«Nuit debout» : aube ou crépuscule ?

Au soir du 31 mars 2016, après une manifestation contre la «loi Travail» chère au gouvernement de Manuel Valls, quelques centaines de manifestants se dirigent vers la place de la République pour y passer la nuit. Leur but : réaliser une «convergence des luttes» en opposition au gouvernement actuel et, plus largement, au fonctionnement actuel de la France. Le mouvement «Nuit debout» était né.

Début d’un mouvement qui pourrait révolutionner la France ou simple feu de paille qui s’éteindra discrètement au bout de quelques semaines ? Seul l’avenir le dira. Mais, si le mouvement veut durer, deux conditions s’imposent à lui.

 

La première condition est inclusive. Pour représenter un réel mouvement populaire, «Nuit debout» doit rassembler bien au-delà de son terreau initial. Car si l’occupation de la place de la République est à même de générer une certaine visibilité médiatique, la participation n’en est pas moins limitée à une certaine catégorie de population. La continuité des évènements nocturnes en exclut bon nombre de travailleurs et d’étudiants qui ne pourraient pas, ensuite, enchaîner avec une journée de travail. De plus, même si la mobilisation a essaimé aux quatre coins de la France, le reproche lui est régulièrement fait de se cantonner aux beaux quartiers et de n’être qu’une «révolution de bobos», bien loin de nombreux Français.

Ainsi, les quelques militants qui ont tenté d’exporter le concept dans les quartiers nord de Marseille ont été confronté à un accueil plutôt glacial. Certains habitants n’ont pas manqué de leur rappeler qu’ils se mobilisaient eux-mêmes depuis bien longtemps dans le silence et l’oubli général. Plus encore, ils ont exprimé une réalité bien différente de celle des manifestants de «Nuit debout» : comment se sentiraient-ils concernés par une réforme du droit du travail alors qu’eux-mêmes n’ont, pour la plupart, pas de travail ?

 

La deuxième condition, elle, est exclusive. Car, dans l’euphorie qui a accompagné l’occupation régulière de la place de la République, toutes les luttes et toutes les revendications ont été exprimées. Outre l’abandon de la «loi Travail», d’aucuns ont réclamé pêle-mêle l’augmentation du salaire minimum à 1’500 euros par mois, le plafonnement des salaires, l’abrogation des loyers, l’expropriation des riches, l’adoption de l’antispécisme, la semaine de 25 heures, … Mais après avoir lancé ces idées, il convient de savoir si elles doivent être reprises ou non par l’ensemble du mouvement. Et c’est là que le bât blesse : désorganisée, la «Nuit debout» s’est montrée incapable, jusqu’ici, à mettre en place un processus démocratique en son sein.

Pourtant, c’est une condition nécessaire à son succès. Si la manifestation veut se poursuivre, elle doit être capable d’établir un noyau commun de revendications partagées par le plus grand nombre de ses membres. C’est probablement là que se trouve l’épreuve la plus difficile : permettre l’adhésion et le rassemblement du plus grand nombre derrière un véritable consensus – au risque de devoir en écarter certaines revendications et voir partir leurs auteurs – tout en préservant l’unité du mouvement.

 

«Nuit debout» pourrait bientôt fêter son premier mois d’existence, après une nouvelle journée de manifestation contre la «loi Travail» le 28 avril prochain – le 59 mars selon la tradition locale – et à la veille d’un dimanche 1er mai crucial. Pour cela, le mouvement devra démontrer sa capacité à réellement fédérer les différentes luttes. Mais personne n’ignore – et surtout pas le gouvernement – qu’une première victoire pourrait donner un coup d’accélérateur à la mobilisation…

Vincent Arlettaz

Vincent Arlettaz

Vincent Arlettaz a étudié à Lausanne et Saint-Gall, ainsi qu'à la Richard Ivey School of Business au Canada. Détenteur d'un Master en Finance HEC de Lausanne, il est aujourd'hui économiste, mais aussi délégué du PLR et membre du comité du Cercle libéral de Lausanne.

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