Je suis finalement allée à la Fête des vignerons…Et pas qu’une fois !

Je vous avais annoncé que Moi non plus, je n’irai pas à la Fête des vignerons. L’idée de cet article est née lors d’un souper avec une amie, souper que nous avions accompagné de quelques bons verres de vin. Le lendemain, j’ai pris mon clavier. À midi, je balançais. Sans relecture ni avis externes.

L’article a explosé les records en termes de visites. Bon, en même temps, j’abordais les sujets qui fâchent : écologie, égalité, consommation d’alcool, transmission du patrimoine immatériel, choix stratégiques en fonction des sponsors sollicités…Seul Jésus a été épargné. Mon côté fille de pasteur sûrement. Ou mon insatiable admiration du message et des comportements que les Évangiles ont transmis à son sujet.

Et là…Un miracle a eu lieu

L’article a fait le buzz. Mais je n’étais clairement pas prête.  L’article a atterri sur l’écran des journalistes de Forum. Ils avaient besoin « d’une voix critique » pour discuter de « l’effet Federer ». En gros, en Suisse (et parfois ailleurs), notre amour d’un symbole national nous fait perdre (un peu/beaucoup) en lucidité.

La sagesse populaire dit qu’il n’y a que les cons [1] qui ne changent pas d’avis.

Ma première à la FEVI

J’ai donc accepté d’assumer le rôle de trublionne. En plus, le terrain de jeu était installé à côté de l’imposante arène de la FEVI, le public placé autour des cordons du plateau RTS, le match retransmis en direct sur écran géant et télévision.

À côté, Gstaadt fait pâle figure: je ne suis pas sûre que les cloches des supporters soient admises dans le public.

Je vous épargne la retranscription des arguments et autres coups droits. Je vous épargne également le ralenti sur les doubles-fautes d’un certain jeune homme sur ma droite à l’écran.

Voici en deux phrases le résumé du match. Rien de bien nouveau côté attaques et défenses. Résultat: la figurante, la vigneronne-tâcheronne et la trublionne ont fini par faire alliance pour remporter un match sans suspens.

Ma deuxième à la FEVI

Au vu des retours suite à l’article susmentionné, je souhaitais aller voir la FEVI de mes propres yeux. Histoire de confronter, voire conforter, mes arguments. Il me fallait donc rentrer dans l’arène. Seul hic à cette mission de tous les dangers: toujours le même, mon manque d’argent.

Malgré les appels du pied pour que l’on m’offre un billet, je n’ai rien reçu 😭😭😭. C’était sans compter sur la ténacité de mon amoureux. D’abord, il m’aime. Ensuite, il est Valdo-Fribourgois. Il voulait donc vibrer pour ce qui n’a lieu qu’une fois tous les 25 ans. Il a réussi à dénicher deux billets sur un site de revente très connu et m’a demandé si j’étais partante.

J’ai dit oui. Forcément.

Je suis venue, j’ai vu et j’ai…

…Eté impressionnée

Un peu à l’intérieur. En même temps, je ne suis pas objective : dur de rivaliser avec les 67’000 places du Vélodrome.

Et beaucoup à l’extérieur. Toute la Suisse semblait s’être donnée rendez-vous dans le centre de Vevey ce samedi soir. Problème: nous n’avions pas réservé de restaurants. Quelle folie de vouloir être spontané dans ses loisirs en Suisse, en particulier quand on vise les places to be.

Seul un bar marocain à moitié vide a pu pallier notre manque d’organisation. À défaut de fondue, nous avons savouré deux délicieuses bières et le meilleur kebab du monde. Et à défaut de danse folklorique vaudoise, j’ai échangé une cigarette contre les Amants de Saint-Jean. Nos partenaires de trocs: une chanteuse française accompagnée de son accordéoniste venu des mêmes contrées. Nous ne pouvions que danser. Priceless.

 

…Chanté

Un peu à l’intérieur. Merci au virage qui a lancé un « c’est à tribord qu’on chante le plus fort ». Merci au nôtre qui a répondu (et a eu le dernier mot).

Bien davantage à l’extérieur. Perso, je n’avais pas la motivation. J’avais déjà fait un festival à Neuch la veille, dormi en mode camping… et je n’ai plus 20 ans 😭😭😭. Mais, depuis ma place, j’ai entendu les chants de quelques festivaliers bien lancés.

Inutile de préciser que la différence de taux d’alcool dans le sang était plus que significative entre d’une part, les spectateurs du ON qui sont restés 3 heures sans alcool, et d’autre part, les spectateurs du OFF qui étaient bien lancés pour la plupart.

…Vibré

Beaucoup à l’intérieur. Merci la Ola qui a permis d’avoir une magnifique interaction entre les spectateurs. Merci à la poésie de Finzi Pasca et de son épouse, décédée bien trop jeune (R.I.P). Merci aux magnifiques figurants qui se sont investis sans compter. Merci à tous les animaux qui ont bravé leur stress pour nous réjouir de leurs prestations et de leur chouquitude.

Un peu à l’extérieur. La faute aux Neuchâtelois. Voir anecdote susmentionnée. Mais, croyez en mon expérience, je peux vous dire que c’est là que ça se passait!

…Pleuré

Un peu à l’intérieur. Merci au Rang des vaches et aux chorales d’enfants. Bien trop mignon pour mon cœur d’artichaut.

Un peu à l’extérieur. Mes jambes ne me portaient plus pour aller danser une fois le (long) spectacle fini. Voir anec…OK vous avez compris !

…Ris

Beaucoup à l’intérieur. Un exemple parmi d’autre: les cartes. Elles n’avaient clairement pas une chorégraphie facile. Mais les cartes qui ont bu parce que c’est samedi soir et qui doivent assurer jusqu’au bout : grand moment !

Beaucoup à l’extérieur. Oui je sais, un rien me fait rire…En même temps “une journée sans rire est une journée de perdue”.

…Encore beaucoup de questions en suspens

Mes amis plaisantent beaucoup sur mes questions existentielles. De mon côté, j’avoue que ce n’est pas toujours facile à vivre d’avoir des pourquoi style gamine de 3 ans qui découvre la vie.

Laissez-moi vous livrer quelques-unes de celles qui me trottent dans la tête depuis samedi soir. Peut-être pourrez-vous m’aider à y répondre?

Comment les 100 Suisses tiennent encore debout?

Tous les Securitas rencontrés m’ont dit que nombre de figurants étaient joyeux, voire carrément bourrés, ce samedi soir. Un des responsables avec qui j’ai fumé une clope [2] m’a même confié se demander “comment les 100 Suisses tenaient encore debout”.

“Sûrement grâce à leurs pouvoirs de Maîtres Jedi” lui ai-je répondu.

Mais je ne suis pas convaincue que ce soit la bonne réponse.

Je vous épargne le laïus « j’ai payé cher (enfin mon amoureux), c’est pas pour voir des mecs bourrés en costume de Jedi ! Et quelqu’un peut m’expliquer le rapport de l’armée avec le travail de la vigne censé être mis en avant d’après le prospectus de la FEVI ?! ».

Je passe directement à ma prochaine question.

Pourquoi avoir été soooo XXème siècle côté écolo?

Swiss et Nestlé font partie des « partenaires principaux » de la FEVI [3]. Traduction: ils font partie des acteurs privés qui ont fourni le plus gros morceau du camembert.

La sagesse populaire, en plus de m’éviter d’être con (voir début de l’article pour ceux qui ont du mal à suivre), avance que l’argent est le nerf de la guerre.

Le respect de cet adage expliquerait-il pourquoi il n’y a eu quasi-aucune visibilisation de la viticulture biologique au cours de la FEVI ? Et cela alors même que 20% du vin bio Suisse est produit par le canton de Vaud ? Et que le bio ne cesse de progresser dans les ventes de la grande distribution alors même que le secteur du vin est en crise?

La confrérie a-t-elle voulue respecter la sagesse populaire ?

Vous me répondrez que côté écologie, la FEVI était au top côté tri. Je sais maintenant répondre par coeur à la question  “combien de litres d’eau dans le lac pollue un mégot?”

© Ville de Vevey

Merci à la Ville de Vevey, Summit Foundation et l’Association pour la sauvegarde du Léman qui sont à l’initiative de cette campagne. Et c’est bien connu: tant qu’on trie, on peut consommer la conscience tranquille. 

Aura-t-on le courage de freiner un coup sec et donner un coup de volant pour éviter de se prendre un mur?

Avant toute chose, rappelons qu’il y a urgence climatique et que le virage est à prendre MAINTENANT.

Rappelons que Vevey était la place to be cet été pour les décideurs politiques, médias, associations et autres 400’000 spectateurs.

Rappelons que le changement de cap de notre Titanic humanitaire ne peut avoir lieu que si les commandants le décident.

Rappelons que mettre quelques dizaines d’étourneaux et autres vaches sur un plateau LED (le tout magnifique par ailleurs), ne suffit pas pour se rallier à la cause de l’urgence climatique.

Une fois rappelée ces quelques faits, voici ma dernière question (après, promis, j’éteins mon ordinateur). Y a-t-il (eu) une absence de volonté de la part de la Confrérie (et/ou d’autres « partenaires ») de prendre le virage écologique?

Précisons, si tant est que ce soit nécessaire, que ce virage est réclamé depuis des dizaines d’années sur terres vaudoises. Hier, par quelques vignerons traités d’illuminés par leurs voisins. Aujourd’hui, par des milliers de personnes dans la rue. Demain, par nos enfants qui crèveront de chaud chaque été sur la Rivieira.

 

Notes

[1]Le genre féminin est adopté quand je parle de moi. Pour le reste, le genre masculin est adopté lorsque le neutre n’était pas possible. Ce choix a été fait afin de faciliter la lecture. Cela n’a aucune intention discriminatoire. Pour des raisons d’égalité dans la représentation des deux genres, le genre féminin sera adopté dans le prochain article lorsque le neutre ne sera pas possible.

[2] Oui, je sais c’était interdit de fumer dans l’enceinte de l’arène. Sauf que j’ai été obligée de snaker le système pour avoir ma dose.

[3]Voir la liste officielle de la FEVI.

La Suisse ne souffrira pas du réchauffement climatique

La Suisse se réchauffe plus vite qu’elle ne le devrait. C’est un fait scientifique. Depuis lundi, elles [1] sont 440 grévistes venus de 38 nations pour une semaine d’échanges avec des scientifiques qui disent vouloir mettre leurs savoirs au service de l’humanité. En tête de lice, cette chère Greta Thunberg.

Mais, si les faits démontrent que la Suisse se réchauffe, je vous annonce qu’elle ne souffrira pas.

Je demande donc d’arrêter toute action visant à faire dévier notre Titanic humanitaire de sa trajectoire

Je refuse en effet qu’une partie de la population – hier infime, aujourd’hui fourmillante – consacre son temps, son argent et son énergie pour déranger nos consciences en plein été, période de l’année où on peut enfin prendre son pied en Suisse.

De toute façon, au vu de l’inertie des commandantes de notre embarcation, je suis prête à parier beaucoup de cash que notre Titanic n’arrivera pas à éviter l’iceberg du réchauffement.

Et sachez que je n’en ai cure. J’ai travaillé toute ma vie pour être en première classe sur ce Titanic. Mon but ultime est d’avoir les moyens de réserver un bateau assez confortable et sécurisé pour naviguer seule en cas d’impact😎😎😎.

Ce n’est pas de ma responsabilité ni de ma faute si certaines personnes n’ont pas assez bien géré leur argent de manière à anticiper tous les risques. Y compris celui de l’iceberg qui nous arrive en pleine gueule #OMGjecrevedetrouille.

De toute façon, quand j’aurai rejoint mon Yacht, je ne verrai plus ces misérables qui tentent de survivre sur leurs planches en bois. J’amarrerai au premier port venu et décollerai pour rejoindre ma chère patrie.

Je suis d’ailleurs très heureuse que la Suisse se réchauffe…

J’ai grandi à Marseille et suis amoureuse du climat méditerranéen. Dans quelques années, plus besoin de voler jusqu’en Croatie en fin de printemps ou début d’automne pour me dorer la pilule. La Croatie sera en Suisse.

Six mois par année, je pourrai me baigner sur des plages où je me sens en sécurité : le pied ! Ah mais zut ! Comment ferai-je pour les semaines de canicule comme je les ai connues enfant ? À l’époque, je venais me réfugier à Moutier chez mes grands-parents histoire de récupérer de nuits raccourcies par une chaleur étouffante et respirer un air moins pollué.

J’oubliais. Je ne compte pas déménager de Suisse. Donc, j’aurai de l’argent. Je ferai comme je l’ai appris aux Etats-Unis. Je mettrai un climatiseur dans ma maison et achèterai une voiture. Ainsi, je n’aurai pas à vivre les volets fermés toute la journée, ni à marcher sous un soleil de plomb pour prendre mon bus, ni à supporter les odeurs de poubelles moisies par la chaleur.

D’ici là, les entreprises se seront adaptées et j’aurais un bureau climatisé bien agréable. J’aurais peut-être même encore assez d’argent pour servir quelques bières et glaces aux personnes qui travaillent à l’extérieur et qui, puisqu’elles viennent pour la plupart de pays chauds, ne devraient pas souffrir autant que moi.

Et quand il fera vraiment trop chaud, je m’achèterai un billet pour le Grand Nord et prendrai une Villa avec piscine afin de reposer mon corps éprouvé par la chaleur.

…D’ici là, j’aurai la clim et un bateau 

Certes, je regretterai le cycle des saisons. Je l’ai tout particulièrement apprécié en arrivant à Genève en octobre 2003. Cet automne-là, j’ai découvert le concept du stratus. Vous savez, ce brouillard où vous ne voyez pas à cinq mètres. Mais au moins, je n’aurai  plus à subir Madame la Bise qui fouettait mon visage en traversant la plaine de Plainpalais et traversait mon manteau provençal extrêmement mal adapté à la violence de cette dame. Le soleil automnal sera plus radieux et le vin meilleur.

On arrivera à Noël sans neige. Pas de souci : j’achèterai un mini canon à neige pour nourrir ma nostalgie. Et pour le ski, ce n’est pas si grave, j’ai eu beau persévérer, il est encore difficile pour moi de trouver du plaisir à faire la queue au télésiège après ma semaine de travail.

Je me mettrai à la peau de phoque et suivrai les traces des personnes qui auront fait le même choix que moi. Mais pour une autre raison : le manque de neige en basse altitude. On sera de plus en plus nombreuses à aller se ressourcer de plus en plus haut.

Certes, les animaux seront perturbés par ces arrivées massives. Mais bon, nos bêtes ont l’habitude de s’adapter aux être humaines que nous sommes. Elles le font depuis la nuit des temps donc pourquoi changer une équipe qui gagne ?

Les pins, qui auront remplacé nos hêtres et chênes, ajouteront une pointe de vert dans notre paysage hivernal. Puis le printemps arrivera.

 

Oui, je sais, ma vie sera dure #dontbejealous

Je l’attendrai avec moins d’impatience et aurai une joie moins intense à voir éclore les premiers bourgeons. Mais cette source d’émerveillement sera remplacée par mon bonheur de naviguer sur le Léman, une bouteille de Rivella ou Coca-Cola bien fraîche à la main, et les montagnes verdoyantes à l’horizon.

Oui, parce que d’ici là, j’aurais mon propre bateau. J’aime la vitesse alors je le veux rapide. En plus, je travaillerai certainement loin de chez moi et aurai subi les embouteillages toute la semaine. Alors le soir et le weekend, je voudrai évacuer ce stress accumulé et appuyer fort sur les gaz pour m’isoler au milieu du lac. J’ai déjà appris à ne pas jeter mes mégots à l’eau et à ramener ma bouteille PET dans la bonne poubelle. Ma conscience sera tranquille!…

Merci de ne pas déranger ma conscience quand je prends soin de moi

Enfin, tranquille…Je serai plus âgée et aurai mes petites habitudes : le téléjournal pendant mon repas. J’aurai quelques petits soubresauts de pitié en voyant mes frères et sœurs marseillais souffrir encore plus durement qu’aujourd’hui. Mon cœur se serrera à l’évocation des gens fuyant l’avancée du désert, la montée des eaux ou la perte de leur habitat amazonien. Je mangerai une bonne glace Smarties ou Ben & Jerry’s pour me consoler.

À ce propos, j’espère que j’aurai encore accès à ces géants de l’agroalimentaire pour me préparer des bons petits plats surgelés. Mais surtout que leurs entreprises continuent à nourrir l’économie suisse, ceci afin d’assurer à moi et mes compatriotes assez de moyens financiers pour faire face sans souffrance au réchauffement climatique.

 

Au pire du pire,  je mettrai mon meilleur des pires pull de Noël pour aller à la plage

Certaines vont me dire que je rêve : jamais je ne connaîtrai le climat méditerranéen en Suisse.  D’autres me diront que j’exagère mais que je n’y suis pour rien. Que c’est la faute à Greta Thunberg qui a lavé mon cerveau.  Une pauvre adolescente paumée qui, telle une Pinocchio des temps modernes, se fait actionner les ficelles par Gepetto. Il tire sur ses connexions neuronales, anime sa bouche et actionne son mégaphone. Dans la peau de Gepetto, vous aurez évidemment reconnu le méchant et cruel GIEC & Cie.

À ces mises en garde, je réponds que je suis de nature optimiste : la Suisse arrivera un jour à la hauteur du sud de la France. Et mon côté pragmatique fait que je prévois toujours un worst-case scenario. Dans le cas qui nous occupe, ce serait apprendre, dans quelques décennies, que toutes ces scientifiques, politiciennes, activistes et autres citoyennes se sont trompées dans leurs calculs ou ont été manipulées par Gepetto & Cie, ou ont paniqué trop vite. Voire les trois à la fois.

Dommage collatéral : nous aurons fait trop d’effort pour dévier la trajectoire de notre Titanic. L’iceberg n’était qu’un glaçon. Gepetto a fini mangé par une baleine.

Traduction de la métaphore : la planète ne se réchauffe pas. La Suisse ne devient pas la Croatie. Pas de souci, je suis prête : je mettrai mon pull préféré pour aller à la plage.

 

PS : c’était ironique 😉

J’espère que le lectorat aura compris le ton ironique de cet article. Je serai évidemment présente ce vendredi à 15 :00 pour aller puiser dans la sagesse et l’énergie des jeunes et contribuer à faire dévier le Titanic de sa trajectoire fort dangereuse, voire meurtrière.

Cet article s’inscrit en effet dans le contexte de la Climate Strike qui aura lieu 9 août 2019 à 15 :00, Place de la Gare à Lausanne. Il s’agit d’une manifestation internationale du climat avec des jeunes grévistes venus de 38 pays d’Europe et de toute la Suisse.

Greta Thunberg a ouvert ce lundi le plus important sommet Smile For Future jamais organisé depuis le début de ce mouvement. Ce sommet se clôt par un concert, une projection de films et d’autres activités après la manif. Venez, ça va être ENORME !

Notes

[1] Cet article étant auto-biographique (et étant une femme…), le genre féminin est adopté quand je parle de moi. Pour le reste, le genre féminin est également adopté lorsque le neutre n’était pas possible. Ce choix a été fait afin de faciliter la lecture. Cela n’a aucune intention discriminatoire. Pour des raisons d’égalité dans la représentation des deux genres, le genre masculin sera adopté dans le prochain article lorsque le neutre ne sera pas possible.

La clope, ma meilleure ennemie

J’ai écrit cet article hier pour réagir aux pourparlers actuels entre Berne, l’OMS et les responsables de la prochaine Exposition Universelle 2020 à Dubaï. Objet de la négociation: interroger la pertinence d’un cigarettier comme sponsor du pavillon suisse. Notons que, côté suisse, l’humour sera au rendez-vous en 2020 [1]. Le pavillon invitera les visiteurs  à une randonnée, “passe-temps suisse par excellence” [2]. C’est bien connu: cigarettes et randonnées dans des paysages sublimes font toujours bon ménage…[ironie].

 

Samedi matin. Vacances. Enfin le temps de lire le journal accompagné du combo magique. Le fameux café / clope.

Ah la clope…  Depuis des années, nous sommes dans une relation que je qualifierais de “compliquée”. Mais je sais qu’un jour on se quittera. Pour toujours.

Oh, elle n’est pas contente quand je lui dis ça. Elle exprime fortement son désaccord en me susurrant des mots plus ou moins doux à l’oreille.

“Tu n’y arriveras jamais” me chuchote-t-elle…

Tu m’aimes bien trop pour me quitter. Tu reviendras à moi.  Pourquoi vouloir me quitter alors que je t’ai tant apporté ?

Te souviens-tu en 2015 ? Tu étais tellement heureuse de me retrouver le lendemain de ta rupture. J’ai été le témoin de la reconquête de ta liberté. C’était enfin reparti pour les apéros entre potes à refaire le monde et les fêtes jusqu’à pas d’heure.

Et puis quand le boomerang post-rupture t’est revenu en pleine face, je ne t’ai pas abandonnée. Notre ami le café et moi étions même devenus ta seule motivation pour commencer ta journée. Quand ta tristesse était trop grande, je te laissais respirer mon parfum pour rassurer tes angoisses de jeune célibataire. Tu m’as même trouvé un charmant surnom. “Ma béquille”.

J’ai assisté avec bonheur quand, telle une guerrière des temps modernes, tu as retrouvé ton sourire. Par la suite, nous avons vécu des moments inoubliables où nous étions seules au monde. Toi et moi, en tête-à-tête avec tes pensées.

Ce printemps, je t’ai pardonné ton infidélité avec le sport, la méditation et les massages. Tu te rappelles ? C’est quand tu as pensé m’écraser une dernière fois le 1erjanvier.  Un grain de sable dans les rouages de ta vie et tes nouveaux amants ne te suffisaient déjà plus. Je t’ai pardonné parce que je sais que notre amour est plus fort.

…Et moi je lui réponds: “Je suis une guerrière”

Un jour, je t’écraserai une dernière fois et je t’enterrerai encore fumante. Ensuite, j’irai dire à tous les fumeurs [3] que je croise qu’il est possible de sortir victorieux contre toi. Je le sais car je connais des tas de gens qui y sont arrivés avant moi.

J’ai aussi accompagné jusqu’à son dernier souffle une femme que j’aimais profondément.  Elle est morte de ton poison. Et c’était moche. Tu avais été sa béquille tout au long de sa vie professionnelle. Elle t’avait écrasé une dernière fois à l’aube de sa retraite. Mais elle n’a pas pu faire long feu. Tes créateurs diront qu’on ne peut pas te mettre ce cancer sur la conscience. Que les facteurs sont multiples. Mais ce n’est pas à une statisticienne qu’on va la faire à l’envers [4]. Tu augmentes FORTEMENT les risques. Point final.

Oh, je te connais. Mais je n’ai pas peur.

je sais que tes stratégies sont bien établies. Je sais que tu sors ta robe la plus courte et la plus décolletée qui soit pour venir à notre rencontre. Tu ne te gênes pas non plus pour t’immiscer parmi ceux qui prennent les décisions censées assurer notre bien-être individuel et collectif.

Puis tu alignes la tune. Tu te fais passer pour une femme libre qui nous apportera un bonheur sans nul autre pareil. Subjugués, certains ne pensent plus à aller voir ce qui se cache derrière ton apparat.

Prends garde. Nous sommes de plus en plus nombreux à ne plus être dupes. Nous n’avons plus peur. Nous nous battrons pour nous libérer de ton joug et trouver notre bien-être ailleurs que dans une bouffée de ton poison.

 

Notes

[1] “L’humour c’est bon pour la santé” disiez-vous M. Schneider-Ammann. Apparemment, le pavillon suisse n’a pas saisi toute la subtilité de votre phrase culte. 

[2] Page d’accueil du site officiel du pavillon suisse à l’Expo2020. 

[3] Cet article étant auto-biographique (et étant une femme…), le genre féminin est adopté quand je parle de moi. Pour le reste, l’utilisation du genre masculin a été adoptée lorsque le neutre n’était pas possible. Ce choix a été fait afin de faciliter la lecture. Cela n’a aucune intention discriminatoire. Pour des raisons d’égalité dans la représentation des deux genres, le genre féminin sera adopté dans le prochain article lorsque le neutre ne sera pas possible.

[4] Les statistiques ont occupé une grande partie de mes études puis de ma vie professionnelle.

Que la Bonne Mère nous vienne en aide

Si vous voulez avoir une vue aérienne de Marseille, montez à notre Dame-de-la-Garde. La Bonne Mère, comme disent les Marseillaises [1], vous coupera le souffle. Ses yeux tournés vers la Grande Bleue, elle surplombe majestueusement la Cité phocéenne.

Les Marseillaises la prient pour qu’Elle veille sur leur peuple, leurs navires et les embarcations auxquelles elles devront porter secours. Et cela dure depuis des siècles [2].

Aujourd’hui, plus d’une centaine de migrantes ont disparu dans la Grande Bleue

Ce drame n’est pas la faute de Madame la Mer qui aurait décidé de les avaler. Ce n’est pas non plus la faute d’une quelconque Déesse qui aurait décidé que leur fin était venue.

C’est la faute aux parts sombres que nous avons toutes en nous. Ces parts qui nourrissent l’injustice, la corruption, l’esclavagisme, le non secours à personne en danger, l’exploitation et l’appât du gain facile.

Quand ces parts sont devenues trop puissantes, il ne nous reste plus qu’à prier pour que la Bonne Mère allume les parts lumineuses qui cohabitent tant bien que mal avec nos parts sombres.

Et que ces parts lumineuses réveillent notre soif d’êtres humaines. Notre soif du refus de l’esclavagisme, de l’exploitation et du trafic en tout genre. Notre soif de justice. Notre soif de liberté. Notre soif de solidarité. Notre soif d’amour.

Que cette soif soit réveillée sur tous les continents et mers du monde

Et que la Déesse – qui doit avoir un bon point de vue depuis le Ciel pour repérer ces drames – accueille les âmes de ces corps que nous n’avons pas su ou pu préserver.

 

 

PS: Je n’ai d’abord pas voulu regarder cette vidéo. Trop sensible diront certaines. J’ai écouté cette sensibilité mais je ne m’y suis pas arrêtée. Et j’ai finalement décidé de ne pas fermer les yeux sur cette réalité. Je ne peux que vous inviter à faire de même. Prenons ensemble de notre précieux temps pour rendre hommage à ces personnes disparues. 

 

[1] L’utilisation du genre féminin a été adoptée lorsque le neutre n’était pas possible. Ce choix a été fait afin de faciliter la lecture. Cela n’a aucune intention discriminatoire. Pour des raisons d’égalité dans la représentation des deux genres, le genre masculin sera adopté dans le prochain article.

[2] “Au plafond sont suspendus de petits vaisseaux avec leurs agrès et ayant leur nom inscrit sur la poupe ; ils figurent celles que la mère du Christ a sauvées d’un cruel naufrage ou enlevées à la fureur des pirates et des corsaires” (Millin, A.-L. (1807-1811). Voyage dans les départements du midi de la France. Paris : Imprimerie impériale, tome 3, p. 261). 

 

“Tu pars où en vacances?”…

Ce soir marque le début de mes vacances. À la traditionnelle question “Tu pars où en vacances?”, je répondrai “Je pars me retrouver”.

Je pars à la rencontre de mon Moi qui sera libéré du Temps du travail.

Je pars répondre à mon corps qui me demandera du repos.

Je pars retrouver mes potes qui me nourriront de leurs rires.

Je pars chercher ma nièce et mon neveu qui me prêteront leurs yeux d’enfants marseillais pour redécouvrir l’arc lémanique.

Je pars échanger avec mon amoureux qui me ravira de sa beauté, de son intelligence et de son humour.

Je pars me ressourcer seule dans le silence de la Nature qui me chuchotera de goûter à ses plaisirs simples.

Pour partir faire tout ça…

…Je reste chez moi

Je reste satisfaire mes envies de farniente et de dolce vita.

Je reste faire des siestes quand ça me chante.

Je reste boire, manger et rire avec mes potes jusqu’à pas d’heure.

Je reste m’émerveiller devant les yeux de mon neveu et de ma nièce.

Je reste échanger avec mon amoureux autour d’un petit déjeuner qui n’est pas interrompu par le départ au travail.

Je reste laver mes soucis dans les eaux du Lac et me faire caresser par les rayons d’un soleil d’été généreux.

Pour les personnes qui ont la même chance que moi

Je vous souhaite de belles vacances, un bon repos de vos corps et de belles retrouvailles avec vous-mêmes et vos proches 🙂

Un peu de douceur dans ce monde de brutes

À l’heure où les fêtards [1] dorment encore et les travailleurs du dimanche sont déjà derrières leurs comptoirs et autres fourneaux, j’ai pris l’habitude de prendre un temps calme pour me retrouver avec moi-même.

Ce matin, je souhaite partager ce rituel dominical avec vous. J’adapte ci-après un texte de Guy Gilbert, dit le prêtre des loubards. Il est l’auteur, entre autres magnifiques textes, d’un ouvrage qui m’a profondément marquée: ” Prends le temps de vivre : Et goûte à la beauté du monde”. Voici le texte qui m’a nourrie ce matin et qui vous parlera peut-être :

Heureux les doux…

Ceux qui traverseront le mieux l’épreuve présente, ceux qui porteront le plus fermement le poids des menaces et des violences et sauront aider les autres à ne pas céder sous le fardeau, ne sont pas les durs, les costauds, les malins. Ce sont les doux et, avec eux, les cœurs purs, les miséricordieux, ceux qui pleurent…

Heureux les doux…Pas les nouilles, les esprits timorés, les mous. La douceur est force de caractère, elle est souplesse face à la brutalité des événements et des hommes, capacité d’encaisser les mauvais coups sans se laisser décontenancer ni briser. Elle s’oppose à l’orgueil, aux certitudes dures et cassantes qui ne savent pas se plier aux exigences concrètes de la vie.

Les doux ne sont pas raidis devant l’inévitable, endurcis par la morne répétition du mal, habitués à la répétition de la violence. Ce sont les patients, les tenaces, ils ne sont pas facilement choqués quand les autres ne font pas comme eux, ils ne désespèrent pas dans les désastres, ils pensent que rien n’est jamais perdu tout à fait.

Ils résistent sans bruit, ne crient pas tout le temps, ne parlent pas beaucoup, on ne les rencontre guère sur le devant de la scène, ils sont attentifs à voir et à écouter, ils n’éteignent pas la mèche qui fume encore.

Ils ne sont pas des théoriciens de la non-violence, des partisans systématiques de l’amour des ennemis et de la joue gauche après la joue droite. Ils savent se montrer à l’école de la vie.

Évidemment, cette douceur ne conduit pas au pouvoir. Elle n’est pas une vertu politique. Elle n’entre pas dans le programme d’un parti, pas même dans le projet d’une Église, d’une Mosquée ou d’un Ashram. Elle est la réponse personnelle de celui qui, à la fois croit en l’être humain et à la puissance de la Vie.

 

 

[1] L’utilisation du genre masculin a été adoptée afin de faciliter la lecture et n’a aucune intention discriminatoire. Le choix a été fait de privilégier le masculin car la douceur est traditionnellement rarement attribuée au genre masculin. Pour des raisons d’égalité dans la représentation des deux genres, l’utilisation du genre féminin sera adoptée dans le prochain article afin de faciliter la lecture et n’aura aucune intention discriminatoire.  

Le Temps laisse à la libre appréciation des auteurs de publier ou supprimer les commentaires reçus. Aujourd’hui, je ne publierai aucun commentaire reçu suite à cet article, repos oblige! 

Moi non plus, je n’irai pas à la Fête des vignerons

Cet article est mauvais parce que, notamment, mes arguments auraient gagné à être mieux affutés ; les réflexions exposées, à être moins nombreuses et mieux structurées ; le ton employé, à être plus fin. Résultats : le message que je voulais transmettre est difficilement lisible et, pire, je passe pour une Madame Je-sais-tout. Il paraît que c’est en forgeant que l’on devient forgeronne. Je m’offre donc le droit de m’améliorer en publiant, dans un avenir plus ou moins proche, sur le même sujet et produire un article que j’escompte meilleur. En espérant ne pas avoir perdu d’ici là une partie de mon lectorat…ni le plaisir d’échanger avec lui des opinions parfois divergentes [note ajoutée le 20.07.2019]. 

 

Hier soir, j’ai eu l’idée d’écrire un article sur les raisons pour lesquelles je ne me rends pas à la Fête des vignerons. En ouvrant la page des blogs du Temps ce matin, je découvre avec plaisir l’article de Francis Saugy où il expose les arguments qui l’ont décidé à faire de même. Nous serons donc au moins deux boycotteurs solitaires…à moins que « les gradins dont l’occupation s’annonce clairsemée indiqueront-ils que nous ne sommes peut-être pas si seul·e·s ».

Je partage le constat de Francis Saugy sur l’immense problème de cohérence entre d’une part, l’image véhiculée par cette fête, et d’autre part, le message de prévention que l’on fait aux jeunes de ce pays.

Combien de personnes iront en effet s’enivrer à cette fête pour se décharger de la pression que l’on a en Suisse d’être performant·e au travail, à la maison et dans ses loisirs ? Combien prendront un verre parce que, sans alcool [1], elles ne parviennent pas à entrer en interaction avec un·e inconnu·e, entravées qu’elles sont par le manque de liberté à être pleinement elles-mêmes.

Cher vin, je t’aime et je te déteste

J’aime le vin pour ce qu’il a amené dans ma vie : le partage de moments inoubliables en dégustant le fruit de ce que la nature et l’être humain produisent de concert. Et je le déteste pour ce qu’il a ôté dans ma vie : un oncle qui s’en est allé prématurément des suites d’une maladie bien trop répandue en Suisse.

Il buvait pour ne pas pleurer la mort de son père décédé bien trop jeune lui aussi. Et en manquant, lui aussi, de dignité. La faute à une autre maladie de l’époque : la pauvreté, cette maladie sociale qui ne permettait pas d’avoir une couverture maladie suffisante. Mon oncle avait 16 ans le jour de l’enterrement et il est arrivé bourré. Une partie de sa famille lui en a longtemps voulu. Mais ces gens se trompaient de cible.

Boire pour ne pas pleurer mais danser

Mon oncle faisait comme beaucoup de personnes en Suisse : il buvait parce qu’il n’arrivait pas à exprimer son chagrin. Dans le monde paysan dont la culture imprègne encore la vie émotionnelle de ce pays, montrer la part vulnérable de son humanité n’était pas socialement admis pour un homme. Aujourd’hui encore, on préfère boire et s’enivrer jusqu’à la lie pour se décharger d’une pression trop élevée, oublier nos maux conscients et inconscients ou entrer en lien avec les autres.

À ce propos, j’ai passé des soirées en Amérique latine – que dis-je, des nuits – où mes ami·e·s du pays ne buvaient qu’un ou deux cocktails. C’était souvent faute d’argent, et toujours parce qu’ils et elles n’en avaient pas besoin. Leur capacité à danser en considérant les autres comme des partenaires de jeu et non pas comme les juges de leurs pas, les faisaient savourer la joie profonde des corps qui s’expriment librement.  Sans parler du bonheur des chants entonnés par cœur autour des musicien·ne·s et de l’énergie qui s’échangeait sans discontinuer dans ces moments là. Les fameux pouvoirs de la musique et de la danse…

Jésus ou celui qui changeait l’eau en vin en mode incognito

Dans les écrits bibliques, le premier signe de Jésus est de changer l’eau en vin aux noces de Cana. Cette histoire, je l’ai bien retenue. Mais j’ai aussi retenu qu’il avait réalisé ce miracle afin que l’hôte puisse gâter ses invité·e·s et que tout le monde partage la joie du mariage. Je n’ai pas souvenir qu’il soit mentionné que l’hôte ait dû nettoyer du vomi en lieu et place de profiter de sa nuit de noce.

La plupart des interprétations théologiques ont également souligné que ce premier signe illustre la générosité divine qui n’a pas besoin de publicité pour s’exercer [2]. En effet, les auteurs des évangiles ont choisi de rapporter que Jésus a usé de son superpouvoir en mode incognito.

La générosité de la Fête des vignerons en question

Question faussement naïve : les responsables de la Fête des vignerons ont-ils cette même générosité ? Ou leurs égos les poussent à saisir cette opportunité pour faire de la publicité à un secteur qu’ils et elles jugent en déperdition ? Mais combien de ces responsables sont propriétaires de terrains qui valent des millions et qui, comme le rappelle très justement Francis Saugy, pourraient être affectés, au moins en partie, pour répondre à l’urgence climatique ?

Certaines personnes préfèrent boire de l’eau en bouteille car elles craignent la propreté de l’eau du robinet. Mais combien connaissent la part d’additifs néfastes pour la santé qui sont ajoutés dans le vin ? Combien des responsables de la Fête des vignerons sont prêts à investir dans des techniques qui soient respectueuses des êtres humains qui partagent les terres de l’arc lémanique ? Quel est le prix humain et écologique que notre société est prête à mettre pour préserver cette tradition et les terres viticoles ? Car c’est de cet arbitrage qu’il s’agit. Ni plus ni moins.

Serez-vous à la hauteur des attentes ?

Avec un budget de plus de 100 millions, des milliers de bénévoles qui ont investi des centaines d’heures de leur temps, et quelque 400’000 spectateurs et spectatrices attendu·e·s, il est temps d’être à la hauteur. Quand on a le pouvoir économique, politique et social d’impacter la société, encore faut-il avoir le courage émotionnel de porter le changement en criant fort son message. Quel est le vôtre ?

Pour l’heure, le nom de l’événement qui n’inclut pas les vigneronnes [3], le tableau des Noces qui ne présente aucun couple homosexuel, et le fameux “plus grand plancher LED jamais monté en open air”, sont autant d’exemples qui démontrent que les responsables n’ont pas dû voir passer les milliers de personnes dans la rue le 14 juin et les jours de manifestations pour le climat de ce printemps.

À moins qu’il y ait eu un souci avec la stratégie marketing ? Aurais-je fait preuve d’une trop grande naïveté en croyant ce qui est inscrit sur la page d’accueil du site dévolu à l’événement ? Je cite : « Reconnue par l’UNESCO qui l’a inscrite sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, la Fête des Vignerons unit les générations, rassemble gens des villes, des campagnes et des vignes, autochtones et étrangers ».

Mais comment vouloir rassembler sans tenir compte des milliers de jeunes et moins jeunes qui vivent le changement et réclament qu’on y réponde? Comment se vanter d’être en phase avec les évolutions sociales tout en omettant d’embrasser le changement de société ? Parce que oui (attention spoiler…), on peut conserver ses racines tout en embrassant le changement.

Embrasser le changement ne veut pas dire renier ses racines

Parce qu’avec de belles racines, on peut, moyennant certaines tailles de la vigne, obtenir des branches bien plus saines et du raisin en plus grande abondance. Ce n’est pas aux vigneron·ne·s que j’apprendrai cela.

Alors, messieurs dames, dans quelles terres souhaitez-vous planter les racines de vos plants de vigne ? Quels sarments êtes-vous prêt·e·s à raccourcir ? Quels fruits voulez-vous produire pour la prochaine génération ?

Serez-vous prêt·e·s à répondre à la voix de nos enfants qui réclament à corps et à cri que l’on agisse pour l’urgence climatique ? Serez-vous prêt·e·s à inclure dans votre tableau des Noces des couples homosexuels comme il en existe des milliers sur l’arc lémanique ? Ou préférez-vous continuer à vivre avec quelques années de retard en mode so XXème siècle et à ne pas tenir compte des nouvelles racines qui font le ferment du pays de Vaud ?

Arrêtez de nous faire croire que la Dolce Vita doit être chère en Suisse

Les racines que je pense davantage propices à des fruits durables et savoureux existent déjà. Ce sont nos grands-parents qui les ont plantées en nous montrant comment profiter des fruits de notre labeur. Ce sont nos parents qui les ont arrosées en se libérant des normes de société qui leur pesaient. C’est ma génération qui en taille les sarments en choisissant le meilleur de ce que la société a à nous offrir. Ce sont les personnes venues de contrées lointaines qui ajoutent des rameaux en amenant leurs richesses. Et ce sont nos enfants qui s’occuperont des prochains cycles saisonniers en obéissant à la nature qui le leur rendra bien.

Les fruits que nous récoltons toutes et tous à travers les générations ont le goût du bonheur simple. Ces fruits ne sont pas ceux issus d’une vigne qui fait croire que le bonheur s’achète à coup d’événements hors de prix et autres places to be. Ce sont des fruits qui ne nous obligent pas à surbooker notre agenda estival pour avoir l’impression d’exister alors même que nos corps et nos têtes nous réclament du repos.

Ces fruits nous demandent seulement d’être cueillis au bord du lac ou de nos rivières. C’est là qu’ils se cachent pour nous offrir l’émerveillement devant des paysages sans nuls autres pareils, de riches échanges avec celles et ceux qui partagent le grill collectif ou notre feu de bois, et la saveur d’un bon verre de vin que l’on boit avec modération, mais surtout délice !

[1]…la fête est plus folle : blague du jour, bonjour.

[2] En revanche, certainement de superpouvoirs.

[3] Si je comprends que le service marketing trouve le nom “Fête des vigneronnes et vignerons” un peu trop long, j’aurais suggéré de faire simple avec “Fête de la vigne”.  

I have a dream version post-14 juin

J’ai été heureuse de me joindre aux centaines de milliers de femmes et d’hommes à ce que l’histoire appellera une des plus grandes manifestations pour l’égalité dans les annales de notre nation.

Il y a près d’un demi-siècle, les hommes suisses octroyèrent le droit de vote et d’éligibilité pour l’autre moitié de la population en âge de voter. Ce vote est venu comme une aube joyeuse terminer la longue nuit de l’exclusion des femmes des sphères du pouvoir. Leur entrée dans l’espace politique et le partage des responsabilités qui incombent aux femmes et hommes de pouvoir ont favorisé la mise à l’agenda de la question de l’égalité.

Le 14 juin n’est pas une fin, mais le commencement

Mais, près d’un demi-siècle plus tard, les femmes et les hommes ne vivent toujours pas sur un pied d’égalité et sont encore terriblement handicapé·e·s par les menottes de la discrimination.

Nous sommes descendu·e·s dans la rue le 14 juin pour rappeler les exigences urgentes de l’heure présente. Ce n’est pas le moment de s’offrir le luxe de laisser tiédir notre ardeur ou de prendre les tranquillisants des demi-mesures. C’est l’heure d’arracher notre nation des sables mouvants de l’injustice sociale et de l’établir sur les rocs de la sororité et de la fraternité.

Le 14 juin n’est pas une fin, c’est un commencement. Ceux qui espèrent que les femmes et les hommes qui réclament l’égalité avaient seulement besoin de se défouler et que ces personnes se montreront désormais satisfaites auront un rude réveil si la nation retourne à son train-train habituel. Il n’y aura ni repos ni tranquillité en Suisse jusqu’à ce qu’on ait accordé à l’ensemble de la population une égalité de faits.

La merveilleuse force collective qui a saisi les femmes pendant la préparation du 14 juin ne doit pas nous entraîner vers la méfiance de tous les hommes, car beaucoup de nos frères – leur présence dans les rues le 14 juin en est la preuve – ont compris que leur destinée est liée à la nôtre. Nous ne pouvons marcher toutes seules sur le chemin de l’égalité. Et au cours de notre progression, il faut nous engager à continuer d’aller de l’avant ensemble.

Nous ne pouvons pas revenir en arrière. Il y a des gens qui demandent aux activistes de l’égalité : « Quand serez-vous enfin satisfait·e·s ? ». Nous ne serons jamais satisfait·e·s aussi longtemps que viols, agressions physiques et violences psychologiques viendront entacher d’une abjecte brutalité les rapports femmes/hommes. Nous ne pourrons être satisfait·e·s aussi longtemps que nos enfants, mêmes devenus grand·e·s, verront leur dignité bafouée par les inégalités de revenus, de représentativité dans l’espace public et de partage des responsabilités et privilèges autant professionnels que familiaux.

Je rêve qu’un jour la Suisse vive pleinement la réalité de sa Constitution

Bien que nous ayons à faire face à des difficultés aujourd’hui et demain, je fais toujours ce rêve : c’est un rêve profondément ancré dans l’idéal démocratique. Je rêve qu’un jour, notre pays se lèvera et vivra pleinement la véritable réalité de sa Constitution : « Tous les êtres humains sont égaux devant la loi. Nul ne doit subir de discrimination du fait notamment de son sexe (…). L’homme et la femme sont égaux en droit. La loi pourvoit à l’égalité de droit et de fait, en particulier dans les domaines de la famille, de la formation et du travail. L’homme et la femme ont droit à un salaire égal pour un travail de valeur égale. ».

Je rêve qu’un jour nos enfants vivent dans une nation où elles et ils ne soient pas jugé·e·s sur leur genre ni leur sexe mais sur la valeur de leur caractère et de leurs compétences. Je rêve qu’un jour nos fils puissent pleurer sans être traité de sales mauviettes et que nos filles puissent se mettre en colère sans qu’on leur demande si elles ont leurs règles. Je rêve qu’un jour nos fils et nos filles jouent ensemble au foot et à la poupée. Je rêve qu’un jour nos filles aspirent à devenir policières ou infirmières, et nos fils pompiers ou aides-soignants. Je rêve que nos adolescentes puissent danser sans devoir subir des mains baladeuses et que nos adolescents puissent sortir sans être pris dans des bagarres d’ego.

Je rêve qu’un jour les femmes puissent porter la longueur de jupe qui leur chante et que les hommes ne soient pas réduits à de vulgaires mateurs frustrés. Je rêve qu’un jour les femmes ne demandent plus d’aide pour percer un trou dans un mur et que les hommes prennent l’initiative de la vaisselle. Je rêve qu’un jour hommes et femmes vivent une sexualité épanouie dans le respect de l’être humain qui partage leur lit. Je rêve qu’un jour les hommes soient dégagés de leurs obligations militaires et que les femmes puissent aspirer à intégrer une armée professionnelle.

Je rêve qu’un jour femmes et hommes partagent un congé parental pour accueillir leur bébé dans toute la dignité que mérite un nouvel être humain. Je rêve qu’un jour les femmes puissent avorter sans devoir se justifier et que les hommes puissent dormir à la maternité après la naissance de leur enfant. Je rêve que les femmes aient des places de travail adaptées quand elles portent la vie et que les hommes puissent profiter d’un temps partiel pour profiter de leur progéniture. Je rêve qu’un jour les femmes n’aient pas à motiver leur souhait de ne pas avoir d’enfant et que les hommes n’aient pas à expliquer leur volonté d’être père au foyer.

Je rêve qu’un jour les femmes puissent être en haut de l’échelle sans avoir à devenir des Queen Bees et que les hommes soient libérés de l’injonction à être des breadwinners.  Je rêve qu’un jour on ne dise plus que les femmes, ça se crêpe le chignon et que les hommes, ça fait des combats de coqs. Je rêve qu’un jour hommes et femmes partagent le plaisir d’être en famille et le travail nécessaire à la tenue d’un foyer où il fait bon vivre. Je rêve qu’un jour les femmes osent prendre le pouvoir ainsi que les privilèges et responsabilités qui vont avec, et que les hommes partagent le pouvoir et aient un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie familiale.

Avec cette espérance, nous serons capables de transformer les discordes criardes de notre nation en une superbe symphonie de sororité et de fraternité. Avec cette espérance, nous serons capables de travailler ensemble, de se réjouir ensemble et de défendre ensemble la cause de l’égalité dans le respect des besoins et des aspirations de toutes et tous.

Si la Suisse doit être une grande nation, que ce rêve devienne réalité !