Quand Hillary Clinton parle d’impeachment

L’autre soir, je suis allée au théâtre. L’agitation politique étant à son comble aux Etats-Unis, avec un président désormais visé par une procédure d’impeachment qui rend coups sur coups, une petite respiration ne pouvait que me faire le plus grand bien, me diriez-vous? Probablement. Sauf que je n’ai pas été voir le dernier musical qui fait fureur à Broadway. Mais Hillary et Chelsea Clinton parler de leur nouveau livre «The Book of Gutsy Women», qui retrace le parcours de 103 femmes extraordinaires, de celles qui ont eu le courage de se lever quand certains auraient préféré les voir se taire. Et, forcément, il a aussi été question d’impeachment.

Un comité d’accueil

En fait, le spectacle commençait déjà à l’extérieur. Avec un dispositif de sécurité pas très discret, et des chiens. Et une poignée de manifestants surexcités, probablement payés, qui faisaient les cent pas devant l’entrée du théâtre en hurlant des thèses complotistes, accusant pêle-mêle Hillary Clinton d’être une corrompue, une pédophile et une voleuse. Certains vieux slogans ont refait surface, comme le fameux «Envoyez-la en prison!». Ex-candidate malheureuse à la présidentielle de 2016, Secrétaire d’Etat sous Barack Obama et femme de Bill Clinton, Hillary n’a pas que des amis.

L’ambiance était toute autre à l’intérieur du Kings Theater. Quand mère et fille sont arrivées sur scène, elle ont eu droit à une longue standing ovation. Comme cinq minutes avant elles, Billie Jean King, qui a révolutionné le monde du tennis féminin et a notamment marqué les esprits en 1973, en remportant une victoire historique contre le très machiste Bobby Riggs, ex-numéro un mondial venu la défier sur un court. La salle entière semblait s’en rappeler.

BJK figure dans le livre des Clinton. Ce soir-là, elle a joué le rôle de l’intervieweuse. Elle l’a fait avec une fraîcheur et spontanéité déconcertantes, provoquant souvent des rires dans le public. Bien sûr, les trois femmes ont évoqué leurs modèles, de Rosa Parks à Eleanor Roosevelt en passant par Florence Nightingale ou Harriet Tubman. Hillary et Chelsea Clinton se sont laissées aller à quelques confidences. Mais BJK brûlait d’impatience d’évoquer LE thème du moment. Elle l’a donc fait d’entrée de jeu. Hillary Clinton, qui a subi les pires attaques de Donald Trump, a répondu de façon très détendue. Simplement, sans agressivité. «Nancy Pelosi a eu raison de lancer une enquête d’impeachment maintenant. Elle a pris la bonne décision. Elle sait ce qu’elle fait», a-t-elle commenté. Elle ne cache pas estimer que le président représente un danger pour la démocratie. Assise à côté d’elle, Chelsea, pourtamt habituée à être très piquante à l’égard de Donald Trump sur son compte Twitter, n’a cette fois pas pipé mot.

En 1974, déjà

Il faut dire que Hillary Clinton s’y connaît en impeachment. Pour deux raisons. La première – et elle s’est bien gardée de le rappeler -, parce que son président de mari a fait l’objet d’une telle procédure en 1998 à cause de l’affaire Lewinsky. La deuxième, et c’est là-dessus qu’elle a mis l’accent, parce qu’elle a participé à la rédaction d’un mémo sur les bases juridiques de l’impeachment pendant le scandale du Watergate, qui a fini par provoquer la démission du président Richard Nixon en 1974. «Je connais donc très bien les raisons pour lesquelles une telle procédure doit être menée et nous nous trouvons dans une telle situation». Puis, elle a lâché, sur un ton badin: «C’est tellement incroyable de voir désormais Donald Trump accuser les autres de tout ce qu’il fait en fait lui-même!». Le public, tout acquis à sa cause, a ri. La parenthèse de l’impeachment s’est ensuite vite refermée pour laisser place à l’évocation de de parcours de femmes atypiques et courageuses, le but premier de la rencontre.

A l’extérieur, les adversaires de Hillary Clinton étaient toujours là. Avec leurs pancartes, prêts à en découdre. Drôle de contraste.

 

Valérie de Graffenried

Valérie de Graffenried

Valérie de Graffenried est la correspondante du Temps aux Etats-Unis.

2 réponses à “Quand Hillary Clinton parle d’impeachment

  1. Très bon article. Il y a juste deux mots qui sont de trop à mon avis : “Probablement payés”. Peut-être l’auteure n’arrive pas à croire que le patriotisme est un idéal qui pousse certains à sacrifier leurs temps pour défendre une cause. Nous n’avons pas l’habitude de cela en Suisse car « time is money » chez nous.

    1. Bonjour. Merci pour votre remarque. Quelques précisions sur la raison pour laquelle j’ai écrit «probablement payés». J’ai de très fortes suspicions, mais pas de preuves. Je ne parle pas ici de personnes poussées par un patriotisme, qui défendraient Donald Trump contre ses «ennemis», ou simplement de personnes qui ont Hillary Clinton en horreur et qui veulent le dire. Je ne remets pas en question leurs droits à afficher leurs opinions. Dans le cas présent, certaines personnes brandissaient des pancartes en criant des slogans très agressifs, mais d’autres semblaient un peu perdues et j’ai pu observer des gens qui venaient leur dire comment distribuer des flyers et surtout quoi dire aux passants, et de quelle manière. J’ai déjà observé ce phénomène lors d’autres manifestations avec des pro-Trump. Notamment quand James Comey, l’ancien patron du FBI limogé par Donald Trump, est venu donner une conférence dans une librairie de Manhattan. Là aussi, il y avait des manifestants qui semblaient jouer un rôle, certains ressemblant à des sans-abris ou à des personnes en difficultés à qui l’on demandait de brandir des pancartes. A enquêter.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *