la psychothérapie plurielle

Choisir une orientation psychothérapeutique?

Un sujet développé par nos 4 blogueuses/eurs psy:

Lorsque nous avons besoin de consulter, il n’est pas facile de choisir son thérapeute, ni de choisir l’approche qui pourra nous convenir.

Il y a de multiples approches psychothérapeutiques (environ 220, selon diverses sources). Certaines sont plus connues que d’autres.

Les recherches montrent que ce qui fait la qualité d’un processus thérapeutique n’est PAS la méthode, ni la technique. 

En premier lieu vient la qualité de la relation. La motivation, la sécurité du cadre et certains autres facteurs sont aussi déterminants.

Alors comment choisir?

Pour choisir son psy ou la méthode, nous pensons qu’il est important de suivre son « feeling », son intuition, ou également la recommandation d’un proche en qui nous avons confiance. Une première séance nous donnera aussi la possibilité de sentir de la confiance ou une sensation trouble, voir négative, et le cas échéant de chercher un autre thérapeute.

Pour vous inspirer, nous vous présentons aujourd’hui les 4 approches principales de nos 4 blogueuses/eurs. D’autres approches seront présentées durant l’été.

 

1. Héloïse Luy présente l’approche systémique

2. Catherine Krähenbühl présente la théorie psychanalytique

3. Thomas Noyer présente l’approche centrée sur la personne

4. Stephen Vasey présente la gestalt-thérapie

 

  1. L’approche systémique par Héloïse Luy, psychologue à Lausanne

Fascinée par les relations humaines, leurs enjeux et leur complexité, je me suis toujours interrogée sur les raisons pour lesquelles un individu fonctionne différemment selon les contextes, pourquoi cet homme si fort et solide, perd sa capacité d’action dans une situation donnée, pourquoi cet individu se met dans des situations à risque alors qu’il sait objectivement qu’il devrait se comporter autrement. La considération de l’individu dans son histoire et son contexte de vie me paraissant déterminant à la compréhension de ses réactions et attitudes, je me suis spécialisée dans l’approche systémique.

La représentation du monde de chaque individu est personnelle et en lien avec ses expériences passées. La famille est le berceau de la vie, le premier milieu dans lequel l’enfant s’attache, grandit et apprend à interagir avec autrui. L’approche systémique s’intéresse à ces questions, à comment les individus s’influencent mutuellement. Cette orientation psychothérapeutique est vaste et de multiples écoles systémiques existent. Elle est née aux Etats-Unis dans les années 40 et se fonde sur l’étude des systèmes, en particulier la famille, définie comme une forme d’organisation sociale spécifique dotée de ses propres règles, rituels, et mythes, qui régissent les relations entre ses membres de manière dynamique et intersubjective. A travers l’expérience de la relation thérapeutique, de nouvelles manières d’être au monde, de nouvelles expériences émotionnelles et relationnelles vont émerger et permettre un changement. Différentes techniques sont utilisées en systémique, notamment le recours aux métaphores, à la narration, aux prescriptions, à la confrontation. La prise en charge peut être individuelle, familiale, de couple et impliquer divers sous-systèmes familiaux. La richesse de cette approche et l’implication proactive et bienveillante du thérapeute ayant une attention particulière pour chaque membre du système m’ont attiré et aider les individus et leur famille à retrouver leurs compétences me paraît un défi utile et enrichissant.

 

2. La théorie psychanalytique dans la rencontre avec l’autre par Catherine Krähenbühl à la Sarraz

La citation de Saint-Exupéry, dans le Petit Prince, «  on ne connaît que les choses que l’on apprivoise », ou « le connais-toi toi-même » de Socrate, nous engage à porter attention à notre façon d’être au monde.

Pourquoi la référence à la théorie psychanalytique dans la rencontre avec l’autre ? Peut-être parce qu’au moment de faire mes études, elle était en vogue et ouvrait des horizons dans le contact avec les personnes en souffrance psychique, peut-être aussi parce qu’intéressée au fonctionnement de l’âme, de l’esprit, elle me permettait de penser ma dynamique personnelle, ma place auprès de l’autre, des autres. Des autres que j’ai rencontrés dans mon entourage proche, mais aussi à travers mes premiers engagements professionnels, l’enseignement, la neuropsychologie, et que j’ai découvert tellement singuliers dans leur personnalité, leurs histoires de vie. Être une ressource pour un autre qui souffre nécessite un cadre de pensée qui permet de tenir compte de la couleur innée et acquise, de chacun et de la rencontre de deux psychés qui vont ensemble construire un espace d’échange.

La psychanalyse, science de l’esprit théorisée par S.Freud dès la fin du 19e siècle comme une méthode pour prendre conscience du monde interne, de ses différentes manifestations dans la vie quotidienne permet de garder une position d’intérêt et d’engagement auprès des personnes qui souhaitent ouvrir leurs perspectives pour le futur en composant avec le passé, ses richesses et ses lacunes. Le recours à cette théorie de la rencontre, qui évolue avec les avancées sociétales et reconnaît que « L’individu effectivement mène une double existence : en tant qu’il est à lui-même sa propre fin et en tant que maillon d’une chaîne à laquelle il est assujetti contre sa volonté ou du moins sans l’intervention de celle-ci »*, permet de penser l’autre, de penser avec l’autre ses relations, aussi celle qui lie thérapeute et patient, riche de sentiments et dont on fait le pari qu’elle pourra lui permettre de se mieux connaître pour « aimer et travailler », c’est à dire s’engager dans une vie satisfaisante.

*S.Freud  « Pour introduire le narcissisme » 1914

 

3. Présentation de l’ACP par Thomas Noyer à Neuchâtel

L’approche centrée sur la personne (ACP) de Carl Rogers (1902-1987) repose sur deux piliers : un axiome sur la nature de l’être humain (la tendance à l’autoactualisation), qui entraîne l’organisme dans un mouvement d’accomplissement de ses possibilités à condition de vivre dans certaines conditions ; et d’autre part la manière d’établir une relation aidante (l’attitude centrée sur la personne). Il y a en fait trois attitudes fondamentales qui permettent ces conditions: l’acceptation et considération positive inconditionnelle de la personne en quête d’aide, de qui et de ce qu’elle est ici et maintenant ;  l’empathie centrée sur la personne, c’est-à-dire la capacité d’entrer dans le monde de l’autre, de le comprendre avec justesse et de pouvoir communiquer cette compréhension ; et enfin la congruence, c’est-à-dire une perception de son propre vécu qui est en relation avec la personne en quête d’aide. Cette ouverture implique de l’authenticité, c’est-à-dire la capacité à être soi-même, sans façade professionnelle, en tant que personne, en contact avec tout ce qui se passe en soi et capable de le communiquer si cela est aidant.

Le concept tel que Carl Rogers l’a défini et le modèle théorique qu’il engendre peut sembler très simple – cependant son application dans la pratique appelle de grandes exigences envers celles et ceux qui l’utilisent. C’est précisément ça qui m’attire dans cette approche : cette exigence à « devenir vraiment moi-même », dans une forme d’humilité proactive, d’optimisme réaliste et de présence ancrés dans l’intensité d’une relation et d’un instant sans cesse à découvrir.

Adapté du site PCASuisse.

Séances expérientielles mensuelles de découverte de l’ACP

 

4. La gestalt-thérapie par Stephen Vasey à Lausanne

“Mettre en forme ou donner une structure signifiante“ à notre vécu, est la traduction du verbe allemand “gestalten“. Cette approche a été créée par Fritz Perls, un proche de Freud (puis son dissident) et de W. Reich, vers 1951 en Allemagne, puis développée aux USA. Elle fait partie du courant de psychologie humaniste, du développement personnel. C’est une approche créative, qui reconnait l’importance des émotions et utilise la pleine attention dans le moment présent.

L’approche est celle du “comment“ et du “maintenant“, et non pas du “pourquoi“. Elle ne s’intéresse que peu à l’histoire archéologique du patient. Une attention particulière est attachée au non-verbal, au ressenti corporel et émotionnel, aux gestes du corps spontané.

Fritz Perls avait à cœur de s’adresser à un humain global, de créer donc une approche holistique. Il disait “La gestalt-thérapie est une méthode trop efficace pour n’être réservé qu’aux seuls malades !“. Il la considérait comme un art de vivre.

Pendant longtemps, la gestalt-thérapie manquait de support théorique et s’épanouissait largement dans l’expérientiel. Ce fut une de ses forces de ne pas trop vite se structurer et se figer, elle est en mouvement et se développe encore. C’est une approche vivante et en expansion.

En consultation, en séminaire, le travail se fait en entretien verbal, avec des moments liés au travail ou à l’évocation du corps et des émotions, selon l’indication du moment et l’accord du soigné.

J’ai choisis cette approche, car elle me correspond, en particulier à certaines de mes facettes d’ancien hippie, de rebelle, de créatif et de méditant aussi !

Un petit poème connu de Fritz Perls :

Je fais ma vie et toi, tu fais la tienne

Je ne suis pas en ce monde pour être à la hauteur de tes attentes

Et tu n’es pas en ce monde pour être à la hauteur des miennes

Tu es toi et je suis moi

Et si par chance nous nous rencontrons, c’est beau

Si ce n’est pas le cas, alors il n’y a rien à en faire

Présentation sympa sur cette approche

 

Stephen Vasey

Stephen Vasey

Stephen Vasey est sociologue, travaille à Lausanne comme Gestalt-thérapeute en consultation individuelle et couple. Anime des séminaires sur la relation et la sexualité des couples, d’autres sur la colère saine. Auteur du livre « Laisser Faire l’Amour ». www.therapie-de-couple.ch

5 réponses à “Choisir une orientation psychothérapeutique?

  1. Bonjour,

    Une question : avez vous des liens vers des études consultables qui me permettraient d’approfondir la phrase « Les recherches montrent que ce qui fait la qualité d’un processus thérapeutique n’est PAS la méthode, ni la technique.

    En premier lieu vient la qualité de la relation. La motivation, la sécurité du cadre et certains autres facteurs sont aussi déterminants » ?

    Merci et je vous souhaite une excellente journée

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