Le méthane du permafrost augmente le réchauffement

Le permafrost est le sol du Grand Nord, perpétuellement gelé depuis la dernière glaciation, il y a des milliers d’années. La surface dégèle un peu en été, mais des dizaines de mètres restent toujours pris. On y retrouve parfois des squelettes de mammouths, le permafrost contient aussi des restes de plantes et de végétaux. Il compose aussi le fond de la mer de Sibérie. Quand il décongèle, les fragments végétaux fermentent et le processus dégage du CO2 et du méthane.  Ce dernier peut augmenter fortement l’effet de serre. Il y a des années, le pire cauchemar des climatologues était que ces terres puissent dégager du méthane et augmenter l’effet de serre.

Aujourd’hui, des grandes surfaces de permafrost dégèlent visiblement en Sibérie et en Alaska, les côtes sont érodées, les maisons et les routes s’affaissent. La concentration de méthane dans l’atmosphère augmente.

L’académie Russe des Sciences informe que les émissions de méthane ont augmenté. D’après eux,  il y a plus de méthane dans l’atmosphère, il semble bien provenir du dégel du permafrost et de l’érosion des côtes dégelées, et contribuera fortement, et peut-être à un niveau dangereux,  au réchauffement climatique. Le président de l’Académie a déclaré ‘n’avons nous pas mis en route un processus indépendant des émissions industrielles? En effet, une fois amorcées, les émissions de méthane pourraient changer le climat à elles seules.

Le GIEC n’a pour le moment pas inclus ce facteur dans ses calculs. Le permafrost pourrait amener le réchauffement au-delà des 1,5°C prévus dès 2030.  Pour le moment, son effet est probablement faible. Le permafrost dégagera plus de méthane à mesure qu’une surface plus grande décongèle, que la température du sol augmente et  qu’il dégèle plus en profondeur. La disparition de la glace provoque aussi des émissions plus importantes de gaz dans l’atmosphère.  La fermentation peut dégager du CO2 ou du méthane, peut-être selon la présence d’une surface d’eau, un étang ou une flaque.

Nous ne savons donc pas combien de méthane s’échappera des terres du Grand Nord: il peut y en avoir de plus en plus, les quantités de carbone présentes dans le permafrost sont immenses.   Et si le méthane fait augmenter la température de la Planète d’un degré, le permafrost fondra d’autant plus vite, et émettra plus de gaz, provoquant des sauts de température de plus en plus forts. L’académie russe des sciences suggère que ce processus commence. Très vite, l’agriculture serait fortement touchée (Image par FlorenceD de Pixabay).

 

Selon les informations dont je dispose (OMM/GIEC), la contribution du méthane au changement climatique est faible en 2018, il augmentera au cours des années et des dizaines d’années prochaines.  Natalya Shakova, qui explore le fonds de la mer de Sibérie en brise-glace, rapporte que le permafrost dégèle plus profondément et plus vite que prévu. E. Cardoso estimait il y a quelques années qu’un dégagement de méthane dangereux pourrait se produire d’ici environ 25 ans. Je propose que l’EPFL  travaille essentiellement sur la capture du méthane pendant ces 25 années, par des bactéries, par des solutions chimiques, etc, etc, pour nous proposer une solution de secours.  Le Climate Institute conseille de faire descendre la température de la Planète à +0,5°C en pratiquant un geoengeneering localisé. Ils suggèrent de pomper de l’eau à la surface de la glace arctique pour l’épaissir pour qu’elle supporte l’été.

Nous avons tout intérêt à limiter les émissions de carbone beaucoup et rapidement.  1,5°C expose déjà le monde à des inondations, des tempêtes et des vagues de chaleur dangereuses, qui vont bouleverser notre existence au cours de cette décennie. Encore plus dangereuses, les émissions du permafrost provoquées par le réchauffement créent un risque sérieux pour la vie de la population Suisse.

Nous devons réduire les émissions de carbone autant que possible, passer au plus vite aux énergies renouvelables, et peut-être ajouter d’autres solutions qui permettront des réductions plus rapides d’émissions, par exemple une limitation de l’aviation, un gel des constructions, une limitation de la viande accompagnée de reforestation de terres ainsi libérées. Nous pouvons aussi capter énormément de carbone d’une façon sûre pour nous dans des nouvelles forêts et en récréant des sols fertiles et riches sur toute la Terre.  Il y a des  nombreuses solutions, et nous avons besoin d’une mobilisation et d’un investissement sans précédent pour les réaliser à temps.

https://arctic.ru/forumarctica/20190409/845308.html

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Dorota Retelska

Dorota Retelska, décrypte les nouvelles du climat. Docteure ès Sciences de l’UNIL, auteure d’Antarctique-Ouest dans le Vide, elle alerte sur les dangers du climat depuis plusieurs années. Elle est active dans plusieurs organisations de défense du climat, entre autres l’Association Climat Genève, Greenpeace, TACA, et le Collectif Climat 2020.

4 réponses à “Le méthane du permafrost augmente le réchauffement

  1. Pour contribuer à la diminution du CO2, vous auriez aussi pu mentionner cette nouveauté qui consiste en panneaux photo-voltaïques, dit aéro-voltaïques (dual). A partir du solaire ils produisent in fine de l’électricité et du chauffage, et seraient apparemment plus efficace que les éoliennes terrestres. Dans l’arctique le permafrost dégèle, facilité l’érosion et libère du CH4; ailleurs, dans les alpes par exemple, des parois rocheuses peuvent s’effondrer. Merci pour vos alertes.

  2. Cette possibilité d’une rétro-alimentation du réchauffement climatique par une augmentation du méthane est évoquée depuis pas mal d’années. Ce qui est intéressant ici c’est que les scientifiques russes disposent maintenant de preuves concrètes du phénomène. Quoiqu’il en soit, la question que je me pose en sachant que le taux de CO2 actuel est équivalent à celui du Pliocène est si ces 1,5 degrés ne seront pas atteints de toutes façons, quand bien même nous cessions d’émettre du CO2 (ce qui est loin d’être le cas). Bref, I’ll y a du souci à se faire…

  3. le risque de réchauffement par le méthane est une rigolade :
    – d’abord le méthane comme GES agit dans une bande de fréquence des IR où l’H2O est active et représente une faible part du forçage radiatif .
    – les épisodes inter glaciaires précédents (éémien) n’ont montré aucun problème lié au permafrost bien que la température ait été plus élevée qu’aujourd’hui , sinon, nous l’aurions retrouvé dans les glaces arctiques ou antarctiques , ce qui n’est pas le cas , donc aucun dégagement extraordinaire de CO2 ou CH4 pendant les pics de températures passés et il n’y a pas lieu de craindre un tel événement aujourd’hui alors que les températures sont encore plus basses .
    Alors inutile d’alarmer la population sur des hypothèses aussi légères et pour tout dire fantaisistes .

    1. C’est exactement ce qui a été dit sur le méthane il y a 20 ou 30 ans, avant qu’il ne soit émis. Aujourd’hui, il est une réalité, quoi qu’il se soit passé à l’Eemien.

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