Dans l’obscurité, allumer une lampe…

L’angoisse. Une angoisse collective. Difficile d’y échapper. Elle nous coupe le souffle, nous serre le cœur, nous enferme. Comment en sortir ?

Dans l’obscurité, pour y voir clair, nous allumons une lampe.

Eh bien cette lampe, nous la portons en nous-mêmes ! En imaginant qu’elle s’allume, même d’une faible lueur, nous éclairons nos pensées les plus troubles, nos sentiments les plus ténébreux. Et peu à peu, nos pensées deviennent plus claires, nos sentiments plus lumineux.

La peur de l’ennemi invisible fait place à la confiance en l’ami retrouvé. Celui-ci est notre ange de Lumière qui n’a jamais cessé de nous soutenir dans l’épreuve.

Et si vous ne croyez pas que votre ange existe, lui croit en vous. Laissons-lui donc une chance. Celle de nous offrir ce qu’il a de plus précieux : la joie. Sa joie…

Extinction Rebellion, ou la légitimité d’une désobéissance civile

Diffusé début mars 2020 dans la Pensée écologique (https://lapenseeecologique.com/extinction-rebellion-desobeissance-civile/), le dossier ci-dessous sur XR et la désobéissance civile, réalisé par Dominique Bourg et Philippe Le Bé, pourrait sembler inopportun au moment où tous les regards se tournent vers la redoutable pandémie du Covid-19. Pourtant, tout est lié. La déstabilisation des écosystèmes engendre bel et bien des perturbations dans les germes, devenus toujours plus envahissants et agressifs. «Plus rien ne sera comme avant», entend-on de nos jours. Concernant les conséquences du dérèglement climatique et de la destruction de la biodiversité, cela ne fait aucun doute. Concernant notre manière de produire, de consommer, voire tout simplement de vivre, la question reste posée. Saurons-nous, individuellement et collectivement, corriger la barre non pas demain ou après-demain mais ici et maintenant? Il est clair que les actions dévastatrices sur le vivant de certaines grandes entreprises n’est plus supportable. C’est le sens des actions de rébellion non violente entreprises en Suisse le 17 février dernier au sein des sociétés actives dans le négoce international. A la lumière de la pandémie du Covid-19, la question de la légitimité de la désobéissance civile prend une nouvelle dimension.

 

Du fondement de la désobéissance civile

Par Dominique Bourg

Au fondement de la désobéissance civile se trouve la conviction d’un écart insupportable entre ce qu’une morale minimale exige d’un côté, et de l’autre ce qu’autorise un état du droit ou quelque décision particulière des autorités publiques. Cette définition correspond parfaitement à l’occupation par XR le 17 février dernier des locaux de quelques sociétés de trading matières ou hydrocarbures à Genève ou Lausanne. D’un côté, un état du droit qui permet le développement des activités de ces sociétés sur le territoire de la Confédération, les encouragements mêmes du Conseil fédéral et, de l’autre, le caractère contradictoire de nombre de ces activités et de leur développement avec la préservation de l’habitabilité de la Terre, ou avec les accords de Paris sur le climat.

Rappelons que l’état actuel de nos émissions nous conduit désormais à une hausse de la température moyenne sur Terre de 2° supplémentaires par rapport à la seconde moitié du 19e siècle, et ce dès 2040 (selon notamment le modèle de l’IPSL). Ce qui signifie plus de méga-feux et d’inondations hors normes, plus de cyclones flirtant avec le plafond de la catégorie 5, des vagues de chaleur et des sécheresses plus intenses et fréquentes, une accélération de la montée des mers, etc. Et partant une habitabilité de la Terre de plus en plus compromise pour l’espèce humaine et les autres espèces. Avec le climat qu’a connu l’Australie lors de l’été austral 2019-2020, les récoltes (sorgho, riz, coton, etc.) y ont été inférieures de 66 % à la moyenne. Un avertissement pour l’avenir de nos capacités de production alimentaire. Ajoutons encore que dès 2° d’augmentation de la température moyenne, il est déjà de vastes zones sur Terre susceptibles d’être affectées quelques jours (à ce niveau de température moyenne) par un phénomène redoutable : la saturation de nos capacités de régulation thermique, due à la montée conjointe de la température et de l’humidité de l’air, laquelle entraine la mort en quelques minutes sans refuge plus frais. Dernier rappel, il est possible de reporter le raisonnement du rapport du GIEC SR 15 d’octobre 2018 sur la cible des 2°et non plus des 1,5°. Dès lors, le scénario P1 de baisse dans la prochaine décennie (2021-2030) de 58 % des émissions mondiales peut être considéré comme le seul raisonnable, ne tablant pas sur des émission négatives, aussi hypothétiques que dangereuses pour notre alimentation et la biodiversité (voir ici entretien avec Hervé Le Treut). Or, ce scénario n’impliquerait pas une « transition » énergétique, mais une décélération brutale débouchant sur une réduction non moins significative de nombre de consommations.

Le contraste entre ce qui est, et même ce que nous nous apprêtons au mieux à faire, et ce qui devrait être fait pour sauver l’habitabilité de cette planète, est béant ! Il est donc difficile de trouver une motivation supérieure en matière morale à la désobéissance civile, puisqu’il en va de l’avenir de l’humanité au plus long cours. Et sans même devoir évoquer l’autre aspect majeur du drame moral de l’époque, l’effondrement autour de nous du vivant, avec notamment la diminution rapide des populations d’arthropodes et autres insectes.

 Mais ce n’est pas tout, quand bien même tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes climatiques, le scandale de ces sociétés de trading n’en prévaudrait pas moins. Je rappellerai seulement ici les agissements de Vitol, une société de trading d’hydrocarbures, le second chiffre d’affaires sur la place helvétique, 254 milliards de CHF. Cette société s’est employée à cocher ces dernières années toutes les cases de l’horreur et de l’ignominie, et celles de nombreuses affaires judiciaires. Vitol a été poursuivie et condamnée par la Justice américaine dans le cadre de l’affaire Pétrole contre nourriture, à la suite de la guerre d’Irak ; elle a été dénoncée par l’ONG Public Eye pour avoir fabriqué et vendu des carburants toxiques pendant 30 ans à nombre de pays africains ; Vitol est mêlée au Brésil au scandale Petrobas et fait l’objet d’une enquête pour corruption de fonctionnaires brésiliens ; Vitol a maintenu l’approvisionnement en produits raffinés du gouvernement assiégé et ethnocidaire de Bachar al-Assad en Syrie, elle a aussi fourni du pétrole à une des factions libyennes ; Vitol est mêlée à un scandale de manipulation du marché de l’énergie en France, etc. Je renvoie le lecteur curieux à la notice de Wikipedia pour un premier aperçu du monstre. Face à Vitol, Monsanto y gagnerait presque l’absolution ! Deuxième société suisse, rappelons-le, dont les activités sont protégées par le silence et l’omerta ! D’où notre volonté de rappeler ici les faits, d’autant que les actions d’XR du 17 février ont été par trop succinctement médiatisées, alors qu’elles avaient pour insigne fonction de rendre public ce qui ne l’est pas, et pour cause !

Enfin, dira-t-on, certes, scandale il y a, mais ce n’est pas une raison suffisante pour défendre la désobéissance civile, et ce d’autant plus dans un pays de démocratie semi-directe comme la Suisse. Au-delà de la fierté nationale due à cet état de choses, il convient de rappeler que les votations populaires n’y réussissent que rarement. La raison en est simple, les initiatives échouent quasi systématiquement contre le mur de la contre-propagande des milieux économiques, dans un pays où le financement de la vie politique ne donne lieu à aucun contrôle public …

Quoi qu’il en soit, une telle remarque sur l’impertinence de la désobéissance civile dans un pays comme la Suisse relève d’une naïveté confondante. Le monde change, et change désormais très vite. Rien d’étonnant à ce qu’un état du droit puisse désormais être soumis à des pressions diverses. Globalement, l’ordre juridique actuel, et ce dans les pays occidentaux de façon générale, est le fruit de la modernité et de sa volonté alors légitime de nous arracher à la vallée des larmes de la pauvreté. Dès lors la liberté de produire est généralement au faîte des normes. Mais, désormais, nous devons au contraire, afin que la vallée en question ne devienne pas brûlante, apprendre à produire moins et à distinguer le superflu de l’essentiel. Alors, certes, la désobéissance crée une situation particulière qui ne saurait être indéfiniment tolérée. Mais c’est justement sa raison d’être. Elle est précisément là pour inciter, au sein d’une démocratie, à une évolution rapide des normes.

Considérons le cas de l’extrême pauvreté au 19e siècle. A la fin de ce siècle le juge français Magnaud a refusé de condamner une jeune mère, inventant ainsi l’état de nécessité cher aux défenseurs de la cause climatique. Cette mère avait violé le droit de propriété en volant un pain pour sauver sa fille de 4 ans de la faim. Le juge a estimé que l’impératif de sauver la vie de la fillette était supérieur à celui nous enjoignant de respecter le droit de propriété. Mais alors, quel chaos, a-t-on vociféré, si toutes les mères piégées par l’extrême pauvreté se mettent à voler ! Justement, telle est la dynamique. Créer une situation intenable pour susciter l’énergie d’en sortir. Tel est ce qui s’est produit avec l’extrême pauvreté. De façon générale, les sociétés bourgeoises ont reconnu le droit syndical, de grève notamment, et ont plus généralement construit le droit social. En conséquence, elles ont fini par éradiquer l’extrême pauvreté. Tel est, analogiquement, l’objectif de la désobéissance civile aujourd’hui : créer une situation impossible nous incitant à sortir du piège climatique, à éradiquer le carbone ! Entre autres changements.

D’ailleurs, quel contraste entre les décisions antiéconomiques prises au nom du Coronavirus, dont le risque est toutefois réel (saturation des services hospitaliers, dysfonctionnements en chaîne en cas de large pandémie compte tenu de la complexité de la division sociale du travail, possible mutation), mais réduit dans le temps, et l’absence de mesures dignes des enjeux en matière écologique ! Certes, les mesures sanitaires seront de courte durée, alors qu’il s’agit avec l’environnement d’infléchir fortement le cours d’une civilisation.

Quoi qu’il en soit, il nous est apparu pour le moins opportun de revenir ici même sur l’action d’XR Lausanne, pour au moins informer plus correctement le public sur une action de visibilisation d’acteurs économiques hautement destructeurs, agissant sous couvert de l’ignorance du grand public.

PS :  mentionnons ici l’appel de 1000 scientifiques à la désobéissance civile publié par le journal Le Monde du 20 février 2020 (https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/02/20/l-appel-de-1-000-scientifiques-face-a-la-crise-ecologique-la-rebellion-est-necessaire_6030145_3232.html), celui d’une centaine de scientifiques suisses publié par le journal Le Temps (https://www.letemps.ch/opinions/declarons-soutien-extinction-rebellion-lettre-ouverte-monde-academique-suisse) le 21 octobre 2019 et enfin le livre dirigé par Bernard Lemoult et Marine Jaffrézic, Désobéis-moi ?!, publié début 2020.

 

 

« Extinction Rebellion, le signe d’une saine démocratie »

Sarah et Célestine ont récemment participé à l’occupation du siège genevois de Cargill, compagnie notamment active dans le négoce de matières premières. Une première en Suisse. Leur témoignage au sein du mouvement Extinction Rebellion (XR).

Par Philippe Le Bé

Célestine, 23 ans, étudiante, et Sarah, 52 ans, active dans la communication scientifique. L’une pourrait être la fille de l’autre. Mais elles sont sœurs d’armes, à l’image de ces frères d’armes impliqués dans une guerre. Mais leur guerre à elles, c’est la lutte contre le réchauffement climatique qui s’aggrave et la lutte pour la sauvegarde de la biodiversité qui s’effondre. Leur arme, c’est la non-violence, principe de base du mouvement international Extinction Rebellion (XR) qu’elles ont rejoint en 2019. C’est en compagnie d’une quarantaine de « bloqueurs » qu’elles ont occupé, durant une heure, le 17 février dernier, le siège genevois de Cargill. La succursale de cette entreprise nord-américaine gère au niveau global le négoce du grain et des oléagineux. C’est aussi à Genève que se trouve la direction des opérations de transport maritime et du négoce de fret. La cité de Calvin est donc au cœur des activités de la multinationale.

Simulation d’une scène de crime, lecture d’un acte d’accusation (commun pour les différents sites occupés) à un responsable de la société présent et d’un autre texte destiné aux militants : c’était la première fois qu’XR s’en prenait directement à des sociétés privées en Suisse. S’appuyant sur divers rapports officiels ou d’ONG comme Oxfam, Public Eye ou Mighty Earth, XR accuse notamment Cargill de s’être accaparé plus de 50.000 hectares de terres en Colombie, soit 30 fois la limite légale, par le biais de 36 différentes sociétés écran. Elle lui reproche également d’être l’un des deux plus grands clients de la déforestation au Brésil, par des plantations de soja qui ont envahi les terres des peuples autochtones tributaires des forêts ; lesquels sont forcés de quitter leurs terres natives et souffrent de graves maladies ou malformations dues aux pesticides herbicides utilisés pour la culture du soja (lire ci-dessous : « La Suisse, une gigantesque scène de crime », selon XR).

C’est pour mettre en lumière les agissements de sociétés peu connues du public que les militants de XR ont occupé non seulement les locaux de Cargill mais aussi ceux de Vitol et Mercuria à Genève ainsi que d’Ifchor à Lausanne. Par leur concentration et hyperspécialisation, souligne Extinction Rebellion, « ces entreprises ont acquis une puissance irrésistible tant en matière de négociation que de quantité et de condition de production, et surtout la possibilité déterminer le prix de cette dernière. Ce mode de fonctionnement provoque des perturbations dans les pays concernés, mettant des populations entières à la merci de ces avides géants ».

Ces accusations tranchent singulièrement avec ce qu’on peut lire sur le site WEB de Cargill, qui se présente comme une société qui « s’engage à agir de manière responsable tout en poursuivant son objectif d’être le leader mondial engagé à nourrir les populations ». Et d’ajouter : « Nous sommes également engagés à réduire notre impact environnemental et à améliorer le quotidien des communes dans lesquelles nous vivons et travaillons ».

Nous avons rencontré Célestine et Sarah. Entretien.

Qu’est-ce qui vous a incitées à rejoindre Extinction Rebellion ?

Célestine – Très bien informée sur la situation de notre planète, notamment par mes parents, je ressens une forte angoisse provoquée par un sentiment d’impuissance. Or XR est un moyen d’exprimer le pouvoir, aussi faible soit-il à titre individuel, de changer le cours des choses.

Sarah –Ayant par mon travail l’occasion de rencontrer de nombreux scientifiques, notamment des climatologues et des biologistes, j’ai rapidement été confrontée à l’urgence de la situation écologique et climatique de notre planète. J’ai ressenti la nécessité d’aller plus loin, de m’engager et de ne plus rester seule dans cette prise de conscience.

Comment l’occupation de Cargill a-t-elle été organisée ?

Célestine – L’organisation de cette action s’est faite en souterrain. Quasiment personne n’a eu connaissance à l’avance du lieu de rendez-vous, découvert au dernier moment.

Sarah – Célestine et moi avons été mandatées pour réunir des informations concernant les activités des sociétés visées. Mais nous-mêmes ne connaissons pas la personne ou le groupe qui nous a confié ce mandat.

Des militants qui occupent un lieu sans savoir précisément pourquoi au préalable, cela ne pose-t-il pas un problème de crédibilité ?

Célestine – Garder le secret le plus longtemps possible est essentiel pour assurer notre sécurité et la réussite d’une action. Au sein de XR, nous misons sur la confiance. Chacun sait que toute opération est mûrement réfléchie et partagée par nous tous. Notre mouvement est par ailleurs très décentralisé. Nous agissons par petits groupes autonomes dans les villes comme Genève, Lausanne ou Yverdon-les-Bains. Personne n’a de compte à rendre à personne.

Êtes-vous satisfaites du résultat de cette opération ?

Célestine – Notre objectif était de mettre en lumière les noms de sociétés travaillant dans la plus grande opacité et dont l’impact sur l’environnement et la société est énorme. Nous voulions aussi montrer que la Suisse demeure une plaque tournante dans ce négoce international. Ce but a été atteint. Mais j’aurais souhaité une plus grande couverture médiatique.

Sarah – La presse relate comment on bloque telle voie de communication ou comment on occupe telle société, mais ne se demande pas vraiment pourquoi nous le faisons. Il manque trop souvent un travail d’investigation qui permettrait à l’opinion publique de comprendre notre urgence et le sens de nos actions de désobéissance civile, que nous n’entreprenons pas de gaité de cœur. Agir est pour nous une nécessité.

La Suisse est un pays de démocratie directe. Les citoyens peuvent lancer des initiatives populaires comme par exemple celle pour des multinationales responsables. N’est-ce pas suffisant pour faire entendre sa voix ?

Célestine – Le contre-projet alibi à cette initiative du Conseil fédéral et approuvé par le Conseil des États le 18 décembre 2019, qui ne rendrait pas des multinationales comme Glencore ou Syngenta responsables de leurs agissements, illustre bien l’influence des lobbies sur le monde politique. Concernant des sociétés de négoce comme Cargill, le fait de ne pas les connaître n’incite pas à les mettre en cause sur la place publique. Comment expliquer une telle concentration d’un demi-millier de sociétés de trading de matières premières en Suisse, notamment à Genève et Zurich, si ce n’est par des régimes fiscaux avantageux et une complicité malsaine des autorités qui ferment les yeux sur les agissements de ces sociétés à l’étranger ?

Sarah – En lisant le rapport du Conseil fédéral sur les matières premières daté de 2018, nous constatons que la Suisse encourage nettement ce commerce international et souhaite le rendre encore plus compétitif. D’un côté, la science nous alerte sur les émissions de dioxyde de carbone engendrées par un tel commerce, sans parler du pillage des ressources épuisables de notre planète, de l’autre côté nos autorités ne tiennent aucun compte de ces alertes. Elles tablent sur une auto-responsabilité des sociétés concernées. Mais cela est un leurre.

D’où l’intérêt de cette initiative pour des multinationales responsables, rejetée par le Parlement, qui obligerait ces dernières à évaluer si leurs activités à l’étranger présentent des risques de violation des droits humains ou des normes environnementales, et à prendre des mesures pour y remédier et à en rendre compte. Si les sociétés ne remplissaient pas ce devoir, elles pourraient être amenées à répondre de leurs manquements devant les tribunaux suisses.

Sarah – Tout est entrepris pour étouffer dans l’œuf cette initiative. En regard de l’urgence climatique et de l’effondrement de la biodiversité, le temps des institutions est devenu beaucoup trop long. D’où la nécessité d’utiliser d’autres outils comme celui de la désobéissance civile, à condition qu’elle demeure sans dommage ni pour les personnes ni pour les biens matériels. Ce qu’XR entreprend, c’est à mon avis le signe d’une saine démocratie !

Mais n’y a-t-il pas un risque que l’on s’habitue à de telles actions non violentes et qu’elles finissent par devenir banales donc sans effet ?

Célestine – XR a adopté une stratégie d’escalade. D’autres actions vont se multiplier. Mais, encore une fois, toujours dans la non-violence. A nous de nous montrer inventifs !

Pensez-vous pouvoir également influencer les collaborateurs des entreprises dont vous dénoncez les actions ?

Célestine – Pourquoi pas ? Nous ne blâmons personne individuellement. Nous mettons le doigt sur un système qui ne fonctionne pas. Au sein même des entreprises, nous pouvons éveiller certaines consciences, auprès de collaborateurs qui se sentent impuissants et à qui nous disons : il y a des solutions, vous pouvez faire bouger les choses !

Sarah – Ne pas blâmer les individus est un des principes fondamental d’XR. Chacun est libre de s’engager à la hauteur de ses possibilités, de participer ou non à un blocage et de s’en retirer.

Quelles sont vos relations avec les forces de l’ordre ?

Célestine – Elles font leur travail. Notre pratique de la désobéissance civile nous met naturellement en rapport avec la police. Globalement, cela se passe plutôt bien en Suisse. Après nos blocages l’an dernier du Pont Bessières, de l’avenue de Rhodanie et de la place Saint François à Lausanne, nous avons été amendés, d’au moins 1000 francs par personne. Il est clair que nous ne paierons pas ces amendes et que nous irons le plus loin possible dans la voie judiciaire.

Et le soutien de la classe politique ?

Sarah – Je suis étonné du peu de soutien des politiques. XR est encore perçue comme un mouvement extrême alors que nos revendications (lire ci-dessous : « Les quatre revendications d’Extinction Rebellion ») s’alignent sur les constats de la science.

Comment voyez-vous ces prochaines 25 années ?

Sarah – Je suis vraiment inquiète pour mes trois enfants, deux ados et une jeune adulte. J’espère que ce ne sera pas trop dur pour eux. Quant à moi, j’aurai 80 ans en 2050. Pour une personne âgée, le réchauffement climatique sera bien difficile à supporter.

Célestine – J’ai très peur, de la famine, des inondations et des périodes de sécheresse qui vont se multiplier, d’un système de santé qui va s’écrouler. Les personnes en situation de précarité seront toujours plus nombreuses. Perdre les acquis sociaux gagnés par nos ancêtres à la sueur de leur front, c’est criminel. Quant aux droits humains, en période de crise, ils sont toujours en fort repli. L’arrivée en masse de réfugiés climatiques ne va rien arranger.

Qu’avez-vous changé dans votre vie ?

Sarah – Je n’ai plus de véhicule privé, utilise les transports en commun, ne mange plus de viande, privilégie les achats de nourriture en vrac, n’achète pratiquement plus d’habits neufs, utilise des shampoings solides, etc. J’essaie le plus possible de mettre mes actes en cohérence avec mes paroles. Et j’ai éduqué mes enfants dans la même voie.

Célestine – J’agis de la même manière que Sarah. L’essentiel, pour moi, est de prendre ses responsabilités de citoyen et d’être humain. Et de s’engager comme je le fais notamment dans Extinction Rebellion.

 

 

Documents XR : les quatre revendications d’Extinction Rebellion

  1. La reconnaissance de la gravité et de l’urgence des crises écologiques actuelles et une communication honnête sur le sujet.
  2. La réduction immédiate des émissions de gaz à effet de serre pour atteindre la neutralité carbone en 2025, grâce à une réduction de la consommation et une descente énergétique planifiée.
  3. L’arrêt immédiat de la destruction des écosystèmes océaniques et terrestres, à l’origine d’une extinction massive du monde vivant.
  4. La création d’une assemblée citoyenne chargée de décider des mesures à mettre en place pour atteindre ces objectifs et garante d’une transition juste et équitable. Tirage au sort. Représentation de la société.

 

La Suisse, une gigantesque scène de crime, document XR :

On connaît le rôle de la Suisse dans le monde des banques et de la finance. Mais la population ignore largement celui que le pays joue dans le négoce des matières premières, dont il est pourtant l’une des principales plaques tournantes au niveau mondial. Pas moins de 540 entreprises travaillant dans ce secteur sont établies en Suisse. Ces sociétés – petites et très discrètes pour la plupart – travaillent d’ailleurs en général dans la plus grande opacité. Beaucoup n’ont même pas de site internet.

Selon les matières premières, entre 20% et 65% du commerce global s’effectuent via des entreprises suisses. Celles-ci brassent des milliards en achetant et revendant des denrées à tours de bras. Elles traitent plus du tiers de la demande globale de pétrole et les deux tiers de celle de métaux. Près de la moitié des échanges mondiaux de denrées agricoles – café, blé, chocolat – font également l’objet de transactions sur notre territoire.

Selon des études mandatées par la Confédération, plus de 3 milliards de tonnes de matières premières seraient négociées chaque année en Suisse pour une valeur de près de 960 milliards de francs. En 2017, les recettes tirées du commerce de transit en Suisse se montaient à plus de 25 milliards de francs suisses, soit presque 3,8 % du PIB helvétique.

Or, ce commerce a un impact environnemental global considérable, au moins 19 fois plus important que la consommation directe de la Suisse, estime l’une de ces études. Et onze fois plus important pour ce qui est strictement des émissions de CO2. Attention, ces chiffres ne comptabilisent que l’impact de l’extraction, du traitement, de la production de matières premières ou encore de l’épandage de pesticides par exemple, mais ne comprennent pas le CO2 émis par la combustion, après coup, des produits pétroliers, qui ferait énormément grimper ce chiffre. Comme ces pratiques se déroulent loin de chez nous et que la grande partie de ces denrées ne transitent jamais physiquement sur notre territoire, elles ne sont pas prises en compte dans le bilan carbone du pays.

Ces matières premières sont obtenues par des méthodes d’extraction de plus en plus invasives – forages en eaux profondes, fracturation hydraulique, etc. -, la recherche et l’ouverture incessante de nouveaux gisements ou encore la déforestation massive pour l’installation de cultures intensives. Les conséquences : érosion, perte de la biodiversité, destruction d’écosystèmes entiers, pollution de l’air, des sols et des cours d’eau, stress hydrique, émissions de CO2 supplémentaire à gogo, production de déchets non recyclables et toxiques, dangereux pour l’environnement et la santé des populations. De plus, les volumes de ces déchets augmentent à mesure que les gisements minéraux de haute qualité s’épuisent et que le minerai de qualité inférieure est exploité.

Par notre action de ce 17 février, nous avons enfin mis ce secteur et sa lourde responsabilité sous le feu des projecteurs. Mais nous dénonçons aussi notre gouvernement, qui le soutient ouvertement, souhaitant même, comme l’affirme un rapport du Conseil fédéral de 2017, en « renforcer la compétitivité et la force d’innovation à long terme ».

« La biodiversité est comme la tour Eiffel, disait Simonetta Sommaruga, présidente de la Confédération au dernier sommet de Davos. Si vous enlevez une vis chaque jour, rien de se passe, mais un jour, une vis de plus et c’est toute la tour qui s’effondre ». Or, ces « déboulonneurs » du climat sont là et agissent sous notre nez en toute impunité. Nous demandons à notre présidente de faire preuve de courage et de reconnaître leurs crimes d’écocide !

Dans un rapport de 2017, Public Eye publiait : « En 2013, le Conseil fédéral a reconnu pour la première fois le « risque de réputation » que le secteur des matières premières fait peser sur la Suisse. Un an plus tard, il a admis la « responsabilité » de la Suisse de lutter contre la malédiction des ressources, en tant que pays hébergeant plus de 500 sociétés actives dans le négoce de matières premières. Pourtant, rien n’a été fait à ce jour pour réguler de manière crédible les activités de ces sociétés. Au nom de la compétitivité de la place économique helvétique, les autorités campent sur une attitude attentiste consistant pour l’essentiel à espérer qu’elles adoptent d’elles-mêmes un « comportement intègre et responsable » ».

Plusieurs études menées par l’OCDE montrent que le secteur des matières premières est particulièrement exposé à la corruption. L’une des entreprises visées, sans intrusion toutefois, Gunvor, a d’ailleurs été condamnée à la fin 2019 pour des faits s’étant déroulés au Congo.

A l’heure où certaines de ces banques, de moins en moins à l’aise, annoncent se retirer des investissements les plus sales, les sociétés de négoce suisses prennent leur relais. Elles octroient d’énormes prêts (par exemple, prêts adossés au pétrole) aux entreprises d’extraction et aux gouvernements de pays dotés en ressources naturelles, s’assurant ainsi l’accès aux matières premières et fragilisant, en augmentant insidieusement leur dette, des pays qui le sont déjà terriblement (malédiction des ressources naturelles).

L’extraction annuelle de matières premières a triplé au cours des 40 dernières années. Le volume de matières premières négociées mondialement a même augmenté de 60% depuis le début du 21e siècle, alors que l’on en connaissait déjà pertinemment les effets négatifs sur le climat et les impératifs de les limiter. Et ce n’est pas près de s’inverser : « l’utilisation de matières premières dans le monde devrait presque doubler d’ici 2060, exerçant une pression sur l’environnement deux fois plus forte qu’aujourd’hui », affirme un récent rapport de l’OCDE.

L’ONG Global Witness a quant à elle calculé que les grandes compagnies pétrolières auraient pour près de 5’000 milliards de dollars de projets de développement sur la prochaine décennie, allant ainsi totalement à l’encontre des recommandations du GIEC, selon lequel seul un retrait rapide du pétrole, du gaz et du charbon pourrait permettre de contenir la hausse des températures.

S’il.elle.s le savaient, Guillaume Tell et Heidi ne s’en retourneraient-il.elle.s pas dans les pages du joli mythe helvétique?

 

Sources :

 – Rapport du Conseil fédéral du 30.11.2018: «Le secteur suisse des matières premières: état des lieux et perspectives»

 –  Database de Public Eyes – April 2017

 – Jungbluth N. and Meili C. (2018) Pilot-study for the analysis of the environmental impacts of commodities traded in Switzerland. ESU-services Ltd. Financé par l’Office fédéral de l’environnement – OFEV, Schaffhausen, Switzerland.

– Chatham House, the Royal Institute of International Affairs,

– Rapport de l’OCDE, Global Material Resources Outlook to 2060, février 12, 2019.

– «Overexposed – The IPCC’s report on 1.5°C and the risks of overinvestment in oil and gas», 

Global Witness, rapport du 23 avril 2019. https://www.globalwitness.org/fr/campaigns/oil-gas-and-mining/overexposed/

 – STSA, Commodity Trading Companies: what and how much in Geneva:

https://stsa.swiss/knowledge/main-players/companies

 

 

Le 20 mars, journée mondiale du bonheur. Pour quoi faire?

Vendredi 20 mars, ce sera le début du printemps. Et ce sera aussi la journée mondiale du bonheur et du bien-être proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies en juillet 2012. A cette occasion, Ban Ki-Moon, alors secrétaire général de l’ONU déclarait: «Le monde a besoin d’un nouveau paradigme économique qui reconnaît la parité entre les trois piliers du développement durable. Les bien-être social, économique et environnemental sont indissociables. Ensemble, ils définissent le bonheur brut mondial». A l’image du bonheur national brut, indicateur remplaçant le PIB au royaume du Bouthan, ce petit pays planté dans la chaîne de l’Himalaya.

Huit ans plus tard, au moment où la pandémie du coronavirus semble avoir relégué au second plan le menaçant réchauffement climatique et la destruction de la biodiversité, cette journée mondiale du bonheur paraît être totalement incongrue. L’angoisse s’est emparée des populations qui comptent leurs morts et bouclent leurs frontières. Alors, définitivement envolé le bonheur?

Un état de conscience

Il n’y a sans doute rien de plus subjectif, de plus intime que le bonheur, bien difficile à réduire à un indice économique, aussi subtil et bienfaisant soit-il. Quand tout s’effondre autour de nous, où pourrait bien se nicher, ce bonheur? Je relis quelques réflexions d’Omraam Mikhaël Aïvanhov, philosophe et pédagogue d’origine bulgare que j’ai côtoyé dans les années 1970 en France. A ses yeux, le bonheur est avant tout un état de conscience. «La caractéristique du bonheur véritable, disait-il lors de l’une de ses nombreuses conférences, est la stabilité. Vous pouvez être pris dans la tourmente d’une guerre, tomber malade, perdre soudain toute votre fortune, être abandonné par votre famille et vos amis, sans pour autant cesser d’être heureux. Pourquoi? Parce que votre conscience ne stagne pas au niveau des événements (…) Vous savez que vous êtes immortels et que rien de mauvais ne peut réellement vous atteindre».

Apprendre à aimer

Bon, d’accord. Mais comment s’y prendre, encore une fois, quand tout bascule et que la souffrance voire la mort frappent à ma porte? «Vous cherchez le bonheur? Alors, aimez, car seul l’amour apporte le bonheur. Oui, l’amour, pas la science, et pas même la philosophie», poursuivait le pédagogue. Apprendre à aimer, d’un amour inconditionnel, c’est sans doute ce que les épreuves nous enseignent dans notre évolution d’être humain en devenir. La multiplication des actions de solidarité en ces jours de grand trouble montre bien que le meilleur peut éclore à tout moment dans nos vies quotidiennes. Au vrai, la journée mondiale du bonheur commence tous les matins, à chaque lever de soleil.

 

 

“Avoir” un enfant?

Faire un enfant, avoir un enfant. Ces expressions sont si banales que nous ne prenons guère la peine de nous interroger sur ce qu’elles révèlent. Nous nous sommes collectivement convaincus que nous «fabriquons» des enfants qui, d’une certaine manière, nous appartiennent comme le montre l’usage de l’auxiliaire «avoir». Il semble aller de soi que nous créons la vie par nos relations sexuelles et amoureuses, voire par nos expériences en laboratoire. Mais alors si nous sommes ainsi capables de créer de la vie, pourquoi n’arrivons-nous pas à en créer encore un peu plus, à volonté, quand vient le temps de la mort? Certes, l’homme et la femme conçoivent bel et bien les conditions de l’expression de la vie, par la co-création d’une enveloppe charnelle tangible d’une incroyable complexité et la transmission d’un patrimoine génétique. Mais sont-ils pour autant à l’origine de la vie et de la conscience qui s’expriment à travers cette enveloppe? Le croire, n’est-ce pas faire preuve d’une profonde ignorance et d’une insondable prétention?

Si nous émettons l’hypothèse, non (encore) démontrée scientifiquement mais avancée par maintes traditions, qu’une âme humaine existe non seulement après sa mort mais aussi avant sa naissance, nous mesurons à quel point l’expression «faire» ou «avoir» un enfant est incongrue. Plus juste serait de dire que nous participons à l’expression incarnée d’une vie que nous avons le devoir d’aider à se construire dans son évolution. Vues sous cet angle, les pratiques telles que l’IVG, la PMA et la GPA posent de nouvelles questions insolites: une âme éjectée de sa mère ne souffre-t-elle vraiment pas; comment interpréter le fait de vouloir à tous prix «avoir» un enfant, contre vents et marées; est-ce bien raisonnable de prendre le risque de marchandiser une vie; que vaut le droit de la femme à disposer de son corps face au devoir de l’homme comme de la femme de participer à l’évolution de notre humanité? La vraie question à se poser n’est-elle pas, pour paraphraser Hamlet dans sa célèbre tirade, «to be or to have», «être ou avoir»?

Quant à celles et ceux qui pensent que pour élever un enfant, peu importe qu’il n’y ait qu’une seule mère, qu’un seul père, deux pères ou deux mères ou encore une famille recomposée (en oubliant qu’avant une recomposition il y a toujours une décomposition!), je suggère ces sages paroles de Christian Bobin recueillies dans son livre Le Très-Bas ((folio) : «Il est bon pour l’enfant d’avoir ses deux parents, chacun le protégeant de l’autre: le père pour le garder d’une mère trop dévorante, la mère pour le garder d’un père trop souverain».

(Publié dans L’Écho Magazine de mercredi 11 mars 2020)

La démocratie par parties prenantes, une alternative à la démocratie par le vote

Pour le professeur Jean-Michel Servet, spécialiste de la finance et membre du conseil scientifique de la fondation suisse Zoein, la démocratie par parties prenantes fait ses preuves dans la gestion des monnaies locales. Elle pourrait couvrir d’autres domaines à plus grande échelle.

 Par Philippe Le Bé

« Personne ne prétend que la démocratie est parfaite ou omnisciente. En effet, on a pu dire qu’elle était la pire forme de gouvernement à l’exception de toutes celles qui ont été essayées au fil du temps ». Cette phrase est extraite d’un discours prononcé par Winston Churchill le 11 novembre 1947 à la Chambre des communes. Largement battu aux élections législatives de juillet 1945 par le travailliste Clement Attlee, « le lion » de la Seconde Guerre mondiale ne faisait que reprocher à un gouvernement impopulaire de tenter de réduire les droits du Parlement. Mais aujourd’hui, cette célèbre citation est souvent mise en lumière pour signifier notre désarroi face à un fonctionnement contestable de nos démocraties occidentales.

Une personne, une voix. Ce principe notamment adopté par les coopératives semble la meilleure formule d’un système démocratique. Pourtant, elle est toujours plus contestée car elle engendre bien souvent des frustrations chez bon nombre de votants contraints d’accepter la loi de la majorité. Une décision prise par 51% des votants oblige 49% de ces derniers à s’y conformer, en toute légalité et légitimité. En France, le système uninominal majoritaire à deux tours lors des présidentielles et des législatives est la caricature d’un système à bout de souffle. Se présentant comme « le président de tous les Français », tout chef d’État fraichement élu tombe bien vite en disgrâce auprès de la forte minorité qui ne l’a pas choisi. Il perd de facto une bonne part de sa légitimité.

Il existe pourtant une forme de démocratie différente de celle fondée sur le droit de vote : la démocratie par parties prenantes. Cette dernière est notamment pratiquée dans les expériences de monnaie locale, comme le constate Jean-Michel Servet, professeur honoraire à l’Institut des hautes étude internationales et du développement, à Genève. Celui-ci étudie depuis trois décennies le fonctionnement des monnaies complémentaires locales, des monnaies alternatives et du microcrédit dans le monde. Entretien.

 

En quoi consiste la démocratie par parties prenantes ?

 Jean-Michel Servet – Dans la démocratie par parties prenantes, lorsqu’un groupe de personnes entend gérer un dossier, quel qu’il soit, il doit commencer par identifier les parties concernées et intégrer collectivement les principaux intérêts, individuels et collectifs, qui sont en jeu. Ces intérêts peuvent fort bien se compléter et non pas s’opposer frontalement. Toute tension conduisant à un blocage est si possible écartée. Fort de cette pratique, le groupe fait progresser le débat jusqu’à ce qu’un consensus se dégage. Si par exemple un projet est en discussion, celui-ci ne devra pas être approuvé. Il n’y aura pas de vote final pour ou contre ledit projet. L’abstention des opposants suffira à le faire adopter. A noter que cette démocratie par parties prenantes peut être formalisée lors de la construction d’un projet ou se faire informellement par la mise en place, au cas par cas, de comités ad hoc.

 

Mais que se passe-t-il si certaines personnes sont hostiles à ce projet ?

 Elles pourront et devront le manifester clairement. Leurs arguments seront écoutés, pris en considération et le débat se poursuivra afin que personne ne se sente floué. Chacun s’efforce de reconnaître les intérêts des autres et contribue de cette manière à un fructueux partage des idées. L’objectif de ces discussions est que ceux qui au départ apparaissaient comme des opposants au projet cessent de s’opposer et le rendent ainsi possible. Le fait que les parties prenantes soient clairement identifiées favorise la reconnaissance des intérêts particuliers.

 

N’y-a-il pas un risque que le débat s’éternise ?

 C’est en effet le risque d’un tel processus. En Afrique, sous l’arbre à palabres, lieu traditionnel de rassemblement, les villageois passent un bon moment à s’exprimer sur la vie en société, les problèmes de leur village ou la politique. Mais il arrive bien un moment où cela s’arrête ! On peut constater aussi, dans ce type de discussions, que certains membres ont plus de « grande gueule » que les autres…. Mais la démocratie par parties prenantes a par ailleurs un avantage : elle est fondée sur une subsidiarité ascendante. On s’efforce de résoudre les problèmes locaux localement, sans en référer à une institution supérieure, à moins que son intervention soit indispensable.

 

A l’image de la Suisse ?

 En effet. Mais pas vraiment à l’image de l’Union européenne qui a tendance à préférer la subsidiarité descendante. Que la Commission européenne se prononce sur la meilleure manière de ralentir la circulation automobile dans les localités, par quinconce plutôt que par dos d’âne, c’est vraiment contre-productif, pour ne prendre que cet exemple parmi tant d’autres.

 

Que se passe-t-il si les opposants à un projet persistent et signent dans leur critique ?

 Cela peut arriver. Dans ce cas, le projet est abandonné. Une initiative citoyenne de monnaie locale à Romans-sur-Isère, dans la Drôme, a ainsi fait long feu parce que certains (notamment commerçants) ont considéré que la gestion d’une monnaie fondante perdant une partie de sa valeur à échéances fixes (en l’occurrence 2% par an) conduisait à une gestion bureaucratique du projet et à une perte de temps et d’énergie. Les partisans de cette fonte en faisaient un élément de quasi identité du projet de monnaie locale par rapport à l’euro. Ses opposants n’ont pas réussi à trouver un terrain d’entente. Commencée en 2011, l’expérience de « La Mesure », le nom de cette monnaie locale, a pris fin cinq ans plus tard. C’est la preuve que la démocratie par parties prenantes ne se solde pas par un compromis mou. Elle est le résultat d’un vrai débat où le respect des convictions de l’autre n’est pas une chimère.

 

Ce système a-t-il été expérimenté à grande échelle dans le passé ?

 Oui, on peut penser que l’Ancien régime y recourait avec la gestion des municipalités et de la concurrence entre activités économiques locales par les corporations de métiers. Réunies dans le Tiers-État, ces corporations associaient un système globalement hiérarchique – les maîtres, les compagnons et les travailleurs de base – avec une grande place donnée aux délibérations sans vote. La gestion des célèbres cahiers de doléance par profession, dont la synthèse était formulée et débattue lors des états généraux convoqués par le roi, se déroulait dans le même esprit. Les communautés d’aujourd’hui qui ont (ré)introduit les monnaies locales n’ont donc rien inventé. Elles ont de fait adapté une méthode traditionnelle à notre 21ème siècle. La démocratie par parties prenantes pourrait singulièrement se développer à la faveur des éco-villages des éco-quartiers en développement un peu partout en Europe. Elle incarnerait l’expression du collectif qui ne serait pas assujetti à l’État national ou fédéral mais qui entretiendrait un dialogue décomplexé et dynamique avec lui, ainsi qu’avec des intérêts privés, pour gérer les multiples formes de « communs » de nos sociétés.

(Publié également dans La Pensée écologique)

 

Le Mexique, plongé dans une réforme aussi audacieuse que périlleuse

Héritant d’un pays lourdement endetté et rongé par une guerre civile liée au narcotrafic, le président mexicain Andrés Manuel Lopez a entrepris une profonde réforme économique, sociale et écologique. Mais sa politique centralisatrice ignorant les corps intermédiaires risque de le conduire à un échec.

 Par Solène Morvant-Roux

 Le Mexique s’est engagé depuis le début 2019 dans une politique ambitieuse nommée Quatrième transformation (4T) impulsée par Andrés Manuel Lopez Obrador (AMLO), président de la République confortablement élu en juillet 2018 et entré en fonctions le 1ier décembre 2018.

La 4T entend s’inscrire à la fois dans une rupture avec les précédentes administrations et en continuité historique sur le long terme avec trois transformations majeures qui ont marqué le Mexique selon AMLO: l’indépendance, la réforme et la révolution avec la promulgation de la constitution le 5 février 1917.

L’ambition du nouveau gouvernement de faire date était au cœur du slogan de campagne “Juntos Haremos Historia » de la coalition tripartite et accompagnait un programme ambitieux tant sur le plan social qu’écologique.

Ainsi, le plan de la nation 2018-2024 rédigé pour présenter sa vision avant l’élection comportait de nombreux éléments de rupture paradigmatique avec la doxa néolibérale des administrations précédentes. Le programme mettait au cœur de ses avancées la lutte contre la pauvreté, l’accès aux droits sociaux, la revalorisation du salaire minimum, la promotion de l’économie sociale et solidaire, la protection des populations indigènes, ou sur le volet écologique le développement territorial via la valorisation du travail agricole, l’accent sur la croissance qualitative et inclusive (durabilité forte et bien vivre), la reforestation et la promotion de techniques agricoles plus écologiques. Le plan de la Nation affirme également le rôle central des peuples indigènes pour juguler la crise de civilisation dont pâtissent les populations métisses. Il s’agit également de porter un message fort anti-raciste et anti-classiste. Il s’agit au fond de promouvoir les citoyens même les plus pauvre comme sujets de droits. A cela s’ajoutait un axe structurant consistant à offrir une retraite minimale à toutes les personnes âgées y compris celles n’ayant jamais « contribué » durant leur vie active du fait de l’ampleur de la population employée dans le marché du travail informel.

Ambition de rupture

Le plan comportait enfin sur le plan économique un programme d’austérité pour les dépenses de l’État, la stabilisation de la dette publique, la volonté de mieux réguler le secteur privé et de promouvoir la formation et l’insertion économique et sociale des jeunes.

L’arrivée d’AMLO à la présidence du Mexique avec 53,8% des votes exprimés était donc naturellement saluée par les organisations du secteur social et suscitait beaucoup d’espoirs, car il s’agissait d’une première historique dans un pays marqué par une démocratie émergente et par plusieurs décennies de politiques néolibérales imprimées par une stratégie de développement tournée vers les marchés extérieurs, avec des extraversions conséquentes sur le social et l’écologique. Lorsqu’il prend ses fonctions, le président mexicain hérite d’un pays très endetté, en proie à une guerre civile liée au narco trafic et dont le niveau d’inégalités le situe juste en dessous d’un pays comme le Brésil, mais ce dernier partait de beaucoup plus haut en 2000.

L’ambition de rupture avec le paradigme dominant est d’autant mieux reçue par les mouvements progressistes que ce choix populaire va à l’encontre de la situation que traversent les pays d’Amérique Latine (Equateur, Brésil, Bolivie, Argentine…). Ces derniers voient, dès le milieu des années 2010, le retour des gouvernements ultra-libéraux après une décennie marquée par des gouvernements se revendiquant de gauche et ayant tenté d’infléchir la courbe de la pauvreté et des inégalités via la promotion de vrais droits sociaux comme en Argentine sous Kirchner.

De l’enthousiasme à la déception

 Après une année de gouvernement que ressort-il des premières actions du Président AMLO et de son équipe ? Il faut évidemment avancer avec grande prudence car le mandat est loin d’être achevé, mais nos premières analyses et entretiens réalisés sur place avec une diversité d’acteurs indiquent que la déception a supplanté l’enthousiasme notamment du côté des acteurs de la Société civile qui pensaient avoir trouvé un allié à la tête de l’État fédéral mexicain.

Nos informations éclairent tout d’abord un mode de gouvernement et de mise en œuvre de politiques publiques étatiste, centraliste et très vertical. Le président avait affirmé son aversion pour toute forme d’intermédiation entre l’État et les citoyens, accusant les intermédiaires de clientélisme et de corruption. Il s’est donc débarrassé des intermédiaires qui n’étaient pas directement contrôlés par l’État, mais les a néanmoins remplacés par une flotte de 19’000 serviteurs de la Nation (servidores de la Nacion) répartis sur le territoire et choisis parmi les militants de son propre parti politique. Si jusque-là les communautés locales avaient conservé une certaine marge de manœuvre dans la mise en œuvre des programmes fédéraux, cela n’est plus le cas avec les serviteurs de la Nation placés institutionnellement sous la coupe du président. Cela est problématique car sans approche universaliste des droits économiques et sociaux (les programmes ne couvrant qu’une part de la population locale), le risque est d’accroitre la fragmentation des communautés, notamment celles organisées autour de systèmes de travail gratuit qui tentent de survivre malgré les contextes de forte privation et des dynamiques qui déstructurent le tissu social: migration, insécurité, évangélisation, etc.

Les politiques sociales ont été totalement transformées par le nouveau gouvernement dans une logique de droits individuels. En effet, depuis la fin des années 1990’s, les programmes de lutte contre la pauvreté (appuyés par la Banque mondiale) ciblaient les familles pauvres avec comme point d’entrée les mères de famille. Le gouvernement d’AMLO rompt avec cette logique en ciblant les individus au sein des familles: écoliers, jeunes sans emploi, personnes âgées, personnes handicapées etc. Si les dépenses sociales ont augmenté de 44,7% en valeur nominale (74,6% en valeur réelle) depuis son arrivée, il faudra néanmoins du temps pour évaluer les effets de cette logique de fragmentation des aides sociales sur l’économie familiale et en particulier les mères de famille.

Absence de concertation

 Le point critique nous semble provenir de l’absence de consultation des organisations de base. Marginalisées, elles ne sont pas concertées et encore moins associées à la mise en œuvre des programmes fédéraux: comme par exemple dans l’élaboration des listes de bénéficiaires qui est confiée aux serviteurs de la nation et semble suivre une logique clientéliste alors même que des listes de bénéficiaires élaborées par les gouvernements précédents auraient pu être mobilisées.

Par ailleurs, certains effets non anticipés négatifs sur le plan écologique se dessinent déjà. Ainsi, les critères d’inclusion du programme phare de la ministre des Affaires sociales nommé Sembrando Vida sont axés sur la taille minimale des parcelles, soit de 2,5 hectares. Or la majorité des 5 millions de paysans du pays possèdent moins de 2 hectares. L’attrait du programme les incite à déforester pour accroitre la taille des parcelles cultivables. Cela est difficile à quantifier pour l’instant mais la connaissance fine des contextes par les organisations locales aurait sans doute permis d’éviter certaines erreurs et dérives. La désillusion a pris la place de l’enthousiasme de 2018 après l’élection. Il ressort qu’en dépit d’un budget conséquent alloué aux populations marginalisées, pauvres, les nouvelles politiques risquent de conduire à l’affaiblissement du tissu social et à l’accroissement des inégalités mais cette fois au niveau local.

Par ailleurs, si en 2019, les dépenses sociales ont augmenté par rapport à la dernière année du mandat d’Enrique Pena Neto, le grand gagnant a été le ministère des affaires sociales avec 52% du budget total destinés à la lutte contre la pauvreté (secretaria de Bienestar) alors que l’environnement ou encore les programmes destinés aux peuples indigènes ont été fortement réduits, voire ont presque disparu du radar des dépenses publiques représentant 0,3% et 1% de ces budgets respectivement. Les investissements physiques et dépenses totales dans les infrastructures ont également enregistré une forte baisse: environ 60% pour les dépenses d’infrastructure d’eau de CONAGUA (ou 40% des dépenses totales) et 15% pour les investissements liés aux voies de communication. La reforestation est désormais sous la coupe du ministère des affaires sociales et notamment du ressort du programme Sembrando Vida. Très innovant, car alliant revenu de base et accompagnement technique des paysans les plus pauvres, ce programme est destiné à promouvoir des pratiques agricoles respectueuses de la nature. Encore faudrait-il s’assurer que les objectifs en matière de reforestation soient atteints, ce qui n’est pas certain au moment où nous écrivons ces lignes.

Quelques mesures progressistes

Sur le plan social, il faut néanmoins souligner que des mesures progressistes sont engagées notamment celle de l’universalisation d’un droit à une retraite minimale qui doit être transformé en droit constitutionnel. Ceci est une grande avancée dans un pays marqué par l’absence de protection qui caractérise l’essentiel des emplois et empêche donc des segments entiers de la population de bénéficier d’une retraite contributive. Par ailleurs, les programmes sociaux sont dénués de conditionnalités et on distingue moins de moralisation des pauvres et de leurs modes de vie que dans les gouvernements précédents.

Le programme reste ambitieux et pertinent du point de vue de l’inflexion paradigmatique qu’il propose tendant vers la transition écologique et sociale que beaucoup attendent. Néanmoins, sans associer les acteurs de base, l’approche étatiste risque de rater le moment historique qui était le sien et que de nombreux pays regardent avec enthousiasme.

Solène Morvant-Roux est professeure assistante à l’Université de Genève et membre du conseil scientifique de la fondation Zoein. Elle réalise de fréquents séjours au Mexique, dans les zones péri-urbaines ou rurales du pays.

 

Et si une épidémie permettait de changer le monde?

Chroniqueur pour l’Écho Magazine, Philippe Le Bé a écrit il y a quelques années un roman qui paraît prophétique : venu de Chine, un étrange virus se répand dans le monde et sème la mort sur son passage… Pour finalement faire plutôt du bien à l’humanité. Interview.

Apparu en Chine en 2020, un étrange virus mortel se propage à une vitesse foudroyante. Des millions de Chinois fuient leur pays pour se réfugier en Europe, encore relativement épargnée par l’épidémie. C’est la panique. Les pays occidentaux se replient sur eux-mêmes. Le racisme anti-asiatique s’installe et, avec lui, la violence.

Non, il ne s’agit pas des derniers développements liés au coronavirus, mais d’un scénario prémonitoire né il y a plusieurs années dans l’imagination foisonnante de notre collaborateur Philippe Le Bé. Celui-ci en a tiré un roman intitulé 2025 : « La situation est certes désespérée mais ce n’est pas grave ». Parue en 2016, cette fiction qui oscille entre catastrophisme et espoir éclaire de façon originale l’épidémie actuelle de coronavirus. Et, même si plus d’un quart de la population mondiale succombe, l’histoire se finit bien.

 

Vous décrivez une pandémie mondiale, des sociétés à l’arrêt, des attaques xénophobes, et pourtant, votre histoire est écrite de telle manière qu’on garde le sourire du début à la fin. Comment avez-vous fait ?

Philippe Le Bé : – Mon but n’était pas d’écrire un énième ouvrage catastrophe. En effet, je pense que quoi qu’il arrive, la vie l’emporte toujours sur la mort. Pour moi, la vie n’a pas de contraire. Si nous sommes, c’est que nous avons été et que nous serons.

Avec ce livre, j’ai voulu participer à l’éveil des consciences. Je pense que l’humanité aura du mal à faire l’économie d’un grand bouleversement. La catastrophe a déjà commencé. Dans le séisme climatique et la perte de biodiversité que nous subissons actuellement, il n’existe à mon avis pas d’autre issue que de vivre autrement. Et cela passe par un regain de spiritualité, par la reconnaissance qu’il existe un « Tout Autre ».

Si la souffrance doit nous permettre d’éveiller nos consciences, de nous faire évoluer vers plus de spiritualité, de sagesse et d’amour, peut-être n’est-elle pas inutile. Or, amour rime avec humour : il était important pour moi d’écrire une histoire drôle et positive malgré la tragédie.

 

Que vous inspire le coronavirus ? Votre livre était prophétique !

– J’ai envie de dire « Mince, je crains qu’ils n’en viennent à bout » ! (rires)

Dans une telle catastrophe, et c’est ce que je décris dans mon livre, on peut aussi voir des effets positifs. Le monde scientifique se met à coopérer, des personnalités politiques commencent à parler d’une même voix, la conscience collective se réveille. C’est comme dans une famille : le décès d’un proche et le deuil permettent aussi de rassembler.

Il est sidérant de voir, en Chine, ces villes de dizaines de millions d’habitants complétement désertées. Des gens meurent du coronavirus et c’est terrible. Mais pendant quelques semaines, les personnes affectées respirent aussi un air plus pur sans gaz d’échappements ni pollution des usines. L’économie s’arrête et pourtant la vie continue. Dans cette tragédie, des gens vont peut-être découvrir des relations différentes, une solidarité nouvelle qui va changer leur façon d’envisager la vie.

De notre côté, je trouve en revanche certaines réactions atrocement cyniques. Quel culot de s’inquiéter du devenir de notre industrie horlogère alors que, de l’autre côté de la planète, des gens meurent du coronavirus ! Cela éclaire le cancer de notre monde : le fait d’avoir mis l’économie à la première place, et non au service de l’homme.

 

Dans le livre, la présidente française Jocelyne Sans Gène, issue d’un parti nationaliste, évolue beaucoup, pour devenir presque sainte. Pourquoi ce choix ?

– Il y a plusieurs natures dans l’être humain. Alice Foy, une de mes professeures de lycée qui m’a profondément influencé – elle m’a ouvert aux pensées de saint Bernard de Clairvaux et de Pierre Teilhard de Chardin –, m’a un jour dit cette phrase : « Le plus grand des saints et le bourreau d’Auschwitz se trouvent à l’intérieur de moi ». J’ai mis du temps à comprendre ce que ça voulait dire.

Évidemment je n’adhère pas à la position extrémiste de Jocelyne Sans Gène et de son homologue suisse Hans Bürgenstock, mais je donne à ces êtres-là, comme à n’importe qui d’autre, la possibilité de passer de la peur à l’amour. Ce qui anime Jocelyne Sans Gène et qui fait qu’elle laisse un « Comité de sauvegarde de la race blanche » s’en prendre aux Chinois, c’est la peur. La peur est le début de toutes les catastrophes. A partir du moment où on la laisse entrer, tous les dérapages sont possibles. Mais chacun peut se transformer. N’oublions pas que saint Paul a commencé par bousiller pas mal de chrétiens ! Et finalement, toute l’énergie qu’elle avait mise à faire du mal, Jocelyne Sans Gène l’utilise pour créer un monde meilleur.

 

Vous avez travaillé pendant 40 ans comme journaliste économique dans de nombreux médias suisses. Qu’a apporté ce métier à votre compréhension du monde ?

– Cela m’a appris à quel point la relation est essentielle dans la vie quotidienne, et qu’on trouve chez chacun le meilleur comme le pire. J’ai dénoncé, à quelques reprises, de sales affaires. Mais ce n’est pas ma tasse de thé. Je préfère voir la lumière qui brille et montrer le meilleur chez les gens que j’interviewe. Si on se concentre sur le négatif, on risque de l’encourager. Alors que si on se focalise sur la lumière, on la révèle et on la développe. Mais il ne faut pas être dupe.

Quant à l’économie, j’ai passé quarante ans à essayer de démontrer qu’elle ne devrait pas tenir la première place. Prenez le PIB : on sait depuis cinquante ans que c’est un indice complétement dépassé qui ne met pas en valeur ce qui devrait l’être, mais on a la flemme d’en changer. Un accident qui fait de nombreux morts, par exemple, augmente le PIB parce qu’il donne du travail à des médecins, des infirmiers, des garagistes. Alors que des parents qui s’occupent de leurs enfants et les éduquent n’apportent rien au PIB !

Je demeure convaincu qu’on ne peut pas changer l’économie de ce monde sans nous changer nous-mêmes. Pour modifier nos comportements, nous avons besoin d’une conversion intérieure.

Recueilli par Aude Pidoux

 

Philippe Le Bé, 2025 : « La situation est certes désespérée mais ce n’est pas grave », Edilivre, 194 pages. (Disponible sur le site www.edilivre.com et sur www.payot.ch)

Paru dans l’Écho Magazine de mercredi 26 février 2020

 

 

Yverdon-la-Bagnole, ou l’avenir dans le rétroviseur

Avec son projet de parking souterrain de 1000 places au centre-ville, Yverdon-les-Bains va à contre-courant de ce que planifient maintes villes européennes.

Nuria Gorrite tient des paroles fort sensées. S’exprimant vendredi passé sur l’action de son Département des infrastructures dans le canton de Vaud, la conseillère d’État socialiste a relevé l’importance de «diminuer la dépendance à la voiture en offrant des alternatives en transport public». Mais à Yverdon-les-Bains, la réalité est tout autre. Entretenir et encourager la dépendance à la voiture, c’est en effet l’une des principales conséquences du parking souterrain de 1000 places prévu sous la place d’Armes au cœur de la deuxième ville du canton, projet du siècle de la Municipalité. Non pas du 21ème mais du 20ème siècle, quand l’urgence climatique et l’effondrement de la biodiversité étaient encore réservés à des lanceurs d’alerte qui criaient dans le désert.

Devant plusieurs centaines d’Yverdonnois invités jeudi dernier à une séance d’information, le syndic PLR Jean-Daniel Carrard a présenté le projet de la place d’Armes comme «un poumon de verdure de 30.000 m2 au cœur de la ville», qui fait «la part belle à la détente et aux loisirs». Résultat d’un accord entre les municipaux PLR majoritaires et socialistes minoritaires, ce méga parking va en fait «aspirer la totalité de la circulation au cœur de la cité», comme le souligne pertinemment dans un récent rapport Roland Villard, ancien président de l’UDC à Yverdon. Sur ce dossier, Les Verts et leurs alliés socialistes n’ont assurément pas le monopole de la lucidité environnementale.

Incohérence

En résumé, après avoir voté à 62% en 2012 en faveur d’une route de contournement (32 millions de francs pour le seul premier des trois tronçons prévus) destiné à écarter les automobiles du centre de la ville, les Yverdonnois glorifient un parking qui va les attirer encore davantage. Quelle incohérence! Le coût total pour la réalisation de ce parking et des aménagements en surface atteint 91, 5 millions de francs dont 37 millions sont à la charge de la commune et 54,5 millions à la charge d’une société privée, Parking Place d’Armes SA, à laquelle la municipalité concède un droit de superficie pour le siècle à venir. Elle lui octroie par ailleurs une garantie de chiffre annuel d’affaires de 2,5 millions par un versement d’un montant maximum de 150.000 francs pendant dix ans. C’est dire à quel point la rentabilité économique de ce parking n’est pas assurée! Même si la Municipalité clame sa volonté de dévier le trafic de transit sur des rues parallèles, maintes études montrent que le détournement d’une circulation n’est à terme pas une solution de fluidité.

Pendant qu’Yverdon-le-Bains s’accroche à un ancien monde, toujours plus nombreuses sont les cités à mettre en place des dispositifs anti-voitures: interdiction en centre-ville, péages urbains, zones réservées aux véhicules électriques, etc. Pontevedra, sur la côte espagnole de Galice, a quasiment fait disparaître les automobiles de son périmètre urbain. Cette cité de 83.000 habitants est devenue une référence mondiale en matière de piétonnisation, d’accessibilité et de développement durable. Plusieurs prix internationaux lui ont été décernés ces dernières années pour sa qualité urbaine et sa qualité de vie, son accessibilité et sa politique de mobilité urbaine. A Madrid, des urbanistes sont en train de réinventer 24 des rues les plus fréquentées de la ville pour la marche plutôt que la conduite.

Projets européens

En Allemagne, Hambourg prévoit de faire de la marche et du vélo ses modes de transport dominants. Au cours des deux prochaines décennies, la ville réduira le nombre de voitures en autorisant uniquement les piétons et les cyclistes à pénétrer dans certaines zones. A Copenhague, plus de la moitié de la population va travailler à vélo tous les jours grâce aux efforts de la ville pour créer des zones réservées aux piétons depuis les années 1960. La capitale danoise compte aujourd’hui plus de 320 kilomètres de pistes cyclables et affiche l’un des taux les plus faibles de possession de voiture en Europe.

Dans le centre de Paris asphyxié par les automobiles, que la maire Anne Hidalgo souhaite piétonniser si elle est réélue, il y aura une navette électrique qui permettra de relier différents points du centre de Paris pour que les habitants, les visiteurs, puissent se déplacer à l’intérieur de ce centre. Enfin, partant du constat que les transports constituent la première source d’émissions de gaz à effet de serre, Oslo, en Norvège, a décidé de bannir toutes les voitures de son centre-ville. En y supprimant 700 places de stationnement, la municipalité a pu y créer davantage de zones piétonnes, d’aménagements cyclables et d’espaces verts. Pour les 5 500 personnes qui vivent et les 120 000 qui travaillent dans l’hyper-centre, c’est une qualité de vie au quotidien nettement améliorée. La ville teste également, actuellement, des systèmes de navette autonome et électrique.

État d’esprit

Certes, Yverdon-les-Bains n’a pas les moyens d’une très grande ville. Mais plus qu’une affaire financière – le projet de la Place d’Armes n’est assurément pas donné! – c’est un certain état d’esprit qui pose problème. Dans cette ville, l’addiction à l’automobile est devenue une constante depuis des décennies. «Si l’on supprime une seule place de parc, c’est l’émeute», me confiait l’ancien syndic de la ville Daniel von Siebenthal, juste avant de démissionner en septembre 2014. Quant à la crainte de voir les commerçants plier bagage si leurs clients ne peuvent pas se garer à quelques mètres de leurs boutiques, elle n’est pas fondée. Comme le souligne Roland Villard dans son rapport, «force est de constater que le problème du commerce local vient avant tout de la concurrence des achats en ligne, de la cherté des loyers ainsi que d’une politique restrictive de la police du commerce». De son côté, Romain Pilloud, secrétaire général de l’Association Transports et Environnement (ATE) dans le canton de Vaud, observe que «des études réalisées en Amérique et en Europe ont déjà démontré qu’une piétonnisation et un accès en transports publics et mobilité douce stimulent le commerce au centre-ville, davantage que par l’accès automobile».

Manque d’imagination

Évacuer les voitures du centre de la ville d’Yverdon-les-Bains n’est possible que si l’on fait preuve d’imagination et d’audace. En créant par exemple des parkings en périphérie et en développant massivement des transports publics attrayants et gratuits. Mais une telle entreprise n’est réalisable que si la population prend conscience qu’elle ne vit plus au 20ème siècle et que les conditions de vie seront toujours plus difficiles avec un climat profondément bouleversé. Or le projet d’aménagement de la surface du parking souterrain ne sera pas le «poumon de verdure» que la Municipalité fait miroiter à la population. Il est en effet illusoire de planter des arbres de grande taille sur une dalle de parking. Dès lors, durant les périodes de canicule qui vont inéluctablement se multiplier et s’étendre en durée, la pelouse du parking deviendra l’endroit à éviter si l’on ne veut pas griller sur place. L’impossible arborisation de la Place de la Riponne à Lausanne, soulignée récemment par l’ATE, en est la démonstration. L’actuel «jardin japonais» apprécié par tous les habitants qui le fréquentent pourrait être développé et aménagé de telle sorte que des espaces dédiés à la culture et aux spectacles soient créés.

Yverdon-les-Bains pourrait devenir un modèle de développement vraiment durable. Mais elle semble préférer tout sacrifier au profit de l’automobile et d’intérêts privés, en regardant l’avenir dans le rétroviseur.

(Sources: Ministère français de la transition écologique et solidaire, Le Monde, Business Insider)

Devenir suisse

Après quarante ans de résidence dans les cantons de Berne, Genève et Vaud, au terme d’une procédure entamée il y a plus de deux ans, me voici donc bourgeois d’Yverdon-les-Bains, donc ressortissant du canton de Vaud, donc citoyen suisse. Une approche ascendante (bottom-up, comme disent les experts) sans doute bien étrange aux yeux de mes chers et toujours compatriotes français, plus habitués à l’approche descendante (top-down) d’un système fortement teinté de jacobinisme! Pourquoi devenir suisse? Donner son grain de sel dans la cuisine politique helvétique, c’est bien sûr une bonne et honorable raison. Mais il y a plus que cela. La naturalisation, en ce qui me concerne, c’est d’abord une histoire d’amour. Ah, ça vous fait sourire? Pourtant, quoi de plus important que l’amour?

Certes, il y a belle lurette que je me suis rendu compte que la Suisse n’était pas au-dessus de tout soupçon. Quand, par exemple, je découvre systématiquement le nom d’une banque suisse juste après la disgrâce d’un despote, quand je constate qu’une mine de la société anglo-suisse Glencore au Pérou intoxique impunément des enfants aux métaux lourds, mon amour pour mon pays d’adoption s’en trouve quelque peu ébranlé. Mais la fin d’un secret bancaire permissif et la perspective d’une initiative pour des multinationales responsables montrent que certains Suisses savent défendre l’essentiel, l’âme de leur pays qui désormais est aussi le mien.

Lors du sommet de la francophonie à Québec en septembre 1987, l’ancien président et poète sénégalais Léopold Sédar Senghor me disait au micro de Radio Suisse Internationale: «La Suisse a réalisé une symbiose des cultures». Quatre cultures rassemblées, une banalité quotidienne qui relève cependant d’un petit miracle permanent. Quelques années plus tard, le philosophe Frédéric Lionel me confiait: «Si l’on repassait la Suisse avec un fer à repasser, son territoire s’étendrait de l’Atlantique à l’Oural. Le fait que celui-ci est concentré sur lui-même, avec ses montagnes d’où les principaux fleuves européens prennent leur source, cela montre que ce pays est un archétype en Europe». Ces paroles révèlent qu’il y a bel et bien de la grandeur dans ce petit pays où l’écoute et le respect de l’autre demeurent d’authentiques valeurs.

Dès lors, quand je vois une partie croissante de la jeunesse se mobiliser pour le climat et la sauvegarde de la biodiversité, je me dis qu’être citoyen de ce pays, cela ne veut certainement pas dire se réfugier dans une neutralité synonyme de passivité irresponsable. Être Suisse signifie aussi, plus que jamais, être citoyen du monde. (Publié dans l’Écho Magazine du 12 février 2020)

L’Echo Magazine a 90 ans. Le temps pour devenir jeune

Nouvelle rédactrice en chef de l’Echo Magazine, hebdomadaire suisse d’inspiration chrétienne, Aude Pidoux mise sur la famille et le numérique pour rajeunir son lectorat.

(Publié sur le site de l’UPF-Suisse – francophonie.ch)

 A 37 ans, Aude Pidoux dirige depuis juin 2019 la rédaction de l’Echo Magazine qui souffle ses 90 bougies. Dans une presse suisse sérieusement chahutée, c’est un petit miracle pour cet hebdomadaire d’origine catholique dont le premier numéro est sorti de presse le 18 janvier 1930, avec la bénédiction de Mgr Marius Besson, alors évêque de Lausanne, Genève et Fribourg. Le regard pétillant d’une bienveillance naturelle, la rédactrice en chef m’accueille au sein de sa petite rédaction, installée dans un ancien et sobre bâtiment, route de Meyrin 12 à Genève. Le bureau des collaboratrices du télémarketing côtoie celui des quelques journalistes et du service clients. Tous pour un, un pour tous!

Dans un coin sont rassemblés les 4680 numéros parus jusqu’au 23 janvier 2020. Parmi ces derniers, figurent tous ceux qui ont accueilli Tintin et Milou dessinés par Georges Remi, alias Hergé, avec notamment Tintin chez les Soviets publié en 1932. Cette insolite et fructueuse collaboration entre l’Echo Illustré d’alors (renommé l’Echo Magazine dans les années 1990) et Hergé aura duré un demi-siècle! Édité par la société genevoise Saripress SA, le magazine revendique aujourd’hui quelque 12.000 abonnés.

2020 est l’année du renouveau. Dominique-Anne Puenzieux, ancienne directrice des éditions St-Augustin à St-Maurice, a pris début janvier la direction de Saripress, succédant à ce poste à Gérard Plader désormais retraité. C’est ce dernier qui a proposé à Aude Pidoux de devenir rédactrice en chef après le départ de Patrice Favre, lui aussi parti à la retraite. Aux commandes du Gaboteur, seul journal de langue française dans la province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador, la journaliste vaudoise n’a pas hésité trop longtemps avant de reprendre le large, avec sa famille, en direction de la Suisse romande. Rencontre.

Echo Magazine 04-2020

 Après sept mois dans votre nouvelle fonction, qu’est-ce qui vous a le plus surprise?

Aude Pidoux: – Ayant fait mon stage de journaliste au sein de la rédaction de l’Echo Magazine, je connaissais ce média. Mais aujourd’hui je mesure pleinement l’énergie qu’il faut déployer pour réussir à faire paraître, chaque semaine, un magazine de 48 pages avec seulement cinq journalistes, moi comprise.

Un magazine que vous qualifieriez de catholique?

A l’origine, c’était en effet un journal catholique tenu par des hommes d’Église. Lors des messes, les prêtres exhortaient les fidèles à s’abonner à l’Echo Illustré que toute famille catholique respectable se devait d’avoir sur la table de son salon. Aujourd’hui, il s’agit plutôt d’un magazine chrétien destiné à un public large, même si son ADN catholique est toujours présent

 Vous-même, êtes-vous catholique?

Non. Je suis issue d’une famille protestante. Sans avoir d’ancrage religieux, j’adhère pleinement aux valeurs chrétiennes véhiculées par notre magazine. Avec le télémarketing, qui contacte des gens de manière non ciblée, des lecteurs athées et de différentes confessions nous ont rejoints. Ceux-ci côtoient désormais un noyau dur de catholiques très engagés, dont les plus âgés de nos lecteurs.

Satisfaire un lectorat aussi hétéroclite, est-ce possible?

C’est un difficile exercice d’équilibre. Il faut à la fois satisfaire ceux qui se nourrissent spirituellement de la lecture des pages «religion», auxquelles nous tenons, et ceux qui sont surtout sensibles à la dimension sociale et environnementale de notre humanité.

Comment séduire un public plus jeune et peu enclin à lire des journaux?

Nous allons mettre encore davantage l’accent sur des thèmes en relation avec la famille. Beaucoup de jeunes gens se posent des questions sur l’éducation de leurs enfants ou la manière de gérer leur couple ou leur famille, dans un monde où les repères volent en éclat et où les défis climatiques et environnementaux sont toujours plus pesants. L’éthique, la psychologie et la spiritualité sont autant de portes à ouvrir à toutes celles et à tous ceux qui sont en quête d’un sens à donner à leur vie. L’Echo Magazine peut combler un vide généralement laissé de côté par les médias.

 Allez-vous améliorer votre site WEB?

D’ici six mois, nous aurons un nouveau site que nous préparons avec Dominique-Anne Puenzieux. Chacun pourra lire le journal sur son ordinateur ou portable, acheter des articles au numéro, avec un abonnement à la version imprimée et/ou numérique. D’ici la fin 2020, nous présenterons une nouvelle maquette, tout aussi claire que l’actuelle mais offrant plus de liberté dans la mise en page.

Il y a fort peu de publicité dans votre magazine qui n’est pas vendu en kiosque. Comment vous en sortez-vous financièrement?

Nous sommes dans les chiffres noirs. Notre recette: les abonnements reflètent un prix coûtant. Par ailleurs, les journalistes reçoivent un salaire de 15 à 20% inférieurs à ceux pratiqués dans la profession. Mais, en contrepartie, ils jouissent d’une totale liberté rédactionnelle. Prendre le temps de traiter un sujet d’une actualité vieille de deux semaines, avec un angle original, ne nous pose pas de problème.

Collaborez-vous avec d’autres médias?

Nous publions régulièrement des articles du quotidien français La Croix avec lequel nous avons une relation contractuelle. Nous collaborons aussi avec cath.ch, et nous reprenons régulièrement des articles de Swissinfo ainsi que de certaines publications universitaires suisses, dont Allez Savoir!.

 Face au bouleversement climatique et à l’effondrement de la biodiversité, quel est votre regard?

Je m’efforce de cultiver l’espoir. Rappelons-nous qu’à l’issue de la Deuxième Guerre mondiale, dans un monde en partie détruit, l’humanité a fait preuve d’une étonnante capacité de résilience. Elle a su se reconstruire en quelques années. Les épreuves actuelles et à venir vont nous inciter à ne plus nous disperser dans le superflu et à nous recentrer sur l’essentiel de la vie, notamment dans sa dimension spirituelle et notre relation à l’autre. (PLB)