Comment choisir sa psy

(Pour des raisons de simplification de lecture, psy est au féminin dans le texte[1]).

En 2018, 38% de la population mondiale a consulté une professionnelle de la santé mentale[2]. Plus d’une personne sur trois ! Depuis l’essor d’internet et l’accroissement de l’isolement affectif[3], et depuis qu’aller chez la psy ne fait plus si mal à la réputation, il y a une demande… et aussi une offre.

Alors comment choisir ?

 

Psy… en fait ça veut dire quoi ?

Thérapeute n’est pas (encore) un titre protégé, vous et moi pouvons l’utiliser : mon concierge, mon assureur et mon médecin peuvent se dire thérapeute de couple, thérapeute de chats ou encore thérapeute de l’âme. Tout comme chaman et guérisseur[4].

Le langage courant utilise parfois le terme « psy », qui prête à confusion.

  • Psychologue est un titre universitaire couronnant une formation généraliste sur le fonctionnement psychique. Une psychologue peut avoir de nombreuses spécialisations pendant ou après son titre, par exemple en psychologie du sport, en psychologie du travail ou en orientation professionnelle.
  • En Suisse, le titre de psychothérapeute est protégé à l’échelle fédérale depuis 2013. Ce titre est accessible aux titulaires d’un diplôme de médecine (de psychiatrie) ou de psychologie. Une psychothérapeute est habilitée à accompagner une personne en détresse psychique, et la façon de le faire dépendra de son approche (sa technique) ainsi que de son caractère. A noter que des critères économiques rentrent en ligne de compte : en Suisse les médecins sont remboursées par l’assurance de base, les psychologues par les complémentaires[5].
  • Psychanalyste est une des nombreuses approches psychothérapeutiques, rendue célèbre par Woody Allen et éventuellement par Sigmund Freud.
  • Psychiatre est un titre de spécialisation de médecine. Une psychiatre est ainsi une médecin habilitée à poser un acte médical : ordonnance médicale, arrêt de travail par exemple. Ces médecins sont surtout formées pour faire un diagnostic précis, et souvent le faire correspondre à un médicament.

(à ce propos, voir l’article de Stephen Vasey : C’est quoi un psy?)

 

Pourquoi j’irais chez la psy, d’abord ?

« En allant voir un psy, vous pourriez aller mieux. Et ça, vous n’y tenez pas ! Vous avez depuis toujours réussi à échapper aux psys en dépit de vos intenses souffrances psychiques. Pourquoi renoncer subitement après tous ces efforts ?

Sachez-le, aller mal vous donne un genre et vous permet d’inspirer la pitié, ce qui est très important pour vous. Aller voir un psy pourrait vous conduire à vous responsabiliser et à enfin gérer vos propres problèmes. Et ça, c’est terriblement fatiguant. »[6]

 

…pour sa méthode ?

En Suisse en 1994, il y avait environ 250 approches psychothérapeutiques reconnues[7] ; certaines ayant des valeurs opposées, il est utile de se renseigner. Pour donner un exemple, une approche connue part du principe que l’Homme naît avec des pulsions destructrices et que son comportement peut être corrigé, alors qu’une autre approche connue part du principe que l’Homme naît vertueux et que la culture le corrompt.

On peut donc choisir sa psy parce qu’on a une affinité avec son approche, ou que nos symptômes sont réputés plus facilement guérissables avec une approche particulière. Si j’ai une phobie des avions et je dois en prendre un pour un voyage d’affaires dans 3 semaines, une thérapie brève axée sur les solutions sera appropriée ; par contre ce ne sera pas un bon choix si je souhaite comprendre d’où vient mon mal-être existentiel et obtenir des résultats durables.

 

Mais quelle méthode ?

De nombreuses études démontrent l’efficacité d’une psychothérapie quelle que soit l’approche[8].

A savoir aussi que l’approche d’une psy équivaut à une formation initiale, et que souvent les psys se forment toute leur vie (en tout cas on l’espère), s’appropriant plus ou moins diverses techniques et expériences glanées au fil de formations, d’intervisions, de supervisions et de rencontres.

Certaines psys développent même leur méthode propre :

 

Quand c’est la merde…

Jorge Bucay, un psychiatre argentin, classe les approches selon qu’elles travaillent avec le futur (typiquement l’approche cognitivo-comportementale), le passé (typiquement la psychanalyse) ou le présent (typiquement les approches humanistes comme la Gestalt ou l’approche centrée sur la personne). Il prend l’exemple d’un gars qui chie dans ses pantalons, et qui dit à son ami qu’il va voir un psy. Il revient 5 semaines plus tard ; son ami lui dit :

« Déjà de retour ? Comment était la thérapie ? », et il répond :

« Je chie toujours dans mes pantalons, mais maintenant je porte des culottes en plastique » (le psy s’est occupé du futur)

Il va voir un autre psy et revient 5 ans plus tard ; son ami :

« Comment était la thérapie ? », et il répond :

« Je chie toujours dans mes pantalons, mais maintenant je comprends pourquoi » (le psy s’est occupé du passé)

Il va voir un 3ème psy et revient 5 mois plus tard:

« Comment c’était ? », et il répond :

« je chie toujours dans mes pantalons, mais maintenant je m’en fous » (le psy s’est occupé du présent)[9]

 

…pour sa personne

Le titre est garant d’une qualité de (de)formation, et la personne d’une qualité de prestation. Il existe par exemple d’excellentes thérapeutes avec de solides formations et/ou une solide expérience qui ne répondent pas à tous les critères académiques pour faire partie d’un ordre professionnel.

En fait, le facteur le plus déterminant de la réussite thérapeutique est la qualité du lien relationnel entre vous et votre psy, davantage que sa méthode ou même de sa compétence à faire de la psychothérapie[10]. C’est la raison pour laquelle il est important de forger votre propre opinion en testant vos candidates thérapeutes : en écoutant le feeling que vous avez avec, par téléphone d’abord puis en séance.

Laissez-vous aussi la liberté de changer d’avis ; parfois le feeling s’affine et se modifie au cours des séances, et un sentiment de loyauté peut inhiber une volonté d’interrompre le suivi alors que ce serait peut-être approprié. Si c’est le cas vous courrez le risque de perdre du temps et de l’argent (au minimum).

 

Alors quoi ?

Les méthodes sont tellement différentes, les psys tellement différentes, que mieux vaut être conseillé par quelqu’un de confiance (une autre professionnelle ou un ami qui vous connaît bien).

Faire une recherche sur internet peut s’avérer utile ; parfois il y a une description de la psy et de son travail, ce qui peut vous permettre d’avoir une première impression, notamment sur ses valeurs.

Permettez-vous de ressentir lors de la première séance : est-ce que cette psy me conviendrait ? Est-ce que je me suis senti à l’aise, écouté, en confiance ? Une fois revenu chez vous, prenez le temps du ressenti et de la réflexion.

Il faut parfois du courage pour consulter, surtout la première fois. Selon Sénèque, Paracelse et Carl Rogers, l’acceptation est la base du changement[11]. En accueillant votre souffrance et en prenant rendez-vous avec votre psy, vous avez donc probablement déjà entamé le processus thérapeutique – et seul !

 

 

 

[1] 83% des psychologues et 80% des psychothérapeutes suisses sont des femmes (Office fédérale de la statistique, chiffres de 2013 à 2018)

[2] Selon IPSOS (une entreprise française de sondages). Et selon l’Office fédérale de la statistique, en Suisse en 2012, 15,1% des hommes et 20,7% des femmes considèrent vivre une détresse psychologique moyenne à élevée

[3] « (…) la psychologisation de notre culture, à l’origine d’un immense développement des professions de soins, et plus particulièrement des professions «psys», est liée à l’effritement du lien social dans la société démocratique postmoderne » (Nicolas Duruz dans L’Hebdo, 23 septembre 2004)

[4] Soit dit en passant, il y en a que je recommanderais plus facilement que certains bardés de titres

[5] Ou par l’assurance de base si elles travaillent dans les mêmes locaux qu’une psychiatre (ce qu’on appelle la psychothérapie déléguée)

[6] Gourion, D., Muzo (2016), Cinquante puissantes raisons de ne pas aller chez le psy. Paris, Lattès

[7] Duruz, N. (1994), Psychothérapie ou psychothérapies ?, Paris, Delachaux et Niestlé.

[8] Voir par exemple Lambert et Bergin (1994), The effectiveness of psychotherapy. In: Bergin, A.E., Garfield, S.L. (Eds.), Handbook of Psychotherapy and Behavior Change, 4ème éd. John Wiley & Sons, Oxford, England, pp. 143 – 189; Smith et al., (1980), The Benefits of Psychotherapy. Johns Hopkins University Press, Baltimore, MD ; Stiles et al., (1986), Are all psychotherapies equivalent? Am. Psychol. 41, 165 – 180 ; Wampold et al., (1997), A meta-analysis of outcome studies comparing bona fide psychotherapies: empirically, « all must have prizes ». Psychol. Bull. 122, 203 – 215

[9] Librement adapté de Bucay, J. (2010), Laisse-moi te raconter… les chemins de la vie, Pocket

[10] Crits-Christoph et al (2011), The dependability of alliance assessments: The alliance – outcome correlation is larger than you might think. Journal of Consulting and Clinical Psychology , 79 (3), 267 – 278 ; Horvath et al (2011), Alliance in individual psychotherapy. In J. C. Norcross (Ed.), Psychotherapy relationships that work: Evidence-based responsiveness (2ème éd., pp. 25 – 69). New York: Oxford University Press, cités par Nienhuis et al (2016), Therapeutic alliance, empathy, and genuineness in individual adult psychotherapy: A meta-analytic review. Psychotherapy Research, 28(4), 593–605.

[11] « Dès que je m’accepte tel que je suis, je change ; voilà un curieux paradoxe. » Rogers, C. (1998), Le développement de la personne. Paris, Dunod

Thomas Noyer

Thomas Noyer travaille comme psychologue-psychothérapeute (adultes et couples) dans son cabinet privé à Neuchâtel et en cabinet médical à Lausanne. Il anime des groupes sur le masculin, les troubles alimentaires et les difficultés relationnelles. www.cabinetsens.ch

4 réponses à “Comment choisir sa psy

  1. Par 38% de la population mondiale a consulté une professionnelle de la santé mentale espérons pour eux qu’ils aient majoritairement choisis des psychiatres qui eux sont de vrais médecins spécialisés et non pas des charlatans comme peuvent l’être les psycho-rigolos …

    1. A vous lire, j’imagine que vous avez eu une mauvaise expérience avec unE psycho-rigolo non-psychiatre, et une bonne expérience avec unE psychiatre. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Tout existe dans le monde des psys, d’où l’envie que j’avais d’écrire cet article. Je crois que le facteur le plus déterminant est la personnalité et la qualité du lien qu’il peut y avoir entre le/la thérapeute et le/la clientE.

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