Tables à langer: New York a une longueur d’avance

Aux Etats-Unis, les pictogrammes qui figurent sur les portes des toilettes doivent être constamment revisités. On connaissait déjà «all gender restroom». Il faut maintenant en ajouter un nouveau: à New York, les tables à langer sont désormais obligatoires dans les toilettes pour hommes. C’est le maire de la ville, le démocrate Bill de Blasio, et le gouverneur de l’Etat, Andrew Cuomo, qui ont promulgué ce nouveau règlement, par souci de non-discrimination. Il est en vigueur depuis le 1er janvier. Ainsi donc, un père qui doit changer les couches de son bébé n’aura plus, gêné, à trouver un endroit inadéquat, pour le faire. Il ne devra pas non plus, honteux, pousser la porte des toilettes pour femmes, dans l’espoir d’être bien accueilli avec son rejeton.

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Image de tolérance pour le maire-candidat

Le maire, désormais officiellement candidat pour la présidentielle de 2020, peut ainsi renforcer son image de tolérance, tout comme le gouverneur de l’Etat. Pour l’instant, la loi ne s’applique qu’aux bâtiments neufs ou rénovés, mais c’est déjà un grand pas. L’an dernier, un père, Donte Palmer, avait publié une photo de lui par terre dans les toilettes avec son enfant sur les genoux, rapidement devenue virale. Il s’insurgeait contre l’absence de tables à langer, avec le hashtag #SquatForChange.

Autre option, une pièce ad hoc

En 2016, le fameux Babies Act a été signé par Barack Obama. Il oblige tous les bâtiments publics à disposer de tables à langer. Mais là, New York fait clairement un pas de plus, en pensant aux hommes. Les bâtiments qui disposent de toilettes «all gender» ou «neutral» ont une longueur d’avance. Ces toilettes permettent d’accueillir des personnes transgenres, non binaires, ou tout simplement celles qui n’aiment pas se voir enfermées dans des cases. Et bien évidemment, les tables à langer en font déjà partie. L’autre solution, si rajouter des tables à langer dans les toilettes pour hommes s’avère compliqué, est simplement d’avoir une petite pièce ad hoc, accessible à tous, pour langer les bébés.

Le démocrate new-yorkais Brad Hoylman, qui a rédigé le texte de loi, n’a pas cherché midi à 14 heures pour expliquer sa motivation: «Les pères doivent aussi faire leur part du sale boulot.» «Les pères gays comme mon mari et moi n’auront plus jamais besoin de changer des couches sur le sol d’une salle de bain!», précise-t-il surtout sur Twitter, photo à l’appui. On le voit, de dos, agenouillé sur des catelles, en train d’agrafer la grenouillère de sa fille.

Mediaslot: Twitter

Gay dads like my husband & me may never have to change diapers on a bathroom floor👇🏻👇🏻again! @NYGovCuomo budget mirrors my legislation (S574) requiring new buildings to have baby changing tables in public restrooms for both women & men. #pottyparity pic.twitter.com/blQPy34OOw

— Senator Brad Hoylman (@bradhoylman) 23 janvier 2018

Original Tweet

La précédente chronique: La «treizième personne» de la fusillade

 

La «treizième personne» de la fusillade

ll est désormais connu comme le «tireur de Virginia Beach». Le 31 mai, un employé municipal qui venait de donner sa démission a provoqué un carnage dans une Amérique régulièrement endeuillée par des fusillades de masse. Il a abattu 12 personnes avant d’être tué par la police. C’est très ému que le maire de la ville a rendu compte du drame lors d’une conférence de presse. Il a surtout pris une décision: ne pas mentionner le nom du tueur. Pour lui, l’homme restera à jamais «la treizième personne».

Eviter l’«effet copycat»

Même attitude, ou presque, pour le chef de la police locale, James Cervera. «Nous ne mentionnerons son nom qu’une seule fois, ensuite il sera à jamais étiqueté comme «le suspect» car nous nous concentrons sur la dignité des victimes et de leurs familles», a-t-il averti. Leur but est de ne pas contribuer à une sorte de glorification posthume malsaine. Car des études l’ont démontré: les auteurs de ce type de fusillades agissent souvent dans le but de faire parler d’eux et s’inspirent de précédents fortement médiatisés. Or les autorités de Virginia Beach sont bien décidées à éviter tout «effet copycat».

Elles ne sont pas les premières à agir ainsi. Après la fusillade dans les locaux d’un journal d’Annapolis l’an dernier, le chef de la police s’était aussi refusé à donner le nom du tueur. Et en Nouvelle-Zélande, la Première ministre Jacinda Ardern s’est refusée à dévoiler l’identité du suprémaciste blanc responsable de la mort de 51 personnes dans deux mosquées. «C’est un terroriste. C’est un criminel. C’est un extrémiste. Mais quand je parlerai de lui, il restera sans nom», a-t-elle déclaré. Le New York Times rappelle qu’en 2012 déjà, lors d’une fusillade dans le Colorado, les parents d’une des victimes avaient lancé, sur les réseaux sociaux, le hashtag #NoNotoriety.

Des médias écartelés

Le débat, qui vaut aussi pour les attentats terroristes, prend de plus en plus et c’est tant mieux. Les médias ont aussi leur part de responsabilité, écartelés entre le besoin brut d’informer en récoltant le plus de détails possibles sur le background des tueurs et celui de s’autocensurer pour le bien du public. Même problème avec les photos. Faut-il montrer les visages des kamikazes floutés, ou pas du tout? A chaque fusillade ou attentat, on se pose les mêmes questions. A chaque fois, on hésite. Qu’est-ce qui est d’intérêt public? Est-ce que renoncer à donner le nom des tueurs risque d’alimenter des théories du complot? Il n’est pas toujours évident de trancher, surtout dans l’urgence.

Seek truth and minimize harm (rechercher la vérité et minimiser les préjudices), précise une des règles de déontologie de l’Association américaine des journalistes professionnels. Pas sûr que cela aide beaucoup. La police, elle, semble avoir tranché. L’anonymisation des tueurs de masse est une tendance qui prend de l’ampleur.

Quand basket et vasectomie vont de pair

Le cerveau fait parfois de drôles de raccourcis. En apprenant cette semaine que l’Alabama s’apprête, comme d’autres Etats américains avant lui, à rendre la castration chimique obligatoire pour toutes les personnes condamnées pour pédophilie sur le point d’être libérées, je me suis souvenue d’un article du New York Times qui m’avait intriguée. Il n’y était pas question de pédophiles forcés à suivre un traitement affectant leur libido, mais de stérilisation masculine par choix. Et de sports.

C’est la saison

Si, si, de sports. Car figurez-vous qu’il y a une saison pour les vasectomies aux Etats-Unis. Tant qu’à faire, lorsqu’il s’agit de joindre l’utile à l’agréable, les Américains visent surtout le mois de mars. Pour une raison très simple: ils peuvent profiter des matchs du Championnat NCAA de basketball, vautrés sur leur canapé la conscience parfaitement tranquille, avec leur paquet de petits pois congelés entre les jambes. Dans l’article, l’urologue Tobias Kohler, de la Mayo Clinic à Rochester (Minnesota), confirme que mars est bien un mois de folie, où les rendez-vous et opérations s’enchaînent à n’en plus finir. Aux Etats-Unis, ils seraient près de 500 000 chaque année à choisir de subir une vasectomie. Les stérilisations chez les femmes, bien que plus risquées, restent toutefois encore deux fois plus nombreuses.

A propos de la NCAA: Les basketteurs universitaires américains sont-ils des esclaves?  

L’alliance de la stérilisation et des journées patate de canapé

Basket et vasectomie iraient donc de pair dans le pays de l’Oncle Sam. Mais ce n’est pas fini. Et cette fois, c’est un article de The Post and Courier qui nous l’apprend. Le Buffalo Wild Wings, un bar sportif qui est un des principaux sponsors du tournoi NCAA, a pensé à tout. Cette année, il a fait la promotion, à New York et à Los Angeles, d’un tabouret de bar d’un genre un peu particulier, le «tabouret bijoux de famille». Même le très sérieux magazine Forbes en a parlé.

Ce tabouret comprend un système de refroidissement intégré qui procure le soulagement nécessaire à celui qui vient de subir une intervention entre les jambes. Le Jewel Stool propose aussi un porte-bières réfrigéré et un petit bouton lumineux «beer me» pour signaler au serveur quand il faut remplir le verre. Là, on comprend moins. Car sauf avis contraire, se remettre d’une vasectomie n’empêche pas de parler. Même aux Etats-Unis.

Un puissant lobby des armes pas si puissant

Rien ne va plus au sein de la National Rifle Association (NRA). Le très puissant lobby des armes, déchiré par des guerres de clans, ne serait, bonne nouvelle, plus si puissant que ça. Ces dernières semaines, directeur général et président se sont affrontés par courrier et noms d’oiseaux interposés. Le premier, Wayne LaPierre, a été accusé d’abus financiers par le deuxième, Olivier North, qui a réclamé sa démission. Mais au final, c’est Wayne LaPierre qui a été réélu à son poste et Olivier North qui a été remplacé.

Cette nouvelle lutte à sa tête va-t-elle nuire à l’organisation, qui revendique cinq millions de membres et refuse le moindre contrôle des armes à feu dans un pays régulièrement endeuillé par des fusillades de masse – vendredi encore, un employé municipal d’une station balnéaire de la côte est américaine a tué 12 personnes? Si elle cherchait à se tirer une balle dans le pied, elle ne ferait pas mieux. Car elle est déjà affaiblie par les révélations du rapport du procureur spécial Robert Mueller sur l’affaire russe: ses liens avec la Russie ont été mis en exergue.

Pour évaluer son réel pouvoir, le rôle de la NRA sera à observer avec une attention toute particulière ces prochains mois, dans le cadre de l’élection présidentielle. Car jusqu’ici, le lobby arrosait des politiciens à coups de millions de dollars, les rendant soudainement très dociles. Des membres du Congrès mangent dans la main de ses responsables.

Avant ces tensions, la NRA a connu de nombreux dérapages, plus ou moins volontaires. Et comme si elle était en manque de nouvelle polémique, elle s’est même attaquée à un dessin animé, sur sa NRATV. La coriace porte-parole Dana Loesch n’a pas trouvé mieux, pour se moquer de «Thomas & Friends», un programme pour enfants produit par Mattel, que de couvrir les locomotives qui parlent avec des cagoules du Ku Klux Klan. Elle l’a montré dans une émission qu’elle anime elle-même.

What in the heck is Dana talking about re: Thomas The Tank Engine?

Original Youtube Video

https://youtu.be/lMnTNphFCng

Le lien avec les armes? Aucun. La très conservatrice Dana Loesch voulait «juste» se moquer du dessin animé qui miserait à son goût un peu trop sur la tolérance entre ethnies et genres. Le programme avait décidé de faire voyager Thomas à la découverte de nouveaux pays et venait d’introduire des personnages-trains féminins, dont une locomotive venant du Kenya.

Lire aussi: Chez les pro-armes du New Jersey

La NRA peut toujours tenter de faire croire qu’elle ne protège pas les suprémacistes blancs qui se sont rendus coupables de fusillades dans des synagogues. Mais après l’épisode «Thomas & Friends» et l’affaire des cagoules, elle aura bien de la peine à se faire entendre.

Recherche grandes idées pour petits emplacements

De grandes idées pour de petits emplacements. Alors que le tout New York (ou presque) s’extasie devant son nouveau quartier de Hudson Yards, où le seul Vessel, une curieuse immense d’oeuvre d’art sous forme d’escaliers, a coûté 200 millions de dollars, la ville a lancé un concours d’architecture particulier. Son but: trouver des solutions pour combler certains «trous» entre vieilles maisons et buildings audacieux. Ou trouver la bonne pièce du puzzle. Vous ne me suivez pas?

Reprenons. Dans cette ville à l’énergie débordante, où les grattes-ciels poussent comme des champignons – j’y suis depuis un peu plus de deux ans, et la vue depuis ma fenêtre sur la skyline a déjà bien changé -, les défis architecturaux sont nombreux. Il existe des lots à l’abandon, ou squattés par des chats errants – la ville a un programme spécial pour eux. Des petits espaces de rien du tout, parfois le résultat d’un propriétaire resistant qui n’a pas voulu vendre son terrain à des promoteurs immobiliers avec des dollars plein les yeux.

Ce sont ces espaces pour lesquels la ville lance un concours, dans l’idée d’y bâtir des logements à loyers corrects. Ce concours s’inscrit dans un plan plus large lancé par le maire Bill De Blasio, pour promouvoir 300 000 logements abordables d’ici 2026, dans une ville où les loyers sont indécents.

Vingt-trois emplacements sur les 885 que possède aujourd’hui la ville sont concernés. Comme l’a raconté le New York Times, les plus petits espaces vacants font 7,6 mètres de large et 30 de profondeur, soit 230 mètres carrés. La ville est devenue propriétaire de milliers de lots dans les années 1960 et 1970, surtout à Brooklyn et dans le Bronx, des terrains généralement saisis à des promoteurs véreux.

Pour le concours, les architectes devront rivaliser d’imagination à propos d’un lot étroit à Harlem, sur la 136ème rue, coincé entre deux maisons de deux étages. Un quartier d’ailleurs toujours plus touché par le phénomène de la gentrification. Mais cette fois, ce sont d’abord les chats errants qui seront chassés.

Quand Donald Trump s’en prend à l’espagnol

Ils sont 50 millions sur les près de 327 millions d’Américains. Qu’ils soient clandestins ou aient des papiers, nés aux Etats-Unis ou en Amérique latine, laveurs de carreaux ou traders à Wall Street, les hispanophones sont toujours plus nombreux aux Etats-Unis. L’espagnol est une langue en pleine expansion. Cela se vérifie jusque dans de nombreux formulaires officiels, à commencer par ceux émanant de l’administration fiscale. C’est dire le poids de la langue. On part même de l’idée que vous pouvez vivre aux Etats-Unis sans parler l’anglais, pardi! Les médias s’y sont adaptés puisque près de 350 journaux sont édités en espagnol.

Selon des estimations de l’Institut Cervantès, les Etats-Unis pourraient même devenir le premier pays hispanophone au monde en 2050, avec 130 millions d’individus répondant à ces critères. Soit plus que le nombre d’habitants du Mexique. Donald Trump pourrait s’en réjouir, lui qui aime humilier le Mexique à propos des tensions à la frontière, là même où il s’imagine construire un immense mur pour freiner les migrants et les trafiquants de drogue. Mais que nenni. En mai 2016, en pleine campagne présidentielle, il avait bien tenté de draguer les Latinos avec un tweet maladroit. On l’y voyait tout sourire devant un immense taco bowl, pour souhaiter un joyeux Cinco de Mayo, fête mexicaine surtout célébrée aux Etats-Unis, tout en soulignant que les meilleurs se trouvaient dans sa Trump Tower, sur la 5e Avenue, à Manhattan.

Mais une fois qu’il a été élu, le discours a très vite changé. Plus de mine hilare, plus de taco bowl, plus de «I love Hispanics». Alors que 29% des Hispaniques ont voté pour lui en 2016, Donald Trump ne fera pas la promotion de l’espagnol, ni même celle du Spanglish. Au contraire. Très vite, il a supprimé la version espagnole du site officiel de la Maison-Blanche, que Barack Obama avait instaurée en 2009, un peu comme il avait masqué, lui le climatosceptique, toute référence au changement climatique. Les réactions ont été vives. Même le ministre espagnol des Affaires étrangères a fait part de son incompréhension.

La Maison-Blanche n’a jamais vraiment donné d’explications. Officiellement, un nouveau site devait voir le jour fin 2017. Vraiment? Si vous le cherchez en tapant www.whitehouse.gov/espanol, vous tomberez toujours sur ce même message d’erreur qui s’impose depuis plus de deux ans. Rien, nada, passez à autre chose. Ou plutôt: cherchez l’erreur.

Donald Trump gouverne comme il golfe (et vice-versa)

En cette ambiance de pré-campagne présidentielle, les livres politiques se multiplient comme des petits pains, à en donner le tournis. Kamala Harris, Beto O’Rourke, Pete Buttigieg, Elizabeth Warren et j’en passe, tous les candidats pour 2020 s’y mettent. Et puis, il y a les livres non politiques mais qui traitent malgré tout de politique. Dans cette catégorie, Rick Reilly détient la palme d’or. Le chroniqueur sportif vient de sortir l’ouvrage Commander in Cheat: How Golf explains Trump, où il se sert du sport préféré du président pour expliquer sa manière de gouverner. Obsédé par la victoire, avec presque tous les moyens pour y parvenir, bluff et triche compris.

Chroniqueur pour la chaîne ESPN et ex-reporter du magazine Sports Illustrated, Rick Reilly n’hésite pas à dépeindre Donald Trump, qu’il suit depuis trente ans, comme un «tricheur congénital». Il a eu l’occasion de le voir à l’œuvre de nombreuses fois, mais a aussi interrogé une centaine de personnes évoluant dans le milieu. Et, apparemment, pour passer un bon moment, mieux vaut le laisser gagner. Même avec le champion Tiger Woods, qui a d’ailleurs reçu ce lundi la «médaille de la Liberté» à la Maison-Blanche, Donald Trump n’hésite pas à tricher. «Il triche au plus haut niveau», écrit l’auteur. «Il triche quand les gens regardent, il triche quand ils ne le font pas. Il triche, que ça vous plaise ou non. Il triche parce que c’est comme ça qu’il joue au golf… si vous jouez au golf avec lui, il va tricher.»

Un jour, lors d’une partie avec Tiger Woods, sa balle a fini sa trajectoire dans l’eau… avant de miraculeusement réapparaître sur le green, à l’endroit précis que Trump visait. On ne contrarie pas un président susceptible qui veut gagner. Ses agents de sécurité l’ont bien compris, eux qui viennent souvent à la rescousse de balles en bien mauvaise posture. Autre anecdote: des caddies le surnomment «Pelé», car il aurait tendance, énervé, à shooter un peu facilement dans les balles des autres.

Donald Trump et son clan possèdent une vingtaine de terrains de golf, dont les deux tiers sont sur sol américain. Le président a fait de ce sport son hobby principal, pratiqué si possible sous le soleil de Floride. Un des seuls points communs d’ailleurs qu’il a avec son prédécesseur Barack Obama, lui aussi amateur de golf. Chez Donald Trump, le golf semble être addictif. Il avait promis un sevrage en 2016 durant sa campagne électorale, mais ne s’y est pas tenu. La phrase «Si je suis élu, je travaillerai pour vous, je n’aurai pas le temps d’aller jouer au golf, croyez-moi» a été bien vite reléguée aux oubliettes.

La mégalomanie de Donald Trump, qui prétend avoir un handicap de 2,8 (personne n’y croit vraiment), s’exerce aussi sur le terrain. Selon l’auteur du livre, il aurait un peu trop tendance à gonfler ses exploits et inventer des victoires. «Score final sur dix-huit championnats évoqués: seize mensonges, deux incomplets, aucune victoire confirmée. Le nez de Trump s’est tellement allongé qu’à ce stade, il pourrait putter avec», écrit Rick Reilly. Pour lui, la façon dont Trump golfe correspond décidément vraiment à celle dont il préside, «en faisant comme si les règles étaient faites pour les autres». Attention aux coups de club!

Des mensonges pas comme les autres

On a beau dire qu’aux Etats-Unis le mensonge est considéré comme un crime absolu, bien moins toléré qu’en Europe, force est de constater que tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Nafissatou Diallo, par exemple, la femme de chambre du Sofitel de New York qui a accusé Dominique Strauss-Kahn d’agression sexuelle, est très vite passée du statut de victime à celui de pestiférée. Car elle avait dissimulé quelques détails concernant sa vie privée et son statut migratoire. Une faute grave pour les Américains. #MeToo n’était pas encore passé par là.

Le président Bill Clinton a lui dû ramer après l’affaire Lewinsky. Son mensonge lui a été davantage reproché que sa relation extraconjugale en tant que telle. Mais que dire des ministres de la Justice sous Trump? Jeff Sessions a dû se récuser de l’affaire russe après avoir admis avoir menti: il avait bien rencontré un certain ambassadeur russe à Washington. Il a par la suite rejoint le banc des limogés de Donald Trump. Affaire classée. Touché, coulé, oublié. Quant au nouveau, Bill Barr, son audition mercredi devant le Congrès s’est apparentée à une sorte de spectacle version poker menteur.

«Vilaine presse, va!»

Le procureur spécial Robert Mueller l’accuse d’avoir édulcoré son rapport sur Donald Trump, en le présentant de manière un peu trop favorable dans son résumé. Bill Barr rejette ces accusations et s’en prend à Robert Mueller. Il assure que ce dernier n’a pas remis en question son résumé, mais la manière dont la presse l’a interprété. Vilaine presse, va! Sauf que voilà: la lettre adressée par Mueller le 27 mars, et diffusée par la plupart des médias américains, dit noir sur blanc que c’est bien le résumé proposé par le ministre de la Justice qui pose problème.

«Tragicomédies sans popcorn»

Difficile de comprendre pourquoi Bill Barr s’est si facilement laissé entraîner sur la pente de ce qui peut ressembler à un mensonge… Paroles contre paroles? Oui, sauf que Robert Mueller a laissé des traces écrites. A d’autres moments, Bill Barr, sous serment, a préféré recourir à une autre tactique, moins dangereuse: l’amnésie partielle. Michael Cohen, l’ex-avocat du président, féroce pitbull devenu gentil caniche depuis qu’il collabore avec la justice, s’est lui aussi rendu coupable de mensonges à propos des affaires de Donald Trump. Il l’a admis devant le Congrès. Pimentées, les auditions devant le Sénat et la Chambre des représentants ressemblent décidément de plus en plus à des tragicomédies, sans popcorn en option.

Le risque de la banalisation

Mais les diffuseurs de mensonges ne vacillent pas tous. Il en est un en particulier qui a mis la barre très haut: Donald Trump. Le Washington Post traque ses mensonges, imprécisions, contre-vérités et autres erreurs censées être volontaires depuis des mois. Si l’on en croit le journal, il en est déjà à plus de 10 000 depuis son investiture. Avec des degrés de «mensongitude» différents. Des petits Pinocchio permettent d’ailleurs d’en évaluer l’importance, comme les petits piments sur les menus thaïs qui indiquent à quel point le client crachera du feu. Cette profusion comporte un risque immense: la banalisation du mensonge. Et c’est bien ce que Donald Trump contribue à faire. Avec, visiblement, quelques fidèles serviteurs comme complices.

 

Aux Etats-Unis, donner son sang pour survivre

En Suisse et dans la plupart des pays européens, donner son sang est un acte altruiste, tout au plus récompensé par un sandwich, pour redonner des forces. Aux Etats-Unis, donner son sang est parfois motivé par une raison bien moins noble: l’argent.

Le don du plasma, composant du sang riche en protéines qui permet de fabriquer des médicaments, est un business florissant aux Etats-Unis, rappelait récemment le New York Times dans un article éclairant. Des personnes en situation de précarité peuvent obtenir 30 dollars par don de plasma sanguin – 50 les premières fois – , et ce jusqu’à 104 fois dans l’année. Mais jamais plus de deux fois par semaine. Elles peuvent espérer gagner 3120 dollars au total par an, pour autant qu’elles soient en bonne santé.

C’est ce que fait Jacqueline Watson, dont le journal raconte l’histoire. Son fils a été condamné à la perpétuité. Il a besoin d’argent. Sa mère n’en a pas vraiment. Le sang qui coule dans ses veines lui permet par contre rapidement de se procurer les 30 dollars qui permettront à son fils de téléphoner. Elle file donc au centre de dons du sang le plus proche, en l’occurence CSL Plasma, une boîte australienne. Et reçoit l’argent sur une carte de crédit.

Jacqueline Watson fait partie des nombreux Américains qui donnent leur sang par besoin. Les dons du sang se multiplient et depuis 2000, les dépenses ont quadruplé. En 2017, ce marché représentait plus de 21 milliards de dollars, rappelle le New York Times. En 2016, 1,9% de l’ensemble des exportations américaines étaient liées au sang récolté. Plus que le soja ou les ordinateurs.

Forcément, la polémique pointe, tout comme les questions éthiques. Les plus désespérés, parmi lesquels des sans-abris qui cachent parfois leur toxicomanie, sont-ils exploités pour permettre la fabrication de médicaments lucratifs? Les centres de collecte sont, comme par hasard, souvent situés dans les quartiers pauvres… Surtout: risquent-ils, en multipliant les dons, d’avoir des ennuis de santé, notamment de l’anémie? Comme le rappellent les journalistes Marie Maurisse et François Pilet dans leur documentaire Le Business du sang diffusé en décembre 2016 sur la RTS et Arte, des entreprises suisses participent à cette industrie juteuse aux Etats-Unis. C’est le cas par exemple d’Octapharma. Des médicaments vendus en Suisse peuvent ainsi contenir du plasma de donneurs américains rémunérés alors même que la pratique est interdite en Suisse. Le documentaire a également relevé une autre face sombre du marché du plasma: la Croix-Rouge suisse revend une partie du plasma récolté à des entreprises privées comme Octapharma ou CSL. Et les donneurs ne sont pas forcément au courant…

Autre exemple trouble du rapport santé-argent aux Etats-Unis: le maire de New York, Bill De Blasio, contraint ces jours des habitants de Brooklyn à se faire vacciner contre la rougeole, après des pics inquiétants de réapparition de la maladie. Et s’ils ne le font pas? Ils payeront une amende de… 1000 dollars! Les méthodes américaines sont parfois curieuses…

La guerre des pantalons

L’école de Charter Day, dans la petite ville de Leland, en Caroline du Nord, a récemment été le terrain de jeu d’une drôle de guerre: une guerre des pantalons. Trois écolières se sont rebellées contre le fait de devoir porter des jupes. Elles ont porté plainte contre leur école et ont gagné. Certes, la bataille judiciaire a été longue – près de trois ans! Mais, au final, elles sont ravies de pouvoir enfiler des pantalons.

Anodin, comme la curieuse «guerre des toilettes» qui a récemment agité les Etats-Unis? Pas vraiment. D’ailleurs, la «bathroom dispute» déclenchée par Gavin Grimm ne l’est pas non plus. L’ado transgenre – né fille, il est devenu garçon – milite pour que les écoliers comme lui puissent aller dans les toilettes qui correspondent à leur nouvelle identité sexuelle. Son combat met plus largement en évidence les discriminations dont les transgenres sont victimes aux Etats-Unis, alors que le président Trump a pris des mesures en leur défaveur.

Lire aussi: Gavin Grimm, l’ado américain qui a déclenché la «guerre des toilettes»

Mais revenons à Charter Day: l’histoire des pantalons n’a rien d’une coquetterie. Coachées par leurs parents et soutenues par la puissante Union américaine pour les libertés civiles (ACLU), les fillettes ont prouvé qu’elles étaient victimes d’un comportement sexiste et que leur corps n’avait pas à être sexualisé de la sorte. «Les plaignants ont démontré que les filles sont sujettes à des restrictions vestimentaires qui les empêchent de jouer librement durant la récréation, impliquent qu’elles surveillent constamment leur posture, au point de les distraire des enseignements prodigués en cours, et les soumettent au froid, ou au port inconfortable de plusieurs couches de collants lors des mois d’hiver. La défense n’a fourni aucune preuve qu’un tel fardeau existe pour les garçons», a souligné le juge dans son verdict.

Le monde à l’envers? D’habitude, le débat se concentre plutôt sur la longueur des jupes, l’envie d’interdire les shorts et les leggins trop moulants, la chasse aux bretelles qui auraient l’outrecuidance de s’échapper de jolis petits hauts. Le moindre millimètre de peau nue jugé indécent est traqué et l’«hypersexualisation» des filles scrutée dans ses moindres recoins. Dans une école de Floride, une élève a même été grondée l’an dernier pour ne pas avoir porté de soutien-gorge: elle a dû cacher ses tétons avec des morceaux de scotch, afin d’éviter de «distraire» les garçons. Alors, oui, tout cela rend la longue bataille judiciaire par laquelle ont dû passer des écolières de Charter Day pour avoir le droit de couvrir leurs jambes d’autant plus incompréhensible. Non?

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