Climat, les compagnies aériennes doivent aller de l’avant !

Nous l’avons vu dans les articles précédents, la lutte pour des économies de carburant et donc une limitation toujours plus drastique des émissions de CO2 est en soi une priorité depuis longtemps au sein de l’industrie de l’aviation.

L’aviation commerciale sous-pression

Des aéroports en sous-capacité, un ciel embouteillé, des pilotes et des contrôleurs aériens en nombre insuffisant, une menace terroriste accrue, des protectionnismes qui montent en puissance.  Les obstacles à la croissance du transport aérien sont nombreux. Mais c’est bien la réduction significative de son empreinte carbone pour espérer arriver un jour à une aviation totalement « verte», qui constitue le plus grand défi de l’aviation pour les prochaines années et décennies.

Pour Alexandre de Juniac, directeur général de l’Association internationale du transport aérien (IATA), la pression sociale s’accentue chaque jour davantage sur ce secteur, accusé de ne pas prendre sa part dans la lutte contre le réchauffement climatique. Notamment en Europe, où ce sentiment ne cesse de se développer, comme l’a montré la progression des partis écologistes aux dernières élections européennes. Les appels à la taxation du kérosène et au remplacement de l’avion par le train sur les trajets les plus courts, se multiplient, quand ils ne poussent pas à ne plus voyager en avion.

Salon du Bourget, des solutions pour les transporteurs aériens

La dernière édition du Salon du Bourget à Paris a été très interessante en ce qui concerne le prise de conscience face aux attentes en faveur du climat. Des opportunités s’offrent plus que jamais aux transporteurs qui vont devoir affronter des attaques en continu sur le sujet.

De nombreuses solutions ont été présentées au Bourget (dont certaines évoquées ici dans des articles antérieurs), notamment l’arrivée de biokérosènes à base de compost ou celui développé chez nous en Suisse par l’EPFZ, le carburant solaire. Les nouvelles directives d’approches, la suppression des plastiques jetables en cabine sont autant d’actions qui vont être bénéfiques pour le secteur.

Un nouvel élément tend à crisper les compagnies aériennes, en la menace de la taxe kérosène. Nous l’avons vu, cette taxe bien utilisée pourrait avoir un effet positif au final sur l’avenir de l’aviation commerciale. Mais pourrions-nous l’éviter ? Telle était une question posée au bourget cette année.

L’opportunité manquée des compagnies aériennes

Sous pression, les compagnies aériennes sont aujourd’hui sur la défensive. Pourtant, elles avaient  une occasion en or de prendre « l’avion en vol » en optant une stratégie d’avant-garde. En effet, il suffisait de se lancer dans la compensation intégrale des émissions de CO2. Avec une telle action, qui serait encore possible, les transporteurs aériens verraient leur image actuelle se changer en acteurs actifs et responsables de la lutte contre le changement climatique. Evidemment, cela ne serait pas suffisant et il y aurait encore beaucoup à faire. Pourtant, en matière d’image, il sufit parfois de peu pour changer la perception extérieure.

Les actions urgentes à prendre

Les compagnies aériennes font de leur mieux pour remplacer les flottes d’avions anciens par de nouveaux modèles plus économiques en carburant, certifiés pour les biokérosènes, adaptation des approches rapides sur les aéroports. Il est maintenant devenu urgent d’agir avec les nouveaux outils qui se profilent :

  • Compensation des émissions de CO2 avec l’introduction d’une taxe sur le billet d’avion qui se monterait à 5 ou 6 francs suisses pour un vol européen en classe économique et de 220 francs suisses pour la classe affaires.

 

  • Demande accrue pour le biokérosène dans les aéroports.

 

  • Supression des plastiques jetables et utiilsation de produits réutilisables ou biodégradables.

 

En agissant ainsi, les transporteurs effectueront plus en faveur du climat et contribueront ainsi à une amélioration de l’image actuelle. L’occasion pour les compagnies de changer également l’approche marketing vis-à-vis du client et donc valoriser plus seulement le prix du billet mais l’ensemble qualitatif et renouvelable de l’offre.

L’action passager

Dès aujourd’hui, le passager peut faire également changer les choses. Opter pour le billet à hauteur de votre bourse est en soi normal, mais pouvoir églement choisir son transporteur en fonction de sa flotte d’avions. Privilégier un avion de dernière génération sera plus responsable et écologique que de voler avec des aéronefs plus anciens. Dans un avenir proche, il sera également possible de consulter la liste des vols utilisant du biokérosène. Le voyageur va pouvoir jouer de plus en plus de son pouvoir en valorisant ses choix en faveur d’un « Greenflight ».

Comparatif des transporteurs les plus propres

En 2028, Atmosfair Airline Index a comparé les émissions de gaz à effet de serre des 190 plus grandes lignes aériennes du monde dans le but d’établir un bilan carbone. Pour réaliser ce comparatif et établir un classement, plusieurs facteurs ont été retenus : le type d’avion, la motorisation, l’utilisation de « winglet » au bout des ailes, le nombre de places assises, la capacité de fret et le taux de remplissage par vol.

L’étude démontre que les compagnies aériennes dotées de flottes récentes et modernisées se taillent la part du lion du classement. Les appareils les plus récents, comme le Boeing B787-9, l’Airbus A350-900 et l’A320neo, sont parmi les plus économes en carburant de l’industrie aéronautique.

Le classement des compagnies aériennes les plus performantes pour les vols long-courriers: 

1.Tui Airways
2. Air Canada
3. KLM
4. Avianca
5. Xiamen Airlines
6. LATAM Brasil
7. Air  China
8. Delta Airlines
9. Aeroflot
10. Chinese Southern Airlines

Compagnies ayant réussi à maintenir leurs émissions de CO2 constantes  en 2018:

  1. Thaï Airways
  2. Finnair
  3. American Airlines
  4. All Nippon Airways

Plus forte baisse d’émissions de CO2 en 2018 :

  1. Lufthansa
  2. Swiss
  3. Emirates
  4. Etihad Airlines
  5. Japan Airlines

 

(Sources Atmosfair Airline Index)

 

 

 

Pascal Kümmerling

Pascal Kümmerling

Né à Genève en 1970, Pascal Kümmerling a, depuis l'adolescence , pour passion le monde de l'aviation. Après une licence de pilote privé au Canada, licence pro et finalement instructeur. Avec plus de 3'000 heures de vols et une quarantaine d'élèves formés, Pascal se lance dans l'écriture à travers diverses publications aéronautiques, conférencier à ses heures.

16 réponses à “Climat, les compagnies aériennes doivent aller de l’avant !

  1. “•Compensation des émissions de CO2 avec l’introduction d’une taxe sur le billet d’avion qui se monterait à 5 ou 6 francs suisses pour un vol européen en classe économique et de 220 francs suisses pour la classe affaires.”

    Sur quoi est basé ces chiffres ? En réalité, il est faux de chercher des solutions propres à chaque domaine et c’est bien pour cela que les populations ont le sentiments que l’aviation cherche encore à tirer la couverture vers elle: il fau t appliquer les même règles de taxation pour la circulation automobile (inclus les transports routiers), l’aviation et le transport maritime.

    Le seul moyen d’avoir un système juste, c’est d’utiliser la taxation carbone: tous les combustibles inclus les fuels sont taxés sur la base de leur émission de CO2 (voire y inclure des taxes supplémentaires pour d’autres polluants comme le soufre).

    Ainsi les compagnies aériennes auront la justification économique pour planifier le remplacement de leur avion.

    PS: au cas où vous l’ignoriez, la taxation de l’essence dans le transport routier se fait au litre et non au trajet. Pourquoi est-ce si compliqué d’appliquer les mêmes règles à l’aviation ?

  2. L’article du lien en rouge laisse entendre que le “Boum” est un incident… L’avion de chasse n’est pas autorisé à franchir le mur du sol pour agir dans des délais plus brefs en cas d’intervention ? Allô Monsieur Kümmerling, m’entendez-vous ? Pouvez-vous me répondre ?..

  3. @Olivier & Dominic ,

    Tout d’abord il faut savoir que notre espace aérien est traversé au quotidien par plus de 3’000 aéronefs par jours. Ce qui est énorme vu la superficie de notre territoire. Il arrive fréquemment que des incidents arrivent comme une panne radio, ce fur le cas aujourd’hui et le 5 juillet dernier avec un avion italien. mais d’autre s problèmes peuvent survenir, comme un problème moteur, un système de navigation déffecteux. On dénombre dans notre pays un peu plus de 200 évènements de ce genres par année, dont environs 20 à 25 considérés comme des “Hot Missions” soit un problème grave. L’interception de ce jour n’est donc pas anodine, mais reflète la réalité du ciel. Ce genre de missions vont augmenter avec la dispositions 24/24 de la police du ciel et de l’autre avec une augmentation du nombre d’avions dans notre ciel. Dans le cas du passage en vol supersonique ceux-ci s’effectuent généralement à une altitude supérieur à 10’000 mètres, mais il peut arriver pour des raisons d’urgences que le niveau de vol soit plus bas. Il faut également savoir qu’un jet de combat ne freine pas instantanément et que le passage du mûr du son peut aussi être effectué involontairement.

    1. Ah oui, me rappelle, à l’époque, Carrel avait fait pêter les vitres de la tour Lamunière (tamedia y bla).
      Me rappele plus si son transistor avait lâché, en revanche ?

  4. Pour aller vraiment de l’avant, les compagnies aériennes doivent, comme tous les autres acteurs économiques, internaliser les coûts externes. En clair, toutes les atteintes à l’environnement ont un coût, et quelqu’un doit s’occuper de la facture. Le fameux principe du pollueur payeur. Les surcoûts engendrés auraient un effet régulateur bénéfique sur la demande. D’aucuns seraient surpris de se rendre compte qu’au final, leur qualité de vie en bénéficierait. Il y urgence à faire réaliser au monde occidental que la surconsommation n’est pas un droit naturel inaliénable, et que vivre sciemment au crédit des générations futures est une honte.

    1. La facture du pollueur-payeur serait d’abord impossible à établir ou à ajuster, puisque les dégâts projetés dans le futur font l’objet d’évaluations extrapolées en rapport de la situation actuelle. Les taxes, ou « l’internalisation des coûts externes » vont dans le sens de faire payer au pollueur, et elles payent quoi ?.. Elles visent, dans l’esprit écologiste, à freiner l’usage de l’aviation commerciale, une solution simpliste qui en cache une autre : Casser ce moyen de transport, afin de rejoindre un idéal de vie irréaliste et éco-égoïste. Notre aviation se développe depuis plus de cent ans, elle ne concerne pas que les loisirs ! Elle est liée à notre qualité de vie en général, celui ou celle qui part en vacances participe toute l’année à cette pollution en achetant des produits importés par la voie des airs, son courrier, les déplacements des personnalités politiques à l’étranger, les missions de sécurité, etc. La qualité de vie de chacun est d’autre part indéniablement dépendante de la bonne santé des entreprises qui doivent pouvoir recourir à ce moyen de communication rapide, sans être pénalisées par des frais supplémentaires que les écologistes ne qualifient pas de punitifs, mais c’est en parfait accord avec leur vision restreinte et éloignée de la réalité. Nous sommes une population entière qui pollue, qui se dirige progressivement vers des solutions, qui investit dans le développement de la technique dans ce sens… Et arrivent en masse des personnes convaincues de détenir la clé permettant d’accéder le plus simplement du monde à des “bénéfices” assurés et profitables à tous. C’est une plaie !..

      1. Je vois la plaie ailleurs… L’aviation et les transports aériens ont sans doute aucun un rôle important à remplir dans notre société. Il n’est cependant pas responsable d’inclure dans ce rôle par exemple les compagnies low-costs qui incitent à des déplacements tout sauf nécessaires, et qui font une concurrence déloyale par rapport au rail. L’idéal de vie irréaliste est de penser que “la technique” va minimiser les dégâts et nous permettre de perpétuer notre train de vie destructeur sans aucun effort de notre part.

        1. @ Thierry Maeder

          Par votre lapsus révélateur, vous confirmez bien votre vision d’une aviation inutile, et l’avis pondéré par lequel vous tentiez de vous faufiler est passé à la trappe : “ont sans doute un rôle important à jouer (…) Il n’est cependant pas…” Vous pouvez évidemment ne pas tenir compte de “l’insignifiant lapsus” aucun/un que je relève. Vos paroles resteront ainsi fiable à vos oreilles, mais pas aux miennes…

        2. Thierry Mader, certains médias ont réussi à vous mettre certaines idées en têtes à ce que je lis de votre part. L’aviation commerciale a été dès sa naissance directement impliquée en ce qui concerne la réduction de la consommation de carburant, alors que l’industrie automobile et du chauffage à mazout et de la navigation ne s’en souciaient guère. J’en veux pour preuve les réductions de consommation effectuées depuis 50 ans de 14 litres par sièges au 100km nous sommes à 2 litres aujourd’hui et bientôt en dessous. Les autres industries peuvent-elles en dire autant ? La réponse est clairement Non.

          Et voyez-vous, la dernière étude publiée sur les émissions de Co2 démontrent que l’utilisation de Facebook, YouTube, Netflix envoient plus de CO2 par année dans l’atmosphère que l’ensemble des compagnies aériennes réunies. Ne vous tromper pas de cible SVP.

          1. Je ne suis pas contre l’aviation : c’est un monde qui me fascine et dont j’admire les prouesses techniques. Je n’ai pas dit que l’aviation est la seule responsable des problèmes climatiques. Je suis contre les excès et les visions trop simplificatrices. Quand on peut prendre l’avion direction la plage pour des prix ridicules, il y a quelque chose qui cloche. Trouvez-vous normal et juste que le kérozène ne soit pas taxé ? Notez au passage que malgré les progrès réalisés pour la consommation de kérosène, il reste (entre autres) le problème des trainées de condensation qui amplifient l’effet de serre.

          2. Cher Thierry Maeder, je pense effectivementque vous n’êtes pas un anti-aviation, mais que la problématique du climat retient toute votre attention. A juste titre d’ailleurs. Vous avez raisons de parler des trainées générées par l’aviation. Et bien les dernières études faites avec des biokérosènes montrent que ceux-ci permettent de diminuer de près de 50% ces trainées. Il manque maintenant une réelle volonté politique pour enfin permettre le mise en place de tels carburants. Certains pays ont de l’avance comme les USA et la Suède.

    2. @Thierry Maeder, Si vos propos sont recevables dans le fond, il y deux choses qui me dérangent en vous lisant. D’une part vous semblez totalement négliger les efforts et engagements actuels de l’industrie de l’aviation. Comme si celle-ci n’avait et ne faisait rien. Ce qui est faux. Oui, les acteurs que sont les compagnies aériennes peuvent encore faire plus et l’article, ici nous le démontre avec justesse.

      De l’autre vous avez cette verve culpabilisatrice en direction de l’Occident ? Oui, nous consommons beaucoup, trop certainement. Mais nous en faisons profiter aussi les autres dans différents domaines. Et au final, que veulent les autres ? La même chose que nous, et dans peu de temps, l’Orient, la Chine et l’Amérique Latines consommeront bien plus que nous Occidentaux. Voyez-vous, le problème n’est pas de nous culpabiliser comme vous le penser. Il s’agit au contraire de monter au monde quelles erreurs il faut éviter, en terme de pollution et d’objets réutilisables. Car votre culpabilité n’y changera rien.

      1. Les efforts de l’industrie aéronautique sont louables, mais somme toute insignifiants par rapport à l’ampleur du problème (comme le pompier qui lance un verre d’eau pour éteindre un incendie de forêt). Votre affirmation que la surconsommation de l’Occident profite aux “autres” est au mieux naïve, mais plus probablement liée à une vue du monde basée sur le court terme. Vous liez le développement technologique avec consommation excessive, ce qui n’a aucune raison d’être.

  5. Bonjour,

    Effectivement, j’abonde en direction de votre article. Vous avez raisons de montrer que le passagers peu influencer et faire des choix en matière de de réservation de vols. Et si cette manière de faire devenait un réflexe, elle aurait comme conséquence d’obliger ou de permettre d’améliorer encore plus la diminution de l’emprunte carbone de l’aviation. Pour ma part, je choisis depuis maintenant près de quatre années toujours les vols les plus directes et effectués avec un avions de dernière génération. Je compense également ceux-ci via une application. Pour m’a part je serais très heureux que cela puisse se faire automatiquement pour chaque vol. Je découvre grâce à vos articles que des compagnies optent pour des plastiques réutilisables ou des produits bio dégradable, je suis ravis et si cela est possible j’opterai très volontiers pour ces transporteurs. Merci pour toutes ces précieuses informations.

  6. Moi aimer les pilotes, car passionné.es, comme ceux y celles qui veulent aller sur Mars.

    La problématique est qu’il y a de la place pour tous, mais que l’on ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre (encore moins le joli sourire de la belle crèmière) et aller pour trente balles à petaouchnok, net d’impôt.

    Tous devons faire un effort, plus que grand, car là, la terre, les ressources, ça ne va pas le faire et ce ne sont ni les devins, ni les médias et encore moins les politiques qui en détiennent la clé.

    Mais toutes les études scientifiques qui corroborent toutes, ce qu’on dit depuis quarante (ans).

    Bon vol les amis et pfv, pas plané!
    🙂

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