Grèce : Un an après : la fin des illusions ?

Il y a un an, jour pour jour, Alexis Tsipras était nommé Premier ministre. La Grèce – et toute l’Europe – se réveillait après un dimanche qui avait vu la gauche radicale de Syriza remporter les élections législatives. Le parti avait manqué de peu la majorité absolue au parlement mais, rapidement, un accord de coalition lui permettait d’accéder au pouvoir.

En 2015, le programme de Syriza était clair : refuser les programmes d’aides de l’Union Européenne – et, plus particulièrement, les conditions posées par ceux-ci – et mettre fin à l’austérité qui avait été mise en place après l’éclatement de la crise grecque. Des propositions qui paraissaient révolutionnaires et qui ont suscité l’adhésion de la plupart des mouvements d’extrême-gauche en Europe – notamment Podemos en Espagne et Die Linke en Allemagne. À peine arrivé à la tête du gouvernement, Alexis Tsipras nommait Yanis Varoufakis – se décrivant lui-même comme un «marxiste erratique» – au poste de ministre des finances. L’establishment européen tremblait…

Mais si les premières semaines ont été animées par les discours victorieux et les revendications attendues, la réalité a rapidement repris le dessus. Les rares propositions de Syriza ayant pu être implémentées n’ont pas permis au pays de se redresser ou d’endiguer la fuite des capitaux. Les illusions ne remboursent pas les dettes.

Et c’est là qu’Alexis Tsipras a, sans doute, commis sans plus grande faute morale. Rechignant à accepter le plan de sauvetage que lui proposait l’Union Européenne, il entame un bras de fer avec Bruxelles avant de surprendre ses partenaires en annonçant la tenue d’un référendum. N’étant pas à une vexation près, il s’entête en incitant les Grecs à rejeter le programme d’aide qui leur était soumis. Outre le caractère démocratiquement douteux d’un scrutin organisé en moins de dix jours sur un object inconnu des électeurs, le leader de Syriza ouvre en réalité une brèche énorme. Car, en réclamant que le peuple grec se prononce sur un programme économique d’une telle ampleur, il révèle en creux qu’aucun des peuples amenés à renflouer la Grèce n’a été consulté. Il fragilise ainsi violemment l’édifice européen – une fragilité qui n’est certainement pas à l’avantage de l’un de ses membres les plus faibles.

Mais la véritable faute morale apparaissait peu après le vote. À peine cette victoire symbolique engrangée, Alexis Tsipras se débarrasse de son ministre des finances devenu encombrant. Ne pouvant échapper longtemps à une situation économique désastreuse, c’est bien le leader de Syriza qui acceptera finalement un plan de sauvetage plus sévère que celui refusé par les citoyens à peine quelques jours auparavant. Et c’est bien un gouvernement d’extrême-gauche qui maintiendra les mesures d’austérité qu’il avait si violemment critiqué.

En un an à la tête de la Grèce, Alexis Tsipras a renié les fondements même du programme qui l’avait mené au pouvoir. Il est le défenseur le plus efficace des mesures d’austérité et a accepté les conditions les plus dures que ses créanciers souhaitaient lui imposer. Pire encore, il a fragilisé durablement l’Union Européenne – non sans piétiner lui-même l’expression démocratique qu’il avait rappelé. Un an après, il n’y a plus guère d’illusion à se faire sur le Premier ministre grec…

Vincent Arlettaz

Vincent Arlettaz

Vincent Arlettaz a étudié à Lausanne et Saint-Gall, ainsi qu'à la Richard Ivey School of Business au Canada. Détenteur d'un Master en Finance HEC de Lausanne, il est aujourd'hui économiste, mais aussi délégué du PLR et membre du comité du Cercle libéral de Lausanne.

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