L’extinction humaine est-elle proche? L’apocalypse selon Guy McPherson

Guy McPherson est un ancien professeur d’université d’écologie. Il a quitté le monde de la recherche universitaire, et la vie dans la société américaine pour exploiter, conformément à ses valeurs,  une ferme écologique, changement  qu’il a décrit dans un livre, ‘Walk away from the Empire‘ et dans son blog.  Le livre ‘Going dark’ expose ses inquiétudes pour la Planète. Aujourd’hui, il expérimente personnellement un mode de vie écologique. Il élève des chèvres et  cultive son jardin.

Ses recherches l’ont mené à prendre très au sérieux la vitesse à laquelle les espèces vivantes disparaissent aujourd’hui et le changement climatique. Dans une publication récente, qu’il présente dans cette vidéo, il déclare que l’espèce humaine risque l’extinction à court terme. Il cite plusieurs changements inquiétants qui surviennent actuellement sur la Terre, et qui constituent des graves risques pour l’Humanité. Je le trouve un peu réducteur à clamer constamment ‘la fin est proche’- Michael Mann, un climatologue, dont le travail récent suggère que les températures se stabiliseraient si nous diminuons les émissions,  a même dit récemment que Guy McPherson devait être payé par les industries fossiles pour saper l’action climatique, ce qui est certainement aussi exagéré. Guy McPherson fait allusion à des faits et des risques réels de son point de vue d’écologiste.

Selon lui, les conditions de vie nécessaires pour l’humain pourraient être détruites sur Terre, l’Humanité pourrait disparaître, comme l’immense majorité d’espèces s’est éteinte au cours de notre passé géologique. Il remarque que la plupart des vertébrés terrestres disparait à vue d’oeil, alors il pourrait en être de même pour l’Homme.  D’autres écologistes s’alarment aussi du rythme effréné de disparition d’espèces sur Terre, (Paul Ehrlich par exemple, lien), et estiment qu’elle signale un bouleversement majeur du système Terre et y voient un immense danger.

J’objecte que pour le moment, nous annexons tous les écosystèmes sauvages pour produire des aliments pour les humains. Mais il est vrai nous ne le faisons pas intelligemment ni de manière durable.

Méthane dans la mer Arctique et dans le permafrost

GuyMcPherson cite par exemple le méthane dans la mer Arctique ou dans le permafrost terrestre que le réchauffement pourrait libérer, et le gaz émis démultiplierait le réchauffement climatique, avec des très dangereux bouleversements météorologiques.  Cet événement hypothétique est généralement considéré comme possible pour le 22ième siècle, certains craignent une augmentation du réchauffement par le méthane vers 2050 déjà. D’autres, comme Peter Wadhams, pensent qu’elle pourrait se produire à tout moment. Le permafrost semble dégeler plus vite que prévu, les émissions de méthane ont augmenté (traduction d’un discours ONU) ces dernières années et c’est inquiétant.  Les quantités sont encore infimes, mais un processus redouté a commencé. Il pourrait mener à des événements d’une échelle réellement apocalyptique, mais ils devraient nous laisser encore au minimum quelques décennies.  Certains scientifiques pensent que la Nature, a par le passé, éliminé le méthane d’une manière ou d’une autre. Il faudrait cependant rechercher des solutions aux émissions de méthane (blog).

Le nouveau climat terrestre

Ensuite, il fait allusion au travail de Burke qui compare le réchauffement aux climats passés (lien), et calcule que  si nous restons à 2°C du réchauffement, le climat résultant des prochaines centaines d’années sera probablement celui du Pliocène, 2-3°C plus chaud qu’aujourd’hui, avec des hivers froids et des étés caniculaires sous nos latitudes.  Les conditions de culture agricole pourraient alors beaucoup changer.  Si par contre nous suivons la trajectoire de réchauffement rapide sans maîtrise des émissions humaines, jusqu’à 4°C de réchauffement, le climat de la Terre pourrait basculer vers celui de l’Eocène, 13°C plus chaud, au cours du 22ième siècle.  Une température de 4°C ferait probablement fondre les glaces et pourrait provoquer les émissions de méthane qui réchaufferaient la Terre de plusieurs degrés supplémentaires. Ces changements vers un nouvel équilibre climatique se produiraient à l’échelle d’un ou deux siècles.

Aérosols

Actuellement, la combustion du charbon libère des aérosols qui refroidissent l’atmosphère.  L’arrêt immédiat de toutes les industries diminuerait la quantité d’aérosols dans l’atmosphère et réchaufferait la Planète. Si tout s’arrêtait demain, il ferait un peu, peut-être 0,5°C plus chaud pendant quelques années. Une nouvelle étude au moins suggère que l’effet des aérosols est moins fort que prévu par les modèles climatiques (lien ), une autre estime même que les aérosols réchauffent la Planète (lien).   Et tant que le charbon est utilisé, l’effet de serre augmente. En 2020, la Chine a réduit l’activité de ses usines pendant le confinement. Il semble qu’il n’y a pas eu de réduction d’aérosols au niveau planétaire, car d’immenses feux de forêts en Australie et surtout en Amazonie en ont produit beaucoup.

Guy McPherson s’inquiète de l’effet de réchauffement que l’arrêt des usines et de leurs aérosols aurait sur la Planète, mais si les usines étaient mises hors service ou changeaient de source d’énergie progressivement, sur une dizaine d’année, ça devrait aller.  Cela semble la meilleure solution, proche de celle préconisée par le programme des Nations Unies pour l’Environnement (lien).

Approvisionnement alimentaire

Ensuite, il estime que notre approvisionnement alimentaire pourrait être rapidement désorganisé, soit à cause d’une perte de fertilité planétaire causée par la disparition des vers de terre, soit à cause de ruptures de la chaîne d’approvisionnement dans un système impliquant des nombreux transports intercontinentaux.

Les vers de terre dégradent des restes de plantes dans le sol et contribuent à les transformer en humus. Ils aèrent le sol et le rendent perméables à l’eau (brochure FIBL EN) . Le travail cité par Guy McPherson estime que 83% des vers de terre ont aujourd’hui disparu.  L’usage de pesticides chimiques et de lourdes machines agricoles rend leur survie dans les champs difficile, et leur absence aggrave le tassement des sols et la perte d’humus, et pourrait contribuer à l’épuisement des sols.  L’absence des vers de terre est aussi indicative des changements des terres. Celles-ci contiennent, dans la nature, un écosystème riche de milliers de bactéries, de petits animaux et de champignons nécessaires au fonctionnement du sol vivant.  En 2018, puis de 75% des sols étaient dégradés par l’exploitation humaine. Il y a de plus en plus d’humains à nourrir, et nous détruisons les champs dont nous avions besoin. Nous sapons vraiment la Terre sous nos pieds.  Ces problèmes surviennent progressivement, s’aggravent depuis des décennies. Des solutions, telles que la reforestation, l’agroforesterie, l’agriculture biologique, les couverts végétaux, l’agriculture sans labour,  sont aussi développées, par exemple par le FIBL. L’association Terre et Humanisme travaille beaucoup avec les vers de terre et le lombricompostage.

La pandémie nous a donné l’exemple de la fragilité de notre système économique. Les engrais, les céréales qui nourrissent souvent des animaux et la viande sont produits sur des continents différents, et dépendent du commerce et du transport mondial.  Ce système est à bout de course, des perturbations sont prévues et se produisent. L’engrais chimique a provoqué une énorme explosion au Liban cette année, et cette semaine des moutons étaient bloqués dans le canal de Suez. Il faut le simplifier, le remplacer par des circuits locaux  et le rendre plus résiliant.

Fonte de la glace Arctique

Guy McPherson mentionne que la glace sur la mer Arctique fond plus vite que prévu. La surface blanche de la glace agit comme un couvercle et une surface réfléchissante.  L’absence de glace causera un réchauffement supplémentaire immédiat, et plusieurs scientifiques alertent sur les perturbations météorologiques qu’elle pourrait provoquer, des tempêtes, des vagues de froid et de chaleur. Une étude géologique suggère que l’absence de glace et l’arrivée d’eau plus chaude au contact de la surface a provoqué un réchauffement rapide de plusieurs degrés par le passé, mais ce danger n’est généralement pas pris en compte dans les modèles climatiques. L’océan pourrait aussi se réchauffer en profondeur et favoriser les émissions de méthane.  La fonte complète de la glace arctique en été ce produira certainement au cours de ce siècle, peut-être dans quelques années, nous en avons déjà perdu la moitié. Avant,  la mer Arctique était continuellement couverte de glace épaisse d’environ un mètre et âgée de quelques années, maintenant elle est plus fine, fragmentée et semble bien compromise.

Les avions

Ensuite, il cite un travail de Gunther Pauli qui propose que les tourbillons formés par le passage des avions changent la circulation de l’atmosphère. Je n’ai jamais entendu ça avant. Je ne dispose pas de calculs prouvant que c’est faux, je ne peux pas vraiment invalider ses dires, mais ça me paraît douteux. Si c’était vrai,  on pourrait peut-être faire voler des avions dans l’autre sens pour changer la circulation atmosphérique.

El Nino

Ce phénomène se produit tous les 3 à 7 ans, des eaux chaudes affleurent à la surface du Pacifique et réchauffement l’atmosphère (lien). La dernière année El Nino, 2016, a battu les records de chaleur, et causé des graves sécheresses, particulièrement en Afrique, qui ont touché 60 millions de personnes (lien).  Les années El Nino extrêmes deviennent plus probables d’après le GIEC:. La Planète se réchauffe, et El Nino apportera probablement  une année de vagues de chaleur plus élevées.  Les habitants des pays chauds, par exemple d’Afrique de l’Est, pourraient en souffrir sérieusement, vivre des famines ou des vagues de chaleur mortelles.  La production alimentaire sur Terre serait réduite, et nous pourrions vivre en Suisse des vagues de chaleur de quelques degrés plus élevées que la précédente.

Si je reprends les dangers énumérés par Guy McPherson,   le prochain événement  sera probablement une année El Nino,  qui se produira  dans un an, dans deux ans ou au plus dans cinq ans. Ce sera une année plus chaude que toutes celles que l’Humanité a vécu, qui pourrait être accompagnée d’événements météo nouveaux ou plus intenses.

Pourrait-elle mettre en branle un processus de fonte de glace Arctique, de sécheresses, de réchauffement rapide, de  fonte du permafrost, et de réchauffement abrupt apocalyptique?  Ces changements dangereux pour la survie de l’Humanité ne sont généralement pas prévus pour le 21ème siècle, mais le climat pourrait nous surprendre.

L’Humanité compromet de plusieurs façons ses conditions de vie sur Terre et doit immédiatement modifier son mode de vie pour sa sécurité.

 

 

Blog: créons des réserves alimentaires planétaires

Vivre en éco-village

Le hameau des Buis

Le Hameau des Buis est un écovillage en Ardèche, construit au sommet d’une colline. Pour y accéder, il faut traverser une forêt de chêne, et au sommet, le village émerge soudain de la forêt, entouré d’un vaste paysage de nature. 

L’éco-village a été construit par les habitants et par des bénévoles, qui ont vécu dans des roulottes lorsqu’ils construisaient leurs maisons. Celles-ci sont  en argile, en bois et en paille, de provenance locale, et  essentiellement chauffées par le soleil grâce aux baies vitrées et aux murs capteurs. Les maisons sont assez petites pour des familles, mais comportent une petite terrasse et tout le monde, les enfants en particulier, passe beaucoup de temps dehors, dans une nature magnifique.

Le village contient une station de phytoépuration. L’eau passe par plusieurs bassins où des plantes différentes purifient l’eau. Le village récupère l’eau de pluie et utilise des toilettes sèches.

Vidéo Hameau des Buis 22 min: https://hameaudesbuis.org/entretiens-avec-les-habitants/

Les photos qui illustrent l’article ne proviennent pas du Hameau des Buis, mais de pays différents. Cliquez sur les liens ci-dessus pour voir ce village. 

 Autonomie, responsabilité, entraide

Le village est un système d’organisation sociale qui existe depuis des millénaires, dans toutes les sociétés. La nourriture des habitants peut être produite à proximité immédiate, les champs l’entourent directement, et les paysans y accédaient à pied. Le village permet l’entraide et le partage entre des personnes qui se connaissent bien, et une légère spécialisation. Différents métiers y sont représentés, les personnes capables y exercent les métiers de boulanger, de forgeron ou de couturier.

Dans l’éco-village le Hameau des Buis, chaque projet était discuté par le conseil, et accompli par les habitants et les bénévoles. Les habitants se réunissaient, discutaient du projet à entreprendre, puis s’y mettaient, avec l’aide de nombreux bénévoles. L’accord du groupe est nécessaire, et il peut être facilité par l’adhésion à des valeurs communes ou à une charte acceptée à l’avance par les habitants.

Image par FranckinJapan de Pixabay

J’ai remarqué que les tâches étaient parfois accomplies par des débutants, qui devaient comprendre ce qu’ils faisaient, et d’entraînement physique très divers. En conséquence, en accomplissant des tâches variées, les habitants acquéraient une excellente forme physique, qui fait partie des valeurs de l’écologie. Le corps et l’esprit d’un humain devraient être en bonne santé. Les villageois se sentaient libres et maîtres de leur destin, et en gardant les projets simples et sensés, ils étaient capables de constuire des maisons, et de produire tout le cadre de vie nécessaire eux-mêmes. Les principes d’écologie, de simplicité et d’autonomie permettaient l’empowerement, c’est à dire l’émancipation et la confiance en soi des habitants. A l’extrême inverse, notre société peut convaincre les personnes qu’elles ne sont pas qualifiées si elles ne savent pas emballer un produit exactement comme le précédent qui le faisait faux.   De plus, dans notre monde stressé, les tâches de plus en plus automatiques sont réduites à une minute, et ne peuvent pas toujours être exécutées aussi vite, ce qui provoque des échecs à répétition. La relaxation et le recentrage sur l’essentiel améliorent notre fonctionnement et nos performances. 

Production locale et artisanale

Tout était fait en matériaux locaux, le fromage était fabriqué sur place à base de lait de chèvres qui broutaient dans forêt, les oeufs provenaient du poulailler, les légumes du potager. Tous ces produits étaient transportés à pied jusqu’au magasin du village, puis dans les maisons des habitants.

De nombreux objets étaient fabriqués par des amateurs ou par des artisans. La qualité finale était-elle moins bonne que dans le cas d’objets fabriqués à extrêmement bas prix en Chine puis revendus à des nombreux intermédiaires?  Evidemment, le temps de fabrication d’une chaise était infiniment plus long, mais les matériaux et le travail étaient locaux, et le besoin de transport, de magasins, d’usine de camions, et de vendeuses de magasin disparait alors. Au cours de notre histoire, nos ancêtres construisaient de temps en temps un meuble pour des dizaines ou des centaines d’années. Les objets étaient peut-être conçus correctement pour répondre au besoin précis. Ghandi, entre autres, conseillait de fabriquer ses objets soi-même. Une idée qui ne correspond pas tout à fait à une vision matérialiste du monde est que si nous avons besoin d’un objet, nous serons inspirés ou aidés pour le faire correctement, et qu’il sera réellement utile. Peut-être cette capacité existe-elle en chaque humain, comme celle de s’occuper d’un enfant. Nous ne devrions en fait consommer et acheter que par besoin réel.

Des mères détendues avec les enfants jouant près d’elles

Photo Marie Nollet

Dans l’éco-village, il y avait de nombreuses familles avec des petits enfants. En général, les mamans gardaient les petits près d’elles les premières années. Plusieurs enfants étaient allaités deux ou trois ans, puis jouaient tous ensemble, et, moins traditionnellement, rejoignaient l’école la Ferme des enfants. Les mères s’occupaient essentiellement de la maison et des enfants, et puis partaient parfois en pique-nique avec leurs enfants qui jouaient ensemble près d’elles. Les jours où tout allait bien, la maman était détendue et disponible, et l’enfant était en permanence rassuré par la présence d’un mère aimante. Les petits se développaient un peu comme des chatons, en ceci que d’abord ils appelaient leur mère en permanence, puis exploraient un peu leur environnement en revenant vers leur mère, puis devenaient plus indépendants, et s’aventuraient plus loin. C ‘est un développement naturel de l’enfant qui devrait lui être assuré. C’est aussi la façon de vivre la plus harmonieuse que j’ai vu pour des jeunes mamans, s’occuper assez de ses enfants, et s’octroyer des moments de repos. Je précise que quand les enfants sont petits, il est assez exceptionnel de s’assoir tranquillement.  Les journées sont mouvementées. 

Des valeurs de gentillesse, de communication

L’éco-village a été fondé par Sophie Rabhi et son mari et a été en grande partie construit par des jeunes retraités qui ont investi leurs économies dans ce projet, des personnes merveilleuses, écologiques, humanistes, altruistes, et ouvertes. Comme vous le voyez, les mots me manquent, mais je suis vraiment admirative. L’écovillage et l’école organisaient aussi des fêtes où les habitants se rencontraient, s’amusaient et communiquaient, ainsi que des conférences.  Je crois que la communication est aussi un besoin de l’Humain, auquel, comme aux autres besoins, des moments devraient être dévolus et que Sophie Rabhi a correctement pris en compte dans l’organisation de l’écovillage. Bien de problèmes étaient inexistants ou immédiatement résolus par la bienveillance et la gentillesse.

Site d’écovillages européens:  https://eco-villages.eu/category/eco-construction/

Image de couverture par Teresa Cotrim

Mes souvenirs de la Pologne communiste dans les années 1970-1980

Je suis née en Pologne, à Varsovie, dans les années 1970. C’était un des pays les plus libres du bloc communiste, ce qui signifie que des nombreuses personnes critiquaient le système entre amis sans avoir trop de problèmes, qu’ils n’étaient pas persécutés pour la fréquentation de l’église, et qu’ils pouvaient posséder une maison familiale ou une épicerie. Le gouvernement était assuré par le parti unique communiste, dont il fallait être membre pour se présenter aux élections et pour bénéficier de divers avantages. Les partis capitalistes étaient interdits. Les voyages à l’étranger étaient limités.

Presque le monde avait un travail, de 8h à 16h. Je dirais que le travail, ainsi que les recherches de travail, étaient moins stressants et créaient une certaine sécurité. Les femmes avaient le droit de vote, de travailler, de divorcer, et d’avorter. Personne ne m’a jamais dit que les hommes étaient meilleurs à l’école. Les salaires étaient assez égalitaires, mais le système était corrompu. Les fortunes personnelles, les biens, les châteaux, avaient été confisqués vers 1945. Les propriétaires privés ont pu garder une petite maison familiale. Il n’y avait aucun sens à avoir des économies en banque, car elles étaient très lourdement taxées. La population vivait essentiellement du salaire mensuel. Le change international était tel que 10 dollars américains permettaient d’acheter de la nourriture pour un mois, ce qui contribuait à l’impression d’une immense richesse des pays capitalistes, mais l’alimentation était beaucoup moins chère. La carotte polonaise valait alors infiniment moins qu’une carotte suisse. La nourriture était essentiellement locale, les rares importations provenaient des autres pays du bloc communiste.

Les entreprises appartenaient à l’Etat, dont tous étaient les employés, et dépensaient dans les magasins d’état leur salaire mensuel, que l’état récupérait. Les salaires étaient à peu près égaux, certains ouvriers de métiers pénibles étaient particulièrement bien payés.  L’économie était planifiée, la production prévue d’avance. La corruption, le système D et l’entraide régnaient.

Dans les magasins, le choix était très limité. Le rayon de produits ménagers par exemple proposait un produit à vaisselle Ludwik et un produit de nettoyage du même nom. Le rayon vêtements offrait un choix aussi restreint.  En conséquences, les magasins couvraient ainsi une surface à peu près cent fois plus petite que dans les pays capitalistes aujourd’hui. Il n’y avait aucune publicité, sans enseignes ni néons. J’ai retrouvé des magasins un peu semblables au Danemark dans les années 2000.

Le système avait des bugs, des pénuries épisodiques provoquaient d’immenses files d’attente lors des livraisons de certains produits. Les gens disaient qu’il s’agissait d’erreurs d’un employé, mais cela pouvait être lié au choc pétrolier, au commerce international.  Les vendeuses des magasins et les serveurs engueulaient les clients.  Cela dit, tout le monde était disponible, avait du temps, les gens étaient beaucoup moins stressés, et cet aspect me plaisait beaucoup. La stabilité de l’emploi et l’absence de stress au travail était bénéfiques.

Après leur mariage, mon père et ma mère ont d’abord vécu dans la chambre de ma mère chez mes grands-parents, et un appartement de 64m2 leur a été attribué quand j’avais trois ou quatre ans, selon le critère d’une pièce par personne. Bien sûr, ils ne pouvaient choisir ni la vue, ni le quartier, ni l’étage.

Les vacances se passaient dans des centres de vacances d’entreprise, comme EDF par exemple en a en France, au camping, ou chez l’habitant à la campagne, dans des petites constructions entourées de Nature.  Les lieux de villégiatures n’étaient pas bétonnés à outrance comme les destinations populaires actuelles.

J’ai eu beaucoup de vaccins et d’antibiotiques, et quand nous étions malades, nous restions à la maison à partir d’une température de 37.2° sur l’ordre du médecin. Cela évitait la propagation des maladies aux autres et peut-être des accidents. Ma mère avait droit à des jours de congé pour maladie personnelle et pour s’occuper de ses enfants malades. Le congé maternité était probablement plus long aussi.

Les grenouilles qui coassaient jadis dans l’étang près de la maison de ma grand-mère avaient disparu, l’eau du robinet était polluée, le ciel à Varsovie n’était presque jamais bleu, un smog permanent couvrait la ville.  L’écosystème de la mer Baltique a aussi été endommagé par la pollution chimique. Nous ne savions pas quels polluants se trouvaient dans l’eau, il était interdit d’en parler.

A la fin des années soixante-dix, des nombreuses protestations se sont déroulées en Pologne qui furent réprimées par un Etat d’urgence. Celui-ci était accompagné d’un rationnement de certains produits: p.ex de viande, en quantité raisonnable, de beurre, d’essence et d’habits. Nous sommes partis alors. En 1989, à la fin du communisme, la Pologne a adopté le capitalisme à l’américaine, et a connu une forte croissance. Une des conséquences les plus terribles a été une grande inflation, où le prix des appartements a dépassé de plusieurs fois les retraites des personnes âgées, dont le budget est devenu réellement impossible.

Je n’ai pas vraiment de morale. Je me souviens que tout le monde avait le temps les uns pour les autres. Je crois que la liberté d’expression est primordiale, sans elle une pollution très dangereuse peut par exemple être cachée. Les gouvernements totalitaires savent-ils eux-mêmes ce qu’ils cachent?   Une information correcte aurait pu permettre de voir l’étendue des problème et de trouver des solutions.

Je trouve aussi qu’un salaire égal pour tous est une assez bonne idée. Il pourrait affecter le choix des métiers par les jeunes et les orienter plus vers leurs compétences ou leurs intérêts. Il est absolument injuste que certains fassent des travaux pénibles sans pouvoir boucler le mois. La planification des emplois peut orienter le travail des citoyens vers des tâches utiles à la société. Je ne veux pas d’un monde des cireurs de chaussures qui dorment dans la rue.

Un minimum de propriété privée me paraît souhaitable, souvent les propriétaires s’occupent mieux de leur propre maison, prennent des décisions plus durables, et elle donne un sentiment de sécurité pour l’avenir.   De nombreuses personnes ont réellement l’esprit d’entreprise, et ont déployé une activité beaucoup plus importante, dix fois plus importante pour leur entreprise privée que dans leur emploi d’Etat, mais cela a peut-être conduit à un remplacement de la production locale par l’importation. Alors il faudrait au moins des règles.

La consommation, la production industrielle et la destruction d’objets fabriqués par l’Homme devraient être limitées. Une certaine planification de la production est souhaitable sur une Planète finie. Le climat va poser d’énormes problèmes. Il faudra de toute façon tout changer pour faire face au climat.

Le rapport ‘Faire la paix avec la Nature (PNUE)’ pourrait être trop modéré

Je résume ci-dessous le rapport ‘Faire la Paix avec la Nature’ du programme des Nations Unies pour l’Environnement.  Il relève les problèmes écologiques actuels, alerte sur leur aggravation prévisible, et propose des solutions.  Il pourrait être l’argument scientifique le plus convaincant pour nous décider à protéger la Planète maintenant. Le secrétaire-général de l’ONU, Antonio Gutierrez, résume les conclusions très simplement: ‘Notre guerre contre la Nature est suicidaire, et a laissé une Planète cassée. Nous devons presser l’interrupteur vert. Nous avons une chance non pas de changer l’économie, mais de la transformer’.  Personnellement, je propose de produire à peu près la quantité d’objets dont nous avons besoin, ou au maximum que nous achetons, en renonçant aux piles d’invendus voyageant de continent en continent inutilement.

Je remarque cependant que la trajectoire de solutions la plus sévère de ce rapport nous donne 50% de chances de rester en dessous de 1,5°C de réchauffement. 50-50? Jouons-nous à pile ou face ou à la roulette russe avec notre Planète? Peut-être y-a-t-il un fort risque que nous dépasserons de toute façon un peu ce seuil de sécurité, au-delà duquel le climat peut se révéler incontrôlable.  Nous pourrions entrer dans une zone de turbulences.

Pour des raisons liées à la progression du réchauffement, je suis un peu perplexe par rapport à leurs prévisions pour 3°C. Actuellement, les effets du changement climatique sont plus graves que prévu, et ils pourraient l’être aussi à l’avenir, et se produire plus tôt. J’y reviendrai la prochaine fois.

Lien sur les messages clés du rapport en français: Messages clés

Extraits du rapport PNUE ‘Faire la Paix avec la Nature’

La Terre est en danger

Au cours des 50 dernières années, l’économie mondiale a presque quintuplé, la population mondiale a doublé. Le réchauffement causé par l’Homme, qui atteint actuellement plus de 1 ° C,  a déjà entraîné des changements des zones climatiques, des changements des régimes de précipitations, la fonte des calottes glaciaires et des glaciers, l’accélération de l’élévation du niveau de la mer et des événements extrêmes plus fréquents et plus intenses, qui menacent les personnes et la Nature.

Aucun des objectifs mondiaux pour la protection de la vie sur Terre et pour enrayer la dégradation des terres et des océans n’a été pleinement atteint. Les trois quarts des terres et les deux tiers des océans sont désormais abimées par l’Humanité. 

La capacité de la Terre à répondre aux besoins croissants d’aliments nutritifs, d’eau et d’assainissement continuera de s’affaiblir face au déclin continu de l’environnement. 

Par exemple, la sécurité alimentaire est menacée par la perte de pollinisateurs et de sols fertiles. La perte de pollinisateurs menace la production annuelle mondiale de cultures, d’une valeur comprise entre 235 et 577 milliards de dollars EU.

Changements systémiques

Seule une transformation du système entier permettra le bien-être de tous dans les limites de la capacité de la Terre, et d’atteindre le zéro net d’ici 2050 pour mettre le monde sur la voie de 1,5 ° C avec une probabilité d’environ 50 par cent. 

Les gouvernements devraient intégrer la prise en compte du capital naturel dans leurs décisions et utiliser les politiques et les cadres réglementaires pour inciter les entreprises à faire de même.

Ils devraient abandonner les subventions nuisibles à l’environnement, investir dans des solutions et des technologies à faible émission de carbone et respectueuses de la nature, et internaliser systématiquement les coûts environnementaux et sociaux.  Ils devraient faire payer les services écosystémiques, et taxer l’extraction des ressources brutes.

Les gouvernements lancent et dirigent la coopération intergouvernementale, les politiques et la législation qui transforment la société et l’économie. Ces transformations permettent au secteur privé, aux institutions financières, aux organisations non gouvernementales, aux institutions scientifiques et éducatives et aux médias, ainsi qu’aux particuliers, aux ménages et aux groupes de la société civile, d’initier et de mener des transformations dans leurs domaines.

Le déplacement de la fiscalité de la production et du travail vers l’utilisation des ressources et les déchets favoriserait une économie circulaire.

Il faut transformer les systèmes économiques et financiers pour qu’ils mènent et alimentent la transition vers la durabilité.

Il faut créer des synergies: Financer la coopération internationale et intersectorielle, le renforcement des capacités et la coopération technologique qui abordent les défis environnementaux et le bien-être humain.

Il faut divulguer les risques financiers liés au climat, l’utilisation des ressources naturelles et l’impact de ces activités sur l’environnement.

Les opérations doivent être alignées sur l’objectif d’émissions de carbone nettes nulles et les principes de durabilité.

La réalisation des objectifs de développement durable exigera des changements et une augmentation massifs des flux financiers publics et privés et des modèles d’investissement, y compris dans les secteurs de l’eau, de l’alimentation et de l’énergie. Les incitations doivent être modifiées pour que les investissements dans le développement durable soient financièrement attractifs.

Des changements dans les modes de consommation mondiaux sont essentiels pour transformer les systèmes alimentaires, hydriques et énergétiques. 

Dommages actuels au système Terre

Le réchauffement actuel, plus important sur la terre que sur l’océan et le plus élevé dans les régions polaires, a déjà conduit à la fonte des calottes glaciaires et des glaciers, à une accélération de l’élévation du niveau de la mer, à des événements extrêmes plus fréquents et plus intenses, à des modifications des régimes de précipitations, ainsi que les changements dans les zones climatiques, y compris l’expansion des zones arides et la contraction des zones polaires.

Un tiers des stocks de poissons marins sauvages ont été surexploités en 2015.

Les engrais qui pénètrent dans les écosystèmes côtiers ont produit plus de 400 «zones mortes» totalisant plus de 245 000 km2 – une superficie plus grande que le Royaume-Uni

La pollution par les plastiques marins a décuplé depuis 1980.

Les déchets plastiques marins ont des impacts écologiques, notamment l’enchevêtrement et l’ingestion, et peuvent agir comme vecteur d’espèces envahissantes et d’autres polluants.

Risques du réchauffement futur

Le risque de perte irréversible des écosystèmes marins et côtiers, y compris les herbiers marins et les forêts de varech, augmente avec le réchauffement climatique. On prévoit qu’un réchauffement de 2°C entraînera une diminution de la biomasse des communautés animales marines et leur productivité. Les récifs coralliens sont particulièrement vulnérables au changement climatique. La perte de diversité biologique présente des risques pour la production alimentaire. La perte de pollinisateurs animaux, essentielle pour plus de 75% des cultures vivrières, y compris de nombreux fruits et légumes et cultures de rapport comme le café, le cacao et les amandes, menace la production annuelle mondiale de cultures d’une valeur comprise entre 235 et 577 milliards de dollars EU. L’érosion du sol à partir des champs agricoles est estimée à 10 à plus de 100 fois plus élevée que le taux de formation du sol, affectant les rendements agricoles en réduisant la rétention d’eau et en provoquant une perte de nutriments. On estime que 176 gigatonnes de carbone organique du sol ont été perdues dans le passé, principalement à cause du changement d’affectation des terres, et 27 gigatonnes supplémentaires devraient être perdues entre 2010 et 2050.

D’ici la fin du siècle, l’inaction face au changement climatique pourrait entraîner une réduction de 15 à 25% de la production par habitant pour 2,5 à 3° C de réchauffement planétaire, par rapport à un monde qui ne s’est pas réchauffé au-delà des niveaux de 2000-2010. Les estimations des dommages économiques associés à 2° C de réchauffement atteignent 69 billions de dollars US 26, tandis que 15 à 38 500 milliards de dollars US de dommages économiques pourraient être évités en limitant le réchauffement à 1,5° C. Les économies mondiales pour la santé grâce à la réduction de la pollution atmosphérique pourraient représenter plus du double des coûts de mise en œuvre de l’Accord de Paris entre 2020 et 2050.  Les estimations des coûts de réduction des émissions, bien que substantielles, sont bien inférieures aux estimations des dommages. Les estimations de coût pour limiter le réchauffement à moins de 2 ° C sont de 2 à 6% du PIB mondial en 2050 et de 3 à 11% en 2100.

Risques associés aux événements météorologiques extrêmes tels que les canicules, les fortes précipitations dans plusieurs régions et les sécheresses.

Dans certaines régions, ils deviennent déjà élevés entre 1° C et 1,5° C de réchauffement.  Des points de basculement pourraient exister pour les systèmes humains avec des températures élevées et peuvent survenir dans des endroits où la capacité d’adaptation humaine existe. Le réchauffement des températures ambiantes jusqu’à 3 ° C devrait entraîner une augmentation substantielle des vagues de chaleur provoquant un coup de chaleur et la mort. Les risques de mortalité et de morbidité liées à la chaleur deviennent élevés entre 1 ° C et 3 ° C d’augmentation de la température moyenne mondiale.

Les principaux risques pour les implantations dus au changement climatique comprennent le stress thermique, les fortes précipitations, les inondations intérieures et côtières, les glissements de terrain, la pollution de l’air, la sécheresse, la pénurie d’eau, l’élévation du niveau de la mer et les  tempêtes.

Un des grands risques provient du fait que la consommation mondiale devrait augmenter plus rapidement que la croissance démographique en raison d’un passage à des modes de vie plus gourmands en ressources, alimenté par l’augmentation du revenu par habitant.

Les émissions nettes de dioxyde de carbone devront être réduites de 45% d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2010 et atteindre zéro d’ici 2050.

Domaines clés pour un changement transformateur:

1. Paradigmes et visions d’une bonne vie: évoluer vers des paradigmes qui mettent l’accent sur les relations avec les personnes et la nature plutôt que sur la consommation matérielle, y compris de nombreuses visions existantes de la bonne vie comme celles vécues selon les principes et les vertus de la responsabilité envers les personnes et la nature.

2. Consommation, population et déchets: réduire l’effet global négatif des besoins et de la demande humains – en fonction des taux de consommation et de production, de la taille de la population et des déchets – en réduisant la consommation et la production par habitant dans certaines régions et la croissance de la population humaine en autres.

3. Valeurs latentes de responsabilité: Libérer les capacités existantes et les valeurs relationnelles de responsabilité pour permettre une action humaine et organisationnelle généralisée.

4. Inégalités: réduire systématiquement les inégalités de revenus et d’autres formes, y compris entre les sexes, les races et les classes.

5. Participation à la gouvernance de l’action environnementale et de l’utilisation des ressources: Pratiquer la justice et l’inclusion dans la prise de décision de ceux qui en sont le plus touchés, en particulier les peuples autochtones et les communautés locales.

6. Externalités: comprendre et internaliser les effets négatifs distants, retardés et diffus des actions, y compris l’activité économique.

7. Technologie, innovation et investissement: transformer les régimes d’investissement et d’innovation technologique et sociale, de sorte que les technologies et leur utilisation produisent des effets positifs nets sur les personnes et la nature (par exemple, en passant à une économie circulaire et en éliminant les déchets).

8. Éducation et production et partage des connaissances:

Promouvoir la vaste base de connaissances et de capacités qui sont fondamentales pour des sociétés justes et fonctionnelles, et accroître et diffuser les connaissances spécifiques à la durabilité.

Solutions pour restaurer la biodiversité

L’expansion des zones protégées et des zones strictement interdites à la pêche dans les eaux territoriales et en haute mer peut conserver et reconstituer les stocks d’espèces commerciales et non commerciales et protéger les écosystèmes aquatiques.

Le secteur privé peut aider à protéger la biodiversité en veillant à ce que les produits qu’il commercialise proviennent de sources durables.

Les zones humides sont un exemple d’écosystème fonctionnel, hautement menacé et riche en biodiversité nécessitant une protection urgente.

Les actions pratiques comprennent une meilleure gestion des terres cultivées et des pâturages, des choix alimentaires qui minimisent les besoins en nouvelles terres cultivées et la réduction du gaspillage alimentaire

La restauration des écosystèmes peut simultanément atténuer le changement climatique, ralentir et inverser le déclin de la biodiversité et augmenter les avantages que les gens tirent de la Nature.

Éviter, réduire et inverser la dégradation des terres, y compris la désertification, améliorerait la fertilité des sols, augmenterait le stockage du carbone dans les sols et la biomasse, et augmenterait la productivité agricole et la sécurité alimentaire. 

La mise en œuvre de nouveaux modèles commerciaux (tels que le crédit-bail de produits chimiques) visant à réduire l’utilisation de produits chimiques préoccupants, l’intensification des efforts pour développer des alternatives de chimie verte et durable et des engagements à éliminer les produits chimiques préoccupants dans les produits de consommation peuvent tous contribuent à réduire la pollution chimique.

L’initiative dirigée par les Nations Unies sur le système de comptabilité économique environnementale s’emploie à élargir les règles comptables afin d’incorporer la valeur de la Nature. Le cadre intègre des données économiques et environnementales pour fournir une vue plus complète des interrelations entre l’économie et l’environnement et les stocks et les variations des stocks d’actifs environnementaux.

Agriculture durable

L’assistance technique et les programmes d’incitation économique peuvent encourager des pratiques agricoles durables et réduire les pertes de nourriture avant et après récolte.

Les petits agriculteurs, en particulier les agricultrices, doivent être habilités à adopter des pratiques durables. Les inégalités doivent être traitées à l’avance de manière durable.

Les instruments politiques pour parvenir à la durabilité du système d’eau comprennent la réallocation de l’eau à l’échelle du bassin et l’éducation et des incitations pour accroître l’efficacité de l’utilisation de l’eau dans l’agriculture.

Il est aussi essentiel de changer le comportement des consommateurs.

L’accès universel à une énergie propre nécessite une transition rapide vers des systèmes à faible émission de carbone tant pour la production que pour l’utilisation de l’énergie. Il est possible et essentiel de transformer le système énergétique.

Des améliorations substantielles de la santé et du bien-être humains dans le monde (ODD 3) peuvent être obtenues grâce à des changements transformateurs.

Villes durables

Les villes doivent être planifiées pour la durabilité. Il faut encourager la densification des communautés compactes, en particulier dans les villes tentaculaires;  intégrer la biodiversité, la nature et la restauration écologique; promouvoir une production et une consommation durables; promouvoir des solutions fondées sur la Nature; la promotion, le développement, la sauvegarde ou la modernisation d’infrastructures immatérielles pour la gestion de l’eau tout en améliorant les infrastructures matérielles pour répondre aux résultats de la biodiversité.

Il faut promouvoir l’adaptation fondée sur les écosystèmes au sein des communautés, maintenir et concevoir la connectivité écologique dans les espaces urbains, augmenter les espaces verts urbains et améliorer leur accès; accroître l’accès aux services urbains pour les communautés à faible revenu ainsi que promouvoir l’agriculture urbaine pour accroître l’approvisionnement alimentaire local.

J’estime à plus de 160 milliards les dommages climatiques de 2020

Dégâts climatiques record

En 2020 la Terre a subi de nombreuses catastrophes climatiques.  Plusieurs ont atteint une ampleur inégalée, et ont causé des dommages record. Il s’agit surtout de destructions provoquées par des fortes tempêtes,  les vents, les tornades et la grêle.

Aux Etats-Unis, un vent exceptionnellement fort a dévasté le Midwest (blog). Il a endommagé de nombreuses maisons, a déraciné des milliers d’arbres qui ont rendu les routes impraticables  et a détruit une grande partie des cultures.

En Chine des inondations d’une ampleur inégalée ont submergé des villes, et ont affecté deux millions de personnes. En Inde, les inondations ont fait près de deux mille morts, de nombreuses victimes ont perdu le peu qu’ils possédaient, mais cela reste peu visible dans l’analyse financière.

L’analyse des assureurs AON citée par Yale Climate Connections inclut aussi  les feux de forêt de Californie, du Brésil et du Paraguay,  et les dégâts du nombre record d’ouragans Atlantiques cette année. 2020 a aussi apporté le supertyphon Goni, le plus fort à avoir jamais touché terre, ainsi que les sécheresses qui ont réduit les récoltes du Brésil et d’Argentine (Yale climate estimations).

Feux de forêt en Australie

Cependant, toutes les catastrophes climatiques ne semblent pas être inclues dans cette analyse. Les feux de forêt d’Australie de janvier 2020  sont un des événements les plus dramatiques de l’année. Après un printemps exceptionnellement chaud, les feux ont touché des grandes étendues et le nombre d’animaux perdus est estimé à un demi-milliard. Des dizaines de milliers de personnes ont été évacués, et les feux ont dévasté environ deux cent millions d’acres. Sydney, Melbourne et Brisbane étaient menacés, et ont heureusement évité l’embrasement.  Ces incendies ont suivi des records de chaleur survenus tôt dans la saison, au cours d’une des années les plus chaudes de l’histoire. La sécheresse était telle que les rivières ont séché et que les Australiens évacuaient les poissons pour les sauver.

Il y a peut-être un débat sur l’attribution de ces feux au changement climatique. Il est indéniable que les températures y étaient torrides et que ces conditions ont favorisé les feux. De plus, ces cinq dernières années chaudes se sont accompagnées de records de chaleur en Australie,  il doit être possible de montrer le lien entre en la température globale et celle en Australie, et le lien entre la canicule et les feux est assez évident.  D’autre part, les scientifiques estiment qu’il ne faut plus prouver qu’un événement particulier est dû au réchauffement, car toute la météo est changée par les conditions climatiques. Je ne suis pas sûre si le gouvernement Australien reconnaît l’existence du changement climatique ou s’il persiste à l’ignorer, il n’a peut-être pas déclaré les feux. Il serait intéressant de vérifier quels autres événements manquent.

Calculs de coûts de catastrophes

Accuweather estime le coût des feux en Australie de janvier 2020 à 110 milliards de dollars, selon une analyse de Myers (Accuweather).  Leur calcul est peut-être un peu différent, ils incluent les maisons qui ont brûlé, les voitures, les marchandises,  les pertes de gains, les dommages à l’infrastructure et les pertes des entreprises causés par les coupures de courant. Les routes bloquées, les évacuations et les augmentations de primes d’assurances sont aussi considérées dans cette analyse, ainsi que la perte de valeur des bâtiments dans la région,  l’extinction des feux, et les vols perturbés. L’analyse prend aussi en compte les frais médicaux supplémentaires que les personnes exposées à l’air pollué occasionneront à l’avenir.

Je crois que si l’analyse d’AON prenait en compte tous ces facteurs, l’appauvrissement des personnes dont la prime d’assurance augmente et la valeur de la maison diminue, le prix des autres catastrophes serait plus élevé aussi.  Ces coûts seront rapidement démultipliés.

 

Les dommages infligés à la Terre par l’Humanité dépassent l’entendement

Etat de la Planète

Nous avons déjà détruit la moitié de la Planète. Nous avons déjà altéré plus de la moitié de la surface de la Terre, et des océans, de la végétation, des marécages, et des rivières.  Nous avons déjà éliminé plus de la moitié des grands poissons prédateurs, des coraux, des vertébrés, et des mammifères sauvages (voir figure ci-dessous).

Les écosystèmes affaiblis ne fonctionnent plus comme avant et n’accomplissent plus les services écosystémiques naturels. Ils n’absorbent plus aussi bien le carbone, la pollinisation par les insectes n’est plus assurée, et les sols se dégradent.

Nous élevons des quantités astronomiques de bétail. Si nous comptons en tonnes, le bétail représente 59% des tonnes d’animaux vivants sur Terre actuellement, les humains 36%, et les animaux sauvages 5% seulement. Nous avons éliminé la majorité d’animaux sauvages et les avons remplacé par le bétail que nous mangeons. Cette agriculture intensive massive est très destructrice pour la Planète, tout comme les énergies fossiles.

Proportion saccagée par l’Homme:

Les conséquences seront très graves

Un groupe de 18 scientifiques renommés a récemment publié un article, un manifeste pour attirer l’attention sur l’étendue des dégâts environnementaux. Ils font le catalogue des nombreux dommages que la Planète a déjà subi.  Selon eux, il est maintenant sûr que nous allons vers la  6ième extinction où les trois quarts d’espèces disparaîtront de la Planète.

Le changement climatique rend maintenant chaque journée différente de celles du passé (Beaucoup sont plus chaudes, d’autres très pluvieuses, etc. dr) Il se produit plus rapidement que prévu.

La population mondiale a doublé depuis 1970, dans certaines régions telles que l’Afrique Sub-saharienne, l’Afghanistan, le Yemen,  il y a encore en moyenne plus de 4 enfants par femme. L’Humanité avoisinera les 10 milliards de personnes en 2050. La moitié des habitants de la Planète font maintenant partie de la classe moyenne.

La surpopulation provoque des problèmes d’alimentation massifs. Un ou deux milliards d’humains sont sous-alimentés ou mal nourris au point de ne pas pouvoir fonctionner normalement.

Selon les auteurs, nous atteignons les limites de la capacité de la Terre, et l’Humanité verra s’accroître les problèmes de pollution, d’insécurité alimentaire, de conflits armés.  Une augmentation de la consommation dans le Futur proche semble inévitable. Comme je l’ai souvent écrit, changement climatique, lui, apporte des inondations, (inondations2) des tempêtes destructrices, (cyclones) et des vagues de chaleur.

Les auteurs de la publication considèrent que notre augmentation de qualité de vie est malheureusement porteuse de problèmes pour les générations futures.

Changements à apporter

Même le Forum Economique Mondial reconnait maintenant que la perte de biodiversité est un des pires problèmes pour l’économie globale, comme en témoigne la pandémie.

Aujourd’hui, le dilemme ne consiste pas à privilégier l’environnement  ou l’économie, il est entre la modération et le désastre planétaire, dont tous souffriraient. 

La gravité de la situation exige des changements fondamentaux au niveau du capitalisme mondial, de l’éducation, et de l’égalité, tels que:

  • l’abolition de la croissance économique perpétuelle
  • montrer le vrai coût des produits en forçant ceux qui détruisent l’environnement à payer la restauration
  • éliminer rapidement les énergies fossiles
  • réguler les marchés et éviter leur influence sur la gouvernance
  • éduquer et donner plus de pouvoir de décision aux femmes dans le monde, y compris le pouvoir de décision sur le planning familial.

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Version grand public dans The Conversation: https://theconversation.com/worried-about-earths-future-well-the-outlook-is-worse-than-even-scientists-can-grasp-153091

Article scientifique dans Frontiers in Conservation Science; ce journal sis à Lausanne publie des articles scientifiques en accès libre ce qui permet à tout le monde de consulter et de partager leur contenu, une belle initiative qui favorise l’information du public:

Article de Corey J. A. Bradshaw1,2*, Paul R. Ehrlich3*, Andrew Beattie4, Gerardo Ceballos5, Eileen Crist6, Joan Diamond7, Rodolfo Dirzo3, Anne H. Ehrlich3, John Harte8,9, Mary Ellen Harte9, Graham Pyke4, Peter H. Raven10, William J. Ripple11, Frédérik Saltré1,2, Christine Turnbull4, Mathis Wackernagel12 and Daniel T. Blumstein13,14*

https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/fcosc.2020.615419/full

Image de la Terre par Colin Behrens de Pixabay

Addendum le 17 janvier: Une expérience a montré que les embryons de requin se développent moins bien dans de l’eau chaude (article)

Addendum le 17 mars: Une autre expérience montre que la chaîne alimentaire marine pourrait être vite compromise par le réchauffement (article)

 

La fonte de la glace Arctique pourrait causer un réchauffement d’un degré par décennie

La perte de la glace marine provoque un réchauffement rapide

L’histoire récente de la Terre inclut une série de rapides changements climatiques, appelés événements de Dansgaard-Oeschger (DO, Oeschger) au cours desquels la température de la Planète,  montait de plusieurs degrés en un siècle. Les traces dans les glaces du Groenland permettent de retrouver des phases de réchauffement de 8°C en 40 ans, de 2 degrés en une dizaine d’années, de 10 degrés en un siècle… Après cette phase de réchauffement rapide, la Terre refroidissait graduellement pendant un millier d’années et demi, puis un événement de réchauffement brusque se répétait.

Ces événements de réchauffement dans un climat froid ont provoqué un changement de climat et de la végétation en Europe, tels que l’apparition de grandes forêts en Europe de l’Ouest. S’ils se produisaient aujourd’hui, le désert pourrait remplacer la végétation tempérée.

Les scientifiques se sont interrogés sur la cause de ces périodes de réchauffement brusque.  Une nouvelle étude (Sadatzki, PNAS) indique que ces événements coïncident avec la disparition de la glace sur la mer du Nord. La perte de cette glace a pu causer un fort réchauffement planétaire.

Quand la mer du Nord a perdu sa couche de glace et que sa surface est entrée en contact avec l’atmosphère, l’énergie de l’océan plus chaud a été relâchée dans l’atmosphère froide,   à des dizaines de degrés en dessous de zéro, ce qui a pu provoquer un soudain réchauffement climatique.

Cela semble terriblement actuel.

 

L’Arctique en réchauffement rapide

En ce moment, comme au printemps passé, l’Arctique est à 20°C au-dessus des normales saisonnières (Moscow Times).

Le changement climatique en Arctique est au moins deux fois plus rapide que sur l’ensemble de la Planète, des vagues de chaleur atteignent 20 degrés Celsius au dessus de la normale, et les  moyennes en Arctique en 2020 étaient de 5°C trop élevées. La glace fond plus vite, sa surface en été est de plus en plus petite, ce qui permet un réchauffement plus rapide.  Il y a moins de neige sur la Sibérie et d’immenses feux de forêts se déclenchent, et contribuent au dégel du permafrost  (arctic card OMM  state of the climate) .

Les températures planétaires montent vite, et certains scientifiques, comme James Hansen, détectent une accélération imprévue.

L’eau tempérée de l’océan Atlantique se déverse depuis quelques années dans l’océan Arctique, amenant des températures de plusieurs degrés trop élevées.   Des vagues d’air chaud parviennent au-dessus du Groenland et du pôle Nord. Tout cela précipite le réchauffement de l’Arctique, la fonte de l’Arctique, et pourrait être le début d’une escalade des températures qui aurait des conséquences dramatiques sur la vie sur Terre.

Travaillez à notre survie 

Addendum le 14 décembre: Je ne suis absolument pas sûre si un de ces événements de réchauffement rapide se produit maintenant. C’est un immense risque pour l’Humanité, et il doit être vérifié. Il faut des modèles de réchauffement abrupt auxquels les événements météo seront confrontés pour surveiller ce risque.

J’aimerais savoir que des scientifiques compétents travaillent sur ce risque.  Nous avons besoin d’études sur les changements atmosphériques lors d’un réchauffement aussi abrupt, pour savoir si les toits seuls ou les bâtiments entiers seraient arrachés par les intempéries, ainsi qu’une estimation des précipitations, des inondations et des vagues de chaleur à venir. 

Il faut prévoir les effets dévastateurs d’un réchauffement abrupt sur la végétation et sur les cultures alimentaires.  Finirai-je ma vie dans des bunkers sous des collines désertiques et brûlantes? Les creuserez-vous assez vite?

La perte rapide de notre végétation et la libération du méthane du permafrost pourraient faire monter les températures très haut, au delà de la survie humaine.

Cependant, la fonte des glaces provoquée par le réchauffement pourrait, dans un deuxième temps, les tempérer.

Il serait utile d’étudier les technologies qui permettent de reformer la glace Arctique pour éviter ce changement abrupt. Elles devraient probablement être faisables au cours de prochaines années.

Il vaudrait la peine d’arrêter la majorité des usines et des avions qui seraient de toute façon détruites rapidement, et d’appliquer les techniques de reforestation et d’agro-écologie partout où c’est possible dès maintenant.

Je joins deux liens sur l’excellent magasine Futura- Sciences qui vous donne plus de détails:

Futura Glace DO

Futura Arctique

Et l’article Phys.org  sur le même sujet.

Des précipitations importantes au Sud des Alpes dues au bouleversement de l’atmosphère

Le Tessin, ainsi que la Croatie subit actuellement des fortes chutes de neige.  Des précipitations encore plus importantes sont prévues aujourd’hui.  Les météorologues alertent sur le risque de pluies abondantes et d’une accumulation de mètres de neige. Des inondations et des avalanches pourraient s’ensuivre. Actuellement, Tessin.ch rapporte 190 cm de neige à Airollo , plus de 80 cm de neige par endroits,  et un fort risque d’avalanches.

Plusieurs routes ont été fermées au Tessin.

En ce moment, des masses d’air différentes circulent au-dessus de l’Europe. Une masse d’air Arctique, frais,  s’est déversée sur l’Europe et descend assez loin au Sud. Un front froid s’étend vers l’Europe de l’Ouest.  D’autre part, une advection chaude monte sur l’Europe de l’Est, amenant de l’air chaud d’Afrique loin au Nord de l’Europe.  Plusieurs images présentent la situation en détail (Severe Weather EU). Sur cette carte en direct, je vois dimanche à 11h40 de l’air chaud monter vers les Alpes au dessus-de l’Adriatique (Lien Nullschool).

Avant, il faisait très froid en Arctique. Cette différence de température maintenait la circulation du courant-jet. Ce courant aérien tournait rapidement entre l’Arctique et les latitudes tempérées. Il maintenait une séparation entre les zones climatiques  et  l’air Arctique séparé du climat tempéré.  Actuellement,  le pôle se réchauffe vite et la séparation entre les zones climatiques s’affaiblit.

Depuis que l’Arctique se réchauffe, le courant-jet faiblit, ralentit, et forme des méandres. Ces vagues amènent de l’air froid au Sud ou de l’air chaud au Nord, jusqu’au Groenland et au pôle Nord.  Ainsi, de l’air froid de Sibérie et de l’air chaud d’Afrique se croisent au Tessin. Le refroidissement des masses chaudes et humides provoque des précipitations.  Dans l’avenir, les chutes de neige pourraient être plus fortes.

 

Comment réduire immédiatement les émissions de carbone de 7.6% par année sans causer de famine

Le confinement a provoqué un réduction d’émissions de carbone

En février et mars 2020 la moitié des habitants de la Terre était confinée à la maison, pour limiter la propagation de l’épidémie de coronavirus (vidéo Paris désert). Cette décision a été prise en quelques semaines à l’échelle de la Planète, je suis encore impressionnée de ce qui s’est soudainement avéré possible. Elle a provoqué une diminution des émissions de carbone, des avions, des transports terrestres, ainsi que des usines même si certaines ont compensé par une activité accrue ensuite. De nombreux restaurants et entreprises étaient fermés, et leur chauffage ou leur climatisation ne fonctionnaient pas.

Il y a eu aussi des pertes, je me souviens des images des tulipes hollandaises jetées au sol, d’autres cultures d’exportation ont été perdues, d’autres sciemment détruites par manque d’organisation. Au niveau climatique, cependant, le confinement a peut-être évité des catastrophes plus graves.

La diminution d’émissions de carbone s’est avérée juste suffisante pour cette année. Sans cela, l’enfer se serait peut-être déchainé sur Terre, il aurait pu se présenter sous forme de tornades de feux, d’inondations furieuses, et de chaleur mortelle.

Le confinement s’est accompagné des problèmes économiques

Cependant, le confinement a aggravé la faim dans les pays pauvres. Il y a plusieurs raisons à cela, les sécheresses et les catastrophes climatiques sont aussi un facteur. Cette année est marquée par plusieurs désastres : sécheresse en Afrique, plaie des sauterelles, sécheresse et vagues de chaleur dans le delta du Mékong, mauvaise année pour le blé dans le Midwest américain suite au ‘bomb cyclone’ de l’année passée, mauvaise année dans l’Iowa dévasté par un vent inouï, mauvaise année par le blé en Europe, au Canada, en Australie à cause des vagues de chaleur et des sécheresses.

Les organisation humanitaires avertissaient qu’une grave famine se préparait en hiver, avant le début de l’épidémie.

Les restrictions ont aussi eu des conséquences graves. De nombreuses personnes se sont retrouvées sans revenu du jour au lendemain. En Europe, elles ont souvent un délai de congé de quelques mois, puis elles ont droit aux allocations chômage pendant une année environ. Ce système évite la plupart de drames humains. Seuls les plus précaires, comme les immigrants illégaux ou les femmes de ménage ont affronté un lendemain sans aucun revenu.

Aux Etats-Unis, un nombre important de citoyens a perdu leur travail du jour au lendemain. C’est aussi le cas dans les pays du Tiers-Monde, ou de nombreuses personnes ne gagnaient plus rien. Selon Action contre la Faim, cela a provoqué une augmentation inquiétante de la malnutrition. Dans certains pays, les citoyens ont reçu un versement unique qui leur a permis d’acheter à manger, parfois les loyers ont été annulés. Je me demande si dans le cas des plus démunis, le confinement sauve des vies, puisque la famine en emporte.

La solution suisse a été de continuer le travail, si possible en télétravail, tout en fermant les restaurants, les magasins non-essentiels et les lieux publics, et malheureusement les lieux de culture. L’Etat a aidé de nombreuses entreprises en difficulté.

Comment réduire les émissions de carbone sans causer la famine?

Pour sauver le climat, nous avons besoin de réduire les émissions de carbone, donc certains secteurs de l’activité économique, chaque année autant qu’en 2020. Une réduction immédiate de l’effet de serre serait une excellente idée. Il faudrait donc imposer chaque année des restrictions comparables, sans causer de famine ni de crise économique.

Je me demande à quel point les pays pauvres ont été touchés par l’arrêt de leur économie locale ou, au contraire par l’arrêt des exportations et du tourisme international.

Comment l’économie mondiale évoluerait -elle si elle était immédiatement réduite aux biens indispensables? Les conséquences climatiques seraient très bénéfiques. Comment assurer que les personnes les plus pauvres aient encore des moyens de subsistance ? Les villes devraient s’équiper de camions ou de bus pour s’approvisionner directement chez les paysans.

Peut-être les pays les plus pauvres se seraient -ils mieux portés s’ils avaient pu continuer leur économie locale, vendant des aliments, et se limitant aux bien indispensables, un peu comme la Suisse l’a fait. Ils auraient bien sûr mangé beaucoup de chocolat et de sucre, mais ils pourraient s’organiser pour fonctionner en mode local, indépendamment des pays développés. Ont-ils vraiment besoin du commerce international? J’ai l’impression que l’économie repose largement sur la consommation des pauvres et des classes moyennes, et que l’appauvrissement de ceux-ci, où la moitié de la population achèterait beaucoup moins, créerait un contre-coup important pour l’économie du pays. D’où l’intérêt d’un revenu minimum universel.

En Suisse, les compagnies aériennes, les magasins d’habits, les hôtels, les restaurants, la culture ont essuyé des grosses pertes. J’ai déjà relayé le fait que la quantité de vols et de vêtements est excessive pour la Planète (vols vêtements), et que  leur consommation augmentait très vite. Donc, une diminution de ces activités est une bonne nouvelle pour le climat et s’est immédiatement traduite par une diminution des émissions de carbone.

Alors, je crois qu’il faut trouver des solutions pour les personnes qui travaillent dans ces domaines sans sauver l’aviation par des vols gratuits ou des habits gratuits. La crise de ces secteurs a peut-être été précipitée par des prix déjà irréalistes.

Sauver les compagnies d’aviation constitue une fuite en avant. Il faudrait plutôt donner un revenu minimum ou inventer des emplois différents, écologiques pour les personnes qui étaient employées dans ces secteurs. Les hôtesses Easyjet ont par exemple été employées dans un hôpital d’urgence londonien.

Nous devons réinventer l’économie maintenant. Une des ces prochaines années, nous pourrions bien vivre un confinement d’urgence pour raisons climatiques.

Comment l’économie mondiale évoluerait -elle si la réduisait immédiatement aux biens indispensables ? Comment assurer que les personnes les plus pauvres aient encore des moyens de subsistance ?

Nous avons besoin d’un plan d’économie de base durable, où les émissions de carbone seraient immédiatement diminuées sans famine et en limitant les conséquences économiques. Il faudrait peut-être commencer par la reconversion immédiate de personnes employées actuellement dans les secteurs inutiles et nuisibles, réduire rapidement le temps de travail ou, troisième possibilité, adopter le revenu minimum universel.

Il faut un plan de réduction immédiate des émissions de carbone, qui assurerait la subsistance des plus pauvres, l’alimentation, les services de santé et le logement.

Lien sur ma courte présentation d’un plan pour le climat de The Climate Mobilization

Laissez nous parler du climat! Nous devons assurer notre avenir!

J’ai découvert avec grande surprise un email d’Amnesty International concernant les droits de l’Homme en Suisse. Apparemment, parler du climat dans ce pays pourrait être qualifié de terrorisme.

Amnesty International répertorie les atteintes aux droits de l’Homme partout dans le monde, tente de défendre les prisonniers d’opinion, les victimes de torture et d’assassinat politique. Cette organisation est extrêmement fiable. Je signe parfois des lettres pour la défense de personnes enlevées, torturées, intimidées à des nombreuses reprises pour leurs opinions politiques ou pour avoir dénoncé des faits se produisant dans leur pays. De nombreux militants écologistes alertant sur la pollution sont menacés, certains assassinés. En Russie, des candidats politiques de l’opposition ont été assassinés, ainsi que les journalistes qui ont rapporté ces meurtres. En Chine, toute opposition politique est généralement étouffée par la prison (site d’Amnesty International).

J’ai donc eu un choc à découvrir un courrier d’Amnesty International qui alerte sur les droits de l’Homme des activistes du climat en Suisse. Aujourd’hui, moi, ici, je pourrais être menacée ? Parler du danger que représente le climat pour la vie humaine pourrait être qualifié de terrorisme en Suisse? Le droit d’expression disparaîtrait-il dans ce pays? Je crois au contraire qu’il  est trèst utile de parler du climat, que l’activisme a une place réelle dans la société.

Le changement climatique est extrêmement grave, il constitue le plus grand danger pour l’Humanité selon l’ONU. De milliers d’événements liés au changement climatique se produisent chaque année. Qui en rend compte? Je tente de les suivre à titre bénévole. L’ Organisation Météorologique Mondiale dispose probablement d’un scientifique, d’une formation et d’une capacité de travail similaire à la mienne,  pour la tenir à jour des catastrophes de l’année liées au climat, alors que des milliers d’événements arrivent chaque année.

Les journaux rapportent des faits liés au climat s’ils en ont connaissance. Cependant, ils dépendent fortement de leurs propriétaires, des contrats de publicité et des envies des lecteurs. Nous devrions récompenser une information de qualité, et nous abonner aux journaux informatifs.

Les chercheurs universitaires sont extrêmement spécialisés, et aussi très occupés. Leur travail inclut l’enseignement, les examens, la supervision des recherches menées par des doctorants, d’autres tâches bureaucratiques. Face au danger du climat, ils ont tenté d’alerter les autorités pendant des décennies. Ils se sont rendus compte que personne ne les écoutait, soit parce que leur discours était trop compliqué, trop orienté sur les détails, soit parce qu’il faut des professionnels de la communication pour faire passer un message et pour faire changer les habitudes. J’accuserai aussi une certaine incrédulité, avec laquelle je me réveillais certains matins, ne me croyant pas moi-même. Elle est désormais révolue car le climat dans lequel je vis aujourd’hui diffère vraiment de celui de ma jeunesse. Aujourd’hui, les gouvernements disposent de synthèses du travail détaillé de milliers de scientifiques.

 

Nous n’avons pas tout prévu. Les maladies actuelles des forêts n’ont pas été suffisamment anticipées, peut-être parce que les prévisions ont été basées sur un réchauffement plus modéré, sans vagues de chaleur au printemps.  Les conséquences du climat se produisent plus vite que prévu, certains événements seuil se déclenchent plus vite. Nous sommes à l’aube d’événements très graves.  Il faudrait une sérieuse surveillance du changement de la météo partout dans le monde, et des changements observés dans la Nature, l’agriculture, et la santé humaine.

Il a assez peu de chercheurs en climatologie, météorologie ou mitigation du changement climatique en Suisse.  A plusieurs reprises, des institutions officielles que je tentais d’interroger m’ont répondu qu’ils ne travaillent pas sur les sujets qui me paraissaient essentiels. Certains champs de connaissance restent ignorés car il n’y a personne à l’Université capable d’attirer l’attention sur l’importance de cette discipline.  Les professeurs sont d’ailleurs très spécialisés et ne sont ni formés ni engagés pour communiquer l’urgence du changement climatique. Pour cela, il faudrait peut-être un organe officiel de surveillance du climat d’au moins dix scientifiques qui surveilleraient le climat actuel et les risques annoncés. la moitié surveillerait la météo du présent, l’autre moitié se documenterait sur les diverses prévisions des climatologues.  Ils pourraient ainsi recouper les événements et les modèles.

Personnellement, ayant une formation de chercheuse en sciences et une expérience de recherche universitaire, je vois la nécessité d’au moins dix groupes de recherche différents qui étudieraient des aspects négligés du climat et des solutions naturelles aux réchauffement, d’enrichissement du sol en carbone (en plus de l’organe de surveillance).

Dans de nombreux pays, les recherches dont les conclusions déplaisent au gouvernement ne sont simplement pas financées, elles ne sont donc pas commencées.  A tout poste, il vaut mieux dire ce qui est approuvé par le supérieur, et cela occupe l’essentiel du temps de travail.

Une des conséquences est que les armées sont peu informées sur les risques climatiques,  l’armée chinoise par exemple semble les ignorer. Aux Etats-Unis, où, les responsables des agences spécialisées sont actuellement remplacés par des ‘climate deniers’, des professionnels de la désinformation climatique, l’ignorance pourrait se répandre rapidement (Desmog), et mener à des projets irréalisables.

D’immenses sommes ont été investies dans le déni climatique par les entreprises pétrolières. La compréhension du climat par le public est biaisée par cette propagande. Les personnes conscientes des risques doivent parler du climat pour permettre au public de réaliser à quel point notre avenir est menacé.  De nombreux scientifiques honnêtes et conscients s’engagent d’ailleurs pour le climat et pour faire comprendre l’urgence et la gravité du problème.

Les organisations écologiques fonctionnent parfois à l’échelle internationale, elles incluent des analystes et des professionnels de la communication qui leur permettent de comprendre l’importance et les implications du problème et de le transmettre au public.  Elles sont parfois mieux informées de l’ensemble du problème que le professeur qui étudie en détail le permafrost de haute montagne ou celui qui suit le lynx du Jura. Le travail très spécialisé des chercheurs gagne à être replacé dans le contexte général.

Dans une ambiance d’honnêteté et d’ouverture, notre société peut identifier les problèmes et mettre en place les solutions.  Les conséquences du changement climatique de produisent plus vite que prévu (Michael Mann).  Les alarmistes pourraient bien avoir raison sur le climat et leur contribution à la sécurité des populations pourrait se révéler essentielle.

 Image de couverture par Pawel Grzegorz de Pixabay