She/her/hers, mon identité

L’autre jour, j’ai pris de jolis pins fuchsia avec les inscriptions She/Her/Hers, He/Him/His ou encore They/Them/Theirs, sans vraiment me poser de questions. Ils étaient en libre-service dans le Centre de découvertes de la Fondation Bill & Melinda Gates, à Seattle. Et puis, je me suis rendu compte que cela n’avait rien d’anodin. Afficher ses pronoms est toujours plus tendance aux Etats-Unis. Même certains candidats à la présidentielle de 2020 s’y mettent. C’est ce que j’ai pu vérifier l’autre jour, tout en écoutant le dernier débat démocrate télévisé: sur leur fil Twitter, Elizabeth Warren, Pete Buttigieg et Cory Booker le font.

Entré dans le dictionnaire

Une manière de revendiquer à tout prix son identité sexuelle? Pas vraiment. Le geste, surtout prisé par les progressistes, est plutôt là pour marquer sa tolérance et sa solidarité. Et inciter ceux qui préfèrent se faire appeler They/Them/Theirs, indépendamment de leur sexe biologique ou de leur orientation sexuelle, à oser s’afficher comme tels. Le dictionnaire Merriam-Webster a d’ailleurs en septembre, parmi les nouveaux mots adoptés, choisi de faire figurer «they», au singulier, comme désignant une personne non binaire, neutre, qui ne veut s’identifier ni au sexe masculin ni au sexe féminin. C’est le pronom du troisième genre. Sur son site, Merriam-Webster rappelle d’ailleurs que cela n’est en fait pas tout à fait nouveau: au XVIIe siècle déjà, «it» s’employait déjà, dans les procédures d’héritage, pour les personnes qui ne voulaient pas s’enfermer dans une identité sexuelle déterminée. Que donne ce «they» au singulier en français? Certains suggèrent «iel», comme la contradiction de «il» et «elle», relève l’AFP.

Demander d’abord

Cette tendance a en fait émergé il y a plusieurs années. En 2016, la librairie de l’Université du Kansas, par exemple, distribuait déjà ce genre de pins, avec ce message: «Chaque personne a le droit de s’identifier avec ses propres pronoms, et nous vous encourageons à demander avant de supposer le sexe de quelqu’un. Les pronoms comptent! L’erreur sur le genre peut avoir des conséquences durables, et l’utilisation d’un pronom incorrect peut être blessante, irrespectueuse et invalider l’identité d’une personne.»

Mais en y regardant de plus près, ces pronoms se glissent toujours plus sur les cartes de visite, dans les profils de réseaux sociaux, les signatures e-mails et peuvent même être cochés dans certains documents officiels. A New York, même les certificats de naissance proposent désormais la case non binaire. S’agit-il du politiquement correct porté à son paroxysme? Elizabeth Warren a en tout cas choisi. C’est en juillet, en pleine campagne présidentielle, qu’elle a décidé d’afficher ses pronoms sur son profil Twitter, pour afficher sa solidarité envers les personnes transgenres et non binaires. La communauté LGBTQ applaudit. Eizabeth Warren s’est expliquée ainsi: «Chaque personne mérite d’être traitée avec dignité et respect, et cela commence par le fait d’utiliser les pronoms adéquats. Je m’appelle Elizabeth. Mes pronoms sont she/her/hers. Et je continuerai à me battre pour une Amérique où tout le monde se sent considéré et respecté.»

Alors, êtes-vous plutôt She/Her/Hers, He/Him/His ou They/Them/Theirs?

Valérie de Graffenried

Valérie de Graffenried

Valérie de Graffenried est la correspondante du Temps aux Etats-Unis.

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