Pauvreté en Suisse, aide sociale, crise du logement : et la Constitution, bordel ?

On l’oublie, mais la pauvreté n’est pas nouvelle en Suisse. Tout au long de son histoire – qu’on la fasse remonter à la création de l’État fédéral de 1848, ou qu’on place la date bien avant – ce pays a toujours eu une couche de population pauvre, miséreuse même, comme en témoignent, dès la fin du XIXe , de très nombreuses photographies prises sur l’ensemble du territoire.

Mme Roland, dans son Voyage en Suisse en 1787, note ceci, à propos de la mendicité dans le canton de Berne :  « Nous fûmes assaillis sur notre route par des enfants qui nous offraient des bouquets de fraises, de cerises et de fleurs ; quelque douce que soit cette manière d’intéresser, et de solliciter de légers dons, cependant j’étais attristée de l’idée de misère qu’elle venait éveiller : j’ai appris que cette coutume des enfants envers les étrangers, assez générale dans le canton de Berne, n’était pas l’effet du besoin, mais seulement d’une mauvaise habitude, et sans doute d’un relâchement dans les mœurs dont le gouvernement devrait maintenir l’austérité. »

On remarquera, au passage, la manière, inchangée à ce jour, dont les autorités  nient le problème, qu’elles mettent – déjà – sur le compte d’une malhonnêteté foncière de la part de ceux qui demandent de l’aide.

Vous me direz, comme si ça excusait et justifiait tout, que la pauvreté existe partout, et que, dans un pays riche comme le nôtre, le pauvre vit dans de meilleures conditions qu’ailleurs.

Dans mon expérience, c’est loin d’être vrai, et je ne pense pas nécessairement à la Scandinavie ni aux Pays-Bas. Le Canada et l’Australie sont connus pour leur  accueil des immigrants, pour leur investissement dans l’éducation, équitable pour tous – combien de pourcentage d’étudiants de classes modestes dans nos Universités ? – et pour leur système social généreux, aide au logement comprise.

On sait moins que la Colombie, par exemple, propose depuis longtemps des programmes d’accès à la propriété pour les familles modestes ou que l’Espagne et Chypre ont un système de santé gratuit et universel sur le modèle de la sécurité sociale française, cette derniere incluant en plus les frais dentaires de base.

LA SUISSE DÉTESTE SES PAUVRES

Il me semble qu’en Suisse, le problème est en partie lié à quelque chose de fondamentalement culturel – un puissant Surmoi, diagnostiquerait Freud – dans la manière de percevoir, de considérer et de traiter les pauvres, toutes ces femmes et ces hommes qui, pour la plupart, se battent pour s’en sortir et qui, toute leur existence, pour une raison ou pour une autre, doivent se contenter de survivre dans des conditions matérielles perpétuellement stressantes.

Qu’on touche ou non une aide sociale ou un chômage octroyés de toute façon avec parcimonie et circonspection – le pauvre est forcément un profiteur, il ne faudrait pas l’habituer à recevoir de l’argent sans l’avoir mérité –, on est dès le départ soupçonné de tricherie, d’incapacité, d’incurie, on est culpabilisé, on devient un citoyen de seconde zone à qui on fait constamment la morale sur la façon dont on devrait mener sa vie si on était une personne normale, c’est à dire pas pauvre.

D’ailleurs si on est pauvre, c’est qu’on n’aime pas travailler ou qu’on ne travaille pas assez, qu’on a une mentalité d’assisté, et un long etcétéra de clichés vieux comme Calvin qui mettent pauvreté et péché dans le même sac.

LE FICHAGE, UNE MALADIE NATIONALE

J’écris ça en pensant en particulier à la « Modification de la loi fédérale sur la partie générale du droit des assurances sociales (LGPA) » qui a été acceptée par le peuple suisse en novembre 2018.

Cette modification permet légalement aux assurances sociales, à la police, au Ministère public et au Service de renseignement d’espionner les pauvres dans la rue et chez eux via les vidéocaméras, les drones, « les enregistrement visuels et sonores au moyen de microphones directionnels, de dispositif de visée nocturne, d’écoutes clandestines, etc. » (sic), sans compter le piratage du GPS ou de l’ordinateur personnel de l’assuré, ou l’ouverture de son courrier postal ou électronique.

Notez qu’en ce qui concerne l’État, c’est une manière d’officialiser et de légaliser un espionnage qui, dans le privé, existe déjà, et depuis de très nombreuses années, même, comme le révèle un article du Temps daté du 11 janvier 2019 (Ficher les mauvais payeurs? Rien de plus simple en Suisse).

On y apprend, si on ne le savait pas, que le Big Data ne date pas d’hier et qu’il existe des bases de données  d’entreprises privées – CRIF, Creditreform, Intrum Justitia, Bisnode… – qui font leur argent en mettant à disposition de l’État ou d’organismes commerciaux des portraits économiques très précis sur chacun de nous en croisant toutes les informations disponibles, qu’elles soient libres d’accès (feuilles d’avis officielles, registres du commerce) ou censées être protégées et confidentielles (factures de cartes de crédit, rappels, commandements de payer, poursuites, actes de défauts de biens).

Si ça vous rappelle un certain scandale pas si lointain où un 10% de la population  suisse était dûment fiché pour de prétendues raisons de défense nationale, ce n’est pas fortuit, le pauvre, qu’il soit suisse ou étranger, comptant, c’est bien connu, parmi les ennemis nationaux les plus dangereux (ce n’est plus le Russe, devenu aujourd’hui un bon client qui vient dépenser son argent chez nous, en particulier dans l’immobilier de luxe).

PAS D’ARGENT, PAS DE LOGEMENT

Inutile de dire que ces informations ont une incidence directe sur tous les individus  modestes qui ont le malheur d’être fichés pour une raison ou pour une autre, en particulier en ce qui concerne ce besoin de base qu’est un logement décent avec un loyer abordable.

Et s’il est un facteur socioculturel spécifique à la Suisse pour près de 70% de la population, c’est bien le fait d’être obligé de vivre toute son existence en tant que locataire, d’être à la merci de gérances qui font leur propre loi, et de n’avoir que très difficilement accès à la propriété, à part dans de rares cantons comme le Valais, le Tessin ou les Grisons.

En Suisse, si on calcule bien, ça fait près de cinquante ans – ça remonte au moins à la crise du pétrole de 1973 – qu’un besoin aussi fondamental que celui d’avoir un logement accessible financièrement reste un problème pour une majorité de la population, un problème aussi chronique que les hausses continues des primes d’assurances maladie.

Vu la constante augmentation des loyers, la spéculation immobilière effrénée dans la construction d’appartements de luxe sur l’ensemble du territoire, y compris dans de rares poches encore accessibles financièrement mais qui ne perdent rien pour attendre et qu’on arrive presque à faire passer pour des Caraïbes potentielles – à la Vallée de Joux, les illustrations d’une campagne de vente d’appartements de luxe feraient presque croirequ’on y vit comme à Cancún… –, une majorité de Suisses tirent le diable par la queue et le loyer est un facteur-clé de cet appauvrissement.

LES GÉRANCES OU LES SERFS FACE À L’ARROGANCE DU SEIGNEUR

Étant donné la pénurie générale d’appartements à louer, et la pénurie encore plus forte d’appartements à loyers modérés, y compris dans la catégorie des appartements subventionnés par l’État, certaines gérances, à part la création plus ou moins officielle de « Clubs coupe-files » – on paie une somme pour avancer plus vite sur une très longue liste d’attente – vont jusqu’à suggérer fortement aux candidats des lettres de motivation aussi enthousiastes que celles qu’on envoie aux entreprises pour un emploi qu’on aimerait obtenir.

Parce qu’on n’a pas le choix, on se retrouve à rédiger des choses du style « Madame, Monsieur, mon mari, mes deux enfants et moi-même serions très intéressés par le magnifique studio borgne de 15m2 au 8e étage sans ascenseur que vous mettez à disposition sur vos listes pour le prix de Frs 1200.- sans les charges, stratégiquement situé à environ 15 km de notre lieu de travail, mal desservi par les transports publics et qui ferait notre bonheur absolu ». J’exagère à peine.

Cette arrogance ne s’arrête pas là, puisqu’en position de force, ces même gérances haussent systématiquement (et quel que soit leur état) les loyers des appartements à chaque nouveau locataire et n’appliquent jamais spontanément les baisses de loyer liées aux baisses des taux d’intérêts.

Certaines gérances, en toute impunité, se permettent par ailleurs toutes les interprétations et toutes les entorses possibles au Code des Obligations, sachant qu’une majorité de locataires modestes et en position de faiblesse, n’a pas les moyens financiers de contester une décision – la justice coûte cher, nous ne sommes pas tous égaux devant la loi, surtout quand il faut se défendre… –, et ne va pas oser réclamer quoi que ce soit de peur de se retrouver sur une liste noire qui lui rendra la recherche d’un appartement encore plus difficile qu’elle ne l’est déjà.

Cette liste noire, les gérances jurent qu’elle n’existe pas, que c’est un pur fantasme. Par exemple, dans un récent article du 4 février 2019, toujours dans Le Temps (Le droit du bail, objet de discorde), un directeur de gérance déclarait sans rire : « Parler de liste noire est absurde, un simple système de gestion offre une traçabilité sur les dégâts et les contentieux. »

J’aime beaucoup « traçabilité ».

LES DETTES, UN STIGMATE À VIE

Cette « traçabilité » est aussi vérifiable sur le très officiel Certificat de l’Office des Poursuites, que les gérances exigent, dont elles se chargeaient autrefois à leur frais et qui est aujourd’hui à la charge du locataire potentiel.

Il vaut dans les Frs 20.- et n’a qu’une validité de trois mois, après lesquels il faut le renouveler. Je vous laisse calculer les frais à long terme en cas de recherche désespérée de logement.

Sur le mien, par exemple, l’Office des Poursuites du District de Lausanne atteste que  (je souligne les passages les plus marquants) « la personne désignée (…) ne fait pas et n’a pas fait l’objet de poursuite. Elle n’est pas et n’a pas été sous le coup d’acte de défauts de bien »

En gros, on peut demander : « Est-ce que cette personne a des dettes ? » et la réponse sera oui ou non. On peut compléter la question par : « Est-ce que cette personne a eu des dettes ?». Si la réponse est oui, et même si ça fait trente ans qu’elle est remboursée, vous êtes fichés quand même.

En somme, en Suisse, dès que vous apparaissez négativement dans le système, à cause d’un divorce, d’un décès, d’une maladie ou de n’importe quel autre aléa de la vie, c’est une tache pour ainsi dire indélébile qui ressemble beaucoup au concept de « prédestination » sélective chère à Calvin.

LA PAUVRETÉ, UNE QUESTION DE MOTS ?

Dans un autre article du Temps en date du 10 avril 2018 (La Suisse compte plus de 600 000 pauvres, et la tendance est à la hausse), on signalait  qu’en 2016, selon les derniers chiffres mis à disposition par l’Office fédéral de la statistique, on estimait à 7,5% le nombre de Suisses pauvres, c’est à dire environ  460 000 personnes, auxquels il faut ajouter quelques 140 000 ‘working poors’, euphémisme anglosaxon peu transparent et bien pratique qui regroupe tous ceux qui, toute leur vie, tirent le diable par la  queue sans aucun espoir d’amélioration.

En clair, la seule différence entre un ‘working poor’ et un pauvre tout court, c’est que le pauvre peut toucher une aide sociale – qui rappelons-le est un droit et non une charité – et que cette nuance entre pauvre et ‘working poor’ est basée sur la définition administrative et officielle très précise du seuil de pauvreté en Suisse, un barème mis au point, selon le même article, par la Conférence suisse des institutions d’action sociale (CSIAS) : Frs 2247.- par mois pour une personne seule et Frs 3981.- (ce franc fait toute la différence) pour un couple avec deux enfants.

Ces chiffres arbitraires de Frs 2247.- et de Frs 3981.- par mois, c’est ce qui est considéré officiellement comme le ‘minimum vital’ avec lequel on est censé pouvoir survivre en Suisse et qui détermine si on a droit ou non à une aide sociale.

Pourquoi Frs 2247.- et Frs 3981.- ? Est-ce que c’est une moyenne calculée arbitrairement en combinant la valeur du panier opulent de la ménagère zurichoise, avec celui plus modeste de la Tessinoise et celui, intermédiaire, de la Vaudoise ? Mystère. En tout les cas, c’est largement en-dessous du coût réel de la vie, toutes régions confondues.

De toute façon, qu’on soit en dessous ou juste en dessus de ces sommes, qu’on touche ou non une aide sociale, ça fait quand même plus de 600 000 pauvres, soit presque la population de la première ville de Suisse, Zurich sans ses banlieues, dans un pays qui se vante d’être le plus riche du monde…

LA VIE EN SUISSE AVEC FRS 2247.-

C’est à partir de ce minimum vital de Frs 2247.- par personne qu’on est censé pouvoir se débrouiller sans aide, par exemple pour trouver un appartement dans une situation d’éternelle crise du logement.

Le terme de « crise » est d’ailleurs inadéquat : à partir d’une certaine durée, ce n’est plus une crise, c’est une donnée stable.

Aujourd’hui, dans les villes, quelque chose comme une simple chambre sans salle de bain individuelle ni cuisine, se deale au minimum à Frs 800.- par mois. Pour un appartement, il faut s’attendre à un loyer qui, pour la plupart des gens modestes, est devenu exorbitant et doit avoisiner les 50% du salaire, loin des 30% censés être supportables. Si on part à la campagne, c’est légèrement moins cher, mais c’est largement compensé par le prix des billets de trains.

C’est sur ce même minimum vital qu’on est aussi censé pouvoir payer sa facture d’assurance maladie obligatoire qui, selon les cantons, atteint facilement les Frs 500.- par mois et encore, avec une franchise minimale qu’on menace d’augmenter bientôt et qu’il faut payer de sa poche au moindre traitement.

Un ‘working poor’, pour économiser sur sa note, est forcé d’opter pour une franchise pouvant aller jusqu’à Frs 2000.- – à peu près le montant du minimum vital – et, souvent, préfère ne pas se faire soigner de peur d’avoir à débourser ces Frs 2000.- qu’il faut bien trouver quelque part en cas de coup dur, avec le risque de s’endetter et de passer dans la catégorie des non-solvables et tout ce que ça implique de déchéance sociale.

Il est bien entendu qu’avec un budget pareil, les soins dentaires sont hors de question…

ON DEMANDE DES STATISTIQUES UTILES

Rappelons aussi que les statistiques officielles concernent les pauvres déclarés, et on sait bien qu’en Suisse, par ignorance, par honte, par angoisse d’être fichés à vie, beaucoup de gens en situation précaire échappent au système et ne sont pas comptabilisés officiellement.

C’est pourquoi on aimerait bien disposer de statistiques officielles plus précises sur la situation générale, et notamment connaitre de manière globale et détaillée le pourcentage et le nombre total de personnes en Suisse, qui, au niveau fédéral, cantonal et communal, toutes régions confondues, touchent, à un degré ou à un autre, une aide de l’État.

Hormis le chômage – qui n’est pas une aide sociale mais une assurance dont les cotisations sont payées chaque mois par tous les salariés et dont on reçoit les compensations en cas de perte d’emploi – ces aides se déclinent en subsides pour le logement ou pour l’assurance-maladie, assistance sociale, revenu mensuel d’insertion, logements subventionnés ou encore prestations complémentaires à cause d’une retraite minimale.

Selon le pourcentage total de gens assistés par rapport à l’ensemble de la population, il y aurait à réfléchir sur le sens d’un système politique et économique qui préfère subventionner une grande partie de sa population plutôt que de demander des comptes aux florissantes entités privées (assurances, gérances, entreprises immobilières en particulier) qui sont à l’origine du problème et qui, souvent, réclament systématiquement moins d’État tout en trouvant normal que l’État prenne en charge tous les dégats collatéraux qui leur permettent de faire de juteux bénéfices.

À QUOI SERT VRAIMENT L’ASLOCA ?

Dans ce domaine, une institution comme l’Association Suisse des Locataires (ASLOCA) aurait un rôle primordial à jouer, dont les activités de lobbying à un niveau national pourraient être plus utiles et un peu mieux ciblées qu’une énième initiative visant à améliorer le sort du locataire et vouée à l’échec, par exemple celle d’octobre 2018, évidemment rejetée sans états d’âme par la commission chargée de son examen préalable.

On se demande quelquefois – malgré les grandes déclarations de son président, Carlo Sommaruga, socialiste de longue date et Conseiller national depuis 2003 – si ces initiatives pour un logement abordable qui n’aboutissent jamais ne sont pas juste un prétexte publicitaire, une manière de se profiler politiquement sans trop se mouiller non plus pour ne pas braquer certains milieux économiques qui décident de tout, y compris de quel parti a le droit de siéger au Conseil Fédéral.

Car fait-elle totalement son travail, cette ASLOCA ? C’est sûr, en échange d’une cotisation annuelle ses membres peuvent consulter – sans garantie de succès – des avocats-juristes au sujet des articles de lois du Code des Obligations dans le cas d’un litige avec une gérance ou peuvent encore s’inspirer de ses conseils sur la procédure à utiliser pour obtenir une baisse de loyer liée à la baisse des taux d’intérêts.

POUR UNE NOUVELLE ASLOCA

Mais on aimerait, par exemple, qu’à chaque illégalité commise, l’ASLOCA fasse du bruit dans tous les médias – des médias qui ne font d’ailleurs par leur travail dans ce domaine, en particulier dans le social, malgré tout le blabla sur la préférence donnée à l’info de proximité – et qu’elle emploie, toujours en tant qu’institution, ses juristes-avocats pour porter l’affaire devant les tribunaux, intenter systématiquement des procès aux gérances qui ne respectent pas la loi, et mettre fin à une impunité qui dure depuis trop longtemps.

On verrait bien l’ASLOCA déposer une initiative visant à obliger les gérances à convertir en appartements une majorité de bureaux vides depuis des années, dont beaucoup étaient de toute façon des appartements à l’origine, en particulier dans les centres villes.

On aimerait aussi que l’ASLOCA, dans ses activités de lobbying, dépose une initiative nationale visant à exiger la protection et le respect de la sphère privée contre l’emploi abusif des données récoltées sur les locataires.

De même, on aimerait bien que l’ASLOCA, en tant qu’institution d’obédience socialiste, promeuve une vraie égalité des chances de chaque candidature de locataire face aux gérances, par exemple en proposant une initiative pour que les demandes de logement se déposent uniquement via un formulaire unique et sans autre paperasse, sur le modèle des CV anonymes qui mettent toutes les candidatures sur le même pied, afin de faire cesser les exigences arbitraires et multiples actuellement en cours, source d’abus et de ségrégations de toutes sortes, qu’elles soient économiques ou raciales.

Enfin, depuis le nombre d’années que dure cette situation, on se demande bien pourquoi l’ASLOCA, et le Parti Socialiste dans la foulée, qui tous deux ne manquent pourtant ni d’avocats, ni de juristes, ni de politiciens en mal de programme électoral, n’ont pas songé à déposer une plainte collective et à attaquer légalement la Confédération et les Cantons pour non-respect et non-application de la Constitution, qui est à la base de notre État de droit ?

ET LA CONSTITUTION, BORDEL ?

 Car elle est fondamentalement anticonstitutionnelle, par exemple, cette « Modification de la loi fédérale sur la partie générale du droit des assurances sociales (LGPA) » qui a été acceptée par le peuple suisse en novembre 2018 et qui permet d’espionner les assurés sociaux qui, justement, sont en nombre exponentiel, vu la difficulté pour se loger, le prix du logement et les coûts de l’assurance maladie, entre autres.

(Je mets en gras les passages qui me semblent cruciaux)

Au Chapitre 1 de la Constitution, dans la partie intitulée « Droits fondamentaux », l’article 13 (« Protection de la sphère privée ») stipule que :

  1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile, de sa correspondance et des relations qu’elle établit par la poste et les télécommunications.
  2. Toute personne a le droit d’être protégée contre l’emploi abusif des données qui la concernent. »

En ce qui concerne la lutte contre la pauvreté, la Constitution, dans ces mêmes « Droits fondamentaux », du Chapitre I l’article 12 (« Droit d’obtenir de l’aide dans des situations de détresse »)  est aussi très claire sur le droit à l’aide sociale :

« Quiconque est dans une situation de détresse et n’est pas en mesure de subvenir à son entretien a le droit d’être aidé et assisté et de recevoir les moyens indispensables pour mener une existence conforme à la dignité humaine. »

De même, en ce qui concerne le logement et les assurances maladie, la Constitution, à l’article 41 de son Chapitre III (« Buts sociaux ») est très claire :

1 La Confédération et les cantons s’engagent, en complément de la responsabilité individuelle et de l’initiative privée, à ce que:

a) toute personne bénéficie de la sécurité sociale;

b) toute personne bénéficie des soins nécessaires à sa santé;

c) les familles en tant que communautés d’adultes et d’enfants soient protégées et encouragées;

d) toute personne capable de travailler puisse assurer son entretien par un travail

qu’elle exerce dans des conditions équitables;

e) toute personne en quête d’un logement puisse trouver, pour elle-même et sa famille, un logement approprié à des conditions supportables;

f) les enfants et les jeunes, ainsi que les personnes en âge de travailler puissent bénéficier d’une formation initiale et d’une formation continue correspondant à leurs aptitudes;

g) les enfants et les jeunes soient encouragés à devenir des personnes indépendantes et socialement responsables et soient soutenus dans leur intégration sociale, culturelle et politique.

2. La Confédération et les cantons s’engagent à ce que toute personne soit assurée contre les conséquences économiques de l’âge, de l’invalidité, de la maladie, de l’accident, du chômage, de la maternité, de la condition d’orphelin et du veuvage.

3. Ils s’engagent en faveur des buts sociaux dans le cadre dValaise leurs compétences constitutionnelles et des moyens disponibles.

4. Aucun droit subjectif à des prestations de l’Etat ne peut être déduit directement des buts sociaux.

 

Au final, qui sont ceux qui profitent et qui abusent du système ? Pas les pauvres, à mon avis.

 

Photo de couverture d’un ouvrage de Marie-France Vouilloz Burnier sur l’évolution de la santé en Valais entre 1815 et 2015
Sergio Belluz

Sergio Belluz

Sergio Belluz est l'auteur de 'CH La Suisse en kit - Suissidez-vous !' (Xenia, 2012) et de 'Les Fables de la Fredaine' (Irida, 2016). Chanteur et comédien, il crée des spectacles mêlant musique et littérature. Il est collaborateur de la Bibliothèque Sonore Romande. Photo: Wollodja Jentsch, 2014.

41 réponses à “Pauvreté en Suisse, aide sociale, crise du logement : et la Constitution, bordel ?

  1. Si vous me permettez une remarque, c’est un peu long.

    Ceci dit vous avez raison, j’ai vécu au pied du Gibloux (Fribourg) et un vieux Sâge, hélas aujourd’hui disparu, me contait sa jeunesse difficile, mourant de faim, donc c’était il n’y a pas si longtemps.

    Mais si le monde continue comme ça, nous allons bientôt tous mourir de faim!

  2. Je rejoins dans son ensemble vos avis sur le sujet, et constate à quel point nous sommes loin d’avoir la volonté de mettre en œuvre ou de réclamer le respect des articles cités de la Constitution.
    Plus complexe est à mon avis la définition du « pauvre », que je ne donnerais pas en seul rapport de ce qu’il possède, ou de son revenu. On peut être pauvre pour sa faculté extraordinaire de perdre, et c’est peut-être là que la notion d’abus (mauvais usage) du système pourrait s’élargir, en dehors d’une petite minorité qui s’offre délibérément un surplus en touchant l’aide financière sociale. Entre la personne qui devient malade d’être pauvre, et celle qui devient pauvre parce que malade, l’aide sociale est parfois (souvent diront certains) un pansement qui tombe d’une blessure qui ne guérit pas. Et votre remarque portant sur le « mérite » en rapport du « profiteur » est à propos. Je suis d’avis que le pauvre ne profite de rien, simplement parce que sa vie n’est pas enviable et que personne ne voudrait connaître ce prétendu profit. Le pauvre perd facilement ce qu’il a entre les mains, ne sait pas dépenser pour obtenir, perd pour oublier. L’homme « normal » qui lui demande d’être comme tout le monde s’agace de voir ce pauvre jouer au Tribolo : « S’il peut se permettre de perdre si bêtement son argent, c’est qu’il en a encore trop ! » Ou : « On aide les imbéciles… »
    Est-ce qu’on aide ces pauvres à devenir « comme tout le monde ?.. » Non, on les aide à contrecœur, on ne voudrait pas être comme eux, et c’est tout.
    Il y a des pays où on naît pauvre et où on le reste, en Suisse on le devient bien après sa naissance. Pourquoi ? Comment ? Comment aurait-on pu aider à temps ? Des questions que l’on me dira bêtes, mais il faut croire que les intelligentes réponses ne débordent pas du vase de l’évidence. Peut-être parce que tout le monde s’en fout et que c’est bien normal.
     

    1. Merci Dominic pour votre contribution, très juste à propos des jugements de valeur liés à une incompréhension mutuelle elle-même fortement conditionnée par une situation matérielle qui a forcément un impact sur la façon d’envisager la vie et sur les choix qu’on fait.

  3. Voyez ami Sergio, je pensais à vous.
    la pauvreté, c’est l’écologie ou sans écologie, les pauvres le seront toujours plus.

    Alors, ce n’est pas la microscopique suisse qui va changer le monde, mais elle peut faire bcp, car elle est beaucoup plus grande que par sa taille et elle peut jouer un grand rôle pour l’éthique du monde.

    Mais la Suisse a perdu, à peu près, toutes ses valeurs (et on ne parle pas des autistes UDC) mais autant PLR que PS sont à peu près tarés, alors le feu au vert, c’est bon et frais 🙂

    1. Un peu comme Tornare, qui se paie des repas en Provence aux frais de la princesse genevoise et qui va donner des leçons de démocracie en France et demander une instruction au parlement sur les 40 pensions versées à des nazis suisses… hahaha.

      Au moins Maudet, il a fait des choses!!!!

    2. Vous êtes une sorte de Gilets Jaunes. C’est tout ni ni sans noter une fois tous les efforts faits pour dépanner et sauver ceux en panne de travail et de gain. N’oublions que la Suisse a comme slogan Un pour tous et Tous pour un. Les avantages que s’accordent les Cantons riches non aucun sens dans un petit pays comme la Suisse.
      La majorité des Suisses ne veut pas d’amélioration. Et les ambassadeurs du changement sont rabroués.

    1. C’est un peu plus subtil que ça: je demande surtout que pour plus d’équité on applique simplement notre Constitution, qui est à la base de notre démocratie, un État de droit jusqu’à nouvel ordre. Sinon à quoi sert la Constitution ?

  4. Il doit choquer votre article, tant il peut paraitre excessivement engagé, alors qu’en fait il ne fait que dépeindre une réalité bien trop criante dans justement le pays qui se dit le plus riche du monde.
    En novembre j’était à Madagascar, qui est actuellement le quatrième pays le plus pauvre du monde ou 75% de la population vit avec moins de 1.9$ par jour. Bien que les gens aient autant de connaissance sur la Suisse que nous en avons sur Mada, ils étaient en admiration. Ils nous voient comme un eldorado. Quand je leur expliquais que 600’000 de nos citoyens vivaient en dessous du seuil de pauvreté, que c’était des gens qui avaient du mal à se loger, à se nourrir ou même à se soigner, ils riaient, pensant que je blaguais. Puis, voyant que ce n’était pas le cas, ils me demandaient comment on pouvait laisser faire ça en Suisse. Il est intéressant de constater que cette situation choque les malgaches, mais pas les suisses.

    Nous sommes dans un pays ou la stigmatisation est devenu un sport national. Soyez en bonne santé, beau, jeune et riche ou sinon ne vous montrez pas. Pourquoi quand je me balade à Bienne je ne vois jamais de personne en chaise roulante ? pourquoi n’y en a-t-il pas dans le bus, dans les trains ? alors que sur les 6 ans que j’ai vécu à Lille, dans le nord de la France, il ne s’est jamais passé un jour sans que je voie une dizaine de personne en chaise roulante dans les transports publics.
    Triste est de constater que si vous êtes pauvre, vous passer dans une certaine zone grise, de sous-citoyen, et que si en plus de cela vous êtes estropié ou pire, bipolaire à ce moment, il vous est demandé de mourir en silence.

    Votre article est génial ! continuez ! peut-être qu’un jour on se réveillera.

  5. Votre article est un peu long, c’est vrai, mais il a le mérite d’énumérer ce qui ne va pas dans ce pays.
    L’Asloca et son parti politique bobo de référence le PSS ont des interventions d’une inefficacite redoutable. Je n’insisterai pas sur l’UDC, toujours hors sujet. Pour les autres partis, on attend des solutions politiques concrètes a l’usage d’une population, selon la constitution, et non pas adaptée à un clientélisme devenu abscon.
    Le temps n’est il pas venu d’une remise à niveau urgente des logiciels politiques.

    1. Merci ‘Delaplanète’ pour votre intervention, effectivement il y aurait un gros ‘upgrade’ à faire chez les politiciens. On s’étonne ensuite que les votes virent à l’extrême droite, qui sait parfaitement manipuler cette déception de l’électorat pauvre envers les partis de gauche. Et pourtant, on le sait bien, si l’extrême-droite était majoritaire, les pauvres seraient encore plus pauvres…

  6. Tout est pourtant écrit : “Aucun droit subjectif à des prestations de l’Etat ne peut être déduit directement des buts sociaux.”

    La force de la Suisse réside dans le fait que nous n’encourageons pas l’assistanat (du moins les cantons responsables; c’est-à-dire sauf Genève et Neuchâtel) et responsabilisons ceux qui demandent la charité publique alors qu’ils sont en état de travailler.

    J’encourage d’ailleurs tous les cantons à exiger des bénéficiaires de l’aide sociale à veiller à ce qu’ils se lèvent le matin et à choix:
    – se forment;
    – travaillent dans des tâches ingrates au profit de la collectivité (laver des derrières de personnes âgées, surveiller les passages piéton sur les trajets scolaires, ramasser les seringues usagées sur les places publiques, nettoyer les vomis à côtés des bars en fin de semaine, etc.)

    Vous voulez lutter contre la pauvreté ? simple, il ne faut pas parachuter à grands frais du poisson sur ceux qui ont choisi de ne plus se lever le matin mais leur apprendre à pêcher et supprimer toute incitation à l’oisiveté. Il y a du travail en Suisse, pour tous.

    Et vous aurez bien noté, je ne parle pas des assurances (chômage, AI, AVS, etc.), légitimes car tout le monde peut chuter à un moment et cotisent pour ces risques, mais de ceux qui osent demander l’aide sociale alors qu’ils sont en mesure de travailler.

    L’exemple que je connais le plus choquant:
    Monsieur et Madame sont à l’aide sociale depuis des années et … la ville de Genève leur paie la crèche des enfants TOUTE la semaine.

    1. Merci pour votre contribution au débat, Gerhard,je ne suis pas forcément d’accord ni dans la formulation (ces ‘derrières de personnes âgées et ces vomis, franchement) et certainement pas dans cette vision d’assistés profiteurs, qui est précisément tout ce que je trouve choquant dans notre système. Tout ce que je demande, c’est que dans un principe d’équité on applique vraiment notre Constitution, y compris la partie que vous citez. Notre Constitution est à la base de notre démocratie, qui est un État de droit jusqu’à nouvel ordre.

      1. Notre Constitution demande aux gens de se comporter de bonne foi; c’est-à-dire demander une prestation que s’il n’est pas en mesure de s’en sortir par soi-même (principe de subsidiarité). Travailler donc, plutôt que tendre la main.

        Et, pour votre “franchement”, vous ne pensez pas qu’il est d’intérêt public de venir en aide aux infirmières pour les tâches les plus simples et ingrates dans les EMS (et que nous n’avons pas les moyens de financer, en plus de l’aide sociale) ? ou de responsabiliser la population face aux abus au sortir des bars en fin de semaine? Vous faites peut-être la grasse mat’ le dimanche, mais je vous invite à tester un jogging à 0530 dans les quartiers festifs… et avant que la voirie passe.

        Sincèrement, comment offrir des prestations sociales aussi coûteuses sans contre-partie sur le long terme ?? Nos aînés démunis ont construit la grande dixens p. ex. plutôt que toucher l’aide sociale et ils en sont fiers. Vous pensez vraiment que les assistés d’aujourd’hui seront fiers de raconter à leurs petits-enfants qu’ils se levaient à 1400 et jouaient à fortnite??

        1. Cher Gerhard, mon ‘franchement’ se référait aux mots que vous utilisiez dans votre message, pour le reste, je n’ai rien d’autre à ajouter et trouve très bien que vous donniez votre point de vue dans ce débat 😉

        2. @ Gerhard U :
          Le mérite, la fierté, la satisfaction du travail bien fait sont des qualités qui ont été mises en scène à une époque où l’on ne se souciait pas de justice sociale, et où le bon ouvrier était félicité avec une solide poignée de main. Ce ne sont pas « nos aînés démunis » qui ont construit la Grande Dixence et les tunnels autoroutiers des années 50-60, mais « nos Italiens », et nombreux sont ceux qui l’ont payé de leur santé sans même toucher l’AVS quand ils sont rentrés dans leur pays. Quant aux « infirmières » des EMS qui auraient besoin d’une aide financière publique, l’EMS de taille moyenne n’engage qu’une seule infirmière, le restant du personnel assurant l’aide quotidienne à la mobilité, la toilette, l’habillement ou durant les repas, sont de simples aides. Les EMS sont subventionnés à raison de 2’500 francs par résident et par mois, somme qui s’ajoute aux 4’500 à 5’000 francs en moyenne mensuelle. Les abus de directeurs d’EMS ont été freinés quand nos autorités se sont enfin décidées à effectuer des contrôles sur l’usage réel de ces subventions, qui jusque-là leur fournissaient un revenu disproportionné. Le nombre impressionnant de ceux qui ont été remis à l’ordre témoigne que ces dérives étaient courantes depuis des dizaines d’années, et l’on peut remercier P-Y Maillard de s’être beaucoup investi pour assainir ce secteur. Maintenant pour ce qui est du salaire bas des aides, il ne dépend que du tarif librement choisi par l’employeur en rapport de l’offre et la demande de cette main-d’œuvre majoritairement étrangère. La population suisse « méritante et travailleuse » a refusé le salaire minimum aux exploités étrangers… et suisses.
          Ainsi, les arguments à consonance morale sonnent plutôt faux quand ils sont mis en musique avec la main sur le cœur. Nous sommes en 2018, l’information sérieuse du monde social ne consiste plus à fournir ces belles images de faits divers, où le brave citoyen lance une pièce au malchanceux dans la vie, ou envoie un coup-de-pied au fainéant ivre…

    2. @ Gerhard U :
      « Être en mesure de travailler » : Nombre de personnes à l’aide sociale ont une santé physique qui leur permettait en théorie de travailler, mais cela suppose aussi d’être capable de s’intégrer dans une équipe, ou plus simplement savoir vivre avec les autres. Les programmes d’occupation destinés aux personnes de moins de cinquante ans en chômage de longue durée révèlent cette faiblesse dans une proportion importante.
      « Monsieur et Madame ont du temps libre pour s’occuper de leurs enfants, et l’aide sociale leur paye la garderie pour leurs enfants » : Les pédiatres ou le SPJ connaissent ces cas, cela concerne aussi bien les familles entretenues qui bénéficient de temps libre en étant sans travail, que celles qui ont les moyens financiers de s’offrir de longues vacances toute l’année. Pauvres et aidés, méritants ou tricheurs, temps libre ou pas, c’est l’intérêt des enfants qui justifie la nécessité de les placer en garderie quelques jours par semaine ou plus, en rapport de l’état des parents, et cela se fait souvent d’entente avec eux.

  7. Travailleur pauvre 3496 chf de salaire un loyer de 1080 chf une prime maladie de 310chf. Papa de deux petites filles que je ne vois que très rarement car elle habite à l’étranger. Je sais pas trop si tout sa à du sens au final . Je men sors difficilement. J’ai l’impression de jamais voir le bout les mois le plus dur sont décembre et juillet. Avec la taxe auto l’assurance de ma voiture j’ai une Seat altea de 2013 sa fait plu de 1700chf à sortir j’aurais finis de les payé fin mars. Bref pas facile. Merci pour votre article.

    1. Merci pour votre témoignage, ‘Brevet’, qui montre bien toute la difficulté pour les petits revenus. Je vous souhaite beaucoup de courage et j’espère que ça s’arrangera pour vous. Amitiés

  8. Joli, coup de gueule et article sérieusement travaillé! Merci
    Je pense également que le problème est le désintérêt général des élites à vouloir améliorer le bien-être de tout à chacun. Le but de tout acteur économique est d’augmenter ses bénéfices, or faire de l’argent sur les pauvres, c’est plus compliqué que d’appauvrir. Les personnes en dehors du besoin s’enrichissent sur le dos d’une population habituée à se battre pour essayer de garder une qualité de vie moyenne. L’état ne veut pas chasser ses contribuables les plus juteux et préfère en conséquence matraquer la même population en augmentant périodiquement ses taxes et d’amendes. Les multinationales viennent pour le même jeu de dupe: se faire taxer le moins possible aux dépens de leurs employés.
    Au contraire de nos voisins, chez nous les pauvres se cachent, pas de manifs à la couleur vive, pas de slogans à crier à tue tête. Ici, la pauvreté est une maladie honteuse. Pas un européen ne comprendrait la plainte d’un ouvrier gagnant 2800.-CHF par mois. Notre politique est acquise aux lobbys et joue le jeu du capitalisme. Recevez les meilleures soins à n’importe quel prix pour recouvrer une santé de fer. Le mieux serait de passer un IRM pour confirmer que cet bien un ongle incarné. 26 cantons et quatre langues nationales ont créés un imbroglio de lois permettant à tous ceux qui en ont les moyens d’échapper à une taxation juste, au dépend des plus défavorisés. L’avidité de notre société a tué son éthique. Le fort protège le faible, laissez moi rigoler.
    Quand le riche était en surpoids, le pauvre était maigre et luttait pour ses droits.
    Maintenant, le riche est maigre, et le pauvre en surpoids s’endort au son de la propagande publicitaire.

    1. @ José Guzmán :
      Le faible va trouver le plus fort quand il a besoin de lui, cela ne me fait ni rire ni pleurer. Et le jour où ce faible gagne en force, il trinque avec ses anciens maîtres et modèles, et saura expliquer à ceux qui n’ont pas réussi à se hisser à sa hauteur qu’il leur offre un travail.

  9. Votre article est un peu long? Peut-être pour toutes ces personnes qui ne veulent pas voir que notre pays est loin d’être l’Eldorado que tout le monde imagine. Moi j’ai trouvé votre article parfait et même trop succint pour décrire le désarroi dans lequel plonge inésorablement grand nombre de nos concitoyens! Bréf Merci d’en parler et d’en parler si efficacement

  10. Cet article serait peut-être effectivement un peu long si on n’était pas pris très rapidement par l’intérêt et la justesse de ce que vous écrivez et par le courage de votre analyse, Monsieur. Au-delà de l’optique des classes, des partis, des plus ou moins “nantis” et de la critique des dérapages des institutions, vous écrivez ouvertement que la situation est grave même en Suisse, et même très grave pour beaucoup, et que les multiples cas de détresse sont trop alarmants pour que l’on continue sans un réel changement – un changement qui ne soit pas du replâtrage.
    Un bravo amical et respectueux, donc!

    1. Merci Annie, c’était effectivement le sens de cet article, ainsi qu’un rappel de notre Constitution, qu’on devrait relire plus souvent et à laquelle on devrait revenir systématiquement, puisqu’elle a été, dans son souci d’équité pour tous, à la base de la création de la Suisse moderne, de notre démocratie et de notre État de droit

  11. Bon article, que je garde sous le coude pour le montrer à certains amis à l’étranger, qui pensent encore que tout le monde est riche en Suisse !
    J’ai vécu quelques années avec environ 2000.- par mois. Si je n’avais pas eu d’aide de ma famille…. bon.
    Par contre, je ne suis pas d’accord concernant l’Asloca, qui m’a aidée avec efficacité et professionnalisme lors de difficultés avec ma régie.

    1. Merci Delphine. Ma critique sur l’ASLOCA portait plutôt sur le fait que dans un pays à 70% de locataires, elle aurait un rôle clé à jouer pour faire changer les choses, en particulier dans cette jungle qu’est l’immobilier, où seuls les gens aisés s’en tirent. L’ASLOCA, épaulée par le Parti Socialiste, pourrait être beaucoup plus active à des niveaux de lobbying, de sensibilisation politique et de défense active des locataires et vraiment faire bouger les choses à des niveaux nationaux (elle en a les capacités) au lieu de se contenter d’initiatives certes très louables mais vouées à l’échec dès le départ. Ça n’enlève rien à son travail tout à fait compétent de conseil juridique au cas par cas.

  12. Je voudrais vous parler des problèmes que je rencontre actuellement..non en tant que personne individuelle, mais parce que je pense que c’est représentatif de ce monde…j’ai une bonne réputation dans mon métier, mais je tire la langue dans les faits, cachée chez moi…
    Je pense qu’il est temps de l’ouvrir…ce qui parait adéquat historiquement avec les gilets jaunes!…

  13. Bonjour et un grand merci pour cet article complet. Etant moi-même tombée dans la pauvreté suite un à grave traumatisme lié à une affaire judiciaire grave, j’ai perdu mon beau travail et mon bel appartement. Quelques années plus tard, couverte de dettes je n’ai plus accès à rien. Je vis avec l’aide sociale et suis traitée comme une paria. Quand je vois certains commentaires qui soulignent que les assistés sont de toutes façons des profiteurs, cela fait beaucoup de mal. J’espère sincèrement que ces personnes ne connaîtront pas l’enfer de la misère sociale et de se faire traiter comme des chiens par l’hospice générale, les assurances maladie, les poursuites, les régies. Et la peur au ventre d’entamer chaque nouvelle journée en se demandant comment on va la finir en se privant de tout mais en ne privant pas de tout son enfant. Les calculs sont interminables et inextricables. Les 10 derniers jours du mois, un calvaire. Dans une ville où la plupart partent en vacances et vont manger régulièrement au restaurant, je rase les murs pour ne pas me faire trop remarquer. Les mots vacances, restaurants, plaisirs, loisirs, bien-être son remplacé par malbouffe, honte, enfermement et solitude. Je vis chez mon père veuf avec mon enfant et s’il venait à lui arriver quelque chose, alors je serais à la rue. Essayez de vivre avec cette peur qui vous ronge les tripes continuelement. Continuez de penser que les pauvres sont des alcooliques flemmards et le monde finira par sombrer. J’ai travaillé plus de 25 ans mais la vie bascule parfois. Je ne vous le souhaite pas. Et si cela devait arriver, alors je porterais un regard bienveillant sur vous et non un jugement cinglant comme certains.
    Merci pour cet article, j’en ai eu les larmes aux yeux car il reflète ce que beaucoup de pauvres vivent quotidiennement. Merci et bravo

    1. Merci Nadège pour votre témoignage, et pour avoir osé en parler, ce n’est jamais facile d’évoquer ses difficultés financières, en particulier dans ce pays qui ne veut pas les voir. Dans cet article, je parle de ce que j’ai vécu moi-même, et de l’intérieur, je comprends parfaitement ce que vous ressentez. Je vous souhaite beaucoup de courage et pense à vous.

  14. A Nadège et Sergio, Le plus dur c’est de garder le moral sur le long terme quand on est pauvre en Suisse. Continuer à sourire, apprécier une promenade au soleil, garder l’espoir … Et oui, un billet de tribolo, c’est juste un peu d’espoir à 2.- balles pendant 5 minutes de grattage . L’espoir de se sortir de cette situation. Et l’espoir, ça n’a pas de prix, n’est-ce pas ? Le loyer n’est prix en charge que jusqu’à 1100.- frs par mois. Tout le surplus, charges comprises, c’est payé sur ce qui devrait vous rester pour vous nourrir par exemple. Alors, malbouffe garantie ! Le transport se résume à un abonnement de bus . Alors effectivement, la voiture c’est super dur à garder … (assurance, impôts, entretien …) Et quasi impossible à remplacer. On paie des assurances maladies, mais on ne va pas chez le médecin à cause des franchises et 10 % . Quand au dentiste, c’est même pas la peine d’y penser. J’étais aide-hospitalière, à 70 % et je précise que je suis Suisse. Oui, les Suisses font aussi ce genre de métier mal payé. La remarque la plus entendue était qu’il y avait 100 personnes derrière la porte qui attendaient de prendre ma place. Et là, je suis à la retraite . Donc, je reçois encore moins, le minimum vital grâce aux Prestations complémentaires (PC). J’ai l’impression d’être assignée à résidence. Pas les moyens de “bouger”… Tout coûte … Un sou est un sou … Avec le prix d’un café à la migros (self service je rappelle), j’achète un demi paquet d’une livre de café … Donc 2 cafés par mois à la migros représente une semaine et demie de café matinale… Pas le choix ! Oui, c’est comme ça que l’on compte et recompte . Et c’est très très fatiguant !!! En plus, être pauvre coûte plus cher, c’est bien connu ! Une facture pas payée à temps, et hop , 10.- frs de rappel . A savoir aussi que si je gagne 3 sous en faisant un petit boulot, mes PC sont baissées d’autant. C’est le serpent qui se mord la queue… A moins de gagner beaucoup beaucoup plus , ça vaut pas l’investissement … Cherchez l’erreur !!! Et pour conclure, les pauvres sont d’excellents expert comptable par la force des choses . Courage à tous ceux dans cette situation, les rêves sont encore gratuits.

    1. Merci Saramarie, pour votre témoignage précis, qui démontre en détail ce que de très nombreux citoyens doivent endurer quotidiennement, y compris les pénalisations – les punitions, comme à l’école – qui se rajoutent à tout le reste. Je vous souhaite beaucoup de courage.

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