L’UTMB, version longue et bonus *

* Ce billet de blog est une version mise à jour et complétée du récit de ma participation à l’UTMB paru dans le Temps du 2 septembre.

«On dit mariage pluvieux, mariage heureux, c’est un signe que la course va bien se passer», plaisante le speaker alors qu’une grosse averse s’abat sur les centaines de coureurs déjà rassemblés sur la place du Triangle de l’Amitié, à Chamonix. Pas de chance. L’application Météo France, que j’ai consulté une bonne demi-douzaine de fois depuis ce matin, ne prévoyait pourtant pas de précipitations. Chacun tire du sac sa gore-tex, pièce maîtresse de l’équipement obligatoire dûment vérifié par les organisateurs à la remise des dossards.

Même si l’imperméabilité de la mienne laisse à désirer, ce n’est pas tant la météo qui me pose un problème à cet instant mais plutôt un besoin pressant de faire pipi qui m’empêche de penser à quoi que ce soit d’autre. La foule est trop dense, je suis coincé. Enhardi par l’urgence de la situation, je m’accroupis pour attraper une bouteille vide entre les jambes du coureur chinois qui se trouve juste devant moi. Je me remets debout, bricole un urinoir de poche dans mon short et me soulage en riant intérieurement de ce début de course. On est de toute façon partis pour la guerre, alors…

Chair de poule sous la gore-tex

De la brume émergent les cimes des aiguilles de Chamonix. Le Mont-Blanc se dévoile, seigneurial. J’ai quarante-six heures et trente minutes au maximum pour en faire le tour. A 18 heures, Conquest of Paradise de Vangelis, diffusé à plein volume, sonne le départ. Dans mes écouteurs, la musique électronique est encore plus forte. Je sens comme une décharge d’adrénaline couler dans mes veines alors que je m’élance dans cette nouvelle aventure qui s’annonce épique. Des centaines de spectateurs nous applaudissent et nous encouragent. Je profite des premiers kilomètres sur le bitume pour dépasser autant que je peux et éviter les embouteillages qui ne manqueront pas de se former plus loin.

Après Les Houches, le béton cède la place au gravier. Le ciel gronde pendant qu’on monte en bataillon rangé vers le col de Voza. A trois mètres au plus du chemin, un coureur s’essuie les fesses avec des touffes d’herbe sèche. On peine à ne pas pouffer de rire. Une lueur rose orangée baigne le paysage d’une beauté surnaturelle. Beaucoup de participants n’ont jamais vu le plus haut sommet d’Europe. J’essaie de me mettre à la place des Chinois, la cinquième nation représentée cette année avec presque 400 coureurs. Que se disent-ils? Que pensent-ils de cette nature dont la beauté me transporte?

Si l’ambiance à Chamonix était folle, à Saint-Gervais on est proche du délire. Toute la population semble être descendue dans la rue pour nous encourager. Sur les terrasses des cafés, les clients lèvent leur verre à notre santé en nous criant bonne chance. Je pense à la traditionnelle bière de l’arrivée, mais 150 kilomètres m’en séparent encore. Je repars du ravitaillement avec un gobelet de bouillon brûlant dans la main, du fromage et du saucisson dans l’autre. Dans les courses de longue distance, rien de tel que la vraie nourriture. A mon goût, les barres, gels et autres aliments sucrés sont trop  écœurants. Sauf fringale de degré 5, je n’y touche pas.

La pente se redresse à l’approche du col du Bonhomme qu’on passe après 1 heure du matin. Je suis déjà venu me balader par ici, mais c’était il y a longtemps. Le paysage, pour ce que j’en distingue à la lueur de ma lampe, est rocheux et sauvage. A part les lumières de nos frontales qui dansent dans l’obscurité, tout est calme, immobile. Neuf cents mètres plus bas, le village des Chapieux ne dort pas. Musique techno, vuvuzelas, grosse ambiance. On repart à bloc pour l’ultime montée de cette première nuit, le col de la Seigne. Derrière, c’est l’Italie! L’envie de faire un somme me fait ralentir, mais je ne veux pas m’arrêter. Ici et là, des coureurs se sont étendus par terre pour quelques minutes de repos. J’ai faim mais hélas pas grand-chose à manger dans mon sac. Je m’accroche en pensant que le jour ne va plus tarder.

Un orage qui coûte 400 places

A 5h30, je vois enfin briller le feu de camp allumé au col. Le ciel a encore la couleur de l’encre, mais on devine la silhouette de l’Aiguille Noire de Peuterey qui se découpe sur ce fond bleu nuit. Dans la montée au col des Pyramides calcaires, qu’on enchaîne sans transition, je rêve debout, à moins que je ne marche en dormant. Décidément, pas de répit sur cet UTMB. L’aube naissante me tire heureusement de cet état de torpeur. Et puis c’est tellement beau! Au ravitaillement du lac de Combal, les traits sont tirés. Dans un coin, un coureur vomit en silence son bouillon.

En arrivant à Courmayeur, au kilomètre 81, je sais que beaucoup de difficultés sont derrière moi. Je me dirige vers l’espace de repos pour vingt minutes d’une sieste réparatrice. Encore un peu endormi, je remets de l’ordre dans mon sac et repars. J’achète un peu de focaccia et un thé glacé dans une épicerie, que je savoure en marchant. Pour l’avoir parcouru dans tous les sens, notamment sur d’autres courses, je connais bien la suite de l’itinéraire qui remonte en balcon tout le val Ferret italien. Ce versant du Mont-Blanc est très sauvage, avec ses glaciers suspendus et des vues inhabituelles sur l’envers des sommets mythiques du massif.

Dans le ciel, les cumulus commencent à bourgeonner de façon inquiétante. Des orages violents sont annoncés. Je me hâte autant que je peux, profitant des rares sections qui ne sont pas trop pentues pour trottiner jusqu’à Arnouvaz, où débute la montée vers le grand col Ferret, porte d’entrée vers la Suisse. Quelques gouttes commencent à tomber alors que j’attaque la descente vers La Fouly. D’abord timides, elles se changent en grêlons juste au moment où j’arrive à l’alpage de la Peule, tenu par des amis. Je préfère attendre à l’abri que ça se calme, et tant pis pour le classement – je verrai plus tard que ces deux heures de pause imprévue m’ont fait reculer de 400 places. Il faut dire que j’ai fait deux siestes et mangé une énorme croûte au fromage, la meilleure de toute ma vie.

Trop fatigué pour dormir

Calé par cette nourriture réconfortante, je dépasse le ravitaillement de la Fouly sans m’arrêter. L’envie de dormir revient plus forte que jamais dans la montée vers Champex. Je m’allonge plusieurs fois dans la forêt, mais je suis trop fatigué pour sombrer. Au-dessus de moi, le ciel est constellé d’étoiles. J’admire le spectacle enveloppé d’un silence magique. C’est souvent dans ces moments qu’on se demande: pourquoi? Les réponses varient selon les jours, l’humeur, le nombre de kilomètres dans les jambes, l’état de fatigue… Mais une chose est sûre: si ces courses n’étaient pas aussi longues et aussi difficiles, ce ne serait pas pareil. Pour moi, un ultra est un voyage qui condense d’une manière unique beaucoup de choses importantes à mes yeux: la montagne, l’effort, le partage, l’émotion.

Sur le moment, je me dis surtout que cette deuxième nuit sans sommeil est difficile. Mais le but se rapproche. Il manque 35 kilomètres maintenant, moins d’un marathon! Loin de me décourager, cette pensée me redonne de l’énergie. De la même manière que toutes les choses, agréables ou non, passent, l’aube naissante gomme l’obscurité. Comme par enchantement, il fait à nouveau jour. C’est une petite résurrection comme on en connaît parfois au long des courses.

La dernière montée vers la Flégère est coriace. A force de s’entendre répéter au bord du chemin: «Vous êtes bientôt à Chamonix», je sais que je vais finir par y arriver, même si cette perspective a encore un petit quelque chose d’irréel. Sur le sentier, il y a de plus en plus de monde. Encouragé par la perspective de finir, j’allonge la foulée pour faire fondre un peu plus vite les derniers kilomètres.

Longeant l’Arve, je dépasse le gymnase où j’ai retiré mon dossard 48 heures plus tôt. J’accélère encore dans la rue qui mène vers le finish. Ma femme et mes enfants m’attendent, de chers amis sont aussi là. L’aîné de mes fils à mes côtés, je parcours les derniers mètres en poussant le landau du petit dernier qui dort, indifférent à la musique et aux hurlements du speaker. Quelle scène surréaliste! Je vois des visages souriants, j’entends crier mon prénom, encore des applaudissements. Je franchis la ligne d’arrivée avec un temps de 44 heures et 25 minutes qui m’importe peu. La satisfaction que je ressens est au-delà du classement et des mots. Je suis sur un nuage. Et puis je vais enfin avoir droit à ma bière.

Dans la tête d’un coureur à cinq jours de l’UTMB

Les jours qui précèdent les courses sont toujours particuliers. Un peu comme avant de partir en vacances, mais en pire. Mille choses à faire à la dernière minute s’ajoutent au stress habituel d’un quotidien surchargé où, comme tout le monde, je jongle du mieux que je peux entre obligations professionnelles et vie familiale, le tout saupoudré d’un mélange d’euphorie et d’appréhension. Cette fois, c’est encore plus palpable, parce que je vais participer à l’UTMB et que cette boucle autour du plus haut sommet d’Europe est mythique.

 

Je ne me voile pas la face: je ne me suis pas assez entraîné pour m’attaquer sereinement à un morceau pareil. Cette année a été intense à tous points de vue et comme je l’ai déjà écrit dans ce blog à plusieurs reprises, je n’ai pas réussi à m’installer dans une routine d’entraînement régulière. J’ai fait entre deux et trois sorties hebdomadaires les semaines où j’étais le plus assidu, mais sur des distances qui excédaient rarement 20 km.

Sachant que l’UTMB, c’est 170 km pour 10’000 mètres de dénivelé, c’est plutôt léger. Je compte sur l’élan que me donnera le plaisir de participer à cette grande aventure pour compenser la forme que je n’ai pas. Et puis, soyons honnêtes, je suis souvent du côté des canards boiteux pour ce qui est de se préparer correctement, donc pas de panique.

Si mon entraînement insuffisant ne m’inquiète pas plus que ça, le travail c’est autre chose. Je passe en revue toutes les tâches urgentes à faire dans la semaine avant de pouvoir boucler mon sac à toute vitesse vendredi midi et partir pour Chamonix. Comment je vais y arriver? C’est encore un mystère. J’essaie de me rassurer en me disant que ça se passera aussi bien que les autres fois. Sûrement, oui, à condition de ne pas trop penser au retour au bureau lundi, après 48 heures sans dormir…

Le départ de la course aura lieu vendredi 29 août à 18 heures, sur la place du Triangle de l’Amitié, d’où je me suis élancé il y a deux mois pour les 90 km du Marathon du Mont-Blanc. En début d’après-midi, je vais faire la queue avec des centaines d’autres coureurs pour récupérer mon précieux dossard et présenter le matériel obligatoire, dans un Chamonix transformé en capitale assiégée du trail. Je vais essayer de ne pas attendre jeudi soir – ça sent déjà le vœu pieux! – pour sortir de mes armoires les indispensables que chaque participant doit avoir dans son sac pour cette longue virée en semi-autonomie dans les montagnes.

Le temps maximum pour boucler l’épreuve est de 46 heures 30. Pour être finisher, il faut être de retour à Chamonix dimanche avant 16 h 30. Je n’ai pas encore fait mes calculs mais il est évident que comme le gros du peloton, je passerai deux nuits d’affilée sur les sentiers. L’expérience du Tor des Géants me sera bien utile pour gérer la fatigue et le manque de sommeil durant la course. Je ne me fais pas trop de souci pour ça. En revanche, la météo, c’est autre chose. Pour le moment, MétéoFrance annonce du soleil toute la semaine jusqu’à jeudi et dès vendredi… des averses orageuses.

Soyons philosophes, inutile de s’inquiéter pour ce qu’on ne peut pas maîtriser. Hier, j’ai fait une petite sortie sur les crêtes de La Clusaz pour évacuer un peu de la pression qui commençait à s’accumuler dans ma tête. La semaine peut commencer, je suis d’attaque. D’ici quelques jours, je vous raconterai la suite de l’aventure. UTMB à nous deux, jour J-5!

 

Un nouveau challenge se profile: l’UTMB!

“BONJOUR ALEXANDER, NOUS VOUS CONFIRMONS L’ATTRIBUTION DE VOTRE DOSSARD POUR L’UTMB”. Les yeux écarquillés, j’ai lu et relu plusieurs fois la première ligne du mail validant ma demande d’accréditation pour l’une des courses les plus mythiques du monde, en août 2019: l’Ultra Trail du Mont-Blanc.

En hibernation sportive depuis la fin du Tor des Géants, je savais que tôt ou tard l’envie de courir reviendrait. Mais là, en l’espace de quelques secondes, je suis passé du mode veille à full power. Comment aurait-il pu en être autrement avec un tel objectif soudainement en ligne de mire? Pour ceux qui ne connaissent pas encore ce monument de la course de montagne, l’UTMB c’est une boucle de 171 km autour du Mont-Blanc, à cheval sur trois pays. Elle fait rêver autant les amateurs que les professionnels, qui se livrent chaque année des batailles épiques pour remporter la victoire et entrer dans la légende.

 

 

Le tracé est évident et parfait. Au départ de Chamonix, on file sur les Houches, Saint-Gervais, Les Contamines-Montjoie, Les Chapieux puis, via le col de la Seigne, on passe la frontière italienne. Après la descente intégrale du grandiose Val Veny, qui offre des vues à couper le souffle sur le versant italien du massif, on entre dans Courmayeur. De là, on remonte le Val Ferret, somptueux aussi, jusqu’au Grand Col Ferret qui marque la frontière avec la Suisse. Côté valaisan, on passe par la Fouly, Champex-Lac, puis Trient. Après une dernière montée au Catogne, on entre en France pour la dernière ligne droite. Temps limite: 46 h 30, quand il faut à des randonneurs normalement entraînés 7 jours pour parcourir cet itinéraire.

Mais si la course est ardue, l’obtention d’un dossard l’est tout autant. Tout d’abord, il faut avoir glané 15 points ITRA au cours des deux années précédant l’épreuve. Cela équivaut à devoir terminer avec succès 3 trails de plus de 100 km. Ayant fait une bonne saison 2018 et emmagasiné assez de points, je me suis donc inscrit fin 2018 au tirage au sort officiel. L’affluence a été exceptionnelle sur cette édition 2019 et sur 7861 prétendants, seuls 2300 coureurs ont été retenus. N’en faisant pas partie, j’ai décidé de tenter ma chance par la voie presse, en proposant une série de reportages à paraître dans différents titres ainsi qu’un compte rendu régulier de la préparation sur ce blog. Oui, je sais, les journalistes sont des privilégiés…

Je vais donc partager avec vous les grands moments de cette préparation qui débute tout juste et je m’en réjouis. La course est dans 5 mois, largement de quoi se remettre en forme. Ayant moins de temps à consacrer à l’entraînement cette année pour des raisons aussi bien familiales que professionnelles, je vais devoir être efficace et miser sur la qualité de l’entraînement plus que sur la quantité. Ce sera l’occasion de tester de nouvelles approches, dont le vélo de route, et peut-être que pour la première fois de ma vie, je ferai sérieusement du gainage, mon cauchemar… mais c’est une autre histoire!

 

 

 

Attention à ne pas jeter l’éponge trop vite

Il y a deux semaines, j’ai participé au Gran Trail Courmayeur, une épreuve de 105 km pour 7000 mètres de dénivelé positif. La météo annonçait un grand soleil pour la première partie du weekend et c’est donc avec un matériel obligatoire minimaliste que je me suis aligné au départ à 7 heures, le samedi 14 juillet. Le début de course s’est bien passé et j’ai pu faire les premières dizaines de kilomètres en me maintenant sans trop de difficulté aux abords de la quarantième place. Jusque là, tout allait bien.

A peu près tous les organisateurs présentent leur événement comme “Le plus beau”, “Le plus sauvage”, “Le plus dur”, etc. Le Gran Trail ne déroge pas à la règle, mais contrairement à bien des compétitions, tous ces superlatifs correspondent à la réalité. Pour commencer, le parcours est vraiment somptueux. On traverse d’abord le vallon de la Thuile puis tout le Val Veny, en passant par plusieurs cols très peu fréquentés. Longeant le fil d’arêtes aériennes, on accède à des belvédères offrant des vues renversantes sur le versant italien de la chaîne du Mont-Blanc.

Malheureusement, nous n’avons pas pu profiter longtemps de ce décor de carte postale. Très vite, le ciel s’est obscurci et des nuages de mauvais augure se sont amoncelés dans le ciel. Les premières gouttes ont commencé à tomber en début d’après-midi, sous le col de Youlaz. Le vent s’est levé, la pluie a forci et bientôt le ciel s’est empli de grondements menaçants. J’ai continué ma progression trempé, le moral dans mes chaussettes humides. Vers le milieu d’après-midi, il y a bien eu une accalmie, mais elle a été de courte durée.

Un autre orage s’est abattu sur la vallée en début de soirée, juste au moment où je pointais au contrôle de Dolonne, au 75e kilomètre. Après avoir mangé un copieux plat de pâtes et repris des forces, j’ai commencé à douter. Comment allais-je survivre aux trente prochains kilomètres sans vêtements de pluie sérieux ? Le ciel continuait d’être zébré d’éclairs et à mesure que passaient les minutes, je sentais s’envoler ma motivation. Pourtant, autour de moi, d’autres coureurs repartaient dans la nuit, indifférents à ces conditions dantesques.

Dans ma tête, une petite voix continuait de me répéter que je n’étais pas suffisamment équipé pour une nuit en montagne. Parfaitement d’accord avec ce constat, je ne me voyais pas continuer. D’un autre côté, je savais pour l’avoir déjà vécu qu’un abandon n’était pas sans conséquences. Dans le cas où c’est à cause d’une douleur ou d’une blessure, cela peut-être un soulagement de s’arrêter. Mais après quelques heures de repos, le doute revient comme un boomerang. Est-ce que c’était vraiment justifié? N’aurait-il pas quand même fallu pousser encore, quitte à finir vraiment blessé?

Sur le moment, c’est difficile de faire la part des choses. Après 75, 100 ou 200 kilomètres de course, on n’est plus en état de raisonner avec logique. N’importe quelle personne censée dirait que quand on n’en peut plus, il faut abandonner. Mais les courses de longue distance comportent une part d’irrationnel qui fait qu’on ne peut pas penser comme dans la vie de tous les jours. Parfois, après des passages à vide qui paraissent interminables, on revient à la vie. Littéralement.

J’avais l’impression de m’engluer et je sentais que plus j’attendais, plus j’aurais de la peine à repartir. C’est justement à ce moment que mon ami Franco, responsable de la communication de la course, est passé me demander quand je comptais y aller. Je lui ai répondu que j’envisageais presque de jeter l’éponge, n’ayant pas d’habits chauds pour affronter le mauvais temps dans la montagne. Il m’a répondu avec son sens de l’humour habituel: “Tu ne vas quand même pas te laisser abattre par deux gouttes de pluie?” Alors que l’averse redoublait, il a corrigé: “D’accord, trois gouttes!” Puis, spontanément, il a enlevé la polaire qu’il portait et me l’a tendue. “Tu la veux? Prends-la!”

Je n’avais plus d’excuse. Je me suis levé d’un bond, j’ai fait mon sac, rempli mes gourdes, et je suis reparti le moral gonflé à bloc, alors que quelques minutes plus tôt, j’étais quasi certain de ne pas finir la course. Etant sorti du top 50 après cette longue interruption, j’ai effectué sans me presser les trente derniers kilomètres, m’accordant même le luxe d’une sieste de 45 minutes sur un banc, à un ravitaillement. Emmitouflé dans la polaire de Franco, je n’avais plus peur de rien.

Le jour s’est levé lentement et avec lui j’ai pu admirer le Mont-Blanc paré de lueurs roses. Les montées et descentes interminables de la fin de course ont laissé la place à un sentier filant droit vers le centre de Courmayeur. J’ai atteint les premières maisons du village puis, au bout d’un virage, j’ai aperçu le clocher de l’église. J’étais arrivé.

J’ai été submergé par une immense émotion. On est toujours heureux de finir des courses aussi longues. Mais après avoir repassé des dizaines de fois dans ma tête ce moment où j’avais tellement envie d’abandonner, passer la ligne d’arrivée avait une saveur particulière. En regardant vers le ciel parfaitement bleu, j’ai réalisé à quel point je me serais mordu les doigts d’avoir jeté l’éponge. J’espère ne jamais oublier cette leçon: il faut faire très attention de ne pas abandonner trop vite.

A saute-volcan sur l’île de Tenerife

Me voilà de retour sur terre, quatre jours après avoir terminé le Tenerife Bluetrail, un ultra de 102 km pour 6400 mètres de dénivelé positif. C’est drôle comme la mémoire fonctionne. J’ai presque l’impression aujourd’hui que ces 19 heures et trois minutes de montées, de descentes, d’exaltation, de fatigue, de chaleur et de visions n’ont jamais existé.

Sur la ligne de départ, donné vendredi 8 juin à 23 h 30 sur la plage de Fanabe, on était près de 400. Il y avait surtout des Espagnols, pour la plupart membres de clubs locaux. Pas de star internationale, mais des coureurs capables de couvrir cette distance à un train d’enfer. Réputé autant pour sa difficulté que pour sa beauté, cet ultra n’attire paradoxalement pas encore les foules. Le parcours traverse l’île du sud au nord, en passant par le sommet du Teide, un volcan qui a donné son nom à un site naturel exceptionnel inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco.

Parti dans le groupe des cent premiers, je suis vite rentré dans le rythme de la course. On a laissé derrière nous cette partie très touristique de l’île pour gagner les contreforts des montagnes. 102 kilomètres, c’est une distance impressionnante mais qui fond comme un morceau de sucre dans une tasse de café. Après 7 ou 8 km au pas de charge, il n’en restait déjà plus que 90 et des poussières.

Venga, chicos, animo!

Passé le premier ravitaillement, je me suis accroché à un groupe d’Espagnols que j’ai suivi durant près de deux heures dans un silence seulement troublé par les “Venga, chicos, animo!” échangés par les coureurs se croisant ou se dépassant dans l’obscurité. Il y a des moments, surtout la nuit, où l’on est littéralement hypnotisé par de petits détails, comme la couleur des chaussettes de celui qui vous précède, la façon dont il pose les pieds ou encore la manière avec laquelle il s’appuie sur ses bâtons pour progresser. Sans presque m’en rendre compte, j’ai passé le cap du 20è puis du 30è kilomètre.

J’étais trop pris par l’envie d’avancer pour chercher à contempler le paysage nocturne, mais pour être passé dans cette zone de jour, la veille, je pouvais parfaitement visualiser le décor lunaire façonné par les éruptions volcaniques successives. Trottinant au milieu des pins des Canaries, j’ai poursuivi mon chemin, surpris par la quantité de sueur que mon corps pouvait produire. J’étais littéralement trempé. On se serait cru dans la jungle tellement l’air était humide. Un épais brouillard s’est levé, ajoutant encore à l’irréalité du moment.

Sachant que la nuit ne durerait pas, j’ai profité des rares sections plates pour éteindre de temps à autre ma frontale et admirer les étoiles. Le temps a continué à filer. A 4 heures du matin, j’ai écouté un peu de musique pour penser à autre chose qu’à mon envie de dormir. Parvenu à un plateau, vers 2000 mètres d’altitude, la lueur du jour, d’abord très faible mais tout de même visible, a percé les ténèbres. Les silhouettes des arbres ont commencé à se détacher progressivement sur un ciel de plus en plus bleu. En contrebas, une mer de nuages cotonneux flottait au-dessus de la forêt.

A un détour du sentier, le soleil s’est levé pour de bon et au même moment, j’ai aperçu pour la première fois la pyramide massive du Teide, le plus haut sommet des Canaries, mais aussi d’Espagne. Un colosse de 3718 mètres! Encore quelques heures et je serais moi aussi en haut. Depuis le temps que j’attendais ce moment…

Au ravitaillement du 48è, j’ai trouvé des pâtes, des fruits frais, du café bien chaud, une vraie oasis. C’est le seul moment de la course où je me suis octroyé une pause assise de dix minutes. Mais étant bien parti, je voulais vite me remettre en chemin. Je peux l’avouer maintenant, le gros morceau à venir me préoccupait un peu. Car en termes d’acclimatation à l’altitude, j’aurais pu mieux faire que de passer trois jours au bord de l’océan à boire des cervezas et à manger du poisson.

Un cosmonaute en baskets

Je me suis remis en route dans une lumière orange éblouissante. Les 500 premiers mètres de la montée ont été vite avalés, mais dès 2500 mètres d’altitude, j’ai dû ralentir. Plusieurs coureurs m’ont dépassé. Je continuais d’avancer du mieux que je pouvais en composant avec une sensation de vertige persistante, qui me faisait vaciller à chaque fois que je regardais de côté ou derrière moi. Mais un pas après l’autre, tout finir par passer, y compris les moments les plus pénibles.

Peu après 3300 mètres d’altitude, après une dernière épaule rocheuse, j’ai entrevu enfin les pylônes de la gare d’arrivée du téléphérique du Teide, où se trouvait le ravitaillement du 58è kilomètre. Le chaos de blocs rocheux que j’escaladais péniblement a cédé la place à un sentier pierreux bien aménagé. J’ai pu reprendre une cadence plus rapide et je suis enfin arrivé à la cabane où d’autres coureurs reprenaient des forces.

Sans traîner, j’ai rempli mes gourdes, avalé une demi assiette de pâtes debout et je suis reparti, en me réjouissant de reprendre un peu mes esprits une fois redescendu de quelques centaines de mètres. Le vent qui soufflait avec force est tombé comme par enchantement de l’autre côté de la montagne. Un nouveau panorama s’est ouvert devant moi, époustouflant. Mille mètres plus bas, je pouvais voir s’étendre à perte de vue un autre haut plateau, seulement zébré par le trait blanc d’une route en gravier pour les jeeps. J’ai pensé à l’émoji de l’astronaute sur mon smartphone. Parfait pour résumer mon sentiment en une image.

Il faisait de plus en plus chaud. J’ai jeté un coup d’oeil à ma montre: Midi et demi. Presque l’heure de la sieste, mais malheureusement pas pour moi. J’ai enchaîné les lacets jusqu’au bas de la pente. Personne derrière, personne devant, j’étais seul au monde. J’ai rejoint bientôt une piste que j’ai suivie durant quelques kilomètres. J’ai pu recommencer à courir librement sans regarder chaque caillou susceptible de me faire trébucher. Une option peu recommandée sur les roches volcaniques aussi abrasives que du papier de verre.

La piste est devenue sentier et je l’ai suivi en serpentant à travers des buissons épineux. Plus aucun souffle de vent ne traversait l’air. Le soleil était toujours plus inamical. L’eau des gourdes était entre tiède et chaude. Ma montre s’est éteinte. Je me suis lancé dans un petit calcul mental pour savoir où j’en étais dans cette longue descente de 25 kilomètres. Une opération a priori toute simple qui m’a néanmoins occupé durant plusieurs minutes.

La tentation de la pastèque

J’ai continué ma progression à un bon rythme. Un coureur rencontré en chemin a pointé du doigt une forêt de pins au loin. J’avais de la peine à croire que c’est là que nous devions aller et pourtant, une heure plus tard, les arbres sont devenus autre chose que de vagues formes dans un paysage. Après ce qui m’a semblé une éternité dans la fournaise, j’ai enfin trouvé l’ombre bienfaisante sous leur couvert.

Je n’ai presque pas regardé une seule fois derrière moi pour voir le chemin parcouru mais je l’ai fait avant que le Teide ne disparaisse tout à fait de ma vue. Je me trouvais alors à une quinzaine de kilomètres de la mer, et donc de l’arrivée. Au ravitaillement du 85è, il y avait de la pastèque, coupée en morceaux et plongée dans des bacs de glace. A la troisième tranche, j’ai pensé à Ulysse cédant au chant des sirènes et je me suis forcé à repartir.

Pendant plusieurs kilomètres, j’ai suivi une piste forestière, avançant à près de 10 km/heure, ce qui m’a semblé assez incroyable après une bonne quinzaine d’heures de course. J’ai continué à descendre dans la forêt et dans les nuages, définitivement à l’abri des rayons impitoyables du soleil. Mais si la distance à parcourir n’était plus très grande, je n’en avais pas fini pour autant avec les surprises. Il me restait encore une dernière montée de 600 mètres à gravir. Un escalier vers le ciel, avec des marches qui semblaient davantage taillées pour des géants que pour les hommes.

Mais comme pour le Teide, je me suis hissé pas à pas vers le haut jusqu’à ce que j’aperçoive la jeep d’une équipe médicale présente pour contrôler l’état de santé des coureurs avant la descente. J’étais tellement fatigué que je prêtais à peine attention à la pluie qui s’était transformée en déluge. En voyant patiner les coureurs dans la boue, j’ai compris que ce n’était pas encore gagné. Certains étaient tellement désespérés par l’état du terrain qu’ils préféraient se laisser glisser sur les fesses que de retomber une énième fois par terre.

Heureusement, aidé par mes bâtons et par une certaine habitude à composer avec la boue, je m’en suis mieux sorti, glanant une dizaine de places au passage. Je voyais la mer à présent. L’arrivée était toute proche. Sur la fin, le tracé n’était pas des plus élégants, mais j’ai essayé d’en faire abstraction. Dans ces moments, de telles pensées peuvent devenir un fardeau. Il ne faut pas leur laisser trop de place. J’ai remis mes écouteurs et continué de me laisser porter par la musique.

A mesure que j’approchais du centre-ville de Puerto de la Cruz, ma foulée est devenue plus souple. J’ai accéléré. Je voulais donner tout ce que j’avais. Je regardais devant moi, savourant la dernière ligne droite. 100 kilomètres derrière, plus qu’un à parcourir. Le meilleur moment de la course. Des passants et des spectateurs ont commencé à applaudir, de plus en plus nombreux à mesure que je me frayais un chemin vers l’arrivée. A 18 h 33, je sautais de joie en passant la ligne symbolique tant attendue, à la 70è place.

Je suis resté quelques instants debout au milieu du vacarme, de la musique, des gens, avant de m’asseoir. C’était un sentiment fantastique. Parce que cette fois, je savais que je pouvais rester là aussi longtemps que je le voudrais. Le temps s’était arrêté de courir en même temps que moi.

Photo: Jordi de la Fuente

Gravir un volcan pour toucher les étoiles

Dans 30 jours, si tout va bien, je suis là-haut. Je me suis inscrit au Tenerife Bluetrail, tenté par la perspective de découvrir des paysages grandioses et de vivre une aventure qui s’annonce excitante. La course traverse cette île de l’archipel des Canaries sur un axe sud-nord avec comme cerise sur le gâteau, un passage par le sommet du volcan Teide, sa plus haute éminence, qui culmine à 3718 mètres d’altitude au-dessus du niveau de la mer.

Il faudrait être blasé pour ne pas être emballé à l’idée de gravir un volcan, qui plus est sur une île. Pour moi qui ai lu et relu Voyage au centre de la terre, de Jules Verne, qui ai vu tous les documentaires de Haroun Tazieff – enfant je me rappelle d’ailleurs avoir voulu faire le même métier, volcanologue ! -, ces montagnes qui crachent (potentiellement) du feu font rêver.

Pour revenir à des considérations plus terre à terre, le format ultra de l’épreuve à laquelle je vais participer est de 102 kilomètres pour un dénivelé positif de 6784 mètres et autant en négatif, soit plus de 13 500 mètres de dénivelé cumulé. Je l’avoue, au moment de m’inscrire, j’avais regardé ces chiffres d’un oeil distrait. Jusqu’à ce post qui m’a amené à les examiner de plus près, je pensais que les montées ne dépassaient pas les 3500 mètres… Mais bon, quand on aime on ne compte pas, dit l’adage.

Le départ de la course sera donné à 23 h 30. Sur l’archipel des Canaries, le ciel est d’une limpidité inouïe. En l’absence de pollution lumineuse, la nuit prend vie, devient tridimensionnelle. Quand on la regarde couché sur le dos, on a l’impression d’être dans un cinéma imax. Les étoiles donnent le vertige. Les astronomes assurent que depuis Tenerife, on peut observer 83 des 88 constellations répertoriées. C’est peu dire que je me réjouis.

Pour profiter du spectacle et pouvoir regarder autre chose que mes baskets, il faudra être en forme. Il ne me reste donc plus que quatre semaines pour peaufiner l’entraînement réalisé tout au long de l’hiver, en diminuant la charge sur les derniers jours. Le challenge va être d’accumuler un maximum d’heures de course et de dénivelé, sans trop en faire non plus pour éviter de se blesser. C’est exaltant de sentir une telle échéance se rapprocher.

Sur nos montagnes, la neige a enfin commencé à fondre, ce qui permet de commencer à envisager, selon les secteurs, des sorties à 2000 mètres d’altitude. Il y a quelques jours, j’ai fait un repérage à Chamonix, où je n’avais pas couru depuis l’automne dernier. Quel bonheur de cavaler au coeur de cette carte postale, la chaîne du Mont-Blanc devant soi. Sur les sentiers, personne. Ce sentiment formidable d’être complètement seul, dans un entre-saison où le monde d’en haut semble tout neuf.

13 km de philosophie au pied du Mont-Blanc

Samedi 2 mars, 17 h 56. Vite, vite, vite! Plus que 4 minutes ou je vais louper le départ de la Courmayeur Winter Eco Trail by Night!

Ce serait tellement affreux d’arriver trop tard et d’être condamné à regarder les autres coureurs attaquer sans moi cette course de 13 km pour 1300 mètres de dénivelé, qui se déroule chaque hiver sur les pistes de la station valdôtaine…

Je sprinte à travers les rues du hameau de Dolonne. Tic tac, tic tac, plus que deux minutes. J’enfile à la hâte les crampons qui me permettront de ne pas glisser sur la neige et la glace.

Zut, ils sont à l’envers. Je les remets aussi vite que possible et fonce vers la ligne du start, pour me glisser parmi les premiers. Le speaker égrène le compte à rebours. 10, 9, 8… décidément, je suis vraiment mal organisé aujourd’hui… 3, 2 – j’avale un gel au miel -, 1… c’est parti!

Je m’élance avec le peloton de tête. La neige est profonde, et surtout plus meuble que prévu, ce qui me coûte une énergie folle.

Heureusement, on est tous logés à la même enseigne. Hormis les trois coureurs de tête, qui ont survolé le premier plat rébarbatif et s’élancent déjà à l’attaque de la première pente qui mène au plan Checrouit, 500 mètres plus haut.

La compétition me sort totalement de ma zone de confort. Pas de place pour la contemplation. A chaque instant, mon corps me rappelle ses limites, alors que mon cerveau tente de les contourner en me poussant à aller plus vite. J’oscille entre l’envie d’abandonner et celle d’être le premier.

Je me positionne dans le top 15. La pente est impitoyable, je suis à fond, mon coeur va éclater. Je lutte avec un autre coureur pour ne pas me faire distancer. Au sommet de la première bosse, j’ai gagné 50 centimètres.

Cette mini victoire ne dure pas. Je n’arrive pas à repousser l’assaut d’un trio de coureurs qui me double. Tant pis. Je suis toujours dans les vingt premiers, il faut que je m’accroche. La pente est moins raide, je récupère sur le faux plat qui mène à Plan Chécrouit.

Je passe sans m’arrêter devant le ravitaillement de peur de perdre de précieuses secondes. Un DJ passe un remix de “It’s my life”. Les basses résonnent, c’est bateau mais je me fais emporter par le rythme et j’arrive à accélérer un peu.

Deux autres coureurs me talonnent. Je reste à leur hauteur quelques minutes, puis les laisse partir, en me disant qu’il faut que je garde des forces pour la fin. J’apprécie la vue sur la chaine du Mont Blanc, et en particulier sur l’Aiguille noire de Peuterey, qui se drape de lueurs bleutées. Le ciel est sans nuages, des étoiles s’allument dans le ciel. Magique!

La dernière montée est bientôt finie. En fait, cette année, à cause des chutes de neige abondantes et du froid, le parcours a été modifié à la dernière minute. On ne montera donc pas au col Chécrouit comme c’était prévu.

Je me brûle la gorge avec le thé chaud qu’on me tend au ravito, recrache le biscuit sec qui menaçait de m’étouffer et m’élance dans la descente abrupte de 1000 mètres vers Courmayeur.

Dérapant, glissant, je cours le plus vite que je peux pour ne pas me faire rattraper. Personne derrière pour le moment. Quelques spectateurs m’encouragent, je commence à voir le bout du tunnel.

Plus que 500 mètres de dénivelé et je serai en bas. Mes chevilles commencent à souffrir de toutes les torsions que la texture changeante de la neige leur fait subir. Pas grave. Je débouche sur le plat qui précède l’arrivée.

J’ai enfin réussi à rattraper le coureur qui était devant moi, mais il y en a un autre qui me talonne à présent. Je vois la lumière de sa frontale qui lèche la neige autour de moi.

Je ne serai pas sa proie. Je rassemble mes dernières forces et passe l’arrivée le premier en poussant un cri inattendu venu du fond de mes tripes. Sur les derniers mètres, j’ai vraiment tout donné.

A bout de souffle, je m’écroule sur une chaise. Je suis dix-neuvième. Et vraiment content de cette fin de course.

En buvant un vin chaud qui m’enveloppe dans une douce torpeur, je me prends à rêver d’être plus rapide, plus endurant, plus déterminé. Finalement, c’est peut-être bien de participer de temps en temps à une compétition si c’est pour rentrer chez soi motivé à faire mieux la prochaine fois?