Donald Trump et les sports populaires

Donald Trump et les sports populaires américains, c’est toute une histoire. Même quand il est hué. Cela lui est arrivé plusieurs fois récemment. A New York, dans l’imposant Madison Square Garden, lors d’un combat de MMA. Et à Washington, pour les World Series de baseball. Mais le président américain a beau être sifflé, au milieu – quand même – d’applaudissements d’inconditionnels, il sait en tirer profit. C’est ce qui fait sa force.

Un beau hug présidentiel

Il y a quelques jours, il recevait les Nationals de Washington à la Maison-Blanche, pour célébrer leur victoire historique, tout content de faire diversion par rapport à la procédure d’impeachment qui le vise. Des joueurs ont boycotté la cérémonie, comme bien d’autres équipes, tous sports confondus, avant eux? Qu’importe! Kurt Suzuki est venu avec sa casquette «Make America Great Again», ce qui lui a valu un beau hug présidentiel. Et voilà que les images tournent en boucle sur les réseaux sociaux. Bien vu. Enfin ça dépend pour qui.

Si Donald Trump divise et polarise l’Amérique, cela se vérifie désormais jusque dans les vestiaires de joueurs de baseball ou de football. Côté basketball, on trouvera moins de fans du président qui oseraient s’afficher comme tels (ou même carrément aucun): la NBA est une ligue plutôt progressiste. D’ailleurs, certains joueurs montent régulièrement au front pour dénoncer les excès de Trump. C’est le cas par exemple de LeBron James, qui l’accuse carrément d’utiliser le sport pour nourrir les divisions raciales aux Etats-Unis.

Après le footballeur Colin Kaepernick, l’ex-quarterback des San Francisco 49ers toujours sans contrat et considéré comme un paria pour avoir osé boycotter l’hymne national des Etats-Unis en 2016, d’autres Noirs américains montent au front. Et pas seulement. Rappelez-vous: la footballeuse blanche Megan Rapinoe avait exprimé très clairement sa désapprobation, en ces termes: «I’m not going to the fucking White House!» Ça tombait bien: elle n’a jamais été invitée.

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Mais revenons au football américain. On y trouve plus facilement des conservateurs. Prenez par exemple la star Tom Brady, des New England Patriots, mari de la mannequin Gisele Bündchen, qui se plaît à jouer au golf avec le président.

A Washington, Donald Trump a donc eu droit à quelques sifflements et des «Lock him up!» (enfermez-le) lors d’un match de baseball. Et c’est presque ce qu’il recherchait. Car son équipe de campagne a diffusé un clip promotionnel de 30 secondes pendant le dernier match des World Series, avec le message suivant: «Il n’est pas «Mister Nice Guy». Il faut parfois un Donald Trump pour faire bouger Washington.» Un message qui serait tombé à plat, si le président n’avait eu droit, en apparaissant dans le stade, qu’à de polis applaudissements et des battements de cils de trumpettes.

Il a visiblement aussi cherché à se faire huer à Madison Square Garden, alors qu’il venait d’annoncer qu’il ferait désormais de la Floride et non plus New York son domicile fiscal. Le président de l’UFC (Ultimate Fighting Championship), Dana White, un grand fan de Donald Trump, l’a révélé plus tard: le Secret Service voulait que Trump assiste au combat depuis une suite. Mais le président a préféré se rendre tout près de l’octogone, au deuxième rang. Il aime les bains de foule. Et s’il y a des «boos» c’est encore mieux. C’est sa manière à lui d’assurer le spectacle.

Donald Trump Jr, le doigt sur la gâchette

Dans la famille Trump, je demande le fils aîné. Donald Jr vient de publier, mardi, un livre de 300 pages qui s’inscrit dans l’ambiance électrique de la campagne présidentielle de 2020. Il fallait donc bien le lire. Des deux fils aînés de Donald Trump, Junior est le plus âgé, le brun, le divorcé, celui qui est père de cinq enfants. Il a néanmoins beaucoup de points communs avec Eric, le blond, comme celui d’aimer poser aux côtés de cadavres d’animaux africains, le fusil victorieux.

«Ils veulent nous faire taire»

Mais revenons au livre. Tout est dans le titre: Triggered. How the left thrives on hate and wants to silence us, que l’on pourrait traduire par «Hystériques: comment les progressistes de gauche se nourrissent de haine et veulent nous faire taire». Triggered, vient de trigger, qui veut dire gâchette. Le mot est puissant.

Le livre s’adresse à ceux qui «aiment les Etats-Unis et la viande rouge, et ne donnent pas dans le politiquement correct». Sarcastique, Donald Junior montre qu’il sait rivaliser avec son père question provocations. Mercredi, comme si sa tournée promotionnelle ne lui suffisait pas, il a, sur Twitter, livré en pâture le nom d’un agent du Renseignement qu’il estime être le lanceur d’alerte à l’origine du déclenchement de la procédure d’impeachment contre son père.

Pendant que sa sœur Ivanka parade dans les couloirs de la Maison-Blanche, Donald Junior est resté à New York avec Eric, pour gérer la Trump Organization, mais il n’hésite pas à s’immiscer dans la politique. Lui aussi parle de «chasse aux sorcières» et de «complot». Dans son livre, il s’en prend avec virulence à certains démocrates, comme Hillary Clinton. La jeune New-Yorkaise «socialiste» Alexandria Ocasio Cortez en prend aussi pour son grade. A CBS, il a assuré qu’il s’était retenu et qu’il aurait pu être bien plus méchant.

«Cool, calme et réfléchi»

Donald Trump Junior tient à préciser qu’il aime discuter avec des ouvriers sur les chantiers. Il glisse aussi, en passant, qu’il a presque été ému aux larmes quand une femme d’origine éthiopienne lui a confié avoir voté pour son père. Il raconte également – séquence émotion – que sa vie de gosse de riche n’était pas facile. «Même quand mon père ramenait une célébrité à la maison, je courais dans l’autre sens», écrit-il. Un père qu’il n’a d’ailleurs pas toujours autant vénéré qu’aujourd’hui: Don Junior ne lui a pas parlé pendant un an, quand son mariage avec sa mère Ivana était en train de s’effondrer. Il y évoque aussi ses problèmes d’alcool pendant sa jeunesse. Il ne boit plus.

Donald Junior suit Donald Senior dans de nombreux meetings et semble y prendre goût. Des ambitions politiques? Il n’exclut rien. Vous voilà prévenus. Voici quelques extraits de son livre. «Je fonctionnais avec de l’adrénaline pure, de la testostérone et une douzaine de Red Bulls»: il se décrit ainsi le jour de l’élection, le 8 novembre 2016. Puis, en parlant de son père: «En le regardant, je cherchais à sentir s’il était surpris ou au moins excité par le fait qu’il risquait de devenir le président des Etats-Unis. Mais il n’y avait rien sur son visage. Il regardait les écrans comme s’ils diffusaient de vieux films qu’il avait déjà regardés 20 fois: cool, calme et réfléchi.»

Dans un tout autre registre, le fiston semble perturbé par le débat autour des personnes transgenres, car il y consacre tout un chapitre: «J’ai un problème avec ceux qui tentent de tirer profit d’une situation. Si vous êtes un sportif mâle à l’université et qu’il y a trop d’hommes forts dans votre division, vous avez un moyen de sortie! Il vous suffit de vous déclarer femme et soudainement vous aurez moins de concurrence et moins de muscles. C’est magique!» Si c’est de l’humour, il faudra repasser.

Un certain Ben Fletcher joue la caricature à fond, avec un livre-parodie sorti le même jour, et c’est, ma foi, plutôt réussi. La couverture ressemble à l’original, avec pour sous-titre: «Mon père est meilleur que le tien». Il a pensé à tout: tourné à l’envers, le petit ouvrage se déploie en… russe.

Un chien traqueur de terroriste à la Maison-Blanche

Ainsi donc, le désormais chien héros qui a traqué Abou Bakr al-Baghdadi jusqu’à son ultime geste de désespoir dans un tunnel sans issue est invité à la Maison-Blanche. Conan, un berger belge malinois, a cinquante missions de combat effectuées en seulement quatre ans dans les pattes. Il devrait être accueilli par Donald Trump la semaine prochaine, et a déjà fait plusieurs fois le tour du web. Son nom, protégé jusqu’ici pour des raisons de sécurité, a été confirmé jeudi matin par le président himself.

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C’est d’ailleurs ce même jour que Donald Trump a tweeté une photo du Daily Wire, un site conservateur, le montrant en train d’accrocher une médaille au chien. Une image qui a très rapidement été critiquée. D’abord, parce que le locataire de la Maison-Blanche n’avait tout simplement pas encore pu rencontrer «ce magnifique chien, très doué», encore «sur zone», blessé par des câbles électriques. Mais, surtout, parce qu’il s’agit en fait d’une image prise le jour où le président a décoré James McCloughan, un vétéran de la guerre du Vietnam, d’une Médaille d’honneur, en juillet 2017. Ce dernier appréciera. Après les honneurs, voir sa tête être détourée pour être remplacée par celle d’un chien, aussi brave soit-il, n’est, disons, pas très élégant.

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Mais ce n’est pas la seule photo liée à l’élimination du chef de l’Etat islamique qui a provoqué de fortes réactions. Pete Souza, photographe officiel de la Maison-Blanche sous Barack Obama, a lui aussi déclenché une polémique. Il a sous-entendu que la photo montrant Donald Trump et ses collaborateurs dans la Situation Room, en train de regarder les opérations de raid, était un fake. Ou du moins, qu’elle avait été mise en scène, après coup.

Pete Souza a Donald Trump en horreur, et il ne s’en cache pas. D’ailleurs, sur son site Instagram, il se fait un malin plaisir à publier des photos de l’ère Obama qui répondent à celles, d’actualité, concernant Donald Trump. Mais à quoi bon lancer des accusations sans preuves? Les deux photos sont très différentes. Dans celle du 1er mai 2011, à l’occasion du raid contre Oussama ben Laden, Barack Obama, qui venait de jouer au golf, fixe l’écran, visiblement sur la gauche, avec un regard intense. Hillary Clinton, alors secrétaire d’Etat, porte sa main droite au visage, et ses yeux semblent exprimer la peur. Le président des Etats-Unis n’est pas au centre de l’image. Il pourrait n’être qu’un stagiaire de la Maison-Blanche et n’apparaît pas comme le commander in chief qui a ordonné le déclenchement de l’opération la veille.

Celle de 2019 ne porte pas en elle la même dramatisation, malgré des visages figés: la caméra semble placée à l’endroit même où se trouve l’écran géant pour le suivi des opérations, et Donald Trump, l’air grave, la regarde, frontalement. Il est au centre de l’image, sous le sceau «Président des Etats-Unis», avec une cravate, comme les quatre autres officiels présents. Barack Obama n’en avait pas, Joe Biden, son vice-président, non plus. Pete Souza est l’auteur de la première photo, prise à très exactement 4h05 de l’après-midi.

Ces photos sont des images destinées à marquer l’histoire. Alors, forcément, une spontanéité totale semble presque illusoire. Et Donald Trump a, il l’a démontré à plusieurs reprises, un goût marqué pour la mise en scène. «Le raid, tel que cela a été rapporté, a eu lieu à 15h30, heure de Washington. La photo, telle qu’elle apparaît dans les données IPTC de la caméra, a été prise à 17h05 min 24 s», insiste Pete Souza, sur son compte Twitter. Empêtré dans une controverse inutile, il a dû quelque peu rétropédaler plus tard, en affirmant ne pas avoir dit que l’image était truquée. PolitiFact a d’ailleurs su prouver qu’elle a bien été prise à un moment où l’opération venait de démarrer. Selon le New York Times, la mort d’Al-Baghdadi aurait été confirmée ce même jour vers 19h15. Et ce n’est que le lendemain que Donald Trump a annoncé l’existence du raid et l’élimination du chef terroriste au monde entier.

Mais, finalement, que la photo de Donald Trump dans la Situation Room ait été prise sur le vif par Shealah Craighead ou quelques minutes après les événements, qu’est-ce que cela change vraiment? Le fait qu’un président tweete un photomontage d’un site conservateur où un héros de guerre est remplacé par un autre héros de guerre, mais canin, est autrement plus problématique. Non? Peut-être pas, finalement: James McCloughan a été contacté par le New York Times et il ne semble pas s’en offusquer. Il a même ri de la situation. Quant à Donald Trump, il a tenté de rattraper le coup, en se retweetant, cette fois pour remercier The Daily Wire de cette «reconstitution très choue» et rappeler que le chien quittera le Moyen-Orient pour la Maison-Blanche la semaine prochaine. Le photographe officiel a intérêt à se tenir prêt. La main de Donald Trump tapotant le crâne du «huge and terrific, great dog» Conan fera à coup sûr des millions de vues.

Ronan Farrow, lui aussi

Ronan Farrow est un excellent journaliste d’investigation. Un jeune prodige talentueux et incisif. Mais c’est aussi le fils de Mia Farrow et de Woody Allen (certains préfèrent penser que Frank Sinatra est passé par là, il faut dire que la ressemblance est frappante).

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Alors, en lisant son livre Catch and Kill sur l’affaire Weinstein, il est difficile de faire totalement abstraction de son environnement familial. Oui, Ronan a travaillé d’arrache-pied pendant de longs mois pour faire parler des femmes qui accusent le producteur d’Hollywood Harvey Weinstein de viol ou d’agressions sexuelles. Il a enquêté, insisté, vérifié, revérifié. Il a été victime de tentatives d’intimidation et a dû braver les pressions venant du clan Weinstein. Hacké, surveillé, il a même dû déménager de son appartement new-yorkais près de Columbus Circle. Mais Ronan Farrow est quelqu’un de tenace. Ce sont précisément ces menaces et les moyens mis en place pour protéger des prédateurs sexuels qu’il dénonce dans son livre. Il n’épargne personne. Son sous-titre dit tout: «Mensonges, espions et conspiration pour protéger les prédateurs».

Il accuse surtout la NBC, chaîne pour laquelle il travaillait, d’avoir tout fait pour l’empêcher de dévoiler l’affaire. C’est la trame principale de son livre, décrite avec moult détails. Plusieurs affaires d’agressions sexuelles ont, depuis, éclaté au sein même de la chaîne. Ronan Farrow a finalement pu sortir son enquête dans le New Yorker, quelques jours après les premières révélations du New York Times. Il a mis en exergue des cas plus graves que ses deux collègues Jodi Kantor et Megan Twohey. Tous trois ont reçu le Prix Pulitzer pour avoir révélé l’affaire Weinstein, catalyseur du mouvement #MeToo. Ses deux consœurs du New York Times ont publié un livre, She Said, il y a quelques semaines. Ronan Farrow est par ailleurs l’auteur d’un brillant essai sur le déclin de la diplomatie américaine, lui qui a arpenté les couloirs du Secrétariat d’Etat notamment comme conseiller aux affaires humanitaires de Richard Holbrooke, lorsqu’il était le représentant spécial pour l’Afghanistan et le Pakistan.

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Mais voilà, le feu couve aussi dans sa famille et, pour le public, il est difficile de ne pas y penser. D’ailleurs, est-ce cet environnement particulier qui l’a poussé à s’intéresser à ces questions? Résumons: sa sœur Dylan accuse Woody Allen d’avoir sexuellement abusé d’elle quand elle avait 7 ans. Le cinéaste, qui, entre-temps, a épousé Soon-Yi, une autre sœur de Ronan Farrow, a toujours démenti. Mais Mia Farrow et Ronan Farrow se sont rangés dans le camp de Dylan. D’autres enfants, c’est le cas de Moses Farrow, défendent Woody Allen en se retournant contre la mère adoptive, accusée de négligence.

Ronan Farrow, il le confesse dans son livre, a longtemps préféré ignorer les accusations de sa sœur. Pire, il lui a même demandé de ne pas en parler à des journalistes. Son héritage est lourd, il lui importait de réussir dans la vie sans être sans cesse ramené aux histoires de famille. Mais quand Dylan est parvenue à en parler publiquement, il a fini par prendre sa défense. En 2016, il explique même sa démarche dans une opinion au Hollywood Reporter, en dénonçant les obstacles auxquels les victimes d’abus doivent souvent faire face.

Ceux qui ont cherché à le discréditer (et à le neutraliser) au fur et à mesure que ses enquêtes dans la galaxie Weinstein avançaient ont précisément mis en avant cette affaire, pour faire croire que Ronan Farrow était trop impliqué pour faire un travail objectif et qu’il menait une sorte de «mission». Le nom de Harvey Weinstein est par ailleurs forcément lié à ceux de Mia Farrow et de Woody Allen, tellement il était puissant dans le milieu hollywoodien.

Alors, oui, le livre de Ronan Farrow ne peut pas être lu sans penser à ce contexte particulier. Mais c’est bien à un travail d’investigation minutieux que l’on a affaire. Son ouvrage, par ailleurs très bien écrit, se lit comme un roman policier. Ronan Farrow le dédie à son amoureux, qu’il avait un peu délaissé tant il était pris dans le tourbillon Weinstein: Jonathan Lovett, un des producteurs du podcast «Pod Save America» et ancien rédacteur des discours de Barack Obama et d’Hillary Clinton. Il lui a d’ailleurs glissé une petite surprise dans l’ébauche qu’il lui avait soumise: une demande en mariage.

Quand les pompes funèbres provoquent des élans des solidarité

Quand j’observe la candidate démocrate Elizabeth Warren, qui vise la Maison-Blanche, devenir la reine des «selfie lines», et serrer pendant des heures les mains de fans venus la voir en se laissant rapidement prendre en photo, je pense à un autre phénomène. Des «queues» aussi, mais d’un tout autre genre. Des files d’attente de solidarité, dans un contexte très particulier.

Récolte de fonds sur internet

Antonio Basco peut en témoigner. Cet homme, à la silhouette frêle et au visage marqué par de profondes rides, a perdu sa femme le 3 août lors d’une fusillade qui a fait 22 victimes dans un Walmart d’El Paso (Texas). Le couple, fusionnel, n’avait pas d’amis dans le coin. Veuf esseulé, Antonio Basco pensait qu’il allait enterrer sa femme à peu près seul, avec juste les enfants de son épouse. Mais c’était compter sans la grande solidarité des habitants, touchés par son histoire. Ils ont répondu à un appel des pompes funèbres posté sur Facebook, et relayé par plusieurs médias. Simple, sobre: «Monsieur Antonio Basco a été marié pendant 22 ans à son épouse Margie Reckard, il n’avait aucune autre famille. Il invite toute personne qui le souhaite à assister aux services de son épouse.»

Ce message a ému. Le jour des funérailles, Antonio Basco a eu la surprise de voir près de 1200 personnes venir se recueillir dans la chapelle funéraire. Des photos montrent la longue file d’attente pour rendre un dernier hommage à Margie Reckard. Le veuf a pu couvrir les dépenses des funérailles grâce aux dons qui ont afflué (plus de 25 000 dollars via GoFundMe). Il a reçu près de 400 arrangements floraux. La Ford Escape Bleue dans laquelle il a dormi pendant plusieurs jours pour être proche du lieu où a été tuée sa femme a été vandalisé le jour des funérailles. Un garagiste lui en a offert une nouvelle.

Un élan de solidarité exceptionnel? Non. Une histoire similaire vient de se dérouler, à propos d’un vétéran de Floride, Edward Pearson, décédé à l’âge de 80 ans. Des travailleurs sociaux ne sont pas parvenus à localiser ses enfants, les pompes funèbres en ont été informées et ont lancé un appel à la solidarité, relayé également par les médias locaux et les réseaux sociaux. Plusieurs personnalités ont tweeté l’information, dont Jake Tapper, un des journalistes politiques phares de CNN, suivi par 2 millions d’abonnés.

Là aussi, plus de 1500 personnes se sont pressées début octobre au cimetière de Sarasota, pour lui rendre hommage. Edward Pearson a eu droit aux honneurs militaires, bien entouré. En janvier, c’est un ancien combattant de l’US Air Force, vétéran de la guerre du Vietnam et décédé en novembre 2018, qui a eu un traitement similaire, au Texas. Cette fois ce sont des agents du cimetière des vétérans de Killeen qui ont lancé un appel, très vite répercuté. L’effet viral des réseaux sociaux a parfois du bon.

 

 

 

Quand Hillary Clinton parle d’impeachment

L’autre soir, je suis allée au théâtre. L’agitation politique étant à son comble aux Etats-Unis, avec un président désormais visé par une procédure d’impeachment qui rend coups sur coups, une petite respiration ne pouvait que me faire le plus grand bien, me diriez-vous? Probablement. Sauf que je n’ai pas été voir le dernier musical qui fait fureur à Broadway. Mais Hillary et Chelsea Clinton parler de leur nouveau livre «The Book of Gutsy Women», qui retrace le parcours de 103 femmes extraordinaires, de celles qui ont eu le courage de se lever quand certains auraient préféré les voir se taire. Et, forcément, il a aussi été question d’impeachment.

Un comité d’accueil

En fait, le spectacle commençait déjà à l’extérieur. Avec un dispositif de sécurité pas très discret, et des chiens. Et une poignée de manifestants surexcités, probablement payés, qui faisaient les cent pas devant l’entrée du théâtre en hurlant des thèses complotistes, accusant pêle-mêle Hillary Clinton d’être une corrompue, une pédophile et une voleuse. Certains vieux slogans ont refait surface, comme le fameux «Envoyez-la en prison!». Ex-candidate malheureuse à la présidentielle de 2016, Secrétaire d’Etat sous Barack Obama et femme de Bill Clinton, Hillary n’a pas que des amis.

L’ambiance était toute autre à l’intérieur du Kings Theater. Quand mère et fille sont arrivées sur scène, elle ont eu droit à une longue standing ovation. Comme cinq minutes avant elles, Billie Jean King, qui a révolutionné le monde du tennis féminin et a notamment marqué les esprits en 1973, en remportant une victoire historique contre le très machiste Bobby Riggs, ex-numéro un mondial venu la défier sur un court. La salle entière semblait s’en rappeler.

BJK figure dans le livre des Clinton. Ce soir-là, elle a joué le rôle de l’intervieweuse. Elle l’a fait avec une fraîcheur et spontanéité déconcertantes, provoquant souvent des rires dans le public. Bien sûr, les trois femmes ont évoqué leurs modèles, de Rosa Parks à Eleanor Roosevelt en passant par Florence Nightingale ou Harriet Tubman. Hillary et Chelsea Clinton se sont laissées aller à quelques confidences. Mais BJK brûlait d’impatience d’évoquer LE thème du moment. Elle l’a donc fait d’entrée de jeu. Hillary Clinton, qui a subi les pires attaques de Donald Trump, a répondu de façon très détendue. Simplement, sans agressivité. «Nancy Pelosi a eu raison de lancer une enquête d’impeachment maintenant. Elle a pris la bonne décision. Elle sait ce qu’elle fait», a-t-elle commenté. Elle ne cache pas estimer que le président représente un danger pour la démocratie. Assise à côté d’elle, Chelsea, pourtamt habituée à être très piquante à l’égard de Donald Trump sur son compte Twitter, n’a cette fois pas pipé mot.

En 1974, déjà

Il faut dire que Hillary Clinton s’y connaît en impeachment. Pour deux raisons. La première – et elle s’est bien gardée de le rappeler -, parce que son président de mari a fait l’objet d’une telle procédure en 1998 à cause de l’affaire Lewinsky. La deuxième, et c’est là-dessus qu’elle a mis l’accent, parce qu’elle a participé à la rédaction d’un mémo sur les bases juridiques de l’impeachment pendant le scandale du Watergate, qui a fini par provoquer la démission du président Richard Nixon en 1974. «Je connais donc très bien les raisons pour lesquelles une telle procédure doit être menée et nous nous trouvons dans une telle situation». Puis, elle a lâché, sur un ton badin: «C’est tellement incroyable de voir désormais Donald Trump accuser les autres de tout ce qu’il fait en fait lui-même!». Le public, tout acquis à sa cause, a ri. La parenthèse de l’impeachment s’est ensuite vite refermée pour laisser place à l’évocation de de parcours de femmes atypiques et courageuses, le but premier de la rencontre.

A l’extérieur, les adversaires de Hillary Clinton étaient toujours là. Avec leurs pancartes, prêts à en découdre. Drôle de contraste.

 

Les leçons de Jim Acosta

Aux Etats-Unis, personne n’ignore qui il est. Il suscite autant d’admiration qu’il agace. Jim Acosta est ce journaliste de CNN, désormais responsable de la cellule du média à Washington, aux faux-airs de George Clooney, qui aime se frotter à Donald Trump jusqu’à provoquer des étincelles. Et comme l’on sait, les étincelles peuvent déclencher un incendie. C’est un peu «grâce à lui» que le président des Etats-Unis a traité les journalistes d’«ennemis du peuple». Un peu grâce à lui aussi que Donald Trump qualifie les médias de «fake news».

Privé de son accréditation

Jim Acosta donc, a écrit un livre, «L’ennemi du peuple. Une époque dangereuse pour raconter la vérité aux Etats-Unis». Il raconte, sur un ton très personnel, ses contacts difficiles avec Donald Trump, qui remontent à bien avant sa présidence, mais qui se sont fortement détériorés depuis. Tenace, insistant, n’en fait-il pas un peu trop en se donnant en spectacle? En conférence de presse, personne ne peut passer à côté de Jim Acosta, incarnant à lui tout seul la détestation de Donald Trump pour les médias. Surtout depuis une scène qui a provoqué la polémique, lors d’un point presse en novembre 2018.

Jim Acosta insiste pour poser une nouvelle question. Debout, il ne lâche pas son micro. Donald Trump veut passer à un autre journaliste. Jim Acosta insiste. Donald Trump refuse. Une collaboratrice tente alors de lui arracher le micro et le journaliste la frôle avec sa main. Même quand un autre journaliste pose une question, Jim Acosta se lève à nouveau, prêt à en découdre. S’ensuivra une polémique qui se solde par le retrait de l’accréditation de Jim Acosta à la Maison-Blanche, son fameux hard pass. Soutenu par CNN qui a porté l’affaire devant la justice, il récupérera son précieux badge plus tard. Pour la petite histoire, un journaliste de Playboy accrédité à la Maison-Blanche (si, si) a connu le même sort peu après. Il a lui aussi fini par récupérer son accréditation.

Les limites de la neutralité

Jim Acosta, que Donald Trump qualifiait encore de «beau gosse» (real beauty) en mai 2016, se défend d’être un provocateur. Il voit son rôle face à Donald Trump comme une «mission» et tant pis s’il est désormais parqué dans une case de journaliste pas vraiment objectif. Il incarne l’anti-Trump par excellence. On le soupçonnerait presque d’être fier d’être devenu le journaliste-ennemi numéro 1 du président. Il s’en explique: «La neutralité au nom de la neutralité ne nous sert pas vraiment à l’époque de Trump.»

Dans son livre, il raconte les menaces dont il fait l’objet, émanant soit directement soit indirectement de l’entourage de Donald Trump, et détaille les dysfonctionnements de la Maison-Blanche et les mensonges de ses occupants, qu’il juge dangereux pour la démocratie américaine. Jim Acosta a peut-être un côté fanfaron, mais il a de la bouteille. Il a couvert la guerre en Irak, l’ouragan Katrina et la campagne présidentielle de John Kerry pour CBS avant de passer à CNN et d’être muté à Washington pour couvrir le deuxième mandat de Barack Obama.

ll n’est ni le premier ni le dernier à raconter les «secrets» de la Maison-Blanche sous Donald Trump, et en ce sens, son livre vient un peu tard pour susciter un réel intérêt. Mais ce que Jim Acosta nous offre, c’est une plongée de l’intérieur des tentatives répétées de Donald Trump de décrédibiliser les médias. Et de ce que cela représente. «Des fans de Trump m’ont laissé de nombreux messages soulignant que je devrais être assassiné de toutes sortes de manières médiévales possibles», écrit-il dès la page 6. «Des commentaires postés sur mes comptes Instagram et Facebook suggéraient qu’on me castre, qu’on me décapite ou que l’on m’immole.» Il doit s’entourer de gardes du corps lors de certains meetings. C’est aussi ça être journaliste (américain) sous l’ère de Donald Trump. Le fait que le président soit désormais menacé par une procédure d’impeachment ne risque pas d’améliorer les choses.

 

Le «N-word», ce tabou américain

«Hey, nigga!» Je l’avoue, à chaque fois que j’entends des Afro-Américains s’apostropher de la sorte dans la rue, j’esquisse un petit sourire. Nigga, comme diminutif de nigger, pour «nègre». Le «Hey, nigga!» s’accompagne généralement immédiatement d’une bonne vieille accolade. C’est une marque d’amitié, de fraternité, très prononcée, mais qui peut surprendre. Les médias américains, eux, optent pour le tabou le plus absolu: c’est le fameux n-word.

Un marqueur identitaire

Cela faisait longtemps que j’avais envie d’écrire à ce sujet, à force d’entendre les nigga ou nigger à chaque coin de rue. Mais j’hésitais. Comment l’aborder? Le thème est délicat, et le dérapage ou la maladresse involontaire vite là. Et puis, à force de faire quelques recherches, je suis tombée sur le rappeur Kendrick Lamar. Kendrick Lamar, donc, a fait un jour monter une fan sur scène lors d’un concert en Alabama, lui prêtant son micro. Delaney est restée très fidèle à ses paroles. Trop. Car lorsqu’elle a répété «nigga» à plusieurs reprises – c’est le texte de la chanson qui voulait ça –, Kendrick Lamar a vu rouge et l’a interrompue. Précision: Delaney est Blanche. Totalement hypocrite? L’actrice Gwyneth Paltrow ne peut que compatir. En 2012, à un concert de Kanye West qui chantait Niggas in Paris avec Jay-Z, elle a eu le malheur de tweeter le mot. Elle a reçu une avalanche de critiques.

Le n-word renvoie à l’esclavagisme et au racisme. Au dernier mot que des Noirs ont parfois entendu avant d’être lynchés. Un Blanc qui le prononce, même par simple imitation, passe pour un suprémaciste qui considère les Noirs comme des êtres inférieurs. Mais dans la communauté noire, chez les rappeurs plus spécifiquement, il devient un marqueur identitaire, une sorte de revendication pour souligner la fierté de ses racines. Même l’écrivaine noire Toni Morrison, récemment décédée, l’utilisait souvent. Pour relever la discrimination raciale qui prévaut aux Etats-Unis.

Le bruit d’un fouet

«Le débat sur le racisme aux États-Unis s’articule autour du n-word et du nombre de membres de la communauté blanche qui l’ont historiquement utilisé comme une arme verbale contre les Noirs américains. C’est un rappel aussi vivifiant que le coton, les chaînes et les souvenirs de la Confédération de ce que nos ancêtres ont enduré pendant des siècles», écrit le journaliste Jeremy Helligar dans Variety. «Même aujourd’hui, pour beaucoup d’entre nous, lorsqu’une personne blanche prononce le n-word, c’est comme le bruit d’un fouet qui tape dans le dos d’un esclave. En raison de son histoire chargée, il ne sera jamais acceptable que des Blancs utilisent le n-word (pas même si c’est Eminem, bien qu’il semble inexplicablement obtenir un laissez-passer de la communauté hip hop), peu importe les circonstances.»

Il ajoute: «Ces dernières décennies, des Noirs se sont emparés du mot que certains Blancs utilisent encore contre eux, et l’utilisent comme un terme presque affectueux pour leurs compatriotes afro-américains, le transformant souvent en «nigga», vraisemblablement pour le diluer et le rendre vainqueur. C’est une façon de prendre une arme qui a permis aux Afro-Américains de rester mentalement battus pendant des générations et de l’embrasser, lui ôtant ainsi son pouvoir destructeur». Mais Jeremy Helligar ne cache pas son scepticisme quant à cette utilisation-là.

Même Barack Obama

Lorsqu’il était président, Barack Obama a osé prononcer ce mot lors d’une interview à une radio de Los Angeles en 2015, dans le but de dénoncer le racisme ambiant. Cette phrase a déclenché la panique dans les rédactions: «Il ne s’agit pas seulement de ne pas dire «nègre» en public parce que c’est impoli.» Le quotidien USA Today n’a retranscrit que la première lettre du mot. Le New York Times a choisi de faire une exception, en l’expliquant: «Dans ce cas précis, une paraphrase ou l’usage d’un euphémisme aurait laissé les lecteurs dans la confusion et aurait ôté de la substance à l’article.» A la télévision, Fox News a prévu un «bip» et CNN a averti qu’un mot allait «beaucoup offenser».

Blancs et Noirs restent forcément inégaux face à l’utilisation de ce mot. Mais rien n’est simple. D’ailleurs, des Noirs eux-mêmes s’en offusquent, tant le terme, qu’il soit utilisé comme marque d’affection ou non, est dépréciatif. En 2007, nigger a eu droit à un enterrement officiel à Detroit, avec une procession funéraire mise sur pied par une grande organisation de défense des droits des Noirs américains. Et en 2011, raconte l’AFP, une maison d’édition de l’Alabama a même remplacé les 219 «nigger» dans Les Aventures de Huckleberry Finn de Mark Twain (1885) par «esclave».

Mais il a vite ressuscité. Est-ce finalement une bonne chose que de jeunes Blacks se réapproprient à leur manière un mot très chargé historiquement? On n’a pas fini d’en débattre.

 

Mourir noyés dans l’alcool: le triste sort des rats new-yorkais

Il paraît que les rats aiment jouer à cache-cache. C’est du moins ce qu’une équipe de neuroscientifiques allemands vient de découvrir. Les rongeurs auraient un réel plaisir à se cacher et à essayer de trouver d’autres rats tout autant farceurs. En jouant, ils font des petits bonds de joie et des cris ultrasoniques, signes de bien-être, nous apprend la revue Science.

Nez contre museau

Cela m’a fait penser à une drôle de rencontre, un soir d’hiver, vers minuit, dans une station de métro de Brooklyn. Je montais les escaliers, fatiguée. Et lui, les descendait, en fonçant à toute vitesse. Nous nous sommes retrouvés presque nez contre museau, aussi surpris l’un que l’autre. Il y a bien eu quelques cris ultrasoniques et des semblants de bonds. Mais c’était en l’occurrence plutôt les miens, et pas forcément lié à un plaisir jubilatoire. Le rat, lui, l’effet de surprise passé, a été très rapide à détaler.

Aujourd’hui, il aurait peut-être plus de peine. Car les autorités new-yorkaises, jamais en mal d’idées de dératisation, viennent de présenter une nouvelle méthode, testée précisément à Brooklyn: piéger les rats grâce à un mélange à base d’alcool. Le rat est censé être intrigué par un appât (des graines de tournesol et des noix), grimper sur un récipient Ekomille de près de 60 centimètres de haut pour assouvir sa faim et tomber dans une sorte de bain d’alcool. Sonné, ivre, il finit sa vie noyé.

Plutôt que de faire cela discrètement, le président de Rat Trap Inc. a tenu à montrer les résultats concrets aux journalistes. Et quand vous savez qu’un de ces récipients raticides importés tout droit d’Italie peut contenir jusqu’à 80 carcasses baignant dans un liquide verdâtre, vous pouvez vous imaginer à quoi ressemble le contenu de ces fameux pièges…

Deux millions à New York

En un mois, une centaine de rats auraient été attrapés dans le quartier. Le maire de Brooklyn jubile et va jusqu’à parler de procédé «humain, écologique, hygiénique et sans odeur». Il est permis d’en douter sérieusement. Qu’on les aime ou non, les rats sont plus de 2 millions à sévir à New York, ce qui fait grosso modo un rat pour quatre habitants. Pendant longtemps – jusqu’en 2014 en fait –, la légende urbaine voulait qu’ils y soient cinq fois plus nombreux que les humains, mais passons. Les autorités ont déjà dépensé des millions – le dernier plan remontant à 2017, le Rat Reduction Plan, a coûté 32 millions de dollars – pour faire en sorte que les bestioles soit ne se reproduisent plus, soit meurent avant même d’avoir songé à assurer une descendance. Brooklyn est visiblement l’arrondissement le plus touché (6500 plaintes en 2018). Sur l’ensemble de la ville, 17 353 personnes ont recouru l’an dernier à une hotline pour signaler la présence de rats.

Et si ces rongeurs, jugés plutôt intelligents, commençaient à jouer à cache-cache avec les dératiseurs en boudant leurs curieux engins d’Italie pour éviter de finir en bouillie? New York, finalement, tente d’éradiquer ses rats depuis plus de trois cent cinquante-cinq ans sans y parvenir… On ose à peine le suggérer, de peur d’être renvoyée à sa propre suissitude, mais quand même: si les New-Yorkais commençaient par mieux trier leurs déchets et éviter de laisser des poubelles béantes dans la rue pendant plusieurs jours, y compris en pleine canicule, peut-être que la «crise des rats» serait un peu moins préoccupante, non?

Ces sandwichs au poulet frit qui rendent fous

J’étais récemment en Louisiane et, forcément, goûter à la «bonne cuisine du Sud» a fait partie du programme. La cuisine du sud des Etats-Unis? Cajun ou créole, elle est bien plus exotique qu’ailleurs. Alors il a fallu goûter au jambalaya, au gombo ou encore aux shrimps and grits. Sans oublier le Po’ Boy, ce sandwich très lourd dont tout le monde semble raffoler, avec ou sans tabasco, autre spécialité du coin. J’ai eu le malheur de choisir celui aux huîtres frites. Avec une portion plus que généreuse, qui m’a non seulement empêchée de finir le plat mais fait sauter les deux repas suivants.

«Revoilà un poor boy»

Ce sandwich, avec du vrai pain croustillant (c’est si rare aux Etats-Unis), a d’ailleurs une belle histoire. Deux frères, conducteurs de trams, sentant les difficultés arriver dans leur secteur, ont décidé un jour d’ouvrir un restaurant. Lors d’une grande grève en 1929 contre l’entreprise qui gérait les trams de la Nouvelle-Orléans, ils ont distribué des sandwichs copieux à leurs anciens collègues, toujours plus nombreux à venir faire la queue. «Oh, revoilà encore un poor boy», aurait dit une fois l’un des frères. Le nom est resté. C’est en tout cas ce que veut la légende.

Les Po’Boy peuvent bien sûr être faits au poulet frit, autre «attraction» locale. Mais les histoires de 2019 sont moins belles que celles de 1929. Popeyes, la chaîne de fast-food de Louisiane qui ne jure que par le poulet frit épicé, vient de lancer un tout nouveau sandwich à 3,99 dollars, le 12 août dernier. Elle n’avait auparavant rien de tel à son menu. Dépassée par son succès, elle a rapidement dû faire face à une rupture de stock. Dans le Nevada, un restaurant avait même dû momentanément fermer, car l’afflux de consommateurs affamés gênait la circulation.

Fausse publicité?

Une redoutable stratégie marketing, pour donner encore plus envie? A la base, le but était bien de concurrencer Chick-Fil-A, une enseigne qui donnait déjà dans le sandwich au poulet frit. Rapidement, la guerre entre les deux a battu son plein. Le #Popeyesgate a fait rage sur les réseaux sociaux. D’autres fast-foods vendant des sandwichs au fried chicken sont entrés dans la danse après avoir constaté que le tweet de désapprobation de Chick-Fil-A et surtout la réponse de Popeyes étaient devenus viraux. C’est à partir de ce moment-là que Popeyes a été victime de son succès.

Depuis, les inconditionnels de poulet frit commencent sérieusement à perdre patience et dénoncent une pénurie organisée à des fins commerciales. Un habitant du Tennessee est allé jusqu’à porter plainte contre l’enseigne pour publicité mensongère..

Le 27 août, Jose Cil, le patron du groupe propriétaire de Popeyes, a dû venir s’expliquer sur CNN. «Nous avons fait quelque chose de faux. Nous ne nous attendions pas à cartonner ainsi sur internet», a-t-il admis. Désormais, vous le saurez: aux Etats-Unis, le poulet frit est capable de déchaîner les passions. Mais l’histoire, qui à la base fait sourire, a failli prendre une tournure dramatique le 2 septembre: un homme, à Houston, a pointé son arme sur des employés de Popeyes en apprenant que son sandwich tant convoité n’était toujours pas disponible. De quoi, de nouveau, provoquer des réactions enflammées sur les réseaux sociaux. On n’a pas fini d’entendre parler de poulet frit.