“Tu pars où en vacances?”…

Ce soir marque le début de mes vacances. À la traditionnelle question “Tu pars où en vacances?”, je répondrai “Je pars me retrouver”.

Je pars à la rencontre de mon Moi qui sera libéré du Temps du travail.

Je pars répondre à mon corps qui me demandera du repos.

Je pars retrouver mes potes qui me nourriront de leurs rires.

Je pars chercher ma nièce et mon neveu qui me prêteront leurs yeux d’enfants marseillais pour redécouvrir l’arc lémanique.

Je pars échanger avec mon amoureux qui me ravira de sa beauté, de son intelligence et de son humour.

Je pars me ressourcer seule dans le silence de la Nature qui me chuchotera de goûter à ses plaisirs simples.

Pour partir faire tout ça…

…Je reste chez moi

Je reste satisfaire mes envies de farniente et de dolce vita.

Je reste faire des siestes quand ça me chante.

Je reste boire, manger et rire avec mes potes jusqu’à pas d’heure.

Je reste m’émerveiller devant les yeux de mon neveu et de ma nièce.

Je reste échanger avec mon amoureux autour d’un petit déjeuner qui n’est pas interrompu par le départ au travail.

Je reste laver mes soucis dans les eaux du Lac et me faire caresser par les rayons d’un soleil d’été généreux.

Pour les personnes qui ont la même chance que moi

Je vous souhaite de belles vacances, un bon repos de vos corps et de belles retrouvailles avec vous-mêmes et vos proches 🙂

Un peu de douceur dans ce monde de brutes

À l’heure où les fêtards [1] dorment encore et les travailleurs du dimanche sont déjà derrières leurs comptoirs et autres fourneaux, j’ai pris l’habitude de prendre un temps calme pour me retrouver avec moi-même.

Ce matin, je souhaite partager ce rituel dominical avec vous. J’adapte ci-après un texte de Guy Gilbert, dit le prêtre des loubards. Il est l’auteur, entre autres magnifiques textes, d’un ouvrage qui m’a profondément marquée: ” Prends le temps de vivre : Et goûte à la beauté du monde”. Voici le texte qui m’a nourrie ce matin et qui vous parlera peut-être :

Heureux les doux…

Ceux qui traverseront le mieux l’épreuve présente, ceux qui porteront le plus fermement le poids des menaces et des violences et sauront aider les autres à ne pas céder sous le fardeau, ne sont pas les durs, les costauds, les malins. Ce sont les doux et, avec eux, les cœurs purs, les miséricordieux, ceux qui pleurent…

Heureux les doux…Pas les nouilles, les esprits timorés, les mous. La douceur est force de caractère, elle est souplesse face à la brutalité des événements et des hommes, capacité d’encaisser les mauvais coups sans se laisser décontenancer ni briser. Elle s’oppose à l’orgueil, aux certitudes dures et cassantes qui ne savent pas se plier aux exigences concrètes de la vie.

Les doux ne sont pas raidis devant l’inévitable, endurcis par la morne répétition du mal, habitués à la répétition de la violence. Ce sont les patients, les tenaces, ils ne sont pas facilement choqués quand les autres ne font pas comme eux, ils ne désespèrent pas dans les désastres, ils pensent que rien n’est jamais perdu tout à fait.

Ils résistent sans bruit, ne crient pas tout le temps, ne parlent pas beaucoup, on ne les rencontre guère sur le devant de la scène, ils sont attentifs à voir et à écouter, ils n’éteignent pas la mèche qui fume encore.

Ils ne sont pas des théoriciens de la non-violence, des partisans systématiques de l’amour des ennemis et de la joue gauche après la joue droite. Ils savent se montrer à l’école de la vie.

Évidemment, cette douceur ne conduit pas au pouvoir. Elle n’est pas une vertu politique. Elle n’entre pas dans le programme d’un parti, pas même dans le projet d’une Église, d’une Mosquée ou d’un Ashram. Elle est la réponse personnelle de celui qui, à la fois croit en l’être humain et à la puissance de la Vie.

 

 

[1] L’utilisation du genre masculin a été adoptée afin de faciliter la lecture et n’a aucune intention discriminatoire. Le choix a été fait de privilégier le masculin car la douceur est traditionnellement rarement attribuée au genre masculin. Pour des raisons d’égalité dans la représentation des deux genres, l’utilisation du genre féminin sera adoptée dans le prochain article afin de faciliter la lecture et n’aura aucune intention discriminatoire.  

Le Temps laisse à la libre appréciation des auteurs de publier ou supprimer les commentaires reçus. Aujourd’hui, je ne publierai aucun commentaire reçu suite à cet article, repos oblige! 

Moi non plus, je n’irai pas à la Fête des vignerons

Cet article est mauvais parce que, notamment, mes arguments auraient gagné à être mieux affutés ; les réflexions exposées, à être moins nombreuses et mieux structurées ; le ton employé, à être plus fin. Résultats : le message que je voulais transmettre est difficilement lisible et, pire, je passe pour une Madame Je-sais-tout. Il paraît que c’est en forgeant que l’on devient forgeronne. Je m’offre donc le droit de m’améliorer en publiant, dans un avenir plus ou moins proche, sur le même sujet et produire un article que j’escompte meilleur. En espérant ne pas avoir perdu d’ici là une partie de mon lectorat…ni le plaisir d’échanger avec lui des opinions parfois divergentes [note ajoutée le 20.07.2019]. 

 

Hier soir, j’ai eu l’idée d’écrire un article sur les raisons pour lesquelles je ne me rends pas à la Fête des vignerons. En ouvrant la page des blogs du Temps ce matin, je découvre avec plaisir l’article de Francis Saugy où il expose les arguments qui l’ont décidé à faire de même. Nous serons donc au moins deux boycotteurs solitaires…à moins que « les gradins dont l’occupation s’annonce clairsemée indiqueront-ils que nous ne sommes peut-être pas si seul·e·s ».

Je partage le constat de Francis Saugy sur l’immense problème de cohérence entre d’une part, l’image véhiculée par cette fête, et d’autre part, le message de prévention que l’on fait aux jeunes de ce pays.

Combien de personnes iront en effet s’enivrer à cette fête pour se décharger de la pression que l’on a en Suisse d’être performant·e au travail, à la maison et dans ses loisirs ? Combien prendront un verre parce que, sans alcool [1], elles ne parviennent pas à entrer en interaction avec un·e inconnu·e, entravées qu’elles sont par le manque de liberté à être pleinement elles-mêmes.

Cher vin, je t’aime et je te déteste

J’aime le vin pour ce qu’il a amené dans ma vie : le partage de moments inoubliables en dégustant le fruit de ce que la nature et l’être humain produisent de concert. Et je le déteste pour ce qu’il a ôté dans ma vie : un oncle qui s’en est allé prématurément des suites d’une maladie bien trop répandue en Suisse.

Il buvait pour ne pas pleurer la mort de son père décédé bien trop jeune lui aussi. Et en manquant, lui aussi, de dignité. La faute à une autre maladie de l’époque : la pauvreté, cette maladie sociale qui ne permettait pas d’avoir une couverture maladie suffisante. Mon oncle avait 16 ans le jour de l’enterrement et il est arrivé bourré. Une partie de sa famille lui en a longtemps voulu. Mais ces gens se trompaient de cible.

Boire pour ne pas pleurer mais danser

Mon oncle faisait comme beaucoup de personnes en Suisse : il buvait parce qu’il n’arrivait pas à exprimer son chagrin. Dans le monde paysan dont la culture imprègne encore la vie émotionnelle de ce pays, montrer la part vulnérable de son humanité n’était pas socialement admis pour un homme. Aujourd’hui encore, on préfère boire et s’enivrer jusqu’à la lie pour se décharger d’une pression trop élevée, oublier nos maux conscients et inconscients ou entrer en lien avec les autres.

À ce propos, j’ai passé des soirées en Amérique latine – que dis-je, des nuits – où mes ami·e·s du pays ne buvaient qu’un ou deux cocktails. C’était souvent faute d’argent, et toujours parce qu’ils et elles n’en avaient pas besoin. Leur capacité à danser en considérant les autres comme des partenaires de jeu et non pas comme les juges de leurs pas, les faisaient savourer la joie profonde des corps qui s’expriment librement.  Sans parler du bonheur des chants entonnés par cœur autour des musicien·ne·s et de l’énergie qui s’échangeait sans discontinuer dans ces moments là. Les fameux pouvoirs de la musique et de la danse…

Jésus ou celui qui changeait l’eau en vin en mode incognito

Dans les écrits bibliques, le premier signe de Jésus est de changer l’eau en vin aux noces de Cana. Cette histoire, je l’ai bien retenue. Mais j’ai aussi retenu qu’il avait réalisé ce miracle afin que l’hôte puisse gâter ses invité·e·s et que tout le monde partage la joie du mariage. Je n’ai pas souvenir qu’il soit mentionné que l’hôte ait dû nettoyer du vomi en lieu et place de profiter de sa nuit de noce.

La plupart des interprétations théologiques ont également souligné que ce premier signe illustre la générosité divine qui n’a pas besoin de publicité pour s’exercer [2]. En effet, les auteurs des évangiles ont choisi de rapporter que Jésus a usé de son superpouvoir en mode incognito.

La générosité de la Fête des vignerons en question

Question faussement naïve : les responsables de la Fête des vignerons ont-ils cette même générosité ? Ou leurs égos les poussent à saisir cette opportunité pour faire de la publicité à un secteur qu’ils et elles jugent en déperdition ? Mais combien de ces responsables sont propriétaires de terrains qui valent des millions et qui, comme le rappelle très justement Francis Saugy, pourraient être affectés, au moins en partie, pour répondre à l’urgence climatique ?

Certaines personnes préfèrent boire de l’eau en bouteille car elles craignent la propreté de l’eau du robinet. Mais combien connaissent la part d’additifs néfastes pour la santé qui sont ajoutés dans le vin ? Combien des responsables de la Fête des vignerons sont prêts à investir dans des techniques qui soient respectueuses des êtres humains qui partagent les terres de l’arc lémanique ? Quel est le prix humain et écologique que notre société est prête à mettre pour préserver cette tradition et les terres viticoles ? Car c’est de cet arbitrage qu’il s’agit. Ni plus ni moins.

Serez-vous à la hauteur des attentes ?

Avec un budget de plus de 100 millions, des milliers de bénévoles qui ont investi des centaines d’heures de leur temps, et quelque 400’000 spectateurs et spectatrices attendu·e·s, il est temps d’être à la hauteur. Quand on a le pouvoir économique, politique et social d’impacter la société, encore faut-il avoir le courage émotionnel de porter le changement en criant fort son message. Quel est le vôtre ?

Pour l’heure, le nom de l’événement qui n’inclut pas les vigneronnes [3], le tableau des Noces qui ne présente aucun couple homosexuel, et le fameux “plus grand plancher LED jamais monté en open air”, sont autant d’exemples qui démontrent que les responsables n’ont pas dû voir passer les milliers de personnes dans la rue le 14 juin et les jours de manifestations pour le climat de ce printemps.

À moins qu’il y ait eu un souci avec la stratégie marketing ? Aurais-je fait preuve d’une trop grande naïveté en croyant ce qui est inscrit sur la page d’accueil du site dévolu à l’événement ? Je cite : « Reconnue par l’UNESCO qui l’a inscrite sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, la Fête des Vignerons unit les générations, rassemble gens des villes, des campagnes et des vignes, autochtones et étrangers ».

Mais comment vouloir rassembler sans tenir compte des milliers de jeunes et moins jeunes qui vivent le changement et réclament qu’on y réponde? Comment se vanter d’être en phase avec les évolutions sociales tout en omettant d’embrasser le changement de société ? Parce que oui (attention spoiler…), on peut conserver ses racines tout en embrassant le changement.

Embrasser le changement ne veut pas dire renier ses racines

Parce qu’avec de belles racines, on peut, moyennant certaines tailles de la vigne, obtenir des branches bien plus saines et du raisin en plus grande abondance. Ce n’est pas aux vigneron·ne·s que j’apprendrai cela.

Alors, messieurs dames, dans quelles terres souhaitez-vous planter les racines de vos plants de vigne ? Quels sarments êtes-vous prêt·e·s à raccourcir ? Quels fruits voulez-vous produire pour la prochaine génération ?

Serez-vous prêt·e·s à répondre à la voix de nos enfants qui réclament à corps et à cri que l’on agisse pour l’urgence climatique ? Serez-vous prêt·e·s à inclure dans votre tableau des Noces des couples homosexuels comme il en existe des milliers sur l’arc lémanique ? Ou préférez-vous continuer à vivre avec quelques années de retard en mode so XXème siècle et à ne pas tenir compte des nouvelles racines qui font le ferment du pays de Vaud ?

Arrêtez de nous faire croire que la Dolce Vita doit être chère en Suisse

Les racines que je pense davantage propices à des fruits durables et savoureux existent déjà. Ce sont nos grands-parents qui les ont plantées en nous montrant comment profiter des fruits de notre labeur. Ce sont nos parents qui les ont arrosées en se libérant des normes de société qui leur pesaient. C’est ma génération qui en taille les sarments en choisissant le meilleur de ce que la société a à nous offrir. Ce sont les personnes venues de contrées lointaines qui ajoutent des rameaux en amenant leurs richesses. Et ce sont nos enfants qui s’occuperont des prochains cycles saisonniers en obéissant à la nature qui le leur rendra bien.

Les fruits que nous récoltons toutes et tous à travers les générations ont le goût du bonheur simple. Ces fruits ne sont pas ceux issus d’une vigne qui fait croire que le bonheur s’achète à coup d’événements hors de prix et autres places to be. Ce sont des fruits qui ne nous obligent pas à surbooker notre agenda estival pour avoir l’impression d’exister alors même que nos corps et nos têtes nous réclament du repos.

Ces fruits nous demandent seulement d’être cueillis au bord du lac ou de nos rivières. C’est là qu’ils se cachent pour nous offrir l’émerveillement devant des paysages sans nuls autres pareils, de riches échanges avec celles et ceux qui partagent le grill collectif ou notre feu de bois, et la saveur d’un bon verre de vin que l’on boit avec modération, mais surtout délice !

[1]…la fête est plus folle : blague du jour, bonjour.

[2] En revanche, certainement de superpouvoirs.

[3] Si je comprends que le service marketing trouve le nom “Fête des vigneronnes et vignerons” un peu trop long, j’aurais suggéré de faire simple avec “Fête de la vigne”.  

I have a dream version post-14 juin

J’ai été heureuse de me joindre aux centaines de milliers de femmes et d’hommes à ce que l’histoire appellera une des plus grandes manifestations pour l’égalité dans les annales de notre nation.

Il y a près d’un demi-siècle, les hommes suisses octroyèrent le droit de vote et d’éligibilité pour l’autre moitié de la population en âge de voter. Ce vote est venu comme une aube joyeuse terminer la longue nuit de l’exclusion des femmes des sphères du pouvoir. Leur entrée dans l’espace politique et le partage des responsabilités qui incombent aux femmes et hommes de pouvoir ont favorisé la mise à l’agenda de la question de l’égalité.

Le 14 juin n’est pas une fin, mais le commencement

Mais, près d’un demi-siècle plus tard, les femmes et les hommes ne vivent toujours pas sur un pied d’égalité et sont encore terriblement handicapé·e·s par les menottes de la discrimination.

Nous sommes descendu·e·s dans la rue le 14 juin pour rappeler les exigences urgentes de l’heure présente. Ce n’est pas le moment de s’offrir le luxe de laisser tiédir notre ardeur ou de prendre les tranquillisants des demi-mesures. C’est l’heure d’arracher notre nation des sables mouvants de l’injustice sociale et de l’établir sur les rocs de la sororité et de la fraternité.

Le 14 juin n’est pas une fin, c’est un commencement. Ceux qui espèrent que les femmes et les hommes qui réclament l’égalité avaient seulement besoin de se défouler et que ces personnes se montreront désormais satisfaites auront un rude réveil si la nation retourne à son train-train habituel. Il n’y aura ni repos ni tranquillité en Suisse jusqu’à ce qu’on ait accordé à l’ensemble de la population une égalité de faits.

La merveilleuse force collective qui a saisi les femmes pendant la préparation du 14 juin ne doit pas nous entraîner vers la méfiance de tous les hommes, car beaucoup de nos frères – leur présence dans les rues le 14 juin en est la preuve – ont compris que leur destinée est liée à la nôtre. Nous ne pouvons marcher toutes seules sur le chemin de l’égalité. Et au cours de notre progression, il faut nous engager à continuer d’aller de l’avant ensemble.

Nous ne pouvons pas revenir en arrière. Il y a des gens qui demandent aux activistes de l’égalité : « Quand serez-vous enfin satisfait·e·s ? ». Nous ne serons jamais satisfait·e·s aussi longtemps que viols, agressions physiques et violences psychologiques viendront entacher d’une abjecte brutalité les rapports femmes/hommes. Nous ne pourrons être satisfait·e·s aussi longtemps que nos enfants, mêmes devenus grand·e·s, verront leur dignité bafouée par les inégalités de revenus, de représentativité dans l’espace public et de partage des responsabilités et privilèges autant professionnels que familiaux.

Je rêve qu’un jour la Suisse vive pleinement la réalité de sa Constitution

Bien que nous ayons à faire face à des difficultés aujourd’hui et demain, je fais toujours ce rêve : c’est un rêve profondément ancré dans l’idéal démocratique. Je rêve qu’un jour, notre pays se lèvera et vivra pleinement la véritable réalité de sa Constitution : « Tous les êtres humains sont égaux devant la loi. Nul ne doit subir de discrimination du fait notamment de son sexe (…). L’homme et la femme sont égaux en droit. La loi pourvoit à l’égalité de droit et de fait, en particulier dans les domaines de la famille, de la formation et du travail. L’homme et la femme ont droit à un salaire égal pour un travail de valeur égale. ».

Je rêve qu’un jour nos enfants vivent dans une nation où elles et ils ne soient pas jugé·e·s sur leur genre ni leur sexe mais sur la valeur de leur caractère et de leurs compétences. Je rêve qu’un jour nos fils puissent pleurer sans être traité de sales mauviettes et que nos filles puissent se mettre en colère sans qu’on leur demande si elles ont leurs règles. Je rêve qu’un jour nos fils et nos filles jouent ensemble au foot et à la poupée. Je rêve qu’un jour nos filles aspirent à devenir policières ou infirmières, et nos fils pompiers ou aides-soignants. Je rêve que nos adolescentes puissent danser sans devoir subir des mains baladeuses et que nos adolescents puissent sortir sans être pris dans des bagarres d’ego.

Je rêve qu’un jour les femmes puissent porter la longueur de jupe qui leur chante et que les hommes ne soient pas réduits à de vulgaires mateurs frustrés. Je rêve qu’un jour les femmes ne demandent plus d’aide pour percer un trou dans un mur et que les hommes prennent l’initiative de la vaisselle. Je rêve qu’un jour hommes et femmes vivent une sexualité épanouie dans le respect de l’être humain qui partage leur lit. Je rêve qu’un jour les hommes soient dégagés de leurs obligations militaires et que les femmes puissent aspirer à intégrer une armée professionnelle.

Je rêve qu’un jour femmes et hommes partagent un congé parental pour accueillir leur bébé dans toute la dignité que mérite un nouvel être humain. Je rêve qu’un jour les femmes puissent avorter sans devoir se justifier et que les hommes puissent dormir à la maternité après la naissance de leur enfant. Je rêve que les femmes aient des places de travail adaptées quand elles portent la vie et que les hommes puissent profiter d’un temps partiel pour profiter de leur progéniture. Je rêve qu’un jour les femmes n’aient pas à motiver leur souhait de ne pas avoir d’enfant et que les hommes n’aient pas à expliquer leur volonté d’être père au foyer.

Je rêve qu’un jour les femmes puissent être en haut de l’échelle sans avoir à devenir des Queen Bees et que les hommes soient libérés de l’injonction à être des breadwinners.  Je rêve qu’un jour on ne dise plus que les femmes, ça se crêpe le chignon et que les hommes, ça fait des combats de coqs. Je rêve qu’un jour hommes et femmes partagent le plaisir d’être en famille et le travail nécessaire à la tenue d’un foyer où il fait bon vivre. Je rêve qu’un jour les femmes osent prendre le pouvoir ainsi que les privilèges et responsabilités qui vont avec, et que les hommes partagent le pouvoir et aient un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie familiale.

Avec cette espérance, nous serons capables de transformer les discordes criardes de notre nation en une superbe symphonie de sororité et de fraternité. Avec cette espérance, nous serons capables de travailler ensemble, de se réjouir ensemble et de défendre ensemble la cause de l’égalité dans le respect des besoins et des aspirations de toutes et tous.

Si la Suisse doit être une grande nation, que ce rêve devienne réalité !

 

Article écrit sur la base du discours I have a dream de Martin Luther King qui appelait à la fin du racisme lors de la Marche sur Washington pour l’emploi et la liberté du 28 août 1963.