald Trump, le petit geste amical en moins. Deux présidents américains le même jour.

A Berlin, très détendu, Barack Obama a surtout donné un avant goût de son nouvel engagement avec sa fondation. «J’espère encore avoir un peu d’influence», a-t-il relevé, tout sourire. «Mon but est d’encourager les jeunes, les leaders de demain, à s’engager, et à marginaliser ceux qui tentent de nous diviser». Sans jamais directement mentionner Donald Trump et sa présidence chaotique, l’ex-président, très peiné par la volonté ferme de son successeur et d’une partie du Congrès d’abroger l’Obamacare, n’a pu s’empêcher d’évoquer sa réforme de la santé. «Mon but était que tous les Américains puissent bénéficier d’une couverture santé». Pari raté: 10 millions d’Américains en sont actuellement privés. Mais selon une toute récente étude du Bureau du budget du Congrès, le Trumpcare, dans sa mouture actuelle, en priverait 14 millions de plus dès 2018 et 23 millions dès 2026.

Et puis, Barack Obama s’est livré à quelques petites confidences. «Pendant ces quatre derniers mois, j’ai surtout essayé de rattraper un peu mon sommeil. J’essaie aussi de passer plus de temps avec Michelle, pour qu’elle me pardonne les moments où j’étais loin d’elle, et je profite de mes filles.»

Michelle. Cet amour qu’il ne cesse de mettre en avant. On ne peut s’empêcher de penser à la scène qui fait désormais le buzz sur Internet: Melania Trump, qui d’un petit geste sec de la main refuse de prendre celle de son mari. C’était lors de la visite officielle en Israël. Rebelote, ou presque, à la descente de l’avion présidentiel, en arrivant à Rome. Melania se passe la main dans les cheveux exactement au moment où son mari tente de la lui attraper. Cette fois, on peut penser que l’acte d’«évitement» n’était pas intentionnel. Quoique. On se rapproche plus d’une autre scène qui a fait le buzz: Donald Trump faisant mine d’ignorer Angela Merkel, lors de sa visite à Washington, quand elle lui glisse discrètement, devant des photographes: «Devrions-nous nous serrer la main?».

Jeu de main, jeu de vilain? L’équipe de communication de Donald Trump pense en tout cas à tout. Dans le communiqué de la Maison Blanche reçu ce jour, une photo est glissée à la fin. Donald Trump et sa femme dans la Chapelle Sixtine. Main dans la main. Tiens, tiens.

La revanche de Monica Lewinsky

«Son rêve était mon cauchemar». C’est dans le New York Times, et sous ce titre, qu’elle a choisi, mardi, de s’exprimer. Monica Lewinsky, que l’on résume souvent injustement aux mots «stagiaire», «robe» et «Bill Clinton», s’est fendue d’une opinion pour évoquer Roger Ailes, le fondateur de Fox News récemment décédé. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle ne l’épargne pas. Car son rêve était son cauchemar.

Roger Ailes était une personnalité contestée. Accusé de harcèlements sexuels, il a été contraint de quitter la chaîne il y a moins d’un an. Le républicain a créé Fox News en 1996, une chaîne devenue par la suite très prisée des conservateurs. Il a également conseillé Richard Nixon, Ronald Reagan, puis George W. Bush père pendant leurs campagnes. Sans oublier Donald Trump.

Monica Lewinsky lui en veut beaucoup. Son «affaire» – sa relation intime avec le président Bill Clinton – a été rendue publique en 1998, deux ans après la création de la chaîne. Roger Ailes, écrit-elle, en a profité pour faire une «saga Lewinsky», en décortiquant l’affaire 24 heures sur 24h, de façon sensationnaliste, en quête de chaque détail, et pendant de longues semaines, dans le seul but de faire fructifier Fox News. Et la «magie» a opéré. John Moody, un des responsables de la chaîne, a osé avouer dans une interview: «Monica était le rêve devenu réalité pour une chaîne d’informations en continu».

En clair, Monica Lewinsky était devenue leur poule aux oeufs d’or, leur vache à lait. «Leur rêve était mon cauchemar», écrit-elle. «Ma famille et moi nous nous retranchions à la maison, inquiets à l’idée que je puisse finir en prison – j’étais la première cible de l’investigation du procureur indépendant Kenneth Starr, menacée de 27 ans d’emprisonnement pour faux témoignage -, ou tout simplement que je puisse m’ôter la vie. Et pendant ce temps, Monsieur Ailes et ses employés de Fox News dictaient aux présentateurs télé ce qu’il fallait dire pour exploiter au mieux cette tragédie personnelle et nationale».

A cause de l’acharnement de Fox News, et d’Internet qui prend son essor, elle se fait traiter de putain, de souillon, de bimbo. «Et même pire». La «Monicagate», hyper médiatisée, part en spirale. La «stagiaire de la Maison Blanche» est traquée en permanence par les paparazzis dès qu’elle tente de sortir de chez elle. Elle écrit: «Quelques jours seulement après que l’affaire a éclaté, Fox demandait aux téléspectateurs de répondre à cette question: “Monica Lewinsky est-elle une fille dans la norme ou une jeune personne immorale cherchant à faire sensation?”». Pour elle, c’est le début de la «culture de l’humiliation». En 2014, elle se confie à Vanity Fair. Elle dit estimer être la première victime d’une campagne d’humiliation mondiale sur internet. En mars 2015, elle en parle dans le cadre d’une conférence TED.

Aujourd’hui, femme d’affaires épanouie, Monica Lewinsky a un combat: lutter contre la cyberintimidation, les chantages et lynchages par internet, qui poussent parfois des jeunes au suicide. Chez Fox News, écrit-elle encore, la culture de l’exploitation ne se limitait visiblement pas à ce qui était diffusé à l’écran, comme l’ont prouvé des témoignages d’employées victimes de harcèlements sexuels. Elle espère que la disparition de Roger Ailes mettra définitivement fin à ces pratiques agressives et irrespectueuses.

Ironie de l’histoire, Roger Ailes a profité d’un scandal sexuel – l’affaire Lewinsky – pour développer Fox News et faire carrière, mais c’en est un autre qui l’a forcé à démissionner. Le sien.