L’Alaska se couvre de lacs bouillonnants de méthane. Qu’allons -nous faire?

Lacs bouillonnants de méthane

Ces dernières années chaudes, les vagues de chaleurs s’aventurent jusqu’au pôle Nord. Elles ont apporté des températures excessives de plus de 20 degrés en Sibérie (blog). Les sécheresses inouïes dans ces régions et les foudres de plus en plus fortes provoquent des feux de forêts. Tout cela déclenche la fonte du permafrost, sol boréal gelé depuis des milliers d’années qui contient des debris de plantes anciennes, et d’animaux congelés.

Le permafrost (ou pergélisol) est en partie, à certains endroits à moitié composé d’eau gelée. Lorsqu’il dégèle, le sol glisse, s’effondre, et forme des lacs. Il y a des millions de lacs de ce type en Arctique, certains sont récents.

Deux choses se produisent lorsque la couche de pergélisol dégèle sous les lacs : l’activité microbienne augmente et des voies s’y forment . Au lac Big Trail et dans d’autres lacs thermokarstiques de l’Arctique, les microbes digèrent les plantes mortes et d’autres matières organiques du sol et produisent du dioxyde de carbone et du méthane.

Un scientifique explique « À Big Trail Lake, c’est comme ouvrir la porte de votre congélateur pour la première fois et donner toute la nourriture de votre congélateur aux microbes pour qu’ils se décomposent. En le décomposant, ils crachent du méthane ».

Plus rarement, le dégel du pergélisol peut former des « cheminées » sous les lacs qui permettent au méthane et à d’autres gaz – auparavant piégés profondément sous terre – de s’échapper. Dans tous les lacs thermokarstiques, les gaz bouillonnent à la surface du lac et s’élèvent dans l’atmosphère.

Lorsque le lac Big trail Lake gèle en hiver, les bulles peuvent empêcher la glace de se former et créer des poches d’eau libre qui continuent d’émettre du méthane tout au long de la saison. Dans d’autres régions, les bulles de méthane créent des dômes de glace gelés à la surface du lac.

 Les lacs les plus récents libèrent de grandes quantités de méthane. Il s’enflamme facilement au-dessus de l’eau. C’est un gaz à fort effet de serre qui pourrait accélérer fortement le réchauffement climatique. Les émissions de méthane en Alaska sont étudiées dans le projet ABoVE. Seule une petite fraction du permafrost ,environ 10% (article 2018), est dégelée en surface et peut encore dégeler plus en profondeur.

Méthane ou Géo-ingénierie?

Les émissions de méthane du permafrost terrestre et sous-marin pourraient augmenter et accroître l’effet de serre. La semaine passée, je présentais une étude qui a mis en évidence les émissions de méthane des fonds marins par le passé (blog). C’est un indice de plus qu’elles pourraient se reproduire dans la situation actuelle.  Bien que très incertaines, elles pourraient mener à des sauts de température de l’ordre d’un degré en quelques années, qui s’accompagneraient de catastrophes immenses et déclencheraient d’autres étapes d’une boucle de retroaction positive. C’est un énorme danger. Je mentionnais aussi une technique de géo-ingénierie, la dispersion de particules dans l’atmosphère polaire, qui pourrait regeler la glace Arctique et limiter le problème. Les auteurs de l’étude estiment que c’est possible à un prix relativement accessible. Je ne sais que penser de ces projets. Lundi passé, je me suis endormie avec l’idée que la géo-ingénierie est la seule solution pour éviter l’apocalypse, ou en tout cas un dérèglement du climat terrestre qui emporterait probablement la majorité de la population de la Planète. Je me suis réveillée avec l’idée qu’il ne faut pas s’y lancer. C’est probablement une mauvaise solution, bancale, qui apporterait de nombreux problèmes nouveaux.  L’arrêt des émissions et la reforestation semblent beaucoup plus sains pour notre milieu de vie mais la boucle fonte de la glace Arctique- fonte du permafrost semble maintenant engagée.

 

Si les émissions de méthane augmentent le réchauffement climatique, les conséquences seraient extrêmement dangereuses.  Il deviendrait difficile de tenir le compte des morts dans le chaos généralisé, des pays entiers seraient rayés de la carte.

La Suisse, qui semblait tout d’abord peu exposée, sera frappée par de fortes vagues de chaleur, des glissements de terrain, des foudres et des grêles inconnues jusqu’à peu.

Un réchauffement de 4°C causerait d’immenses tempêtes. Chaque ville subirait des destructions et compterait des morts et des blessés.  La survie à cette hécatombe serait hasardeuse, la civilisation s’effondrerait vite, et nos enfants ou nos petits-enfants se battraient pour l’existence entre crise économique et le déchaînement de la Nature, se cacheraient des vagues de chaleur dans les décombres, défendraient leur potager cultivé sur les décombres de l’école actuelle, fuiraient les inondations.

Certains estiment qu’il vaut mieux laisser la Nature se débarrasser du cancer humain et se reconstituer elle-même.  Là, je ne suis pas d’accord, il me paraît important est de sauver les vies humaines.

Géo-ingénierie

De nombreuses solutions de géoengénierie sont actuellement étudiées.  Plusieurs scientifiques recommandent de regeler la mer Arctique pour contenir le réchauffement direct et la fonte du permafrost sous-marin. Une étude récente estime que c’est tout à fait faisable. Ils proposent d’utiliser une flotte de 125 jets volant à haute altitude pour sprayer des particules aérosols de SO2 qui réduiraient l’ensoleillement des pôles en été (communiqué).

Le professeur Peter Wadhams demande depuis longtemps la géo-ingénierie et propose de répandre plutôt des gouttelettes d’eau de mer qui éclairciraient les nuages, de concert avec  la capture le gaz carbonique présent actuellement dans l’air (Interview Vidéo avec Steven Salter, qui développe cette technologie).

Le scientifique anglais David King proposait aussi à la COP26 de regeler l’Arctique par des techniques artificielles.

Une solution était de reformer directement une glace épaisse à la surface de la mer Arctique. Elle me paraît préférable à l’obscurcissement du soleil. La différence de luminosité aurait des conséquences sur les végétaux et les animaux et les produits utilisés pourraient être une nouvelle source de pollution. Je me suis livrée à une longue réflexion à ce sujet ici.  Je ne suis pas sûre si une technologie capable de fabriquer de la glace à l’échelle d’une mer existe déjà. Une mauvaise idée était de répandre des billes de verre ou de polystyrène à la surface de la glace, ce serait très nocif pour les poissons, les oiseaux et les autres animaux marins qui les avaleraient sûrement. J’ai aussi vu une proposition de miroirs flottants acclamée par le professeur Guy McPherson, et des bateaux congélateurs qui formeraient des blocs de glace. Idéalement ils devraient être alimentés par l’énergie solaire et/ou par la chaleur dégagée lors de la formation de la glace.

D’autres propositions suggèrent d’augmenter la capture du carbone par les algues. Shaun Fitzgerald du Cambridge Center for Climate Repair propose de cultiver des algues sur les plateformes flottantes en haute mer (lien). Cette solution pourrait être bénéfique pour les écosystèmes marins.

Si nous nous lançons dans la géo-ingénierie, nous devons absolument protéger les écosystèmes et leur capacité de capture de carbone naturelle, et éviter une pollution supplémentaire à l’Humanité.

Image du lac avec bulles de méthane par David Mark de Pixabay

Blog: Les dominos climatiques selon Dunlop et Spratt

Blog: Apocalypse selon Guy McPherson

 

Dorota Retelska

Dorota Retelska, décrypte les nouvelles du climat. Docteure ès Sciences de l’UNIL, auteure d’Antarctique-Ouest dans le Vide, elle alerte sur les dangers du climat depuis plusieurs années. Elle est active dans plusieurs organisations de défense du climat, entre autres l’Association Climat Genève, Greenpeace, TACA, et le Collectif Climat 2020.

16 réponses à “L’Alaska se couvre de lacs bouillonnants de méthane. Qu’allons -nous faire?

  1. La géo-ingénierie sera sûrement être pratiquée à l’échelle locale mais probablement pas à l’échelle internationale. Mais qui va payer pour ça et pendant combien de mois, d’années, de décennies, ou de siècles ? Combien de milliards d’Euro cela va-t-il coûter ? Quelles techniques de géo-ingénierie utilisées ? Qui va coordonner tout ça ? Le GIEC ? Les États-Unis et la Chine ? Qui va être tenu responsable juridiquement si des écosystèmes en entier sont détruits à cause d’une géo-ingénierie trop efficace localement ? Comment évaluer l’efficacité d’une technique de géo-ingénierie alors que la planète vit un dérèglement climatique de plus en plus sévère ? Pour moi, la géo-ingénierie au 21ième siècle sera comme la sorcellerie à l’époque du Moyen-âge. Rien de plus !

  2. Qu’allons -nous faire ?
    –> Certainement déjà évaluer nos limites… de connaissances, et organisationnelles/sociétales.
    +
    ° Déterminer qui est ce “nous”,
    ° Trier/gérer les enjeux,
    ° Réévaluer les compétences à réunir les meilleurs cerveaux humains,
    ° Qui ?.. pour écouter ceux-ci,
    ° …

  3. Est-ce qu’on ne pourrait pas récupérer ce méthane, et l’employer pour nous chauffer cet hiver? Ce serait une idée puisque les décisions stupides de nos autorités font que nous n’aurons pas de gaz naturel.

    1. Cette technologie n’est probablement pas opérationnelle cette année, mais peut-être dans quelques années ou décennies. Ils pourraient peut-être avoir des bateaux qui compressent l’air au-dessus de la mer pour liquéfier le méthane, ou il serait absorbé sur des membranes spécifiques.

      1. Vous plaisantez, je pense. Ca ne paraït pas du tout vraisemblable votre histoire de compression de l’air et de membranes.

        Moi je plaisantais.

        A part ça, question fuite de gaz, je ne sais pas si votre histoire est une fake news ou pas. Avec vous on ne sait jamais. J’ai l’impression que c’est un poisson d’avril en septembre, parce que l’évènement du jour c’est qu’une vraie fuite de gaz se produit en ce moment, mais ailleurs, dans les pipelines North Stream. C’est la mer Baltique qui est en ébullition, pas les lacs de l’Alaska. Et ça c’est un évènement d’importance mondiale à cause des implications géostratégiques.

        Alors je me demande pourquoi vous nous racontez des fake news. Vous feriez mieux de dénoncer ceux qui s’amusent à saboter ces pipelines, probablement l’OTAN pour être sûr de rendre ces tuyaux inutilisables au cas où le peuple allemand se soulèverait et exigerait qu’on mette en activité North Stream I et II, ce qui est absolumebnt nécessaire faute de quoi l’Allemagne va se retrouver dans une situation pire que pendant la république de wewimar, puisque l’impasse énergétique va causer une baisse de 65 % environ de la production industrielle allemande.

        A qui profite le crime ? Seuls ceux qui veulent la guerre mondiale et qui veulent mettre à genoux l’Europe ont intérêt à ces sabotages. C’est à dire l’OTAN. La Russie, elle, a intérêt à ce qu’ils restent utilisables, pour le cas ou le gouvernement allemand reviendrait à la raison.

        J’espère que vous allez dénoncer cette politique insensée qui consiste à refuser le gaz russe, pour lui préférer des centrales à charbon hyperpolluantes et le retour au nucléaire. Si vous êtes sincère dans votre démarche c’est votre devoir de dénoncer ces scandales.

        Quant à la destruction totale de l’économie allemande, qui va plonger dans la misère des millions de gens, et donc fatalement porter au pouvoir un nouvel Hitler, qu’est-ce que vous en pensez? Vous êtes pour?

        Vous êtes une sacrée farceuse, de faire diversion avec vos fake news d’Alaska !

        1. Je suis sérieuse. Ce sont des découvertes scientifiques réelles, le méthane sera un risque réel dans 10-50 ans et des technologies de capture sont à l’étude, un peu à l’image de climeworks qui construit une usine de capture de carbone: https://climeworks.com/news-and-press. Ici j’ai retranscrit un discours du secrétaire général de l’ONU sur les émissions de méthane du permafrost. https://blogs.letemps.ch/dorota-retelska/2020/02/07/lonu-declare-que-les-emissions-du-permafrost-et-de-la-vegetation-accelerent-le-rechauffement/ Je suis une scientifique et je me cantonne à présenter des informations scientifiques. Demandez peut-être à Adèle Thorens pour les questions de géopolitique et d’économie.

          1. Intéressant, donc il existerait des technologies pour capter ces émanations de méthane. Bonne nouvelle.

            Je reste sidéré par la coïncidence étrange entre la publication de votre article et les évènements beaucoup plus graves qui se sont produits le même jour dans la mer baltique.

            Je ne vais certainement pas prendre au sérieux les vues géopolitiques de la sotte Adèle Thorens. Je ne savais d’ailleurs même pas qu’elle en avait.

          2. Votre article m’a fait me souvenir de ce petit film sur la géothermie de la chaîne Data Gueule (https://www.youtube.com/watch?v=DOUTXdsWU3Y&t=66s). Pas sûr qu’on puisse mettre notre destinée dans les mains de cette technologie avant longtemps, en tout cas je crois plus à un mix entre innovation low tech, régulations de la consommation, restrictions et politiques publiques d’incitation pour changer de cap (même si je comprends qu’avec l’inertie actuelle au moment où nous verrons les changements que vous redoutez il sera vraisemblablement trop tard). Il y a aussi quelque chose qui me paraît évident: le problème n’est pas le réchauffement climatique uniquement mais que notre espèce ignore largement le fait qu’on vive la 6ème extinction de masse et qu’à ce titre je vois pas tellement pourquoi la nôtre continuerait à vivre épargnée de ce phénomène. C’est tragique mais c’est ainsi pour le moment.

        2. Bon c’est quoi ce mauvais troll russe qui écrit à 2h09 heure suisse puis à 12h53 (fin de journée plus à l’est)? Tu n’amènes aucun fait juste des opinions qui mélangent tout.

  4. Le site youmatter rapporte que l’amélioration de la qualité de l’air a accéléré le réchauffement climatique en raison de la réduction des particules atmosphériques. Bien qu’indispensable au bien-être des populations et des écosystèmes, la réduction des particules polluantes dans l’atmosphère entraîne un effet pervers, celui d’accélérer le réchauffement climatique.
    https://youmatter.world/fr/amelioration-qualite-air-accelere-rechauffement-climatique/

    La géo-ingénierie que certains souhaitent pourrait-elle aussi avoir des effets pervers sur le réchauffement climatique ? Attention à la géo-ingénierie !

  5. Le problème de déforestation est très sous-estimé or la moitié des forêts notamment en Indonésie et en Amazonie au 21 ème siècle ont disparu. Il faut à tout prix sauvegarder les forêts restantes, voire reforester mais parfois la déforestation est irréversible. Des militants écologistes se battent pour cela au péril de leur vie. Pour moi, des réglementations internationales sévères pour la préservation des forêts restantes est l’une des solutions comme manger végétarien.

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