© Vincent Arlettaz

Vélo et agriculture : l’État à sa juste place ?

Les votations du jour posaient la question du rôle de l’État : Quand il s’agit de coordonner et de prendre en compte le vélo, c’est OUI. Quand il s’agit de s’ingérer massivement dans une agriculture où il est déjà bien (trop ?) présent, c’est NON.

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Les urnes ont rendu leur verdict. Pour les partisans de la petite reine, c’est un cri de joie : les citoyens ont largement accepté le contre-projet qui leur était soumis. En réalité, c’est l’aboutissement d’un long débat sur la place du vélo sur nos routes. Loin de certaines initiatives extrêmes, c’est un texte consensuel et raisonnable qui va faire son entrée dans la Constitution. Respectueux du fédéralisme, il prévoit que la Confédération «coordonne» ou «prend en compte» les voies cyclables, mais ne fixe pas ni contrainte budgétaire ni objectif à atteindre. L’État est prié d’être bienveillant, et c’est tout.

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De leur côté, les auteurs des initiatives agricoles avaient franchi le rubicond. Selon le texte sur les «aliments équitables», la Confédération aurait dû fixer des contraintes légales plus strictes, introduire des droits de douanes ou fixer des quotas d’importation et, plus généralement, légiférer davantage. Pour celui sur la «souveraineté alimentaire», outre les droits de douane, l’État aurait carrément dû s’ingérer dans la fixation des prix, les rapport de travail ou même la gestion des organisations paysannes. Bref, les agriculteurs seraient quasiment devenus des fonctionnaires fédéraux.

Parties très haut dans les sondages (respectivement 78% et 75% d’approbation selon gfs.bern début août), les deux initiatives se sont effondrées au fur et à mesure de la campagne. Le constat est clair : si certaines revendications pouvaient susciter de la sympathie, dès que le débat a porté sur le contenu, un net rejet est apparu. Aujourd’hui, le verdict du peuple est cinglant : à peine quatre cantons et moins de 40% des électeurs ont soutenu ces initiatives.

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Élément piquant qu’il convient de relever : les deux textes prévoyaient des mesures protectionnistes qui n’ont pas trouvé grâce aux yeux des citoyens. Le signe que le peuple suisse est moins hostile au libre-échange – y compris agricole – que ce que certains voudraient bien croire ou faire croire ?

Au final, les citoyens ont aussi rappelé aujourd’hui la place qu’ils voulaient donner à l’État : celui d’un coordinateur bienveillant, mais qui n’a pas à se substituer aux citoyens et nuire à leur libre-choix.

© Mattia Landoni

Dix ans après Lehman Brothers…

C’était il y a dix ans, dans la nuit du 14 au 15 septembre 2008. Richard Fuld est dans son bureau, au 31ème étage du siège de Lehman Brothers. Au milieu de la tempête financière, il voit sa banque vivre ses derniers instants. Et dix ans après ?

Le 15 septembre 2008, à 1h45 du matin, heure de New York, la banque Lehman Brothers déposait son bilan et se mettait sous la protection du chapitre 11 du code américain des faillites après 158 années d’existence. Cette décision venait au terme d’un week-end marathon au siège de la Réserve fédérale de New York, où les directeurs des plus grandes firmes de Wall Street avait été convoqués pour tenter sans succès de mettre sur pied un plan de sauvetage. Au plus fort de la tempête financière, la disparition d’un des plus important acteur du monde de la finance agissait tant comme un symptôme que comme une prise de conscience de l’ampleur de la crise la plus destructrice depuis 1929. La masse totale en faillite représentait près de 640 milliards de dollars !

© World Resources Institute Staff

Aux côtés de Richard «Dick» Fuld, à la tête de Lehman Brothers depuis 1994, la cupidité des banques d’investissement était pointée comme la cause principale de la crise des subprimes qui allait faire s’envoler plus d’un quart de la fortune nette des Américains et s’effondrer plusieurs géants de la finance. Mais pourtant, avec le recul, une telle conclusion ne tient pas. Car si la cupidité régnait certainement au siège de Lehman Brothers, elle n’était certainement pas absente  de ses concurrentes ayant survécu à la crise, pas plus qu’elle n’était inconnue des milliers d’investisseurs qui avaient parié – en connaissance de cause ou non – sur le marché de l’immobilier américain, ou même des millions de simples acheteurs qui s’étaient endettés de façon démesurée pour devenir propriétaires de leur logement.

© Fibonacci Blue

Dix ans après, les enseignements nécessaires ont-ils été tirés par ces géants de la finance brassant des milliards comme certains mélangent les corn-flakes au petit-déjeuner ? La question demeure légitime. En démontrant douloureusement la limite des modèles statistiques, la crise de 2008 a remis en question une partie de leur fonctionnement. Tout comme, en parallèle, les réformes dites «Bâle III», décidées au lendemain de la crise, ont mis en place des exigences accrues en matière de liquidités et de solidité financière. Seul l’avenir permettra de savoir si les efforts ont été suffisants, mais il faut reconnaître que de gigantesques pas en avant ont été faits.

Malheureusement, dans cette volonté générale de faire des banques les boucs émissaires de l’effondrement économique de 2008, une autre cause est – hélas – bien souvent négligée. Si des millions d’Américains se sont endettés de façon déraisonnable au début du XXème siècle, sans forcément être en mesure de pouvoir faire face aux mensualités en cas de coup dur, ce n’était pas le simple fruit du hasard. C’était également le résultat d’une volonté politique mise en place à Washington pour tenter de soutenir la croissance économique, en imposant des taux d’intérêt réduits, un cadre légal favorable et en promettant que les institutions semi-publiques mises en place pour favoriser et garantir le crédit seraient là pour voler au secours des créanciers malchanceux.

© Eric Salard

De ce côté-là, a-t-on réellement tiré les conclusions nécessaires au-delà des commissions d’enquête et des grands discours ? On peut légitimement en douter. Dix ans après, une bonne partie de la réglementation en vigueur n’a jamais été remise en cause. Et le choix de miser sur la consommation intérieure – recourant massivement au crédit – pour soutenir la croissance du PIB n’a pas changé. Au risque non seulement d’une fragilité accrue, mais également d’être victime de politiques court-termistes hasardeuses. Et sur ce dernier point, le locataire de la Maison blanche n’offre guère de motifs de se rassurer…

© Vincent Arlettaz

Cette si chère égalité…

Hier, profitant du 1er août, la jeunesse socialiste vaudoise a tenté un coup d’éclat en proposant de remplacer sur le drapeau vaudois sa devise «Liberté et Patrie» par «Solidarité et Égalité». Mais que révèle, en fait, une telle proposition ?

À chaque fois que j’entends le mot «égalité» me revient l’expression d’Henry Becque «le défaut de l’égalité, c’est que nous ne la voulons qu’avec nos supérieurs». En politique, c’est hélas également le cas : quiconque invoque ce principe si cher à la gauche ne le fait bien souvent que lorsque c’est à l’avantage de ses électeurs, sinon de lui-même. Dans le cas contraire, ce principe égalitaire disparait souvent derrière un paravent de prétextes.

 

Drapeau suisse actuel (g.) et tel que pourrait le redessiner la jeunesse socialiste (d.)

 

La jeunesse socialiste vaudoise, comme bon nombre de socialistes, invoque volontiers cette notion d’égalité pour demander à d’autres de payer davantage d’impôts ou de contribuer davantage à la collectivité – mais, bien sûr, exclusivement lorsqu’il s’agit de réclamer un effort d’autrui plutôt que de soi-même.

Ainsi, cette même jeunesse socialiste vaudoise s’oppose vertement, par exemple, à ce qu’hommes et femmes aient le même âge de départ à la retraite – à tel point qu’ils avaient même combattu le projet PV2020, pourtant conçu et porté par le parti socialiste suisse. Là, étrangement, il n’est plus question de défendre l’égalité, lorsqu’elle imposerait d’aller l’expliquer à celles qui en seraient perdantes…

Cette position est d’ailleurs souvent justifiée en invoquant les différences de salaire qui peuvent exister entre hommes et femmes. Tant que celles-ci ne sont pas corrigées, hors de question alors de supprimer une différence de traitement en matière de retraite, nous dit-on. Là, imperceptiblement mais sûrement, l’égalité s’est transformée en une sorte de valeur à géométrie variable, à laquelle il est finalement aisé de déroger. Tout d’un coup, une inégalité peut devenir aisément justifiable, au bon vouloir de qui s’exprime.

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Il y a une forme d’égalité que je chéris, c’est l’égalité de départ : égalité des droits et égalité des chances. Celle qui met chacun sur le même pied, et lui permet ensuite de faire ses propres choix – et de les assumer.

Mais souvent, hélas, le socialisme pousse à réclamer une égalité de résultats. Quels que furent nos comportements, il faudrait que nous retrouver tous, in fine, dans une même situation – ou, à tout le moins, dans une situation proche. Et si ce n’est pas le cas, la contrainte étatique toute-puissante n’aura qu’éliminer les différences.

Réclamer cette égalité perpétuelle, c’est donc, par définition, réclamer que nos propres choix n’importent finalement pas. Somme toute, ce n’est certainement pas un hasard si, dans le monde que réclament ces jeunes socialistes, le mot «liberté» doit être effacé – de nos drapeaux, comme de nos vies…

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Communisme et poulet frit

Au printemps, les médias vaudois annonçaient l’apparition, en 2019, d’un KFC à la place de l’Europe. L’enseigne exprimait le souhait de se développer en Suisse, et voyait dans ce lieu une implantation intéressante. Mais, deux mois après, la nouvelle a fait bondir le POP, le parti ouvrier populaire. Considérant qu’une telle installation se ferait «au détriment de la santé publique, du bien-être alimentaire, de l’écologie, de la convivialité, des conditions de travail», les marxistes lausannois ont donc lancé une pétition réclamant son interdiction pure et simple…

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Certains (dont votre serviteur) ont la faiblesse de penser que les individus devraient être libres de leurs choix, tout en portant la responsabilité de les assumer. Cela reviendrait à considérer les adultes… comme des adultes, en leur expliquant si besoin, par des mesures de prévention, que certains comportements ne sont pas bons pour leur santé, et qu’il convient de faire preuve d’une  certaine prudence, d’un certain équilibre, bref, d’une certaine hygiène de vie.

La logique du POP est bien différente : si, d’une certaine manière, une chose pourrait être néfaste en cas d’abus ou de comportement inadéquat, alors la toute-puissance étatique doit l’interdire immédiatement. Le corollaire de cette logique est bien simple : même adulte, on ne peut laisser un individu décider librement de la manière dont il souhaite vivre.

© Gabriel Garcia Marengo

Imaginons un instant qu’un de ces marxistes ait l’idée de se promener au Flon. Il passera devant la porte de quelques débits de boissons et autres établissements nocturnes, et, la forte musique et l’abus d’alcool pouvant être néfaste pour la santé, en réclamera donc immédiatement l’interdiction. Poussant plus loin, il atteindra un cinéma, dont les films proposés pourraient contenir de la violence ou de la vulgarité, et, épris de son désir de protéger les braves gens contre ce fléau, ne manquera pas d’exiger sur-le-champ l’interdiction de ce lieu de perdition. S’il décide de bifurquer en direction d’un grand magasin, il ne manquera pas d’y déceler une incitation à la consommation de masse, et donc un risque important de surendettement pour le simple passant, qu’il convient de préserver d’un tel danger, et n’hésitera pas un instant à requérir, là aussi, la disparition de ces commerces.

En fin de compte, la logique du POP n’amène qu’à une seule issue : puisque tout peut être dangereux, il suffirait de tout interdire et d’implanter, au besoin, des succursales d’État pour délivrer les seules choses que le Politburo jugera acceptable de concéder au simple citoyen. Debout, les damnés de la terre ; disparues, les libertés de chacun…

© Matt Preston

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Protectionnisme : tous perdants !

Jeudi passé, Donald Trump a annoncé l’introduction de nouveaux droits de douane sur l’acier et l’aluminium, renouant ainsi avec le discours protectionniste qui l’avait porté lors de la campagne électorale de 2016. Par réciprocité, l’Union européenne menace de réagir par l’introduction de ses propres droits de douane sur certains produits américains, notamment ceux provenant des régions favorables à Donald Trump. Une guerre commerciale est sur le point d’éclater, dont, pourtant, chacun des deux camps ressortirait perdant…

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L’introduction d’un tarif douanier à l’importation implique naturellement que ce produit devra être vendu plus cher – soit en raison du paiement de cette taxe pour les marchandises importées, soit du fait de la concurrence étrangère réduite pour les marchandises produites localement. De fait, le consommateur (direct ou indirect) est le premier perdant d’une telle décision.

En revanche, les producteurs nationaux de ce même produit, eux, voient leur concurrence se réduire. Ils peuvent donc espérer augmenter leur production – et, pour ce faire, engager de nouveaux travailleurs. Notons bien que, même dans ce modèle optimiste, ces créations d’emplois se font en partie aux frais des exportateurs étrangers, mais également, en partie, sur le dos des consommateurs du pays concerné. Le bilan initial est déjà en demi-teinte.

© Maerzbow

Mais, de fait, un telle décision protectionnisme amène, généralement, deux conséquences négatives qui dépassent largement l’hypothèse de gain.

Le commerce international fonctionne généralement dans les deux sens. Les pays dont les exportations pourraient être pénalisées vont généralement relativement rapidement menacer de prendre des mesures similaires sur ce qu’eux-mêmes importent en provenance du pays introduisant des tarifs douaniers.

Évidemment, dans le cas d’une telle guerre commerciale, les industries exportatrices des deux blocs concernés seront perdantes. Mais, plus encore, ces pertes seront quasi-nécessairement supérieures* aux éventuels gains que pourraient réaliser les entreprises nationales bénéficiant de ce sursaut protectionniste. Au final, de nombreux emplois sont donc détruits de part et d’autre.

Mais il existe une deuxième conséquence, hélas souvent négligée. La plupart du temps, les produits visés par les nouveaux tarifs douaniers sont nécessaires pour d’autres activités économiques. Dans le cas présent, l’acier et l’aluminium, visés par Donald Trump, sont utilisés aux États-Unis par l’industrie locale qui les importe. Or, l’imposition de droits de douane supplémentaires pénalise donc directement ces importateurs. Eux-mêmes, moins compétitifs, verront leurs ventes (domestiques et à l’exportation) diminuer, leurs marges se réduire et seront contraints de délocaliser ou fermer certaines de leurs usines, avec de nombreux emplois détruits à la clé.

© Alan Strakey

Dans le cadre de l’acier, cette conséquence a même déjà pu être observée. Et même, précisément, aux États-Unis ! En mars 2002, le président George W. Bush a décidé d’imposer des droits de douane supplémentaires sur l’importation de certains produits issus de la sidérurgie. Grâce à cette décision, environ 3’500 emplois ont pu être «protégés» au sein des producteurs américains d’acier. Mais, en parallèle, on estime qu’entre 12’000 et 43’000 emplois ont été supprimés aux États-Unis, chez les entreprises importatrices, en raison de ces nouvelles taxes et de la hausse de prix qui en résultait logiquement. Voilà le vrai bilan du protectionnisme !

Il ne faut donc pas se laisser bercer par le discours populiste de Donald Trump – et de ses admirateurs en Europe. Le retour au protectionnisme ne sauve pas les emplois ; il permet seulement de préserver, à très court-terme, les intérêts électoralistes de quelques-uns. Et, particulièrement dans une Europe autrefois ravagée par les guerres, il conviendrait de se rappeler la maxime de Frédérique Bastiat : «si les marchandises ne traversent pas les frontières, les soldats le feront»

 

 

* L’explication se trouve dans le concept d’«avantage comparatif» démontré par l’économiste David Ricardo en 1817, qui explique l’essentiel du commerce international.

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Clap de fin pour «No Billag»

C’est fait : après une campagne longue et intense, le peuple a largement rejeté l’initiative «No Billag». Avec plus de 71% des suffrages, les Suisses ont montré un fort attachement à l’existence d’un service public dans les médias. C’est désormais malgré cette initiative et non grâce à elle que le débat doit continuer…

Début décembre, un sondage provoquait un véritable tremblement de terre : 57% des Suisses approuveraient l’initiative «No Billag» ! L’idée de s’affranchir d’une facture de plusieurs centaines de francs semblait séduire : le texte avait des chances sérieuses et menaçait donc de tirer la prise du service public dans l’audiovisuel.

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Le tournant s’est produit fin janvier : les partisans de l’initiative présentaient leur plan B pour la SSR en cas de succès de leur texte. Incapables de présenter des alternatives crédibles pour l’avenir des médias, les opposants au recours à l’argent public de la Confédération proposaient même, sans ciller, de le remplacer par celui des cantons.
Ce flou s’opposait à un discours bien plus clair du côté des spécialistes (tant privés que publics) du secteur : une acceptation de l’initiative signifierait la mort de la SSR, sans certitude qu’une partie de ses activités puissent être poursuivies ou reprises. Cette démonstration a fait basculer l’opinion public – tant dans les sondages qu’aujourd’hui dans les urnes. Le vote des Suisses est particulièrement clair : le texte est balayé avec plus de 71% des suffrages !

À peine leur échec connu, les initiants se sont félicités d’avoir provoqué un débat. Pourtant, rien n’est plus faux. En réalité, le débat sur l’audiovisuel public avait commencé avec la modification de la LRTV lancée en 2013 et acceptée par le peuple, de justesse, le 14 juin 2015. Lancée entre les deux, «No Billag» ignorait totalement la discussion, au profit d’une proposition extrême.

Plus encore, le véritable débat aurait pu trouver sa place dans le cadre du rapport sur le service public dans les médias, demandé par le Conseil des États le 28 avril 2014. Celui-ci, justement, réclamait une réflexion sur l’avenir des médias. Mais, las, l’initiative est arrivée au Parlement à peine le rapport remis. Occultant toute nuance et empêchant toute discussion sur les contours d’un service public, elle ne proposait qu’une chose : tirer la prise de la SSR.

© Vincent Arlettaz

À l’heure de la digitalisation, une nouvelle loi tenant compte des enjeux d’avenir doit être présentée rapidement. C’est dans ce cadre que pourra enfin débuter une discussion sérieuse sur la mission de l’audiovisuel public. Enfin, après des années perdues en débats tendus sur une proposition extrême. La réflexion peut donc commencer, malgré l’initiative «No Billag» et certainement pas grâce à elle !

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Pourquoi un libéral peut refuser «No Billag»

Telle que présentée par ses auteurs, l’initiative «No Billag» est une lutte pour les libertés individuelles. En conséquence, tout «bon libéral» semble sommé de partager ce point de vue ; les voix divergentes étant hélas souvent soumises à un «procès en libéralisme» et accusées de trahir cet idéal pour des motifs égoïstes. Pourtant, à bien y réfléchir, il est plutôt simple, pour un libéral, d’être convaincu de rejeter ce texte…

Le but évident de tout «bon libéral» est de garantir à chacun autant de libertés que possible. Tout adulte devrait donc pouvoir former son opinion comme il l’entend et faire ses propres choix. Et là, embrayent sans hésiter les partisans de «No Billag», devrait être inclus le choix de consommer ou non les médias du service public, et donc, par voie de conséquence, le choix de ne pas les payer le cas échéant. Pourtant, à bien y réfléchir, il est plutôt simple, pour un libéral, d’être convaincu de rejeter ce texte…

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Pour être à même de faire ses propres choix, chacun doit pouvoir en appréhender les tenants et aboutissants. Pouvoir décider entre des possibilités aux issues inconnues n’est pas une liberté ; c’est un simple mirage. La vraie liberté, elle, se définit au moment où l’on peut comprendre ce qu’un choix représente et le faire en connaissance de cause. En d’autres termes, il ne peut y avoir de réelle liberté sans information.

Mais cette information ne tombe pas du ciel. Elle peut souvent être produite par des médias privés et achetée (ou non) par ceux qui en expriment le besoin. Mais cette offre repose sur la nécessaire existence d’un marché suffisamment grand pour financer, par la vente ou par la publicité, le travail journalistique nécessaire.

CC Tschubby / modifiée

Or, la Suisse est un petit pays, partageant quatre langues et formé de nombreuses régions aux réalités bien diverses. Dès lors, le constat est simple : elle ne dispose pas toujours la taille critique nécessaire pour offrir une information suffisante à l’ensemble de nos concitoyens par la seule loi du marché. C’est conscient de cette réalité qu’un service public a été mis en place dans les médias – et c’est bien son avenir que nous allons décider le 4 mars prochain.

CC0

Ainsi, l’initiative «No Billag» n’est pas un vote pour plus ou moins de libertés. Ce n’est, en réalité, rien d’autre qu’un arbitrage entre deux libertés : d’une part, celle de ne pas payer l’information qu’on ne souhaite pas consommer, et d’autre part celle, pour chaque citoyen de notre pays, quelle que soit sa langue et quel que soit son domicile, de pouvoir accéder à une information suffisante et de qualité.

S’il faut trancher entre les deux, mon choix est évident : je préfère accepter la contrainte d’un financement public et obligatoire lorsqu’il permet de garantir à chacun de s’informer et donc de pouvoir faire, en toute connaissance de cause, ses propres choix – en toute liberté.

C’est donc en libéral convaincu que, le 4 mars prochain, je glisserai un «non» résolu dans l’urne – et que je vous invite à faire de même !

Image : NASA

Notre-Dame-des-Landes : un crash politique ?

En arrivant au pouvoir, le gouvernement d’Édouard Philippe avait hérité d’un avion en détresse, volant depuis des décennies en pleine tempête et tiré dans des directions opposées par deux moteurs de puissance similaire. Mais en attendant huit mois pour agir, et en prenant une décision contraire à tous les engagements pris jusqu’alors, il a fait le choix du crash aérien plutôt que de tenter de rentrer à bon port. Et les conséquences de cette décision ne s’arrêteront certainement pas à la région de Nantes.

Peu après midi, la joie a éclaté chez les «zadistes», ces militants parfois extrêmes qui s’étaient mis en tête d’empêcher la construction d’un nouvel aéroport dans la région de Nantes. Face à leur succès, ce sont bien l’État de droit et la démocratie qui s’effritèrent.

CC Blandine Le Cain

Trois présidents différents se seront cassés les dents sur ce projet : Nicolas Sarkozy a été incapable de le faire avancer, François Hollande a même tenté, sans succès, d’évacuer la zone avant de meubler le reste de son quinquennat par des tergiversations et des reculades, et Emmanuel Macron, a finalement accepté d’enterrer le projet huit mois après son arrivée à l’Élysée.

Pourtant, lors de la campagne présidentielle de 2017, celui qui n’était à l’époque que l’ex-ministre de l’économie avait promis de mener le projet à son terme. L’argument qui prévalait dans la bouche du candidat était le résultat du référendum local de 2016, où la population de Loire-Atlantique avait majoritairement soutenu le transfert de l’aéroport en direction de Notre-Dame-des-Landes. La démocratie avait parlé, selon Emmanuel Macron ; il fallait désormais qu’elle s’applique.

CC Blandine Le Cain

Le revirement d’hier n’affaiblit donc pas seulement la parole du président jupitérien, mais, surtout, il torpille l’argument démocratique précédemment évoqué, dans un pays qui en aurait pourtant bien besoin, préférant céder à des militants qui avaient fait le choix de l’occupation et du rapport de force. Et cela, en soi, est probablement la conséquence la plus inquiétante de cette décision…

Mais le plus révélateur de cette journée était sans doute cette longue attente du discours du Premier ministre, alors que la décision avait fuite dans toute la presse. Les chaînes de télévision en continu interrogeaient tour-à-tour les opposants (euphoriques) et les partisans (dépités), tout en diffusant les images d’un podium vide dans la salle de presse de l’Élysée. L’avion s’était non seulement écrasé, mais on avait surtout l’impression qu’il était sans pilote…

© Arno Mikkor

Angela Merkel, ou comment transformer une défaite en victoire

Au soir des élections fédérales allemandes, le 24 septembre dernier, Angela Merkel paraissait défaite. Même si son parti demeurait le premier du pays dans les urnes, l’avenir de la chancelière semblait se boucher à grande vitesse. Un mois et demi après, pourtant, elle semble avoir donné à ses adversaires une leçon de politique – sans même qu’ils ne s’en aperçoivent…

CC0

Lorsque les premiers résultats tombent, la victoire annoncée d’Angela Merkel semble en demi-teinte. Son parti demeure certes le premier du pays, mais, avec seulement 33% des voix (avec son alliée bavaroise CSU), il réalise son pire résultat depuis 1949. Et pire encore, les deux alliés perdent 65 sièges au Bundestag – alors que celui-ci, paradoxalement, s’agrandit de 78 députés*. Désormais largement minoritaire, l’Union devra donc trouver des partenaires pour se maintenir au pouvoir.

Face à elle, le SPD, usé par cinq ans de coalition gouvernementale, est plus faible que jamais – à peine au-dessus de 20% des voix. Le parti annonce immédiatement qu’il refusera toute coalition pour se lancer dans une véritable politique d’opposition, espérant ainsi redresser la barre lors des élections suivantes.

© Markus Spiske CC-BY

À l’inverse, les eurosceptiques de l’AfD entrent triomphalement au Bundestag avec 94 sièges, marquant le retour de l’extrême-droite au Parlement d’un pays où ceci est loin d’être anodin. À peine moins nombreux, les libéraux du FDP retrouvent aussi le chemin de Berlin avec 80 sièges, après 5 ans d’absence.

Angela Merkel se retrouve donc débordée de toute part : à gauche, le SPD lui tourne le dos, à l’extrême-droite, l’AfD critique son manque de fermeté, tandis que sur le plan libéral, le FDP est là pour dénoncer le conservatisme de la chancelière.

Mathématiquement, après le refus du SPD, une seule possibilité s’offre à elle : tenter une coalition dite «Jamaïque» avec les Verts et les libéraux du FDP. Autrement dit, le mariage de la carpe et du lapin… Angela Merkel parait nettement affaiblie, et son départ, dans le but de satisfaire l’un ou l’autre de ses alliés est ouvertement évoqué.

 

CC0

 

Un mois et demi après, pourtant, la situation s’est, en réalité, inversée. Incapable de s’entendre sur un programme gouvernemental, les Verts et le FDP ont dû jeter l’éponge, perdant ainsi beaucoup de leur crédibilité à réellement diriger un jour l’Allemagne. Ceux qui auraient pu être des alliés difficiles semblent devenir des opposants finalement peu gênants.

Du côté du SPD, c’est exactement l’inverse qui semble se produire. Alors que le parti avait annoncé haut et fort sa décision de mener cinq ans de politique d’opposition, ses dirigeants se voient maintenant contraints d’ouvrir la porte à des négociations avec la CDU/CSU, dans le but de respecter le résultat du vote des Allemands, et éviter de nouvelles élections qui, sans doute, risqueraient de mener au même résultat. La véhémence de Martin Schulz pendant la campagne s’est effacée pour faire place à la conciliation. Ainsi, les socio-démocrates sont en passe de redevenir des alliés fidèles d’Angela Merkel, à peine capables d’influencer réellement sa politique, mais tenus à un silence consensuel.

Enfin, l’extrême-droite n’a pas eu besoin d’aide pour s’effriter. À peine 24 heures après avoir été élue députée, la co-présidente Frauke Petry claque la porte de son propre parti. Celui-ci se plonge alors dans une lutte de pouvoir interne, révélant aussi d’importante dissensions sur la ligne politique à mener.

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En moins de deux mois, Angela Merkel a donc su retourner la situation à son avantage. Subtilement et presqu’imperceptiblement, elle a fait disparaître ses opposants les plus dangereux – lorsqu’ils ne se sont pas sabordés d’eux-mêmes. Sachant exploiter le temps à son avantage, elle renforce jour après jour son avenir à la tête du pays, laissant la pression populaire et médiatique forcer ses futurs partenaires à avaler n’importe quelle couleuvre. Loin d’être affaiblie, elle vient de donner une brillante leçon de politique à ses adversaires !

 

 

* En raison du mode d’élection un peu particulier du Parlement allemand, un mixte entre proportionnelle et majoritaire, le nombre de sièges n’est pas fixe. Lors des élections de 2017, il passe de 631 à 709, le plus au niveau de son histoire.

© Vincent Arlettaz

Alea Jacta Est

Après une campagne incertaine, le peuple a finalement clairement rejeté la réforme Prévoyance Vieillesse 2020. Quelles conclusion à tirer d’un scrutin historique ? Et, surtout, comment aller de l’avant ?

Une réforme du système des retraites est toujours une épreuve difficile. Car, si le vieillissement de la population est une réalité incontestable, en faire accepter les conséquences à chacun relève probablement d’un travail herculéen. Mais le vote de ce dimanche ne saurait se résumer à ces simples prolégomènes. Les résultats du jour montrent clairement que le peuple n’est pas hostile à toute idée de réforme ; il a simplement refusé cette réforme-ci.

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L’accouchement du projet Prévoyance Vieillesse 2020 fut déjà difficile – et recèle, probablement, la majeure partie du problème. Plutôt que de tenter de réaliser un véritable consensus au Parlement, la gauche et le centre ont choisi le forcing. La loi fut approuvée de justesse au Conseil national. Et, dès le lendemain, un voix pour, celle de Denis de la Reussille, avait déjà basculé dans le camp du non…

Dès le départ, le paquet proposé au peuple était donc problématique – pas tant en raison d’une mesure ou d’une autre en particulier, mais bien par le déséquilibre de l’ensemble. Non seulement l’avenir financier des retraites n’était pas durablement garanti, mais les inégalités criantes entre générations allaient clairement à l’encontre de la cohésion au sein de la population. Espérer que les «cadeaux» offerts à la génération de transition (45-65 ans) permettrait d’obtenir suffisamment de votes favorables était bien optimiste.

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Mais alors, quel avenir pour le système des retraites ? Car, aujourd’hui, tout le monde admet qu’une réforme est non seulement nécessaire, mais qu’elle devient également urgente. Pour être crédible, la future nouvelle réforme devra permettre d’assainir réellement le système des retraites – et notamment l’AVS – en faisant porter son poids de façon équitable entre les citoyens, plutôt que d’opposer les générations les unes aux autres.

En revanche, en ce dimanche, on ne peut que regretter le passage en force de la gauche et du centre. Des concessions de part et d’autre auraient permis d’aboutir à une réforme plus équilibrée. Au vu du résultat du scrutin, celle-ci aurait eu de sérieuses chances…