Un train peut en cacher un autre

Début septembre, le groupe industriel Alstom annonçait la fermeture prochaine de son site de construction de trains de Belfort. Moins d’un mois après, le gouvernement français passait commande de quinze rames TGV – de quoi maintenir environ 400 emplois pour les deux prochaines années – permettant ainsi à Manuel Valls de se prétendre «sauveur du site de Belfort». Une bonne nouvelle ? Au contraire, c’est la démonstration de l’échec de l’interventionnisme étatique !

En réalité, le plan de sauvetage de Manuel Valls est confondant d’absurdité. Puisqu’une usine fermait… il suffisait d’y passer commande et de s’en vanter. Le site de Belfort réalise des TGV, alors on achète des TGV. Et peu importe si le seul endroit où l’État peut les utiliser est une ligne régionale où leur grande vitesse ne pourra jamais être atteinte.
Mais le ridicule coûte. Ces 15 rames TGV représentent un investissement d’environ 450 millions d’euros. Soit environ 1.1 million d’euro par poste. Lorsqu’on imagine des salariés proche du salaire moyen français, soit environ 30’000 euros par année, on peine à voir comment l’idée peut paraître bonne…

Certes, si ce n’était avec des rames TGV, l’État aurait tout de même dû acheter du matériel roulant pour remplacer des trains vieillissants. Mais le surcoût représente environ 12 millions d’euros par rame (30 millions pour un TGV contre 18 millions pour un train régional). Facture totale : 180 millions d’euros – payée, naturellement, par le contribuable.
Mais le surcoût ne s’arrêtera pas là. Les coûts opérationnels du TGV sont, également, supérieurs d’environ 30% à ceux d’un train adapté à une telle desserte. Et là, par des billets plus chers, ce seront bel et bien les utilisateurs qui, à nouveau, passeront à la caisse.

Au final, certains argumenteront que gaspiller ainsi l’argent public permettrait de conserver des emplois – dont dépendent des familles, des emplois indirects, des commerces, … Certes, mais il ne faut pas s’arrêter à la simple partie émergée de l’iceberg.
En effet, si l’État achète des TGV – totalement inadaptés à cette fonction – il n’achètera donc pas de trains régionaux pour remplir la même mission. C’est donc une autre usine qui ne verra pas une commande arriver et dont les emplois seront donc menacés. En l’occurrence, c’est le site de Reichshoffen, à 200 km de Belfort, qui voit des menaces peser sur ses 1’000 emplois.
Mais, non content de réaliser une opération industrielle et économique calamiteuse, le gouvernement viole ouvertement le droit en passant une telle commande au mépris des règles de concurrence et d’appels d’offre. Ces règles ne sont pas optionnelles ; c’est bel et bien une obligation, en Europe, pour les investissements publics d’une telle importance. Outre l’incohérence d’un gouvernement qui prétend vouloir sauver l’Union Européenne, c’est également faire courir un autre risque : celui que les autres États, en réaction, agissent de même. Et donc, passent commande auprès de leurs propres usines plutôt que dans les usines françaises – menaçant également des centaines voire des milliers d’emplois.

En outre, une telle manoeuvre politique est le symbole d’une criante injustice. Parce qu’ils sont médiatisés à huit mois de l’élection présidentielle, 400 emplois seront soutenus (temporairement) à grands flots d’argent public. Mais qu’arrivera-t-il aux autres sites menacés une fois les élections passés ? Ils seront certainement livrés à eux-mêmes…
Une injustice encore plus criante pour d’autres secteurs économiques. L’État a-t-il décidé d’acheter 500 millions de litres de lait pour soutenir les éleveurs en danger ? Non. Cruellement, les paysans concernés devront s’en sortir tout seul – tout en payant le coûteux plan de sauvetage de Belfort.

La vraie logique, la vraie justice, la vraie solution eut été de ne rien faire. Si le site de Belfort est incapable de vendre ce qu’il produit, alors peut-être lui fallait-il disparaître. Et laisser, à la place, émerger une industrie compétitive, efficace, et durablement porteuse d’emploi. Mais, en gaspillant l’argent public pour une opération médiatique, c’est bien l’innovation et la création d’emploi que Manuel Valls a détruit.

Vincent Arlettaz

Vincent Arlettaz

Vincent Arlettaz a étudié à Lausanne et Saint-Gall, ainsi qu'à la Richard Ivey School of Business au Canada. Détenteur d'un Master en Finance HEC de Lausanne, il est aujourd'hui économiste, mais aussi délégué du PLR et membre du comité du Cercle libéral de Lausanne.

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