Féminisme sixties vs Féminisme Post-Millenial

Dans la récente histoire du mouvement féministe, il est intéressant de comparer le travail de sensibilisation effectué dans les années 60-70 par la grande vidéaste féministe valaisanne Carole Roussopoulos – l’exposition qui lui est consacrée à la Médiathèque de Martigny est encore visible jusqu’à fin octobre, j’en ai parlé dans mes deux articles précédents, Valaisanne, de gauche et féministe : Carole Roussopoulos ou la vidéo militante et 1969, année érotique (mais pas pour tout le monde) – et les derniers avatars d’un féminisme ambigu apparu ces dix dernières années.

Un exemple : le groupe Tages Anzeiger (24 Heures, Tribune de Genève, etc…), décidément jeune, créatif et dynamique, liquide sans état d’âme son quotidien Le Matin – qui, de toute façon, était devenu un 20 Minutes, produit par le même groupe et avec le même contenu, mais payant – et lance le gratuit Friday, en français dans le texte, un supplément du 20 Minutes, un magazine distribué partout, qui se veut ‘tendance’ et rentable, on l’espère pour eux.

UNE PRESSE INSTAGRAM

Pour user d’un jargon cool, je dirais que ça faisait longtemps que je n’avais pas lu quelque chose d’aussi girly : que des conseils sur les maquillages, les vernis à ongles, les fringues, les accessoires, avec des annonceurs qui doivent payer cher pour être mentionnés et dont le financement publicitaire, une fois soustraits les frais de production, ceux de la très maigre partie rédactionnelle et le salaire des rédactrices, doit rapporter de gros bénéfices.

L’équivalent papier des trendeuses sur Instagram, en somme : les couvertures sont glamour cheap trash et les accroches racoleuses, avec en prime la touche dernier cri du féminisme très sexe qui se pratique aujourd’hui.

À cet égard, l’édition de juillet/août frappait fort avec, en une, la photo du top-modèle du moment, la poitrine dégagée et les lèvres entrouvertes et pulpeuses : « Emily Ratajkowski suscite la controverse : Bimbo ou féministe ? », entourée de deux autres sujets majeurs, un reportage (« La boxe, c’est bon pour le mental ») et un article beauté (« On a testé les coiffures de l’été »).

UN FÉMINISME COSMÉTIQUE ?

Celle de septembre fait encore plus fort, avec la photo de deux nymphettes grunges et le titre Fashion addicts, et deux autres articles mis en avant, un article tourisme : « Voyage : Décollage pour Denver » et un article société « Féminisme de façade ».

On continue dans cette réflexion sur le féminisme hot par un contenu très cohérent :

– « Friday Family : des mecs trop frais »

– « Mode: sandales et vernis assortis »

– « Beauté : nos astuces pour la pédicure »

– « Actu mode : jeux de perles »

-« Moodboard : embarque pour la Grèce ! »

– « Beauté : on a testé des accessoires pour les cheveux »

– « Mode : un automne very trendy »

À TU ET À TOI

Un style et un ton faussement adolescent ou le franglish et le tutoiement sont de rigueur, of course, du genre : « Mamie Chic : quand le service à thé so British rencontre le satin et le tweed, ça donne ça. N’hésite pas à piocher dans la garde-robe de grand-maman pour t’en inspirer. »

Pour ne pas plomber les quarante-deux pages résolument fashion et abondamment illustrées avec les produits à vendre, l’article de fond sur le « Féminisme de façade » ne fait heureusement qu’une page que le chapeau résume amplement (pas besoin de se taper tout l’article) : « Notre journaliste s’étonne que de nombreuses femmes se revendiquent féministes sur les réseaux sociaux mais ne s’offusquent pas des inégalités dans la vie réelle. »

Du lourd, quoi.

LE MESSAGE C’EST LE NON-MEDIUM

Je me pose la question : quel est le public-cible ?

Pas le public masculin, c’est sûr.

Les gamines de 14 ans ? Mais ont-elles le fric pour se payer un sac à main à Frs 120.- minimum?

Les femmes de 20-30 ans ? Mais est-ce qu’elles ont l’âge mental d’une adolescente de 14 ans ?

Vous me direz : si la pub paie la publication, où est le mal ?

Après tout, ce ne sera pas la première fois qu’un magazine n’a pas besoin de lectrices/lecteurs, voire de journalistes, pour être rentable.

1969, année érotique (mais pas pour tout le monde)

1969, année érotique (mais pas pour tout le monde)

L’importance sociologique du travail de la documentariste Valaisanne Carole Roussopoulos – visible à la Médiathèque de Martigny jusqu’au 28 octobre – saute aux yeux et aux oreilles à chaque visionnement d’une de ses vidéos, par exemple cette enquête-entretien qui date de 1969 sur le thème ‘Rester à la maison ou travailler’.

1969, IL Y A 50 ANS À PEINE

Pour mémoire, la femme, en Suisse, était encore une citoyenne de seconde zone et ne pouvait toujours pas voter (il lui faudra attendre deux ans de plus).

J’y suis d’autant plus sensible que ma mère, Nelly Vuillemin (1937-2014), Suissesse pure souche, originaire de Renan, dans le canton de Berne, divorcée, deux enfants, a d’abord fait trois ans d’apprentissage de vendeuse dans les magasins Uniprix, à Lausanne – elle y a obtenu son « Certificat Fédéral de Capacité » –, avant de chercher de meilleures conditions de travail, de salaire et d’horaires « dans les bureaux » comme on disait alors.

Concrètement, ça veut dire que jusqu’à l’âge de 34 ans, et pendant près de la moitié de sa vie professionnelle, sans compter des conditions matérielles compliquées, ma mère n’a pas été considérée comme une citoyenne à part entière.

Et ne parlons pas de mon père, Fernando Belluz (1938-2016), immigré italien de la région de Venise, divorcé, remarié et quatre enfants en tout, qui, lui aussi, après un brillant apprentissage de mécanicien en Suisse – couronné d’un « Certificat Fédéral de Capacité » –, a subi sa grosse part de discriminations et de difficultés matérielles pendant de très longues années.

Vous me direz que ça n’a rien à voir. Mais si, quand même.

MAI 68 : UNE RÉVOLUTION BOURGEOISE

C’est aussi la crue réalité sociologique de cette époque, la vie matérielle difficile des gens modestes, bien loin de la révolte bourgeoise de mai 68, qu’on perçoit dans les entretiens que filme Carole Roussopoulos, ce qui en fait la valeur inestimable.

C’est fascinant d’entendre ces femmes parler de leur vie, de leur envie de travailler, des raisons qui les poussent à travailler, qui ne sont pas seulement économiques. Le mot qui revient à chaque entretien c’est « indépendance ».

C’est effarant d’entendre un garçon, qui doit avoir dans les 8-10 ans, proférer des clichés sur la fragilité des filles, « qui de toute façon ne sauraient même pas manier un fusil ».

Ce gosse, qui ne fait que répéter ce qu’il entend autour de lui, a déjà intégré ce qui était transmis par la société de l’époque aux enfants, garçons et filles, que ce soit à l’école, à la télévision ou en famille, une certaine image de la femme et de l’homme imprégnée de l’air du temps, cette époque précise, juste un an après mai 68.

Ce qui transparait aussi dans ces entretiens, c’est tout le rapport de force, la violence même, économique, psychologique, physique, de la société à l’égard des gens modestes, et en particulier à l’égard des femmes.

Et c’est aussi la résistance à cette violence par l’humour, un côté malin, une vision lucide, narquoise quelquefois, et pleine d’optimisme pour un avenir personnel meilleur.

Les vidéos de Carole Roussopoulos nous rappellent combien ce combat, cette évolution vers plus d’équité pour tout le monde a été nécessaire et utile, qu’il a porté ses fruits, qu’il a été bénéfique à toute la société, tant pour les femmes que pour les hommes, et qu’aujourd’hui, par exemple, on n’imaginerait même pas se poser la question de savoir si la femme est capable d’être une citoyenne à part entière.

Ça n’a pas été facile, ça s’est passé il n’y a pas très longtemps et, à cause des fluctuations économiques, entre autres, ce n’est peut-être pas aussi permanent qu’on l’espérerait.

Ailleurs, c’est toujours un combat, et qui est loin d’être gagné.

Ne l’oublions pas.

Valaisanne, de gauche et féministe : Carole Roussopoulos ou la vidéo militante

Ne ratez pas Carole Roussopoulos. La vidéo pour changer le monde, le magnifique hommage, avec projections, que la Médiathèque de Martigny rend à la grande vidéaste militante valaisanne Carole Roussopoulos (1945-2009) jusqu’au 28 octobre : dans l’actuel débat, en Suisse comme ailleurs, sur les relations hommes-femmes et sur les inégalités persistantes de traitement, sa démarche et l’importance historique de son travail sont fascinants d’intelligence.

C’est que cette intellectuelle de bonne famille – née de Kalbermatten, les banquiers valaisans – fait d’abord des études de Lettres à l’Université de Lausanne jusqu’en 67, puis se retrouve à Paris où elle travaille pour le magazine Vogue, d’où elle est licenciée après quelques mois.

Sur les conseils de son ami l’écrivain Jean Genet, elle utilise ses indemnités de licenciement pour acheter la toute nouvelle caméra vidéo portable de marque Portapack, fabriquée par Sony et dont il n’existait alors qu’une dizaine en circulation en France (Jean-Luc Godard en avait une).

En 69, Carole Roussopoulos fonde le collectif Vidéo Out et, avec son mari, se met au service de l’histoire sociale et politique, qu’elle a su filmer au plus près, non seulement pour en conserver la mémoire, mais aussi pour diffuser les témoignages de celles et ceux qu’on n’entend jamais, qui n’ont pas accès aux médias – en France, les chaines publiques de télévision étaient déjà assujetties au oligarchies politiques, économiques et culturelles – en une suite de bouleversants portraits saisis au vif au cours de différents évènements qui suivirent mai 68.

ÊTRE LÀ OÙ IL FAUT ET ENREGISTRER L’ÉVÉNEMENT

Pour la vidéo Jean Genet parle d’Angela Davis (1970), Genet, à qui la chaine française Antenne 2 avait demandé une déclaration sur le sort de la militante noire Angela Davis aux États-Unis, s’était méfié et avait dit à Carole Roussopoulos de filmer cette déclaration en parallèle. Avec raison : seule nous reste cette vidéo, la direction d’Antenne 2 ayant décidé de ne pas diffuser le message, trop radical pour une chaine étatique…

La vidéo du débat des militants du Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire (F.H.A.R., 1971) restitue dans sa fraicheur, sa nouveauté, son audace, toute la réflexion sur les notions de sexe et de genre, d’hétérosexualité, d’homosexualité ou de bisexualité, de normalité ou d’anormalité. On se dit qu’on n’a pas beaucoup avancé, malgré les apparences…

Les portraits émouvants, magnifiques de Monique et de Christiane dans les chroniques filmées à l’usine LIP de Bezençon (1976) restent étonnants de vérité dans l’expression de la réalité économique et professionnelle d’une majorité silencieuse, une réalité prolétaire et quotidienne que ces deux femmes expriment avec lucidité et sincérité et qui touchent, parce qu’aujourd’hui encore on n’entend pas souvent ça dans les médias.

LA VIDÉO COMME MOYEN DE CONTRE-INFORMATION

« Les Insoumuses », le collectif que Carole Roussopoulos avait fondé avec ses amies Delphine Seyrig et Ioana Wieder, n’épargnait pas non plus les médias dominants.

Dans Maso et Miso vont en bateau (1976), le titre – ‘masochiste’ et ‘misogyne’ abrégés – faisait allusion aux inepties proférées à la télévision par Françoise Giroud (alors Secrétaire d’état à la condition féminine) lors d’une émission de Bernard Pivot intitulée : Encore un jour et l’année de la femme, ouf ! c’est fini (30 décembre 1975, sur Antenne 2). Intercalant avec humour les images de l’émission et le commentaire off, reprenant certaines réponses de la ministre en les lui faisant répéter, y ajoutant des textes à la main et des chansons narquoises, la vidéo reste un exemple d’insolence, d’humour et de liberté de pensée.

Les contraintes subies par les actrices dans les milieux du cinéma sont clairement exposées dans Sois belle et tais-toi (1976), une suite d’entretiens. Quarante ans avant l’affaire Weinstein, Jane Fonda expliquait à Delphine Seyrig les exigences physiques des studios et des producteurs…

Quant à la dictature masculine, elle est attaquée de front dans S. C. U. M. Manifesto (1976) sur un texte de Valerie Solanas – emprisonnée aux États-Unis pour attentat contre Andy Warhol et les ‘male chauvinist pigs’ – où Delphine Seyrig et Carole Roussopoulos se partagent l’écran autour d’une table, la première lisant le manifeste féministe de Solanas, la seconde le tapant à la machine, avec entre les deux, au centre, un poste de télévision diffusant les informations du jour (la guerre des hommes au Liban, la marche des femmes pour la paix à Belfast…).

« LE RÔLE DES IMAGES DANS LA TRANSMISSION EST DÉCISIF »

Grâce à l’extraordinaire travail de Carole Roussopoulos et de son mari, le peintre et mathématicien grec Paul Roussopoulos, qui l’assistait dans les interviews et les prises de vue et s’occupait aussi du montage, c’est tout une histoire sexuelle, sociale et politique qui est conservée, avec sa fraîcheur, son humour et ses espoirs.

Dans une série d’entretiens filmés par Hélène Fleckinger en août 2002, la vidéaste valaisanne était aussi lucide sur les circonstances qui avaient permis ce Printemps des femmes : « Le mouvement de libération des femmes n’aurait probablement pas pu exister si nous n’avions pas été dans une conjoncture économique très favorable, Les grands mouvements de société peuvent se faire quand les choses vont bien ».

Elle soulignait aussi le côté facétieux qui ponctuait toujours ce militantisme visuel: « Une des actions que je trouve la plus géniale, et qui me fait encore aujourd’hui le plus rigoler, c’est le dépôt de la gerbe de fleurs à la mémoire de la femme du soldat inconnu. Tout le mouvement est résumé dans l’humour et la justesse de cette action ».

Elle ajoutait : « Dans les débats qui suivent les projections de Debout ! la première chose que les gens disent : ‘Je ne savais pas que les féministes étaient comme ça !’ Je suis très étonnée de voir que les jeunes découvrent que les filles avaient beaucoup d’humour, étaient belles et pas dogmatiques ! Les vidéos montrent les yeux qui brillent encore aujourd’hui, trente ans après. Le rôle des images dans la transmission est donc décisif : elles permettent de casser les clichés. »

La culture suisse aux artistes : « La télévision m’a tuer »

L’embêtant, avec l’initiative No Billag, c’est qu’elle ne fait pas dans la nuance. La redevance annuelle non plus, hélas, qui finance à la fois une programmation radiophonique de haut niveau où la culture est mise en valeur, mais aussi une programmation télévisuelle en dessous de tout dans laquelle, même avec la meilleure volonté du monde, on serait bien en peine de trouver quoi que ce soit qui correspondrait à son cahier des charges (favoriser la diversité culturelle et la diffusion de la production culturelle suisse, par exemple…) à part quelques émissions alibis et superficielles à des heures indues et juste là pour sauver la face et justifier le budget.

L’embêtant avec l’argumentation contre No Billag, c’est que, pour des raisons d’efficacité politique, elle ne fait pas non plus dans la nuance : un tract récent de Suisse Culture, l’Organisation faîtière des associations de créateurs artistiques et de professionnel des médias, souligne que soutenir le service public culturel d’une radiotélévision suisse, c’est attacher de la valeur à (c’est moi qui met en gras) :

– « la diversité d’une offre culturelle faite d’informations critiques et de programmes authentiques produits en Suisse : musique, films, textes, arts visuels, festivals, concerts en direct »

– « la possibilité pour les artistes de publier et de diffuser leurs projets et leurs oeuvres »

– « l’encouragement de la production et de la réflexion culturelles dans les médias, dans l’esprit d’une société démocratique et solidaire »

En revanche, Suisse Culture avertit que soutenir No Billag, c’est, entre autres :

– « aboutir à une large privatisation ou commercialisation de l’encouragement de l’art et de la culture par les médias suisses »

– « détruire la diversité culturelle, c’est à dire restreindre fortement la diversité de la diffusion et de la production culturelle en Suisse : d’où sensiblement moins de musique suisse à la radio et sur internet, pas de films suisses à la télévision et au cinéma, plus d’histoires ou pièces radiophoniques à la radio, peu ou pas de festivals, moins de mise en réseau et d’informations »

LA RADIO SUISSE ? BRILLANTE !

J’ai évidemment voté contre No Billag pour toutes les raisons que l’on sait, sans compter mon intérêt personnel bien compris : si d’aventure un de mes textes ou une de mes prestations scéniques étaient diffusés à la radio ou à la télévision, ça me ferait beaucoup de pub et j’aurais peut-être droit à une (très modeste) rémunération. « Des p’tits sous », comme dirait ma grand-mère, pour une fois plutôt réaliste…

De ce côté-là, rien à dire concernant la radio, qui remplit son cahier des charges de radio nationale, de soutien aux artistes locaux, de représentation des différentes sensibilités nationales et qui, sur ses quatre chaines, mais en particulier sur la Première et sur Espace 2, fait un travail extraordinaire de mise en valeur du patrimoine suisse, par des interviews, des documentaires, et aussi par ses créations notamment grâce à David Collin, qui dirige Le Labo, la structure fiction d’Espace 2, à qui l’on doit un renouveau du genre à la radio – je recommande la brillante série pastiche Hillary et Donald à la Maison Blanche jouée par une kyrielle d’artistes (Michèle Durand-Vallade, Jean-Luc Borgeat, Edmond Vuilloud…) et concoctée par d’excellents auteurs (Isabelle Carceles, David Collin, Alain Freudiger…) ou Les évadés du Spitzberg de Jonas Pool, dont l’excellente qualité a été relevée tout récemment par le magazine français Télérama.

Entre parenthèse, je ne comprends pas pourquoi la radio ne fait pas l’objet, au même titre que la télévision, d’une vraie présentation détaillée et critique des programmes dans nos quotidiens et nos magazines, en particulier ceux du groupe Ringier Axel Springer Suisse SA (Le Temps, l’Illustré, TV8), qui trouveraient là un nouveau débouché non seulement apprécié par les fans de radio, mais aussi utile à la mise en valeur efficace d’une part importante de notre culture, et de l’extraordinaire vitalité de notre radio : ça se fait bien en France, dans l’Obs et dans Télérama, pourquoi pas en Suisse ?

LA TÉLÉVISION SUISSE ? QUELLE TÉLÉVISION SUISSE ?

En revanche, c’est avec tristesse et en trainant les pieds que j’ai voté contre No Billag au profit d’une télévision d’état qui ne remplit pas du tout son cahier des charges.

Car il y a plusieurs questions à se poser, et notamment sur l’utilisation du budget de l’audiovisuel national suisse financé par Billag, c’est à dire par la redevance que chacun paie.

À part les frais de fonctionnement normaux (matériel, studios, personnel), on aimerait bien disposer de chiffres précis sur l’utilisation du budget dans la programmation :

quel est le pourcentage du budget à l’achat de fictions américaines et étrangères qui, en Suisse, occupent tout de même, en moyenne, plus de 15 heures quotidiennes de cerveau(x) disponible(s) ?

– quel est le pourcentage du budget pour des émissions présentant la vie culturelle suisse (interviews d’écrivains et d’artistes, concerts, récitals à la télé, etc.) ?

– quel est le pourcentage du budget utilisé pour la création suisse (produite par la télévision ou la radio, séries télévisées, documentaires, reportages, cinéma) ?

pourquoi RTS Deux est-elle une chaîne consacrée presque exclusivement au sport alors que dans le meilleur des cas, le public-cible doit se monter à 50% de la population (hommes et femmes confondus, le sport n’intéresse pas tout le monde) ?

LA TÉLÉVISION SUISSE N’A PAS DE PLACE POUR LES CRÉATEURS SUISSES

Il faut se faire une raison : un créateur suisse qui scruterait avec espoir la grille des programmes de télévision susceptible de présenter son travail littéraire, théâtral, musical, chorégraphique, cinématographique ou autre, aurait en tout et pour tout environ 20 minutes quotidiennes de programmation disponible, qui se résume à un passage au Journal Télévisé de RTS UN pour un sujet de 10 minutes à tout casser.

J’exagère ?

Prenons le cas de la grille de programmes télé du samedi 10 février 2018 (le samedi, jour d’audience maximale, bien utile pour tout créateur) :

7.25 RTS Kids : La maison de Mickey Mouse, Hé, Oua-Oua, The Furchester Hotel, La Pat’Patrouille, Mile dans l’espace, La tribu Montichi, Crakan Studio présente (sur 3 heures, environ 50% de production anglo-saxonne)

10.15 : Quel temps fait-t-il ?

10.30 : Clo-Clo, la revanche du mal-aimé (2 heures de documentaire français)

12.25 : Interface

12.45 : Le 12.45 (info)

13.15 : Météo

13.25 : Faut pas croire

13.55 : Les dragons de Komodo, une histoire d’amour (1 heure de documentaire étranger)

14.55 : Dossiers criminels : l’affaire Thomas Chevallier : l’étrange meurtre du notaire (une heure de série documentaire française)

15.45 : Columbo (1 heure de série américaine)

17.05 : Prof T

18.45 : Les saisons de « Pique-assiette »

19.15 : Météo

19.20 : Swiss Loto (en français dans le texte)

19.30 : Journal télévisé

20.00 : Météo

20.05 : Le Grand Quiz (jeu télévisé)

21.55 : Cinquante nuance de Grey (2 heures de série américaine)

0.00 : Homeland (2 heures de série américaine)

En résumé, sur 17 heures de programmation, la RTS UN diffuse environ 10.30 par jour de programmation étrangère (programmes pour enfants compris), 6.30 de production plus ou moins suisses, où je relève en particulier, par ordre de durée, le Journal Télévisé (1 heure), les jeux Swiss Loto et le Quiz (1 heure), la météo (45 minutes), Faut pas croire (30 minutes), Pique-assiette (30 minutes).

Quant à RTS DEUX et ses 24 heures de programmation, on arrive à 23.20 de programmation de sport et 40 minutes de non-sport, c’est à dire, le Journal Télévisé (30 minutes) et le Trio Magic (10 minutes).

LA TÉLÉVISION PUBLIQUE SUISSE ? UNE TÉLÉVISION AMÉRICAINE !

Le reste de la semaine, dimanche compris, ça ne s’arrange pas, voici une petite statistique de ce qu’on pouvait voir du 12 au 16 février 2018 :

American Crime (90 minutes), Chicago Police (40 minutes), Cold Case (45 minutes), Friends (30 minutes), Hawaii 5-0 (90 minutes), Heartland (90 minutes), Inspecteur Lewis (90 minutes), Le monde nous appartient (30 minutes), Les Feux de l’amour (40 minutes), Life in Pieces (20 minutes), MacGyver (90 minutes), Monster (120 minutes), New York Unité Spéciale (90 minutes), Occupied (110 minutes), Outlander (120 minutes), Plus belle la vie (30 minutes), Pure Genious (45 minutes), Retour à Cedar Cove (90 minutes), Suits (90 minutes), Top Models (25 minutes), Wilder (120 minutes)

C’est à dire 21 séries étrangères, environ 1495 minutes, soit 25 heures quotidiennes de programmation presque exclusivement américaine répartie sur les deux chaines nationales de langue françaises, et je ne comptabilise pas les téléfilms et les films.

MAIS LA CULTURE SUISSE À LA TÉLÉVISION SUISSE, ALORS ?

Prenons le problème à l’envers et cherchons sur RTS Un et RTS Deux, pour la même semaine, les programmes culturels susceptibles de mettre en valeur les créateurs suisses (je ne compte pas Pique-Assiette, ni Le Grand Quiz, ni les courts sujets quelquefois culturels du TJ) :

Samedi 10 février : rien

Dimanche 11 février : ‘Pardonnez-moi’, avec Darius Rochebin (manque de pot, il reçoit Gérard Depardieu, mais bon) – 45 minutes

Lundi 12 février : Rien

Mardi 13 février : Rien

Mercredi 14 février : Infrarouge, consacré justement au débat sur Billag (60 minutes)

Jeudi 15 février : Rien

Vendredi 16 février : Rien

En gros, 105 minutes, soit 1 heure 45 disponible pour la culture nationale, quand Darius Rochebin et Infrarouge veulent bien s’intéresser à un sujet culturel suisse.

CONTRE ‘NO BILLAG’ MAIS POUR UNE VRAIE TÉLÉVISION SUISSE

C’est que la programmation à la télévision suisse reste coincée dans une problématique à mon avis dépassée.

D’un côté, elle veut essayer de récupérer la jeune génération qui, aujourd’hui, ne regarde plus la télévision, préférant se faire son propre programme via internet.

De l’autre, elle ne veut pas perdre les autres générations, les 40 ans et plus, une clientèle qui aurait tendance à aller voir ailleurs, ce qui explique les séries télévisées américaines achetées à tour de bras pour faire concurrence aux chaines françaises (ou allemandes, ou italiennes) et pour que les téléspectateurs suisses restent sur les chaines nationales, mais aussi les interviews de prestige de Darius Rochebin avec de grandes stars étrangères.

Mais, dans une télévision publique et subventionnée, concevoir une programmation télévisuelle et utiliser la majeure partie du budget à la promotion de produits culturels étrangers au pays pour empêcher que les spectateurs aillent voir ailleurs, est-ce que c’est vraiment de la programmation ? Et est-ce que ça remplit le cahier des charges ?

Les temps ont changé, les publics ont changé et la vie d’une programmation s’est rallongée et donc rentabilisée par la multiplicité des supports, la chaine franco-allemande Arte en est un bon exemple à ce niveau-là : elle touche à l’universel par sa manière passionnante de traiter des sujets ambitieux et pourtant souvent très locaux.

On pourrait penser que son audience limitée la rendrait invivable sans les subventions. Pourtant, sur le court et le moyen terme, ses programmes sont ensuite revendus avec succès à d’autres chaines dans le monde entier et présentés, diffusés, vendus sous formats DVD ou par téléchargement. Un fond culturel et un futur patrimoine de très haute qualité est en train d’être constitué qui sera très rentable à long terme.

Cette votation sur No Billag, c’est l’occasion rêvée pour repenser complètement la programmation de notre télévision nationale dans le sens d’une plus grande ambition, d’une plus grande créativité et d’une vraie proximité avec son public à tous les niveaux.

Contre No Billag, c’est sûr, mais pour une télévision suisse ambitieuse.

Coup de sac !

La Suisse appartient à ceux qui se lèvent tôt, hélas

LE SYNDROME POST-VACANCES

Je ne sais pas vous, mais je trouve que la rentrée est rude. J’en souffre depuis la petite enfance car, horaires suisses obligent, même si ma rentrée était alors surtout scolaire, ça ressemblait déjà beaucoup à la douloureuse reprise automnale et matinale du boulot qui, années après années, a suivi la fin de mes études.

Je signale en passant aux autorités sanitaires suisses que dans un pays d’avant-garde, l’Espagne, et malgré un ensoleillement maximal et des horaires a priori plus respectueux des droits de l’homme, le traumatisme de la rentrée est devenu une pathologie officielle : pas une semaine sans que les médias ibères ne traitent des nombreuses victimes du terrible syndrome ‘postvacacional’.

Certains cas très graves peuvent mener à des arrêts de travail, à des dépressions carabinées, voire à des dépenses excessives et compensatoires au centre commercial du coin.

 RÉVEIL DU MATIN, CHAGRIN

Il y a quelques années, dans une maxime qui synthétisait le problème, Jean-Luc Benoziglio, brillant écrivain suisse trop tôt disparu, avait pourtant tenté d’avertir les autorités sur les conséquences dramatiques d’un manque de flexibilité au niveau des horaires sur la créativité nationale : « Le Suisse se lève tôt, mais se réveille tard ».

Et comme le Suisse lève-tôt mais, plus lent à la détente, a tendance à confondre, dans son autosatisfaction somnolente, horaires contraignants et richesse nationale, il ne s’intéresse pas assez aux autres manières de faire et de vivre, en matière d’horaires, de transports publics ou d’abonnements intégrés, par exemple.

Un quelconque piéton cultivé voulant se rendre à la Fondation littéraire Jan Michalski – où l’on  peut effectuer des études entomologiques sur les écrivains en résidence, s’épanouissant dans un fastueux écosystème de cages dorées plutôt que dans leur habituel biotope de tours d’ivoire désargentées –, comprendra l’ampleur de la problématique au moment d’acquérir son billet à l’automate des Transports Lausannois (TL) pour un périple Lausanne-Montricher.

Sur la base d’une toute petite carte délimitant chaque zone de la « Communauté tarifaire vaudoise Mobilis » et conçue avant tout pour le/la retraitée presbyte, il faut, pour son billet, sélectionner sur un écran tactile indépendant de ladite carte les numéros aléatoires des zones à traverser pour arriver au Parnasse. Concrètement, on part de Lausanne-centre (zone 11), on passe par Renens (zone 12) puis, successivement par la zone 30, 31, 33, 34 et 37 pour arriver à Montricher (zone 38).

Pour des questions de santé mentale, on évitera de se demander pourquoi Lausanne, point de départ de ladite Communauté tarifaire, porte le numéro 11 et pas le 1, ou pourquoi Montricher porte le numéro 38 et pas le 22 ou le 47. Ceux qui auront tenté l’explication pour l’étranger de passage ne s’en sont jamais remis.

MAIS COMMENT FONT LES AUTRES ?

Si le Suisse se réveille tard, c’est peut-être aussi parce que s’étant levé tôt, il est un peu raplapla à la sortie du travail, une explication comme une autre pour une réputation tenace de lenteur, qui, à mon avis, tient plus de l’engourdissement que du réel manque d’intelligence au moment de chercher, le soir, l’esprit libre, des réponses simples, créatives, voire récréatives, aux problèmes quotidiens, zonards ou pas.

Ailleurs, dans les transports publics, à Londres, à Amsterdam, à Paris, à Barcelone, à Athènes, il y a longtemps que le créatif couche-tard lève-tard reposé a créé sur la carte de l’automate un petit nombre de zones et de tarifs, cinq au maximum, de couleurs différentes, qui partent en rayon depuis la capitale ou le chef-lieu.

Remarquons aussi, en comparant ce qui est comparable, qu’à protestantismes et climats apparentés – pluvieux, sombre, froid avec luminosité minimale pendant de longs mois –, l’Anglais moyen ne se lève jamais à 06.00 heures du matin pour arriver au travail à 07.00 ou 08.00 heures. 09.30 est considéré comme tôt, et c’est plutôt vers 10.00 que la vie économique et administrative commence, comme d’ailleurs aux Pays-Bas ou dans le nord des États-Unis.

Pour ne pas froisser des sensibilités promptes à tout mettre sur le compte d’une lascivité et d’une paresse chroniques induites par des siècles d’incurie et de religion non réformée, j’évite de trop m’arrêter sur des pays méditerranéens (Espagne, Italie, Grèce) où l’on est pourtant vif et débrouillard et où, malgré des horaires plus impressionnistes, le travail se fait et où on arrive toujours à bon port.

FAUT-IL SOUFFRIR POUR ÊTRE BON ?

En pays calviniste, les horaires de travail se doivent d’être contraignants, sinon ce ne serait pas du vrai travail. Tout comme ceux de l’école, d’ailleurs, qui, pour avoir l’air sérieuse, fait se lever ses petit(e)s élèves à 6.00 du matin en plein hiver, en pleine nuit, dans le froid, pour qu’ils arrivent hagards mais avides de savoir dans les écoles éclairées au néon, ces oasis de culture illuminant la toundra hivernale helvétique.

Mais quand même : j’ai beau me répéter chaque matin, pour me consoler, que le monde appartient aux gens qui se lèvent tôt, j’ai de gros doutes.  Je ne peux m’empêcher de penser que si les politiciens suisses se levaient à midi, la face du monde en eût été changée et, les yeux encore collés par une nuit de sommeil trop courte due à un indécrottable biorythme binational italo-suisse peu compatible avec les exigences économiques de la nation, je me dis que c’est surtout le monde du matin qui appartient aux gens qui se lèvent tôt.

Pour le monde du soir et de la nuit, pas sûr : il reste peu de temps de cerveau disponible une fois le frugal souper expédié devant les nouvelles télévisées. Une longue suite de bâillements prémonitoires et l’appel désespéré d’un lit de taille variable qui n’attend que le corps fourbu du travailleur helvète lève-tôt standard annoncent très vite l’heure du repos du guerrier jusqu’à la diane de 6.00 heures et un nouveau matin qui chante allègrement.

D’où ma question, très intéressée : vu les bouchons dans les villes et sur les autoroutes, matin et soir, toujours aux mêmes heures, pour aller au et revenir du travail, et vu les cohues, de 20.00 à 23.00, dans les magasins Migros et Coop des grandes gares suisses, alors que dans le reste du pays les magasins sont fermés depuis 19.00, est-ce qu’il n’y aurait pas lieu de fluidifier tout ça en permettant aux lève-tard de se lever tard et de travailler plus tard, ce qui favoriserait, par la même occasion, une permanence plus étendue dans certains services, notamment à l’administration ?

La berline d'Isaac de Pictet (1789)

La Genève épicurienne de l’historienne Corinne Walker

MAIS QUE FONT LES PASTEURS ?

Vous avez toujours pensé que Genève était un nid de puritanisme calviniste ? Que depuis des siècles on y a suivi à la lettre des règles somptuaires ressemblant à des ‘fatwas’ imposées par des générations de pasteurs ? Détrompez-vous : on ne peut être à la fois censeur et au courant du dernier cri – les pasteurs n’arrivaient pas à suivre !

Vous me rétorquerez que Genève, ville-état, et République indépendante sur près de trois siècles (une sorte de Monaco calviniste et prospère entre Suisse et France) est pourtant fameuse pour ses terribles lois interdisant toute frivolité et, par extension,  tout ce qui est plaisir, le plaisir étant par excellence une tentation du diable.

Vous me ressortirez un D’Alembert, qui, dans son article Genève de L’Encyclopédie, notait : « Des lois somptuaires défendent des pierreries et de la dorure, limitent la dépense des funérailles, et obligent tous les citoyens à aller à pied dans les rues […] On ne souffre point à Genève de comédie ; ce n’est pas qu’on y désapprouve les spectacles en eux-mêmes, mais on craint, dit-on, le goût de parure, de dissipation et de libertinage que les troupes de comédiens répandent parmi la jeunesse ».

Pas si simple.

GENÈVE, SES CHEFS-D’OEUVRE, SES CROÛTES

 La facétieuse historienne Corinne Walker, fouilleuse invétérée d’archives de toutes sortes (procès, inventaires, correspondances privées, etc.) et dénicheuse hors pair d’illustrations ou de tableaux improbables (croûtes ou chefs-d’œuvre) démontre, en comparant images et textes, que la réalité officielle était non seulement assez loin de la réalité vécue, mais qu’en plus, si les lois se succédaient avec autant de régularité, et toujours en retard d’une mode, c’est bien que les riches et les puissants n’en faisaient qu’à leur tête. Et pas seulement : la plèbe avait aussi tendance à tirer sur la corde…

Dans des livres magnifiquement illustrés, ainsi que dans de nombreux articles aux titres délicieusement frivoles –  Dentelles et jeu des apparences aux XVIIe et XVIIIe siècles ; Du plaisir à la nécessité. L’apparition de la lumière dans les rues de Genève à la fin du XVIIIe siècle ; Des couleurs et des sons. Le goût des arts à Genève au XVIIIe siècle… – l’historienne genevoise, d’une plume élégante, sensuelle et souriante (tout le contraire du calvinisme) fait revivre cette Genève dont on ne parle jamais, qui aimait les arts, se piquait de musique, et suivait de très près la mode européenne, française et anglaise, surtout.

C’est ce qui ressort de sa passionnante Histoire de Genève : de la cité de Calvin à la ville française (1530-1813)

 LES GENEVOIS : DES FASHION VICTIMS

 « Contrairement aux consommations alimentaires qui, en dehors des allusions aux festins et à la vaisselle, n’ont pas donné lieu à une réglementation somptuaire spécifique, les habits sont une véritable obsession pour les magistrats. Pas une année ne se passe sans que les nouveautés vestimentaires ne soient discutées par les conseils. Mais on a beau en appeler à la modestie, la fantaisie surgit partout et l’imitation est maîtresse des comportements. On a beau rêver d’un ordre immuable, la mode change sans que les lois somptuaires n’y puissent rien. Pire encore, elles ont un effet contraire à celui qu’elles visent, car pour leur échapper les tailleurs, les dentellières, les passementiers et les marchandes mode rivalisent d’imagination. Le goût de l’éphémère s’impose contre celui de la permanence. Les plus riches prennent l’habitude de changer d’habits selon les saisons, voire selon les heures de la journée ; les vêtements sont sans cesse raccommodés et transformés au goût du jour avant d’être donnés aux domestiques. »

LES PASTEURS INTERDISENT LES ROBES DÉPASSANT 2M75 DE CIRCONFÉRENCE !

« (…) Comme ailleurs on suit à Genève la mode française, puis la mode anglaise qui s’accorde mieux aux nouvelles exigences de confort. Au XVIIe siècle, c’est l’habit masculin, plus coloré et plus orné que celui des femmes, qui est au centre des discussions. On évoque les broderies d’or et d’argent des gilets, les manteaux de couleur rouge vif, les vestes de velours doublées de soies colorées, les coûteux rubans ou les longues perruques, mentionnées dans les ordonnances entre 1676 et 1710. La fantaisie de la mode féminine, elle, est d’abord liée aux ornements, aux mouches sur le visage ou aux extravagantes coiffures « à la fontange », véritables architectures de fils de laiton disposés en hauteur, où les cheveux sont entremêlés de rubans et de dentelles, que les pasteurs sont priés, en 1687, de dénoncer en chaire. Au XVIIIe siècle, les choses s’accélèrent, les étoffes aux motifs colorés se diversifient et les formes évoluent de plus en plus rapidement. Les décolletés s’ouvrent, les jupes se font « traînantes ». Dès leur apparition à Paris dans les années 1720, les « robes à la française » sont portées à Genève par les femmes de condition et bientôt par leurs domestiques. Ces robes susciteront de nombreux débats en raison des paniers qui leur donnent leur forme et qui, à mesure que l’usage se répand, prennent des dimensions de plus en plus imposantes (l’ordonnance somptuaire de 1739 limitera leur circonférence à deux aunes et une tiers, environ 2m75). »

À GENÈVE, ON VEUT DU FALBALA

 « Les coiffures sont toujours plus excentriques ; aux fontanges de la fin du XVIIe siècle succèdent les rubans, les plumes et les bouquets de fleurs artificielles dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et les innombrables parures qui, jusqu’aux tissus de gaze « parsemés de verre en très menus morceaux », attestent d’une infinie inventivité. Aux riches étoffes brodées, on préfère désormais les vaporeuses mousselines, les batistes transparentes, et surtout les cotonnades imprimées. Dans les années 1785 s’impose une plus grande sobriété. Les robes sont simplement nouées d’un large ruban de couleur, premières versions des déshabillés qui marqueront au début du XIXe siècle le retour au modèle antique en même temps qu’une éphémère libération du corps féminin. »

LA GENÈVE DU LUXE ET DE LA FRIVOLITÉ : UNE CONSTANTE 

On pense irrésistiblement à la lutte, millimètre par millimètre, des Iraniennes et de leurs foulards…

Corinne Walker arrive à faire renaitre tout un art de vivre insoupçonné et qui a plus d’une ressemblance avec celui d’une certaine Genève contemporaine, entre luxe tapageur, mouvements alternatifs et morale élastique (comme leurs gueules, diraient de mauvaises langues, vaudoises en particulier) – une Genève intime, raffinée, légère, passionnante et bien loin de la légende calviniste, en tout cas

Et surtout, une histoire de Genève joyeuse, quelquefois désinvolte, ironique souvent, et toujours précise et documentée – un régal de lecture !

  • Corinne Walker, Musiciens et amateurs : Le Goût et les pratiques de la musique aux XVIIe et XVIIIe siècles, Carouge/Genève : La Baconnière Arts, 2017
  • Corinne Walker, Histoire de Genève : de la cité de Calvin à la ville française (1530-1813), Neuchâtel : Alphil-Presses universitaires de suisse, 2014
  • Corinne Walker, La Mère Royaume : Figures d’une héroïne, XVIIe-XXIe siècle, Chêne-Bourg/Genève : Georg Éditeur et Société d’Histoire de la Suisse romande, 2002

    

‘La Famille Picot dans son salon à la Fusterie’, 1781 (Bibliothèque de Genève)
Jean-Étienne Liotard, ‘Service à thé’, 1781-1783

 

La voiture de sport d’Isaac Pictet (1789)

 

Théâtre en Suisse: è finita la commedia?

MOLIERE? MARIVAUX? LABICHE? FEYDEAU? GUITRY? CONNAIS PAS

Ça ne rigole pas beaucoup dans les grands théâtres de nos régions. Vous trouverez des pièces sarcastiques, et toutes sortes de pièces aigres-douces, quand ce ne sont pas des performances pleines d’ironie.

Mais des vraies comédies? Mais des vraies farces? Mais des vrais vaudevilles? Pour cela, à part le Théâtre de Carouge de Genève (momentanément inactif) et le Théâtre Kléber-Méleau à Renens (on rit encore du Bal des voleurs, de Anouilh, mis en scène par Robert Sandoz, de la saison passée, on se réjouit du Cyrano de Bergerac de la prochaine), il faut aller à Beausobre, à Morges, au Théâtre du Jorat à Mézières, à l’Octogone à Pully ou au Crochetan à Monthey, qui achètent les comédies clé en main à Paris, vu que dans nos régions, apparemment, Molière n’intéresse personne, ni Feydeau, ni Labiche, ni De Filippo et j’en passe de drôlissimes.

Je crois que la raison pour laquelle, en Suisse, et en Suisse d’expression française en particulier, on voit autant de pièces sombres, déprimantes, sinistres, à message, à thèse, à sermon, et si peu de vraies comédies où l’on rit aux éclats, est en partie due à un effet collatéral d’une culture qui reste imprégnée de protestantisme.

Rire pour le plaisir de rire (le mot clé ici : plaisir) dans un monde cruel, voire apocalyptique, ce n’est pas convenable, ce n’est pas moral, c’est inacceptable, et d’autant moins acceptable si en plus on ne dénonce rien de particulier sinon des ridicules et des travers humains liés à des conventions de toute sorte et ce malgré un vanitas, vanitatum et omnia vanitas qui reste pourtant un des piliers du christianisme et un des rouages essentiels de toute comédie qui se respecte…

SOYONS TRISTES, C’EST PLUS FACILE (ET PLUS RENTABLE)

Il me semble qu’il y a cette différence fondamentale entre les genres dramatiques qui font qu’il est beaucoup plus facile pour un metteur en scène de dépoussiérer et de s’approprier un drame, une tragédie, en les déstructurant.

Sur les affiches, on va lire des choses du style : Phèdre de Racine, adaption libre de telle ou tel (vanitas, vanitatum et omnia vanitas, on y revient…).

On va mettre le texte au goût du jour, faire des parallèles avec le monde contemporain, lui faire dire d’autres choses, l’utiliser pour sensibiliser le peuple, lui imprimer une marque de mise en scène, en faire un véhicule pour CV artistique…

On pourrait simplement et honnêtement – mais c’est très rare, je ne vois qu’Omar Porras faire ce travail dans nos régions, tant pour la comédie que pour la tragédie – reprendre le texte à zéro et tâcher d’interpréter de manière fraiche une oeuvre souvent enfouie sous des monceaux d’interprétations et quelquefois de conventions et de mauvaises habitudes, consacrées par la tradition.

C’est que la comédie, souvent prétexte à caricatures, à portraits, à descriptions de milieux, supporte beaucoup moins bien les adaptations, les mises à jour, ou les essais d’équivalence, non tant parce que l’oeuvre est ancrée dans une réalité historique et sociale impossible à changer que pour des questions de rythme, d’équilibre, de contrastes internes.

A LA COMEDIE, LE TOPO C’EST LE TEMPO

Car la comédie, c’est d’abord du rythme, que ce soit Molière, Feydeau, Courteline, Guitry ou Dubillard, il y a un travail sur la confrontation et la répartie, sur les contrastes cocasses, dans des contextes donnés qui font que si on les manipule trop, on déséquilibre très vite la dynamique interne de l’oeuvre, on alourdit tout et ça ne marche plus.

Ceci explique aussi pourquoi, dans tous nos grands théâtres, à Genève comme à Lausanne, les rares productions de comédies qui nous sont proposées le sont dans des mises en scène hideuses, et au dixième degré minimum, les metteurs en scène se rendant compte très vite (et trop tard, malheureusement pour nous) qu’ils ne peuvent pas, justement, adapter l’intrigue et la récupérer à leur profit aussi facilement qu’ils peuvent le faire pour la tragédie.

D’où cette navrante série de productions de Molière, de Labiche, et même d’auteurs contemporains pourtant protestataires comme Brendan Behan ou amoraux comme Joe Orton, qui ont su pourtant amuser et faire réfléchir toutes sortes de publics pendant plusieurs siècles, et qui ne font plus rire du tout (leurs auteurs doivent se retourner dans leur tombe) dans des productions absolument sinistres et totalement dépourvues d’humour.

PLEURER DE RIRE POUR NE PAS PLEURER TOUT COURT

Rappelons-le, la comédie est un art noble, profond, très ancien, au théâtre comme au cinéma ou à l’opéra. Le grand Giorgio Strehler l’a bien compris et a su lui rendre ses lettres de noblesse : sa mise en scène des Nozze di Figaro de Mozart (restée une référence) a renouvelé et modernisé son interprétation, lui a donné une autre profondeur, tout en la rattachant, entre autres, à la grande tradition de la Commedia dell’arte dans une scénographie moderne et raffinée où l’ingéniosité en trompe-l’oeil du grand scénographe Pizzi a fait des merveilles – une mise en scène qu’on redonne régulièrement dans tous les grands théâtres du monde.

Ces mêmes Nozze di Figaro, le brillantissime Jean-Pierre Ponnelle, tant sur la scène qu’au film, a su tout aussi élégamment les moderniser tout en gardant la dimension et la hiérarchie sociale qui sont le moteur de l’oeuvre, chez Beaumarchais, en particulier, notamment, dans la version cinéma, par un jeu de focales, dans la scène où Figaro, pour protester contre le droit de cuissage que le Comte s’arroge sur Susanna, la promise de Figaro, organise une manifestation contre les abus de pouvoir (on se croirait à la CGT en costume dix-huitième, l’effet est irrésistible), ou dans celle où le Comte, jaloux et ivre de rage, chante son air paranoïaque, soupçonnant (avec raison) tout son entourage de vouloir l’entourlouper.

Hélas, il faut bien le constater : la comédie, la vraie comédie, manque aujourd’hui partout : on cherche trop à penser, à vouloir dénoncer, à utiliser les oeuvres pour leur faire dire des choses qui ne sont pas adéquates pour elles.

Et pourtant, ce début de vingt-et-unième siècle, sinistre à souhait, n’aurait-il pas justement besoin de retrouver cette légèreté profonde et insouciante à la fois, cet art de la comédie qui fait qu’on remet tout en perspective, y compris la laideur du monde ?

‘Le rire est le propre de l’homme’ écrivait Bergson. Et Satie, tout aussi philosophe, concluait une de ses conférences sur L’Esprit artistique par ces mots : ‘Notre métier, faire du neuf avec du vieux’.

Swisscom et la modernité

Je ne sais pas quel écrivain du début du XXe siècle (Proust ? Morand ? Cocteau ?) citait volontiers cette phrase d’un aristocrate de l’époque au sujet de la nouvelle invention du téléphone : « Alors on vous sonne et vous répondez, comme un laquais ? »

Aujourd’hui, on répond comme des laquais au téléphone, à whatsapp, à Messenger, aux SMS, et impossible de se déplacer sans son cellulaire, dont le nom exprime bien la contrainte…

Et ne parlons pas de tous ceux qui travaillent en flux continu et se stressent avec le sentiment de faire partie d’une élite parce qu’ils ont un matériel électronique d’avant-garde qui les maintient dans un esclavage relooké façon série américaine branchée.

Technologie sans fil, qu’ils disaient

On capte le wifi, le “sans-fil”, partout, mais on reste bloqué avec d’autres fils, ces nouveaux cordons ombilicaux que sont les oreillettes-micros et l’indispensable chargeur, vu la qualité déplorable des batteries : combien de recharges quotidiennes d’appareils perpétuellement déchargés et censés nous servir et même nous sauver en toutes circonstances…

On ne dira jamais assez combien la technologie d’aujourd’hui, loin de nous libérer et de nous faciliter la vie, nous oblige à transporter tout un encombrant matériel qui enrichit les multinationales électroniques et les opérateurs milliardaires.

Rappelons, par exemple, que Swisscom ne s’intéresse absolument pas à l’abandon de la très rentable surtaxe sur les appels et échanges de données en itinérance alors qu’au sein de l’Union européenne les frais de roaming sont abandonnés dès le 15 juin 2017.

Swisscom et le ticket virtuel

Des bénéfices pharamineux que Swisscom met à profit pour soigner sa vitrine technologique, toujours dernier cri: quand on arrive dans une des boutiques de l’opérateur pour un quelconque problème, on vous demande votre nom, qui est entré sur une tablette hightech et mis sur une sorte de liste d’attente virtuelle – c’est la liste qui est virtuelle, précisons-le –, une liste que chaque employé consulte ensuite sur sa propre tablette une fois libéré de son client en cours (tant les performances de l’employé que les demandes de l’abonné sont évidemment enregistrées dans les multiples bases de données de l’entreprise).

On avance peu à peu dans la liste jusqu’à être servi, en se demandant, tout de même, si toute cette ingénierie était si indispensable, et si un simple distributeur à numéros, comme à la poste ou au rayon fromage, n’aurait pas pu tout aussi bien faire l’affaire, tout en économisant de l’électricité et des procédures.

La modernité, il faut que ça se voie et que ça se paie.

Nom : Gardi Hutter. Profession : clowne

Dans ce pays aussi parcimonieux en argent qu’en compliments, et aussi avare en reconnaissance qu’en admiration, on est toujours surpris de voir combien d’immenses artistes qui seraient ailleurs des fiertés nationales et des stars qu’un pays orgueilleux afficherait comme preuve de son excellence sont considérés au mieux comme des saltimbanques, au pire comme des demandeurs de subventions…

Il faut le dire et le redire : Gardi Hutter est l’une de nos plus grandes artistes de scène, dans la lignée et la grande tradition des clowns suisses universels – je ne parle pas des politiciens – un Grock, un Dimitri, qui savent à la fois faire rire, sourire et attendrir tout en donnant l’air de s’amuser avec leur personnage créé de toute pièce et qu’on retrouve à chaque fois comme on retrouverait l’amuseur de la famille, dans des univers qui leur sont particulier et qu’ils partagent avec tout leur talent et toute leur générosité.

Souris, souris : tout un fromage !

C’est au Théâtre Benno Besson d’Yverdon-les-Bains que l’extraordinaire Gardi Hutter présentait jeudi soir son nouveau spectacle Souris, souris, où tout est drôle, tendre, enfantin, et futé.

Le titre, d’abord : on peut le prendre dans le sens de « Fais un sourire, souris », ou d’un doublement du fait de sourire, ou de l’animal – et c’est bien de souris, et de sourires, et de rires aux éclats qu’il s’agit, puisqu’on suit les aventures et les mésaventures d’une souris dont toute la famille a été prise au piège par une souricière où se trouve un énorme et merveilleux fromage, au milieu de la scène.

À partir de là, c’est un festival de péripéties pour accéder à ce fromage sans se faire prendre au piège, puis de protéger ledit fromage de la convoitise des autres, tout en en convoitant un encore plus grand avec l’assistance du public…

Sitcom clownesque et universel

Tout comme ses fabuleux spectacles précédents (Jeanne d’ArPpo, La Couturière, La Souffleuse), tout fonctionne comme un sitcom : une situation de base, et ensuite tout ce que cette situation de base peut susciter de difficultés pour obtenir ce qu’on veut, avec cette différence que tout est grossi par les clowneries, dans le sens noble du terme – le gros nez, la tignasse hirsute, les rondeurs, les haillons, les petites manies, les détails fantasques, les enfantillages, les interactions avec le public, les attitudes, les onomatopées – qui font de ce spectacle une merveille de drôlerie.

Sachez-le : Gardi Hutter et son personnage de scène, cette femme qui a un faux air de Mme Mim, la sorcière du Merlin de Disney, tournent dans le monde entier et font rire autant les Chinois, les Latino-Américains que les Européens. Sous ses multiples avatars, cette sacrée bonne femme affronte un monde qui se rebelle contre elle, et le fait en toute humanité, mauvaise foi comprise.

On rit aux éclats, on se remémore nos inventions enfantines, on s’amuse en allant de surprise en surprise – le spectacle en a plein en réserve –, tout est cohérent, structuré et libre à la fois, jusqu’à un striptease final, où malgré l’astuce dévoilée, on reste enchanté par ce petit bout de bonne femme et cet immense talent.

Aux CFF: épargnez-nous les détails!

Dans ‘Si Dieu était suisse’, Hugo Loetscher racontait une histoire qui lui était arrivée dans un immeuble où il avait habité : ayant décidé de ne pas faire sa lessive dans l’immeuble, il avait expliqué à la concierge qu’il n’avait pas besoin de la clé de la chambre à lessive et qu’il cédait son tour à quelqu’un qui en aurait besoin. Mais la concierge ne l’avait pas entendu de cette oreille : il était prévu dans le règlement de l’immeuble que chaque locataire avait son tour pour faire ladite lessive, et donc il était rigoureusement interdit de sauter son tour, sinon ça désorganisait tout.

Ce matin, dans l’attente de mon train sur un quai gelé de la gare de Genève, je me suis souvenu de cette histoire et de ce qu’elle révélait d’excès de zèle, d’esprit de système, de besoin d’exhaustivité, de maniaquerie, diraient certains.

C’est qu’on annonçait l’arrivée du train.

Les Chemins de fer fédéraux, pour être sûrs que les usagers montent bien dans le wagon dévolu à leur classe sociale, à leur revenu ou simplement aux privilèges liés à leur abonnement ou à leur billet, font entendre l’annonce suivante : « Train au départ de Genève pour Nyon, Morges, Lausanne, Brig… 1ère classe, secteur A et B, 2e classe, secteur A, B, C et D ».

Rappelons que les quais de gare suisses étant de toute façon divisé en quatre secteurs, A, B, C et D, si on veut monter dans un wagon de 2e classe on a l’embarras du choix.

Une annonce disant simplement « 1ère classe, secteur A et B » aurait été amplement suffisante, d’autant que les chiffres sont assez visibles sur les wagons, mais c’est comme s’il était impossible aux usagers de déduire par eux-mêmes que si la 1ère classe se trouve dans une partie des secteurs A et B, les wagons de 2e, par élimination, se trouvent forcément dans tout le reste du train, y compris dans les secteurs A et B.

Sans parler de la panique qui, sans précisions préalables des Chemins de fer fédéraux, s’empare de l’angoissé chronique suisse quand il ne sait pas à l’avance de quel côté de la voie « dans le sens de marche » (gauche ? droite ? tout est politique) il va pouvoir sortir, ces annonces détaillées de secteurs seraient-elles à mettre sur le compte d’une terreur viscérale d’usurper la place d’un usager de 1ère classe ?

Ou alors seraient-elles dues au fait que l’autochtone est si habitué à ce que les Chemins de fer fédéraux lui précisent tout dans les moindres détails (et en quatre langue minimum) qu’il panique s’il doit réfléchir, se fier à ses sens, ou pire, se renseigner ?

Rien que d’y penser, ça m’angoisse.