Des commodités peu commodes

 

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Un hôtel-restaurant a rouvert ses portes mercredi à Lucerne. L’annonce aurait pu passer inaperçue s’il n’y avait eu un simple détail qui a résolument titillé plusieurs médias : le restaurant comptera désormais des toilettes mixtes – et ce en violation du droit cantonal imposant cabinets et lavabos séparés.
La mesure a suscité de nombreuses discussions – et des avis très tranchés sur la possibilité de cohabiter dans les mêmes commodités. Mais une question, qui me parait pourtant évidente, semble avoir été oubliée : pourquoi donc faut-il une loi réglementant les toilettes ?

En effet, chacun semble tellement camper sur sa position qu’il en oublierait presque l’essentiel : pourquoi donc vouloir imposer sa vision aux autres par la loi ? La configuration des toilettes est-elle vraiment à ce point constitutive de notre modèle de société ? Permettez-moi d’en douter.

Démontrons-le d’abord par l’absurde. Outre des toilettes séparées, on peut également considérer essentiel la fourniture de papier à triple épaisseur pour le confort de nos séants. La loi est assurément lacunaire sur ce principe vital et il conviendrait donc de la corriger. En s’éloignant un peu des lieux d’aisance, on peut aussi réfléchir à nos assiettes. Ne faudrait-il pas réglementer leur couleurs, formes et dimensions de façon précise ? Quant à leur contenu, ne vivrions-nous pas dans un monde plus simple si le droit décrivait de façon exhaustive l’ensemble des menus et recettes possibles, que les restaurateurs seraient tenus de suivre scrupuleusement ? Nous aurions ainsi la garantie de consommer un produit parfaitement identique – et donc concurrentiel – d’un restaurant à l’autre. Décidément, tant de choses manquent dans nos lois !

Pousser ce raisonnement à son terme en démontre immédiatement le ridicule. En réalité, nul besoin d’une loi aussi précise : si un restaurant ne vous plait pas, il suffit de ne pas y retourner. Cela n’empêchera pas ceux qui s’y plaisent de s’y rendre, et tout le monde en sera satisfait.
Les toilettes n’échappent évidemment pas à cette logique : si la perspective de commodités unisexes vous horripile, d’autres restaurants se feront un plaisir de vous accueillir, et vice versa.

Ce sur quoi nous devrions tirer la chasse, c’est bien cette dérive législative qui consiste à vouloir réglementer dans le détail tant de choses qu’il serait bon de laisser au libre-choix de chacun. Le droit des toilettes en est un exemple, au milieu d’une jungle abondante de normes et de dispositions légales. Le carcan qu’elles nous imposent est indigne d’une société où l’on considère que l’être humain est libre de faire ses propres choix.

Un train peut en cacher un autre

Début septembre, le groupe industriel Alstom annonçait la fermeture prochaine de son site de construction de trains de Belfort. Moins d’un mois après, le gouvernement français passait commande de quinze rames TGV – de quoi maintenir environ 400 emplois pour les deux prochaines années – permettant ainsi à Manuel Valls de se prétendre «sauveur du site de Belfort». Une bonne nouvelle ? Au contraire, c’est la démonstration de l’échec de l’interventionnisme étatique !

En réalité, le plan de sauvetage de Manuel Valls est confondant d’absurdité. Puisqu’une usine fermait… il suffisait d’y passer commande et de s’en vanter. Le site de Belfort réalise des TGV, alors on achète des TGV. Et peu importe si le seul endroit où l’État peut les utiliser est une ligne régionale où leur grande vitesse ne pourra jamais être atteinte.
Mais le ridicule coûte. Ces 15 rames TGV représentent un investissement d’environ 450 millions d’euros. Soit environ 1.1 million d’euro par poste. Lorsqu’on imagine des salariés proche du salaire moyen français, soit environ 30’000 euros par année, on peine à voir comment l’idée peut paraître bonne…

Certes, si ce n’était avec des rames TGV, l’État aurait tout de même dû acheter du matériel roulant pour remplacer des trains vieillissants. Mais le surcoût représente environ 12 millions d’euros par rame (30 millions pour un TGV contre 18 millions pour un train régional). Facture totale : 180 millions d’euros – payée, naturellement, par le contribuable.
Mais le surcoût ne s’arrêtera pas là. Les coûts opérationnels du TGV sont, également, supérieurs d’environ 30% à ceux d’un train adapté à une telle desserte. Et là, par des billets plus chers, ce seront bel et bien les utilisateurs qui, à nouveau, passeront à la caisse.

Au final, certains argumenteront que gaspiller ainsi l’argent public permettrait de conserver des emplois – dont dépendent des familles, des emplois indirects, des commerces, … Certes, mais il ne faut pas s’arrêter à la simple partie émergée de l’iceberg.
En effet, si l’État achète des TGV – totalement inadaptés à cette fonction – il n’achètera donc pas de trains régionaux pour remplir la même mission. C’est donc une autre usine qui ne verra pas une commande arriver et dont les emplois seront donc menacés. En l’occurrence, c’est le site de Reichshoffen, à 200 km de Belfort, qui voit des menaces peser sur ses 1’000 emplois.
Mais, non content de réaliser une opération industrielle et économique calamiteuse, le gouvernement viole ouvertement le droit en passant une telle commande au mépris des règles de concurrence et d’appels d’offre. Ces règles ne sont pas optionnelles ; c’est bel et bien une obligation, en Europe, pour les investissements publics d’une telle importance. Outre l’incohérence d’un gouvernement qui prétend vouloir sauver l’Union Européenne, c’est également faire courir un autre risque : celui que les autres États, en réaction, agissent de même. Et donc, passent commande auprès de leurs propres usines plutôt que dans les usines françaises – menaçant également des centaines voire des milliers d’emplois.

En outre, une telle manoeuvre politique est le symbole d’une criante injustice. Parce qu’ils sont médiatisés à huit mois de l’élection présidentielle, 400 emplois seront soutenus (temporairement) à grands flots d’argent public. Mais qu’arrivera-t-il aux autres sites menacés une fois les élections passés ? Ils seront certainement livrés à eux-mêmes…
Une injustice encore plus criante pour d’autres secteurs économiques. L’État a-t-il décidé d’acheter 500 millions de litres de lait pour soutenir les éleveurs en danger ? Non. Cruellement, les paysans concernés devront s’en sortir tout seul – tout en payant le coûteux plan de sauvetage de Belfort.

La vraie logique, la vraie justice, la vraie solution eut été de ne rien faire. Si le site de Belfort est incapable de vendre ce qu’il produit, alors peut-être lui fallait-il disparaître. Et laisser, à la place, émerger une industrie compétitive, efficace, et durablement porteuse d’emploi. Mais, en gaspillant l’argent public pour une opération médiatique, c’est bien l’innovation et la création d’emploi que Manuel Valls a détruit.

Brexit is not Boris’ exit !

Pour paraphraser le célèbre Winston, on ne peut prédire les intentions de Boris Johnson. C'est une devinette enveloppée dans un mystère à l'intérieur d'une énigme. Mais, il y a peut-être une clé ; et cette clé, c’est Churchill.¹

Tout comme votre serviteur, Boris Johnson est un grand admirateur du politicien britannique le plus marquant du XXème siècle. Ceux qui voyaient la fin de sa carrière se profiler à son renoncement d'être candidat à la succession de David Cameron ont certainement été surpris lors de sa nomination au poste de Foreign Secretary. Et se pencher davantage sur la vie de Churchill, c'est sans doute comprendre un peu mieux Boris Johnson.

Bien avant d’être un politicien influent, Winston Churchill était journaliste et correspondant de guerre – notamment à Cuba, aux Indes, au Soudan et en Afrique du Sud. Excellente plume, il vendait ses récits à prix d’or, et ceux-ci étaient publiés dans les plus grands journaux britanniques : le Daily Telegraph et le Morning Post notamment. À côté de cela, le descendant des Marlborough est également rapidement devenu auteur. Mêlant autobiographies et histoire moderne, ils constituaient une source de revenus importante pour Winston Churchill, mais aussi de notoriété et d’admiration. En 1953, il reçut même le prix Nobel de littérature pour l’ensemble de ses oeuvres.

Boris Johnson, de son côté, a commencé sa carrière comme journaliste au Times puis au Daily Telegraph, étant notamment détaché à Bruxelles auprès des institutions européennes. De retour à Londres en 1994, il demanda à devenir reporter de guerre – parallèle immanquable avec Churchill – mais son éditeur refusera. Bien après avoir quitté le journal, Boris Johnson y écrit toujours régulièrement des éditoriaux – qui lui rapporteraient officiellement plus de 250’000 livres Sterling par année ! L’ancien maire de Londres est également auteur à ses heures perdues, ayant publié plus d’une dizaine d’ouvrages – dont le dernier étant une biographie… de Winston Churchill.

Winston Churchill avait toujours été une forte tête. Fâché au sein du parti conservateur, il trahit son propre camp en 1904 pour rejoindre le parti libéral, s’attirant les foudres de ses anciens camarades. Pourtant, vingt ans plus tard, il fit précisément le chemin inverse, quittant les libéraux pour revenir sur les bancs conservateurs. Son destin allait faire de lui un homme exceptionnel…
Enfin, conscient que le gouvernement britannique fonctionne sur un mode bien plus collégial que son homologue français, par exemple, il a tout fait pour être aussi proche du pouvoir que possible. Ministre du commerce, de l’intérieur, de l’armement, de la guerre, de l’air, des colonies, de la marine et des finances, tout portefeuille était bon pour se mêler aux affaires du gouvernement – bien au-delà de ses seules responsabilités. En 1915, il accepta même brièvement le poste de chancelier du duché de Lancaster, une pure sinécure, dans le seul but de demeurer au gouvernement !

Les parallèles avec Boris Johnson sont édifiants. S’il n’a pas quitté son parti, il a bel et bien trahi son leader, le Premier ministre David Cameron, en décidant de soutenir la campagne du Brexit. Tout comme Churchill, il était certainement convaincu d’avoir raison et que la victoire suffirait, tôt ou tard, à se faire pardonner. Enfin, en acceptant le poste de Foreign Secretary, il rejoint le cabinet dans le but assuré de peser sur les destinées du Royaume-Uni. Et, qui sait, comme Churchill, d’atteindre peut-être la fonction suprême…

Ardemment critiqué et conspué, il ne peut sans doute oublier une citation de son modèle qu’il voudrait certainement faire sienne : «L’Histoire me donnera raison. Et si je le sais, c’est parce que c’est moi qui l’écrirai !»

 

¹ «I cannot forecast to you the action of Russia. It is a riddle wrapped in a mystery inside an enigma ; but perhaps there is a key. That key is Russian national interest.» – Winston Churchill, 1939, au micro de la BBC.

Sous les pavés, la violence…

Policiers ou manifestants blessés, vitrines défoncées, mobilier urbain saccagé : les manifestations récentes ont souvent été émaillées de violence. Loin d’être un phénomène isolé, c’est bien l’outil irresponsable de certaines revendications…

Le droit de manifester est une base de nos sociétés démocratiques. Il permet de rassembler ouvertement autour de ses revendications. Mais, hélas, certains semblent aujourd’hui penser que les pavés sont des arguments aussi légitimes que les mots pour appuyer leurs demandes.
Pourtant, cette logique même leur serait défavorable. Avoir recours à la violence dans une manifestation, c’est considérer que la force brute est à même de triompher. C’est donc balayer d’un revers de main l’État de droit – celui où chacun peut se prévaloir des règles – pour promulguer la loi du plus fort. À ce titre, plus besoin d’arguments, mais de pavés, de balles et de canons. La société qui en ressortirait ne serait ni juste, ni démocratique. Et rien ne garantit qu’elle serait à l’avantage des manifestants…
Aujourd’hui, chacun est libre de porter son projet devant le peuple – que ce soit par le biais d’initiative ou en se déclarant candidat pour porter ses idées dans les institutions politiques. Remplacer cette méthode par la violence, c’est d’abord un aveu de faiblesse. C’est reconnaître son incapacité à convaincre la majorité du bien-fondé de son projet et vouloir l’imposer envers et contre tout, envers et contre tous. La violence comme moyen, c’est aussi l’assassinat de la démocratie.

Et pourtant… rien n’y fait. Plus de 200’000 francs de dégâts à Zurich pour le weekend du 1er mai. À Paris, une dizaine de policiers blessés, dont un grièvement, lors de la manifestation du 28 avril. Sur les parcours, on ne compte plus les vitrines brisées, les abribus saccagés ou les bancomats détruits. Et souvent, ensuite, le couplet de «quelques casseurs isolés» profitant de la manifestation. Mais ayons le courage de reconnaître la vérité : la violence n’est plus, aujourd’hui, un acte isolé !

Il y a ceux qui cassent, qui frappent, qui lancent des pavés. Ils sont là, lâches, sous leur cagoule ou leur masque. Mais il y a ceux autour d’eux, plus nombreux, et plus lâches encore, qui les entourent, les encouragent et les soutiennent. Ceux-là même qui s’en lavent les mains immédiatement après et déclinent toute responsabilité. Pourtant, ils sont aussi responsables et aussi coupables de ces violences.
Lorsque 300 casseurs sont présents, dès le début, dans la manifestation parisienne du 28 avril et que, loin d’être repoussés, ils sont accompagnés par la foule, acclamés lors de leurs déprédations puis soutenus pour fuir les forces de l’ordre, il ne s’agit plus d’un acte isolé. Lorsque les responsables syndicalistes qui ont appelé à manifester refusent de condamner ces violences, ils cautionnent l’usage de la force comme moyen de revendication. Lorsque le parti du travail défile, à Zurich, avec une banderole où est représenté un patron en train de se faire frapper à coups de poings et de pied de biche, il n’y a pas là une indifférence, mais bien une incitation à la violence.

La violence, c’est l’arme des faibles. Ceux qui y ont recours – qu’ils en soient les auteurs directs ou les responsables indirects – piétinent la démocratie et poignardent les idéaux qu’ils prétendent servir.

«Nuit debout» : aube ou crépuscule ?

Au soir du 31 mars 2016, après une manifestation contre la «loi Travail» chère au gouvernement de Manuel Valls, quelques centaines de manifestants se dirigent vers la place de la République pour y passer la nuit. Leur but : réaliser une «convergence des luttes» en opposition au gouvernement actuel et, plus largement, au fonctionnement actuel de la France. Le mouvement «Nuit debout» était né.

Début d’un mouvement qui pourrait révolutionner la France ou simple feu de paille qui s’éteindra discrètement au bout de quelques semaines ? Seul l’avenir le dira. Mais, si le mouvement veut durer, deux conditions s’imposent à lui.

 

La première condition est inclusive. Pour représenter un réel mouvement populaire, «Nuit debout» doit rassembler bien au-delà de son terreau initial. Car si l’occupation de la place de la République est à même de générer une certaine visibilité médiatique, la participation n’en est pas moins limitée à une certaine catégorie de population. La continuité des évènements nocturnes en exclut bon nombre de travailleurs et d’étudiants qui ne pourraient pas, ensuite, enchaîner avec une journée de travail. De plus, même si la mobilisation a essaimé aux quatre coins de la France, le reproche lui est régulièrement fait de se cantonner aux beaux quartiers et de n’être qu’une «révolution de bobos», bien loin de nombreux Français.

Ainsi, les quelques militants qui ont tenté d’exporter le concept dans les quartiers nord de Marseille ont été confronté à un accueil plutôt glacial. Certains habitants n’ont pas manqué de leur rappeler qu’ils se mobilisaient eux-mêmes depuis bien longtemps dans le silence et l’oubli général. Plus encore, ils ont exprimé une réalité bien différente de celle des manifestants de «Nuit debout» : comment se sentiraient-ils concernés par une réforme du droit du travail alors qu’eux-mêmes n’ont, pour la plupart, pas de travail ?

 

La deuxième condition, elle, est exclusive. Car, dans l’euphorie qui a accompagné l’occupation régulière de la place de la République, toutes les luttes et toutes les revendications ont été exprimées. Outre l’abandon de la «loi Travail», d’aucuns ont réclamé pêle-mêle l’augmentation du salaire minimum à 1’500 euros par mois, le plafonnement des salaires, l’abrogation des loyers, l’expropriation des riches, l’adoption de l’antispécisme, la semaine de 25 heures, … Mais après avoir lancé ces idées, il convient de savoir si elles doivent être reprises ou non par l’ensemble du mouvement. Et c’est là que le bât blesse : désorganisée, la «Nuit debout» s’est montrée incapable, jusqu’ici, à mettre en place un processus démocratique en son sein.

Pourtant, c’est une condition nécessaire à son succès. Si la manifestation veut se poursuivre, elle doit être capable d’établir un noyau commun de revendications partagées par le plus grand nombre de ses membres. C’est probablement là que se trouve l’épreuve la plus difficile : permettre l’adhésion et le rassemblement du plus grand nombre derrière un véritable consensus – au risque de devoir en écarter certaines revendications et voir partir leurs auteurs – tout en préservant l’unité du mouvement.

 

«Nuit debout» pourrait bientôt fêter son premier mois d’existence, après une nouvelle journée de manifestation contre la «loi Travail» le 28 avril prochain – le 59 mars selon la tradition locale – et à la veille d’un dimanche 1er mai crucial. Pour cela, le mouvement devra démontrer sa capacité à réellement fédérer les différentes luttes. Mais personne n’ignore – et surtout pas le gouvernement – qu’une première victoire pourrait donner un coup d’accélérateur à la mobilisation…

Aux urnes, citoyens !

Le verdict du peuple a été rendu hier – mettant un terme à l’une des campagnes de votations les plus désagréables et les plus pénibles qu’il m’ait été donné de connaître. Une campagne où prendre position signifiait se voir accusé de soutenir la criminalité ou de vouloir détruire le mariage et la société. Une campagne où les arguments ne trouvaient souvent comme réponse que des insultes, des rumeurs et des menaces de mort.
La politique est souvent cruelle et douloureuse – et le résultat positif des urnes n’apporte qu’un modeste baume de réconfort. Et face à ceux qui veulent continuellement introduire la haine ou l’intolérance sur les bulletins de vote, me reviennent les mots de Churchill : «Le succès n'est pas final, l'échec n'est pas fatal, c'est le courage de continuer qui compte».

Cette campagne a aussi connu une large mobilisation populaire – bien au-delà des partis politiques. Des comités d’anonymes se sont constitués pour préserver notre État de droit. Des associations et des individus qui n’avaient jamais milité se sont levés et se sont battus pour empêcher l’arrivée d’une discrimination passéiste dans notre Constitution. Cela est, sans aucun doute, un motif de réjouissance.

Mais cette mobilisation ne doit pas disparaître dès aujourd’hui. Elle doit, au contraire, se poursuivre et se renforcer pour défendre les valeurs qui ont construit notre pays. Des valeurs de liberté, d’humanité et de tolérance !
Le vrai patriote n’est pas celui qui plante le plus de drapeaux devant sa maison ou celui qui arbore le plus de croix suisses sur les réseaux sociaux. Le vrai patriote, c’est celui qui est fidèle aux valeurs de nos ancêtres. C’est celui dont les pas résonneront avec ceux d’Henri Dunant, d’Albert Einstein ou de Jean Piaget en entrant dans l’Histoire. C’est celui qui marchera aux côtés des millions d’anonymes qui ont refusé de s’entretuer parce que leurs religions différaient, ceux qui ont ouvert leurs portes aux persécutés et tous ceux qui se sont battus pour nos libertés !

Churchill disait «Il n’est pas suffisant de faire de notre mieux ; parfois nous devons faire ce qui est nécessaire». Aujourd’hui, si nous voulons fidèles à nos valeurs, la mobilisation doit se poursuivre et se renforcer : Aux urnes, citoyens !

Un peu de justice

Pour protéger les droits de chaque individu plutôt que d’accepter le règne de la loi du plus fort, l’exercice de la justice est nécessaire à nos sociétés. Mais celui-ci parait parfois difficile, lent ou inefficace. Qu’en est-il en réalité ?

En 1982, deux chercheurs canadiens ont débuté une étude a priori insolite. Ils se sont, en effet, intéressés à la perception qu’avait l’opinion publique de la justice. Julian Roberts et Anthony Nook ont donc sélectionné un échantillon représentatif de la population et l’ont aléatoirement séparé en deux groupes. Le premier groupe a reçu quelques brèves informations sur un homicide (essentiellement celles que l’on pourrait trouver dans la presse) et a ensuite été interrogé sur la sévérité de la peine prononcée par le tribunal. Sans grande surprise, 80% des sondés ont trouvé le juge trop laxiste.

Mais le deuxième groupe, lui, avait reçu des informations bien plus complètes sur le même cas – tant sur l’événement en lui-même que sur les différents protagonistes. Leurs réponses différaient nettement : seulement 15% d’entre eux trouvaient la sanction trop clémente alors que 45% la trouvaient trop sévère !
Cette étude a été suivie de bien d’autres et leurs conclusions sont similaires : plus une personne est informée sur les éléments spécifiques d’un crime ou d’un délit et moins elle considère la peine prononcée par un juge comme trop clémente.

Plus près de chez nous, en 2004, le professeur André Kuhn et ses collègues effectuent un sondage auprès de la population suisse et des juges helvétiques. En leur présentant quatre cas théoriques dans le détail, ils constatent que, dans trois de ces cas, une nette majorité du public (60% à 80% environ) infligerait une peine moins sévère que ne le ferait un juge. Dans le quatrième cas (un viol), la conclusion est neutre puisque la moitié de la population serait plus sévère que les tribunaux, tandis que l’autre moitié serait plus clémente. De manière générale, on peut donc conclure qu’en étant pleinement informé, le public exclut un laxisme judiciaire auquel certains peuvent être tentés de croire.

En termes politiques, ces recherches démontrent une chose : les juges sont essentiels à l’administration de la justice. Décider d’une peine par automatisme, sans connaître les détails, ne peut mener au final qu’à un déni de justice. Et cela n’est évidemment pas acceptable dans notre société !

Ainsi, lorsque l’UDC propose d’exclure les juges du processus visant à décider l’exclusion du territoire d’un délinquant ou d’un criminel, il est nécessaire d’y opposer un refus catégorique. En leur donnant une marge de manoeuvre, les juges condamneront sans aucun doute les coupables à une peine juste – y compris une expulsion lorsque c’est approprié. Mais précisément, c’est en leur donnant cette nécessaire marge de manoeuvre que l’on permet à la justice de rester juste, plutôt que de se transformer en une vendetta irresponsable !

Grèce : Un an après : la fin des illusions ?

Il y a un an, jour pour jour, Alexis Tsipras était nommé Premier ministre. La Grèce – et toute l’Europe – se réveillait après un dimanche qui avait vu la gauche radicale de Syriza remporter les élections législatives. Le parti avait manqué de peu la majorité absolue au parlement mais, rapidement, un accord de coalition lui permettait d’accéder au pouvoir.

En 2015, le programme de Syriza était clair : refuser les programmes d’aides de l’Union Européenne – et, plus particulièrement, les conditions posées par ceux-ci – et mettre fin à l’austérité qui avait été mise en place après l’éclatement de la crise grecque. Des propositions qui paraissaient révolutionnaires et qui ont suscité l’adhésion de la plupart des mouvements d’extrême-gauche en Europe – notamment Podemos en Espagne et Die Linke en Allemagne. À peine arrivé à la tête du gouvernement, Alexis Tsipras nommait Yanis Varoufakis – se décrivant lui-même comme un «marxiste erratique» – au poste de ministre des finances. L’establishment européen tremblait…

Mais si les premières semaines ont été animées par les discours victorieux et les revendications attendues, la réalité a rapidement repris le dessus. Les rares propositions de Syriza ayant pu être implémentées n’ont pas permis au pays de se redresser ou d’endiguer la fuite des capitaux. Les illusions ne remboursent pas les dettes.

Et c’est là qu’Alexis Tsipras a, sans doute, commis sans plus grande faute morale. Rechignant à accepter le plan de sauvetage que lui proposait l’Union Européenne, il entame un bras de fer avec Bruxelles avant de surprendre ses partenaires en annonçant la tenue d’un référendum. N’étant pas à une vexation près, il s’entête en incitant les Grecs à rejeter le programme d’aide qui leur était soumis. Outre le caractère démocratiquement douteux d’un scrutin organisé en moins de dix jours sur un object inconnu des électeurs, le leader de Syriza ouvre en réalité une brèche énorme. Car, en réclamant que le peuple grec se prononce sur un programme économique d’une telle ampleur, il révèle en creux qu’aucun des peuples amenés à renflouer la Grèce n’a été consulté. Il fragilise ainsi violemment l’édifice européen – une fragilité qui n’est certainement pas à l’avantage de l’un de ses membres les plus faibles.

Mais la véritable faute morale apparaissait peu après le vote. À peine cette victoire symbolique engrangée, Alexis Tsipras se débarrasse de son ministre des finances devenu encombrant. Ne pouvant échapper longtemps à une situation économique désastreuse, c’est bien le leader de Syriza qui acceptera finalement un plan de sauvetage plus sévère que celui refusé par les citoyens à peine quelques jours auparavant. Et c’est bien un gouvernement d’extrême-gauche qui maintiendra les mesures d’austérité qu’il avait si violemment critiqué.

En un an à la tête de la Grèce, Alexis Tsipras a renié les fondements même du programme qui l’avait mené au pouvoir. Il est le défenseur le plus efficace des mesures d’austérité et a accepté les conditions les plus dures que ses créanciers souhaitaient lui imposer. Pire encore, il a fragilisé durablement l’Union Européenne – non sans piétiner lui-même l’expression démocratique qu’il avait rappelé. Un an après, il n’y a plus guère d’illusion à se faire sur le Premier ministre grec…

À l’ombre du FN

Fin du suspense hier soir : le Front national n’a remporté aucune région lors du deuxième tour des élections en France. Et pourtant, le parti de Marine Le Pen est loin de la défaite. En 2010, il avait convaincu à peine un électeur sur dix ; en 2015, il a triplé ce score.

Malgré les réactions politiques de l’entre-deux-tours, ce résultat n’avait pourtant rien d’inattendu. Au contraire, trois éléments expliquent la poussée du FN dans les urnes – et pouvaient prédire la poursuite de la progression de ce parti.

 

Le premier élément, et le plus visible, est évidemment la ligne politique du Front national. En tenant un discours nationaliste et isolationniste, le parti de Marine Le Pen trouve naturellement un écho dans la population d’un pays ravagé par le chômage. Plus encore, la critique permanente de l’Union Européenne – de façon parfois fort justifiée – est en phase avec une partie croissante de l’opinion publique. Le fait d’avoir été le premier parti à tenir ce discours est, naturellement, un avantage majeur.

D’autre part, les leaders du Front national ont compris (et admis) que leurs idées ne pouvaient pas plaire à l’ensemble de la population. Loin de s’y essayer, ils ont choisi de se concentrer sur les citoyens potentiellement ouverts à leur cause. Ce choix stratégique a permis un discours décomplexé – quite à froisser un électorat impossible à convaincre – qui fait indiscutablement la force du FN.

 

Mais outre le choix de la ligne politique, la tenue de celle-ci est une caractéristique fondamentale du succès du Front national. Quelle que soit la question, quelle que soit la personnalité interrogée et quelles que soient les circonstances, la réponse d’un représentant du FN sera toujours la même : préférence nationale et rejet de l’étranger. Certes, ce discours simpliste élude parfois totalement le sujet mais il apporte une solide cohérence. Prenez un électeur français au hasard et interrogez-le sur n’importe quoi ; il saura immédiatement ce que répondrait Marine Le Pen. C’est bien loin d’être le cas pour les leaders des autres partis…

 

Enfin, le troisième atout du Front national est offert par ses principaux concurrents : Républicains et Parti socialiste. Englués dans un combat des chefs à droite ou dans un conflit entre différentes tendances à gauche, ces deux partis se sont décrédibilisés progressivement auprès d’une part croissante de la population. En outre, l’étonnement systématique face aux victoires de l’extrême-droite, la promesse d’avoir compris le message et l’absence de changements par la suite leur aliènent de plus en plus d’électeurs déçus – et prêt à essayer une troisième voie.

 

Certes, le Front national a échoué aux portes des trois régions qu’il convoitait. Mais pourtant, en obtenant plus de 6,8 millions de suffrages – et plus de 350 sièges dans les conseils régionaux – le parti a encore progressé. En outre, échapper au difficile exercice du pouvoir à 18 mois de l’élection présidentielle n’est peut-être pas si douloureux pour Marine Le Pen…

Ces traditions qui ont fait notre histoire…

En politique comme en société, un seul mot peut suffire à étouffer le débat et à anéantir toute discussion : la tradition. Acculé dans ses derniers retranchements, l’orateur borné et impuissant se tourner vers elle comme un rempart. Il verra sa simple évocation comme le plus fort des arguments ; celui qui que l’on ne remet pas en question. Et ainsi, hélas, justifiera parfois la bêtise la plus crasse…

 

Ne voyez ici aucun procès d’intention. La tradition n’est pas, par nature, mauvaise. Établie au cours des décennies ou des siècles, elle n’est pas née par hasard. Souvent, elle est la construction d’une réflexion, d’un compromis, d’une nécessité de vivre-ensemble. Elle rassure car elle peut transporter la sagesse de plusieurs générations. Elle apaise car elle semble communément admise.

Ainsi, certaines me sont chères : la liberté d’opinion et de religion, qui a poussé la Suisse à accueillir les protestants fuyant les persécutions, par exemple, la tradition humanitaire, qu’Henri Dunant a su concrétiser par la création de la Croix-Rouge… Ce sont des héritages que je regarde avec fierté et admiration.

 

À l’inverse, il ne faut pas oublier que la tradition est le fruit du passé, et non du présent. Qu’elle provient d’un autre monde, et d’un autre contexte. Parfois, le passage du temps l’a si peu changée que la tradition n’est plus en phase avec la réalité moderne.

Parfois, pire encore, elle n’est que l’invention de qui l’invoque ; le fruit de l’imagination de son auteur qui croit déceler à sa vision des racines qui n’existent guère. C’est là, naturellement, que son évocation peut être la plus dangereuse.

 

Mais le plus grand problème n’est pas tant la tradition elle-même que sa récupération aveugle et parfois bornée. Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui évoquent la «tradition judéo-chrétienne» à la base de l’Europe. Mais plutôt que d’y voir l’amour de son prochain, ses tenants en abusent parfois pour justifier la fermeture de portes et des frontières face à l’autre, le réfugié, sous prétexte qu’il est musulman.

D’aucuns évoquent la «famille traditionnelle». Mais là aussi, il ne s’agit pas tant d’admirer le rôle important de l’homme et de la femme (en soutenant, par exemple, des droits égaux pour les deux) que la volonté d’exclure les familles qui différeraient : monoparentales, recomposées ou homoparentales, par exemple.

À les entendre, on pourrait croire que la Saint-Barthélémy est un héritage précieux pour notre identité ou que la soumission de la femme à l’homme dans la famille médiévale est une coutume sur laquelle devrait reposer notre avenir. En d’autres termes, certains voient la tradition comme une façon d’exacerber les différences et d’écarter ou d’exclure ceux qui divergeraient de leur construction idéale.

 

Ma vision est inverse : je me reconnais dans celui prône la liberté d’expression quelle que soit son origine, je me reconnais dans le peuple qui vote où qu’il soit dans le monde, je me reconnais dans celui qui prête secours aux victimes quelle que soit sa religion ou sa couleur de peau. Je refuse les traditions qui enferment et qui séparent ; j’aime celles qui libèrent et qui rassemblent. Ce sont elles qui ont fait notre histoire !