YET, Yverdon en transition: c’est parti!

Le mouvement Yverdon en transition (YET) est désormais entré dans sa phase concrète de réalisation. Une foule de projets à soutenir et à imaginer.

Une quarantaine d’habitants d’Yverdon-les-Bains et des alentours ont donné corps, mercredi 13 novembre 2019, au mouvement Yverdon en transition (YET). Initié fin 2018 par des membres d’AlternatYv, de l’association ICI (la Dérivée) et de l’OVNY, ce réseau s’inscrit dans celui des villes en transition, mouvement international initié par Rob Hopkins en 2006 dans la cité anglaise de Totnes. Ce dernier compte un millier d’initiatives dans plus de 50 pays dont la Suisse. Il vise à imaginer et à construire une société qui ne dépendra plus des énergies fossiles, à l’origine du bouleversement climatique et vouées à disparaître.

Les citoyennes et citoyens concernés s’engagent à encourager tous les projets de transition écologique et solidaire existants et à en créer de nouveaux. Animés par un sentiment d’appartenance à une dynamique planétaire, ils partagent un esprit de résilience et une vision positive de l’avenir, malgré les grands défis à relever.

 Sept domaines d’activité

Les participant(e)s au mouvement YET se sont volontairement répartis dans sept domaines: la société, l’environnement, les énergies, l’économie, l’alimentation, l’éducation et la mobilité. Dans chacun de ces domaines, ils vont recenser toutes les initiatives en cours, en prendre connaissance, les mettre si possible en réseau et en concevoir de nouvelles. A Yverdon-les-Bains, les activités de durabilité se comptent par dizaines, du Repair-Café à UniVerSEL en passant par le centre culturel et durable de la Dérivée, les magasins de seconde main ou Pedibus, pour ne citer qu’eux.

Après avoir rassemblé toutes ces activités, il est prévu à terme d’établir un plan d’action pour la transition au niveau de la ville d’Yverdon-les-Bains. Il ne s’agit pas de court-circuiter les élus mais au contraire de les aider à y voir plus clair dans un grand éventail d’initiatives citoyennes locales qu’il est nécessaire d’encourager à se développer, par des conditions-cadre favorables.

Agir plutôt que subir

En Suisse occidentale, plusieurs villes sont déjà engagées dans ce réseau de transition, dont Bienne, Vevey, Montreux, Chailly, Morges, Vallorbe, Pully, etc. Plutôt que de subir un XXIème siècle aux menaces grandissantes, Yverdon-les-Bains a tout intérêt à se choisir un avenir de sobriété prospère, qu’elle aura préparé avec intelligence et sagesse, dans une approche non partisane et indépendante de tout pouvoir financier, politique ou religieux.

 

 

 

 

 

 

Inspirons-nous des huîtres!

Faire des enfants, est-ce bien raisonnable? Face à l’avalanche de prédictions alarmistes sur l’avenir de notre planète, dévastée dans ses forêts, souillée dans ses océans, bouleversée dans son climat et ravagée dans sa biodiversité, la question taraude bien des esprits, plus ou moins secrètement. Mais est-elle vraiment fondée? J’ai quant à moi l’intime conviction que nous existons comme entités conscientes avant notre naissance sur la Terre et a fortiori après notre mort physique. Je ne suis d’ailleurs pas le seul à véhiculer une telle idée. Un sondage national publié dans L’Hebdo du 24 mars 2016 révélait qu’un quart des personnes interrogées en Suisse croyait à la réincarnation de l’âme dans une nouvelle vie, la proportion atteignant même 28,8% chez les personnes de confession catholique (22,6% chez les protestants). Cette croyance est cependant clairement rejetée par les Eglises chrétiennes.

Vue sous cet angle, la question ne serait pas tant de se demander si faire des enfants est raisonnable ou non mais plutôt pourquoi autant d’âmes continuent à venir s’incarner sur une planète dont les conditions de vie vont devenir toujours plus difficiles. Pour certaines traditions, notamment celles véhiculées par les peuples premiers, l’expérience d’une vie sur Terre serait une nécessité dans notre évolution individuelle et collective. Nécessité de faire le ménage dans notre passé plus ou moins trouble ou nécessité de venir en aide à celles et ceux qui sont appelés, comme nous tous, à vivre l’expérience d’un corps glorifié. Evoluer, ce serait faire l’apprentissage d’un amour inconditionnel, non seulement des êtres humains mais de tout ce qui nous relie au vivant. Du travail en perspective!

Se tourner vers l’essentiel

L’inéluctable montée de la température du globe va singulièrement bouleverser la vie terrestre des âmes à venir. Bon gré mal gré, elles devront se tourner vers l’essentiel, apprendre à développer un nouveau vivre ensemble, à préférer l’organique et l’authenticité à l’artificiel et au mensonge. C’est parce que l’huître est irritée par un grain de sable qu’elle l’entoure d’une couche de carbonate de calcium qui deviendra une perle. Nous pourrions peut-être nous en inspirer et transformer les désastres à venir, qui feront bien plus que nous irriter, en occasions de changer radicalement notre manière de penser, de produire, de consommer, bref de vivre! Une partie croissante de la jeune génération s’y prépare déjà. Si elle est venue s’incarner «par hasard», c’est parce peut-être parce que le hasard est une loi qui chemine incognito.

(Publié dans l’Echo Magazine du 16 octobre 2019)

 

Dominique Bourg: “Nous vivons une période de chaudron spirituel”

Désormais à la retraite comme professeur ordinaire de l’Université de Lausanne, Dominique Bourg n’a pas fini d’ébranler les consciences et de secouer les cocotiers pour y faire tomber les chantres d’un libéralisme éculé.

 Nous l’avons rencontré lundi 23 septembre dans ce bureau qui fut le sien durant 13 ans, à la Faculté des géosciences et de l’environnement de l’Université de Lausanne. Au milieu de ses cartons de livres et documents, prêts à enrichir d’autres horizons. Mais si Dominique Bourg (66 ans) tire sa révérence comme professeur ordinaire, il ne semble vraiment pas prêt à prendre une paisible retraite dans un monde qui s’effondre. Avec sa plume comme avec son verbe, aussi précis et efficace qu’un rayon laser qui ne détruit que ce qui est déjà mort, le philosophe livre une guerre sans merci pour l’éveil des consciences. Pour cet écorché vif dont la fougue ne saurait masquer une grande tendresse, il n’y a pas de répit pour l’urgence écologique.

 Après 13 ans d’enseignement à l’UNIL, vous ressentez un pincement au cœur?

Forcément. Une grande page se tourne. Mais mes activités ne s’arrêtent vraiment pas. Je viens tout juste de faire paraître un livre (Le marché contre l’humanité, PUF), un autre est en préparation avec Sophie Swaton, maître d’enseignement et de recherche à l’UNIL et présidente de la fondation Zoein dont je préside le conseil scientifique. Je ne suis pas comme un cheminot à la retraite qui ne mettrait plus les pieds dans une locomotive. J’aurai toujours des trains à piloter, des voyageurs à côtoyer mais, il est vrai, je ne m’arrêterai plus à la gare UNIL.

 

Face aux effondrements

 

Il ne se passe pas une semaine sans que l’on apprenne un nouveau signe d’effondrement de la biodiversité ou une aggravation du réchauffement climatique. Vous m’avez un jour dit que vous oscilliez en permanence entre espoir et désespoir. Qu’est-ce qui vous fait encore espérer?

Concernant l’évolution physique de ce monde, il est très difficile de garder espoir. Nous sommes vraiment dans l’Anthropocène, cette période durant laquelle l’influence de l’humanité sur la biosphère est telle qu’elle est devenue quasiment une force géologique capable de marquer la surface de la Terre. L’habitabilité de la Terre va se péjorer. Les dernières modélisations du climat nous révèlent une sensibilité grandissante du système climatique à nos émissions de gaz à effet de serre. En 2040, nous aurons à coup sûr atteint les 2° supplémentaires de réchauffement, quels que soient nos efforts. Avec une température de 46 degrés cet été dans le Sud de la France, de plus de 40 en Hollande et de 50 en Inde, nous constatons que la réalité des pointes dépasse déjà ce qu’on pouvait redouter. Dès lors, être optimiste c’est tout simplement être crétin. Et s’il n’y avait que le climat!

A vous entendre, les crétins semblent encore assez nombreux!

L’aveuglement des chantres du marché et de la technologie salvatrice est sidérant. Ce n’est notamment pas avec l’intelligence artificielle que l’on va résoudre les problèmes de la planète. Imaginer que l’on va connaître une croissance sans substrat matériel et énergétique, cela n’a aucun sens.

A quoi s’attendre?

Il n’est pas exclu que 80% de la population humaine soit, à terme, exposée à une saturation de sa régulation thermique. Lorsque chaleur et humidité s’accumulent, nous ne pouvons plus évacuer la chaleur de notre corps par la transpiration, ce qui conduit irrémédiablement à la mort. On peut dès lors imaginer qu’une humanité ayant subi un tel choc deviendrait moins stupide qu’elle ne l’est aujourd’hui et qu’elle expérimenterait des choix anthropologiques non destructeurs. Dans l’horreur, nous pouvons maintenir une lueur d’espoir.

Lors d’un colloque organisé en votre honneur le 6 septembre à l’UNIL, Gérald Hess, maître d’enseignement et de recherche, a dit que ce serait une erreur de vous présenter comme une figure de l’Apocalypse. Qu’en dites-vous?

 J’ai en effet passé ma vie à imaginer des solutions face aux défis qui nous menacent. Il me semble très important de maintenir l’idée que nous n’allons pas assister à la fin de l’humanité. Aussi douloureuses soient-elles, les épreuves peuvent nous conduire à d’intéressantes perspectives. Souvenons-nous: au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’Occident a réorganisé la démocratie, instauré une plus grande égalité entre les individus, mis en place la sécurité sociale, réaffirmé la primauté des droits humains, etc. Cela a été fantastique, au moins le temps de quelques décennies, avant d’être détricoté. Cette fois, l’horreur à venir ne sera pas directement humaine, comme elle le fut avec le nazisme, mais liée aux conditions d’habitabilité de la planète. Il n’empêche que la reconstruction d’une humanité plus ouverte et plus généreuse est une voie possible.

 Lors de ce même colloque, le professeur de droit Alain Papaux a expliqué pourquoi, face à l’urgence climatique, nous ne ferons rien. Car selon lui l’homme contemporain est bien plus un homo faber, animal fabricateur d’outils, qu’un homo sapiens qui manifeste sa sagesse et son intelligence. Partagez-vous cette vision?

Partiellement. Certes, une petite minorité de la société s’ouvre vers de nouveaux comportements. Mais la grande majorité reste consumériste jusqu’au bout des ongles. Dans la sphère politique en place, y compris chez une partie des Verts, personne ne veut admettre que le maintien de la croissance entraîne inéluctablement la destruction des conditions d’habitabilité de la Terre. Toute augmentation du PIB se traduit en flux d’énergie et de matière qui croissent. Tous, en parfaits idéologues, sont dans la pensée magique d’une technologie qui va nous sauver.

 

L’engagement politique et académique

 

Dès lors, un mouvement tel qu’Extinction Rebellion est-il justifié?

Ce genre de mouvement que je soutiens à fond, parfaitement légitime, est le seul espoir qu’on ait aujourd’hui. Les jeunes ne sont pas idiots. Ils savent que les adultes veulent les faire vivre dans un monde invivable. Pourquoi se laisseraient-ils faire? Quel est l’intérêt, pour ces jeunes, d’avoir une nouvelle bagnole alors qu’ils ne savent même pas s’ils pourront se nourrir, alors qu’ils redoutent désormais le mois de mai annonciateur de redoutables canicules?

 Urgence écologique, mouvement lancé par Delphine Batho avec votre collaboration et qui a recueilli 1,8% des suffrages aux élections européennes, doit-il continuer?

Oui, comme laboratoire d’idées en marge des mouvements écologiques. Urgence écologie devait casser le monopole des Verts pour les amener à accepter une fédération. Une formule qu’ils semblent devoir accepter. Quant à moi, je sors de la militance directe mais je n’exclus pas de participer à un conseil scientifique, le cas échéant.

Les humanités environnementales ont pris racine à l’UNIL. C’est l’une de vos plus réalisations les plus marquantes dans le monde académique?

Avec Benoît Frund, aujourd’hui vice-recteur « Durabilité et campus » de l’UNIL, nous avons en effet contribué à écologiser l’offre de cette université avec notamment la création d’un master. Le cours intitulé «durabilité: enjeux scientifiques et sociaux» que j’ai animé pendant des années a rassemblé entre 60 et 80 étudiants provenant de toutes les facultés. C’est ma collègue Sophie Swaton qui en a désormais la responsabilité. En France aussi, je me suis battu pour le bien public, notamment en créant les premières formations de durabilité à l’Université de technologie de Troyes et en participant à la rédaction de la charte française sur l’environnement au sein de la commission Coppens.

La France reconnaissante vous a fait officier de l’Ordre national du mérite et Officier de la légion d’honneur…

 Être doublement officier pour quelqu’un qui n’a pas fait son service militaire, c’est en effet assez cocasse.

 

Une certaine idée de la spiritualité

 

Quel sens donnez-vous à la spiritualité?

 Un double sens. Le premier, c’est la relation entre la société et l’univers physique et biologique qui la fait vivre. Toute société perçoit, à sa manière, cette relation au vivant. Pour une personne comme Sarah Palin, l’égérie du mouvement des Tea Party, qui du haut d’un hélicoptère flingue des loups en Alaska, sa relation au donné naturel se limite à de la chair à pâtée. Aux yeux du monde occidental, la nature est uniquement destinée à être exploitée. A contrario, dans son merveilleux film Dersou Ouzala, le réalisateur japonais Akira Kurosawa nous présente un chasseur traditionnel un brin chamane tissant une relation à la nature complètement différente.

 Et la deuxième dimension de la spiritualité?

 Toute société valorise nécessairement un mode particulier d’accomplissement de soi, de réalisation de sa propre humanité. Pour un Amérindien d’Amazonie, par exemple, il s’agit de vivre en harmonie avec les esprits de la forêt. Pour un chrétien, cet accomplissement passe par le salut. Dépassant les tendances naturelles de l’humanité, il évolue vers la sainteté. Pour un bouddhiste, le dépassement passe par l’éveil, etc.

Et pour l’homme occidental moderne sans conviction religieuse?

Pour lui, une spiritualité en creux existe également. Le mâle un peu phallocrate se réalise par sa grosse bagnole, sa grande maison, sa belle épouse et ses beaux enfants. En Occident, toute la vie sociale s’est articulée autour d’une telle spiritualité. Or celle-ci est totalement dépendante de celle que j’ai décrite précédemment. Quand la spiritualité change dans sa première dimension, elle change également dans sa deuxième. En ce qui nous concerne, dès la fin de l’époque médiévale jusqu’à l’avènement de la science moderne en passant par les guerres de religion, notre société a abandonné toute idée d’une finalité commune et transcendante, le salut, ce qui apparaît clairement dans la philosophie du contrat. Produire de la richesse et en jouir est devenue notre seule finalité. C’est à rebours de ce que toutes les sociétés antérieures ont valorisé.

 Mais cela n’est-il pas en train de changer?

En effet. La spiritualité dans sa première dimension évolue singulièrement. Comme je le décris dans un livre futur, écrit avec Sophie Swaton, nous vivons une période de chaudron spirituel. Du coup, on assiste également à l’émergence d’un changement de la spiritualité vue dans sa deuxième dimension. Mais c’est aussi dans ces temps de transition que tous les délires sont permis. J’entends ainsi dire que si tous les chamanes du monde se réunissaient, l’effet de serre serait terrassé. C’est vraiment de la folie pure!

Et vous personnellement, Dominique Bourg, comment se décline la spiritualité?

 Je suis une sorte de catholique complètement délavé. Je ne peux jamais me départir de mon esprit critique de philosophe. J’aime faire référence au suaire de Turin, ce drap de lin montrant l’image floue d’un homme présentant les traces de blessures suite à une crucifixion. Certains affirment que c’est le signe patent de la résurrection du Christ, d’autres que c’est un faux comme l’a montré une analyse au carbone 14. Soit. Mais si c’est un faux qui apparaît au XIIe siècle, il n’est pas moins miraculeux que s’il était vrai. On serait incapable de reproduire un tel objet, l’image étant imprimée de manière totalement uniforme. Il n’y a pas le moindre indice d’un geste humain. Ensuite, ce cliché négatif comporte des savoirs dont on ignorait tout au XIIe siècle. J’observe de manière générale que, quelle que soit la religion ou la spiritualité, je vais trouver des manifestations très étonnantes qui n’entrent pas dans l’ordre de ce monde. Que faire de tout cela? C’est la question du philosophe que je suis!

Laudato si’, la seconde encyclique du pape François, n’offre-t-elle pas une réconciliation du genre humain avec le monde naturel ?

 Cela fait partie des signes que je décrypte. Quelque chose de vital nous pousse à retisser des liens perdus avec la nature que nous sommes par ailleurs en train de détruire. Je vois des signes partout: l’amour des arbres, l’empathie avec le monde animal qui va bien largement au-delà du mouvement des véganes, l’éco-psychologie, etc. Quelles en seront les effets, arrivent-ils encore à temps? Cela fait partie de cette espérance que je ne me résous pas à écarter. Propos recueillis par Philippe Le Bé.

 

 

 

 

 

 

Apprendre la musique au rythme de l’autisme

 Trois musiciens concertistes et pédagogues animent à Yverdon-les-Bains une école spécialement dédiée aux personnes souffrant de troubles autistiques, mais ouverte à tous. Une belle réussite d’intégration par le chant et la musique.

 «Avoir envie de rencontrer l’autre, dans sa différence. Et aussi sortir la musique classique de son cadre habituel». C’est ce qui a incité la chanteuse lyrique Elodie Favre et le pianiste Bernardo Aroztegui à fonder Atempy, en 2015 à Yverdon-les-Bains. Une école pour «apprendre la musique à son rythme» et offrir cette dernière au public à l’occasion de concerts. Deux ans plus tard, la violoncelliste Cristina Bellu s’est associée aux deux artistes. Ce trio de musiciens concertistes a notamment développé une pédagogie spécialement destinée aux personnes atteintes de troubles du spectre autistique: un handicap aux multiples facettes, qui se manifeste notamment par de grandes difficultés dans la communication sociale. Les personnes autistes sont souvent habitées par une profonde douleur existentielle. Or le chant, la musique et aussi la danse peuvent être, pour elles, de précieux outils de médiation avec la société.

Pour pratiquer un tel enseignement, rien sans doute de plus naturel qu’un cadre…inhabituel! C’est pourquoi, grâce au soutien de la fondation Shapdiz, Atempy s’est installée dans l’un des onze bâtiments rectangulaires de l’ancien site des usines Leclanché, aujourd’hui occupé par des dizaines d’artistes et artisans. Pour accéder aux deux salles contigües de l’école de musique, il faut monter un escalier et traverser un couloir qui n’est pas vraiment des plus folichons. Mais une fois arrivé à destination, on découvre que l’austère friche industrielle a laissé place à l’intimité d’un lieu imprégné par l’âme vibrante de ses locataires.

 L’art de s’adapter à l’autre

Les trois professeurs ont été initiés à la méthode Dolce, mise au point par la pianiste et psychologue Françoise Dorocq (lire l’encadré). «La règle de base de cette pédagogie, souligne Cristina Bellu, consiste à s’adapter à la personne telle qu’elle est, sans chercher à lui imposer ce que l’on voudrait qu’elle fasse». Cette capacité à s’adapter, les deux fondateurs d’Atempy l’ont intimement vécue dans la migration. Native d’Yverdon-les-Bains, Elodie Favre a passé 14 ans en Uruguay où elle a notamment bénéficié de plusieurs classes de maître pour parfaire son art vocal. «Dans ce pays qui m’était étranger, j’ai fait l’expérience passionnante de l’altérité», souligne-t-elle. C’est en Uruguay qu’elle a rencontré son époux Bernardo Aroztegui, pianiste de concert, qui lui aussi a goûté au charme de l’altérité lors de sa venue en Suisse en 2011 où il a obtenu un master en pédagogie à la Haute école de musique de Lausanne. Quant à l’Italienne d’origine Cristina Bellu, qui poursuit un doctorat à la Faculté de psychologie et sciences de l’éducation de Genève, son intérêt pour la neuro-motricité appliquée aux enfants débutants l’a incité à se tourner vers les personnes autistes.

Selon la pédagogie Dolce, pour s’adapter à un élève autiste, jeune ou adulte, l’enseignant exécute, avec lui, certains de ses gestes sans signification apparente et répétées inlassablement, comme par exemple le fait de se balancer d’avant en arrière. «Nous entrons dans son univers. En lui montrant de l’empathie, en mimant sa stéréotypie, nous le mettons en confiance», relève Elodie Favre. Tout cela en douceur, par le jeu et l’écoute attentive et bienveillante comme le préconise la méthode Dolce. Le lien étant établi entre le professeur et l’élève, celui-ci peut acquérir de nouvelles compétences cognitives et se construire un schéma corporel jusqu’ici défaillant.

Le résultat est parfois surprenant. Bernardo Aroztegui se souvient d’un enfant capable de jouer une pièce fort complexe de Franz Liszt après seulement une année d’initiation au piano. Mais le pianiste en herbe aura encore bien de la peine à garder un tempo régulier.

 

 

Handicapés ou non, on joue ensemble

Atempy n’est pas qu’une école avec sa cinquantaine d’élèves, dont une dizaine ayant des troubles autistiques, dans les trois disciplines (chant, piano et violoncelle). C’est aussi un atelier qui accueille des concerts – avec des artistes de haut niveau comme le pianiste et claveciniste Michel Kiener – des classes de maîtres, des conférences ou des expositions. A l’issue de chaque manifestation, artistes et public se retrouvent dans une atmosphère conviviale. Les personnes souffrant de handicaps sont invitées, elles aussi, à participer à ces festivités, qu’elles soient spectatrices ou même artistes. A cet effet une association des amis d’Atempy, rassemblant une cinquantaine de personnes, a notamment pour vocation de promouvoir des concerts en étroite collaboration avec des fondations telles que de Verdeil, CAT Manureva ou Saint George, qui soutiennent des personnes en difficulté d’apprentissage ou handicapées.

Le projet «rencontre», programmé pour 2020, est le prochain point d’orgue d’Atempy. Il rassemble des musiciens, des chanteurs professionnels et amateurs ainsi que d’autres artistes, en situation de handicap ou non, en vue d’un spectacle. Les répétitions vont se dérouler plusieurs samedis de suite dans la région d’Yverdon-les-Bains. Les trois professeurs d’Atempy ont notamment été inspirés par l’Orchestra invisibile (orchestre invisible), formation musicale fondée en 2005 à Cascina Rossago, en Italie, qui rassemble 25 musiciens dont 12 autistes. Cet orchestre protège du regard du public certains de ses membres qui seraient trop troublés par la présence de spectateurs. Le projet d’Atempy se résume en une phrase qu’Elodie Favre lâche, tout sourire: «Avoir le bonheur de faire de la musique ensemble, tout simplement».

 

ENCADRE

 Origine anglo-saxonne

La pianiste et psychologue française Françoise Dorocq a construit la méthode Dolce dans les années 1985-1990 en s’inspirant du programme Son-Rise développé dix ans plus tôt à Sheffield, dans le Massachusetts. Conçu pour être appliqué au domicile parental des enfants autistes, ce programme insiste sur l’acceptation sans jugement des comportements de l’enfant autiste, le contact visuel et l’absence de contrôle coercitif. Par son association parisienne Autisme, Piano et Thérapie Educative (APTE), Françoise Dorocq propose son enseignement aux personnes intéressées par des stages de formation et un suivi régulier de ces dernières. PLB

(Publié dans L’Echo Magazine N°38)

Du plomb à l’or

Après l’ère du plus, de l’accumulation tous azimuts, voici venue l’ère du moins, de l’inéluctable diminution. Moins d’eau pure, de terres fertiles, de poissons, de matières premières indispensables à la vie et aussi moins de biens de consommation, de bagnoles, de smartphones et autres objets non vitaux: il faudra s’y faire. Le réchauffement climatique et l’effondrement de la biodiversité nous obligeront rapidement à bouleverser notre mode de vie dans nos sociétés industrialisées. Est-ce vraiment pour le pire?

La symbolique de la physique nucléaire nous ouvre une piste intéressante. Rêve des alchimistes depuis l’Antiquité, la transmutation du plomb en or est aujourd’hui techniquement possible mais fort difficile et coûteuse à réaliser. L’atome de plomb comprend 208 nucléons (82 protons et 126 neutrons), et celui d’or 197 nucléons (79 protons et 118 neutrons). En bombardant l’atome de plomb dans un grand accélérateur de particules, on pourrait arracher à ce dernier 11 nucléons (3 protons et 8 neutrons) pour en faire de l’or. Mais un tel bombardement pourrait durer des années pour un piteux résultat hors de prix.

Moins d’avoir, plus d’être

Mais ce qui nous intéresse ici, c’est ce que représentent symboliquement le plomb et l’or, ainsi que le passage de l’un à l’autre. Elément toxique, mutagène et potentiellement cancérigène, le plomb est pour les alchimistes le point de départ de tout travail spirituel. Quant à l’or, métal noble et précieux par excellence, il symbolise la pureté, la majesté et le principe divin dans la matière. Si nous admettons que deux natures – pour simplifier – habitent en chacun de nous, l’une inférieure qui nous attire vers de bas instincts égocentriques et l’autre supérieure qui nous élève vers des sentiments d’amour inconditionnel, passer de l’une à l’autre équivaut à transformer, psychiquement et spirituellement, notre plomb en or. Ce faisant, comme le plomb qui perd des éléments (en l’occurrence 11 nucléons) pour devenir de l’or, nous renonçons à de l’avoir…pour gagner de l’être!

En nous contraignant, nous qui vivons dans des pays riches, à vivre avec sensiblement moins de superflu et de gaspillage, la nouvelle ère nous fera goûter à une vie plus sobre et plus heureuse. L’humanité n’aura d’autre choix que de partager l’air pour respirer, l’eau pour se désaltérer, la terre pour se nourrir et le feu pour s’éclairer et se chauffer. Partager, c’est s’enrichir deux fois: de mon propre bonheur et de celui de l’autre. Le partage, c’est finalement une somme des valeurs ajoutées intérieures. Un nouveau PIB?

(Paru dans L’Echo Magazine de mercredi 11 septembre 2019)

Moi, ta bagnole

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends… Moi, je suis ta préférée, ta chose. Il y a, dans l’ordre secret de ton âme, moi, ta femme et ton chien. Moi, je suis ta bagnole, auto-immobile la plupart du temps, qui dors sur la place que la loi urbanistique m’a réservée, tout près de chez toi. Dès que tu sortiras pour aller chercher ton pain, dans la grande surface que l’on a tout spécialement conçue pour moi, bien à l’écart de la ville, tu ne pourras pas faire autrement que de me pénétrer dans mon intime carrosserie. Ce sera plus fort que toi. Après moins d’un siècle et demi de fidélité, j’ai su me rendre vraiment indispensable. Ton premier cadeau de Noël, quand tu étais tout petit, c’était déjà moi, en modèle réduit. Au fur et à mesure que tu grandissais, je prenais moi aussi de la bouteille jusqu’à te dépasser largement en poids.

Un PIB bien étrange

Impossible donc de te passer de moi. En France, la filière automobile emploie 440.000 salariés, en Allemagne, elle représente 13 % du Produit intérieur brut du pays. Kolossal! Cet étrange PIB qui grimpe quand il y a des accidents de la route qui blessent parfois méchamment ma tôle et provoquent des dommages collatéraux aux occupants qui n’ont pas su me protéger. En effet, plus il y a d’accidents, plus cela donne du travail notamment aux garagistes, ferrailleurs, assureurs, médecins, infirmiers, pompe-funèbres, autant d’activités rémunérées qui participent à l’enrichissement de la collectivité. Et quand les circonstances de la vie m’ont vraiment cabossée au point que je ne peux plus décemment sortir sans être la risée de tout le monde, tu ne peux faire autrement que de me larguer pour une nouvelle bagnole. Comme tu le fais d’ailleurs avec ta femme mais, j’en conviens, un peu moins souvent. Quoique…

Me voici enfin électrique

Après avoir pompé le pétrole des entrailles de la terre et l’avoir étalé sur tes routes, ou recraché dans l’atmosphère qui se réchauffe – ce qui je l’avoue est un tantinet culpabilisant – me voici enfin électrique. Bon, c’est vrai, il me faut des montagnes de métaux rares que possèdent tes amis Chinois pour fabriquer ma batterie. Mais oublies-tu que tu en as aussi besoin pour ton téléphone portable dont tu te sers joyeusement au volant? Certaines mauvaises langues affirment que, sur l’ensemble de mon cycle de vie, je génère presque autant de carbone qu’un diesel. C’est un peu agaçant, tous ces reproches. Heureusement, bientôt, en devenant autonome, je n’aurai plus du tout besoin de toi pour conduire ma vie. A moi la liberté!

Trait libre publié dans Echo Magazine du 21 août 2019

Lucidité et aveuglement face au crime d’écocide

Deux regards. D’un côté celui d’un chef indien qui voit son peuple et son pays détruits à grands feux. De l’autre celui du représentant d’un pays riche, la Suisse, qui vante les mérites de l’accord conclu avec les pays sud-américains du Mercosur.

“Il faut qu’on le fasse partir le plus vite possible.” Le chef indien Raoni ne mâche pas ses mots contre le président brésilien, alors que l’Amazonie, la plus grande forêt tropicale de la planète, est en proie à de graves incendies, provoqués essentiellement par la déforestation qui s’accélère. “Je pense que le président français et d’autres forces internationales peuvent faire pression pour que le peuple brésilien fasse partir [Jair] Bolsonaro et que le Congrès vote sa destitution”, avance, dans une interview à l’AFP, vendredi 23 août, le chef du peuple kayapo, qui se bat inlassablement pour le respect des droits des communautés indigènes.

« Il veut en finir avec la forêt »

“C’est une catastrophe, ce qu’il est en train de faire avec nous”, poursuit Raoni Metuktire au sujet du président d’extrême droite brésilien, qui encourage le développement de l’agriculture et de l’exploitation minière sur les terres indigènes. “Il veut en finir avec la forêt, avec nous, c’est vraiment terrible ce qu’il fait”, renchérit le cacique de 89 ans, figure internationale de la défense de l’Amazonie. “Dans le temps, les présidents du Brésil ne menaient pas des actions mauvaises, n’incitaient pas à la destruction comme ça. Et maintenant ce nouveau président fait tout de travers.”

“C’est [lui] qui excite ces gens, comme les fermiers. Ils l’écoutent. Ils pensent qu’ils ont tous les droits et se mettent à brûler les forêts” pour les remplacer par des cultures, ajoute le chef indien. “Il en va ainsi pour les coupeurs de bois, les chercheurs d’or. Ils se lâchent tous car sa parole les pousse à détruire la forêt beaucoup plus vite”, accuse Raoni.

Crime d’écocide

Voilà donc le regard lucide du chef indien sur les agissements criminels de Jair Bolsonaro. Car il s’agit bien d’un crime d’écocide qui va bien finir par s’imposer dans le droit international. Le constat de Raoni Metuktire est autrement plus pertinent que les déclarations du conseiller fédéral Guy Parmelin qui se félicite de l’accord conclu avec les pays sud-américains du Mercosur. Lequel, selon lui, n’a “rien à faire directement” avec la situation catastrophique en Amazonie.

Vraiment?

Jair Bolsonaro qui encourage la déforestation pour une agriculture intensive destinée à l’exportation notamment de viande et de sucre sud-américains, qui prive de soutien ou démantèle toutes les ONG brésiliennes favorables à l’écologie, qui méprise les peuples autochtones, les seuls à avoir encore une relation authentique avec le vivant, c’est donc ce président que la Suisse soutient et encourage par cet accord qui ne fait que renforcer l’œuvre destructrice du président brésilien? La Suisse ne devrait-elle pas plutôt soutenir Emmanuel Macron qui, fort tardivement il est vrai, s’oppose enfin à l’accord UE-Mercosur car il considère à juste titre que Jair Bolsonaro a menti sur ses engagements climatiques?

Deux regards, donc.

Celui, clairvoyant, du chef indien Raoni. Celui, aveugle, du conseiller fédéral Guy Parmelin.

 

Pub à dompter

 La publicité est sans doute l’un des plus fidèles miroirs de notre société déboussolée et ambivalente. Exemple: début juin, quelques jours avant que la canicule ne fasse tordre les rails et fondre le bitume, France 2 nous abreuvait quotidiennement d’une publicité de MSC Croisières. Juste avant le journal de 20 heures, cette société de navigation basée à Genève nous invite à de sublimes voyages de rêve sur ses magnifiques paquebots pouvant accueillir jusqu’à 5700 passages et 1700 membres d’équipage. Dépaysement assuré! Un soir, dans le journal qui suit cette pub, une étude de l’ONG Transport & Environnement nous révèle qu’en 2017 les 94 bateaux du leader mondial de la croisière de luxe, Carnival Corporation, ont émis à eux seuls dix fois plus d’oxyde de soufre autour des côtes européennes que l’ensemble des 260 millions de voitures du parc européen. Lesquelles sont aussi singulièrement sublimées par la pub.

A quelques minutes d’intervalle, la publicité nous incite donc à consommer sans retenue de la croisière de luxe et le journal d’information à ne plus participer à la destruction méthodique de notre planète. Un grand écart que pratique aussi à l’occasion Echo Magazine, qui critiquait dernièrement dans un article “les vols à 50 francs” et affichait, sur la page suivante, une publicité offrant des vols pour Malte à 47 francs!

La programmation du striatum

Au vrai, la publicité s’adresse à cette partie de notre cerveau appelée striatum que décrit fort bien Sébastien Bohler dans son dernier ouvrage Le bug humain (Robert Laffont). Le striatum est programmé pour poursuivre quelques objectifs basiques liés à sa survie, à brève échéance: manger, se reproduire, acquérir du pouvoir, le faire avec un minimum d’effort et glaner un maximum d’informations sur son environnement. Enfouie dans le tronc cérébral, se trouve une autre zone (appelée «aire tegmentale ventrale») qui approvisionne notre striatum en dopamine. Cette molécule biochimique provoque la sensation de plaisir et active le système de récompense/renforcement. Toujours plus de nourriture, de sexe, de pouvoir: nos neurones ne sont jamais rassasiés. Peu importe l’hyper-consommation qui pille la planète et met son écosystème en danger de mort! Les publicitaires de l’ancien monde n’en ont cure, tant que pour eux fonctionne la pompe à fric.

La conscience, ultime recours

Il y a heureusement un remède à ces dérives, c’est la conscience dont est doté l’être humain. Avide aussi de connaissances, notre striatum pourrait enfin s’en nourrir, pour le bien-être de la planète, donc de l’humanité. Avec, pourquoi pas, le concours de publicitaires d’un nouveau monde, qui nous encourageraient à réaliser de simples et authentiques croisières avec d’autres moyens, en harmonie avec la nature vivante.

Trait libre diffusé dans le dernier numéro d’Echo Magazine du 18 juillet 2019.

Lettre ouverte au futur rédacteur en chef de La Région

Monsieur le futur rédacteur en chef,

Vous allez donc avoir l’honneur et la joie de succéder à Caroline Gebhard, dont on ne sait toujours pas si elle a été sommairement licenciée ou tout simplement fortement poussée à démissionner, ce qui, vous en conviendrez, est tout différent.

J’écris « Monsieur » car j’imagine que le conseil d’administration de votre journal aura réfléchi à deux fois avant de nommer une femme à la rédaction en chef de La Région. Comme disait le général de Gaulle, cité par André Malraux, « avec les femmes, il faut s’attendre au meilleur comme au pire, c’est pour cela qu’il ne faut jamais les fusiller». En engageant Caroline Gebhard, le conseil d’administration de La Région a peut-être eu tort de suivre cette voie. Car c’est finalement le pire qui a prévalu et la rédactrice en chef a tout naturellement été fusillée.

Ce n’est pas parce que le canton de Vaud a commis l’impardonnable erreur d’être le premier canton de Suisse à accorder le droit de vote aux femmes en 1959 qu’il faut sans retenue continuer à faire confiance à ces dernières, dont l’esprit d’initiative et d’indépendance peut avoir de fâcheuses conséquences sur le bon déroulement de la vie dans la cité.

Permettez-moi donc, cher futur rédacteur en chef et aussi cher confrère, de vous donner, en toute modestie, quelques conseils dans votre nouvelle activité :

1 – Ne manquez jamais de couvrir tous les événements institutionnels de la ville d’Yverdon-les-Bains, sans exception. Car contrairement à ce que l’on enseigne aux jeunes journalistes, « l’institutionnel » est toujours d’un intérêt majeur. Réservez la première page à toute cérémonie officielle. Et ne croyez pas vous en sortir en faisant un reportage en profondeur sur, exemple pris au hasard, une nouvelle station d’épuration : c’est insuffisant. L’essentiel est de montrer que c’est bien grâce à nos élus que nos impôts sont judicieusement dépensés.

2 – Conséquence logique de ce qui précède, n’hésitez pas à retranscrire l’intégralité des discours officiels, surtout ceux du syndic de la Ville d’Yverdon-les-Bains, toujours riche en informations et particulièrement bien stylé. N’oubliez pas que votre journal constitue l’indispensable  “courroie de transmission”des autorités. Quelques citations, évidemment toujours sorties de leur contexte, laisseraient à penser que votre journaliste inexpérimenté n’a pas vraiment bien compris le message officiel. Ce qui serait fâcheux pour la réputation de votre journal. Par ailleurs, il est inutile de vous adresser à d’autres municipaux que le syndic car celui-ci s’exprime TOUJOURS au nom de la Municipalité, après avoir systématiquement tenu compte des avis de l’ensemble de ses collègues.

3 – Soucieux de l’importance capitale que vous accordez à l’image, ne manquez pas de publier des photos de nos autorités, surtout du syndic, pour les raisons exprimées plus haut. Des images statiques et bien posées, sous l’angle le plus flatteur dicté par les intéressés eux-mêmes, sont largement préférables à des images en situation. Ces dernières pourraient laisser croire à une bien malheureuse manipulation de votre rédaction.

En suivant ces judicieux conseils, Monsieur le futur rédacteur en chef de La Région, vous vous assurez un avenir glorieux à la tête de votre journal. Certes, il n’est pas exclu qu’à la longue le public finisse par se lasser, mais cela prendra sans doute un peu de temps. Il n’y a pas le feu au lac. L’important est d’agir en bonne conscience, dans le respect de l’éthique journalistique qui se reflète dans mes propos. Pour le reste, comme on dit chez nous, qui ne peut ne peut !

Veuillez croire, Monsieur le futur rédacteur en chef, à mes sentiments les meilleurs,

Philippe Le Bé.

 

 

 

 

Soutien à Caroline Gebhard, «pour la liberté de la presse»

«Nous nous sommes donc réuni-e-s pour affirmer notre soutien à Caroline Gebhard et à la presse yverdonnoise, et pour questionner son licenciement qualifié d’abusif et de brutal par son avocat Raphaël Mahaim». Mathilde Marendaz (notre image), Verte yverdonnoise, donne le ton à une manifestation rapidement organisée place Pestalozzi, vendredi en début de soirée à Yverdon-les-Bains. Qu’il s’agisse d’un licenciement brutal ou d’une démission forcée par les pressions, le départ de la rédactrice en chef du journal Nord vaudois La Région continue à susciter une vive émotion.

«Dévouée et reconnue unanimement par ses pairs, poursuit Mathilde Marendaz, Caroline Gebhard s’est distinguée par «la qualité de son professionnalisme hors pair et son dévouement sans compter». Et l’oratrice de se dire choquée de lire, dans le quotidien La Liberté, le président du conseil d’administration de La Région Philippe Dubath «décrire Caroline comme pas faite pour le métier et dotée d’un orgueil extraordinaire». Et Mathilde Marendaz de se demander: «Un homme aurait-il été licencié avec autant de facilité et de brutalité dans la même situation? En 2019, est-il toujours plus facile pour les hommes d’affirmer leur position et leur indépendance sans devoir subir ce genre de qualification»?

Séparation des pouvoirs

Après s’en être prise au conseil d’administration, Mathilde Marendaz décoche quelques flèches au syndic d’Yverdon-les-Bains Jean-Daniel Carrard, considérant comme «inadmissible» que ce dernier ait signé, au nom de la municipalité, une lettre se plaignant que le journal ne cite pas suffisamment ses propos ou ne retranscrive pas son image. «Monsieur Carrard, interpelle-t-elle, la liberté de la presse est un principe fondateur d’une démocratie saine. Les journalistes professionnels décident de la manière d’informer une région au travers d’un journal; ce n’est pas le rôle d’un exécutif que d’en contrôler le contenu. C’est la séparation des pouvoirs». Une remarque chaudement applaudie par la foule.

Chroniqueuse et collaboratrice occasionnelle de La Région, Valérie Gilliard observe de son côté que «les lecteurs fidèles n’ont pas manqué de remarquer l’augmentation de la qualité rédactionnelle depuis 2018: de nouvelles plumes plus inspirées et même plus aguerries ont trouvé leur place dans les colonnes du journal, qui par ailleurs conserve toute sa teneur régionale».

Le contraire d’un instrument-perroquet

Et Valérie Gilliard de conclure que «la presse doit être un organe réflexif, où des professionnels du discernement, les journalistes, offrent non seulement de l’information, mais encore et surtout une distance critique face au monde. Il ne s’agit donc pas d’un instrument-perroquet à l’usage des pouvoirs en place qui veulent être mis en valeur».

De nouveaux applaudissements appuient cette déclaration. Après le temps des discours, vient celui de la marche des personnes présentes à la manifestation jusqu’au siège du journal La Région, au cri de « Solidarité, liberté de la presse».

Sauvegarder la diversité

A n’en pas douter, cette affaire pose l’éternelle question de la liberté de la presse. Face à la déferlante des réseaux sociaux qu’une partie de la jeunesse gobe sans retenue, la presse joue un rôle majeur de discernement, d’analyse et de synthèse. Si les pouvoirs publics ne lui garantissent pas une indépendance totale en s’abstenant de l’instrumentaliser et en la protégeant aussi des milieux économiques, la presse risque de disparaître pour de bon. Il est encore temps, pour la société civile, de se réveiller et de sauvegarder la diversité des idées et des opinions.