Extrait de séance

Extrait de séance – qui est ma psy ?

Est-ce que j’ai envie de connaître ma (ou mon) psy ? Ou au contraire pas du tout ? Béatrice ne pouvait pas continuer nos séances sans en savoir plus sur moi…

 

Contexte

Je vois Béatrice depuis une vingtaine de séances ; une dame très humaine, intéressée par les gens et qui malgré un parcours de vie intensément traumatique a su rester optimiste et réaliste.

 

       Béatrice :

Il y a quelque chose qui me gêne dans notre relation

       Moi (ouvert et attentif) :

Mmm (vous savez, ce que disent les psys pour encourager l’autre à parler… et même parfois pour éviter de s’endormir !)

       Béatrice :

Ça fait un moment que je viens vous voir, et je me suis rendue compte que je ne sais rien de vous

       Moi :

J’ai l’impression que vous vous sentiriez plus à l’aise si vous en saviez un peu plus

       Béatrice :

Oui, c’est ça

       Moi :

Je réponds volontiers à vos questions, qu’est-ce que vous aimeriez savoir ?

       Béatrice :

Je suis curieuse de savoir ce qui vous a amené à faire ce métier, par exemple

 

Commentaire

J’ai parlé de moi toute la séance, en répondant à ses questions de manière ouverte, authentique et honnête. Je me suis senti plus proche de Béatrice, plus humain. Elle m’a dit par la suite se sentir plus en confiance, qu’elle sentait notre relation plus équilibrée, que cette séance lui avait permis de s’ouvrir encore davantage à moi.

A l’aide d’un exemple clinique de 3′, le Dr Métraux donne un exemple de réciprocité en consultation[1]
(merci à Caroline Graap pour la référence)

Ce type d’interaction n’a pas toujours existé dans le milieu. Je suis tenu au secret médical, mais pas mes clients ; je ne sais donc jamais où mes dévoilements vont atterrir. A une question sur leur vie privée, nos ancêtres psys répondaient systématiquement « qu’est-ce qui vous amène à me poser cette question ? ». Ma croyance personnelle est que je dois incarner moi-même la relation authentique que je souhaite vivre avec mes clients. Il m’arrive toutefois de répondre comme mes ancêtres lorsque je sens que le renvoi au client lui serait plus constructif que la réponse que je pourrais donner, typiquement :

 

       Cliente :

Vous feriez quoi à ma place ?

       Moi :

J’aurais envie de vous répondre, mais je ne suis pas certain que ça vous aiderait à trouver vos propres ressources. Je sens derrière votre question une demande de soutien, ce que je peux vraiment comprendre parce que votre situation est difficile. Êtes-vous d’accord qu’on essaie de décortiquer la situation ensemble ?

 

…ou lorsqu’en sortie privée mon interlocuteur apprend que je suis psy, et que j’ai besoin de me ressourcer :

 

       Interlocuteur :

Toi qui es psy, tu ferais quoi à ma place ?

       Moi :

Le psy pourrait te répondre, mais juste là l’homme aurait surtout besoin de se reposer…[2]

 

C’est dans les groupes que le dévoilement du thérapeute est la plus manifeste. Le thérapeute y est garant de la création et du fonctionnement du système social, et comme le dit si bien Yalom « pour le thérapeute il n’existe pas de méthode plus efficace que la modélisation personnelle pour établir des normes comportementales »[3] ; le thérapeute de groupe est presque obligé de se dévoiler (par le verbal et le non-verbal) pour donner un exemple – à suivre ou pas !

Toujours selon Yalom, les clients ne veulent pourtant pas en savoir trop du thérapeute, surtout ceux qui cherchent à préserver en lui « magie mystère et autorité »[4], un effet placebo parfois très puissant.

Des comiques exagèrent le dévoilement du psy

Et vous, voulez-vous en savoir plus sur les psys? Une question, 4 réponses possibles, merci pour votre participation (15 secondes maximum).

 

 

Extrait de séance est une série d’articles qui propose un aperçu de ce que peut être la réalité de notre travail de psy, en mettant en lumière des instants particuliers.

NB : Pour respecter le secret médical certaines informations sont modifiées.

 

 

[1] Il oppose “parole précieuse” (la parole est adressée spécifiquement au client, notamment lorsque mon auto-dévoilement facilite une prise de conscience spécifique) à “parole monnaie” (la parole pourrait être adressée à n’importe qui, par exemple “il faudrait que vous arrêtiez de fumer”). Dans le cas d’une répétition de paroles monnaie, le client finit par se lasser et désinvestit ou abandonne la thérapie.

[2] Lire à ce propos l’article du Temps du 7 février 2019 « Médecin, psychologue, journaliste: ces métiers qu’on ramène à la maison »

[3] Yalom, I. (2013). L’art de la thérapie. Paris, Galaade (p.97)

[4] Op.cit. (p.119)

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Thomas Noyer

Thomas Noyer travaille comme psychologue-psychothérapeute (adultes et couples) dans son cabinet privé à Neuchâtel et en cabinet médical à Lausanne. Il anime des groupes sur le masculin, les troubles alimentaires et les difficultés relationnelles. / Son blog personnel / Son site

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