À l’ombre du FN

Fin du suspense hier soir : le Front national n’a remporté aucune région lors du deuxième tour des élections en France. Et pourtant, le parti de Marine Le Pen est loin de la défaite. En 2010, il avait convaincu à peine un électeur sur dix ; en 2015, il a triplé ce score.

Malgré les réactions politiques de l’entre-deux-tours, ce résultat n’avait pourtant rien d’inattendu. Au contraire, trois éléments expliquent la poussée du FN dans les urnes – et pouvaient prédire la poursuite de la progression de ce parti.

 

Le premier élément, et le plus visible, est évidemment la ligne politique du Front national. En tenant un discours nationaliste et isolationniste, le parti de Marine Le Pen trouve naturellement un écho dans la population d’un pays ravagé par le chômage. Plus encore, la critique permanente de l’Union Européenne – de façon parfois fort justifiée – est en phase avec une partie croissante de l’opinion publique. Le fait d’avoir été le premier parti à tenir ce discours est, naturellement, un avantage majeur.

D’autre part, les leaders du Front national ont compris (et admis) que leurs idées ne pouvaient pas plaire à l’ensemble de la population. Loin de s’y essayer, ils ont choisi de se concentrer sur les citoyens potentiellement ouverts à leur cause. Ce choix stratégique a permis un discours décomplexé – quite à froisser un électorat impossible à convaincre – qui fait indiscutablement la force du FN.

 

Mais outre le choix de la ligne politique, la tenue de celle-ci est une caractéristique fondamentale du succès du Front national. Quelle que soit la question, quelle que soit la personnalité interrogée et quelles que soient les circonstances, la réponse d’un représentant du FN sera toujours la même : préférence nationale et rejet de l’étranger. Certes, ce discours simpliste élude parfois totalement le sujet mais il apporte une solide cohérence. Prenez un électeur français au hasard et interrogez-le sur n’importe quoi ; il saura immédiatement ce que répondrait Marine Le Pen. C’est bien loin d’être le cas pour les leaders des autres partis…

 

Enfin, le troisième atout du Front national est offert par ses principaux concurrents : Républicains et Parti socialiste. Englués dans un combat des chefs à droite ou dans un conflit entre différentes tendances à gauche, ces deux partis se sont décrédibilisés progressivement auprès d’une part croissante de la population. En outre, l’étonnement systématique face aux victoires de l’extrême-droite, la promesse d’avoir compris le message et l’absence de changements par la suite leur aliènent de plus en plus d’électeurs déçus – et prêt à essayer une troisième voie.

 

Certes, le Front national a échoué aux portes des trois régions qu’il convoitait. Mais pourtant, en obtenant plus de 6,8 millions de suffrages – et plus de 350 sièges dans les conseils régionaux – le parti a encore progressé. En outre, échapper au difficile exercice du pouvoir à 18 mois de l’élection présidentielle n’est peut-être pas si douloureux pour Marine Le Pen…

Vincent Arlettaz

Vincent Arlettaz

Vincent Arlettaz a étudié à Lausanne et Saint-Gall, ainsi qu'à la Richard Ivey School of Business au Canada. Détenteur d'un Master en Finance HEC de Lausanne, il est aujourd'hui économiste, mais aussi délégué du PLR et membre fondateur du Cercle des Libertés.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *