J’ai mal à ma fondue

On ne se permettra pas de critiquer le fromage fondu d’un orange vif qui dégouline sur certains homards, le «imitation crab meat» repéré sur une carte d’un restaurant de Brooklyn, ces pauvres salades noyées sous des douches vaporisantes dans les étals des supermarchés, ou encore ces sortes de «boites-de-conserve-en-carton-à-pâte-à-croissants-qu’il-faut-presser-avec-une-cuillère-pour-qu’une drôle-de-masse-odorante-nous-saute-à-la-figure». Mais là, quand même. On ne peut pas rester les bras croisés. Le New York Times a habituellement de jolies pages dédiées à la gastronomie. Et là, paf, déception, horreur et damnation.

Non mais regardez cette recette «traditionnelle» de fondue suisse! Elle commence mal, très mal même. Avec la recommandation d’utiliser une portion égale de gruyère, «pour la richesse de son goût», et…. d’«Emmenthaler, raclette or Appenzeller cheese» (sic), «pour sa texture souple». Gloups. Va ensuite pour le shot de kirsch et l’ail. Mais après, ça se gâte sérieusement. On nous propose d’y plonger des bouts de pain… mais aussi des «tranches de pommes, des quartiers de clémentine, du salami en cubes,  des bouts de bretzels, des abricots séchés, du raisin sans pépins ou du tofu». Pire – j’ai comme l’impression que Melissa Clark, qui par ailleurs a écrit plusieurs livres de cuisine, n’a pas versé son shot de kirsch au bon endroit -, la phrase finale de la recette: «la fondue peut merveilleusement bien être utilisée versée sur de la laitue romaine à la place d’une sauce salade».

Ah, et puis, en lisant quand même la recette jusqu’au bout, la cuisinière, décidément en grande forme, nous gratifie de quelques «tips» ou variantes, histoire de satisfaire tous les goûts. Comme la «cheddar-whiskey fondue», la «seedy gouda fondue». Ou encore la «dark beer caramelized onion fondue». Qui dit mieux?

Je vous laisse. Il faut que je bricole ma pancarte «Ne touche pas à ma fondue».

Un blizzard nommé Stella

Le maire de New York, Bill de Blasio, nous a recommandés de rester à l’intérieur, et pour ceux qui devaient quand même sortir en voiture, la consigne était claire: «Armez-vous d’une torche électrique et d’une bouteille d’eau». Musées, écoles et siège de l’ONU fermés, traders de Wall Street invités à rester chez eux, rues aussi vides que les rayons des supermarchés, rares reporters engoncés dans leur parka, qui racontent, hilares, en direct, leurs impressions météorologiques sur des chaînes locales tout en se battant avec des flocons de neige, New York avait ce mardi un air de ville déserte.

La neige givrée frappe avec insistance contre les vitres, le vent siffle, le ciel est blanc. Drôles d’impressions. La fautive? Stella. Le blizzard que tout le monde redoutait et qui, forcément, a un prénom féminin. Finalement, dans la matinée, alors que l’on imagine chacun en train de ranger ses kilos de pâtes, de farine et de sucre achetés la veille, une nouvelle rassurante: la fin du monde est reportée à plus tard. La météo nationale a revu à la baisse les quantités de neige attendues: on n’atteindra probablement pas les 60 centimètres prévues à la fin de la journée, mais plutôt quinze. L’alerte au blizzard a été levée sur New York. Mais deux tiers des vols sur les aéroports new-yorkais ont été annulés, 5400 dans l’ensemble du pays.

Après le maire, c’est le gouverneur de New York, Andrew Cuomo, qui évoque de gros problèmes de verglas et nous invite à rester chez nous. Donald Trump avait lui tweeté la veille «Be safe!», après avoir décidé, à cause de Stella, de reporter sa rencontre avec la chancelière allemande Angela Merkel à vendredi.

Finalement, on est aux petits oignons ici. Un maire, un gouverneur et un président qui se soucient de notre bien-être et qu’on soit bien au chaud à la maison, c’est plutôt classe.

Ah zut, il va quand même falloir sortir le nez dehors et affronter la bourrasque: j’ai promis à une amie d’aller nourrir ses chats pendant qu’elle bronze en Floride.

Dormir tout près de Donald Trump

En m’installant à New York, début novembre, je suis d’abord passée par Airbnb. Et comme je m’y étais prise un peu au dernier moment, je n’avais plus beaucoup de choix du côté de Brooklyn, où je voulais passer mes premiers jours new-yorkais. Il a donc fallu se décider rapidement, entre cinq offres différentes. Tiens, cet appartement-là semble pas trop mal. Vendu! Une fois sur place, on se dit qu’on aurait pu faire un peu plus attention. Pour éviter de se retrouver dans une espèce de cave sans fenêtre (ou plutôt si, mais des fenêtres qui mangent le trottoir), dans un sympathique quartier jamaïcain de Flatbush, mais où on peut compter au moins une quarantaine de «groceries» jamaïcaines, avant de trouver une bouche de métro.

En prenant le temps de regarder plus attentivement les offres d’Airbnb, j’aurais surtout très bien pu me retrouver à quelques mètres de celui qui allait devenir le nouveau président des Etats-Unis. Car une propriétaire d’un appartement de la Trump Tower, sur la 5ième avenue, à Manhattan, avait discrètement mis son bien sur la plateforme, pour un prix oscillant entre 300 et 450 dollars la nuit. C’est le New York Times que le raconte dans son édition de mardi. Et qui du coup a provoqué le retrait de l’annonce du site, quelques heures seulement après avoir joint la société pour un commentaire.

L’appartement était disponible depuis le mois de septembre. Il était déjà réservé pour mars, avril et mai. Un journaliste du New York Times l’avait booké pour un weekend en avril. La propriétaire lui a tout de suite fixé un rendez-vous au bas de l’immeuble, en précisant qu’il ne fallait pas parler d’Airbnb au personnel mais plutôt faire croire qu’il venait lui rendre visite. Mais deux jours plus tard, la femme annule la réservation: elle avait découvert que son nouvel hôte était journaliste, et ne voulait pas que son appartement soit utilisé pour se rapprocher de Donald Trump ou pour être mentionné dans un article. Trop tard.

La location était par ailleurs illégale, la propriétaire n’ayant théoriquement pas le droit de sous-louer son appartement moins de 30 jours si elle-même n’y loge pas en même temps que son hôte. Le Secret Service, qui quadrille l’immeuble, était-il au courant que cette femme louait régulièrement son appartement? Airbnb ne l’avait visiblement pas découvert. L’annonce ne mentionnait bien évidemment pas directement la Trump Tower, et ce n’est qu’une fois que des gens étaient intéressés par son appartement que la propriétaire donnait des détails supplémentaires. Le texte de l’annonce précisait toutefois qu’il s’agissait d’un building «ultra-sécurisé et unique». Et qu’il convenait d’être politiquement neutre: «c’est un immeuble particulier, il ne faut pas montrer ses opinions politiques». Un étudiant mexicain qui y était le mois dernier a posté le commentaire suivant: «Le seul inconvénient quand vous arrivez est que vous devez passer par un contrôle des services secrets, un peu comme dans les aéroports. Mais une fois que vous l’aurez fait la première fois, vous n’y prêterez même plus attention».

Bon, dans ma cave jamaïcaine à Flatbush, j’avais au moins l’avantage de ne devoir me soumettre à aucun contrôle.

 

L’ombre de Donald Trump sur les Oscars et un faux gagnant

Forcément, on s’y attendait. La cérémonie des Oscars version 2017 était très politisée. Avec une question qui était sur toutes les lèvres: pendant combien de temps Donald Trump allait-il réussir à se retenir de twitter? Le président avait une bonne excuse: il était au Bal des gouverneurs. Mais son «intérêt» pour les Oscars, il l’avait déjà affiché, en 2014, sur Twitter. En suggérant d’en être le maître de cérémonie, «pour secouer un peu».

Pour la 89e édition, Trump donc, à défaut d’être le maître de cérémonie, était au coeur des attentions. Précisément, parce qu’il a décidé de «secouer un peu», mais sur un terrain dépassant largement celui de Hollywood. Jimmy Kimmel, le maître de cérémonie, humoriste et animateur, n’a cessé de lui lancer des piques, entre larmes des oscarisés, phrases-slogans de type «all you need is love», lâcher de bonbons et lâcher de touristes (si, si). Il a d’abord rappelé l’audience importante des Oscars, aux Etats-Unis, et «dans 25 pays qui maintenant nous détestent».

Puis, il a demandé une ovation forcément non méritée pour la «surévaluée» – overrated – Meryl Streep. Une allusion aux attaques pas très fines du président des Etats-Unis sur son réseau social favori contre l’actrice, qui a osé s’offusquer de son imitation d’un journaliste du New York Times handicapé. C’était lors de la cérémonie des Golden Globes le mois dernier. Enfin, il y a eu ceux qui ont brandi leur Oscar «au nom de tous les immigrés».

Et ceux qui n’ont pas pu le faire. Comme Asghar Farhadi, qui a reçu l’oscar du meilleur film étranger avec The Salesman. Victime directe du décret anti-islam de Donald Trump, le réalisateur iranien n’a pas pu entrer aux Etats-Unis. Il a fait lire un discours fustigeant la politique discriminatoire du président américain. Court et direct. Gael Garcia Bernal a lui, comme Mexicain, dénoncé l’érection d’un certain mur qui fait beaucoup parler de lui ces temps. Scarlett Johansson, pourtant très anti-Trump – elle s’est montrée lors de la Marche des femmes à Washington le 21 janvier -, a choisi une autre tactique: l’ignorance totale. Idem pour Leonardo DiCaprio, qui a remis l’Oscar de la meilleure actrice à Emma Stone.

Vendredi soir déjà, George Clooney avait ouvert les feux, en France, en recevant son César d’honneur. Il a pu faire sentir son aversion pour Donald Trump, avec l’aide de Jean Dujardin, qui a volontairement proposé une traduction parfois fantaisiste de certains de ses propos.

La cérémonie des Oscars vient de se terminer. Et Donald Trump n’a toujours rien tweeté. Ce n’est pas «fake news». Par contre, l’équipe de La La Land a cru pendant cinq bonnes minutes, le temps de monter sur scène, avoir remporté l’Oscar du meilleur film. Jusqu’à ce qu’une cruelle erreur d’enveloppe désigne le véritable gagnant: Moonlight. Voilà ce que l’on retiendra désormais des Oscars 2017.

Des chiens défoncés et des alligators dans les égouts

Le New York Times aime bien les animaux. Le journal a même une rubrique dédiée, «Pet City», avec des sujets plutôt originaux. Tenez, un dernier exemple, un article intitulé «The Dog is High, and It’s not Funny». High, pour défoncé. L’article évoque, de façon très scientifique, les cas d’intoxication de chiens pour cause d’ingurgitation de marijuana trouvée en promenade ou chez leur propriétaire. Selon le centre ASPCA pour la cruauté animale. les appels pour cause d’overdoses canines liées au cannabis ont augmenté de 144% entre 2010 et 2015. L’Etat de New York est particulièrement concerné, nous apprend-t-on, juste après la Californie.

Il y a un autre article qui a retenu mon attention. L’histoire des alligators qui pataugeraient avec délectation dans les égouts de New York. C’est en fait une légende urbaine. Mais l’historien Michael Miscione est passionné par cette légende, à tel point qu’il a décidé de faire du 9 février le «Jour des alligators dans les égouts». Le 9 février dernier donc, Michael Miscione a, comme il en a l’habitude, une nouvelle fois tenu une conférence dans des locaux du Queens, pour expliquer comment cette légende s’est imposée et a nourri les fantasmes les plus féconds, s’invitant jusque dans des livres et des films.

Si, sauf preuve du contraire, les alligators ne pullulent donc pas dans les égouts new-yorkais, il y a bien une histoire vraie à la base. C’était le 9 février 1935. Ce jour-là, à Harlem, un groupe d’ados attrape un alligator sous une plaque d’égout à la hauteur de la 123ème rue. Il lui mettent une corde autour du cou, le promènent dans des rues du quartier, mais finissent par le battre à mort quand le malheureux reptile commence à vouloir les mordre. Le New York Times avait relaté cette histoire à l’époque. L’alligator de Harlem n’est d’ailleurs pas tout à fait le seul à avoir provoqué quelques frayeurs aux New Yorkais. Deux autres alligators ont été retrouvés, dans le Queens, en 1995 et en 2003. Et en juin 2001, c’est un caïman qui a été attrapé en plein Central Park.

Mais revenons à notre alligator attrapé en 1935. Selon Michael Miscione, il a très bien pu se frayer un chemin depuis les Everglades pour finir son voyage dans les égouts de Harlem. Mais il n’est pas impossible non plus qu’un New Yorkais ait décidé de le ramener comme souvenir de vacances, et qu’il ait décidé de s’en débarrasser quand la bestiole est devenue trop encombrante.

L’historien évoque une troisième piste: la bête a pu arriver à New York par courrier postal. C’était possible dès le début des années 1930. Et ça l’est d’ailleurs encore aujourd’hui: un règlement stipule clairement que des bébés alligators n’excédant pas 50 centimètres peuvent être envoyés par poste.

Une journée sans immigrés

En sortant de chez moi, l’autre jour, j’ai été surprise. Pourquoi tant de magasins étaient-ils fermés? Serais-je passée à côté d’un jour férié, sans le savoir? Pas vraiment. Renseignement pris, c’était le «Day without immigrants», ou «Journée sans immigrés». La proposition a d’abord émergé sur les réseaux sociaux, en réaction à la politique anti-immigration du président Donald Trump et aux récentes vagues d’arrestations et d’expulsions de clandestins. Le concept était simple: ce jour-là, pour marquer le coup, les immigrés vivant aux Etats-Unis, devaient rester à la maison. Ne pas travailler, ne pas ouvrir leur magasin, ne pas vaquer à leurs occupations habituelles, ne pas aller à l’école. Pour montrer à quoi ressembleraient les Etats-Unis sans immigrés.

Si certains ont, par peur, préféré ne pas se faire remarquer par leur absence, beaucoup d’autres ont joué le jeu. Ce jour-là, beaucoup de rues, dans plusieurs grandes villes du pays, étaient étrangement calmes, avec des magasins fermés. Même le Pentagone a dû informer ses employés qu’ils risquaient de devoir faire la queue plus longtemps dans les restaurants, car des enseignes comme Taco Bell ou Starbucks faisaient partie de celles qui respectaient le «Day without immigrants» et avaient donc moins d’employés actifs. Dans l’école primaire de Siler City, en Caroline du Nord, raconte le New York Times, où 65% des écoliers sont d’origine hispanique, ce sont très exactement 263 enfants sur 662 qui étaient absents jeudi dernier.

Voilà à quoi ressembleraient les Etats-Unis sans immigrés. A un bagel sans philadelphia cheese ou un hot-dog sans choucroute ni ketchup. A pas grand-chose.

Les regrets de trumpistes ou #Trump_Regrets

Certains commencent à oser le dire. Ils ont voté pour Donald Trump, mais ont fini par être déçus, voire à le regretter. Et ils ont décidé de recourir au même moyen de communication que «leur» président pour exprimer leur frustration: Twitter. «J’ai voté pour vous mais vous vous comportez comme un enfant», commente une habitante de Caroline du Nord. «J’ai voté pour vous, mais cela devient embarrassant», relève une autre personne, le jour où Donald Trump a publiquement condamné le magasin qui ne voulait plus vendre la ligne de vêtements de sa fille Ivanka. La plupart répondent directement à ses tweets, mais avec le hashtag #Trump_Regrets. Une manière de se retrouver et d’appuyer leur désapprobation.

Tony Goldenberg, qui se décrit comme un charpentier, écrit par exemple: «Je crois aux médias. Pas en vous. Vous racontez trop de contre-vérités. Ce n’est pas bien pour l’Amérique. Vous nous faites paraître petits». Il réagissait à l’un des derniers tweets présidentiels, où Donald Trump s’en prenait à nouveau aux médias – «fake news!» – en insistant sur le fait que la Maison Blanche fonctionne très bien. Ces revirements de position interviennent surtout en raison des attaques présidentielles qui se multiplient sur Twitter, contre les médias, les juges, les démocrates mais aussi contre les républicains qui osent le critiquer ouvertement, à l’image du sénateur John McCain. Et alors que des tensions apparaissent dans l’entourage du président: le conseiller à la sécurité nationale, Michael Flynn, vient d’être poussé à la démission.

Un compte Twitter «Trump_Regrets» a même vu le jour, avec déjà plus de 240 000 abonnés. Aux dernières nouvelles, @realDonaldTrump ne l’a pas encore traité de «fake», ni exigé un recomptage des voix.

Des noms de code pas si secrets

Les Services secrets américains utilisent des noms de code pour parler du président des Etats-Unis, des membres de sa famille et de certaines personnalités qui les entourent. Et, comme par hasard, ces sobriquets fuitent très vite dans la presse. A croire qu’il y a les «noms de code révélés publiquement» et ceux que les Services secrets utilisent vraiment, en se gardant bien d’en parler publiquement, non mais! D’autant plus que ce sont les Services secrets eux-mêmes qui les transmettent aux médias, comme l’avoue CNN. Pas louche tout ça? Pas totalement: ces codes remontent à une époque où les communications cryptées n’existaient pas ou restaient peu fiables. Ils avaient un but sécuritaire évident. Aujourd’hui, c’est presque plus par tradition qu’ils sont préservés.

Voici donc les noms de code, tels qu’ils sont relayés par les médias américains. Donald Trump est «Mogul» (magnat) – il l’a lui-même choisi —, sa femme Melania «Muse», le vice-président Mike Pence est «Hoosier» (surnom donné aux habitants de l’Indiana, lui qui était gouverneur de l’Etat), son épouse Karen, «Hummingbird» (colibri), allez savoir pourquoi.

Ce ne sont pas les Services secrets qui choisissent ces noms, mais la «White House Communications Agency», qui s’impose une contrainte: les membres d’une même famille ont des noms de codes qui commencent en principe par la même lettre. Les enfants Trump? «Marvel» pour Ivanka, «Moutaineer» pour Donald Trump Jr. et «Marksman» pour Eric. Le nom du petit Barron, 10 ans, n’a pas encore été révélé. Barack Obama était «Renegade» et Michelle Obama, «Renaissance». Quant aux Clinton, c’était «Eagle» pour Monsieur, «Evergreen» pour Madame, «Energy» pour la fille. Wikipedia a tenté d’en faire une liste complète, même si certains noms manquent ou que certaines personnes semblent en avoir plusieurs deux. On y découvre par exemple «Rawhide» (cuir brut) et «Rainbow» (les Reagan). Ou encore «Searchlight» et «Starlight» (le couple Nixon).

Le Washington Post va plus loin. Il propose aux curieux de connaître leur propre nom de code tel qu’il pourrait être utilisé par les Services secrets américains. Pour cela, il suffit, ici, de donner son nom, de dire à quelle génération on appartient – on peut aussi ne rien dire – et préciser s’il l’on était candidat à la présidentielle ou pas. Mon résultat? Flaming Lance. Allez savoir pourquoi.

Le Super Bowl, c’est aussi de la politique

Cela ne m’avait pas traversé l’esprit. Pire, je n’étais pas vraiment au courant. Enfin si, mais cela m’était sorti de la tête. Je m’apprêtais donc à passer un dimanche soir tranquille, quand soudain, une amie qui me veut du bien (enfin, je commence à en douter) m’envoie un message: «Tu vas regarder le Super Bowl ce soir? C’est le grand truc ici, genre finale du mondial du foot chez nous. A ne pas rater, pour te mettre dans l’ambiance!». Ah. Ok. Soit. Elle me dit ensuite que Lady Gaga assurera le spectacle de la mi-temps. Bon. Et, puis, l’argument qui tue: «En plus la politique s’est immiscée dans tout ça, car dans l’équipe des Patriots, ils sont tous ou presque des supporters de Trump – surtout le quarterback Tom Brady, mari de la top model Gisele Bündchen -, et ça ne plaît pas à tout le monde». Ok, c’est bon, je regarde. A peine arrivée aux Etats-Unis, je dois probablement passer par ça pour parfaire mon intégration. Mais je me sens un peu lâchée: mon amie, après m’avoir dit tout ça, m’envoie un dernier message: «Perso, je ne comprends rien à ce jeu, même si on m’a expliqué 100 fois. Tu me raconteras car moi je ne vais pas regarder».

(Photo by Donna Connor/WireImage)

Raconter? Mais raconter quoi? Ce qui m’a frappée le plus? L’herbe est sacrément verte dans le stade du Super Bowl. Et ces shorts-leggings-pantacourts (ça a un nom?) sont parfois assez seyants, ma foi. Les traces de peinture sous les yeux des joueurs? Pas mal, pour rendre les regards plus intenses. A moins que cela ne protège des moustiques? Vérification faite, cela sert quand même à quelque chose: c’est censé atténuer la réflexion des spots de lumière et permettre aux robustes gaillards de mieux se concentrer sur l’action.

Bon, soyons sérieux: je relis vite cet article publié dans le Temps pour me rendre compte du phénomène qu’est le Super Bowl. Plus de 110 millions de spectateurs en 2015, idem en 2016, ça le fait. L’affrontement entre les Patriots (New England) et les Falcons (Atlanta) devrait en attirer tout autant cette année. Et le président des Etats-Unis ne manquerait ce rendez-vous sportif pour rien au monde. Alors moi non plus.

Donald Trump s’est d’ailleurs confié à Fox News quelques heures avant le début de cette grande finale de la Ligue nationale de football américain. Pour dire que les Patriots allaient gagner parce que Tom Brady est un winner. «L’autre équipe est fantastique», a-t-il ajouté. «Mais les Patriots ont moins de pression, car ils ont déjà gagné le titre. Une fois que vous avez gagné, il y a moins de pression». Il a eu raison. Ils ont gagné. Et Tom Brady, est devenu le premier quarterback à remporter le titre suprême à cinq reprises. C’est un proche de Donald Trump, tout comme Robert Kraft, le propriétaire de New England, et l’entraîneur Bill Belichick. Tom Brady en a d’ailleurs un peu marre d’être sans cesse questionné sur sa relation avec le président qui vient de semer le chaos avec son décret anti-musulmans. Il préfère rester évasif. Sa réponse standard: «Ce n’est pas parce que c’est un ami depuis seize ans que je partage tout ce qu’il fait». Donald Trump, lui, a tweeté à peine Tom Brady essuyait ses larmes d’émotion. Et l’a gratifié d’un: «Wow!».

Il y a donc l’idylle façon «Je t’aime, moi non plus» entre Brady et Trump qui a pesé sur le match et l’a rendu d’autant plus savoureux. Puis, une Lady Gaga virevoltante qui a profité de sa prestation pendant la mi-temps pour délivrer un message de tolérance. Enfin, Airbnb qui a malicieusement fait un pied de nez au décret anti-immigration de Donald Trump à travers une publicité diffusée pendant le match. Une publicité dont la diffusion a été précédée d’un tweet de son directeur général, Brian Chesky, en faveur des réfugiés: «Nous allons verser 4 millions de dollars sur quatre ans au Comité international de secours pour subvenir aux besoins des populations déplacées dans le monde».

Ce Super Bowl, ça reste finalement très politique. Promis, l’année prochaine, je serai prête!

An amazing and tremendous Switzerland for you, Mister President Trump. So great!

Comment s’adresser le plus efficacement à Donald Trump? En se mettant dans son état d’esprit et en reprenant ses tics de langage. C’est donc à travers une vidéo absolument «tremendous», «amazing» et «sooooo great» – pas du tout «so sad», ni «crooked» et encore moins «totally fake» (quoique) -, que les Suisses font la promotion de leur pays pour inviter le président des Etats-Unis à venir y faire un tour. Et le résultat de «Switzerland Second» est franchement hilarant, jugez-en plutôt.

Tout y est: le ton de la voix, le débit de parole, les tics de langage et, surtout, la manière de présenter les choses, pour titiller au maximum le milliardaire américain, passé d’une tour noire à une Maison Blanche. Avant la Suisse, ce sont les Pays-Bas qui s’étaient lancés dans un tel clip, imaginé par Arjen Lubach, animateur d’une émission néerlandaise.

Le clip suisse, que l’on doit à la télévision alémanique SRF et à son émission «Deville, Late Night», lui fait d’ailleurs un clin d’oeil direct. Dans la vidéo, Shaun Streeter, avec sa voix parfaite, propose à Donald Trump de découvrir «le pays le plus sexy de l’Europe, avec ses grosses montagnes, pas comme les Pays-Bas qui sont un pays vraiment trop plat. Désastre total». La Suisse vante encore ses «femmes, les meilleures qui existent, et que l’on aime aussi maltraiter – elles n’ont pas pu voter jusqu’en 1971, et dans certaines régions ont même dû attendre jusqu’en 1990». Ou encore ses points commun avec le Ku Klux Klan: «On aime aussi monter sur des chevaux et brûler des trucs». Quoi d’autre? «Il n’y a pas de Mexicains ici». Une proposition? Pourquoi ne pas remplacer l’Obamacare par Exit: «si vous êtes vieux et malades, ils viennent et vous tuent». D’autre vidéos de ce type circulent. On peut les découvrir ici: Everysecondcounts. Brilliant.