Alexandre Aebi : «La science citoyenne au secours des abeilles»

Le professeur en biologie et anthropologie Alexandre Aebi parie sur l’agroécologie pour en finir avec les pesticides, dont les néonicotinoïdes.

 C’est après avoir lu une étude réalisée par l’Université de Neuchâtel (UNINE) et le Jardin botanique de Neuchâtel sur l’exposition des pollinisateurs aux néonicotinoïdes, publiée en octobre 2017 dans la revue Science, que le secrétaire d’Etat britannique à l’environnement Michael Gove a décidé de bannir les produits de cette famille d’insecticides. Comme il l’a confié au quotidien britannique The Guardian, une autre étude de chercheurs allemands portant sur l’effondrement en 30 ans de 75% de la biomasse d’insectes, d’araignées et d’arthropodes volants, l’a conforté dans sa décision. En avril 2018, grâce à la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne, l’Union européenne (UE) a interdit trois produits appartenant aux néonicotinoïdes. La Suisse s’est alignée sur l’UE.

C’est une belle victoire pour les auteurs de cette étude, Prof. Alexandre Aebi, maître d’enseignement et de recherche en agroécologie à l’UNINE, et Prof. Edward Mitchell, qui dirige le laboratoire de diversité du sol dans la même université. Pour évaluer les risques posés par l’utilisation des néonicotinoïdes, les chercheurs ont mesuré la concentration de cinq de ces produits dans les miels en provenance de tous les continents. Pendant quatre ans, plus de 100 citoyens voyageurs ont rapporté des pots de miel dans un projet de «science citoyenne».

Difficile quête d’informations

L’analyse de 198 échantillons a révélé que les trois quarts de ces derniers contenaient au moins une des molécules testées, 45% deux ou plus, 10% quatre ou cinq. Il est donc prouvé que la majorité des abeilles dans le monde sont exposées aux néonicotinoïdes.

Reste maintenant à savoir quelles molécules sont utilisées sur tel territoire donné: une procédure indispensable pour vérifier leur degré de résilience, leur parcours dans les eaux de surface, les nappes phréatiques, etc. Longtemps, ces informations étaient impossibles à obtenir. Au vu de certaines données récentes recueillies et publiées par l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG), une ouverture semble se dessiner.

Les vertus de l’agroécologie

Les alternatives aux insecticides, le spécialiste en entomologie appliquée Alexandre Aebi les voit principalement dans l’agroécologie. A la fois pratique, science et mouvement social, «l’agroécologie intègre la gestion de l’eau et la protection des sols dans une approche paysagère, utilise des options comme l’agroforesterie, les cultures associées, la lutte biologique ou la sélection variétale pour réduire l’impact de ravageurs, sous un seuil tolérable pour les agriculteurs».

Les agronomes italiens ont récemment démontré qu’il était possible de ne plus utiliser des néonicotinoïdes. Dans la Vénétie, ils ont mis au point un système d’assurance tous risques destinés aux cultivateurs de maïs. Cette assurance donne accès à des experts capables d’évaluer les dommages subis par la plante et d’offrir des solutions alternatives pour lutter contre les ravageurs.

Non seulement les paysans ont pu apprécier l’efficacité de la méthode, mais ils ont pu réaliser de sérieuses économies: le contrat d’assurance leur coûte annuellement 3,5 euros par hectare contre 42 euros avec l’utilisation de néonicotinoïdes! Le plus difficile a été de trouver des experts indépendants des firmes vendant des produits phytosanitaires. «Le succès de cette opération nous incite à l’appliquer aux betteraves en Suisse», suggère Alexandre Aebi, convaincu que toutes les cultures peuvent être traitées de manière biologique.

Décloisonnement des disciplines

Les initiatives de «science citoyenne» tendent à se multiplier. Quatre fois par an, 30 apiculteurs vaudois et jurassiens donnent à la doctorante que dirige Alexandre Aebi accès à une dizaine de ruches pour y évaluer la charge en agents pathogènes et en pesticides. Les apiculteurs documentent chacune de leur pratique. Le chercheur-enseignant, qui a par ailleurs développé avec ses étudiants un jardin de permaculture, croit à la richesse de l’expérience sur le terrain, au décloisonnement des disciplines scientifiques et au dialogue entre les experts, la société civile et le monde politique. C’est l’essence même de Zoein et notamment de son comité scientifique auquel Alexandre Aebi appartient. Une fondation, dit-il, où «nous apprenons à nous connaître les uns les autres». PLB

 Lire aussi dans La Pensée écologique.

Photo réalisée par Florian Barras.

Valérie Cabanes: «Droits de la nature et crime d’écocide doivent être reconnus»

Valérie Cabanes, juriste internationale et essayiste, souhaite que le droit se soucie enfin de la protection de tous les êtres vivants sur notre planète en péril.

Le 26 juillet 2018, à Quito, le peuple de Sarayaku a déclaré publiquement son territoire «Kawsak Sacha – Forêt Vivante: Être vivant, conscient et sujet de droits». Au fil des mois, les droits de la nature sont toujours plus défendus et reconnus sur la Terre : en Equateur, depuis 2008 déjà dans la Constitution, mais aussi en Inde où le Gange a été reconnu comme une entité vivante, de même que la rivière Whanganui en Nouvelle-Zélande, en Colombie concernant la forêt amazonienne, au Mexique, au Brésil, en Australie ou en Nouvelle Calédonie, des territoires deviennent des sujets de droit par des décisions judiciaires ou politiques.

Pour Valérie Cabanes, juriste internationale spécialisée dans les droits de l’homme et le droit humanitaire, cette réjouissante évolution n’est qu’un début. La protection des droits de la nature doit désormais être validée par le droit international. «Si l’on reconnaît à un écosystème son droit à l’existence, on peut le défendre préventivement s’il est menacé par les êtres humains, souligne-t-elle. C’est aussi une manière d’affirmer que les droits humains ne peuvent pas être garantis si les droits des écosystèmes et des autres espèces vivantes à exister de manière pérenne ne le sont pas également».

La responsabilité pénale via le crime d’écocide

 La reconnaissance planétaire des droits de la nature permettrait la mise en œuvre facilitée d’une procédure de droit civil. Mais celle du crime d’écocide irait encore plus loin, ouvrant la voie à des actions pénales. C’est le deuxième grand combat de Valérie Cabanes qui collabore étroitement avec le mouvement End Ecocide on Earth. «Aujourd’hui, déplore-t-elle, un conseil d’administration d’une société peut pousser un PDG à prendre des décisions gravement nuisibles à l’environnement car ce dernier n’est pas pénalement responsable pour de tels actes. Si le crime d’écocide était reconnu, engageant sa responsabilité pénale, il réfléchirait à deux fois avant d’agir». Les limites planétaires à ne pas dépasser si l’humanité veut pouvoir se développer dans un écosystème sûr serviraient de cadre normatif. Ainsi une multinationale qui continuerait à exploiter du pétrole, alors que la limite planétaire du nombre de parties par million (ppm) de CO2 a déjà été franchie, devrait cesser ses activités, faute de quoi ses dirigeants seraient passibles de poursuites pénales.

 Prévenir les catastrophes écologiques

Si le crime d’écocide était déjà reconnu et appliqué par les tribunaux nationaux et la Cour pénale internationale (CPI) – au même titre que le crime contre l’humanité – des catastrophes écologiques auraient pu être évitées ou plus rapidement réglées. Les exemples ne manquent pas. Après le naufrage du pétrolier américain Chevron qui a causé une gigantesque pollution dans la forêt amazonienne, une saga judiciaire dure depuis plus d’un quart de siècle. En France, un projet pharaonique d’une mine d’or au cœur de la forêt guyanaise mettant en danger une forêt déjà très endommagée et menaçant la population autochtone pourrait être stoppé.

Zoein, une communauté des consciences et un outil efficace

Consciente que nous sommes entrés dans l’âge du faire et que l’heure n’est plus aux atermoiements, Valérie Cabanes a rejoint le conseil scientifique de la fondation Zoein parce qu’elle y trouve des personnes compétentes dans leurs domaines respectifs et partageant sa vision de notre planète en grand danger. «Je ne peux que soutenir des initiatives de transition écologique, notamment portées par des jeunes, avec des sources de financement éthiques et des projets aussi judicieux que le revenu de transition écologique», souligne-t-elle. Enfin, après avoir collaboré durant 18 ans à des activités de solidarité internationale, Valérie Cabanes peut offrir une riche expérience dans des projets de soutien aux femmes et enfants particulièrement exposés dans les pays du Sud aux effets dévastateurs du réchauffement climatique.

Lire aussi La Pensée écologique  – Photo réalisée par Jérôme Panconi 

 

Ernst Zürcher: «Paysans, plantez des arbres!»

Pour lutter contre le réchauffement climatique et sauver la biodiversité, les arbres et la forêt en zone agricole sont une solution rapidement efficace selon l’expert en agroforesterie Ernst Zürcher, membre du conseil scientifique de la fondation Zoein.

L’industrialisation à outrance de l’agriculture contribue à l’augmentation des gaz à effet de serre (GES). Elle entraîne également une dégradation des sols avec pour conséquence un effondrement de la biodiversité. En 30 ans, près de 80% des insectes, ces fabuleux pollinisateurs transformateurs de matière organique, ont disparu, avec les oiseaux dans leur sillage.

 Le meilleur levier

Selon Ernst Zürcher, «c’est dans le secteur agricole que l’on peut agir le plus efficacement et le plus rapidement pour redresser la barre». Si le passage à une agriculture totalement biologique s’avère indispensable, il nécessite de gros efforts et prendra du temps. En revanche, souligne l’ingénieur forestier (ETH Zürich), chercheur et enseignant, il faut réintroduire sur les terres agricoles des arbres, des haies ou des cordons boisés, rivières végétales reliant champs cultivés et forêts: Tout cela peut se faire dès maintenant avec des résultats très prometteurs pour la biodiversité et la résilience.

Avec une part de résineux qui retiennent le vent en hiver, des feuillus qui dégagent de la fraîcheur en été, des arbres indigènes ou des essences introduites ayant fait leur preuve, les paysans ont l’embarras du choix pour revitaliser leurs terres et augmenter leur capacité de stocker l’eau.

Parmi ses nombreuses vertus – régénération des sols, protection de la faune et de la flore, pharmacie vivante, pompes à CO2 – la forêt joue un rôle fondamental dans le système hydrique de la planète. Non seulement les arbres font descendre en profondeur l’eau de pluie mais ils la provoquent en envoyant dans l’atmosphère des microparticules qui forment des noyaux de condensation. «Rasez une forêt et vous verrez les nuages aller pleuvoir ailleurs», observe Ernst Zürcher.

A moyen terme, l’entretien des haies fournira de la matière légumineuse pour enrichir les sols en matière organique.

Semis sous couvert végétal

Comme il faut de 10 à 20 ans avant qu’un arbre ait atteint un âge adulte et développe tous ses effets positifs, d’autres méthodes aux effets plus rapides sont à mettre simultanément en œuvre. Comme par exemple le semis direct sous couvert végétal, une forme d’agriculture sans labour qui permet de réintroduire beaucoup de matières organiques dans le sol, sans jamais laisser celui-ci à nu exposé à l’érosion, et sans recours à des biocides comme le glyphosate. Cette méthode peut revêtir une dimension sociale, souligne l’agroforestier, avec la participation des consom’acteurs qui participent à certains travaux comme le désherbage et la récolte et rétablissent un lien vital avec la terre nourricière.

Pour aider les paysans à développer des systèmes agroforestiers et à réaliser dans les meilleures conditions une transition écologique et solidaire, Ernst Zürcher suggère d’instaurer une petite taxe sur l’eau potable, cette eau que précisément la forêt fournit en quantité et en pureté. Lors d’une récente conférence qu’il a donnée dans le Jura bernois, le forestier a constaté avec bonheur l’intérêt affiché de plusieurs députés pour une telle proposition.

Médecins de la Terre

Enfin, le chercheur n’oublie pas sa mission d’enseignant en suggérant la création d’un nouveau métier en lien avec les grands projets de reboisement qui vont se multiplier: médecin de la Terre. Un projet sur lequel planche une fondation zurichoise à laquelle pourrait être associée la fondation Zoein. Il s’agit d’une formation professionnelle de 3 à 4 ans, de type dual, assurant à ses bénéficiaires un parcours à la fois théorique et pratique, en relation avec les métiers de la terre: biologie des sols et des arbres, climatologie, permaculture, gestion de pépinières, etc.). Les apprentis, dans le cadre de leur «entreprises» des grands chantiers de reboisement partout dans le monde, seront très bien rémunérés. Parmi ces derniers pourront librement figurer des réfugiés, notamment climatiques, premiers touchés par les perturbations dues au climat. «Devenant des professionnels du reboisement, ils seront en première ligne les acteurs de la transition écologique».

(Lire aussi La Pensée écologique). – Photo par Florian Barras –

Sophie Swaton: «Face aux effondrements, Zoein offre des clés pour un vivre autrement»

Zoein, fondation d’utilité publique en Suisse, a pour vocation de mettre les connaissances scientifiques les plus solides au service de la transition écologique et solidaire. Sa présidente et fondatrice Sophie Swaton, économiste et philosophe à l’Université de Lausanne, nous invite à découvrir cette nouvelle aventure humaine dans sa mission et ses réalisations sur le terrain.

 

Quand on crée une fondation d’utilité publique, c’est qu’il y a généralement un manque à combler. Lequel, concernant Zoein?

Sophie Swaton – Un manque de lien, pour commencer: il y a trop d’écart entre les universitaires et la société civile, leurs recherches et la visibilité de ces dernières aux yeux du grand public. Les informations sur l’écologie n’ont jamais été aussi abondantes sans que les passages à l’acte ne se réalisent vraiment. Il s’agit donc de recréer du lien, de faire en sorte que les chercheurs sortent de leur tour d’ivoire pour aller à la rencontre des gens.

Et d’autres manques à combler?

– Un manque de coopération, ensuite: animées par un esprit de compétition, les associations et organisations de toutes sortes se battent entre elles pour obtenir des subventions. Zoein a dès lors pour vocation d’inviter les auteurs des projets qu’elle soutient à coopérer entre eux, à créer des réseaux, à mutualiser des expériences. Secteur public et secteur privé sont incités à collaborer, sans arrière-pensée ni retenue.

Un manque de prise de hauteur, enfin: nous avons trop longtemps opposé le Nord au Sud, l’Occident à l’Orient, en prenant comme unique référence notre système de pensée occidentale. De ce fait, nous n’utilisons qu’une partie rationnelle de nos savoirs avec en corollaire une seule forme de transmission de ces derniers. Zoein nous invite à élargir notre champ de vision, à prendre ainsi conscience des subtiles relations d’interdépendance qui se tissent entre les mondes minéral, végétal et humain, à valoriser les coutumes traditionnelles en les connectant aux nouvelles technologies. Tout en veillant à prendre soin de notre environnement local, là où nous vivons, nous pouvons développer une vision plus globale à l’échelle de notre planète, la Terre!

 Zoein signifie « vivre » en grec. Pourquoi avoir choisi ce nom?

En ces temps de collapsologie ou d’effondrement de notre civilisation industrielle, on parle à juste titre de menace, de mort, de disparition des espèces. Sur cet horizon très obscur, il me semble indispensable de diriger un faisceau de lumière. Non pas seulement pour survivre mais pour vivre différemment et pleinement.

L’humanité peut donc encore s’en sortir?

– Dans l’Etre et le Néant publié en 1943, Jean-Paul Sartre écrit que paradoxalement «nous n’avons jamais été aussi libres que sous l’Occupation». Cette réflexion apparemment extravagante nous interroge sur la liberté de nos choix: ou bien nous sommes résignés en collaborant, dans le mauvais sens du terme, ou bien nous résistons. Zoein nous convie à faire preuve de résilience. Face au dérèglement climatique et aux effondrements multiples, dont celui dramatique de la biodiversité, nous pouvons nous plonger dans le déni, voire aggraver encore les choses en pratiquant la politique de la terre brûlée, celle du «moi-je». Mais nous pouvons aussi choisir librement de participer à de nouveaux modes d’existence dont certains ont déjà fait leur preuve, non pas seulement individuellement mais collectivement. C’est une quête sans cesse renouvelée de la vie, «ce souverain bien» que l’on désire par-dessus tout dont nous parle Aristote.

Comment Zoein compte-t-elle réenchanter ce «souverain bien»?

– Le travail fait à mon sens pleinement partie de la vie, avec notamment ses rites de passage et d’initiation, trop souvent oubliés. Il devrait être épanouissant et permettre à chacun d’entre nous d’être reconnu dans ce qu’il a de meilleur. C’est pourquoi Zoein vise à mettre en œuvre non seulement un soutien monétaire mais aussi un soutien humain à toute personne ou groupe de personnes s’engageant dans la transition écologique et solidaire. Cela passe notamment par la mise en valeur des initiatives alternatives qui désormais germent sur de nombreux territoires, en particulier ceux que notre système économique a profondément blessés. Des territoires entrés en résilience et dont les acteurs doivent apprendre à se reconnecter, à retrouver la dimension humaine que notre type de société a broyée. Cela passe aussi par un revenu de transition écologique, pierre angulaire de Zoein.

 Quels sont les fondements de ce revenu de transition écologique (RTE)?

Pendant longtemps, les questions écologiques et sociales ont été dissociées. Mais nous avons pris conscience qu’il était vain de prétendre résoudre des problèmes sociaux sans se préoccuper des problèmes environnementaux. Et vice versa. Voyez les réfugiés climatiques: ils ont économiquement tout perdu; et les nouveaux pauvres dans nos sociétés occidentales: ils sont et seront les premiers à souffrir du renchérissement de l’énergie et des matières premières devenues plus rares. La diminution de notre empreinte écologique et la participation responsable de tous à cet effort sont les fondements du revenu de transition écologique. *

 C’est fort différent du revenu de base universel ?

– En effet. Versé par une communauté politique à tous ses membres, sans exception, le revenu de base n’exige aucune contrepartie. Ses bénéficiaires n’ont pas besoin de justifier une recherche d’emploi ou un travail en échange. En revanche, toute personne au bénéfice d’un revenu de transition écologique doit impérativement être impliquée dans une activité socio-écologique. Les mesures d’impact sur la planète et d’avancées sociales sont fondamentales. Le revenu de transition écologique peut se voir comme une étape avant l’instauration peut-être un jour d’un revenu de base universel, une étape pour accélérer la transition écologique et valoriser les activités innovantes dans ce sens.

Qui sont concernés?

– Sont particulièrement concernés les jeunes et tous ceux qui souhaitent opérer une transition dans leur vie professionnelle. Le revenu de transition écologique inclut un dispositif d’accompagnement, de soutien aux personnes concernées dans leurs projets de transition en durabilité. Dans les domaines les plus variés: agroécologie, permaculture, habitat écologique, énergies renouvelables, finance durable, écomobilité, biens ou matériaux biosourcés, recyclerie, etc. Enfin, tout bénéficiaire d’un tel revenu doit adhérer à une structure démocratique: par exemple une coopérative d’activité et d’emploi en France ou l’une des très nombreuses associations existant en Suisse. Une telle intégration sociale est indispensable.

Quelle sont les initiatives déjà soutenues par Zoein?

– Quelques exemples: La ferme de Rovéréaz, à Lausanne dans le canton de Vaud, fait participer à ses activités de maraîchage des enseignants , formateurs, jeunes enfants, etc. à qui elle transmet ses valeurs et ses connaissances dans le domaine de la permaculture. Zoein soutient par ailleurs l’activité du gérant du supermarché participatif situé dans l’éco-quartier de Meyrin près de Genève. Dans l’éco-hameau de Tera, dans le Lot-et-Garonne, Zoein a financé deux revenus de transition écologique, dont bénéfice notamment le coordinateur d’un projet qui vise à construire un éco-village exemplaire d’un point de vue écologique et économique. Le développement d’un centre de formation est au programme.

En résumé, Zoein soutient une activité existante qui rencontre des difficultés, ou bien participe à la création de nouveaux métiers qui ne sont pas assez valorisés par le marché.

 Hormis ces expérimentations locales, Zoein a d’autres ambitions

– Même si les petits ruisseaux font les grandes rivières, nous voyons en effet plus grand: Zoein a élaboré un modèle économique qui sera vendu aux collectivités locales. Sur un territoire en déclin ou périurbain, par exemple, la fondation s’engage à verser une somme destinée à financer une recherche action ainsi qu’un poste de coordinateur qui met en chantier un revenu de transition écologique à grande échelle à travers la création d’une coopérative de transition. En échange, la collectivité territoriale – la commune par exemple – s’engage à trouver à son tour des fonds pour financer ce poste de recherche. Par ailleurs, entreprises et associations sont invitées à adhérer à la coopérative de transition, pensée sur le modèle des sociétés coopératives d’intérêt collectif (Scic) en France.

Recréer de l’activité économique et sociale sur un territoire en déclin, c’est l’objectif final?

– C’est cela. L’idée générale est de former un collège fixe comprenant, selon les circonstances, des coopératives d’activités et d’emploi – qui offrent aux porteurs de projets un statut d’entrepreneur salarié – des coopératives d’habitation, des associations de monnaie locale, etc. Un collège à l’image d’un cœur qui viendrait alimenter un corps social en manque d’énergie vitale.

 Les communes réagissent-elles positivement à ce nouveau modèle économique et social?

– Pour ne citer que deux exemples parmi bien d’autres, la Commune de Grande Synthe dans le département du Nord en région Hauts-de-France comme celle de Meyrin dans le canton de Genève se sont notamment montrées fort intéressées par ce modèle. La force de Zoein, c’est de présenter aux collectivités une équipe de chercheurs qui les accompagnent dans leur transition écologique et solidaire.

Précisément, Zoein rassemble treize chercheurs au sein de son conseil scientifique. Quel est leur rôle?

Ces chercheurs sont pour Zoein la garantie d’être au top de l’information scientifique concernant le climat, la biodiversité, les nouveaux modèles économiques et, plus généralement, la transition écologique et solidaire.

Par ailleurs, ce sont des chercheurs engagés qui, dans leur parcours personnel, veulent aller plus loin qu’un simple état des lieux de la science. Enfin, ils proposent une expertise pertinente des projets soutenus par Zoein dont peuvent profiter également les partenaires de la fondation. Qui plus est, chacun de ces chercheurs jouit d’une connaissance plus affinée de certaines régions du monde: l’Inde et le Mexique pour l’économiste Jean-Michel Servet, la Bolivie pour la socio-économiste Solène Morvant-Roux, le monde des Amérindiens pour le climatologue Hervé Le Treut, etc.

Qu’en est-il des relations de Zoein avec la Fondation Nicolas Hulot (FNH)?

Je suis moi-même membre du conseil scientifique de la FNH avec l’économiste Alain Karsenty et la climatologue Marie-Antoinette Mélières. Les deux fondations partagent des projets de recherche. Par ailleurs, Zoein est impliquée dans l’international, contrairement à la FNH.

 La transition écologique et solidaire n’inclut-elle pas aussi une transition intérieure?

– Assurément. Face aux bouleversements présents et à venir, il nous appartient de dépasser ce sentiment de peur qui fait partie de la vie mais qui ne la résume pas. Une fondation qui précisément met en œuvre la vie, comme son nom le souligne, rassemble des membres qui partagent en commun la volonté de transcender les émotions qui nous paralysent. Autant que faire se peut, en toute humilité. Dans sa dimension spirituelle, la transition intérieure nous relie à la sagesse, notamment celle véhiculée par nos ancêtres, sur tous les continents, qui constituent le socle de notre humanité.

Quels sont les projets de Zoein dans cette dimension intérieure?

– Zoein participe notamment à une collection aux Presses universitaires de France (PUF) qui met en lumière la tradition orale de certains peuples par le témoignage vivant de leurs représentants. Nos savoirs universitaires et leurs savoirs ancestraux se valorisent mutuellement. Nous sommes frères et sœurs d’une même planète!

 Propos recueillis par Philippe Le Bé.

 

(A lire aussi dans Le Pensée écologique)

 

* Pour un revenu de transition écologique, par Sophie Swaton, 2018 (PUF)

 

Réenchanter un monde qui s’effondre

Les chercheurs membres du conseil scientifique de Zoein s’engagent pour le climat et la biodiversité. Résolument.

Une sixième extinction animale de masse en cours, un climat qui perd la boussole, un fossé qui se creuse entre riches et pauvres, un populisme de droite ou de gauche qui fait tache d’huile: il y a franchement de quoi désespérer. Pourtant, les treize chercheurs que nous avons rencontrés, tous membres du comité scientifique de la fondation suisse Zoein, se refusent à baisser les bras. Leurs témoignages dont nous présentons ici quelques extraits viennent d’être publiés dans la revue en ligne La pensée écologique, dirigée par Dominique Bourg, professeur ordinaire à l’UNIL (https://lapenseeecologique.com).

«Il est encore temps d’éviter l’irréparable», lance la climatologue Marie-Antoinette Mélières. Mais à condition, ajoute Jacques Dubochet, prix Nobel de chimie et à l’avant-garde des marches pour le climat, qu’on y mette les moyens. Et que l’on se décide à «lutter pour le climat comme le monde a lutté contre les nazis». Finalement, «systèmes économique et juridique, modes de vie, tout est à repenser», constate Dominique Bourg qui préconise, dans un premier temps, d’importants investissements pour décarboner, passer à une économie circulaire, isoler les bâtiments, etc. Avant d’entrer dans une société plus sobre, «un nouveau paradigme dominé non pas par la technologie mais le vivant». Inventer «un futur différent», c’est aussi la vision du climatologue Hervé Le Treut qui affirme que «les acteurs publics et privés doivent imaginer des solutions durables qui touchent tous les domaines, du transport à l’agriculture en passant par l’éducation».

Apprendre à vivre autrement

Se reconnecter au vivant, c’est la seule issue possible aux yeux de ces chercheurs. Cela passe par «une reconnaissance des droits de la nature  et du crime d’écocide», comme le plaide avec fougue la juriste internationale Valérie Cabanes. Cela passe encore par la création de nouvelles monnaies créant du lien, comme le défend Jean-Michel Servet, professeur honoraire à l’Institut de hautes études internationales et du développement. Cela passe enfin par l’impérieuse sauvegarde des forêts de la planète, en aidant financièrement les paysans à protéger les écosystèmes et à planter des arbres, grâce une redevance écologique. Une idée défendue à la fois par Ernst Zürcher, expert en agroforesterie et l’économiste Alain Karsenty. En guise de conclusion, le regard du maître d’enseignement et de recherche à l’UNIL Gérald Hess résume l’état d’esprit de Zoein: «Plutôt que de nous suicider dans un monde qui n’aurait aucun sens, apprenons à vivre autrement dans un monde à qui nous donnons du sens».

 

 

 

Quand les écogestes s’invitent chez nous

Zoein – nouvelle fondation en Suisse romande qui soutient les initiatives de transition – et la RTS nous proposent chaque semaine une capsule-vidéo mettant en valeur des écogestes. Ludique et pratique.

La journée ne commence pas vraiment bien. Je me réjouissais d’avaler un bon thé au citron ce matin pour me réveiller de bonne humeur. C’est raté. Ma théière bouilloire automatique ne fonctionne plus du tout. Que faire?

Un petit diable me dit de m’en débarrasser. Un petit ange me conseille plutôt de la réparer. Hélas, je ne suis pas bricoleur pour un sou. Je me souviens vaguement qu’il existe une bonne centaine de Repair Cafés en Suisse. Des bénévoles très compétents y réparent gratuitement des objets endommagés. Un coup d’œil sur Internet. Bingo! il y a un Repair Café tout près de chez moi. J’y cours. Non seulement ma théière sera réparée mais je vais pouvoir partager un gâteau avec de nouveaux amis.

Huit capsules vidéo

 Voilà le genre de scènes que nous présente une nouvelle série de huit capsules vidéo réalisées par la RTS et coproduites par Zoein, fondation d’utilité publique en Suisse romande et la RTS. Celles-ci sont diffusées chaque semaine dès jeudi 24 janvier 2019 sur la page Facebook Aujourd’hui  de la RTS (https://www.facebook.com/aujourdhui.ch/) et sur la page Facebook de la Fondation Zoein (https://www.facebook.com/FondationZoein/). Elles seront également disponibles sur la page YouTube de la RTS, dans une playliste liée à l’émission Une seule planète.

 Collaborateurs de Zoein et titulaires d’un master en pratiques et fondements de la durabilité à l’Université de Lausanne (UNIL), Juliette Jeannet (24 ans) et Thomas Polikar (26 ans)  – sur notre image – jouent à tour de rôle des scènes de la vie courante. Avec une bonne dose d’humour, les séquences suggèrent qu’à un problème posé touchant l’écologie il y a toujours (au moins) une solution simple et relativement facile à réaliser.

En écho à l’émission Une seule planète qui présente des foyers romands ayant accepté le défi de diminuer de 50% leur empreinte carbone en six mois, ces capsules abordent huit thèmes: l’empreinte carbone (diffusée le 24 janvier), le shopping, l’alimentation durable, le gaspillage alimentaire, la mobilité, le voyage, la réparation et l’énergie. Des applications et des liens sur le WEB nous permettent de mettre en pratique ce que nous venons de visionner sur notre écran.

 Communauté d’éco-citoyens

«L’écologie entre désormais dans les foyers et ne doit plus se cantonner au monde universitaire et scientifique, souligne Sophie Swaton, présidente de Zoein. Nous sommes invités non seulement à changer nos gestes individuels pour les rendre plus écologiques mais encore à les partager avec la communauté grandissante d’écocitoyens de notre pays».

Juliette Jeannet et Thomas Polikar n’ont pas la naïveté de croire que ces écogestes vont, à eux seuls, résoudre l’immense problème du réchauffement climatique et de l’effondrement de la biodiversité. Mais ils ont la sagesse de penser que sans de tels gestes toute action globale serait vaine.

L’âge de faire

Ces huit capsules ne sont que le prélude à bien d’autres vidéos en préparation, intégralement réalisées par les collaborateurs de Zoein dont le vidéaste Florian Barras (27 ans). «Elles couvrent des domaines aussi variés que l’alimentation, l’énergie, l’art et la culture, toujours dans le même souffle créatif de la transition écologique et solidaire », précise Sophie Swaton.

Si nous ne voulons pas retourner et nous enfoncer dans l’âge du fer, il n’y a pas d’autre voie que d’entrer, pour de bon, dans l’âge de faire!

 

Le regard de anges

Vous ne croyez pas aux anges? Si c’est le cas, ne vous inquiétez pas trop. Eux, à n’en pas douter, croient en nous. Si les anges volent, nous dit l’écrivain Gilbert Keith Chesterton, c’est parce qu’ils se prennent à la légère. Et pour nous supporter, encore et encore, nous les humains qui mettons tant d’application à détruire en quelques décennies des écosystèmes qui ont mis des millions d’années à se créer, il faut avoir le cœur léger. Pour ne pas s’effondrer sous le poids de notre ego trop souvent boursoufflé.

Alors si les anges, messagers du Tout Autre, continuent à croire en nous, c’est qu’ils pensent que nous pouvons encore et encore nous améliorer. Que nous pouvons, par exemple, ne plus devoir aller systématiquement au supermarché en délaissant marchés de rue et petits commerces, ne plus acheter une voiture – voire deux –  par famille, ne plus nous procurer des vêtements fabriqués en Chine dont le bas coût ne reflète pas les dommages sociaux et environnementaux engendrés, etc. Ils pensent en revanche que nous pouvons pratiquer la sobriété volontaire, le partage équitable et le respect de la nature vivante. Comme l’écrivent Pablo Servigne et Raphaël Stevens dans leur livre au titre décapant Comment tout peut s’effondrer (Seuil), «il n’est jamais trop tard pour construire des petits systèmes résilients à l’échelle locale qui permettront de mieux endurer les chocs économiques, sociaux et écologiques à venir».

Ces chocs, nous commençons déjà à les sentir. Aux catastrophes naturelles comme les gigantesques incendies, les ouragans ou les inondations qui bouleversent la planète, désormais à notre porte, s’ajoutent les attentats terroristes. Et à chaque fois, que constatons-nous? D’improbables solidarités s’organisent, des portes s’ouvrent pour accueillir les sinistrés, des relations humaines se nouent, des gens qui s’ignoraient se parlent, des veillées de prières illuminent les rues. Voilà sans doute de quoi mettre nos amis les anges…aux anges! Faut-il donc que les humains souffrent pour qu’ils fassent enfin l’apprentissage des rencontres fraternelles? Dès lors, le regard des anges n’est-il pas bien différent du nôtre? Ce qui pour nous est déchirement, écroulement n’est-il pas pour eux réparation et relèvement? Qu’ils me pardonnent si je me fais arbitrairement leur porte-parole! En me prenant moi aussi à la légère, je me donne des ailes pour gagner un peu de hauteur. J’espère ainsi échapper à la croyance, un peu trop facile à mon goût, d’un monde qui n’aurait aucun sens. (Trait libre publié dans Echo Magazine de mercredi 16 janvier 2019)

 

 

Gilets jaunes et révolution numérique

Le mouvement des gilets jaunes ne serait-il pas la première révolution numérique de ce siècle ?

Né sur les réseaux sociaux, amplifié par ces derniers, il court-circuite les partis politiques comme les syndicats, au grand dam de ceux-ci qui essaient désespérément et vainement de le récupérer.

Le mouvement des gilets jaunes fonctionne principalement à l’émotion, sans trop se soucier de la matérialité des faits ou de leur contexte. Une manifestante interviewée par France 2 se révolte contre le fait de gagner 500 euros par mois sans que l’on ait la moindre idée de son activité professionnelle ni de son temps de travail.

Comme dans les tweets, le message est ultra-court, voire sommaire. L’important est de susciter une réaction forte et immédiate. Un constat qui, bien évidemment, n’évacue pas le fait que de nombreux gilets jaunes (pas tous !) vivent une situation financière difficile et que leurs fins de mois sont de véritables casse-tête.

Killed en un seul clic

Par ailleurs, comme dans certains jeux vidéo, la solution au problème doit être rapide et définitive. On crie « Macron démission » sans vraiment se demander ce qui se passera une fois le président parti. L’adversaire virtuel du jeu vidéo, en l’occurrence Emmanuel Macron, est killed en un seul clic. Et vogue le navire ! Il y a un vainqueur, le joueur qui a gagné la partie, et un vaincu, ce monstre numérique accusé de tous les maux. Que va-t-il se passer demain, va-t-on vraiment raser gratis ? Peu importe. Game over. Une autre partie nous fera frissonner.

Cela dit, au-delà de ses aspects apparemment éphémères et irréfléchis, la révolution numérique véhiculée par le mouvement des gilets jaunes cache une lame de fond qu’il serait naïf d’ignorer, et que le grand débat national voulu par Emmanuel Macron tente (vainement ?) de cerner.

Refus puissant et diffus

Le profond désarroi de nombreux manifestants – et qu’une majorité de Français semble bien capter – marque un refus paradoxalement aussi puissant que diffus d’une société focalisée sur le profit à court terme, la dilapidation des ressources naturelles, la concentration des richesses par une minorité, etc.

Si la révolution numérique se met enfin à rimer, au plus haut niveau, avec une indispensable transition écologique et solidaire, le souffle de la raison et le cri du cœur scelleront une nouvelle alliance. Mais on en est encore bien loin…

Dialoguer avec son ange

Il y a une trentaine d’années, je faisais la connaissance de Gitta Mallasz dont le célèbre livre « Dialogues avec l’Ange » avait déjà fait le tour de la planète, traduit dans une multitude de langues. « Voilà une expérience unique, me disais-je. Comment imaginer une telle relation, aussi intense, avec des êtres de lumière? » Pourtant, Gitta Mallasz insistait sur ce point : « Quoi de plus naturel que de parler ensemble ? ». Dialoguer avec un ange, c’était pour elle merveilleux mais nullement exceptionnel. Au fond de moi-même, je demeurais fort sceptique. Les contacts sérieux avec l’au-delà, c’était l’affaire de quelques rares initiés, de Lourdes à Fatima, des histoires fantastiques d’apparition qui ne me concernaient guère. Sans parler de l’extrême prudence que j’avais développée au fil des ans en regard de l’occultisme, cet univers tissé d’ombres.

Jusqu’au jour où je rencontrai Martine Bergamin. Recommandée par une amie commune, elle avait elle aussi un contact avec le monde des anges. Une aubaine! A plusieurs reprises, je vins lui rendre visite pour y voir plus clair dans le fatras de mes problèmes personnels. Le plus naturellement du monde, Martine se mettait à l’écoute de mon ange, lui posait les questions que j’avais préparées. J’étais à chaque fois stupéfait par l’intelligence et la pertinence de ses réponses écrites. Assurément, malgré la finesse d’esprit de mon interlocutrice, celle-ci ne pouvait pas « inventer » des éclairages d’une telle sagesse. Martine Bergamin était bel et bien la main agissante d’une, voire de plusieurs entités lumineuses communiquant avec elle. Donc avec moi. Je vivais à mon tour une expérience unique.

Aujourd’hui thérapeute et conseillère en développement personnel dans le canton de Fribourg (www.anges.ch), Martin Bergamin raconte comment elle s’est progressivement familiarisée avec le monde des anges, après avoir traversé mille épreuves toujours plus enrichissantes. Un parcours initiatique ressemble à l’escalade d’un sommet. Tout en s’en rapprochant, on le perd bien souvent de vue, caché par les nuages ou momentanément inaccessible au regard du grimpeur.


ENTRETIEN

 

Ainsi, Martine Bergamin, vous pratiquez l’écriture automatique ?

– En ce qui me concerne, je préfère parler d’écriture guidée plutôt que d’écriture automatique.

Quelle différence ?

– Je confie ma main à une autre volonté que la mienne, non pas à mon subconscient mais bel et bien à un être extérieur à moi. Lequel, mêlant ses énergies aux miennes, me permet de suivre les mouvements de sa pensée par la main. Celle-ci monte, descend, va à droite ou à gauche et je la laisse aller. Dans ce sens, il n’y a pas d’automatisme à proprement parler. Après 20 ans d’expérience, je ne pratique plus l’écriture guidée telle que je l’ai expérimentée au tout début. J’ai appris à écrire sous dictée, c’est-à-dire en formant les lettres de ma propre volonté après avoir écouté ce que disait ou pensait cette entité que j’appelle volontiers « ange ».

Votre mental n’intervient donc pas ?

– En effet. Mon mental doit s’endormir, il doit se taire. Il n’y a plus de place pour toute pensée analytique ou critique. Tout mon corps, tout mon être se rend disponible à la guidance d’un autre être. L’écriture guidée n’est d’ailleurs pas la seule discipline à répondre à cet état intérieur. La recherche des points énergétiques de la terre – les nœuds Hartmann, par exemple – le repérage des chakras ou « centres spirituels » d’une personne, la détection de certains troubles dans le fonctionnement du corps humain ne sont pas des exercices liés à un quelconque automatisme. Il s’agit en fait d’une mise en relation avec une autre perception, une autre volonté que la mienne.

Votre main tient un stylo qui écrit des phrases.

Comment les découvrez-vous ?

– Je réalise la portée de ce que j’ai écrit dès que j’ai repris mes esprits, si j’ose dire, une fois l’état de transe terminé.

Vous vivez un état de transe ?

– Oui. Je me trouve à la frontière du sommeil. L’hémisphère gauche du cerveau est au repos tandis que l’hémisphère droit s’active. C’est, autrement dit, une mise en état « sophroliminal » ou en état de conscience modifiée (le cerveau émet alors des ondes alpha) que les sophrologues et les psychologues connaissent bien. Tant que l’hémisphère gauche est en activité, il n’est pas possible de se rendre pleinement disponible et ouvert à l’écriture guidée.

Vous arrive-t-il souvent d’être surprise par ce que vous écrivez ?

– En effet. Il y a parfois de bonnes mais aussi mauvaises surprises. J’ai dû apprendre à les discerner. Quand je parviens à cet état de réceptivité, je deviens perméable à toute volonté extérieure, à tout discours. Mais la surprise vient surtout du fait que je découvre des choses dont j’ignorais l’existence.

Par exemple ?

– Un jour, mon ange me fait écrire à mon sujet : « Tu es Jesod ». Je ne comprenais pas du tout ce que cela pouvait bien signifier. Après des mois de vaine recherche, j’interpelle l’ange alors que je me trouve devant une librairie en Suisse alémanique. Je lui demande pourquoi il m’a envoyé ce message. «Je vais entrer dans cette librairie, lui dis-je. Si un livre contient la réponse que tu ne m’as pas donnée, conduis-moi vers ce livre!». Je me laisse guider. Je demande que mon corps soit poussé vers l’endroit précis où peut se trouver l’ouvrage en question. Je ressens aussitôt une légère poussée dans mon dos, comme si une main invisible m’invitait à avancer. Un peu à droite, un peu à gauche. Je me retrouve finalement devant des étagères. Ma main droite s’élève tranquillement jusqu’à ce qu’elle s’arrête net devant un livre. Prenant celui-ci, je demande: « A quelle page? ». Je l’ouvre, sans réfléchir. Et je tombe sur ces mots: « Les Jesod sont ceux qui font l’intermédiaire entre le Ciel et la Terre ». Transportée par la joie, je referme le livre et quitte le magasin sans même penser à l’acheter.

Comment vous est venue cette écriture inspirée ?

– J’avais 35 ans. Ma sœur m’avait confié que son amie, Magali D., écrivait de fort belles choses sous la conduite d’un ange. Comme je n’avais jamais entendu parler de ce mode de communication entre le Ciel et la Terre, j’ai d’abord pensé qu’elle était malade. Je suis allée la voir pour l’aider, pour la sortir de sa solitude. Je pensais alors qu’il était bien pratique de s’inventer un interlocuteur imaginaire qui n’allait jamais la contrarier, la contredire. Je suis donc arrivée gonflée de mon besoin de la soutenir. Nous avons parlé quasiment toute la nuit. Au petit jour, elle m’a donné une séance. A la fin de cette dernière, j’étais bouleversée car Magali avait écrit des choses que personne d’autre que moi ne pouvait savoir. Après des semaines de tergiversation, je suis retournée chez elle, pour lui demander des preuves de ce qu’elle m’avançait.

Elle vous en a données ?

– Non. « Je ne peux pas t’en donner, m’a-t-elle dit. Mais je peux t’apprendre à pratiquer l’écriture guidée. Et tu iras chercher tes preuves toi-même ».

C’est de cette manière que votre initiation a commencé ?

– En effet. Je voulais savoir si ce qu’on me disait était vrai. Y a-t- il un au-delà, les anges existent-ils vraiment, vont-ils jusqu’à nous parler, à nous pauvres humains, au XXème siècle ?

Il vous aura fallu de longs exercices avant d’avoir la maîtrise de l’écriture guidée ?

– Le premier jour déjà, quand j’ai posé mon crayon sur une feuille après avoir invoqué le nom d’un ange que Magali m’avait donné, j’ai senti une vague d’amour m’envelopper. J’étais dans un incroyable bien-être intérieur. J’observais avec étonnement ma main qui bougeait tout doucement. J’ai tout de suite perçu que ce n’était pas moi quoi agissais.

Pour quelle raison ?

– A cette époque je n’allais pas très bien. J’étais triste de ma vie. Or après seulement une demi-heure d’écriture guidée, je fus durant toute la journée portée par une onde de paix inimaginable. Je n’avais fait aucune prière pour cela, n’étant alors guère encline à toute pratique religieuse. Bien qu’étant ouverte à tout, le monde spirituel ne m’attirait pas. Après deux mois de dessins, de plus en plus réguliers, des lettres puis des mots se sont formés. Encore une fois, je ne les attendais pas.

Vous ne les compreniez pas toujours ?

– C’était un langage très poétique, d’un style un peu ancien que j’étais bien incapable de formuler de ma propre volonté. Le contenu, très constructif, m’apportait précisément ce qu’il me manquait dans l’instant. Je n’ai jamais ressenti de déstabilisation ou de remise en question de ma personne et de mes valeurs.

Comment discerner le bon grain de l’ivraie ?

– L’apprentissage du discernement, l’ange me l’a bien suggéré une centaine de fois ! J’ai en effet observé dans l’écriture des intrusions qui n’étaient pas celles de l’ange.

A quoi les reconnaissiez-vous ?

– La fatigue voire l’angoisse m’envahissaient sans que je n’en comprisse la cause. Il m’a bien fallu deux mois pour admettre que d’autres visiteurs tentaient de s’infiltrer et de prendre une place dans ma vie, par le biais de cette écriture guidée.

La question du discernement demeure en effet essentielle. Comment être certaine que tel message provient bien d’un être lumineux et non pas d’une entité ténébreuse ?

– Je devais tout d’abord apprendre à me présenter dans un état de sérénité intérieure, pour être si possible sur la même longueur d’onde que l’ange. Un tel exercice ne peut s’accomplir après avoir médit de son voisin ! Comme je vous l’ai dit, l’état dans lequel je me trouvais après certaines communications ne laissait aucun doute sur les auteurs des messages. Je me sentais littéralement épuisée et angoissée. Je sais aujourd’hui que je captais l’angoisse de ceux qui s’approchaient de moi. Par ailleurs, le style d’écriture était négligé, hâtif. Quant au contenu, il était tissé d’insultes ou exprimé sur un ton mielleux et manipulateur.

Qu’est-ce qu’un ange, à vos yeux ?

– C’est un être de pure conscience doté d’au moins trois qualités : l’amour, il ne peut exister sans aimer; la lucidité, il ne peut exister sans tout comprendre, sans tout percevoir; le désintéressement, il répond à une demande d’aide.

La vôtre, également ?

– En effet. Elle a été longue. Mais je n’imaginais pas que l’aide viendrait de cette manière.

Pourquoi ?

– Je ne priais pas. Mais je m’efforçais de donner de l’amour à mon entourage. Dès lors, j’ai sans doute créé un vide à l’intérieur de moi-même qui ne demandait qu’à être rempli par ce même amour.

Si nous ne faisons pas appel à notre ange, il ne se manifeste pas ?

– Je pense qu’il est toujours là…En ce qui me concerne, il s’est clairement présenté. Quand je me suis rendu compte que cet être de lumière était disposé à s’adresser à moi – ce que j’étais à cent lieues d’imaginer – je me suis trouvée dans la nécessité de l’appeler fréquemment. Son contact m’offrait une telle énergie ! Je découvrais une autre conscience de moi-même, une nouvelle raison de vivre et d’avancer.

Les anges joueraient-ils un rôle d’intermédiaire indispensable à notre évolution ?

– Ils nous accompagnent toute notre vie. Mais si nous perdons espoir, cessons d’aimer et de nous aimer, nous leur fermons la porte. La kabbale nous enseigne qu’il y en a 72. Chacun d’entre eux donnerait aux hommes leur énergie durant cinq jours. Quand j’ai interrogé les anges à ce sujet, ils m’ont répondu qu’ils étaient sur terre plus nombreux que les êtres humains. Nous avons donc le choix d’en consulter un ou plusieurs !

Avez-vous un ange de prédilection ?

– Lors de ma première séance avec Magali, j’ai demandé le nom de l’ange. Le mot Modahim m’a été donné. Comme je suis férue de linguistique, je me suis interrogée sur sa signification. «C’est le nom que je porte pour toi ici», a précisé l’ange. Dans un premier temps, je me suis inclinée avec respect sans vraiment chercher à en savoir plus. Et puis voici trois ans, une personne me voyant écrire ce nom et connaissant l’hébreu m’apprend que Modahim signifie le maître, l’enseignant. Cela dit, chaque personne qui vient me consulter reçoit des noms d’ange particuliers. Je les qualifie volontiers de «vibratoires». Certains sont tirés du sanskrit, du persan ou de l’hébreu. Ils correspondent à une vibration en relation directe avec la personne concernée pour lui permettre un développement dans une direction précise. Nous venons sur terre principalement pour guérir des blessures. Par son nom, l’ange nous indique dans quel domaine il convient de travailler.

Vous dites guérir des blessures…de quoi s’agit-il plus précisément ?

– Certains êtres humains particulièrement évolués ne viennent pas sur Terre pour guérir des blessures mais plutôt pour venir en aide à tous ceux qui en ont besoin. Ces grands initiés sont à l’origine de nouvelles philosophies, sont d’authentiques guérisseurs, etc. Mais la plupart d’entre nous devons faire l’expérience de ce qui nous dérange. Nous le constatons d’abord chez les autres. Puis nous prenons conscience que ces noeuds à dénouer sont bel et bien à l’intérieur de nous-mêmes. Si nous nous en occupons, nous atteignons peu à peu un état de sérénité. Nous sommes débarrassés de peurs, de rancoeur, de phobies, de complexes, etc. Dans cet état de sérénité nous pouvons ouvrir une voie d’entraide pour les autres.

A l’image de l’aide que nous offre les anges ?

– C’est cela. Les anges ont pour mission d’aider l’humanité à évoluer. Si les âmes sont le résultat d’une explosion de joie du créateur, une étincelle continue à briller en chacun de nous. Jusque dans la matière la plus dense, nous devons apprendre à la reconnaître et à l’amplifier. L’ange est là pour nous rappeler notre origine divine. J’ai par ailleurs observé que certaines personnes progressaient dans leur chemin de vie de manière exemplaire tout en étant apparemment coupée de toute spiritualité! J’ai connu une dame extraordinaire qui pratiquait la musicothérapie. Elle se moquait de mes anges. Mais cela ne l’empêchait pas de faire par la musique un travail fantastique de reconstruction d’enfants traumatisés. Elle était comme habitée par une grâce. Je crois que l’âme projette son chemin de vie bien avant de s’incarner et qu’elle va le suivre, même si elle finit par oublier qu’elle a en elle une étincelle divine. La force de l’âme est assez grande pour la piloter de manière juste.

Vous semblez laisser une large place à vos rêves. Est-ce dans votre sommeil que s’éveille votre conscience?

– Certains soirs, j’ai besoin d’une réponse ou d’un traitement énergétique pour moi ou quelqu’un d’autre. Je demande à mon ange d’aller vers lui durant mon sommeil. A mon réveil, je me sens vraiment bien et éclairée dans ma demande de la veille.

Comment faites-vous pour vous souvenir de vos rêves avec une telle précision ?

– Avec l’entraînement, nous pouvons tous nous souvenir de nos rêves. Durant la nuit, je vis plusieurs états de demi sommeil qui correspondent à des rêves à venir dans l’instant. Je me donne alors un mot clé du style « voiture qui patine sur la neige». Puis je repars dans le sommeil. Le lendemain matin, je ne me souviens que des mots clés. En les écrivant, mes rêves se déroulent progressivement et se reconstruisent très clairement dans ma mémoire. Le fait de décider de rédiger mes rêves a également favorisé une plus grande concentration. Je ne me dis pas: «Je dois absolument me souvenir de mes rêve». Cette manière de faire fonctionner l’hémisphère gauche de mon mental ne donnerait aucun résultat.

Comment ont évolué vos rêves au cours des années ?

– Durant plusieurs années, j’ai fait des rêves thérapeutiques, en quelque sorte. Je voulais mieux me comprendre. Au bout d’un an d’exercice avec mon premier ange, un second est venu me donner un autre éclairage, encore plus profond. A l’aide d’un dictionnaire des symboles, je me suis alors lancée dans l’explication de mes rêves tout en demandant à cet ange de compléter ce qui avait pu m’échapper. Je dois reconnaître que les lacunes étaient fort nombreuses.

Avez-vous eu lors d’un rêve un contact direct avec un ange ?

– Oui. Alors que dans mon rêve je marchais le long d’une falaise, je suis tombée. Je vivais une terrible chute dans le vide. Je me suis alors sentie attaquée par des ombres obscures qui tentaient de s’emparer de moi et de m’étouffer. J’ai alors appelé le nom de l’ange. Puis je me suis vue immédiatement portée dans un filet doré qui me soutenait, qui me sécurisait pleinement. J’ai compris que ces fils dorés entrelacés étaient l’essence même de l’ange.

Le Christ lui-même a maintes fois été tenté par des forces particulièrement obscures et redoutables. Apparemment, plus un individu évolue plus il doit faire face à des tentations qui augmentent en puissance et en subtilité. Aujourd’hui encore, avez-vous l’impression d’être soumise à de sournoises attaques ?

– En ce qui me concerne, il ne s’agit pas d’attaques d’entités mais d’une légère insistance à se faire entendre, lorsque je suis mal préparée. Je fais ici allusion à des personnes décédées dans un grand état de tristesse et qui ont de la peine à en sortir. Dans l’autre monde, elles se meuvent dans des couches sans lumière et se rapprochent de moi pour me demander conseil. Deux à trois fois par semaine, je passe ainsi du temps à prodiguer un soin d’amour et de lumière à une âme pour lui permettre d’accélérer le rythme de ses vibrations et d’entrer en contacts avec des anges. Car obscurcies par leurs propres émotions, ces âmes sont incapables de les percevoir.

Voilà qui donne un éclairage intéressant à l’idée chrétienne de ciel, d’enfer et de purgatoire !

– Nous restons dans l’état d’être que nous avons expérimenté juste avant la mort. Si nous sommes sereins avant notre décès, si nous avons réglé nos conflits avec les autres, nous n’avons pas de peine à nous en aller. Mais ceux qui regrettent de laisser leurs proches derrière eux vont demeurer près de ces derniers pour les protéger. C’est ce qu’ils s’imaginent à tort. Car en se collant à eux par inquiétude, ils leur prennent leur énergie. Il convient donc d’expliquer à ces âmes la meilleure manière d’agir, de leur faire comprendre qu’elles sont elles-mêmes à l’origine de leur enfer. Et de leur faciliter le passage vers la lumière.

Comment ressentez-vous ce moment où l’âme finit par lâcher prise ?

– Je ressens comme une vibration de joie irradiant jusque dans mon coeur. Je vois la personne s’illuminer et perdre son visage tel qu’elle me le présentait auparavant. Puis, le lendemain, cette âme vient souvent me remercier. Un jour, je me trouvais à la table de ma cuisine en compagnie de ma fille qui avait 14 ans. « Quelque chose me touche le front », me dit-elle. Il n’y avait apparemment personne de visible dans la pièce. Après m’être concentrée, j’entrai en contact avec l’âme errante d’une personne décédée. Il s’agissait d’un homme qui tenait à me faire part de son voyage dans la lumière. Il avait enfin rencontré des proches qu’il avait aimés et qui étaient disposés à l’accueillir si tel était son bon vouloir !


Etes-vous joignable par les âmes à toute heure du jour et de la nuit ?

– Non. Je ne prodigue pas une aide dans n’importe quel état. Si je ne me sens pas bien, si je suis par exemple trop fatiguée après une journée de transe, je donne rendez-vous à une âme un peu plus tard. Comme elle est supposée vivre dans l’éternité, elle peut bien attendre un peu! Avant tout contact, un temps de profonde méditation est indispensable.

Avez-vous eu également des relations avec des âmes non pas seulement après la mort mais juste avant la naissance ?

– J’ai osé le faire quand ma fille était enceinte. J’ai demandé à l’âme à naître ce qu’elle attendait de ses parents. Durant sa première année d’existence terrestre, l’enfant a semble-t-il gardé en mémoire de nombreux souvenirs. Nous pouvons l’aider à vivifier cette mémoire. Certaines âmes, au moment de s’incarner, prennent peur en traversant les couches toujours plus denses de la matière. Elles peuvent ainsi ressentir douloureusement les préoccupations et les émotions de leurs parents, de leurs proches à venir. Elles décident alors de repartir dans le monde invisible et d’interrompre le processus d’incarnation. Cela pourrait expliquer certaines fausses couches ou certaines morts d’enfants juste après la naissance. Accepter la lourdeur de l’incarnation quand on a vogué dans la lumière, ce n’est pas si facile. Très souvent, ces âmes refont un essai et se réincarnent, après avoir maîtrisé ces craintes.

S’incarner, est-ce une nécessité ?

– C’est un appel auquel nous avons bien de la peine à résister! Une fois faite l’expérience de la matière, nous avons envie de goûter à nouveau les meilleurs moments de notre vie sur Terre, oubliant les heures difficiles. Lors d’une régression, je me suis vue tomber d’un rempart et emmenée dans une brouette. Je me demandais, un peu effrayée, comment pouvoir encore vivre sans ce corps inanimé que je voyais avec regret. Comment pourrais-je supporter de ne plus pouvoir toucher la matière ? Le corps physique, c’est un peu comme une drogue. Nous n’imaginons pas pouvoir vivre sans cette enveloppe. Je pense que les âmes errantes se collent aux vivants pour se rassurer, pour ressentir par exemple à travers leurs corps le délicieux parfum du verre de vin qu’ils vont boire! Si nous ne sommes vraiment pas préparés à mourir, un état de panique peut s’emparer de nous.

Nous devrions donc mieux nous préparer à la mort ?

– Certainement ! Les religions nous enseignent bien qu’il y a une vie après la mort, mais sans nous préciser quelle forme peut revêtir cette vie. En Occident, nous sommes très ignorants et naïfs sur ces questions. C’est moins le cas en Orient.

Omraam Mikhaël Aïvanhov, un sage pédagogue d’origine bulgare qui a vécu en France et en Suisse, disait en substance qu’ici-bas nous avons une vision limitée de la réalité tout en ayant développé une grande possibilité d’action sur la matière alors que de l’autre côté du miroir, c’est l’inverse. Notre perception est infiniment plus vaste mais notre champ d’action nettement plus limité. Qu’en pensez-vous ?

– C’est juste. C’est pourquoi je pense qu’il est important que des êtres initiés s’associent à des êtres de lumière pour faire le pont et permettre à ces derniers d’agir dans la matière de manière plus vaste. Ainsi, les vrais guérisseurs ne prétendent jamais qu’ils sont eux-mêmes à l’origine de la guérison. Ils prêtent leur énergie, leur force, leur amour aux êtres de lumière afin que ces derniers puissent intervenir dans le monde matériel.

Finalement, vous êtes au service des autres ?

– Pas seulement! Quand je fais un soin énergétique, je suis également à mon propre service! A chaque fois, je progresse, je découvre de nouvelles impressions, de nouvelles sensations. Je ne suis nullement en état de sacrifice.

Aime ton prochain comme toi-même, dit le Christ.

C’est cela. Tout simplement.

Vous collaborez avec des êtres que vous qualifiez de scribes. Qui sont-ils ?

– Ce sont des âmes qui servent de médium à l’ange, des intermédiaires entre l’ange et moi-même. Ils font l’apprentissage du don d’amour et en reçoivent également beaucoup en retour. Les scribes ne sont nullement des êtres parfaits. Au tout début de mon expérience, un scribe aidait ma main à bouger. Trouvant l’exercice trop long et fastidieux, il s’est révolté, a fait sortir le crayon de la feuille à maintes reprises, exprimant clairement une grande lassitude. Je n’avais pas pris conscience que je lui demandais un effort terrible. Pour un ange, s’associer à une énergie humaine est un lourd travail. Et la tâche n’est guère aisée non plus pour un scribe.

Pourquoi est-ce si difficile ?

– Nous, les êtres humains, sommes lourds, peu manipulables. Partout, nous mettons des freins. Dès lors, l’ange doit aussi faire preuve d’une grande endurance et d’une grande patience à notre égard. Mais il agit toujours dans la joie. Un jour, j’ai présenté des excuses à mon ange pour l’avoir dérangé de manière que je croyais inopportune. « Cesse de t’agenouiller quand tu nous parles! », m’a-t-il répondu. L’ange ne parle pas de nos défauts, ne se montre jamais critique. Il nous aide à combler l’inachevé.

C’est finalement un grand pédagogue !

– A l’image de Socrate, c’est un accoucheur. Le révélateur de ce qu’il y a de meilleur et de plus lumineux en chacun de nous.

Propos recueillis par Philippe Le Bé.

 

Dominique Bourg: “Avec les Terriens face aux destructeurs”

Candidat aux européennes de mai 2019 sur la liste de Génération Écologie, Dominique Bourg, professeur ordinaire à l’Université de Lausanne (UNIL), plaide en faveur d’une écologie intégrale. Une approche radicale que les Verts, selon lui, ne défendent pas.

 (Interview publiée dans Echo Magazine, mercredi 12 décembre 2018)

 Philosophe et professeur ordinaire à la Faculté des géosciences et de l’environnement de l’UNIL, Dominique Bourg va figurer dans les tout premiers de la liste de Génération Écologie. Créé en 1990, mis en sommeil pendant des années, ce mouvement est revitalisé sous la présidence de Delphine Batho, ancienne ministre de l’environnement de François Hollande. Avec son expérience d’intellectuel et d’écrivain, il entend lui apporter une base solide d’analyse et de réflexion. Entretien.

 Pourquoi vous lancez-vous dans la politique?

Dominique Bourg – Quand on s’engage en politique à l’âge de 65 ans, on ne risque pas de se faire corrompre. On ne risque pas de devenir, dans le très mauvais sens du terme, une «femme ou un homme politiques». Si je suis élu, je n’exercerai pas plus d’un seul mandat.

 Voilà pour le garde-fou. Mais quelles sont vos motivations?

Nous vivons collectivement une situation alarmante avec un effondrement de la biodiversité et un réchauffement climatique dont nous sentons clairement les effets. Dès lors, le clivage politique gauche-droite est totalement dépassé. Comme le souligne le manifeste de Delphine Batho (présidente de Génération écologie) à paraître le 7 janvier 2019, la ligne de partage sépare désormais les Terriens et les destructeurs de la planète.

Ne plus opposer la droite à la gauche, n’est-ce pas le leitmotiv du président Emmanuel Macron?

Le discours d’Emmanuel Macron oppose les réformateurs, dont il se réclame, aux conservateurs. Cette approche héritée des Trente Glorieuses, les trente années qui ont suivi la Seconde guerre mondiale, n’a plus de sens aujourd’hui.

 Qui sont les Terriens face aux destructeurs?

Celles et ceux qui ont vraiment pris conscience que nous vivons dangereusement en consommant plus de trois planètes par an, pour les Européens, et cinq pour les Américains. Celles et ceux qui refusent que 10% de l’humanité continuent à émettre 50% des gaz à effet de serre. La richesse, telle que nous l’entendons avec ses flux de matière et d’énergie sous-jacents, confère désormais un pouvoir de destruction massive.

Qu’entendez-vous par « écologie intégrale » qui est au cœur de votre mouvement?

L’écologie ne doit pas être pas « un bout de programme » qui se place juste après les enjeux économiques ou commerciaux comme l’envisage, par exemple, la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. L’écologie, qui permettra ou non à notre planète d’être encore habitable, doit figurer au sommet de toutes les décisions politiques. Dès lors, tout doit être repensé à la faveur d’un nouveau regard sur la richesse et la dignité de l’homme. Le mouvement hétérogène des gilets jaunes en France montre bien qu’il ne peut y avoir d’écologie sans solidarité. Demander à une personne qui ne parvient pas à boucler ses fins de mois de payer encore plus cher son carburant alors qu’elle est totalement dépendante de sa voiture n’a pas de sens. Cette personne ne peut sortir de la nasse où elle est enfermée sans y être aidée.

 Plus qu’un programme, c’est donc un nouveau paradigme?

En effet. Ce ne sont plus les individus, et de loin pas tous, qui sont au centre de nos préoccupations comme le conçoit le système libéral qui consume force matières et énergie, mais le genre humain. C’est à partir de son existence, sérieusement menacée, que l’on doit décider collectivement de ce qui est acceptable ou non dans nos modes de vie. Avoir par exemple la liberté individuelle de prendre l’avion à un prix dérisoire qui ne reflète pas les dégâts causés à l’environnement ne doit plus l’emporter sur le devoir de préserver les équilibres fragiles de notre planète.

Vous prônez donc la fin de la liberté individuelle?

C’est tout le contraire ! La liberté de penser, de croyance, d’association, autrement dit ce droit que possède tout individu de déterminer lui-même le contenu de ses représentations intellectuelles, morales, politiques et religieuses ne peut en aucun cas être garanti si le genre humain est détruit par des comportements luxueux irresponsables. Impossible de respecter l’individu si l’on ne respecte pas le genre humain !

 L’homme changera-t-il sans y être contraint?

Il s’agit d’une autocontrainte, décidée par la loi votée dans un régime démocratique. Aujourd’hui, nous vivons deux modèles de société. Le premier est incarné par Donald Trump aux États-Unis ou Jair Bolsonaro au Brésil. Ces deux personnages ont réussi à s’attirer les faveurs des plus pauvres pour accroître encore davantage les inégalités sociales dans leurs pays respectifs. C’est évident avec Trump, cela le deviendra avec Bolsonaro. Plus ces chefs d’État sont cyniques et odieux, plus une grande partie de la population les encense. Ce type de régime facho-masochiste semble prendre de l’ampleur dans le monde. Mais l’autre modèle de société, celui que nous défendons, suscite, lui aussi, un intérêt grandissant. Si les mouvements populistes ont le vent en poupe, les écologistes progressent également un peu partout en Europe.

Précisément, pourquoi ne pas vous joindre aux Verts plutôt que de réveiller Génération écologie?

Le bilan écologique des Verts français est très maigre. Ce parti s’est enfoncé dans la partition gauche-droite, avec une couleur franchement gauchisante, ce qui est contraire à notre démarche. Avec sa culture systématiquement minoritaire, il n’est pas en mesure d’«écologiser» l’ensemble de la société française. Cependant, nous n’excluons pas de nous rapprocher d’autres formations pour autant qu’on accepte le nouveau clivage, Terriens versus destructeurs. Il est de nombreuses personnalités qui, comme Damien Carême d’Europe-Écologie, font un travail remarquable.

Et les Verts suisses?

Le contexte est différent. La Suisse reste un pays où il fait encore bon vivre. Les pauvres sont planqués, on ne les voit pas trop. L’effondrement de notre civilisation, on en parle en se faisant peur entre deux plaquettes de chocolat. Mais la jeunesse de ce pays prend néanmoins conscience que le monde change fondamentalement, que le marché du travail devient plus difficile, que le pays ne peut rester une île de prospérité dans un continent européen qui part à la dérive. Les Verts suisses, à la différence de nombreux Verts européens, n’ont jamais perdu de vue les questions écologiques.

Pas d’écologie sans solidarité, dites-vous. Comment garantir un tel équilibre?

Il est essentiel de reconstruire un capital public. Regardez la Grèce. Ce pays est ruiné, ses services publics sont défaillants. Il a été incapable de faire face à des incendies ravageurs faute de pompiers en nombre et suffisamment équipés ; sans service météo les canadairs venus de l’étranger n’ont pas été efficaces ; les forêts ne sont plus débroussaillées. La Grèce de cet été, ce sera l’Europe de demain si nous ne construisons pas un État résilient, qui se donne les moyens de protéger les plus déshérités et qui n’accepte plus un fossé grandissant entre des hyper-riches et des hyper-pauvres.

 Vous êtes un intellectuel dans l’âme. Affilié à un mouvement politique, ne craignez-vous pas de devenir partisan?

Je ferai tout pour ne jamais devenir partisan. Je continuerai à soutenir toutes les initiatives que je considère comme positives, quels que soient leurs auteurs. Personne n’a le monopole du bon sens sur cette planète!

Propos recueillis par Philippe Le Bé