Un sein, c’est comme un citron

À l’occasion de la Journée internationale du cancer du sein et d’Octobre rose, je souhaite partager avec vous la campagne Kow Your Lemons qui est la première du genre à m’avoir autant appris et de manière aussi percutante et durable sur l’auto-détection du cancer du sein.

Le cancer du sein peut se manifester autrement que par une grosseur

Basé sur le visuel d’un citron, le graphisme permet d’outrepasser la censure des réseaux sociaux (qui interdisent encore et toujours de montrer un torse nu de femme en 2021…), et donc de partager aisément un message de santé publique essentiel tout en parlant vrai.

Elle touche également un public large puisqu’il n’est pas forcément nécessaire de savoir lire le français, l’anglais ou l’une des nombreuses autres langues de la campagne pour en intégrer ses messages-clés. Elle apprend aux femmes à mieux connaître l’anatomie de leurs seins et les rend plus confiantes quant au besoin de signaler une modification persistante. Parce que le cancer du sein ne se manifeste pas qu’avec une grosseur…et qu’une grosseur n’est pas forcément synonyme de cancer, voici les 12 symptômes à reconnaître :

Retrouvez les explications détaillées de chaque symptôme sur le site Know Your Lemons

 

La fondation a également développé une application gratuite qui apprend à distinguer entre des grosseurs normales et des changements qui doivent être signalés. Elle rappelle en outre à quel moment de son cycle il est le plus judicieux de procéder à son auto-palpation et enseigne comment reconnaître les 12 symptômes du cancer du sein.

 

Vous pouvez aussi tester vos connaissances en la matière grâce au quizz Breast Health IQ Test et tenter de battre mon modeste score de…34%. Et oui, il y a encore du boulot!

Vous l’aurez compris, la campagne et l’application Know Your Lemons sont à partager sans modération auprès de vos connaissances pour les rendre attentives à l’importance de l’auto-observation et de l’auto-palpation. Car rappelons que plus le cancer est détecté tôt, plus grandes sont les chances de survie.

Pour partager la campagne Know Your Lemons:

Obésité : quand le corps médical se rend coupable de grossophobie

Aujourd’hui, c’est la Journée mondiale de lutte contre l’obésité (World Day Obesity). À cette occasion, deux associations suisses de patients atteints d’obésité, Eurobesitas et Perceptio Cibus, ont collaboré pour produire une vidéo de sensibilisation aux effets de la stigmatisation des personnes atteintes de cette maladie.

Elle s’intitule COURAGE, comme le courage quotidien que les personnes qui souffrent de cette maladie doivent avoir pour vivre avec celle-ci, mais également faire face à la grossophobie, soit les attitudes et les comportements hostiles qui stigmatisent et discriminent les personnes grosses, en surpoids ou obèses (Dictionnaire Robert 2019, voir mon dernier article à ce sujet)

 

 

Car, oui, il s’agit bien d’une maladie. Elle n’est certes pas reconnue comme telle en Suisse mais l’Organisation mondiale de la santé l’a établie comme une maladie chronique et complexe qui résulte de multiples facteurs (génétique, environnement social, endocrinologie, sédentarité).

 

De manière inquiétante, certains auteurs[1] de grossophobie appartiennent au corps médical et exercent cette violence dans le cadre de leur fonction

 

Aveuglés par leurs propres préjugés, ces personnes ont tendance à voir la surcharge pondérale comme la cause des maux pour lesquelles on consulte ou comme le premier problème de santé à régler avant de pouvoir s’attaquer au reste.

Or, annoncer à un patient obèse, sans qu’il n’ait rien demandé, que son surpoids est dangereux, qu’il faudrait manger moins, bouger plus, s’occuper enfin de soi, envisager la chirurgie bariatrique, c’est ne pas faire preuve d’une grande originalité – le patient se doute généralement de tout ça – et peut être ressenti comme une véritable violence.

Ces comportements peuvent s’expliquer par la formation suivie par le personnel médical. L’obésité y est généralement étudiée sous l’angle de facteur aggravant les risques de diabète, cardio-vasculaires, troubles musculo-squelettiques, etc. mais rarement comme maladie en tant que telle et qui ne relève pas de la responsabilité du patient.

La vidéo COURAGE revient sur une scène qui peut malheureusement arriver : une personne obèse subit les remarques désobligeantes d’un médecin généraliste. Quand je l’ai visionnée pour la première fois, je l’ai trouvée un brin caricatural. Non atteinte de cette maladie, je n’arrive pas à imaginer qu’on puisse être traitée ainsi par une personne censée nous faire du bien ou, pour le moins, ne pas accentuer notre mal-être.

Dr Dürrer, présidente d’Eurobesitas, une des deux associations à l’origine de cette vidéo, suit de nombreux patients obèses : « Malheureusement cette vidéo ne caricature en rien la réalité. Elle est basée sur une expérience vécue que l’on nous a relatée.

 

Quasi tous mes patients ont au moins une fois dans leur vie fait l’objet d’une telle violence de la part d’un médecin, d’un infirmier ou d’un autre membre du personnel médical.

 

Certains en viennent à ne plus consulter par peur d’être stigmatisé. Leurs problèmes s’aggravent et peuvent aller jusqu’à une prise en charge tardive aux urgences.

Cette stigmatisation médicale entraîne également des effets physiques car elle génère du stress et donc une production de cortisol. Or celui-ci, au même titre que la cortisone, augmente les troubles alimentaires par une surconsommation d’aliments. Ceux-ci causent une croissance du tissu adipeux viscéral et c’est ce surplus de graisse qui est responsable de l’aggravation des risques cardio-vasculaires et du diabète. Le corps médical devrait se rendre compte que toute stigmatisation exercée à l’encontre de patients a des conséquences psychiques et physiques sur eux ».

Autre facteur qui est à l’origine de souffrance pour ces patients : l’absence de matériel adapté et facilement accessible dans les cabinets et hôpitaux. Dans un pays où 42 % souffrent de surpoids et 11% d’obésité[2], avoir des sièges, des lits, des tensiomètres etc. à portée de main devrait être la norme mais ce n’est malheureusement pas toujours le cas.

Suite à un accident de voiture, Léa (prénom d’emprunt) se retrouve hospitalisée et doit porter une minerve. Sur place, le personnel a du mal à en trouver une à sa taille. Léa en vient à culpabiliser de ne pas avoir un tour de cou “normal”.

Dre Lucie Favre, Médecin au CHUV responsable de la Consultation de Prévention et Traitement de l’obésité et co-responsable d’une filière mise en place au CHUV pour une meilleure prise en charge des patients souffrant d’obésité (voir encadré ci-dessous) rend toutefois attentif à ne pas caricaturer le soignant en maltraitant :

« Il faut rappeler que cette maltraitance existe malheureusement et qu’elle doit être combattue.

 

Mais, même si ces situations existent, elles ne sont pas la règle.

 

Le risque serait du point de vue des patients de renforcer les craintes de consulter alors que c’est justement un évitement des soins qui est le problème majeur de ces personnes en souffrance, plus particulièrement en cette période de pandémie et alors qu’ils sont très vulnérables face au Covid-19.

Au cours de toutes les consultations menées pour la mise en place de notre filière avec les soignants (ambulanciers, urgentistes, intensivistes, chirurgiens, gynécologues…), nous n’avons rencontré aucune résistance mais au contraire partout une réelle volonté participative, des propositions et des demandes de formation sur cette maladie. C’est aussi ce message porteur d’espoir que nous voulons transmettre. »

 

Un danger de santé publique: l’évitement de la consultation

 

La stigmatisation entraîne des souffrances telles chez les personnes obèses qu’elles peuvent entrer dans un cercle vicieux dont il est difficile de sortir. Ces personnes internalisent souvent cette stigmatisation en se sentant responsable, et donc coupable, de leur maladie et en viennent à trouver normal qu’on ne les traite pas avec le respect que tout être humain mérite.

S’en suivent d’une part une aggravation des troubles du comportement alimentaire et de multiples atteintes au fonctionnement psychique : faible estime de soi, dépression, anxiété, phobie sociale, agressivité, idées suicidaires, voire tentatives de suicide, et d’autre part, des stratégies d’évitement à l’exposition de leur corps (isolement, moins de sortie dans les espaces publics, arrêt de la pratique d’un sport, renoncement à fréquenter une salle de fitness, etc.).

Parmi les stratégies d’évitement figure celle de renoncer à des examens médicaux et, par conséquent, de mettre sa santé en danger.

 

 

Si vous êtes en situation d’obésité et qu’il vous arrive d’éviter des examens médicaux (check-up, contrôle gynécologique annuel, coloscopie de dépistage, etc.) par peur d’être confronté à un matériel inadéquat, un manque de connaissances de l’obésité de la part du praticien ou à un échange malaisant, la Consultation de Prévention et Traitement de l’obésité tenue par la Dre L. Favre au CHUV vous adresse volontiers à des généralistes, gynécologues, urologues, etc. capables de vous offrir des soins qui tiennent compte de vos besoins.

 

 

 

S’attaquer à la grossophobie fait partie intégrante de la lutte contre l’obésité

L’objectif de la vidéo COURAGE est de sensibiliser le corps médical en formation et en exercice sur les effets néfastes de la stigmatisation, mais également de présenter les bonnes pratiques en matière d’accueil d’une personne atteinte d’obésité. Elle servira de support de cours de formations de base et continue dans les universités et autres écoles pour le personnel de soin.

Espérons que de telles actions contribuent à faire cesser des attitudes qui alimentent ce que le corps médical est censé combattre, et à rappeler aux instances dirigeantes l’importance de donner aux soignants les moyens matériels et les connaissances nécessaires pour accompagner et soigner au mieux les personnes en situation d’obésité.

 

 

 

 

Le Covid-19 comme révélateur de la non reconnaissance de l’obésité comme maladie

“Lors de la première vague, l’obésité n’est nulle part apparu comme facteur de risque alors même que l’on savait que les patients souffrant d’obésité étaient à risque de développer des complications suite à une grippe. L’IMC ne faisait tout simplement pas partie des facteurs de risque analysés. Avec la propagation rapide de la maladie, les cliniciens ont constaté une apparente surreprésentation des patients souffrant d’obésité dans les unités de soins
intensifs et, début avril 2020, plusieurs publications ont confirmé cette relation : l’obésité représente un risque indépendant de présenter une forme sévère de Covid-19.

Cependant, en Suisse, ce n’est que début mai 2020, soit à la fin de la première vague, que l’OFSP a adapté les facteurs de vulnérabilité et intégré l’obésité, mais uniquement à partir d’un IMC de 40 kg/m2 [en France, ce seuil a été abaissé à 30kg/m2]. Le manque de considération de l’obésité au début de la crise sanitaire est révélateur de la difficulté de nos institutions à reconnaître l’obésité comme une maladie qu’il faut considérer et traiter au même titre que toute maladie chronique.”

Extrait de l’éditorial Le choc de deux pandémies : Covid-19 et obésité, écrit par Dre Lucie Favre pour la Revue médicale suisse, à paraître fin mars 2021.   

 

Lutter pour que la Suisse reconnaisse l’obésité comme une maladie

 

En janvier 2021 a été créée Alliance obésité, une structure nationale pour combattre la stigmatisation, améliorer la prise en charge de l’obésité et lutter pour que l’obésité soit reconnue et prise en charge comme maladie afin que les prestations y relatives soient remboursées au titre de l’assurance de base obligatoire.

Elle regroupe l’association suisse pour l’étude de l’obésité, l’association suisse pour les enfants et adolescents qui souffrent d’obésité, l’association suisse de chirurgie bariatrique, la ligue suisse pour l’obésité (association de patients en Suisse allemande), Eurobesitas (association de patients en Suisse romande).

Eurobesitas est aussi active politiquement et socialement dans la lutte contre la stigmatisation en travaillant conjointement avec l’Office Fédéral de la Santé publique, L’Association Suisse de l’Etude de l’Obésité et la Coalition Européenne des patients souffrant d’Obésité dans de nombreux projets.

 

Une initiative du CHUV pour répondre aux besoins des soignants

 

Au CHUV, une filière est actuellement mise sur pied pour une meilleure prise en charge des patients souffrant d’obésité. Consciente que l’on peut mieux faire en la matière et témoin de la forte volonté des soignants d’améliorer les choses, la direction du CHUV a décidé d’agir de manière transverse à l’ensemble des services. Objectifs:  les équiper de matériels adéquats (tables d’examens ou pèse-personnes pouvant supporter des poids supérieurs à aux maximums usuels ; transports équipés ; sièges sans accoudoirs dans les salles d’attente ; etc.) et assurer la prise en charge post-opératoire en collaboration avec l’hôpital de Payerne qui a l’équipement nécessaire pour mobiliser ces patients.

Soutenir les patients

En matière de stigmatisation, des actions sont également menées auprès des patients. Eurobesitas a développé quatre ateliers pour les aider à y faire face : apprendre à identifier les comportements grossophobes, à anticiper les réponses à y apporter, à s’exercer au quotidien, et à débriefer avec un psychologue.

 

 


Notes

[1] Le masculin est adopté lorsque le neutre n’est pas possible. Ce choix a été fait afin de faciliter la lecture. Cela n’a aucune intention discriminatoire. Pour des raisons d’égalité dans la représentation des deux sexes, le féminin sera adopté dans le prochain article lorsque le neutre ne sera pas possible.

[2] Enquête suisse sur la santé (2018). Office fédéral de la statistique.

 

 

Qu’évoquent pour vous chacune de ces images?

Si la première suscite l’envie, la seconde l’empathie, et la troisième la crainte de devenir un jour comme ça, alors vous êtes certainement victime d’une des normes sociales les plus puissantes actuellement : l’injonction à la minceur [1].

Pour atteindre cette norme, ce n’est pas sorcier me direz-vous. Il suffit de dépenser autant d’énergie que vous en mangez, ni plus ni moins.

La société nous pousse à admirer celles [2] qui parviennent à ce subtil équilibre et à tolérer celles qui évacuent plus qu’elles n’ingèrent. L’anorexie est en effet le trouble du comportement alimentaire le plus admis socialement puisqu’il représente une exacerbation du contrôle du corps que la société nous enjoint d’avoir.

A contrario, l’obésité est encore souvent perçue comme un état dont la personne, par manque de volonté, est responsable.

“Les très très maigres sont à l’abri. On les insulte rarement. On les plaint plutôt. Les pauvres, à coup sûr elles sont malades.

Mais les très, très grosses, on ne les rate jamais. On ne se retient pas. Comme si les rondeurs et la graisse amortissaient les coups.” [3]

Et les coups pleuvent sur les grosses 

Regards désapprobateurs, critiques ouvertes, blagues dénigrantes, insultes, culpabilisation démesurée ou encore propos tels que “ne te ressers pas”, “fais du sport”, “fais un effort pour t’habiller, déjà que tu es grosse”. Cela peut aller jusqu’au harcèlement et à l’exclusion sociale, en particulier chez les plus jeunes.

Ce phénomène a un nom : la grossophobie.

Il s’agit d’une aversion ou une attitude hostile envers les personnes en surpoids ou obèses [4]. Cela englobe l’ensemble des attitudes de stigmatisation, de discrimination et de violence envers ces personnes.

 

La blogueuse Nabela aux 1,5 millions de followers sur Instagram, s’est maquillée d’insultes dont elle a été victime pour dénoncer la grossophobie.

Certaines grosses sont elles-mêmes auteures de grossophobie quand, ayant intériorisé la norme sociale à la minceur, elles font preuve de détestation de soi et d’autodénigrement.

À l’inverse, si l’on est sympathisant des mouvements de body acceptance, c’est à coup sûr s’entendre dire que l’on incite, de manière irresponsable, à l’obésité, et à tous les problèmes de santé qui vont avec.

Mais depuis quand insulte-t-on les personnes malades ?

Vit-on dans une société complètement schizophrène ? D’un côté de constantes incitations à consommer et de l’autre, une intimation à correspondre aux canons 60-90-60.

Une explication se trouve certainement dans l’apport du marché de la minceur. Tout de même 4 milliards par an en France. Une main vous tend la junk food, l’autre le comprimé brûleur de graisse.

On en vient à oublier que le surpoids et l’obésité sont une maladie chronique reconnue par l’Organisation mondiale de la santé (voir encadré plus bas). En effet, il s’agit d’une maladie complexe, progressive et récidivante. L’obésité est considérée comme une maladie dans plusieurs pays européens comme le Portugal, l’Italie, Malte et plus récemment l’Allemagne.

Dénigrer une personne souffrant d’obésité revient donc à se moquer de sa maladie. À qui cela viendrait-il à l’idée de rire d’une personne atteinte d’un cancer ? Alors pourquoi se le permettre avec les grosses ? A-t-on seulement une once d’idée de la violence infligée ?

J’ai mal à mes bourlets

Comme toute forme de violence, la grossophobie engendre son lot de souffrances du côté des victimes. Si l’obésité est souvent associée à de nombreux maux physiques (ex. : diabète, ostéoarthrite, syndrome des ovaires polykistiques, etc.), la grossophobie engendre quant à elle de multiples atteintes au fonctionnement psychique : faible estime de soi, dépression, anxiété, phobie sociale, agressivité, etc.

Et la stigmatisation existe également chez les professionnelles de la santé. Or, une patiente souffrant d’obésité et stigmatisée par son médecin risque d’éviter la prochaine consultation et donc de ne pas recevoir de traitement adéquat.

Plus grave, ceci engendre généralement une augmentation des troubles du comportement alimentaire, une diminution de l’activité physique et, par conséquent, une aggravation du degré d’obésité, ainsi qu’une accentuation de la dépression, voire l’apparition d’idées suicidaires et parfois même de tentatives de suicide !

Une étude menée par le Service obésité du CHUV a montré que sur 150 personnes obèses, environ la moitié présente des problèmes d’affirmation de soi et que près de 75% ont un score positif au test d’auto-évaluation de la dépression [5].

Alors bien sûr, quelques-unes ressortiront plus fortes après avoir subi ces violences. Mais ces personnes sont très rares. Chez la plupart, ces violences laisseront des cicatrices, voire des plaies béantes, que la nourriture viendra parfois panser.

Les liens entre excès pondéral, atteintes psychiques et troubles du comportement alimentaire ont été démontrés. Il demeure néanmoins complexe de définir les rapports cause-effet de ces dysfonctionnements et donc de déterminer lequel provoque les autres [6].

 

Considérons la grossophobie comme un délit

Encore aujourd’hui, la grossophobie est une discrimination qui n’a toujours pas atteint le stade du politiquement incorrect :

“Je pense que les gros sont les derniers qu’on peut encore insulter en toute impunité, témoigne une bloggeuse. Si on insulte un Juif, un Noir, un Arabe, il peut potentiellement y avoir des poursuites.” [7]

Des associations germent pour que les choses bougent au niveau des représentations, des médias, du corps médical ou du monde politique. C’est le cas de Perceptio Cibus ou d’Eurobesitas qui soutiennent toute personne atteinte d’obésité par des activités ciblées (groupes de parole, relaxation, activités physiques adaptées, etc.).

Ces associations se battent pour que l’obésité soit reconnue comme une maladie complexe qui nécessite une prise en charge multidisciplinaire car en Suisse, l’obésité n’est toujours pas reconnue comme telle par l’Office fédéral de la santé publique. Seules les comorbidités sont prises en charge par l’assurance de base. Actuellement, deux membres de Perceptio Cibus et Eurobesitas interviennent comme expertes auprès de la section Obésité de l’OFSP.

Dr Durrer, présidente d’Eurobesitas dirige un projet avec l’OFSP et l’Institut des Sciences et du Sport de l’Université de Lausanne qui vise, d’une part, à reconnaître l’obésité comme une maladie et d’autre part, à œuvrer pour que la prise en charge multidisciplinaire des patientes adultes souffrant d’obésité soit enfin remboursée par les caisses maladies.

Une “Alliance obésité” est en train d’être mise sur pied avec l’OFSP où tous les acteurs de la santé s’occupant de cette maladie en Suisse seront représentés. Katja Schläppi, présidente de Perceptio Cibus, et Dr Dominique Durrer y participeront. Ainsi, la place est enfin donnée aux patientes pour qu’on les écoute et tienne compte de leurs vécus, besoins et expertises de leur maladie. Mais il y a encore beaucoup de chemin à parcourir pour parvenir à ces fins.

Cela sera-t-il suffisant pour qu’un jour la grossophobie soit considérée comme un délit répréhensible ? Au même titre que le racisme, l’homophobie ou l’antisémitisme ? Si le chemin semble encore long, il est indispensable pour assurer la dignité et le bien-être des personnes en situation d’obésité, soit une personne sur dix en Suisse.

 

 

L’obésité, souvent perçue comme un manque de volonté, rarement comme une maladie

Le préjugé que l’obésité résulte d’un manque de volonté est encore largement répandu, y compris dans le corps médical. Mais rappelons, si tant est que cela soit nécessaire, que l’obésité est une maladie chronique et complexe reconnue par l’Organisation mondiale de la santé. Elle est générée par de multiples facteurs (génétique, environnement social, endocrinologie, sédentarité).

En Suisse, 42 % de la population adulte est en surpoids et 11 % est obèse1.

La prévalence de cette maladie, en plus d’être en constante augmentation ces dernières années, est aussi inégalement répartie. Par exemple, être un homme âgé de catégorie sociale populaire augmente fortement le risque d’être en surpoids ou obèse. À l’opposé, très peu de jeunes femmes universitaires sont victimes de cette maladie. Les enfants en surpoids âgés d’une dizaine d’années ayant au moins un parent obèse ont un risque de 80% de devenir obèse à l’âge adulte, contre 10 % si les deux parents sont minces2.

Surpoids et obésité – Population âgée de 15 ans et plus3

 

De plus, de récentes recherches ont confirmé ce que de nombreuses personnes victimes d’hyperphagies relataient : le phénomène d’addiction à la nourriture. Les résultats se basent principalement sur des preuves neurobiologiques qui entraînent des comportements typiques d’une dépendance : signes de manque, tolérance à un ou plusieurs produits, consommation plus élevée que celle planifiée, volonté et tentatives infructueuses de réduire ou stopper la consommation d’un ou plusieurs aliments, etc.

Une preuve de plus que l’obésité n’est pas plus un choix que toute autre maladie.

 

1 Les personnes ayant un indice de masse corporelle (IMC) compris entre 25 et 30 sont considérées comme en surpoids. Pour un individu de 170 cm, cela représente un poids entre 74 et 87 kilos. Au-delà, l’IMC est supérieur à 30. On parle alors d’obésité. Cette dernière est jugée mortelle en-deçà de 115 kilos (IMC supérieur à 40).

2 SanteRomande.ch. Site ayant pour but de faciliter l’accès à une information fiable sur Internet pour les Romandes

3 Enquête suisse sur la santé (2018). Office fédéral de la statistique.

 

Notes

[1] De gauche à droite, les actrices Denise Richards dans le film Le monde ne suffit pas, Lily Collins dans la série To the bone, Rebel Wilson, qualifiée d’apport comique pour le film Pitch Perfect, au côté d’actrices dites “glamour”.

[2] Le féminin est adopté lorsque le neutre n’est pas possible. Ce choix a été fait afin de faciliter la lecture. Cela n’a aucune intention discriminatoire. Pour des raisons d’égalité dans la représentation des deux sexes, le masculin sera adopté dans le prochain article lorsque le neutre ne sera pas possible.

[3] Zamberlan (1994). Coup de gueule contre la grossophobie. Paris : Ramsey

[4] Idem.

[5] Giusti, Panchaud (2007). Profil psychologique du patient obèse. Revue médicale suisse. Disponible en ligne.

[6] Adapté de l’article susmentionné.

[7] Jadoulle (2019). Grossophobie: “Les gros sont les derniers qu’on peut encore insulter en toute impunité”. Site belge d’actualité www.moustique.be.

 

Cachez ce sein que je ne saurais voir

Enfant, la majeure partie de mes vacances estivales se passaient sur les plages de Marseille. Telles des madeleines de Proust reviennent à ma mémoire les odeurs de crème solaire sur nos peaux, les cris du vendeur de chouchous – délicieuses cacahuètes pralinées – et l’horizon azur à perte de vue.

Dans le paysage de mes souvenirs se dessinent également les torses dénudés des femmes qui surveillaient de loin leurs enfants tout en papotant entre elles. La nudité de leur poitrine était assumée.

 

  Plage de Cannes dans les années 80.

 

Mais était-ce si difficile d’assumer ce qui était alors considéré comme la norme de l’époque ?

Dans les années 1970, trois quarts des Français étaient favorables au bronzage seins nus 1. Mai 68 était passé par là. Au milieu des années 1980, 43% des Françaises pratiquaient le topless. Contre une femme sur cinq aujourd’hui.

Et ce chiffre paraît excessif quand on déambule sur les plages romandes. À l’exception bien sûr de l’espace réservé aux femmes aux bains des Pâquis.

Un retour de la pudeur ?

Dans une société où le corps des femmes est exhibé pour vendre tout et n’importe quoi, de la voiture au parfum en passant par le papier à cigarette, il semble pour le moins curieux que les femmes n’optent pas pour le topless sur la plage.

 

 

Ceci est toutefois moins incongru qu’il n’y paraît. La première raison avancée par les femmes est celle de la santé. Les rayons du soleil sur des parties plus fines telles que les mamelons peuvent en effet entraîner de graves maladies.

Pourtant, les femmes sont des millions à braver les lois de la probabilité en fumant malgré les contre-indications et à s’étaler quantité de produits chimiques en espérant s’embellir, mincir ou rajeunir. Alors pourquoi renonceraient-elles à au plaisir de la caresse du soleil sur leurs seins ?

La réponse est à chercher dans les regards que les autres porteraient sur leur torse nu, regards qu’elles sont nombreuses à avoir intériorisés. La crainte du regard concupiscent des hommes se mêle à celle de ne pas avoir les seins assez beaux pour les exposer aux yeux de toutes et tous.

À l’heure de l’omniprésence des réseaux sociaux et de la surexposition de corps “parfaits” – mais surtout retouchés –, le sein nu doit correspondre à des canons de beauté très précis : “la définition du “beau sein”, acceptable par tous, est en fait très restrictive. Il faut non seulement qu’il soit haut et ferme, jeune de préférence, mais aussi relativement discret pour ne pas accrocher le regard” 2.

Et si le topless était interdit ?

En faisant des recherches pour cet article, j’ai été stupéfaite d’apprendre qu’à Genève, il était interdit de dénuder ses seins pour la baignade…mais que cela était autorisé sur les rives.

 

 

En vertu de ce règlement pour le moins absurde et qui datait de 19273, quelques femmes ont été interpelées par des agents municipaux et ont parfois fait l’objet de propos culpabilisant : “Il y a des enfants dans les parages, vous allez les traumatiser, vous devriez avoir honte”.

La plage : un champ de bataille de plus de l’égalité

Cette honte est partagé par près d’un quart des Françaises qui ont peur d’être jugées comme des femmes indécentes si elles choisissaient le monokini4. Mais la notion d’indécence en la matière n’est que pure construction sociale.

Pour preuve, d’aucun serait surpris de savoir qu’entre la Renaissance et le XIXème siècle, la nudité des jambes, des chevilles ou des épaules était estimée comme plus osée que celle des seins. Inspiré par la redécouverte de l’Antiquité, exposer ses seins était alors considéré par l’aristocratie comme une marque de prestige marquant sa richesse et sa position sociale.

 

                                    ©pasja1000

 

Pour les personnes qui voient aujourd’hui de l’indécence à être torse nue sur la plage, que penser alors de cette mode masculine qui consiste à mouler ses parties génitales pour un effet beach boy do Brazil pour le moins suggestif ? Inégalité, quand tu nous tiens !

 

 

Alors que, sur le sable, les hommes restent libres de se vêtir et se dévêtir comme il leur semble – à l’exception, tout comme les femmes, de leurs parties génitales – le corps des femmes est soumis à d’incessantes injonctions. Il doit être épilé et couvert. Mais pas trop non plus. En témoigne le débat public sur le port du burkini.

Et si on se disait que le jour où on passera autant de temps et d’énergie à commenter l’épilation, les maillots et les pectoraux des hommes, alors on pourra rouvrir un débat public sur les pratiques des femmes sur nos plages ? Et qu’en attendant, le débat est clos…parce que… :

 

 

 

 

1. Enquête de l’institut d’études opinion et marketing en France et à l’international (Ifop)  pour VieHealthy.com réalisée par questionnaire en 2019 auprès d’un échantillon de 5 000 femmes, représentatif de la population féminine âgée de 18 ans et plus résidant en Italie, en Espagne, en France, en Allemagne et au Royaume-Uni. Cette étude n’a pas été reproduite en Suisse mais on peut s’attendre à des chiffres similaires.

2. Corps de femmes regards d’hommes. Sociologie des seins nus par Jean-Claude Kaufmann.

3. Règlement abrogé en 2017.

4. Ifop 2019.

Je suis finalement allée à la Fête des vignerons…Et pas qu’une fois !

Je vous avais annoncé que Moi non plus, je n’irai pas à la Fête des vignerons. L’idée de cet article est née lors d’un souper avec une amie, souper que nous avions accompagné de quelques bons verres de vin. Le lendemain, j’ai pris mon clavier. À midi, je balançais. Sans relecture ni avis externes.

L’article a explosé les records en termes de visites. Bon, en même temps, j’abordais les sujets qui fâchent : écologie, égalité, consommation d’alcool, transmission du patrimoine immatériel, choix stratégiques en fonction des sponsors sollicités…Seul Jésus a été épargné. Mon côté fille de pasteur sûrement. Ou mon insatiable admiration du message et des comportements que les Évangiles ont transmis à son sujet.

Et là…Un miracle a eu lieu

L’article a fait le buzz. Mais je n’étais clairement pas prête.  L’article a atterri sur l’écran des journalistes de Forum. Ils avaient besoin « d’une voix critique » pour discuter de « l’effet Federer ». En gros, en Suisse (et parfois ailleurs), notre amour d’un symbole national nous fait perdre (un peu/beaucoup) en lucidité.

La sagesse populaire dit qu’il n’y a que les cons [1] qui ne changent pas d’avis.

Ma première à la FEVI

J’ai donc accepté d’assumer le rôle de trublionne. En plus, le terrain de jeu était installé à côté de l’imposante arène de la FEVI, le public placé autour des cordons du plateau RTS, le match retransmis en direct sur écran géant et télévision.

À côté, Gstaadt fait pâle figure: je ne suis pas sûre que les cloches des supporters soient admises dans le public.

Je vous épargne la retranscription des arguments et autres coups droits. Je vous épargne également le ralenti sur les doubles-fautes d’un certain jeune homme sur ma droite à l’écran.

Voici en deux phrases le résumé du match. Rien de bien nouveau côté attaques et défenses. Résultat: la figurante, la vigneronne-tâcheronne et la trublionne ont fini par faire alliance pour remporter un match sans suspens.

Ma deuxième à la FEVI

Au vu des retours suite à l’article susmentionné, je souhaitais aller voir la FEVI de mes propres yeux. Histoire de confronter, voire conforter, mes arguments. Il me fallait donc rentrer dans l’arène. Seul hic à cette mission de tous les dangers: toujours le même, mon manque d’argent.

Malgré les appels du pied pour que l’on m’offre un billet, je n’ai rien reçu ???. C’était sans compter sur la ténacité de mon amoureux. D’abord, il m’aime. Ensuite, il est Valdo-Fribourgois. Il voulait donc vibrer pour ce qui n’a lieu qu’une fois tous les 25 ans. Il a réussi à dénicher deux billets sur un site de revente très connu et m’a demandé si j’étais partante.

J’ai dit oui. Forcément.

Je suis venue, j’ai vu et j’ai…

…Eté impressionnée

Un peu à l’intérieur. En même temps, je ne suis pas objective : dur de rivaliser avec les 67’000 places du Vélodrome.

Et beaucoup à l’extérieur. Toute la Suisse semblait s’être donnée rendez-vous dans le centre de Vevey ce samedi soir. Problème: nous n’avions pas réservé de restaurants. Quelle folie de vouloir être spontané dans ses loisirs en Suisse, en particulier quand on vise les places to be.

Seul un bar marocain à moitié vide a pu pallier notre manque d’organisation. À défaut de fondue, nous avons savouré deux délicieuses bières et le meilleur kebab du monde. Et à défaut de danse folklorique vaudoise, j’ai échangé une cigarette contre les Amants de Saint-Jean. Nos partenaires de trocs: une chanteuse française accompagnée de son accordéoniste venu des mêmes contrées. Nous ne pouvions que danser. Priceless.

 

…Chanté

Un peu à l’intérieur. Merci au virage qui a lancé un « c’est à tribord qu’on chante le plus fort ». Merci au nôtre qui a répondu (et a eu le dernier mot).

Bien davantage à l’extérieur. Perso, je n’avais pas la motivation. J’avais déjà fait un festival à Neuch la veille, dormi en mode camping… et je n’ai plus 20 ans ???. Mais, depuis ma place, j’ai entendu les chants de quelques festivaliers bien lancés.

Inutile de préciser que la différence de taux d’alcool dans le sang était plus que significative entre d’une part, les spectateurs du ON qui sont restés 3 heures sans alcool, et d’autre part, les spectateurs du OFF qui étaient bien lancés pour la plupart.

…Vibré

Beaucoup à l’intérieur. Merci la Ola qui a permis d’avoir une magnifique interaction entre les spectateurs. Merci à la poésie de Finzi Pasca et de son épouse, décédée bien trop jeune (R.I.P). Merci aux magnifiques figurants qui se sont investis sans compter. Merci à tous les animaux qui ont bravé leur stress pour nous réjouir de leurs prestations et de leur chouquitude.

Un peu à l’extérieur. La faute aux Neuchâtelois. Voir anecdote susmentionnée. Mais, croyez en mon expérience, je peux vous dire que c’est là que ça se passait!

…Pleuré

Un peu à l’intérieur. Merci au Rang des vaches et aux chorales d’enfants. Bien trop mignon pour mon cœur d’artichaut.

Un peu à l’extérieur. Mes jambes ne me portaient plus pour aller danser une fois le (long) spectacle fini. Voir anec…OK vous avez compris !

…Ris

Beaucoup à l’intérieur. Un exemple parmi d’autre: les cartes. Elles n’avaient clairement pas une chorégraphie facile. Mais les cartes qui ont bu parce que c’est samedi soir et qui doivent assurer jusqu’au bout : grand moment !

Beaucoup à l’extérieur. Oui je sais, un rien me fait rire…En même temps “une journée sans rire est une journée de perdue”.

…Encore beaucoup de questions en suspens

Mes amis plaisantent beaucoup sur mes questions existentielles. De mon côté, j’avoue que ce n’est pas toujours facile à vivre d’avoir des pourquoi style gamine de 3 ans qui découvre la vie.

Laissez-moi vous livrer quelques-unes de celles qui me trottent dans la tête depuis samedi soir. Peut-être pourrez-vous m’aider à y répondre?

Comment les 100 Suisses tiennent encore debout?

Tous les Securitas rencontrés m’ont dit que nombre de figurants étaient joyeux, voire carrément bourrés, ce samedi soir. Un des responsables avec qui j’ai fumé une clope [2] m’a même confié se demander “comment les 100 Suisses tenaient encore debout”.

“Sûrement grâce à leurs pouvoirs de Maîtres Jedi” lui ai-je répondu.

Mais je ne suis pas convaincue que ce soit la bonne réponse.

Je vous épargne le laïus « j’ai payé cher (enfin mon amoureux), c’est pas pour voir des mecs bourrés en costume de Jedi ! Et quelqu’un peut m’expliquer le rapport de l’armée avec le travail de la vigne censé être mis en avant d’après le prospectus de la FEVI ?! ».

Je passe directement à ma prochaine question.

Pourquoi avoir été soooo XXème siècle côté écolo?

Swiss et Nestlé font partie des « partenaires principaux » de la FEVI [3]. Traduction: ils font partie des acteurs privés qui ont fourni le plus gros morceau du camembert.

La sagesse populaire, en plus de m’éviter d’être con (voir début de l’article pour ceux qui ont du mal à suivre), avance que l’argent est le nerf de la guerre.

Le respect de cet adage expliquerait-il pourquoi il n’y a eu quasi-aucune visibilisation de la viticulture biologique au cours de la FEVI ? Et cela alors même que 20% du vin bio Suisse est produit par le canton de Vaud ? Et que le bio ne cesse de progresser dans les ventes de la grande distribution alors même que le secteur du vin est en crise?

La confrérie a-t-elle voulue respecter la sagesse populaire ?

Vous me répondrez que côté écologie, la FEVI était au top côté tri. Je sais maintenant répondre par coeur à la question  “combien de litres d’eau dans le lac pollue un mégot?”

© Ville de Vevey

Merci à la Ville de Vevey, Summit Foundation et l’Association pour la sauvegarde du Léman qui sont à l’initiative de cette campagne. Et c’est bien connu: tant qu’on trie, on peut consommer la conscience tranquille. 

Aura-t-on le courage de freiner un coup sec et donner un coup de volant pour éviter de se prendre un mur?

Avant toute chose, rappelons qu’il y a urgence climatique et que le virage est à prendre MAINTENANT.

Rappelons que Vevey était la place to be cet été pour les décideurs politiques, médias, associations et autres 400’000 spectateurs.

Rappelons que le changement de cap de notre Titanic humanitaire ne peut avoir lieu que si les commandants le décident.

Rappelons que mettre quelques dizaines d’étourneaux et autres vaches sur un plateau LED (le tout magnifique par ailleurs), ne suffit pas pour se rallier à la cause de l’urgence climatique.

Une fois rappelée ces quelques faits, voici ma dernière question (après, promis, j’éteins mon ordinateur). Y a-t-il (eu) une absence de volonté de la part de la Confrérie (et/ou d’autres « partenaires ») de prendre le virage écologique?

Précisons, si tant est que ce soit nécessaire, que ce virage est réclamé depuis des dizaines d’années sur terres vaudoises. Hier, par quelques vignerons traités d’illuminés par leurs voisins. Aujourd’hui, par des milliers de personnes dans la rue. Demain, par nos enfants qui crèveront de chaud chaque été sur la Rivieira.

 

Notes

[1]Le genre féminin est adopté quand je parle de moi. Pour le reste, le genre masculin est adopté lorsque le neutre n’était pas possible. Ce choix a été fait afin de faciliter la lecture. Cela n’a aucune intention discriminatoire. Pour des raisons d’égalité dans la représentation des deux genres, le genre féminin sera adopté dans le prochain article lorsque le neutre ne sera pas possible.

[2] Oui, je sais c’était interdit de fumer dans l’enceinte de l’arène. Sauf que j’ai été obligée de snaker le système pour avoir ma dose.

[3]Voir la liste officielle de la FEVI.

La Suisse ne souffrira pas du réchauffement climatique

La Suisse se réchauffe plus vite qu’elle ne le devrait. C’est un fait scientifique. Depuis lundi, elles [1] sont 440 grévistes venus de 38 nations pour une semaine d’échanges avec des scientifiques qui disent vouloir mettre leurs savoirs au service de l’humanité. En tête de lice, cette chère Greta Thunberg.

Mais, si les faits démontrent que la Suisse se réchauffe, je vous annonce qu’elle ne souffrira pas.

Je demande donc d’arrêter toute action visant à faire dévier notre Titanic humanitaire de sa trajectoire

Je refuse en effet qu’une partie de la population – hier infime, aujourd’hui fourmillante – consacre son temps, son argent et son énergie pour déranger nos consciences en plein été, période de l’année où on peut enfin prendre son pied en Suisse.

De toute façon, au vu de l’inertie des commandantes de notre embarcation, je suis prête à parier beaucoup de cash que notre Titanic n’arrivera pas à éviter l’iceberg du réchauffement.

Et sachez que je n’en ai cure. J’ai travaillé toute ma vie pour être en première classe sur ce Titanic. Mon but ultime est d’avoir les moyens de réserver un bateau assez confortable et sécurisé pour naviguer seule en cas d’impact???.

Ce n’est pas de ma responsabilité ni de ma faute si certaines personnes n’ont pas assez bien géré leur argent de manière à anticiper tous les risques. Y compris celui de l’iceberg qui nous arrive en pleine gueule #OMGjecrevedetrouille.

De toute façon, quand j’aurai rejoint mon Yacht, je ne verrai plus ces misérables qui tentent de survivre sur leurs planches en bois. J’amarrerai au premier port venu et décollerai pour rejoindre ma chère patrie.

Je suis d’ailleurs très heureuse que la Suisse se réchauffe…

J’ai grandi à Marseille et suis amoureuse du climat méditerranéen. Dans quelques années, plus besoin de voler jusqu’en Croatie en fin de printemps ou début d’automne pour me dorer la pilule. La Croatie sera en Suisse.

Six mois par année, je pourrai me baigner sur des plages où je me sens en sécurité : le pied ! Ah mais zut ! Comment ferai-je pour les semaines de canicule comme je les ai connues enfant ? À l’époque, je venais me réfugier à Moutier chez mes grands-parents histoire de récupérer de nuits raccourcies par une chaleur étouffante et respirer un air moins pollué.

J’oubliais. Je ne compte pas déménager de Suisse. Donc, j’aurai de l’argent. Je ferai comme je l’ai appris aux Etats-Unis. Je mettrai un climatiseur dans ma maison et achèterai une voiture. Ainsi, je n’aurai pas à vivre les volets fermés toute la journée, ni à marcher sous un soleil de plomb pour prendre mon bus, ni à supporter les odeurs de poubelles moisies par la chaleur.

D’ici là, les entreprises se seront adaptées et j’aurais un bureau climatisé bien agréable. J’aurais peut-être même encore assez d’argent pour servir quelques bières et glaces aux personnes qui travaillent à l’extérieur et qui, puisqu’elles viennent pour la plupart de pays chauds, ne devraient pas souffrir autant que moi.

Et quand il fera vraiment trop chaud, je m’achèterai un billet pour le Grand Nord et prendrai une Villa avec piscine afin de reposer mon corps éprouvé par la chaleur.

…D’ici là, j’aurai la clim et un bateau 

Certes, je regretterai le cycle des saisons. Je l’ai tout particulièrement apprécié en arrivant à Genève en octobre 2003. Cet automne-là, j’ai découvert le concept du stratus. Vous savez, ce brouillard où vous ne voyez pas à cinq mètres. Mais au moins, je n’aurai  plus à subir Madame la Bise qui fouettait mon visage en traversant la plaine de Plainpalais et traversait mon manteau provençal extrêmement mal adapté à la violence de cette dame. Le soleil automnal sera plus radieux et le vin meilleur.

On arrivera à Noël sans neige. Pas de souci : j’achèterai un mini canon à neige pour nourrir ma nostalgie. Et pour le ski, ce n’est pas si grave, j’ai eu beau persévérer, il est encore difficile pour moi de trouver du plaisir à faire la queue au télésiège après ma semaine de travail.

Je me mettrai à la peau de phoque et suivrai les traces des personnes qui auront fait le même choix que moi. Mais pour une autre raison : le manque de neige en basse altitude. On sera de plus en plus nombreuses à aller se ressourcer de plus en plus haut.

Certes, les animaux seront perturbés par ces arrivées massives. Mais bon, nos bêtes ont l’habitude de s’adapter aux être humaines que nous sommes. Elles le font depuis la nuit des temps donc pourquoi changer une équipe qui gagne ?

Les pins, qui auront remplacé nos hêtres et chênes, ajouteront une pointe de vert dans notre paysage hivernal. Puis le printemps arrivera.

 

Oui, je sais, ma vie sera dure #dontbejealous

Je l’attendrai avec moins d’impatience et aurai une joie moins intense à voir éclore les premiers bourgeons. Mais cette source d’émerveillement sera remplacée par mon bonheur de naviguer sur le Léman, une bouteille de Rivella ou Coca-Cola bien fraîche à la main, et les montagnes verdoyantes à l’horizon.

Oui, parce que d’ici là, j’aurais mon propre bateau. J’aime la vitesse alors je le veux rapide. En plus, je travaillerai certainement loin de chez moi et aurai subi les embouteillages toute la semaine. Alors le soir et le weekend, je voudrai évacuer ce stress accumulé et appuyer fort sur les gaz pour m’isoler au milieu du lac. J’ai déjà appris à ne pas jeter mes mégots à l’eau et à ramener ma bouteille PET dans la bonne poubelle. Ma conscience sera tranquille!…

Merci de ne pas déranger ma conscience quand je prends soin de moi

Enfin, tranquille…Je serai plus âgée et aurai mes petites habitudes : le téléjournal pendant mon repas. J’aurai quelques petits soubresauts de pitié en voyant mes frères et sœurs marseillais souffrir encore plus durement qu’aujourd’hui. Mon cœur se serrera à l’évocation des gens fuyant l’avancée du désert, la montée des eaux ou la perte de leur habitat amazonien. Je mangerai une bonne glace Smarties ou Ben & Jerry’s pour me consoler.

À ce propos, j’espère que j’aurai encore accès à ces géants de l’agroalimentaire pour me préparer des bons petits plats surgelés. Mais surtout que leurs entreprises continuent à nourrir l’économie suisse, ceci afin d’assurer à moi et mes compatriotes assez de moyens financiers pour faire face sans souffrance au réchauffement climatique.

 

Au pire du pire,  je mettrai mon meilleur des pires pull de Noël pour aller à la plage

Certaines vont me dire que je rêve : jamais je ne connaîtrai le climat méditerranéen en Suisse.  D’autres me diront que j’exagère mais que je n’y suis pour rien. Que c’est la faute à Greta Thunberg qui a lavé mon cerveau.  Une pauvre adolescente paumée qui, telle une Pinocchio des temps modernes, se fait actionner les ficelles par Gepetto. Il tire sur ses connexions neuronales, anime sa bouche et actionne son mégaphone. Dans la peau de Gepetto, vous aurez évidemment reconnu le méchant et cruel GIEC & Cie.

À ces mises en garde, je réponds que je suis de nature optimiste : la Suisse arrivera un jour à la hauteur du sud de la France. Et mon côté pragmatique fait que je prévois toujours un worst-case scenario. Dans le cas qui nous occupe, ce serait apprendre, dans quelques décennies, que toutes ces scientifiques, politiciennes, activistes et autres citoyennes se sont trompées dans leurs calculs ou ont été manipulées par Gepetto & Cie, ou ont paniqué trop vite. Voire les trois à la fois.

Dommage collatéral : nous aurons fait trop d’effort pour dévier la trajectoire de notre Titanic. L’iceberg n’était qu’un glaçon. Gepetto a fini mangé par une baleine.

Traduction de la métaphore : la planète ne se réchauffe pas. La Suisse ne devient pas la Croatie. Pas de souci, je suis prête : je mettrai mon pull préféré pour aller à la plage.

 

PS : c’était ironique 😉

J’espère que le lectorat aura compris le ton ironique de cet article. Je serai évidemment présente ce vendredi à 15 :00 pour aller puiser dans la sagesse et l’énergie des jeunes et contribuer à faire dévier le Titanic de sa trajectoire fort dangereuse, voire meurtrière.

Cet article s’inscrit en effet dans le contexte de la Climate Strike qui aura lieu 9 août 2019 à 15 :00, Place de la Gare à Lausanne. Il s’agit d’une manifestation internationale du climat avec des jeunes grévistes venus de 38 pays d’Europe et de toute la Suisse.

Greta Thunberg a ouvert ce lundi le plus important sommet Smile For Future jamais organisé depuis le début de ce mouvement. Ce sommet se clôt par un concert, une projection de films et d’autres activités après la manif. Venez, ça va être ENORME !

Notes

[1] Cet article étant auto-biographique (et étant une femme…), le genre féminin est adopté quand je parle de moi. Pour le reste, le genre féminin est également adopté lorsque le neutre n’était pas possible. Ce choix a été fait afin de faciliter la lecture. Cela n’a aucune intention discriminatoire. Pour des raisons d’égalité dans la représentation des deux genres, le genre masculin sera adopté dans le prochain article lorsque le neutre ne sera pas possible.

La clope, ma meilleure ennemie

J’ai écrit cet article hier pour réagir aux pourparlers actuels entre Berne, l’OMS et les responsables de la prochaine Exposition Universelle 2020 à Dubaï. Objet de la négociation: interroger la pertinence d’un cigarettier comme sponsor du pavillon suisse. Notons que, côté suisse, l’humour sera au rendez-vous en 2020 [1]. Le pavillon invitera les visiteurs  à une randonnée, “passe-temps suisse par excellence” [2]. C’est bien connu: cigarettes et randonnées dans des paysages sublimes font toujours bon ménage…[ironie].

 

Samedi matin. Vacances. Enfin le temps de lire le journal accompagné du combo magique. Le fameux café / clope.

Ah la clope…  Depuis des années, nous sommes dans une relation que je qualifierais de “compliquée”. Mais je sais qu’un jour on se quittera. Pour toujours.

Oh, elle n’est pas contente quand je lui dis ça. Elle exprime fortement son désaccord en me susurrant des mots plus ou moins doux à l’oreille.

“Tu n’y arriveras jamais” me chuchote-t-elle…

Tu m’aimes bien trop pour me quitter. Tu reviendras à moi.  Pourquoi vouloir me quitter alors que je t’ai tant apporté ?

Te souviens-tu en 2015 ? Tu étais tellement heureuse de me retrouver le lendemain de ta rupture. J’ai été le témoin de la reconquête de ta liberté. C’était enfin reparti pour les apéros entre potes à refaire le monde et les fêtes jusqu’à pas d’heure.

Et puis quand le boomerang post-rupture t’est revenu en pleine face, je ne t’ai pas abandonnée. Notre ami le café et moi étions même devenus ta seule motivation pour commencer ta journée. Quand ta tristesse était trop grande, je te laissais respirer mon parfum pour rassurer tes angoisses de jeune célibataire. Tu m’as même trouvé un charmant surnom. “Ma béquille”.

J’ai assisté avec bonheur quand, telle une guerrière des temps modernes, tu as retrouvé ton sourire. Par la suite, nous avons vécu des moments inoubliables où nous étions seules au monde. Toi et moi, en tête-à-tête avec tes pensées.

Ce printemps, je t’ai pardonné ton infidélité avec le sport, la méditation et les massages. Tu te rappelles ? C’est quand tu as pensé m’écraser une dernière fois le 1erjanvier.  Un grain de sable dans les rouages de ta vie et tes nouveaux amants ne te suffisaient déjà plus. Je t’ai pardonné parce que je sais que notre amour est plus fort.

…Et moi je lui réponds: “Je suis une guerrière”

Un jour, je t’écraserai une dernière fois et je t’enterrerai encore fumante. Ensuite, j’irai dire à tous les fumeurs [3] que je croise qu’il est possible de sortir victorieux contre toi. Je le sais car je connais des tas de gens qui y sont arrivés avant moi.

J’ai aussi accompagné jusqu’à son dernier souffle une femme que j’aimais profondément.  Elle est morte de ton poison. Et c’était moche. Tu avais été sa béquille tout au long de sa vie professionnelle. Elle t’avait écrasé une dernière fois à l’aube de sa retraite. Mais elle n’a pas pu faire long feu. Tes créateurs diront qu’on ne peut pas te mettre ce cancer sur la conscience. Que les facteurs sont multiples. Mais ce n’est pas à une statisticienne qu’on va la faire à l’envers [4]. Tu augmentes FORTEMENT les risques. Point final.

Oh, je te connais. Mais je n’ai pas peur.

je sais que tes stratégies sont bien établies. Je sais que tu sors ta robe la plus courte et la plus décolletée qui soit pour venir à notre rencontre. Tu ne te gênes pas non plus pour t’immiscer parmi ceux qui prennent les décisions censées assurer notre bien-être individuel et collectif.

Puis tu alignes la tune. Tu te fais passer pour une femme libre qui nous apportera un bonheur sans nul autre pareil. Subjugués, certains ne pensent plus à aller voir ce qui se cache derrière ton apparat.

Prends garde. Nous sommes de plus en plus nombreux à ne plus être dupes. Nous n’avons plus peur. Nous nous battrons pour nous libérer de ton joug et trouver notre bien-être ailleurs que dans une bouffée de ton poison.

 

Notes

[1] “L’humour c’est bon pour la santé” disiez-vous M. Schneider-Ammann. Apparemment, le pavillon suisse n’a pas saisi toute la subtilité de votre phrase culte. 

[2] Page d’accueil du site officiel du pavillon suisse à l’Expo2020. 

[3] Cet article étant auto-biographique (et étant une femme…), le genre féminin est adopté quand je parle de moi. Pour le reste, l’utilisation du genre masculin a été adoptée lorsque le neutre n’était pas possible. Ce choix a été fait afin de faciliter la lecture. Cela n’a aucune intention discriminatoire. Pour des raisons d’égalité dans la représentation des deux genres, le genre féminin sera adopté dans le prochain article lorsque le neutre ne sera pas possible.

[4] Les statistiques ont occupé une grande partie de mes études puis de ma vie professionnelle.

Que la Bonne Mère nous vienne en aide

Si vous voulez avoir une vue aérienne de Marseille, montez à notre Dame-de-la-Garde. La Bonne Mère, comme disent les Marseillaises [1], vous coupera le souffle. Ses yeux tournés vers la Grande Bleue, elle surplombe majestueusement la Cité phocéenne.

Les Marseillaises la prient pour qu’Elle veille sur leur peuple, leurs navires et les embarcations auxquelles elles devront porter secours. Et cela dure depuis des siècles [2].

Aujourd’hui, plus d’une centaine de migrantes ont disparu dans la Grande Bleue

Ce drame n’est pas la faute de Madame la Mer qui aurait décidé de les avaler. Ce n’est pas non plus la faute d’une quelconque Déesse qui aurait décidé que leur fin était venue.

C’est la faute aux parts sombres que nous avons toutes en nous. Ces parts qui nourrissent l’injustice, la corruption, l’esclavagisme, le non secours à personne en danger, l’exploitation et l’appât du gain facile.

Quand ces parts sont devenues trop puissantes, il ne nous reste plus qu’à prier pour que la Bonne Mère allume les parts lumineuses qui cohabitent tant bien que mal avec nos parts sombres.

Et que ces parts lumineuses réveillent notre soif d’êtres humaines. Notre soif du refus de l’esclavagisme, de l’exploitation et du trafic en tout genre. Notre soif de justice. Notre soif de liberté. Notre soif de solidarité. Notre soif d’amour.

Que cette soif soit réveillée sur tous les continents et mers du monde

Et que la Déesse – qui doit avoir un bon point de vue depuis le Ciel pour repérer ces drames – accueille les âmes de ces corps que nous n’avons pas su ou pu préserver.

 

 

PS: Je n’ai d’abord pas voulu regarder cette vidéo. Trop sensible diront certaines. J’ai écouté cette sensibilité mais je ne m’y suis pas arrêtée. Et j’ai finalement décidé de ne pas fermer les yeux sur cette réalité. Je ne peux que vous inviter à faire de même. Prenons ensemble de notre précieux temps pour rendre hommage à ces personnes disparues. 

 

[1] L’utilisation du genre féminin a été adoptée lorsque le neutre n’était pas possible. Ce choix a été fait afin de faciliter la lecture. Cela n’a aucune intention discriminatoire. Pour des raisons d’égalité dans la représentation des deux genres, le genre masculin sera adopté dans le prochain article.

[2] “Au plafond sont suspendus de petits vaisseaux avec leurs agrès et ayant leur nom inscrit sur la poupe ; ils figurent celles que la mère du Christ a sauvées d’un cruel naufrage ou enlevées à la fureur des pirates et des corsaires” (Millin, A.-L. (1807-1811). Voyage dans les départements du midi de la France. Paris : Imprimerie impériale, tome 3, p. 261). 

 

“Tu pars où en vacances?”…

Ce soir marque le début de mes vacances. À la traditionnelle question “Tu pars où en vacances?”, je répondrai “Je pars me retrouver”.

Je pars à la rencontre de mon Moi qui sera libéré du Temps du travail.

Je pars répondre à mon corps qui me demandera du repos.

Je pars retrouver mes potes qui me nourriront de leurs rires.

Je pars chercher ma nièce et mon neveu qui me prêteront leurs yeux d’enfants marseillais pour redécouvrir l’arc lémanique.

Je pars échanger avec mon amoureux qui me ravira de sa beauté, de son intelligence et de son humour.

Je pars me ressourcer seule dans le silence de la Nature qui me chuchotera de goûter à ses plaisirs simples.

Pour partir faire tout ça…

…Je reste chez moi

Je reste satisfaire mes envies de farniente et de dolce vita.

Je reste faire des siestes quand ça me chante.

Je reste boire, manger et rire avec mes potes jusqu’à pas d’heure.

Je reste m’émerveiller devant les yeux de mon neveu et de ma nièce.

Je reste échanger avec mon amoureux autour d’un petit déjeuner qui n’est pas interrompu par le départ au travail.

Je reste laver mes soucis dans les eaux du Lac et me faire caresser par les rayons d’un soleil d’été généreux.

Pour les personnes qui ont la même chance que moi

Je vous souhaite de belles vacances, un bon repos de vos corps et de belles retrouvailles avec vous-mêmes et vos proches 🙂

Un peu de douceur dans ce monde de brutes

À l’heure où les fêtards [1] dorment encore et les travailleurs du dimanche sont déjà derrières leurs comptoirs et autres fourneaux, j’ai pris l’habitude de prendre un temps calme pour me retrouver avec moi-même.

Ce matin, je souhaite partager ce rituel dominical avec vous. J’adapte ci-après un texte de Guy Gilbert, dit le prêtre des loubards. Il est l’auteur, entre autres magnifiques textes, d’un ouvrage qui m’a profondément marquée: ” Prends le temps de vivre : Et goûte à la beauté du monde”. Voici le texte qui m’a nourrie ce matin et qui vous parlera peut-être :

Heureux les doux…

Ceux qui traverseront le mieux l’épreuve présente, ceux qui porteront le plus fermement le poids des menaces et des violences et sauront aider les autres à ne pas céder sous le fardeau, ne sont pas les durs, les costauds, les malins. Ce sont les doux et, avec eux, les cœurs purs, les miséricordieux, ceux qui pleurent…

Heureux les doux…Pas les nouilles, les esprits timorés, les mous. La douceur est force de caractère, elle est souplesse face à la brutalité des événements et des hommes, capacité d’encaisser les mauvais coups sans se laisser décontenancer ni briser. Elle s’oppose à l’orgueil, aux certitudes dures et cassantes qui ne savent pas se plier aux exigences concrètes de la vie.

Les doux ne sont pas raidis devant l’inévitable, endurcis par la morne répétition du mal, habitués à la répétition de la violence. Ce sont les patients, les tenaces, ils ne sont pas facilement choqués quand les autres ne font pas comme eux, ils ne désespèrent pas dans les désastres, ils pensent que rien n’est jamais perdu tout à fait.

Ils résistent sans bruit, ne crient pas tout le temps, ne parlent pas beaucoup, on ne les rencontre guère sur le devant de la scène, ils sont attentifs à voir et à écouter, ils n’éteignent pas la mèche qui fume encore.

Ils ne sont pas des théoriciens de la non-violence, des partisans systématiques de l’amour des ennemis et de la joue gauche après la joue droite. Ils savent se montrer à l’école de la vie.

Évidemment, cette douceur ne conduit pas au pouvoir. Elle n’est pas une vertu politique. Elle n’entre pas dans le programme d’un parti, pas même dans le projet d’une Église, d’une Mosquée ou d’un Ashram. Elle est la réponse personnelle de celui qui, à la fois croit en l’être humain et à la puissance de la Vie.

 

 

[1] L’utilisation du genre masculin a été adoptée afin de faciliter la lecture et n’a aucune intention discriminatoire. Le choix a été fait de privilégier le masculin car la douceur est traditionnellement rarement attribuée au genre masculin. Pour des raisons d’égalité dans la représentation des deux genres, l’utilisation du genre féminin sera adoptée dans le prochain article afin de faciliter la lecture et n’aura aucune intention discriminatoire.  

Le Temps laisse à la libre appréciation des auteurs de publier ou supprimer les commentaires reçus. Aujourd’hui, je ne publierai aucun commentaire reçu suite à cet article, repos oblige!