La punk attitude de Melania Trump

Melania Trump était presque portée disparue ces derniers temps, la voilà qui a fait une apparition très remarquée, jeudi. Depuis, tout le monde ne parle plus que de ça: de sa veste kaki Zara à 39 dollars, avec l’inscription: «Je m’en fiche complètement, et vous?». Erreur crasse? Provocation choquante? Stratégie diabolique pour détourner l’attention des drames de migrants aux frontières? Ou plutôt violent pied de nez à son mari, empêtré dans des soupçons de relations extraconjugales? Et si Melania cherchait à assumer un côté rebelle, punk? Deux jours plus tard, les théories les plus folles continuent de faire surface. Mais ne cherchez pas: les interprétations sont multiples et seule la First Lady sait vraiment ce que lui est passé par la tête. Du moins, on l’espère.

Elle se sait scrutée à chacun de ses déplacements, son accoutrement – comme ses talons aiguilles pour aller voir des victimes d’ouragan au Texas – faisant l’objet de nombreux commentaires. Lors d’un voyage en Sicile, elle avait par exemple créé la polémique en portant une veste Dolce e Gabbana à 51 000 euros. Donc la théorie du malheureux «hasard», personne n’y croit. C’est bien le contexte qui choque particulièrement: elle a porté cette veste au moment d’embarquer pour le Texas, où elle devait visiter un centre pour enfants clandestins. Ceci, alors que son mari, conspué pour sa politique barbare de séparation des familles entrées illégalement aux Etats-Unis, a dû faire volte-face. En se rendant à la frontière, Melania avait donc pour mission d’offrir un peu de compassion. Feintée? Probablement pas. De l’aveu du président américain lui-même, Melania aurait pesé dans sa décision de ne plus séparer les familles. Elle s’est publiquement distancée de ces pratiques, en appelant à gouverner les Etats-Unis «avec le coeur».

Mais alors pourquoi cette veste, qui a été jusqu’à éclipser la raison de son voyage, même si elle a pris soin de ne pas la porter pendant la visite du centre? Etait-ce une manière de relativiser ce qui pouvait apparaître comme une opposition frontale à la politique de son mari? Ou plutôt une réponse aux médias qui ont osé qualifier son déplacement de «surréaliste», et qui récemment se sont adonnés à toutes sortes de théories pour expliquer son «absence» de la scène publique? La porte-parole de Melania Trump assure qu’il n’y a pas de «message caché». Donald Trump, lui, – il l’a dit sur Twitter – évoque un pied de nez aux «fake news». A propos de quoi? Il ne le précise pas. «Melania a appris à quel point ils sont malhonnêtes et elle n’en a vraiment plus rien à faire», a posté le président. Sa femme a dû apprécier que son mari parle en son nom…

Quelle que soit sa motivation, le choix de la veste reste cruel, juge le Washington Post: Zara a dû présenter des excuses et payer des amendes pour avoir fait travailler des enfants en Amérique du Sud. Citée par l’AFP, Jeanne Zaino, professeure de sciences politiques au Iona College de New York, estime surtout que Melania Trump a cherché à revendiquer son indépendance, face aux médias et à l’opinion publique. Une manière de dire: «Vous pouvez penser ce que vous voulez, je sais ce que je fais», et de montrer que ce déplacement au Texas, c’est elle qui l’a voulu. Elle a d’ailleurs remis sa veste à son retour à Washington, alors que ses conseillers ont certainement dû lui dire que les réseaux sociaux commençaient à sérieusement s’emballer. Sans, apparemment se soucier, du lien qui pouvait être fait avec les enfants placés dans des sortes de cages.

«Elle est plus proche des Premières dames des séries télé comme «House of Cards» que des Premières dames traditionnelles américaines… Elle est vraiment fascinante», précise, toujours à l’AFP, Jeanne Zaino. Ce que pense Melania Trump de toute cette polémique vestimentaire? Elle s’en fiche probablement complètement. Et vous?

Aux Etats-Unis, la provocation par les armes

Des fusils d’assaut AR-15 disponibles en libre-service à Chicago? Plutôt que d’y décrocher son vélo, on y prend son semi-automatique. Et advienne que pourra. Les images de ces fusils à crosse bleue sur bornes, dans un pays où les armes à feu font des ravages et où le président pense qu’il serait utile d’armer les enseignants, sont frénétiquement partagées sur les réseaux sociaux. Ah oui, juste une précision: il ne s’agit pour l’instant que d’une installation artistique, avec des fusils fictifs.  Le «Metro Gun Share Program» émane notamment du Brady Center, une association qui lutte contre la violence armée. Mais avouez que vous y avez cru pendant quelques secondes. D’ailleurs, en janvier 2015, le journal satirique The Onion y avait déjà songé

La provocation par les armes, un autre y a pensé: le comédien Donald Glover, alias Childish Gambino quand il se présente sous ses traits de rappeur. Lui aussi dénonce la facilité avec laquelle les Américains peuvent s’acheter des armes, au nom du sacro-saint Deuxième amendement de la Constitution. Son clip «This is America» fait fureur.

Donald Glover s’y contorsionne, en singeant l’Amérique raciste, violente et consumériste. Childish Gambino y montre ses talents de danseur dont certaines poses renvoient à une caricature du personnage de Jim Crow, qui a donné son nom aux règlements racistes promulgués entre 1876 et 1964 dans certains Etats du Sud. Comme le «Jumping Jim Crow» – un Blanc qui s’est noirci le visage pour imiter un esclave -, il se dandine,  se déplace comme une marionnette, roule les yeux et exagère son sourire. Les clichés du Blanc qui se moque du Noir. 

Surtout, dans son clip, Donald Glover recourt à deux reprises à une arme de guerre. Il tire d’abord sur un homme encagoulé. Puis, dézingue un choeur de gospel. Une allusion à la tuerie dans l’église méthodiste de Charleston du 17 juin 2015. Les symboles sont si nombreux, que les médias américains n’en finissent plus d’interpréter la vidéo.

Donald Glover est devenu un peu l’anti Kanye West, ce rappeur qui ne cache pas soutenir Donald Trump. Et qui a déclenché une polémique il y a quelques jours en tenant des propos obscènes concernant l’esclavage (il a parlé de «choix»).  «Bien sûr, je sais que les esclaves n’ont pas été enchaînés et embarqués sur des bateaux de leur propre chef. Je voulais dire que le fait d’être restés dans cet état alors que nous étions plus nombreux signifie que nous étions mentalement esclaves», a-t-il tenté de se justifier sur Twitter. Il lui reste toutefois un point commun avec Childish Gambino: lui aussi se dit anti-armes. Kanye West s’est du moins montré à Washington lors de la grande marche organisée par les jeunes rescapés de la fusillade Parkland.

James Comey et ses six détracteurs à pancartes à New York

Mercredi soir, James Comey, le patron du FBI limogé par Donald Trump, était à New York pour une étape de son marathon de la vengeance, dans la libraire Barnes and Noble, à Union Square. Il était attendu pour parler de son livre A Higher Loyalty: Truth, Lies, and Leadership (Mensonges et vérités, pour l’édition française), lui qui vient de comparer le président américain à un «chef mafieux», «menteur» et «égocentrique». Le 4e étage était bloqué pour l’occasion, pour des raisons de sécurité, et ne pouvaient y accéder que ceux qui avaient obtenu des heures plus tôt un petit bracelet en faisant la queue pour acheter le livre. Mais le spectacle était surtout dehors. Une poignée de supporters de Donald Trump anti-Comey était venus faire un peu d’animation, sous la surveillance de policiers trois fois plus nombreux qu’eux.

Il y avait une petite femme silencieuse, un bonnet rouge «USA» sur le crâne, avec une pancarte «Women for Trump», un gaillard bien plus bavard, qui secouait un immense drapeau «Trump 2020», un vieux Monsieur avec une affiche «Jail Comey». Puis deux femmes sont arrivées, hurlant des propos incompréhensibles, mêlant le «traître Comey» à des histoires de pédophilie et de trafics d’enfants. «Lucifer se chargera de tout. Dieu est au-dessus de nous, ne l’oubliez pas!», tonne l’une d’elle. Une autre femme les a rejoint, affichant fièrement le logo de la NRA, le lobby des armes.

Parmi ces manifestants, que les policiers ont très vite contenus en les encerclant de barricades, un homme se démarquait. Un jeune gars aux allures de faux nabab qui se croit irrésistible, chaussures pointues et lunettes mangeant la moitié de son visage. Accroché à son selfie stick, il commentait la petite manifestation en se pavanant et espérant qu’on l’observe. C’est Jovanni Val, dit «Jovi Val», dont le compte Twitter a été suspendu. Jovi Val s’est notamment répandu en juillet sur les réseaux sociaux après avoir été agressé lors d’une fête organisée par Milo Yiannopoulos, exhubérant repésentant de l’Alt-right, qui a été rédacteur du site d’extrême droite Breitbart News, la plateforme du controversé Steve Bannon.

Ces trumpistes-là avaient tout prévu pour faire parler d’eux et divulguer rapidement des bribes de leur mobilisation sur les réseaux sociaux. Certains ont joué la provocation et ont eu quelques échanges vifs avec les passants. Une vieille dame distinguée passe devant eux en leur faisant un immense doigt d’honneur. «Ils sont si peu nombreux! J’ai presque pitié d’eux, je devrais rejoindre leur groupe avec une pancarte «A bas les Noirs!», ironise une avocate afro-américaine. «Ces gens sont payés pour faire ça…», glisse une retraitée. Elle lève les yeux au ciel.

Amusés et moqueurs: c’était bien l’attitude des New-Yorkais qui passaient à ce moment-là du côté de Union Square. Il faut dire que ce petit groupe parqué comme du bétail derrière des barrières donnait une curieuse impression. Surtout, les New-Yorkais sont peu sensibles à leurs agitations: près de 95% ont voté en faveur de Hillary Clinton le 8 novembre 2016. «Non, mais regardez-les! Ne sont-ils pas risibles?», lance une jeune femme, qui s’est arrêtée quelques minutes pour les observer. Comme d’autres, elle s’est crue au spectacle. Il ne manquait que le pop-corn.

Payés ou pas, pendant que ces anti-Comey s’égosillaient dehors à coups de «Lock him up!» sous l’oeil impassible des policiers, l’ex-patron du FBI est parvenu à entrer discrètement dans la librairie. Par une porte de secours. 

Un bébé nommé Donald Trump

C’est l’histoire sur laquelle je me suis attardée ce matin dans le New York Times, en buvant mon café au lait d’amandes. Ainsi donc, en Afghanistan, est né un petit Donald Trump. Jamila et Sayed Assadullah ont fait sensation en décidant de donner le nom du président américain à leur troisième enfant. Mais pas forcément dans le sens qu’ils espéraient.

Donald Trump l’Afghan est en fait né le 3 septembre 2016 quand Donald Trump l’Américain était encore en pleine campagne présidentielle. Mais alors que Donald Trump l’Américain limoge son Secrétaire d’Etat par tweet et nomme une patronne de la CIA impliquée dans le programme de prisons secrètes où des détenus étaient soumis à des pratiques de torture, Donald Trump l’Afghan, qui a déjà l’âge de marcher et de parler, fait aussi le buzz ces jours. Parce qu’un extrait de son certificat de naissance circule sur les réseaux sociaux. Une fuite orchestrée par des employés du Service de la population local, assure le père, qui n’a jamais donné d’autorisation pour que ce document soit rendu public.

De milieu très modeste, Sayed voue visiblement une admiration sans borne à Donald Trump l’Américain. Il a lu ses livres – notamment «How to get rich» -, l’a observé  à la télévision. Il est comme fasciné, tétanisé, envieux. Et pensait surtout que donner ce nom à son fils lui porterait chance. Alors quand il l’a vu naître avec des cheveux blonds en épouvantail, il n’a pas hésité une seule seconde. Il aurait peut-être dû. Les familles et amis du couple Assadullah ont été très fâchés que le nouveau-né n’ait pas de nom musulman et porte celui d’un «infidèle». A tel point que la famille a dû quitter le village du Daikundi, pour louer un logement à Kaboul. Pendant les dix premiers jours de sa vie, Bébé Trump n’avait en fait pas de nom. Les grands-parents ont généralement leur mot à dire. Sayed Assadullah a préféré rompre cette tradition et commettre l’irréparable, convaincu que son fils aurait un fabuleux destin.

Sayed Assadullah raconte sa mésaventure aux journalistes du Times. Avec une certaine naïveté, il explique avoir eu de la peine à inscrire son fils sous ce nom et assure n’avoir pas fait tout cela pour obtenir l’asile à l’étranger. Il sait surtout désormais qu’il n’est pas le seul à avoir eu cette idée saugrenue. Un couple de la même région parents de jumeaux affirme que le premier s’appelle Vladimir Poutine et le deuxième Barack Obama. Mais les parents hésitaient avec Donald Trump. Les journalistes du New York Times précisent toutefois que cette information reste difficile à confirmer: le père des enfants leur a bien envoyé le certificat de naissance avec les noms indiqués, mais le document était daté de cette semaine, alors que les jumeaux sont nés il y a plus de deux ans.

Fake news? Bien probable. En attendant, Donald Trump l’Afghan, qui ne sait pour l’instant pas ce qui lui arrive, risque fort d’espérer plus tard que toute son histoire en soit aussi une. Et qu’il puisse congédier son propre nom par un petit simple petit coup de tweet.

L’histoire du père qui sauve son fils de la peine de mort

C’est l’histoire folle d’un père sauvant de la mort un fils qui a tenté de le tuer. Condamné à mort, Bart Whitaker, 38 ans, a échappé jeudi soir à son exécution, in extremis, 40 minutes avant l’injection létale. C’est la première fois que le gouverneur du Texas Greg Abbott décide de commuer une peine capitale en prison à perpétuité, dans un des Etats américains qui exécute le plus.  Cette décision, il l’a prise grâce à l’engagement du père de Bart Whitaker, un fervent chrétien.

Bart Whitaker a planifié le meurtre de toute sa famille en 2003, en engageant un tueur. Pour des questions d’argent. Il a fait tuer sa mère, son frère et le tireur a raté de peu son père. Il avait mis en scène un faux cambriolage et prétendu en avoir lui-même été victime. Le tueur, un ami de Bart, se terrait dans la maison familiale le 10 décembre 2013, et a commencé à tirer quand toute la famille rentrait d’une soirée au restaurant. Le père a eu le thorax perforé. Depuis son lit d’hôpital, Kent Whitaker s’est rapidement dit prêt à pardonner le meurtrier, sans savoir tout de suite que son fils y était pour quelque chose. Puis, quand il l’a compris, il a certes été choqué, mais n’a pas changé de position pour autant, allant jusqu’à dire que Dieu l’avait «aidé à parvenir à ce pardon intégral». «Je pense qu’il l’a fait pour m’aider à retisser ma relation avec mon fils», a-t-il déclaré à l’AFP. Kent Whitaker et sa nouvelle femme sont allés rendre visite presque chaque semaine à Bart dans les couloirs de la mort. Jeudi soir, à travers une vitre, ils lui avaient fait ce qu’ils pensaient être de derniers adieux. Le vrai meurtrier, lui, n’a pas été condamné à mort, mais à la prison à vie.

Avec cette forte charge émotionnelle, l’affaire fait grand bruit aux Etats-Unis. Ce même jeudi soir, deux autres exécutions étaient également programmées, dans l’Alabama et en Floride. Dans le premier cas, les avocats n’ont fait pas réussi à faire valoir que l’injection létale pourrait se transformer en séance de torture pour leur client souffrant d’un double cancer. Mais l’exécution a été repoussée.
Selon les statistiques du Death Penalty Information Center, 23 personnes ont été exécutées en 2017, un chiffre en baisse depuis 2009, année où 52 condamnés à mort ont été tués. Le pic avait été atteint en 1999, avec 98 exécutions. Depuis le début de l’année, quatre exécutions ont déjà eu lieu, dont celle de jeudi en Floride. Les abolitionnistes caressent l’espoir que l’affaire Whitaker fasse avancer le débat. En quarante ans, ce n’est que la troisième fois qu’un gouverneur du Texas suspend une exécution au dernier moment. En trois ans de mandat, Greg Abbott a lui-même autorisé 30 exécutions. Jusqu’à ce qu’il rencontre Kent Whitaker.

Un Donald Trump en version dessin animé

Qui boit un Diet Coke dans son lit, un T brodé sur son pyjama, et déclare à sa femme: «Mais pourquoi tu me regardes: il y a une télévision dans la chambre»? «Our Cartoon President», peuvent désormais répondre en choeur les Américains. C’est le titre du tout nouveau dessin animé consacré à Donald Trump, dont les deux premiers épisodes ont été diffusés dimanche soir sur Showtime (CBS).

Toute la famille de Donald Trump, ses ministres, et son staff au complet, y figurent. Le président américain jure, lâche des «tremendous», «amazing» et «huge» à chaque deuxième phrase, arrive au Congrès dans un immense camion de pompiers pour son discours sur l’état de l’Union, et a une fâcheuse tendance à vouloir à tout moment attraper la fameuse mallette nucléaire qui le suit partout. 

Certains passages font sourire, comme ceux où il regarde des extraits de ses propres vrais discours à la télévision, mais d’autres moins. Les épisodes sont trop longs – le premier fait 26 minutes – et l’imitation de Trump est un peu décevante, il faut l’avouer. Aurait-il fallu davantage forcer les traits? Mieux ficeler les scénarios? Le New York Times a raison de souligner que le seul personnage vraiment bien croqué, poussé jusqu’aux limites de la satire, est son conseiller Stephen Miller, dépeint comme un amateur de pratiques SM, pendu au plafond des crochets plantés dans son dos, et invoquant des démons pour finaliser ses discours.

Un des hommes derrière «Our Cartoon President», qui se targue de présenter les «vraies mésaventures du 45e président des Etats-Unis», n’est pourtant autre que le talentueux Stephen Colbert, humoriste et satiriste politique, qui anime depuis 2015 «The Late Show». «Ce qu’il y a de formidable dans l’administration Trump, c’est que, quoi que vous vous imaginiez, vous êtes dans le vrai ! Tout est faux», aime-t-il plaisanter.

Le problème est que les polémiques et scandales s’enchaînent à rythme effréné. Si des satiristes peuvent réadapter leurs sketchs pour coller le plus possible à l’atmosphère du moment, le dessin animé risque parfois de sembler un peu dépassé. Il y a encore huit épisodes pour convaincre.

Qu’en pense le principal intéressé? Il n’a toujours pas réagi sur Twitter. Donald Trump n’a pourtant pas manqué d’épingler, à plusieurs reprises, Alec Baldwin qui le singeait dans «Saturday Night Live». Sa prestation l’agaçait profondément. Pas de chance: Alec Baldwin vient de reprendre sa perruque blonde après une pause de plusieurs mois. C’est peut-être aussi pour cela que «Our Cartoon President» semble manquer d’un peu de sel: les satires de Trump à la sauce piquante sont déjà nombreuses.

Les «séquences émotions» du showman Trump

Beaucoup a été dit à propos du discours sur l’état de l’Union prononcé mardi soir par Donald Trump. Commenté, décrypté, soupesé, encensé, relativisé. Les minutes d’autoglorification sur la bonne santé économique du pays, l’appel à l’unité, les propos hués sur les clandestins indésirables, les piques contre les «régimes voyous». Les promesses, les belles phrases, celles qui dépotent, sonnent creux ou marquent les esprits. Mais il y a un aspect qui a été un peu mis de côté: le talent qu’a Donald Trump pour jouer avec l’émotion des gens.

Comme un habile chef d’orchestre, un redoutable metteur en scène, il avait pour la plupart des thèmes abordés, un exemple concret. Dans la salle. Avec à la clé, des applaudissements nourris et des yeux humides. Donald Trump et son équipe ont soigneusement sélectionné leurs invités. Le casting était redoutablement efficace.

Il y a d’abord eu les «héros». Comme l’officier Ashlee Leppert, qui a contribué, à bord de son hélicoptère, à sauver 40 vies lorsque l’ouragan Harvey s’est abattu sur Houston. Le pompier David Dahlberg était aussi là. Il a sauvé soixante enfants bloqués dans un camp lorsque la Californie a été dévastée par des incendies. Donald Trump les montre du doigt, applaudit, les remercie.

Place ensuite, aux patrons d’une entreprise florissante de l’Ohio qui, grâce aux effets de la réforme fiscale – on y arrive -, vont pouvoir engager des employés supplémentaires. L’un d’eux, d’ailleurs, était aussi présent. Un Afro-américain passé par la case chômage jusqu’à ce que les patrons blancs l’engagent. Trump a pensé à tout. Il veut donner du rêve aux Américains. Et il le fait à la manière d’un animateur d’une émission de téléréalité.

Plus le discours avance, plus les séquences émotions deviennent fortes. Tout est savamment étudié. Les précédents exemples? Oubliez-les. On arrive maintenant à Preston Sharp, un petit bonhomme de 12 ans qui se tient fièrement dans la tribune aux côtés de Melania Trump. Ce qu’il a fait? Le Californien a remarqué que des tombes de vétérans n’étaient pas décorées d’un drapeau américain lors du sacro-saint Veterans Day. Il y a remédié, en lançant un mouvement qui a permis de récolter 40 000 drapeaux. «Preston: a job well done!», lui a lancé Donald Trump, plus patriote que jamais.

Sur le front de l’immigration, le président a choisi d’inviter les parents de deux jeunes filles tuées en automne 2016 par des membres du gang MS-13. Torrents de larmes au moment où les caméras se braquent sur eux. Pour Donald Trump, ces familles sont les parfaites icônes pour incarner les ravages de gangs ultraviolents qu’il veut éradiquer. Un argument béton pour la construction de son mur entre les Etats-Unis et le Mexique, et le renforcement de mesures pour lutter contre la migration illégale et les trafics de drogue.

Les deux couples sont trop émus pour s’interroger sur leur éventuelle instrumentalisation. Donald Trump, avec le ton suave et paternaliste d’un prédicateur qui aurait avalé trop de calmants, sait leur parler: «Je veux que vous sachiez que 320 millions de coeurs battent en ce moment pour vous. On vous aime. Merci. Nous ne pouvons pas nous imaginer l’intensité de ce type de peine, mais nous pouvons faire en sorte que d’autres familles n’aient pas à le subir».

Le tableau n’aurait pas été complet sans la présence de l’agent spécial Celestino Martinez, CJ pour les intimes, qui, bien que menacé de mort par le MS-13, a mené une opération à Long Island qui a permis l’arrestation de plus de 220 membres du gang.

Donald Trump n’a pas fini. Ses invités sont, qu’ils le veuillent ou non, là pour appuyer ses propos. Sur la crise des opioïdes aussi, où il est pourtant accusé de ne pas faire grand chose, il a soigné son casting: il a invité la famille Holets qui a récemment fait les grands titres de journaux. Policier, Ryan Holets a eu le coeur brisé en tombant sur une toxicomane qui se faisait une injection alors qu’elle était hautement enceinte. Il a décidé d’adopter l’enfant. La petite fille, Hope, était là, à quelques centimètres de la First Lady, sagement emmaillotée dans un linge rose fuchsia.

Le président des Etats-Unis aurait pu s’arrêter là. Mais il lui fallait encore incarner la lutte contre le terrorisme et l’Etat islamique, en faisant venir un soldat qui a combattu à Raqqa. Un soldat qui a failli perdre la vie et a surtout sauvé celle d’un camarade. Mais le sommet a été atteint en toute fin de discours, quand Donald Trump a fustigé le régime nord-coréen. Il lui fallait des images fortes. Il n’a pas eu de peine à en trouver. La terrible histoire d’Otto Warmbier, détenu pendant dix-huit mois en Corée du Nord, hante encore les Américains. Libéré en juin dernier, rapatrié dans un coma aux origines suspectes, il est décédé quelques jours plus tard.

Mardi soir, ses parents, accompagnés de leurs deux autres enfants, n’étaient pas simplement émus lorsqu’ils ont été ovationnés, ils étaient effondrés. Des images presque insoutenables. Là encore, Donald Trump, qui les a fait se lever deux fois sous les applaudissements, a pensé qu’il fallait aller plus loin dans la scénographie de son discours, par ailleurs plutôt creux, sans annonces ni vista politique. Il a réussi à mettre la main sur un déserteur nord-coréen, aujourd’hui réfugié à Séoul.

Donald Trump a raconté les souffrances de Ji Seong-ho, qui a perdu une main et un pied dans un accident de train, et a fui son pays en 2006. «Aujourd’hui il vit à Séoul, où il aide d’autres transfuges, et diffuse vers la Corée du Nord ce que le régime craint le plus: la vérité», a insisté le président des Etats-Unis. «Il a une nouvelle jambe, mais Seong-ho, je crois que vous gardez vos béquilles (de vieux modèles en bois, ndlr) comme symbole de votre parcours. Votre grand sacrifice est un exemple pour nous tous», a ajouté Donald Trump.

Le discours est arrivé à sa fin. Il peut fermer les rideaux, satisfait du spectacle qu’il a donné. Des larmes ont coulé. Mission réussie.

C’était ça aussi, le premier discours sur l’état de l’Union de Donald Trump.

Le mystère de l’immeuble sans fenêtres de New York

C’est un immeuble mystérieux, sans fenêtres, situé en plein coeur de New York. Au 33 Thomas Street à Manhattan, pour être précise. «L’immeuble le plus terrifiant jamais vu», selon Tom Hanks. Sur son compte Twitter, l’acteur américain, intrigué, a publié l’été dernier une photo du bâtiment-bunker de Tribeca, et posé la question suivante: «Mais qu’est-ce qu’il y a à l’intérieur?». Il n’a pas été déçu: les internautes ont été très nombreux à lui répondre.

Alors? On ne saura pas tout. Mais une chose est sûre: l’immeuble de 29 étages (168 mètres) appartient officiellement au géant américain des télécommunications AT&T. On l’appelle d’ailleurs le «AT&T Long Lines Building». C’est le seul gratte-ciel de New York, construit entre 1969 et 1974 par le bureau d’architectes Carl Warnecke & Associates, conçu pour résister à une explosion nucléaire. Il abrite des équipements de télécommunications, et les 10e et 29e étages comportent de grosses ouvertures pour la ventilation. De l’extérieur, le reste n’est que béton et granit. Sans aucune lumière la nuit. Spooky.

C’est tout? Dans deux passionnantes enquêtes publiées en novembre 2016, The Intercept (lire ici et ici), qui a pu consulter des documents confidentiels, va beaucoup plus loin. Cette tour qui intrigue tant Tom Hanks dissimulerait en fait l’un des principaux centres d’espionnage de l’agence de renseignement NSA, et répondrait au nom de code «Titanpointe». L’agence y disposerait de matériel ultraperfectionné, capable, avec la collaboration d’AT&T, d’intercepter des communications du monde entier. The Intercept parvient à cette conclusion grâce à des documents transmis en 2013 par Edward Snowden, ex-employé de la NSA et de la CIA devenu lanceur d’alerte, avec lequel le site d’investigation collabore.

Une gigantesque station d’écoutes dissimulée dans une sorte de forteresse en plein coeur de New York? Dans les documents confidentiels consultés par les journalistes, la NSA ne fait jamais explicitement référence au 33 Thomas Street. Mais les journalistes assurent, en recoupant des témoignages d’ex-employés d’AT&T ainsi que des plans architecturaux,  que «Titanpointe» désigne bien ce curieux bâtiment. Parmi les indices récoltés, un guide de 2011 pour les employés de la NSA qui précise que le site est à New York et qui conseille d’emprunter un «véhicule de couverture» pour se rendre au bureau du FBI de Manhattan… qui ne se trouve qu’à un bloc de distance du mystérieux bâtiment. D’autres documents précisent que «Titanpointe» abrite des «RIMROCK access», des commutateurs 4ESS pour les appels à longue distance. Or le bâtiment AT&T en contiendrait au moins trois selon le témoignage d’un ancien employé.

Grâce aux documents fournis par Edward Snowden, «nous savons maintenant comment la NSA aspire toutes les données de l’opérateur», conclut The Intercept. Le Long Lines Building aurait même, toujours selon le site d’investigation online, été au coeur d’un programme controversé de la NSA dans les années 70, qui visait les communications émanant d’instances comme l’ONU, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, ainsi qu’une quarantaine de pays.

Pendant des décennies, les New-Yorkais qui passaient devant ce bâtiment glauque érigé en pleine guerre froide se demandaient ce qu’il pouvait bien abriter. Depuis un peu plus d’un an, les voilà avec une réponse. Ou, disons, avec une esquisse de réponse. Car, bien sûr, ni AT&T, ni la NSA n’ont validé la thèse.

L’histoire du New Yorkais qui cherche (pas si) désespérément (que ça) une femme

Se promener à New York, c’est toujours avoir l’assurance de tomber sur quelque chose de saugrenu. Tenez, l’autre jour, je me baladais du côté d’East Village, mon appareil de photo autour du cou, quand je suis tombée sur un curieux flyer collé sur un réverbère. Sur l’affichette, l’inscription «Looking for a Girlfriend», sous la photo d’un homme mal rasé, crâne chauve et ce regard fixe qui ne donne pas vraiment envie de faire connaissance.

Il y avait son nom, Dan Perino. Et son numéro de téléphone portable. Avec une courte explication: «Je cherche vraiment une petite amie. Ce n’est pas une plaisanterie.  Je suis juste fatigué d’être célibataire et j’espère rencontrer la bonne personne. Je suis un artiste professionnel et une personne très créative. Vous savez déjà qui vous êtes. Je suis ouvert à toute relation qui puisse aboutir à quelque chose de concret».

Encore de l’humour new-yorkais, m’étais-je dit. Très certainement des amis qui lui ont fait une mauvaise plaisanterie pour son enterrement de vie de garçon! Le pauvre doit recevoir pas mal de coups de fils. Et en plus, avoir son visage comme ça, placardé dans les rues…  Non, vraiment.

Quelques semaines plus tard, en faisant du tri, je suis retombée sur cette photo. Je me suis mise à faire une petite recherche sur Internet, par curiosité. Et là, surprise: Dan Perino cherche VRAIMENT l’âme soeur. Et depuis longtemps. Le «flyer guy» est même devenu une petite célébrité. Dans une interview accordée à Vice en novembre 2014, on apprend qu’il est divorcé, qu’il a la cinquantaine et une fille adolescente. Visiblement très motivé, Dan Perino a collé près de 30 000 affichettes dans New York.  Cette année-là, il indiquait également sur ses flyers qu’il préparait un documentaire sur sa quête de l’amour et qu’il avait besoin de sous.

En trois mois, raconte-t-il au journaliste qui le décrit comme un «gars banal» parlant lentement, il avait reçu près de 7000 appels. Surtout de la part d’hommes, de journalistes et de farceurs. Puis CBS s’est intéressée à lui et il a commencé à recevoir des coups de fil sérieux. De femmes. Du monde entier, assure-t-il.

En neuf semaines, le «flyer guy» en a rencontré 86, sans trouver la femme de ses rêves qu’il cherche depuis trois ans. Fier de cette petite célébrité – à force de coller ses affiches partout, il est parfois reconnu dans la rue -, il se prend visiblement au jeu. Un peu trop, ses rendez-vous n’ayant apparemment pas grand chose de romantique. Au journaliste de Vice, il assure avoir dû repousser des nymphomanes qui s’agrippaient à lui, dit désormais envisager ne passer des nuits qu’avec des mannequins – «je devrais peut-être préciser cela sur mes affiches» – et dénonce les copieurs. Il dit aussi qu’il cherche une femme dans les 20 ou 30 ans (officiellement, pour espérer fonder une famille), plutôt «hot», et se targue d’avoir une «canette de coca» plutôt imposante.

Un génial imposteur? Un comédien raté en mal de gloire? Un paumé potentiellement dangereux qui se prend pour un expert en relations féminines? Intriguée, je continue mes petites recherches, en me demandant comment ce gars, qui dit avoir eu 86 conquêtes en neuf semaines fin 2014, peut encore coller ces mêmes affichettes trois ans plus tard. La réponse, je l’ai obtenue en quelques minutes. Dan Perino a posté plusieurs vidéos ces derniers jours, dont l’une intitulée «How I dated 1000 women in three years». Totalement flippant.

 

 

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Le mauvais sort s’acharne sur une famille suisse qui voyage en voilier

Ils devaient revenir à New York, où nous les avions rencontrés, mais le sort en a décidé autrement. La conférence prévue devant un cercle de navigateurs a été annulée. Un coup dur pour la famille Schwörer, qui compte sur ce genre d’événement pour financer son expédition. Mais ce n’est rien à côté de ce qui leur est arrivé quelques jours plus tôt.

Leur voilier, le Pachamama, s’est détaché du ponton où il était amarré, à Akureyri , en Islande, lors de violentes intempéries. En pleine nuit. Dans l’urgence, Dario, le père de famille, un climatologue et guide de montagne, est parvenu à l’accrocher à un ponton flottant, en attendant que les secours arrivent. Mais le mal était déjà fait. La coque a été endommagée. Le bateau est venu heurter plusieurs fois le ponton. «C’était comme un tremblement de terre», raconte Dario.

La tribu Schwörer, c’est cette famille suisse qui parcourt le monde depuis dix-sept ans, en voilier, en vélo, et avec la ferme intention de gravir le sommet le plus haut des sept continents. Ils sont huit: Dario, sa femme Sabine, et leur six enfants. Leur expédition s’appelle TopToTop Global Climate Expedition. Ils se veulent les témoins des effets du changement climatique.

Des coups durs, ils en ont connus. En 2004, leur bateau heurte méchamment un container qui flottait dans le Pacifique Sud. En 2015, Dario est blessé et a eu des complications: il a failli perdre sa jambe qui a été privée de sang pendant 24 heures et a dû subir cinq opérations. Tout récemment, c’est le petit dernier, Vital, qui a causé de grosses frayeurs aux parents: à peine né, il a dû faire l’objet de plusieurs transfusions sanguines.

Malgré la nouvelle tuile et la crainte que leur aventure s’arrête à cause du bateau endommagé, Dario essaie de rester optimiste. «Nous sommes en train de perdre notre maison», écrivait-il dans l’intitulé de son dernier mail. «Nous avons été très occupés ces derniers jours à déplacer des affaires du bateau dans un container. Mais le bateau n’a pas plus de fuites depuis qu’un plongeur les a colmatées avec du beurre. Grâce à de basses températures, le beurre a gelé et nous pouvons trouver un peu de sommeil car nous n’avons plus à pomper», précise-t-il. «Il commence à faire froid et sombre ici mais notre mental est toujours élevé».

Les réparations du voilier devraient finalement débuter le 10 février, dans le chantier naval le plus proche. La suite des aventures de la famille Schwörer peuvent être suivies ici, via leur blog.