Nicolas Hulot: “Oui à une croissance sélective”

 Interview publiée dans L’Hebdo en juin 2012.

Par PHILIPPE LE BÉ – Mis en ligne le 20.06.2012 à 12:51
Au cours de notre entretien avec Nicolas Hulot, ce vendredi 8 juin au siège de la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme qu’il préside, à Boulogne-Billancourt, le téléphone sonne. C’est l’Elysée. François Hollande, qui la veille a déjà eu un contact avec l’écologiste, souhaite le revoir. Le journaliste-reporter, notamment inspirateur de la chaîne Ushuaïa TV, a décidé de ne pas aller au Sommet de la Terre Rio+20 qui se tient du 20 au 22 juin au Brésil. Candidat battu par Eva Joly à la primaire présidentielle écologiste en 2011, il n’a rien perdu de son enthousiasme à défendre la planète. Mais il ne voit pas d’intérêt à célébrer «vingt ans de futilité» depuis le premier Sommet de Rio en 1992 qui auraient dû être «vingt ans d’utilité». Si le président de la République française s’intéresse à lui, ce n’est pas pour le nommer ministre, mais à cause de ses idées et forces de propositions. Florilège.

01 Gouvernance environnementale

La gouvernance mondiale est au cœur des discussions au Sommet Rio+20. Il y a vraiment un vide à combler?

Assurément. Nos institutions ne sont pas adaptées aux enjeux collectifs à long terme. A l’issue de chaque sommet, les délégations s’en retournent dans leurs pays respectifs sans calendrier, sans cadre juridique ni contrainte. Ce n’est plus possible. Confrontée à des défis écologiques majeurs quant à son climat, sa biodiversité, l’épuisement de ses ressources, etc. l’humanité est au pied du mur. La communauté internationale doit créer une Organisation mondiale de l’environnement (OME).

Un nouveau «machin»?

Non, surtout pas. Cette OME souhaitée par la France rassemblerait notamment le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Elle bénéficierait d’une réelle force politique, un droit de régulation et d’ingérence sur l’OMC et le FMI. Tant qu’il y aura des pays qui pourront s’affranchir des contraintes écologiques et sociales, nous n’arriverons à rien.

Et au niveau national?

Avec d’autres voix, je souhaite que la France soit dotée d’une troisième chambre qui soit une émanation du Conseil économique, social et environnemental (CESE). Aujourd’hui en France, le CESE est une assemblée purement consultative composée de représentants sociaux (patronat, syndicats, associations). Ses avis n’ont aucune force juridique. Cette nouvelle chambre disposerait d’un droit de veto suspensif. Lequel s’appliquerait à toutes les décisions prises par l’exécutif ou le législatif dont les conséquences sur l’environnement seraient particulièrement sensibles. Lois ou règlements suspects seraient donc suspendus pour être réévalués. Par ailleurs, cette troisième chambre serait un lieu de gestation des nouveaux outils économiques, financiers, fiscaux et technologiques du futur. Nos politiques, continuellement dans la réactivité, ne sont plus dans l’anticipation. Ils traitent les symptômes et non les causes. Il faut donc des lieux où tout cela soit coordonné.

Quelle serait la composition de cette assemblée?

Elle serait constituée de citoyens tirés au sort, de sages experts et des représentants des corps professionnels.

 

02 Finance responsable

Les inégalités ne cessent de se creuser. Comment casser cette spirale infernale?

Dans notre monde désormais connecté, les inégalités s’exposent au grand jour. Cette visibilité suscite de l’indignation qui conduira tôt ou tard à des révoltes majeures. Il est donc indispensable de mieux répartir la richesse pour réduire les inégalités. Par ailleurs, nous avons besoin de préserver les matières premières et les ressources naturelles. Pour y arriver, il faut de l’argent. Le politique doit donc montrer sa détermination à faire revenir dans l’économie réelle tous ceux qui se sont organisés pour échapper à l’impôt et à la solidarité. Cela représente des milliers de milliards de dollars à l’échelle de la planète. Ces sommes considérables doivent passer par la caisse des Etats qui, au lieu d’être condamnés à l’austérité, pourront relancer leur économie à la faveur d’un appel d’air financier conséquent. Une telle entreprise ne peut se faire qu’au niveau mondial et de manière coordonnée, sans zone blanche d’exclusion.

De quelle manière?

En redéfinissant les pouvoirs et les responsabilités des banques commerciales et des banques centrales. La création monétaire est une prérogative démocratique. Les Etats ne peuvent pas en être privés. Quitte à revisiter le traité de Maastricht, il faut permettre aux banques centrales de prêter aux Etats des liquidités à des taux quasiment nuls pour relancer leur économie. Ainsi par exemple, la Banque centrale européenne délivrerait de tels prêts par le biais de la Banque européenne d’investissement, la Banque de France par la Caisse des dépôts et consignations.

Pour quels types de projets?

Il s’agirait de financer des projets ayant un impact sensible et durable sur l’environnement: de grands plans de rénovation dans le domaine du bâtiment; des logements sociaux qui n’ont presque plus besoin de consommer de l’énergie – comme ces HLM que j’ai récemment visitées en Bretagne et dont la facture d’électricité par ménage n’a atteint cet hiver que quelques euros par mois –; de nouveaux modes de transport y compris individuels avec des véhicules ne consommant qu’un à deux litres aux cent kilomètres. Les exemples foisonnent!

 

03 Croissance sélective

Etes-vous un partisan de la décroissance?

Non. Je suis favorable à une croissance sélective. Certes les adeptes de la décroissance sont sûrs de leur fait: pour ne pas épuiser les ressources, il suffit d’arrêter de les consommer. Mais c’est faire abstraction des conséquences sociales d’une telle position ainsi que de sa recevabilité démocratique. Le progrès, à mes yeux, est fait de renoncements et d’acquiescements. Cela passe par de la régulation.

Précisément, à quoi renoncer?

A produire et à consommer n’importe quoi et n’importe comment. Prenez l’industrie automobile européenne. La plupart des véhicules qu’elle produit peuvent potentiellement rouler jusqu’à 200 km/heure. C’est absurde! Le politique doit imposer des normes interdisant la production de voitures roulant au-dessus des limites autorisées, d’autres normes limitant leur poids et leurs émissions nocives. Par ailleurs, la fiscalité doit nous dissuader de consommer des énergies fossiles et nous inciter à nous tourner vers les énergies renouvelables. Appliquons pour de bon la règle des trois «r»: réduction des prélèvements de matières premières, rallongement de la durée de vie des biens en mettant notamment fin à leur obsolescence programmée et recyclage des matériaux. Ce sont les vertus de l’économie circulaire qui non seulement ménage grandement l’environnement mais est fortement créatrice d’emplois. Il est urgent que nous changions de logiciel.

 

Le pari fou de Nicolas Hulot

Oser changer le monde de l’intérieur.

C’est le pari fou de Nicolas Hulot, à la tête du grand ministère de la transition écologique et solidaire.

Ici et maintenant. Ou jamais.

Tout doit être entrepris pour qu’il réussisse sa mission au sein du gouvernement Philippe.

Bonne chance, la France, bonne chance, l’Europe!

La potion magique de la confiance

A Emmanuel Macron, nouveau président de la République française.

Monsieur le Président,

De la potion magique, vous en aurez bien besoin dans les jours et les mois à venir !

Cette potion, c’est la CONFIANCE à gagner auprès de tous les Français qui se sont abstenus ou qui vous ont donné leur voix uniquement pour faire barrage à Marine Le Pen.

Une CONFIANCE à cultiver en vous entourant de ministres de droite, du centre et de gauche ou d’ailleurs, décidés comme vous à relever la France du pessimisme dans lequel elle patauge depuis des années. Peut-être pourriez-vous vous inspirer des bonnes pratiques helvétiques qui, sans être la panacée, cultivent un consensus intelligent et pacificateur ?

Une CONFIANCE à réanimer sans cesse par une authentique volonté d’écoute de vos concitoyen(ne)s dont certain(e)s, totalement désemparé(e)s, ne croient plus en rien.

Donc avalez sans retenue cette potion magique de CONFIANCE et, surtout, faites la goûter aux Françaises et aux Français, si prompts à se déchirer au lieu de se rassembler.

Votre échec serait celui de la France. Parions donc sur votre réussite qui sera la sienne.

Bonne chance, la France !

 

 

 

 

Débat Macron-Le Pen: rien sur le climat!

Le mot climat a été prononcé incidemment par Emmanuel Macron à 22h58.
 
Moins d’une seconde !
 
Aucune question, aucune réponse, aucune réflexion ni par Marine Le Pen ni par Emmanuel Macron sur le dérèglement climatique qui pourtant va bouleverser considérablement nos vies dans les années à venir. Au Sud comme au Nord de la planète.
 
Rien sur les multiples initiatives prises en France et dans le monde pour vivre autrement, les énergies nouvelles, l’efficience énergétique, les écoquartiers, l’économie circulaire, l’économie de fonctionnalité, les villes en transition, la permaculture…
 
Des initiatives, des approches qu’il faudrait encourager et développer de toute urgence.
 
Quel déni affligeant !
 
 

Le grand risque d’un nouveau président “par défaut”

 

Cela a commencé en 2002, quand Jacques Chirac l’a emporté par 82,21% des suffrages exprimés contre Jean-Marie Le Pen, a la grande surprise générale. Brillamment élu par un « front républicain » rassemblant la droite et la gauche, bon nombre de ses électeurs l’avaient choisi pour barrer la route à le Pen. Mais Chirac n’était que partiellement un « président par défaut » car il pouvait encore s’appuyer et compter sur un puissant parti, le RPR, mué en UMP.

Dix ans plus tard, François Hollande l’emportait avec 51,64% des suffrages exprimés contre Nicolas Sarkozy. Nombreux étaient ses électeurs qui, pas vraiment séduits par le personnage, cherchaient surtout à déboulonner Sarkozy. Hollande, encore plus que Chirac, était un « président par défaut ».

En 2017, si Emmanuel Macron enraye un effritement croissant de sa popularité, il devrait l’emporter mais avec un score non glorieux, entre 50 et 60%. Marine Le Pen, que les partis traditionnels PS et Les Républicains en lambeaux ont toujours plus de peine à diaboliser, pourrait afficher un résultat jamais obtenu par le FN et ses partisans. Dès lors, Emmanuel Macron risque bien de devenir le premier (et peut-être dernier) « président par défaut » de la Vème République.

 Soulever des montagnes.

Pour devenir celui que les Français auront choisi et non plus celui qui aura, probablement une ultime fois, fait barrage à Marine Le Pen, Emmanuel Macron devra soulever des montagnes. Ses nombreux détracteurs, des partisans de François Fillon à ceux de Marine Le Pen en passant par ceux de Jean-Luc Mélenchon et Benoît,  Hamon ne manqueront pas de lui savonner la planche à la première occasion.

Pour s’en sortir, Emmanuel Macron devra compter sur une forte représentation parlementaire de son mouvement En Marche !, ce qui est bien loin d’être acquis.

Une France ingouvernable?

La France risque donc d’être non gouvernable et de s’enfoncer encore un peu plus dans le marasme économique et social.

Toute cette démonstration serait caduque si bien sûr Marine Le Pen était élue (ce qui n’est plus impossible) et surtout si Emmanuel Macron, à la faveur d’une situation internationale particulièrement tendue, se forgeait pour de bon un profil de vrai président et non pas de président par défaut !

Dans tous les cas, bonne chance la France !

Les états généraux, une idée qui fera son chemin.

Les Français viennent de sélectionner les deux candidats du second tour de la présidentielle 2017, Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Selon toute vraisemblance, le fondateur du mouvement En Marche! sera élu dans deux semaines président de la République française, avec environ 60% des voix.

Mais il est à craindre qu’à l’image de François Hollande, élu par de nombreux électeurs surtout pour faire barrage à Nicolas Sarkozy, Emmanuel Macron soit élu pour faire barrage à Marine Le Pen. Et qu’il soit, lui aussi, un “président par défaut” pour un grand nombre d’électeurs. Sans compter tous ceux qui vont s’abstenir, notamment les partisans de Jean-Luc Mélenchon.

Le risque d’un pays difficilement gouvernable.

Dimanche 7 mai prochain au soir, la France pourrait bien être plus divisée que jamais si Emmanuel Macron ne parvient pas à convaincre un grand nombre de Français à se rassembler autour de lui et de son programme et non seulement d’empêcher la victoire du Front national. Le risque est grand qu’après quelques semaines, voire quelques mois d'”état de grâce”, la fronde s’organise contre lui. En proie à de fortes tensions, le pays deviendrait difficilement  ingouvernable. Au vrai, c’est tout le système politique de représentation qui pose problème.

Convaincus que nous n’avons rien trouvé de mieux depuis des lustres, nous refusons d’imaginer un autre modèle d’organisation de la cité. Et nous répétons à satiété que si les femmes et hommes politiques font des promesses qu’ils ne tiennent pas, c’est fort regrettable mais nous n’y pouvons rien. Vraiment?

L’autorité séparée du pouvoir.

Il existe pourtant un système de gouvernance totalement occulté qui implique notamment la séparation de l’autorité et du pouvoir. L’autorité appartient à quiconque enseigne quelque chose de bon et personne ne peut l’en déposséder. Un médecin fait « autorité » en matière de médecine et sa compétence ne peut être déléguée à une personne qui n’a aucune connaissance médicale. Le pouvoir, au contraire, doit être délégué par une personne ou un groupe ayant autorité et on peut le retirer à celle ou celui qui l’exerce. Ce système s’appelle la synarchie. Il a été analysé en profondeur par l’écrivain et érudit Alexandre Saint-Yves d’Alveydre, à la fin du XIXème siècle.

Il y a quelque quarante ans, j’ai rencontré à Paris le polytechnicien Jacques Weiss (aujourd’hui décédé) qui a synthétisé les oeuvres de Saint-Yves d’Alveydre dans un livre aujourd’hui épuisé (La Synarchie, Robert Laffont). J’ai aussi abordé ce thème avec feu Michel Jobert, fondateur du Mouvement des démocrates auquel j’ai appartenu. L’ancien ministre français des affaires étrangères trouvait l’idée intéressante mais trop difficile à réaliser. Mais, en quarante ans, le monde a sensiblement évolué, aussi bien dans les mentalités que dans la technologie. Et ce qui semblait hors de portée hier pourrait bien devenir accessible aujourd’hui.

Des revendications sociales.

Selon Saint-Yves d’Alveydre, la synarchie a bel et bien fonctionné, notamment en France du 14ème au 16ème siècle, quand les rois prenaient la peine de convoquer régulièrement les états généraux. Le peuple écrivait ses doléances dans des cahiers, revendications purement sociales et exprimées par profession avant d’être synthétisées dans les trois ordres d’alors, le clergé (qui serait aujourd’hui l’enseignement), la noblesse (la justice et la police) et le tiers état (l’économie).

Toujours aux yeux de Saint-Yves d’Alveydre, en négligeant la convocation des états généraux, les rois de France auraient dès le 16ème siècle contribué à alimenter la Révolution deux siècles plus tard. La population française n’acceptait plus de se voir dirigée par une caste de privilégiés tenant tous les leviers du pouvoir.

A l’ère du WEB et des réseaux sociaux.

Il serait bien sûr absurde de reproduire au XXIème siècle la synarchie telle qu’elle a fonctionné en France dans le passé. Mais, à la faveur du développement des réseaux sociaux et du WEB, permettre aux citoyens de se consulter eux-mêmes sur leurs propres besoins et souhaits serait une piste à explorer. Pourquoi ne pas imaginer, par exemple, des états généraux de l’enseignement, de l’énergie ou de la sécurité, rassemblant des professionnels dans chacun de ces domaines ainsi que – et c’est très important – des membres de la société civile qui agiraient comme contrepoids à toute dérive corporatiste?

Utopie aujourd’hui, réalité demain?

A l’issue de chacun de ces états généraux, une synthèse des propositions de réforme serait élaborée. Ces dernières, fruits d’une réflexion collective citoyenne, feraient « autorité » et se traduiraient ensuite par des lois et règlements élaborés par un corps d’élus « politiques » tenus de respecter les orientations prises par les états généraux respectifs.

La synarchie vue par Saint-Yves d’Alveydre (et qui n’a STRICTEMENT RIEN A VOIR avec des mouvements contemporains occultes qui l’ont dangereusement travestie) est peut-être une utopie. Mais cette dernière ne mérite-t-elle pas un commencement de réflexion ? Elle va en tous cas plus loin que le système suisse – de loin le moins pire – qui mélange représentation parlementaire et suffrage universel direct par le jeu des initiatives populaires et des référendums.

La fin de la politique spectacle.

Assurément, la synarchie signe la fin de la politique spectacle, des promesses non tenues, des visions électoralistes à très court terme, d’où le total manque d’intérêt qu’elle peut susciter auprès de tous ceux qui sont attachés à un système désormais clairement obsolète. Mais si, tôt ou tard, nos démocraties représentatives doivent ouvrir la voie au populisme avec, en ligne de mire, la généralisation des dictatures, à quoi bon s’accrocher à de tels lambeaux de la vie citoyenne? Ne serait-il pas temps d’imaginer d’autres voies comme celle des nouveaux états généraux de ce 21ème siècle?

Ce que j’attendrais du nouveau président de ce 21ème siècle…

Parce que rêver n’a jamais fait de mal à personne, j’attendrais du nouveau président de la République française…

Qu’il considère comme essentielle la dimension spirituelle de l’être humain. Sans le crier sur tous les toits, qu’il oriente toutes ses paroles et tous ses actes dans cette prise de conscience.

Qu’il mette tout en œuvre pour sauvegarder notre planète dont la biodiversité s’effondre et dont le climat se dérègle à grande vitesse, par des mesures économiques et financières favorisant drastiquement l’agriculture biologique, les énergies renouvelables, l’écologie industrielle, l’isolation thermique des bâtiments, la mobilité douce, etc.

Qu’il fasse de l’école un lieu de ressourcement, un lieu où apprendre et s’initier à la connaissance deviendrait une joie et non plus un pensum, en généralisant, de la maternelle à l’université, l’apprentissage de la danse, des arts martiaux, de la musique et des arts graphiques. Que ces disciplines soient considérées comme aussi fondamentales que la mathématique, la science et les langues. Trois domaines dont les arts sont d’ailleurs intimement imprégnés.

Qu’il considère l’apprentissage des métiers comme l’une des activités les plus nobles qui soit, en invitant les jeunes élèves à rencontrer les artisans sur leurs lieux de travail, à goûter et à aimer leurs savoir-faire. Tous les métiers « manuels » devraient être valorisés dès le plus jeune âge.

Qu’il aide les jeunes mères à vivre l’attente de leur nouveau-né dans les meilleures conditions, en édifiant par exemple des lieux où couleurs, sons et parfums harmonieux les aideraient à préparer la naissance de leur enfant. La période de gestation détermine en effet de manière cruciale le développement de tout être humain. Ces lieux d’accueil seraient accessibles aux plus démunies.

Qu’il transforme les centres de détention, aujourd’hui fabriques de délinquants et de criminels, en centres de revitalisation, où les détenus apprendraient par une activité physique appropriée en pleine nature et des moments de re-création à se réconcilier avec le monde, avec la vie.

Qu’il encourage la médecine préventive, celle qui par une éducation à manger sainement et à se comporter avec sagesse permet d’éviter bon nombre de maladies. Les médecines dites alternatives seraient enfin prises au sérieux au côté de la médecine dite classique.

Qu’il favorise tous les lieux de mixité sociale et générationnelle, où les plus aisés côtoieraient les plus défavorisés, les plus âgés les plus jeunes. Ces lieux qui existent déjà seraient généralisés.

Qu’il donne à son pays et à ses habitants une raison d’espérer et de ne plus  avoir peur du lendemain.

Qu’il ait pour devise: « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait ».

 

 

Taxer les robots: Peter Brabeck et Benoît Hamon sur la même ligne!

Peter Brabeck-Letmathe, qui présidait pour la dernière fois l’assemblée générale de Nestlé jeudi à Lausanne, et Benoît Hamon, candidat du Parti socialiste français à la présidentielle, ont au moins un point commun: tous les deux sont favorables à une taxation des robots.

“Si la quatrième révolution industrielle remplace par des robots des postes de travail tenus par des hommes, qui va payer les impôts sur ce travail ?”, s’est interrogé Peter Brabeck-Letmathe, répondant à un actionnaire. “Je pense qu’il faudra réfléchir sérieusement à un impôt sur les robots dans l’avenir”, a-t-il ajouté. Et le président sortant du conseil d’administration de Nestlé de préciser que si l’on élimine mille poste de travail pour les remplacer par cent robots, il y aura mille personnes en moins pour cotiser à l’AVS et aux caisses maladie.

De son côté, Benoît Hamon souhaite créer “une taxe sur la richesse des robots, en appliquant les cotisations sociales sur l’ensemble de la valeur ajoutée et non plus seulement sur le travail” (autrement dit les salaires). Cette taxe devrait par ailleurs permettre de financer une partie du revenu universel, projet cher au candidat socialiste.

Ni droite, ni gauche: chimère ou avenir?

 

« Ni droite, ni gauche ». Emmanuel Macron en a fait son moteur de campagne électorale en vue de la présidentielle française. Avec parmi ses soutiens des personnalités telles que le communiste Robert Hue et le libéral Alain Madelin, la formule semble tenir la route. Elle répond à maints citoyens lassés de cette fracture idéologique accentuée par les récentes primaires. Le Front national (FN) de Marine Le Pen prône également un « ni droite, ni gauche », mais ce parti fondé en 1972 par Ordre nouveau ne respire pas vraiment la plus grande fraicheur de ce 21ème siècle, malgré les efforts de sa charismatique présidente. Il y a encore un peu trop de crânes rasés lors des défilés tricolores.

Est-il vraiment possible, en France, d’être ni de droite ni de gauche ? Je crois que oui. Mais c’est un véritable parcours du combattant. Et la victoire au bout du chemin n’est pas du tout assurée. Plutôt qu’une docte analyse, je vous suggère de goûter quelques fruits d’une expérience politique toute personnelle.

Au-dessus des partis, avec de Gaulle.

Au tout début des années 1970, j’adhérais à l’Union des jeunes pour le progrès (UJP), mouvement des jeunes gaullistes. C’était à une époque où, contrairement à aujourd’hui, s’afficher gaulliste était un acte de bravoure et d’originalité, surtout à l’âge de 16 ans ! Mes compagnons et moi (le terme « camarade » était réservé aux socialistes et communistes) nous ne supportions pas qu’on nous qualifiât de « gens de droite ». Nous étions fidèles à la pensée du général de Gaulle, homme de rassemblement « au-dessus des partis » de gauche comme de droite. Mais aux yeux de mes adversaires politiques, toute personne ne se déclarant pas de gauche était obligatoirement cataloguée à droite, qu’elle le veuille ou non. Comme un individu est marxiste ou pas, une femme enceinte ou pas. Jamais à moitié.

 Ailleurs, avec Michel Jobert.

Quelques années plus tard, je rejoignis le Mouvement des démocrates fondé par Michel Jobert. L’ancien ministre du commerce extérieur de François Mitterrand, qui avait précédemment soutenu la candidature de Jacques Chaban-Delmas à la présidentielle de 1974 (comme moi), se situait lui aussi résolument « ailleurs ». Il avait édité un petit livre bleu, invitant les membres de son mouvement à imaginer eux-mêmes des réformes à entreprendre dans la société française, bloquée comme à l’accoutumée.

Lors d’une réunion de son mouvement, certains adhérents se montrèrent fort désemparés face à l’absence totale de directives venant de Paris. Jobert laissant ses partisans réfléchir, imaginer par eux-mêmes, c’était vraiment déconcertant. Ah l’esprit jacobin de mes chers compatriotes, toujours accrochés aux basques d’un meneur, étaient et sont toujours à des années lumière des pratiques et coutumes des Suisses ! Très vite, le Mouvement des démocrates fit long feu. Et « l’ailleurs » de Michel Jobert finit « nulle part».

Les années passèrent. Avec Valéry Giscard d’Estaing puis surtout avec François Mitterrand, les gaullistes de l’UDR (qui deviendra le RPR, l’UMP et Les Républicains) n’eurent plus aucun état d’âme à se faire cataloguer à droite. Deux camps se faisaient désormais face. C’était simple et pratique. Il suffisait d’alterner. On promettait de résoudre à gauche ce qui ne l’avait pas été à droite. Et inversement.

Penser autrement.

L’idée que l’on est obligatoirement de droite quand on n’est pas de gauche, et de gauche quand on n’est pas de droite semble donc faire partie des gènes de la politique française. Pourtant, les temps sont peut-être mûrs pour que l’on pense enfin autrement. Lassés par les échecs successifs de la droite puis de la gauche quand elles sont alternativement seules au pouvoir, les Français aspirent plus ou moins confusément à autre chose. C’est peut-être ce désir d’un ailleurs qui suscite un indéniable rassemblement autour d’Emmanuel Macron et aussi de Jean-Luc Mélenchon, qui tous deux affirment se placer hors des partis traditionnels, le premier avec En Marche !, le second avec la France insoumise, même si l’un comme l’autre n’est pas à l’abri de toute récupération partisane.

Mais ce positionnement est si fragile dans que, pour le tenir, il faudrait que le nouveau président fasse preuve d’un sacré caractère et d’un destin hors du commun pour ne pas finalement céder au cliché gauche-droite aussi rassurant que vain. Un bouleversement des institutions avec une généralisation des états généraux (lire notre article précédent sur ce même blog) serait une manière d’ouvrir d’autres pistes, bien différentes des autoroutes encombrées des vieux schémas usés du siècle passé.