Photographe subtil ou les discrets pieds de nez de Pete Souza à Donald Trump

Certains s’érigent contre Donald Trump à coups de pancartes, de slogans et d’insultes, d’autres le font de façon beaucoup plus subtile. C’est le cas de Pete Souza, qui a été le photographe officiel de la Maison Blanche sous Barack Obama, après l’avoir été pour Ronald Reagan. Le Temps l’avait interrogé peu avant l’élection présidentielle, son interview est à relire ici.

Pete Souza donc, l’homme qui a travaillé pour de prestigieuses publications et qui a notamment couvert la guerre en Afghanistan, est un nostalgique de l’ère Obama. Il avait capturé des moments-clés de son mandat, mais aussi des instants plus intimistes, nous montrant des facettes plus privées du premier président noir des Etats-Unis et de sa famille. Il prenait entre 500 et 1000 photos par jour. Parfois bien plus. Pour comprendre comment il manifeste son anti-trumpisme, c’est sur son compte Instagram qu’il faut aller. Un compte suivi par plus d’un million d’afficionados.

Ce qu’on y trouve? Des photos de Barack Obama, encore et encore. Mais regardez bien quand il publie quelle photo. C’est là où se révèlent quelques petits pieds de nez bien discrets à Donald Trump, sans jamais le citer. Subtil, on vous avait dit. Plusieurs médias s’en sont amusés. Le 29 janvier, par exemple, deux jours après la signature du décret anti-musulmans par Donald Trump, un décret qui a provoqué un tollé et finira par être bloqué par la justice, Pete Souza poste une photo montrant Barack Obama tout sourire, avec une jeune musulmane voilée, à Kuala Lumpur.

Un autre exemple? Prenons le 31 janvier. C’est le jour où le président annonce la nomination du très conservateur Neil Gorsuch comme neuvième juge à la Cour suprême. Le Sénat vient de confirmer sa nomination, après un psychodrame: les républicains ont dû déclencher l’option nucléaire pour passer sa nomination en force. Ce jour-là, le 31 janvier donc, que choisit Pete Souza de poster sur son compte Instagram? Une photo de Barack Obama avec le juge Merrick Garland. Un juge choisi après la mort d’Antonin Scalia, mais que les républicains n’ont jamais voulu auditionner. Merrick Garland n’a jamais pu devenir juge à la Cour suprême. Pete Souza a tenu à le rappeler. Discrètement. Avec un commentaire simple, mais efficace: «Just saying».

Inlassablement, à chaque action, sortie ou gaffe de l’administration Trump, Pete Souza fouille dans ses souvenirs et ses photos pour poster l’image-contraste, celle de Barak Obama qui s’oppose le plus clairement à l’actualité du jour. La toute première photo de son compte Instagram personnel, une vue plongeante sur le Bureau ovale, avec la fine silhouette de Barack Obama, de dos, laissait presque penser qu’il voulait lui aussi tourner la page. Il annonçait qu’il allait désormais «bien dormir, faire tout ce que sa femme lui demanderait de faire, aller à la gym tous les jours, se rendre à des concerts, regarder des films, lire des livres et boire du vin»
Il a visiblement rajouté un élément à sa «to-do list»: troller Donald Trump.

Les flèches de Scarlett Johansson

Scarlett Johansson n’est pas du genre à garder sa langue dans sa poche. Jeudi, lors du Women in the World Summit, qui se déroule sur trois jours à New York, avec des orateurs de renom comme Hillary Clinton, Arianna Huffington ou Justin Trudeau, l’actrice n’a pas pu s’empêcher de s’en prendre à Ivanka Trump. Ivanka avait la veille accordé sa première interview télévisée depuis l’investiture de son père à la présidence des Etats-Unis.

On sait Scarlett Johansson très engagée politiquement, et féministe jusqu’aux bouts des ongles. Elle a participé à plusieurs marches contre «son» président, et s’est récemment moquée d’Ivanka Trump en la parodiant dans un sketch de Saturday Night Live, sur la NBC.

Mais jeudi, c’est le plus sérieusement du monde, et vraiment agacée, qu’elle a dit ce qu’elle pensait d’Ivanka. «Si vous décidez d’accepter un rôle public (pour défendre le droit des femmes, ndlr), alors vous devez agir publiquement! Elle a dit quelque chose qui m’a particulièrement déçue, hier: elle a laissé entendre, à propos de l’influence qu’elle exercerait, qu’elle interviendrait surtout en coulisses, derrière des portes fermées, sans même que l’on sache qu’elle est à l’origine de changements. Well, that’s empowering!», s’est-elle moquée.

Les promesses d’Ivanka Trump, qui a fait la promotion de l’égalité salariale et du droit au congé maternité pendant la campagne électorale de son père, ne parviennent visiblement pas à convaincre Scarlett Johansson, très déçue que la fille du président, de facto la femme la plus puissante de l’administration Trump, n’use pas davantage de son pouvoir sur la scène publique.

Le fait qu’elle publiera bientôt un nouveau livre, Women Who Work: Rewriting the Rules for Success, avec des conseils prodigués aux femmes pour réussir sur le plan professionnel, ne l’impressionne guère plus.

Quand Scarlett Johansson a une idée en tête, elle ne la lâche pas. Et, hop, une flèche de plus: «L’idée que derrière chaque grand homme se cache une grande femme est un concept si ringard! Et pourquoi pas se mettre à côté, ou agir par soi-même? C’est ringard, peu inspirant et même lâche».

Les «filles de» savent faire parler d’elles (Ou quand Ivanka dit oui, Chelsea dit non)

Dans le registre «Dans la famille X, je demande la fille», Ivanka Trump fait fort. Fille préférée du président américain, et femme de son gendre préféré, elle a obtenu un bureau à la Maison Blanche ainsi qu’un titre de conseillère. Mais non, rassurez-vous, elle ne sera pas rémunérée pour cette fonction d’employée fédérale et continuera, elle la fille du président «America first», à vendre du «Made in China». Cela fera sans doute plaisir au président chinois en visite officielle cette semaine à Washington, pardon, à Mar-a-Lago.

Zut, on s’égare. Ivanka Trump donc, même si elle n’est pas payée pour ses fonctions auprès de son père, reste au coeur des intrigues. Selon des documents officiels de la Maison Blanche publiés vendredi, elle est son mari Jared Kushner, promoteur immobilier à succès, ont conservé des intérêts considérables dans les affaires malgré leur entrée au gouvernement. Ce qui pose de nouveau la question des conflits d’intérêts. Les documents de 54 pages révèlent qu’ils perçoivent toujours des revenus de leurs actifs évalués entre 240 et 740 millions de dollars.

Chargé de diriger un bureau qui a pour tâche de réformer l’administration américaine, Jared Kushner a bien quitté certains postes à haut niveau qu’il occupait au sein de sociétés appartenant à l’empire immobilier de sa famille, il conserve malgré tout des parts dans la plupart d’entre elles. Et Ivanka, si elle a placé ses actifs dans un trust et laissé la Trump Organization entre les mains de ses deux frères, elle a, confirment ces mêmes documents, conservé ses parts dans le Trump International Hotel de Washington.

La nomination officielle d’Ivanka Trump comme employée fédérale a été annoncée mercredi, et c’est cette fonction qui la contraint, comme son mari, à certaines obligations, dont celle de dévoiler ses actifs et ses revenus. Donald Trump lui-même n’a pas cédé ses actifs.

Mais Ivanka n’est pas la seule «fille de» sur laquelle se braquent aujourd’hui les projecteurs. Il y a aussi Chelsea. Chelsea Clinton (crédit photo: Getty images). Qui d’ailleurs a longtemps été proche d’Ivanka Trump, comme nous le rappelions ici. Chelsea, donc, fait parler d’elle avec insistance ces dernières semaines en raison de ses ambitions politiques. Du moins celles qu’on veut bien lui attribuer. La fille de Bill et Hillary Clinton est toujours plus percutante sur Twitter à l’égard de l’administration Trump et des républicains: il n’en faut pas plus pour que les rumeurs les plus folles concernant ses intentions politiques circulent. Elle viserait le Congrès.

Vraiment? «Je ne brigue pas de mandat public», a fini par assurer Chelsea Clinton dans une interview accordée mercredi à Variety. Sourire aux lèvres, elle a qualifié, face caméra, ces rumeurs de «plutôt hystériques». «Je suis vraiment constamment surprise par les histoires circulant à mon propos, comme quoi je viserai – cochez la bonne case – le Congrès, le Sénat, le Conseil municipal, la présidence. Je trouve tout ceci plutôt hystérique car on m’a posé la question toute ma vie et mes réponses n’ont jamais changé».

Et puis, elle a eu cette petite phrase: «Si quelqu’un renonce à son mandat ou que quelque chose change, je me poserai alors la question à ce moment-là et y répondrai. Mais pour le moment, non, je ne brigue pas de mandat officiel». Un «non» qui pourrait bien donc bien finir par vaciller. Chelsea a voulu faire taire les rumeurs, elle ne fait que les rallumer. D’ailleurs dans l’entourage même de Hillary Clinton, les langues se sont déliées, confirmant le goût très certain de la jeune vice-présidente de la Clinton Foundation, pour la politique.

Elle finira peut-être bien un jour par céder à la tentation. D’ici là, elle le sait, ses intentions politiques, réelles ou fantasmées, continueront à faire parler d’elles, qu’elle le veuille ou non. Un peu comme les habits «Made in China» de la fille du président «America first».

 

 

Les errances de l’installation anti-Trump de Shia LaBeouf

Shia LaBeouf, l’acteur, a quelques problèmes avec Donald Trump. Et surtout avec son installation anti-Trump. Le jour de la prestation de serment du président américain, il a choisi, dans le Queens, à New York, d’installer une petit caméra à l’extérieur du Museum of the Moving Image. Il l’a fait avec son collectif LaBeouf, Rönkkö & Turner. Un concept tout simple: les curieux sont invités à se présenter face caméra et à prononcer à haute voix le slogan écrit sur le mur «He will not divide us» (crédit photo:A Clary/AFP/Getty Images). Un site web retransmettait en direct ces prises de vue. C’est tout. Rien de bien compliqué.

Tout, mais suffisamment agaçant aux yeux de partisans du président américain. Premier écueil: le 10 février, le musée décide de retirer l’installation, le lieu étant devenu une «poudrière de violences» en raison de plusieurs altercations. Shia LaBeouf et son collectif choisissent alors le El Rey Theater d’Albuquerque, dans le Nouveau-Mexique, pour continuer leur expérience. Rebelote. Mêmes problèmes de vandalisme.

L’acteur, sur son compte Twitter, évoque même des coups de feu. Fin de l’expérience, qui fait décidément beaucoup parler d’elle – n’était-ce pas le but? -, le 8 mars. Le projet est un peu réadapté, toujours avec une caméra, qui cette fois filme un drapeau blanc avec le fameux slogan, dans un lieu tenu secret… mais découvert quelques jours plus tard par des «suprémacistes blancs», qui s’en sont emparés.

Et puis, dans cette odyssée artistique, on finit par le retrouver à… Liverpool, au Royaume-Uni, du côté de la Foundation for Art and Creative Technology, qui a décidé d’exposer ce même drapeau, autour duquel, décidément, bravo Shia LaBeouf, on fait tout un foin. Jusqu’à quand? Jusqu’à vendredi dernier. L’établissement a été contraint, sur conseil de la police, de retirer le drapeau, en raison d’intrusions de personnes masquées. Deux jours seulement après avoir annoncé héberger le projet.

Euh, ça ne fait pas très scénario hollywoodien tout ça? Pas pour Shia LaBeouf. Des extrémistes qui se revendiquent de l’alt-right américaine, avaient averti, sur internet, qu’ils feraient tout pour empêcher le projet: «Peu importe où Shia LaBeouf plante son drapeau, l’un des nôtres l’attrapera. Notre groupe a des relais dans tous les pays».

Bon, on aurait presque envie d’insinuer que peut-être, ça aussi, ça fait partie de l’installation de l’acteur qui aime bien jouer avec le feu. Difficile de penser qu’un projet, qui n’a finalement rien de bien agressif, suscite autant d’intérêt de la part de fervents admirateurs de Donald Trump. Shia LaBeouf a promis de poursuivre son projet #HeWillNeverDivideUs, pendant tout le mandat présidentiel. On verra bien qui de lui ou de ses probables détracteurs s’épuisera en premier.

J’ai mal à ma fondue

On ne se permettra pas de critiquer le fromage fondu d’un orange vif qui dégouline sur certains homards, le «imitation crab meat» repéré sur une carte d’un restaurant de Brooklyn, ces pauvres salades noyées sous des douches vaporisantes dans les étals des supermarchés, ou encore ces sortes de «boites-de-conserve-en-carton-à-pâte-à-croissants-qu’il-faut-presser-avec-une-cuillère-pour-qu’une drôle-de-masse-odorante-nous-saute-à-la-figure». Mais là, quand même. On ne peut pas rester les bras croisés. Le New York Times a habituellement de jolies pages dédiées à la gastronomie. Et là, paf, déception, horreur et damnation.

Non mais regardez cette recette «traditionnelle» de fondue suisse! Elle commence mal, très mal même. Avec la recommandation d’utiliser une portion égale de gruyère, «pour la richesse de son goût», et…. d’«Emmenthaler, raclette or Appenzeller cheese» (sic), «pour sa texture souple». Gloups. Va ensuite pour le shot de kirsch et l’ail. Mais après, ça se gâte sérieusement. On nous propose d’y plonger des bouts de pain… mais aussi des «tranches de pommes, des quartiers de clémentine, du salami en cubes,  des bouts de bretzels, des abricots séchés, du raisin sans pépins ou du tofu». Pire – j’ai comme l’impression que Melissa Clark, qui par ailleurs a écrit plusieurs livres de cuisine, n’a pas versé son shot de kirsch au bon endroit -, la phrase finale de la recette: «la fondue peut merveilleusement bien être utilisée versée sur de la laitue romaine à la place d’une sauce salade».

Ah, et puis, en lisant quand même la recette jusqu’au bout, la cuisinière, décidément en grande forme, nous gratifie de quelques «tips» ou variantes, histoire de satisfaire tous les goûts. Comme la «cheddar-whiskey fondue», la «seedy gouda fondue». Ou encore la «dark beer caramelized onion fondue». Qui dit mieux?

Je vous laisse. Il faut que je bricole ma pancarte «Ne touche pas à ma fondue».

Un blizzard nommé Stella

Le maire de New York, Bill de Blasio, nous a recommandés de rester à l’intérieur, et pour ceux qui devaient quand même sortir en voiture, la consigne était claire: «Armez-vous d’une torche électrique et d’une bouteille d’eau». Musées, écoles et siège de l’ONU fermés, traders de Wall Street invités à rester chez eux, rues aussi vides que les rayons des supermarchés, rares reporters engoncés dans leur parka, qui racontent, hilares, en direct, leurs impressions météorologiques sur des chaînes locales tout en se battant avec des flocons de neige, New York avait ce mardi un air de ville déserte.

La neige givrée frappe avec insistance contre les vitres, le vent siffle, le ciel est blanc. Drôles d’impressions. La fautive? Stella. Le blizzard que tout le monde redoutait et qui, forcément, a un prénom féminin. Finalement, dans la matinée, alors que l’on imagine chacun en train de ranger ses kilos de pâtes, de farine et de sucre achetés la veille, une nouvelle rassurante: la fin du monde est reportée à plus tard. La météo nationale a revu à la baisse les quantités de neige attendues: on n’atteindra probablement pas les 60 centimètres prévues à la fin de la journée, mais plutôt quinze. L’alerte au blizzard a été levée sur New York. Mais deux tiers des vols sur les aéroports new-yorkais ont été annulés, 5400 dans l’ensemble du pays.

Après le maire, c’est le gouverneur de New York, Andrew Cuomo, qui évoque de gros problèmes de verglas et nous invite à rester chez nous. Donald Trump avait lui tweeté la veille «Be safe!», après avoir décidé, à cause de Stella, de reporter sa rencontre avec la chancelière allemande Angela Merkel à vendredi.

Finalement, on est aux petits oignons ici. Un maire, un gouverneur et un président qui se soucient de notre bien-être et qu’on soit bien au chaud à la maison, c’est plutôt classe.

Ah zut, il va quand même falloir sortir le nez dehors et affronter la bourrasque: j’ai promis à une amie d’aller nourrir ses chats pendant qu’elle bronze en Floride.

Dormir tout près de Donald Trump

En m’installant à New York, début novembre, je suis d’abord passée par Airbnb. Et comme je m’y étais prise un peu au dernier moment, je n’avais plus beaucoup de choix du côté de Brooklyn, où je voulais passer mes premiers jours new-yorkais. Il a donc fallu se décider rapidement, entre cinq offres différentes. Tiens, cet appartement-là semble pas trop mal. Vendu! Une fois sur place, on se dit qu’on aurait pu faire un peu plus attention. Pour éviter de se retrouver dans une espèce de cave sans fenêtre (ou plutôt si, mais des fenêtres qui mangent le trottoir), dans un sympathique quartier jamaïcain de Flatbush, mais où on peut compter au moins une quarantaine de «groceries» jamaïcaines, avant de trouver une bouche de métro.

En prenant le temps de regarder plus attentivement les offres d’Airbnb, j’aurais surtout très bien pu me retrouver à quelques mètres de celui qui allait devenir le nouveau président des Etats-Unis. Car une propriétaire d’un appartement de la Trump Tower, sur la 5ième avenue, à Manhattan, avait discrètement mis son bien sur la plateforme, pour un prix oscillant entre 300 et 450 dollars la nuit. C’est le New York Times qui le raconte dans son édition de mardi. Et qui du coup a provoqué le retrait de l’annonce du site, quelques heures seulement après avoir joint la société pour un commentaire.

L’appartement était disponible depuis le mois de septembre. Il était déjà réservé pour mars, avril et mai. Un journaliste du New York Times l’avait booké pour un weekend en avril. La propriétaire lui a tout de suite fixé un rendez-vous au bas de l’immeuble, en précisant qu’il ne fallait pas parler d’Airbnb au personnel mais plutôt faire croire qu’il venait lui rendre visite. Mais deux jours plus tard, la femme annule la réservation: elle avait découvert que son nouvel hôte était journaliste, et ne voulait pas que son appartement soit utilisé pour se rapprocher de Donald Trump ou pour être mentionné dans un article. Trop tard.

La location était par ailleurs illégale, la propriétaire n’ayant théoriquement pas le droit de sous-louer son appartement moins de 30 jours si elle-même n’y loge pas en même temps que son hôte. Le Secret Service, qui quadrille l’immeuble, était-il au courant que cette femme louait régulièrement son appartement? Airbnb ne l’avait visiblement pas découvert. L’annonce ne mentionnait bien évidemment pas directement la Trump Tower, et ce n’est qu’une fois que des gens étaient intéressés par son appartement que la propriétaire donnait des détails supplémentaires. Le texte de l’annonce précisait toutefois qu’il s’agissait d’un building «ultra-sécurisé et unique». Et qu’il convenait d’être politiquement neutre: «c’est un immeuble particulier, il ne faut pas montrer ses opinions politiques». Un étudiant mexicain qui y était le mois dernier a posté le commentaire suivant: «Le seul inconvénient quand vous arrivez est que vous devez passer par un contrôle des services secrets, un peu comme dans les aéroports. Mais une fois que vous l’aurez fait la première fois, vous n’y prêterez même plus attention».

Bon, dans ma cave jamaïcaine à Flatbush, j’avais au moins l’avantage de ne devoir me soumettre à aucun contrôle.

 

L’ombre de Donald Trump sur les Oscars et un faux gagnant

Forcément, on s’y attendait. La cérémonie des Oscars version 2017 était très politisée. Avec une question qui était sur toutes les lèvres: pendant combien de temps Donald Trump allait-il réussir à se retenir de twitter? Le président avait une bonne excuse: il était au Bal des gouverneurs. Mais son «intérêt» pour les Oscars, il l’avait déjà affiché, en 2014, sur Twitter. En suggérant d’en être le maître de cérémonie, «pour secouer un peu».

Pour la 89e édition, Trump donc, à défaut d’être le maître de cérémonie, était au coeur des attentions. Précisément, parce qu’il a décidé de «secouer un peu», mais sur un terrain dépassant largement celui de Hollywood. Jimmy Kimmel, le maître de cérémonie, humoriste et animateur, n’a cessé de lui lancer des piques, entre larmes des oscarisés, phrases-slogans de type «all you need is love», lâcher de bonbons et lâcher de touristes (si, si). Il a d’abord rappelé l’audience importante des Oscars, aux Etats-Unis, et «dans 25 pays qui maintenant nous détestent».

Puis, il a demandé une ovation forcément non méritée pour la «surévaluée» – overrated – Meryl Streep. Une allusion aux attaques pas très fines du président des Etats-Unis sur son réseau social favori contre l’actrice, qui a osé s’offusquer de son imitation d’un journaliste du New York Times handicapé. C’était lors de la cérémonie des Golden Globes le mois dernier. Enfin, il y a eu ceux qui ont brandi leur Oscar «au nom de tous les immigrés».

Et ceux qui n’ont pas pu le faire. Comme Asghar Farhadi, qui a reçu l’oscar du meilleur film étranger avec The Salesman. Victime directe du décret anti-islam de Donald Trump, le réalisateur iranien n’a pas pu entrer aux Etats-Unis. Il a fait lire un discours fustigeant la politique discriminatoire du président américain. Court et direct. Gael Garcia Bernal a lui, comme Mexicain, dénoncé l’érection d’un certain mur qui fait beaucoup parler de lui ces temps. Scarlett Johansson, pourtant très anti-Trump – elle s’est montrée lors de la Marche des femmes à Washington le 21 janvier -, a choisi une autre tactique: l’ignorance totale. Idem pour Leonardo DiCaprio, qui a remis l’Oscar de la meilleure actrice à Emma Stone.

Vendredi soir déjà, George Clooney avait ouvert les feux, en France, en recevant son César d’honneur. Il a pu faire sentir son aversion pour Donald Trump, avec l’aide de Jean Dujardin, qui a volontairement proposé une traduction parfois fantaisiste de certains de ses propos.

La cérémonie des Oscars vient de se terminer. Et Donald Trump n’a toujours rien tweeté. Ce n’est pas «fake news». Par contre, l’équipe de La La Land a cru pendant cinq bonnes minutes, le temps de monter sur scène, avoir remporté l’Oscar du meilleur film. Jusqu’à ce qu’une cruelle erreur d’enveloppe désigne le véritable gagnant: Moonlight. Voilà ce que l’on retiendra désormais des Oscars 2017.

Des chiens défoncés et des alligators dans les égouts

Le New York Times aime bien les animaux. Le journal a même une rubrique dédiée, «Pet City», avec des sujets plutôt originaux. Tenez, un dernier exemple, un article intitulé «The Dog is High, and It’s not Funny». High, pour défoncé. L’article évoque, de façon très scientifique, les cas d’intoxication de chiens pour cause d’ingurgitation de marijuana trouvée en promenade ou chez leur propriétaire. Selon le centre ASPCA pour la cruauté animale. les appels pour cause d’overdoses canines liées au cannabis ont augmenté de 144% entre 2010 et 2015. L’Etat de New York est particulièrement concerné, nous apprend-t-on, juste après la Californie.

Il y a un autre article qui a retenu mon attention. L’histoire des alligators qui pataugeraient avec délectation dans les égouts de New York. C’est en fait une légende urbaine. Mais l’historien Michael Miscione est passionné par cette légende, à tel point qu’il a décidé de faire du 9 février le «Jour des alligators dans les égouts». Le 9 février dernier donc, Michael Miscione a, comme il en a l’habitude, une nouvelle fois tenu une conférence dans des locaux du Queens, pour expliquer comment cette légende s’est imposée et a nourri les fantasmes les plus féconds, s’invitant jusque dans des livres et des films.

Si, sauf preuve du contraire, les alligators ne pullulent donc pas dans les égouts new-yorkais, il y a bien une histoire vraie à la base. C’était le 9 février 1935. Ce jour-là, à Harlem, un groupe d’ados attrape un alligator sous une plaque d’égout à la hauteur de la 123ème rue. Il lui mettent une corde autour du cou, le promènent dans des rues du quartier, mais finissent par le battre à mort quand le malheureux reptile commence à vouloir les mordre. Le New York Times avait relaté cette histoire à l’époque. L’alligator de Harlem n’est d’ailleurs pas tout à fait le seul à avoir provoqué quelques frayeurs aux New Yorkais. Deux autres alligators ont été retrouvés, dans le Queens, en 1995 et en 2003. Et en juin 2001, c’est un caïman qui a été attrapé en plein Central Park.

Mais revenons à notre alligator attrapé en 1935. Selon Michael Miscione, il a très bien pu se frayer un chemin depuis les Everglades pour finir son voyage dans les égouts de Harlem. Mais il n’est pas impossible non plus qu’un New Yorkais ait décidé de le ramener comme souvenir de vacances, et qu’il ait décidé de s’en débarrasser quand la bestiole est devenue trop encombrante.

L’historien évoque une troisième piste: la bête a pu arriver à New York par courrier postal. C’était possible dès le début des années 1930. Et ça l’est d’ailleurs encore aujourd’hui: un règlement stipule clairement que des bébés alligators n’excédant pas 50 centimètres peuvent être envoyés par poste.

Une journée sans immigrés

En sortant de chez moi, l’autre jour, j’ai été surprise. Pourquoi tant de magasins étaient-ils fermés? Serais-je passée à côté d’un jour férié, sans le savoir? Pas vraiment. Renseignement pris, c’était le «Day without immigrants», ou «Journée sans immigrés». La proposition a d’abord émergé sur les réseaux sociaux, en réaction à la politique anti-immigration du président Donald Trump et aux récentes vagues d’arrestations et d’expulsions de clandestins. Le concept était simple: ce jour-là, pour marquer le coup, les immigrés vivant aux Etats-Unis, devaient rester à la maison. Ne pas travailler, ne pas ouvrir leur magasin, ne pas vaquer à leurs occupations habituelles, ne pas aller à l’école. Pour montrer à quoi ressembleraient les Etats-Unis sans immigrés.

Si certains ont, par peur, préféré ne pas se faire remarquer par leur absence, beaucoup d’autres ont joué le jeu. Ce jour-là, beaucoup de rues, dans plusieurs grandes villes du pays, étaient étrangement calmes, avec des magasins fermés. Même le Pentagone a dû informer ses employés qu’ils risquaient de devoir faire la queue plus longtemps dans les restaurants, car des enseignes comme Taco Bell ou Starbucks faisaient partie de celles qui respectaient le «Day without immigrants» et avaient donc moins d’employés actifs. Dans l’école primaire de Siler City, en Caroline du Nord, raconte le New York Times, où 65% des écoliers sont d’origine hispanique, ce sont très exactement 263 enfants sur 662 qui étaient absents jeudi dernier.

Voilà à quoi ressembleraient les Etats-Unis sans immigrés. A un bagel sans philadelphia cheese ou un hot-dog sans choucroute ni ketchup. A pas grand-chose.