Une certaine idée de la Suisse

 
 
Il y a quelques années, le philosophe français Frédéric Lionel me parlait ainsi de la Suisse : « Si l’on repassait la Suisse avec un fer à repasser, son territoire s’étendrait de l’Atlantique à l’Oural. Le fait que ce si grand grand territoire soit concentré sur une si petite surface, le fait que les principaux fleuves européens prennent leur source en Suisse révèle que ce pays est un archétype en Europe ».
 
Quand je l’interviewais à propos de la Suisse pour Radio Suisse Internationale, le poète, écrivain et ancien président sénégalais Léopold Sédar Senghor déclarait : « Cette Suisse multiculturelle a réalisé une une symbiose des civilisations ».
 
Des paroles fortes qui sont restées gravées dans ma mémoire. Car au-delà des contingences du quotidien, au-delà même de la conscience de ses habitants, la Suisse véhicule une dimension symbolique et spirituelle. Qui la dépasse, qui la transcende.
 
En ce premier août 2017, il me plait de me faire « une certaine idée de la Suisse »

Jacqueline de Quattro: ” La vision d’une Suisse durable n’est plus une utopie”

Jacqueline de Quattro se fait une certaine idée du développement durable en Suisse. Pressentie pour être candidate à la succession du conseiller fédéral sortant Didier Burkhalter, la cheffe du Département du territoire et de l’environnement du canton de Vaud fait preuve d’un réel intérêt pour l’écologie. Preuve en est son allocution tenue le 29 juin dernier en ouverture du G21 Swisstainability Forum, au Swiss-Tech Convention Center de l’EPFL.

La voici dans son intégralité :

« Mesdames et Messieurs,

Comment construire une économie et une société durable en Suisse ?

C’est la question complexe à laquelle vous allez chercher à répondre durant ces deux jours.

Sachez que vos discussions sont essentielles à la réflexion et au travail des politiciens afin de mettre en place des politiques publiques.

Par votre vision prospective, vous contribuez à l’élaboration de réponses concrètes aux problématiques de demain.

En tant que ministre en charge de l’énergie et de l’environnement, je suis honorée d’ouvrir  cette nouvelle édition du  Forum G21.

Mesdames, Messieurs, chaque canton dans notre pays dispose d’une marge de manœuvre pour la conduite de ses politiques environnementale et énergétique, dans le respect de la législation fédérale.

Cette marge de manœuvre est indispensable, en particulier pour mon canton.

Le canton de Vaud connaît actuellement un boom économique et démographique.

Les experts nous prédisent 190’000 nouveaux habitants d’ici 2030.

Chaque année, entre 3000 et 5000 places de travail sont créées.

La population doit pouvoir se loger, se déplacer, travailler, se divertir.

Chacune de ces activités a un impact sur le territoire.

Nous devons donc établir les conditions cadres favorables à la construction de logements et d’infrastructures qui garantissent une croissance maîtrisée.

Mais les Vaudois comme les Suisses sont tout aussi attachés à la préservation de leur environnement et leur paysage.

Ils veulent conserver la qualité de vie qui est la leur aujourd’hui.

Si les intérêts de l’aménagement du territoire comme ceux de la protection de l’environnement sont légitimes, ils sont aussi souvent contradictoires.

Notre mission est donc d’accompagner ce succès vaudois afin qu’il puisse rester durable et qu’il ne péjore pas notre environnement.

Nous devons ainsi chercher un équilibre entre économie et durabilité.

Ce qui s’avère parfois difficile.

Prenez le domaine de l’eau.

S’il est une ressource naturelle que nous devons préserver, c’est bien l’eau!

Le Conseil d’Etat vaudois l’a compris et a pris ses responsabilités.

La question des micropolluants est par exemple au cœur de nos préoccupations.

Sur proposition du gouvernement, le Grand Conseil a accepté une première enveloppe dotée de 80 millions de francs afin d’aider les communes à régionaliser et à mettre à niveau leurs stations d’épuration.

Ce projet, porté par mon Département, constitue une réponse à l’un des défis environnementaux majeurs de ces prochaines décennies.

Notre souci de durabilité dans le domaine de l’eau s’exprime aussi dans notre volonté de redonner de la place à la nature quand nous en avons la possibilité.

Le Canton de Vaud poursuit ainsi un vaste programme de renaturation des cours d’eau.

Certains y voient des actions cosmétiques dont les seuls bénéficiaires se résument à quelques batraciens et à une poignée d’insectes.

Je leur réponds que ces interventions sont essentielles pour la conservation de notre biodiversité.

Elles permettent aux rivières de garantir la qualité de l’eau grâce  à des écoystèmes capables de s’auto-épurer.

Des rivières qui retrouvent un tracé naturel protègent également plus efficacement la population et les infrastructures des risques de crues.

La recherche de la durabilité à l’échelle d’un canton en pleine expansion démographique se joue également, Mesdames, Messieurs, sur d’autres tableaux.

Je pense en particulier à la problématique des matériaux de construction.

En 2016, le canton de Vaud a battu un record inquiétant: celui de la dépendance de l’étranger pour l’approvisionnement en matériau de construction !

Presque 40% du gravier utilisé sur nos chantiers proviennent de l’étranger et parviennent à leur destination par la route, en camion.

Cette situation est inacceptable  tant elle porte atteinte à l’environnement.

L’Etat de Vaud a pris une fois encore ses responsabilités.

Il a mis à jour ses planifications directrices en matière d’extraction des matériaux de construction ou d’accueil et de traitement des matériaux d’excavation.

Ces documents permettent l’ouverture, sur le territoire cantonal, de nombreux sites d’exploitation, nécessaires au développement économique et démographique de notre canton.

Cette activité est encadrée par un dispositif légal qui assure des remises en état complètes des sites d’exploitation ainsi que de nombreuses compensations écologiques.

Nous travaillons également au recyclage des matériaux de construction, au nettoyage des terres et à la promotion de l’usage du bois indigène dans ce secteur.

Mesdames et Messieurs, le canton de Vaud mise sur le développement durable.

La recherche de la durabilité guide un grand nombre de nos politiques publiques, dont les enjeux restent parfois peu connus du grand public.

Je renonce à vous en dresser la liste complète : je m’arrêterai sur un seul exemple: l’énergie.

Le 21 mai dernier, les Suisses ont dit non à l’atome et se sont tournés vers un approvisionnement énergétique, sûr, durable et local.

Une décision courageuse qui prouve que la vision d’une Suisse durable n’est plus une utopie.

Je m’en réjouis.

Mais la transition énergétique ouvre des interrogations sur les moyens de productions d’énergies renouvelables, les moyens de stockage ou encore notre dépendance vis à vis de l’étranger.

Dans de nombreux cas, les solutions techniques existent.

Pour relever ces défis, le canton de Vaud a adopté une loi pionnière sur l’énergie.

La législation vaudoise rend obligatoire que toute nouvelle construction couvre 20% de ses besoins en électricité par une source renouvelable.

Mais ces solutions techniques, à l’image de cette disposition légale, doivent être acceptées et soutenues par la population pour être mises en œuvre.

C’est l’un des principaux enjeux que nous devons réussir à surmonter dans les années à venir.

Prenez l’exemple des éoliennes qui ont été au cœur de la campagne sur la Stratégie énergétique 2050.

Certains défendent des paysages vierges de toute atteinte alors que d’autres estiment qu’un parc de turbines n’a pas plus d’impact visuel qu’une centrale nucléaire.

Des arbitrages devront être réalisés et des décisions devront être prises.

Mais il sera difficile de les appliquer si la majorité de la population concernée refuse de voir se dresser des éoliennes dans leur champ de vision.

Les autorités ont donc un rôle primordial à jouer.

Voilà pourquoi, le canton de Vaud ne s’est pas contenté dans le domaine des éoliennes, d’édicter des lois, des règlements ou des planifications, mais a développé les démarches participatives afin de faciliter le dialogue.

Et ce dialogue est essentiel pour concilier les besoins énergétiques avec la préservation du cadre de vie de la population.

Nous devons également faire preuve de convictions et d’engagement pour convaincre tous les acteurs, qu’ils soient chef d’entreprise ou citoyen, du bien-fondé des orientations retenues, qu’il s’agisse d’énergie, de gestion des déchets ou de soutien à la biodiversité.

C’est d’autant plus vrai que certains acquis sont systématiquement remis en question comme la question climatique.

Comment justifier les accords historiques ratifiés par la quasi-totalité des d’Etats à la suite de la Conférence de Paris sur le climat alors que les Etats-Unis les renient d’un revers de la main quelques mois plus tard ?

Par son geste, ses propos, ses tweets, quel message le président Donald Trump donne-t-il à la jeunesse de son pays, à la jeunesse du monde entier ?

Comment justifier également nos efforts en vue de réduire le recours aux énergies fossiles alors que les Etats-Unis entendent construire un pipeline géant et que le Canada veut élargir sa production de pétrole dans l’Alberta ?

Plus que jamais, Mesdames et Messieurs, le défi de la durabilité se joue aujourd’hui.

Pour construire une économie et une société durable, la première règle est, à mes yeux, d’anticiper le changement afin de réconcilier l’économie et l’environnement.

Un partenariat exemplaire entre l’homme et la nature.

J’appelle de mes vœux la classe politique à se montrer à la hauteur des défis de demain afin de léguer aux générations futures un monde durable.

Pour relever ces enjeux, nous avons besoin de votre enthousiasme, de votre imagination, de votre expérience pour résoudre les problèmes des prochaines décennies.

Vous êtes en quelque sorte notre boussole.

Je souhaite que vos échanges soient fructueux et favorisent une société sachant allier prospérité et durabilité.

Merci de votre attention. »

 

 

Pour une généralisation des États généraux!

Les États généraux de l’alimentation qui ont démarré jeudi à Paris ont pour objectif de favoriser la mise en place d’une chaîne de production plus durable et plus équitable, une consommation plus saine, plus sûre et plus respectueuse de l’environnement et de concilier la compétitivité internationale de la production agro-alimentaire avec le respect des enjeux sociétaux. Outre l’Etat, ces États généraux rassemblent le monde associatif, les acteurs économiques, des élus, des experts pour une “mise à plat” générale. Une synthèse de quatorze ateliers thématiques et d’une consultation publique devrait être publiée à la mi-décembre, selon le ministère de l’Agriculture.
La formule des États généraux est probablement l’initiative la plus importante mise en chantier par le président Emmanuel Macron et le gouvernement d’Edouard Philippe. Elle permet de dresser un tableau clair et précis d’un secteur d’activité en associant directement tous les acteurs concernés. La synthèse des travaux de réflexion et des débats qui s’étalent sur plusieurs semaines ne sera certes pas une sinécure mais elle présentera le grand avantage de « faire autorité » auprès des élus et des gouvernants.

La multiplication des États généraux pourrait être une réponse à la défiance largement exprimée par la population envers le monde politique. Ce qui vaut pour l’alimentation vaut aussi pour l’éducation, l’énergie, la sécurité, la recherche, etc. Dans tous ces domaines, rassembler les personnes compétentes concernées, leur donner la parole, les écouter et les aider à trouver des solutions concrètes à des problèmes souvent fort complexes, c’est enfin réaliser cette « participation » que Charles de Gaulle appelait de ses vœux au lendemain des événements de 1968.

“Avec la Suisse, on finit toujours par s’arranger”

Quelques semaines avant que les Suisses n’approuvent la participation de la Suisse à l’espace Schengen et à l’espace Dublin, lors de la votation populaire du 5 juin 2005, j’ai demandé à l’ambassadeur de France en Suisse d’alors, Jacques Rummelhardt, ce que son pays ferait si les Suisses refusaient de devenir membres de l’espace Schengen.

Et l’ambassadeur de me répondre, avec un large sourire entendu : « Vous savez, avec la Suisse, on finit toujours par s’arranger ».

Après le vote des Suisses en faveur de l’initiative populaire contre l’immigration de masse, neuf ans plus tard, certains observateurs fort avisés ont dit et écrit que cette fois la Suisse allait passer des années noires, que la clause guillotine allait s’appliquer et que la France, sa fidèle amie, allait hélas la laisser tomber.

Le temps a passé.

Et mardi 18 juillet 2017, recevant à Paris la présidente de la Confédération Doris Leuthard, Emmanuel Macron a notamment déclaré à propos des frontaliers :  “En matière de libre circulation des personnes, la coopération a repris pour trouver des solutions efficaces et bénéfiques à nos travailleurs et nos concitoyens”.

Le président français a toutefois insisté sur le “respect des principes fondamentaux de l’Union”. La conseillère fédérale lui a répondu sans détour :  “La libre circulation des personnes est maintenant garantie. Elle reste un pilier fort de la Suisse”.

Morale de l’histoire : l’ambassadeur Jacques Rummelhardt avait raison : Avec la Suisse, on finit toujours par s‘arranger.

 

 

 

 

 

Liu Xiaobo, dissident chinois et Prix Nobel de la paix est décédé

Jean-Claude Buhrer, un ami journaliste et époux de feu Claude B. Levenson, l’une des plus éminentes spécialistes du Tibet, m’a envoyé ce texte:
Alors que Liu Xiaobo vient de mourir, atteint d’un cancer du foie en phase terminale, et que les autorités chinoises lui
ont refusé le droit de quitter son pays, de peur qu’il ne parle de ses conditions de détention, permettez-moi de vous rappeler que, sur son lit d’hôpital, deux mois avant de s’en aller, Claude avait eu la force de demander à son amie Marie Holzman de rédiger ensemble un texte en faveur de l’attribution du Prix Nobel de la paix à cet inlassable combattant pour la démocratie en Chine. Ce fut son dernier article, publié dans Le Temps de Genève du 7 octobre 2010, à la veille de la remise le 8 de cette distinction à Liu Xiaobo. Ce texte a ensuite été repris dans le Courrier international et vous le retrouverez dans le lien ci-dessous :
https://www.letemps.ch/opinions/2010/10/07/un-prix-nobel-liu-xiaobo
Âgé de 61 ans, le militant pro-démocratie a été condamné en 2009 à 11 ans de réclusion pour « subversion » après avoir appelé à des réformes démocratiques. Il avait co-rédigé un manifeste, la Charte 08, prônant notamment des élections libres. Lors de la cérémonie de remise du Nobel à Oslo en 2010, il avait été représenté par une chaise vide.
À son tragique destin il faut ajouter celui de son épouse Liu Xia, maintenue en résidence surveillée à Pékin depuis l’emprisonnement de son mari en 2009. « Là encore Pékin ne veut pas qu’on sache ce qu’elle a vécu alors qu’elle est clairement, des amis me l’ont confirmé, dans un état psychologique très dégradé”, raconte Marie Holzman.

Claudine Schmid face à Joachim Son-Forget : des reproches non fondés.

Dans sa feuille électorale en vue du second tour des élections législatives en France, Claudine Schmid, députée sortante des Français établis en Suisse et au Liechtenstein, a établi un tableau comparatif sur « la façon dont les candidats en lice accompliront leur mandat et les mesures qu’ils défendront ». Quelques petites mises au point s’imposent :

1 – Concernant son adversaire politique Joachim Son-Forget, le candidat de La République En Marche !, Claudine Schmid écrit que « ce dernier conservera une activité professionnelle » et que c’est « non conforme à l’esprit de la loi sur le non cumul des mandats ».  Joachim Son-Forget est en effet médecin, radiologue spécialiste du cerveau au CHUV. Que valent ces remarques ?

  • Il y a dans l’Assemblée nationale sortante 70 députés professionnels de la santé (médecins, chirurgiens, dentistes, sages-femmes, vétérinaires).
  • « Pour un jeune homme de 34 ans, faire quelques gardes par mois, cela ne va pas l’empêcher d’accomplir son travail de député », note Emeline Ozhan, chargée de la communication de campagne de Joachim Son-Forget. Par ailleurs, avoir gardé un pied dans la profession, surtout quand il s’agit d’une profession médicale, est plutôt conseillé quand on arrive en fin de mandat. Les patients peuvent apprécier d’avoir devant eux un médecin toujours compétent et à la page de la recherche médicale !

2 – Claudine Schmid souligne par ailleurs être issue de la famille RPR, UMP, LR et note que Joachim Son-Forget est un homme du Parti socialiste et aujourd’hui de LREM.

C’est vrai, Joachim Son-Forget a soutenu la campagne de François Hollande en 2012 par une série d’actions bénévoles. « Et moi j’étais à cette époque proche des Républicains », relève Emeline Ozhan ». Des femmes et des hommes issus de courants de droite et de gauche, c’est précisément ce qui fonde et caractérise le mouvement d’Emmanuel Macron.

3 – Claudine Schmid se considère « libre et indépendante de tous les textes, y compris sur la loi de finance », face à Joachim Son-Forget qui « a signé le Contrat pour la Nation par lequel il s’engage à soutenir le projet d’Emmanuel Macron.

Cela laisse entendre que les députés de LRLM seront les nouveaux godillots du président sans esprit critique de discernement. N’est-ce pas un procès d’intention ? Cela dit, peut-on reprocher à un député qui s’est engagé sur un programme de le soutenir une fois élu ?

4 – Enfin, Claudine Schmid écrit qu’elle est hostile à tout impôt sur la nationalité, sujet fort sensible pour tous les Français établis à l’étranger. Cette remarque, la députée se garde bien de l’écarter des mesures prônées par Joachim Son-Forget, laissant peut-être entendre qu’il y serait favorable…ce qui est faux.

 

 

 

 

 

 

FACE A TRUMP, VERS UNE EUROPE ENFIN UNIE!

 
Une “erreur”, et “une faute pour l’avenir de la planète”. Le président français Emmanuel Macron a dénoncé jeudi 1er juin la décision de Donald Trump de retirer les Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat. Et en a profité pour écarter l’appel à une renégociation du texte lancé par le président américain.
 
Remarquable intervention du président français qui, plus que jamais, incarne le renouveau d’une Europe unie qui doit devenir le moteur de la transition écologique.
 
Avec à ses cotés Nicolas Hulot, Emmanuel Macron doit faire de la lutte contre le réchauffement climatique et la sauvegarde de la biodiversité l’une des grandes priorités de son action.
 
L’irresponsabilité planétaire de Donald Trump doit donner aux Européens le courage de collaborer avec tous les autres pays signataires de l’accord de Paris sur le climat. Voilà pour eux un défi de taille à relever et une occasion rêvée de se serrer les coudes!

Nicolas Hulot: “Oui à une croissance sélective”

 Interview publiée dans L’Hebdo en juin 2012.

Par PHILIPPE LE BÉ – Mis en ligne le 20.06.2012 à 12:51
Au cours de notre entretien avec Nicolas Hulot, ce vendredi 8 juin au siège de la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme qu’il préside, à Boulogne-Billancourt, le téléphone sonne. C’est l’Elysée. François Hollande, qui la veille a déjà eu un contact avec l’écologiste, souhaite le revoir. Le journaliste-reporter, notamment inspirateur de la chaîne Ushuaïa TV, a décidé de ne pas aller au Sommet de la Terre Rio+20 qui se tient du 20 au 22 juin au Brésil. Candidat battu par Eva Joly à la primaire présidentielle écologiste en 2011, il n’a rien perdu de son enthousiasme à défendre la planète. Mais il ne voit pas d’intérêt à célébrer «vingt ans de futilité» depuis le premier Sommet de Rio en 1992 qui auraient dû être «vingt ans d’utilité». Si le président de la République française s’intéresse à lui, ce n’est pas pour le nommer ministre, mais à cause de ses idées et forces de propositions. Florilège.

01 Gouvernance environnementale

La gouvernance mondiale est au cœur des discussions au Sommet Rio+20. Il y a vraiment un vide à combler?

Assurément. Nos institutions ne sont pas adaptées aux enjeux collectifs à long terme. A l’issue de chaque sommet, les délégations s’en retournent dans leurs pays respectifs sans calendrier, sans cadre juridique ni contrainte. Ce n’est plus possible. Confrontée à des défis écologiques majeurs quant à son climat, sa biodiversité, l’épuisement de ses ressources, etc. l’humanité est au pied du mur. La communauté internationale doit créer une Organisation mondiale de l’environnement (OME).

Un nouveau «machin»?

Non, surtout pas. Cette OME souhaitée par la France rassemblerait notamment le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Elle bénéficierait d’une réelle force politique, un droit de régulation et d’ingérence sur l’OMC et le FMI. Tant qu’il y aura des pays qui pourront s’affranchir des contraintes écologiques et sociales, nous n’arriverons à rien.

Et au niveau national?

Avec d’autres voix, je souhaite que la France soit dotée d’une troisième chambre qui soit une émanation du Conseil économique, social et environnemental (CESE). Aujourd’hui en France, le CESE est une assemblée purement consultative composée de représentants sociaux (patronat, syndicats, associations). Ses avis n’ont aucune force juridique. Cette nouvelle chambre disposerait d’un droit de veto suspensif. Lequel s’appliquerait à toutes les décisions prises par l’exécutif ou le législatif dont les conséquences sur l’environnement seraient particulièrement sensibles. Lois ou règlements suspects seraient donc suspendus pour être réévalués. Par ailleurs, cette troisième chambre serait un lieu de gestation des nouveaux outils économiques, financiers, fiscaux et technologiques du futur. Nos politiques, continuellement dans la réactivité, ne sont plus dans l’anticipation. Ils traitent les symptômes et non les causes. Il faut donc des lieux où tout cela soit coordonné.

Quelle serait la composition de cette assemblée?

Elle serait constituée de citoyens tirés au sort, de sages experts et des représentants des corps professionnels.

 

02 Finance responsable

Les inégalités ne cessent de se creuser. Comment casser cette spirale infernale?

Dans notre monde désormais connecté, les inégalités s’exposent au grand jour. Cette visibilité suscite de l’indignation qui conduira tôt ou tard à des révoltes majeures. Il est donc indispensable de mieux répartir la richesse pour réduire les inégalités. Par ailleurs, nous avons besoin de préserver les matières premières et les ressources naturelles. Pour y arriver, il faut de l’argent. Le politique doit donc montrer sa détermination à faire revenir dans l’économie réelle tous ceux qui se sont organisés pour échapper à l’impôt et à la solidarité. Cela représente des milliers de milliards de dollars à l’échelle de la planète. Ces sommes considérables doivent passer par la caisse des Etats qui, au lieu d’être condamnés à l’austérité, pourront relancer leur économie à la faveur d’un appel d’air financier conséquent. Une telle entreprise ne peut se faire qu’au niveau mondial et de manière coordonnée, sans zone blanche d’exclusion.

De quelle manière?

En redéfinissant les pouvoirs et les responsabilités des banques commerciales et des banques centrales. La création monétaire est une prérogative démocratique. Les Etats ne peuvent pas en être privés. Quitte à revisiter le traité de Maastricht, il faut permettre aux banques centrales de prêter aux Etats des liquidités à des taux quasiment nuls pour relancer leur économie. Ainsi par exemple, la Banque centrale européenne délivrerait de tels prêts par le biais de la Banque européenne d’investissement, la Banque de France par la Caisse des dépôts et consignations.

Pour quels types de projets?

Il s’agirait de financer des projets ayant un impact sensible et durable sur l’environnement: de grands plans de rénovation dans le domaine du bâtiment; des logements sociaux qui n’ont presque plus besoin de consommer de l’énergie – comme ces HLM que j’ai récemment visitées en Bretagne et dont la facture d’électricité par ménage n’a atteint cet hiver que quelques euros par mois –; de nouveaux modes de transport y compris individuels avec des véhicules ne consommant qu’un à deux litres aux cent kilomètres. Les exemples foisonnent!

 

03 Croissance sélective

Etes-vous un partisan de la décroissance?

Non. Je suis favorable à une croissance sélective. Certes les adeptes de la décroissance sont sûrs de leur fait: pour ne pas épuiser les ressources, il suffit d’arrêter de les consommer. Mais c’est faire abstraction des conséquences sociales d’une telle position ainsi que de sa recevabilité démocratique. Le progrès, à mes yeux, est fait de renoncements et d’acquiescements. Cela passe par de la régulation.

Précisément, à quoi renoncer?

A produire et à consommer n’importe quoi et n’importe comment. Prenez l’industrie automobile européenne. La plupart des véhicules qu’elle produit peuvent potentiellement rouler jusqu’à 200 km/heure. C’est absurde! Le politique doit imposer des normes interdisant la production de voitures roulant au-dessus des limites autorisées, d’autres normes limitant leur poids et leurs émissions nocives. Par ailleurs, la fiscalité doit nous dissuader de consommer des énergies fossiles et nous inciter à nous tourner vers les énergies renouvelables. Appliquons pour de bon la règle des trois «r»: réduction des prélèvements de matières premières, rallongement de la durée de vie des biens en mettant notamment fin à leur obsolescence programmée et recyclage des matériaux. Ce sont les vertus de l’économie circulaire qui non seulement ménage grandement l’environnement mais est fortement créatrice d’emplois. Il est urgent que nous changions de logiciel.

 

Le pari fou de Nicolas Hulot

Oser changer le monde de l’intérieur.

C’est le pari fou de Nicolas Hulot, à la tête du grand ministère de la transition écologique et solidaire.

Ici et maintenant. Ou jamais.

Tout doit être entrepris pour qu’il réussisse sa mission au sein du gouvernement Philippe.

Bonne chance, la France, bonne chance, l’Europe!