Le revenu de transition écologique intéresse Genève

Après avoir pris ses premières racines dans les cantons de Vaud et du Jura, le Revenu de transition écologique (RTE) pourrait bien s’implanter dans le canton de Genève. Sur une initiative de l’Hospice général, un premier groupe de travail vient d’être validé. En font partie notamment des représentants de la ville de Meyrin, de l’Office cantonal de l’emploi, de l’Office de l’action, de l’insertion et de l’intégration sociales, ATD Quart Monde Suisse, la chambre de l’économie sociale et solidaire APRÈS-GE et la Fondation Zoein.

« Ce groupe de travail va faire des propositions concrètes pour que des porteurs de projets concernant les emplois de demain viennent de la société civile, et pas seulement des bureaux d’ingénieurs ou des start-up » a souligné Sophie Swaton, présidente de Zoein, lors d’un débat organisé lundi soir à Genève par Alternatiba 2021.

Vaud et Jura également intéressés

Les parlements vaudois et jurassien ont déjà demandé aux gouvernements des deux cantons, par la voie de postulats, d’étudier la possibilité de mettre en place un revenu de transition écologique. Le RTE est un dispositif comprenant un revenu versé à des personnes physiques en contrepartie d’activités orientées vers l’écologie et l’impact sociétal. Soutenues et accompagnées dans leur projet de transition en durabilité, ces personnes doivent par ailleurs adhérer à une structure démocratique (association, coopérative d’activité) qui favorise leur intégration sociale.

A l’heure du réchauffement climatique dont on ressent déjà les effets dévastateurs, de nouvelles activités et des reconversions professionnelles indispensables dans de nombreux domaines devraient pouvoir bénéficier d’un tel outil au service de la collectivité.

Le RTE fait l’objet d’une expérimentation dans plusieurs territoires en France, notamment à Grande Synthe dans le Nord et dans la Haute vallée de l’Aude.

 

 

 

Au bûcher!

Fini, le temps des bûchers ? Allons donc ! Certes, il ne s’agit plus de brûler physiquement qui que ce soit. Au XXIème siècle, les bûchers sont purement psychologiques. Ils ne suppriment aucune vie mais font bien comprendre à ceux dont la pensée est politiquement incorrecte qu’ils se mettent en marge de la société dont ils ne reconnaissent pas la soi-disante « inéluctable évolution ». Quelques exemples :

Vous en avez assez d’entendre clamer à longueur de propagande qu’une fois vaccinés contre le coronavirus nous pourrons vivre « comme avant », alors que c’est précisément en vivant « comme avant » que la planète ne pourra bientôt plus empêcher une grave pénurie d’eau, de nourriture, de graves inondations, des canicules ainsi qu’une extinction accélérée des espèces. Et cela bien avant 2050, comme le dévoile dans son dernier rapport le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) : alors, au bûcher !

Vous en avez assez d’entendre parler de droits humains, de droits de la femme et de l’enfant sans que jamais ne soit mentionnés les devoirs des uns et des autres, alors qu’il n’y a pas de droits sans devoirs et qu’à force d’éliminer les seconds nous faisons la part belle à l’irresponsabilité collective et à la perpétuelle victimisation de notre société : alors, au bûcher !

Vous en avez assez des discours de pédagogues qui nous vantent les vertus d’une éducation favorisant la créativité et l’imagination de l’enfant comme de l’adolescent, alors que la danse, la musique, le théâtre et les arts graphiques sont toujours considérés comme des matières secondaires. Vous pensez qu’elles devraient être au cœur de l’enseignement scolaire et universitaire d’une société favorisant l’être et non l’avoir : alors, au bûcher !

Vous en avez assez des mirages mis en scène par les fascinés de la technologie qui s’imaginent que cette dernière va nous faciliter la vie alors qu’elle nous l’emprisonne en nous déconnectant du vivant. C’est le cas des techno-fanas de la 5G qui, avec la complicité aveugle des gouvernants, érigent leurs antennes sans se soucier des conséquences écologiques et sanitaires d’un système dont l’utilité réelle reste à démontrer : alors, au bûcher !

Vous en avez assez de ces publicités mensongères qui flattent notre striatum au mépris de notre conscience d’être humain, comme les images de pseudo-liberté véhiculées par cette bagnole qui nous transporte dans des paysages de rêve, alors qu’en réalité nous sommes devenus ses esclaves inconditionnels : alors, au bûcher !

Mais n’ayons pas peur de ces nouveaux bûchers. Viendra le temps du retour de flamme. Résistance ! (Chronique diffusée dans Écho Magazine)

 

 

Pensées positives

Auteur du livre 2034: un récit de la prochaine guerre mondiale,  l’amiral américain James Stavridis estime dans un récent entretien à la RTS qu’un conflit nucléaire entre la Chine et les États-Unis, dont les désaccords sont nombreux notamment à propos de Taïwan, est « très probable » même avant 2034. A la question de savoir si nous avions vraiment besoin d’un tel message en ces temps de grande inquiétude, l’ancien commandant des forces de l’OTAN en Europe répond que sa démonstration permet de déconstruire ce futur que nous ne voulons pas, de faire de « l’ingénierie inverse » qui consiste à éviter le type de résultat qu’il décrit dans son livre. Vraiment?

Certes, la raison nous dit qu’il vaut mieux être prévenu à temps d’un prochain désastre que de s’endormir face au danger qui menace, comme ce fut le cas juste avant la seconde Guerre Mondiale. Mais une telle attitude, aussi «raisonnable» soit-elle, a son revers. A force de laisser se répandre dans l’espace-temps des pensées de violence et de guerre, ces dernières s’amplifient jusqu’à devenir une réalité tangible. «Les pensées sont des entités vivantes, relevait le philosophe et pédagogue bulgare Omraam Mikhaël Aïvanhov dans l’une de ses nombreuses conférences. Certaines meurent assez vite, alors que d’autres subsistent très longtemps. Cela dépend toujours de la puissance avec laquelle elles ont été formées (…) Celui qui laisse sa tête, son âme, son cœur ouverts à tous les vagabonds de l’espace, sera leur victime. Inversement, celui qui sait comment se préparer intérieurement, ne peut attirer que des influences bénéfiques qui viendront l’accompagner pour l’inspirer et le réjouir sans arrêt».

Dès lors, sans pour autant tomber dans la naïveté, il est peut-être conseillé de se pencher sur une récente étude réalisée par l’Université de Pennsylvanie. Dans cette expérience, un premier groupe de personnes a visionné trois minutes d’actualité déprimante avant de partir au travail. Un deuxième groupe a fait le même exercice mais en savourant d’heureuses histoires. A la fin de la journée, le niveau d’anxiété du premier groupe était supérieur de 27% à celui du deuxième. Notre cerveau est naturellement programmé pour se focaliser sur le danger, commente le psychiatre Patrick Lemoine dont les propos ont été recueillis par France 2. Cela empire si nous sommes passifs lors d’un événement tragique face auquel nous nous sentons impuissants. Nous déclenchons des réactions endocriniennes et chimiques qui peuvent attaquer les organes comme l’estomac ou le cœur. Pour notre santé personnelle et celle de l’humanité, cultivons plutôt les pensées positives ! (Chronique publiée dans L’Écho Magazine du 2 juin 2021).

 

 

Les arbres, pour nous relier à l’essentiel

Du cèdre du Liban de la Place d’Armes au séquoia géant du parc d’Entremonts en passant notamment par les marronniers blancs et les pins sylvestres, Yverdon en Transition (YET) nous invite à redécouvrir quelques-uns des plus beaux arbres de la ville. Jeudi 17 juin 2021, de 18h00 à 19h30, Ernst Zürcher nous accompagne lors d’une promenade riche en découvertes pour émoustiller nos sens et nos méninges. Ce célèbre forestier est notamment l’auteur du livre Les Arbres entre visible et invisible (2016, Actes Sud) et le coréalisateur du documentaire La Puissance de l’arbre. Projeté en salle ou visionné en VOD, ce film nous révèle les aspects insoupçonnés de ces gardiens du temps que sont les arbres et dont l’existence nous est indispensable.

Pourquoi une telle visite guidée ? Parce que les grands arbres qui mettent des décennies, voire des siècles, à atteindre une taille respectable ne sont précisément toujours pas respectés comme ils le devraient. Trop souvent cloisonnés dans un espace restreint alors qu’ils ont un besoin vital d’enracinement en terre profonde et d’épanouissement dans l’espace, trop souvent considérés comme de simples éléments de décoration alors qu’ils représentent la mémoire vivante de l’humanité, les grands arbres méritent qu’on les observe, qu’on les écoute, qu’on les touche avec la plus grande bienveillance.

Ernst Zürcher nous dira à quel point les arbres sont des bienfaits pour la santé. Un séjour en forêt a par exemple des effets très positifs sur les personnes souffrant d’anxiété ou de troubles cardiaques. Dans une ville comme Yverdon-les-Bains, ils ont un pouvoir réparateur des nuisances engendrées par un trafic automobile devenu hélas omniprésent. Héros de la résilience dans un environnement qui deviendra toujours plus rude avec le dérèglement climatique, les grands arbres sont de véritables maîtres de la gestion de l’eau. En période de canicule, il n’y a pas de meilleurs rafraîchisseurs d’air ! Comme les organes d’un être vivant, ils sont dépendants les uns des autres et font vivre harmonieusement un corps tout entier, celui de la forêt. Certes, il n’est pas question de forêt en ville, mais il est cependant possible et indispensable d’entretenir des couloirs arborisés, seuls garants de la biodiversité végétale et animale.

Ingénieur forestier diplômé de l’École Polytechnique Fédérale de Zurich, chercheur et enseignant, Ernst Zürcher a aussi une formation de fromager ! Durant toute sa vie, il a toujours cherché à concilier les connaissances académiques avec le savoir-faire artisanal, la matière grise de l’intelligence avec la matière blanche de l’intuition. Avec lui s’ouvre l’histoire, parfois mythique, de chaque arbre rencontré. Une histoire qui nous plonge dans les racines de notre avenir.

Pour vous inscrire : https://yverdonentransition.ch/events/les-arbres-pour-nous-relier-a-lessentiel/?utm_source=mailpoet&utm_medium=email&utm_campaign=les-nouvelles-de-yet_6

 

 

 

 

Vivre comme avant?

« Vivement que tout le monde soit vacciné, que l’on en finisse avec ce coronavirus et que l’on revive comme avant ! » C’est la ritournelle planétaire dont nous sommes abreuvés quotidiennement. Vivre comme avant, vraiment ? Nous savons désormais que 60% des maladies humaines existantes sont zoonotiques, c’est-à-dire issues du monde animal, et 75% des maladies émergentes le sont aussi. Les virus, bactéries ou parasites sautent la barrière d’espèces pour infecter l’être humain. En octobre 2019, un groupe de 22 experts internationaux de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) estimait à 1,7 million le nombre de virus non découverts actuellement présents dans les mammifères et les oiseaux. Plus de 800 000 d’entre eux pourraient avoir la capacité d’infecter les êtres humains.

Si une forte biodiversité permet de « diluer » les virus dans la variété des espèces sauvages, a contrario une perte de celle-ci est une aubaine pour les nouveaux virus. Aux États-Unis, constate Benjamin Roche, éco-épidémiologiste membre de l’IPBES, la maladie de Lyme transmise par les tiques progresse en flèche dans les régions où la biodiversité est la plus détruite. En Afrique, le virus Ebola s’est propagé tout particulièrement dans les zones déforestées car les chauve-souris originaires des écosystèmes forestiers sont contraintes de se déplacer de plus en plus près des villes et villages. Voilà pourquoi le monde a déjà connu six pandémies depuis 2000, contre seulement une par siècle en moyenne précédemment.

A quoi sert dès lors de se faire vacciner à tour de bras si la préservation des écosystèmes ne devient pas une priorité absolue ? En Suisse, la biodiversité est soumise à une très forte pression. Les habitats des animaux comme des plantes sont fortement altérés, non seulement par une agriculture intensive non biologique mais aussi par une boulimie de bétonnage et de bitumage. Il y avait donc un lien logique entre les pandémies et la volonté des militants écologistes de bloquer le projet d’extension de la carrière du cimentier Holcim sur la ZAD de la colline du Mormont (VD). Pour toute destruction du vivant, nous paierons un prix toujours plus élevé.

D’heureuses initiatives se multiplient heureusement. Toujours en Suisse, agricultrices et agriculteurs travaillent main dans la main avec des bénévoles du WWF. Ensemble, ils plantent des haies et des vergers, entretiennent des prairies et des pâturages, installent des nichoirs, etc. Les amoureux de la vie, sous les feux ou non de l’actualité, n’ont pas capitulé. Et nos autorités ? (Chronique publiée dans L’Écho Magazine du 7 avril 2021)

 

 

Vers une épicerie coopérative et participative à Yverdon-les-Bains

Il était temps. Yverdon-les-Bains était l’une des rares villes de Suisse romande à ne pas avoir d’épicerie locale, coopérative et participative. Grâce à un groupe d’action issu du groupe alimentation de YET (Yverdon En Transition), une telle épicerie devrait être fondée prochainement. Il y a du pain sur la planche. Si les statuts sont déjà prêts, les types de produits sélectionnés, certains fournisseurs répertoriés, le lieu d’implantation est encore à fixer, de même que le financement ainsi que mille détails qui restent à régler. Des détails dans lesquels ne se cache pas forcément le diable mais l’inconnu d’une aventure humaine exaltante !

Une épicerie participative, c’est d’abord une société coopérative alimentaire qui rassemble des coopérateurs responsables de la gestion et de la maintenance quotidienne du magasin. Historiquement, l’une des plus anciennes coopératives alimentaires a été fondée en 1973 à Park Slope, quartier de Brooklyn à New York. A cette époque, l’objectif de la Slope Food Coop était essentiellement de fournir des aliments de qualité à une population sans ressource. Le magasin compte aujourd’hui quelque 17.000 membres.

En Suisse romande, seize supermarchés coopératifs et participatifs ont vu le jour, dès 2018 pour la plupart, dans tous les cantons romands. Quatorze d’entre eux sont déjà rentables ! C’est le constat de Dorian Meierhans, l’un des membres (une dizaine) du groupe alimentation de YET qui travaille sur le projet yverdonnois. Dorian vient de réaliser un mémoire de recherche sur les épiceries participatives en Suisse romande, lors de son master en management à la Faculté des HEC de l’Université de Lausanne.

Gestion par consentement

Valoriser une alimentation locale, de saison, bio de préférence, encourager des circuits courts du producteur au consom’acteur, nourrir une réflexion sur nos modes de production et de consommation, telles sont les lignes de force de la coopérative en gestation. Dès le départ, des questions essentielles doivent être tranchées :  l’épicerie doit-elle fonctionner sur un modèle dit « fermé », c’est-à-dire exclusivement réservée aux seuls coopérateurs ou au contraire sur un modèle « ouvert » également aux non-membres ? Ne doit-elle distribuer que des produits alimentaires, de surcroît labellisés bio ? Doit-elle disposer ou non d’une caisse ? La manière de répondre à ces interrogations en dit long sur le futur mode de fonctionnement de la coopérative. Le groupe d’action de la future épicerie a choisi la gestion par consentement et non par consensus. Plutôt que d’attendre que tout le monde soit d’accord et dise finalement « oui » (consensus), il a préféré faire en sorte que personne ne dise « non » (consentement). Cette formule, plus souple, évite tout blocage du processus décisionnel sans pour autant négliger les avis contradictoires et elle encourage l’esprit d’initiative.

Modèle fermé

Au terme d’un intense débat, il a donc été décidé que l’épicerie yverdonnoise serait fermée, donc exclusivement réservée aux coopérateurs. Cependant, tout le monde est invité à devenir coopérateur ! Pourquoi avoir écarté l’ouverture ? Quand on ouvre une épicerie coopérative à tout le monde, le risque est de voir les bénévoles qui offrent trois heures de leur temps par mois à la gestion du magasin finalement y renoncer, quitte à payer plus cher les produits qu’ils achètent. De telles épiceries pratiquent en effet deux prix, l’un plus bas réservé aux coopérateurs, l’autre plus élevé réservé aux clients non coopérateurs. A terme, les derniers fidèles bénévoles doivent remplir les tranches horaires laissées vacantes et deviennent des quasi-salariés. Ce qui ne colle plus vraiment avec la vocation de la coopérative qui est précisément de faire participer ses membres à son bon fonctionnement.

Le modèle fermé a par ailleurs l’avantage de la simplicité. Il peut permettre de faire l’économie d’une caisse. C’est le système développé par une épicerie neuchâteloise qui invite les clients-coopérateurs à scanner les articles achetés dont les prix sont déduits d’un compte qu’ils possèdent dans l’épicerie. Ces clients-coopérateurs créditent régulièrement leur compte selon leurs besoins, généralement par virement bancaire. Mais, observe Dorian, la plupart des épiceries coopératives préfèrent néanmoins garder une caisse qui suscite une précieuse convivialité !

Produits bio, de préférence

Le choix des produits vendus a lui aussi été largement débattu. Il n’y aura pas que des produits alimentaires mais aussi de nettoyages et cosmétiques. Enfin, tous les articles ne seront pas labellisés bio. « Nous connaissons des producteurs qui n’ont pas le Bourgeon de Bio Suisse mais qui ont des pratiques correspondant à notre charte. Nous ne souhaitons pas les exclure », souligne Dorian Meierhans. Tous les articles importés en revanche devront bénéficier d’un label bio.

Des prix moins chers

L’épicerie participative, sans but lucratif et quasiment sans salarié, dégage de très faibles marges bénéficiaires, tout en rémunérant les producteurs fournisseurs à un prix équitable. « Fruits et légumes bio sont moins chers dans une telle épicerie que dans un supermarché classique. C’est l’un des principaux résultats de mes recherches », ajoute Dorian Meierhans. C’est d’autant plus patent que les grands distributeurs réalisent des marges plus fortes sur leurs produits bio que sur leurs produits non bio. Exception à ce constat : le lait. Il sera plus cher dans l’épicerie que dans la grande distribution car les producteurs de lait sont à ce point sous-payés qu’il convient de ne pas faire la fine bouche sur leur rémunération.

Parts sociales et financement participatif

Pour financer l’épicerie yverdonnoise, les coopérateurs devront acheter une part sociale de 200 francs. Selon le principe de la coopérative – une personne, une voix – ils prendront les principales décisions en assemblée générale qui est souveraine. Un comité dirigera la bonne marche de l’organisation pour toutes les tâches qui ne seront pas du ressort de l’assemblée générale. Différents groupes de travail seront aussi formés pour gérer des tâches spécifiques (gestion des commandes, des producteurs, des finances, etc.). Avec une centaine de coopérateurs, un montant de 20.000 francs récoltés serait une bonne base pour faire démarrer la coopérative. Il est cependant fort probable qu’un financement participatif (crowdfunding) et/ou des subventions communales complémentaires seront nécessaires.

Un énorme travail en amont

Dorian ne cache pas que les personnes impliquées dans ce projet ont réalisé l’ampleur de la tâche à accomplir. Mettre en place les horaires, préciser les tâches à accomplir et qui ne s’improvisent pas au sein du magasin, connaître et respecter toutes les normes d’hygiène, élaborer un site WEB, créer des événements, la liste des questions à régler n’en finit pas. Aussi l’expérience réussie d’autres épiceries locales participatives, comme le Supermarché Participatif Paysan La Fève à Genève ou Le Vorace près du campus UNIL-EPFL, montre que l’effort de quelques-un(e)s peut faire boule de neige et être largement récompensé. L’équipe invite toute personne motivée à rejoindre le projet. Pour les Yverdonnoises et les Yverdonnois, ce sera un signal fort que leur ville s’est enfin engagée dans la transition écologique et solidaire.

 

Surprenantes découvertes dans l’Univers des bactéries

Des bactéries en laboratoire qui collaborent au lieu de s’éliminer, qui deviennent dangereuses pour l’homme quand s’effondre la biodiversité, qui réagissent à nos pensées d’amour et à nos intentions : ce sont les dernières découvertes du microbiologiste moléculaire Dominique Schneider, spécialisé dans la théorie de l’évolution, directeur d’un laboratoire international et professeur à l’Université de Grenoble-Alpes.

C’est l’histoire sans fin programmée d’une aventure qui dure depuis 33 ans. Tout a commencé en 1988 quand Richard Lenski, biologiste américain à l’Université d’État du Michigan, s’est lancé dans l’expérience d’évolution la plus longue au monde. Le chercheur a eu l’idée de cultiver en laboratoire la bactérie Escherichia coli, très commune dans l’intestin de l’être humain, dans un milieu de culture à 37 degrés ne contenant que du glucose et quotidiennement renouvelé. A partir de cet ancêtre commun, Richard Lenski a initié et propagé douze populations de bactéries en parallèle. Comme celles-ci se reproduisent environ sept fois par jour dans ces conditions, elles se sont multipliées depuis plus de 74.000 générations à partir de 1988, ce qui équivaut à deux millions d’années d’évolution à l’échelle humaine !

Le gros avantage des bactéries est qu’elles peuvent être congelées en présence d’un cryo-protecteur et revivifiées dans l’état dans lequel elles ont été congelées. L’ancêtre et des échantillons prélevés toutes les 500 générations de chacune des douze populations ont été conservés, ce qui permet de disposer d’archives fossiles vivantes et complètes.

Comment ces micro-organismes évoluent-ils ? Leur évolution va-t-elle se faire douze fois de la même façon ? Sinon pourquoi et comment ? Ce sont notamment les questions que se posent les chercheurs d’une dizaine de laboratoires dans le monde, dont celui du professeur Dominique Schneider au sein de l’Université de Grenoble-Alpes. Celui-ci dirige par ailleurs un laboratoire international financé par le CNRS qui regroupe trois équipes : celle de Richard Lenski aux États-Unis – le fondateur de l’expérience d’évolution – celle de Guillaume Beslon à Lyon qui utilise un système d’évolution d’organismes numériques, et celle de Dominique Schneider. Cette dernière étudie également l’effet de la biodiversité sur l’émergence des zoonoses, ces maladies infectieuses passées de l’animal à l’homme, comme le Covid-19 qui fait des ravages sur toute la planète. Entretien avec Dominique Schneider.

 

Dans quelles circonstances avez-vous rencontré le professeur Richard Lenski ?

C’est un peu l’effet du hasard, même si je pense que le hasard n’existe pas. De retour d’un post-doctorat de trois ans en Grande-Bretagne, j’ai rejoint un laboratoire de recherche à Grenoble où Richard Lenski, en congé sabbatique, a donné une conférence. Nous avons très vite tissé des liens d’amitié et de complicité. Son expérience de biologiste de l’évolution, mondialement reconnue, s’est parfaitement accordée avec ma formation de généticien et biologiste moléculaire.

Comment se déroule la collaboration entre les laboratoires de recherche ?

L’esprit de collaboration a totalement effacé toute idée de compétition. Richard Lenski, tout en continuant ses recherches sur ses lignées de bactéries, les a offertes à plusieurs laboratoires dans le monde avec lesquels il collabore. Nous sommes un peu ses enfants qui ne cherchent qu’à enrichir leurs connaissances partagées par la transmission d’un maximum d’informations.

Quels sont les principaux avantages de cette expérience ?

De par sa simplicité, cette expérience ne coûte quasiment rien, ce qui n’est pas fréquent dans le monde de la science ! Il suffit de voir les enjeux financiers qui se cachent derrière la course aux vaccins contre le Covid-19. Par ailleurs, et c’est le plus intéressant, des échantillons ont été et sont toujours prélevés toutes les 500 générations. Ils sont conservés, ainsi que la souche ancestrale, à moins 80 °C. Nous disposons ainsi d’archives fossiles complètes et vivantes, ce qui est exceptionnel.

 

Des bactéries solidaires

 

Avez-vous déjà tiré des premiers enseignements de cette expérience ?

Si Richard Lenski a cherché un maximum de simplicité dans le milieu de culture des bactéries, c’est pour pouvoir toujours être en mesure d’interpréter les changements le plus aisément possible. Il y a en effet une telle richesse dans le vivant que sa complexité augmente fort rapidement. Nous avons réalisé que cette complexification croissante se manifestait par une biodiversité qui s’enrichit au fil du temps.

C’est-à-dire ?

Prenez un tube contenant un milliard de cellules. Chacune d’entre elles, quand on la dilue et qu’elle se retrouve dans un milieu riche en nutriments, se divise en deux, etc. Son chromosome va se dupliquer. On parle alors de réplication de l’ADN. Au cours de ce processus, des erreurs peuvent se produire dans l’ADN. Ce sont des mutations qui peuvent alors subsister dans l’ADN de ces cellules si ces mutations ne sont pas « réparées ». Les cellules ayant muté – les cellules mutantes – peuvent avoir un taux de croissance meilleur que celles qui n’ont pas muté. Elles deviennent alors majoritaires et finissent par remplacer les autres. Il s’agit du processus de sélection naturelle décrit par Darwin dans L’Origine des Espèces en 1859. C’est ce qu’on observe par exemple dans le cas du coronavirus avec les variants anglais, sud-africains et brésiliens du coronavirus, meilleurs que leurs ancêtres et notamment plus contagieux !

C’est donc la loi du plus fort. Rien de nouveau sous le soleil !

Eh bien si, figurez-vous ! Car dans certaines populations de bactéries, nous avons observé des phénomènes différents. Les bactéries ne s’éliminaient plus les unes les autres mais parvenaient à vivre ensemble. Bien qu’elles soient dépourvues de cerveau, les bactéries se sont mises à collaborer, à coopérer. Nous nous sommes alors demandé comment cette coexistence se manifestait. Considérons des cellules A et B qui se développent dans une même source de nutriments. Nous remarquons que les bactéries A se multiplient plus vite que les bactéries B. Ces dernières devraient être éliminées puisque les A jouissent d’un meilleur taux de croissance. Mais, dès que les B deviennent rares, elles deviennent aussi meilleures que les A.  Nous constatons qu’elles sont favorisées par le processus de sélection naturelle. Les B finissent par devenir majoritaires si bien que ce sont maintenant les A, plus rares, qui deviennent, à leur tour, meilleures. C’est que nous appelons l’avantage du rare. Autrement dit, c’est de la minorité que nait la diversité.

Qu’en déduisez-vous ?

Cela dépasse le cadre de la biologie. Notre vie entière dépend des micro-organismes et des bactéries en particulier. Ces dernières sont à l’origine des cycles biogéochimiques de la planète. Elles constituent notre microbiote, qui va jusqu’à influencer notre comportement, provoquent des maladies infectieuses, deviennent résistantes aux antibiotiques, etc. L’expérience d’évolution analysée dans le laboratoire, ainsi que d’autres du même type avec d’autres bactéries, montrent que ces bactéries obéissent à des lois de coopération voire d’altruisme. Comme ces bactéries sont dépourvues de cerveau et de système nerveux, les lois qui les régissent sont donc intrinsèques au vivant. Nous, êtres humains, n’échappons ainsi pas à cela. Dès lors, à l’image de ces bactéries, les lois de la Nature vivante nous incitent à coopérer les uns avec les autres et non à nous éliminer. Nous sommes génétiquement faits pour nous entendre et vivre en harmonie. Sortir de cette voie, c’est tout simplement contraire à la vie.

Remettez-vous en cause le darwinisme, cette théorie formulée en 1859 par le naturaliste anglais Charles Darwin qui explique l’évolution biologique des espèces par la sélection naturelle et la concurrence vitale ?

Non bien sûr. Je suis pleinement d’accord avec les théories darwiniennes que nous avons par ailleurs démontrées en laboratoire. Darwin s’est focalisé sur le plan physique quand il démontre l’évolution des espèces. Il n’empêche que je m’intéresse aussi à d’autres théories, comme celles évoquées par l’anthroposophe Rudolf Steiner et le philosophe et pédagogue bulgare Omraam Mikhaël Aïvanhov qui avancent tous les deux l’idée d’une involution de l’homme qui serait apparu en premier dans la création, non sous une forme physique mais éthérique. Une telle vision d’une relation entre le monde physique, tangible et une sorte de matrice subtile et invisible n’est certes pas documentée scientifiquement. Mais je crois qu’elle mérite qu’on s’y intéresse. Pour mieux saisir sa pensée, Omraam Mikhaël Aïvanhov aime bien prendre l’exemple allégorique du lac de montagne qui reflète l’image des sommets environnants. Ce sont deux mondes différents d’une même réalité. L’un est constitué d’une matière bien solide tandis que l’autre en est le miroir fidèle.

 A vous suivre, les bactéries observables physiquement auraient-elles aussi une réalité invisible, sur un autre plan plus subtil ?

Quand nous avons mis en évidence, nous et les autres laboratoires qui travaillent sur ce type de questions, les mécanismes de l’évolution et de l’adaptation des bactéries à ces conditions, nous avons constaté que ce sont presque toujours les mêmes types de gènes ou de fonctions qui sont altérés par des mutations. Nous interprétons cela comme du parallélisme inhérent à ces douze populations évoluant dans le même environnement. Autrement dit, l’évolution se répète de manière similaire quand un organisme vivant est soumis de façon répétée à des environnements identiques à partir d’un ancêtre commun.  Mais il y a une autre manière de voir les choses. C’est de se dire qu’il y a peut-être une « dimension supérieure » qui fait que certains gènes ou certaines fonctions vont être modifiés et pas d’autres. En effet, l’environnement et le contexte génétique peuvent influer sur les modifications du génome au cours de l’évolution. Ainsi, certains environnements vont favoriser des modifications dans certains gènes plutôt que dans d’autres, et l’état génétique de la cellule ancestrale est également important. En prenant un peu de recul, cela signifie que la Nature va avoir un impact sur les modifications génomiques au cours de l’évolution.

Que serait cette « dimension supérieure » que vous envisagez ?

Je pense que toutes les cellules obéissent à des règles qui sont inscrites dans la Nature et tout ce qui nous environne. Même ces bactéries qui évoluent dans des flacons de laboratoire obéissent aux lois de la Nature vivante, une dimension spirituelle dans laquelle tous les êtres vivants évoluent.

 

Des micro-organismes potentiellement dangereux sans biodiversité

 

Votre laboratoire étudie également les relations entre la biodiversité et les zoonoses. Concernant les virus, quel constat faites-vous ?

Un constat : tant que les niches écologiques d’un virus sont assez vastes, tant par exemple que les animaux hôtes sont assez nombreux et divers, ce virus n’a pas de souci à se faire – si l’on peut s’exprimer ainsi à propos d’un virus qui n’a pas de cerveau – pour transmettre ses gènes à sa descendance éventuelle. En d’autres termes, un changement de niche écologique ne procurera pas forcément un avantage sélectif à un mutant éventuel de ce virus. Un tel mutant ne sera donc pas avantagé. Mais si la diversité du monde animal, hôte du virus, commence à diminuer sérieusement, le virus expérimentera une réduction potentielle de sa niche écologique. Comme il y a de moins en moins d’animaux à infecter, sa capacité de transmission à l’intérieur de son hôte naturel va baisser. C’est là que cela devient éventuellement dangereux pour l’homme, si des contacts peuvent se faire avec ce virus. En effet, un virus mutant, capable de franchir ce qu’on appelle « la barrière d’espèce », pourrait alors devenir avantagé et poursuivre son évolution dans les organismes humains. C’est pourquoi les élevages intensifs tout comme la déforestation qui nuisent gravement à la diversité de la faune sauvage ne peuvent que favoriser les pandémies, comme celle que nous vivons. Ce sont nos modes de vie destructeurs des écosystèmes qui sont à l’origine des pandémies modernes. Il est inutile de chercher ailleurs, dans je ne sais quel complot planétaire.

 

Des bactéries sensibles à l’amour

 

En 2018, vous avez réalisé une expérience inédite qui tendrait à montrer que nos pensées ont un effet sur le comportement des bactéries en laboratoire. De quoi s’agit-il ?

Tout est parti d’une vidéo que m’a montrée mon épouse Aurore, thérapeute de profession. Dans cette vidéo, le docteur Léonard Laskow faisait l’éloge du pardon qui, selon lui, « a le pouvoir de libérer les blocages qui nous empêchent de nous aimer inconditionnellement, exactement tels que nous sommes ». Mon scepticisme de chercheur à l’esprit cartésien a fini par s’effacer devant la pertinence des propos du Dr Laskow. A la faveur d’un conseil d’une amie commune, mon épouse et moi avons finalement participé à deux séances de formation dispensées par Léonard Laskow. De fil en aiguille, ce dernier m’a demandé si j’acceptais de faire une expérience avec mes fameuses bactéries. J’ai accepté. Et suis parti de Grenoble à Paris avec ma valise pleine de boîtes de Pétri qu’on utilise en microbiologie pour la mise en culture de micro-organismes ou de bactéries. L’expérience a pu commencer en présence de Léonard Laskow, son épouse Sama, mon épouse Aurore et moi-même.

Nous avons étalé un grand nombre de cellules bactériennes sur trois séries de boîtes de Pétri contenant un milieu de culture riche en nutriments. En se développant, les bactéries forment une fine pellicule homogène, les cellules étant dispersées de façon homogènes sur les boîtes et s’y multipliant. Rien de spécial n’a été entrepris pour la première série. Pour la seconde série, nous avons envoyé aux bactéries des pensées d’amour en suivant des exercices respiratoires et de connexion avec notre partie spirituelle, selon un protocole mis au point par Léonard Laskow. Pour la troisième série de boîtes, nous avons demandé aux bactéries, toujours par la pensée et après leur avoir envoyé également des pensées d’amour, d’atténuer leur multiplication. Cela fait, toutes les boîtes ont été placées dans un incubateur à 37°C afin que les bactéries étalées sur les boîtes de Pétri se multiplient.

Le verdict ?

Le lendemain, immense surprise ! Dans la première série de boîtes sans intervention humaine, qui constituaient ainsi un contrôle, la multiplication des cellules bactériennes avait entrainé la formation d’une fine pellicule très homogène comme prévu. Dans la deuxième série de boîtes qui avaient reçu nos pensées positives d’amour, de jolis petits cercles plus denses s’étaient formés sur la pellicule, à plusieurs endroits. Mon interprétation de ce phénomène est que certaines cellules bactériennes s’étaient « rassemblées » à ces endroits pour s’y multiplier, les autres étant restées dispersées sur le reste de la surface des boîtes de Pétri. Quant à la troisième série de boîtes, celles contenant des bactéries auxquelles nous avions intimé l’intention de croître moins après leur avoir envoyé des pensées d’amour, elles présentaient toujours une fine pellicule homogène avec des cercles toujours présents à certains endroits, mais avec une densité nettement moins forte. Cela suggérait que les cellules bactériennes s’étaient nettement moins multipliées à ces endroits. Avec Leonard Laskow et nos épouses respectives, nous avons tous les quatre réitéré cette expérience à deux reprises, dans les mêmes termes. Et à chaque fois le résultat était aussi patent.

 

Des bactéries prêtes à l’emploi

 

Quelle a été la réaction de vos collègues scientifiques à qui vous avez fait état de cette expérience ?

Ils ont essayé de trouver des interprétations autres, certains affirmant que nos cerveaux qui s’attendaient à un tel résultat l’avaient en quelque sorte programmé. Si c’est le cas, leur ai-je répondu, c’est tout simplement génial !

Cette expérience fait penser aux travaux entrepris par le Japonais Masaru Emoto sur les effets de la pensée et des émotions sur l’eau. Lesquels n’ont toujours pas été reconnus scientifiquement. Que comptez-vous entreprendre maintenant ?

J’aimerais renouveler dès que possible cette expérience sur les bactéries avec d’autres collègues scientifiques, en respectant un protocole tout aussi rigoureux. Un système expérimental différent, permettant de prendre en compte l’impact éventuel de notre cerveau, devrait être mis en place. Et bien évidemment, la présence de témoins experts qui assisteraient au déroulement de toutes les opérations serait nécessaire.

Avez-vous tenté d’autres expériences que celle opérée sur des bactéries ?

Oui. Tous les quatre, nous avons arrosé de pensées d’amour un vin de médiocre qualité, une vraie piquette. Pour trois des personnes concernées, leurs pensées ont notablement amélioré la qualité du vin. Hélas pas pour moi ! Une collègue bordelaise à qui j’ai raconté cette histoire m’a dit que nous étions préparés à un tel changement, que nos cerveaux – sauf le mien apparemment ! – avaient été conditionnés. C’est toujours la même critique qui revient. Pour aller plus loin, nous voulions opérer cette expérience avec une école d’œnologie à Bordeaux. Le confinement nous a coupé l’herbe sous le pied. Mais ce n’est que partie remise. L’idée serait d’impliquer des goûteurs professionnels qui testeraient du vin non traité, puis du vin traité selon notre protocole, en le sachant et aussi en l’ignorant. Toutes les hypothèses seraient ainsi considérées avec, en plus, une analyse précise de la composition chimique du vin dans toutes les étapes du processus.

Malgré les réticences du monde scientifique, trouvez-vous cependant des chercheurs qui acceptent de participer à vos expériences ?

Oui, heureusement. Depuis un an maintenant, de nombreuses antennes 5G sont mises en place sur le territoire français, sans que des études sur les dommages potentiels sur la santé n’aient suffisamment analysé l’effet cumulatif des ondes émises sur la durée. Avec un collègue de notre laboratoire grenoblois, nous avons décidé de soumettre les ondes 5G à nos bactéries pour déceler d’éventuels changements spécifiques à ces conditions. J’ai contacté un collègue à Angers qui réalise ce genre d’expérience sur les plantes. Il a pu constater que ces ondes pouvaient provoquer des changements chez les plantes, par exemple en termes de vitesse de germination. Il m’a conseillé de collaborer avec un physicien pour mettre au point des conditions d’exposition rigoureuse à des ondes. J’ai ainsi pu contacter un collègue physicien, à Lyon, qui développe pour nous une sorte d’enceinte, de la taille d’un four à micro-ondes, qui reproduit des ondes 5G. Nous avons par ailleurs fait une demande de financement auprès d’une agence sanitaire pour étudier l’effet des ondes électromagnétiques sur le vivant. A l’instar des bactéries, les humains savent donc collaborer pour le meilleur si leur conscience les y invite ! (Publié également dans lapenseeecologique.com)

 

 

Quelques-unes des publications de Dominique Schneider avec d’autres chercheurs :

 

  • Cette publication (2014) explore le mécanisme expliquant la première étape vers l’apparition d’une nouvelle espèce bactérienne lors de cette expérience d’évolution au long terme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Yverdon-la-Bagnole ou Yverdon-le-Bon Vivre?

Yverdon-les-Bains qui renouvelle ce dimanche 7 mars sa gouvernance locale va-t-elle rater son tournant écologique ? Empêtrée comme à l’accoutumée dans une stérile confrontation droite-gauche, héritage des siècles passés, la deuxième ville du canton de Vaud ne semble pas avoir encore saisi que les questions liées à la biodiversité et au réchauffement climatique sont d’une telle urgence qu’elles devraient être la priorité de tous les partis. Et pas seulement des Verts. Comme le souligne Météo Suisse, depuis 1971, chaque décennie a été plus chaude que la précédente. La décennie 2011-2020 a été en moyenne 2,5 degrés plus chaude que la période de référence préindustrielle 1871-1900. Elle est donc clairement la décennie la plus chaude depuis le début des mesures en 1864. Apparemment aveugle face à ce phénomène, la classe politique yverdonnoise dans son ensemble continue à soutenir la construction d’un parking souterrain de mille places, près de la gare, méga-projet dispendieux faussement présenté comme une avancée urbanistique majeure.

« Ce projet sera certainement continué. Tirer la prise, ce n’est pas ce qu’une Municipalité de gauche ferait », déclare le municipal et candidat socialiste Pierre Dessemontet lors d’un débat récemment organisé par le quotidien La Région. Dans son bulletin d’information, le PS souligne qu’il a obtenu en 2019 « la création historique de 100 places d’accueil de jour pour les 5 à 8 ans ». Mais il oublie de préciser que cette belle perspective est le fruit d’un marchandage abracadabrantesque avec le PLR de la ville : les places d’accueil contre le parking de 1000 places. Toujours dans La Région, la municipale et candidate PLR Gloria Capt déclare sans sourciller que « le souci des îlots de chaleur est pris en compte dans les futurs projets de (ses) services, notamment dans le cadre du futur parc de la Place d’Armes et du futur quartier Gare-Lac ». Vraiment ?

 

Un non-sens écologique

 

Laisser le parking actuel en l’état, véritable verrue de tôles entassées au cœur d’Yverdon-les-Bains, n’a certes pas de sens. Mais de là à mettre en chantier le projet prévu, c’est encore plus insensé. Pour rafraichir l’atmosphère et rendre l’air respirable dans une ville, il n’y a pas d’autres solutions que de grands arbres. Or dans le projet adopté par la Municipalité, il n’est ni prévu ni possible d’en planter sur une dalle bétonnée recouverte d’une mince couche de de 60 centimètres de terre. Comme l’a affirmé le 12 février 2020 lors d’une réunion publique Sandro Rosselet, chef de service des travaux et de l’environnement de la ville, « il faudra s’attendre à des étendues de pelouse brûlées en été ». Il est facile d’imaginer le plaisir qu’auront les Yverdonnois à se faire cramer sur l’îlot de chaleur de la nouvelle place d’Armes !

Par ailleurs, le dérèglement climatique entraîne d’ores et déjà une multiplication de cellules orageuses avec de fortes précipitations. Or, comme l’a encore souligné le service des travaux et de l’environnement, la dalle de béton prévue va bloquer l’évacuation de l’eau de pluie. Il faudra donc prévoir un système de pompage et de recyclage de l’eau.

 

Un aspirateur d’automobiles

 

Le projet ne résout pas les problèmes de circulation qui asphyxie la ville jour après jour. Après avoir mis en chantier une route de contournement pour désengorger la vile du trafic, la Municipalité programme d’aspirer la circulation au cœur même de la cité. Quelle incohérence ! Le projet de parking de la place d’Armes va sensiblement aggraver le trafic, notamment sur la rue de la Plaine, la rue des Remparts ainsi que sur le pont de Gleyres. C’est exactement le contraire de ce que prévoit le projet Agglo Y qui constate notamment que « la topographie plate et les courtes distances font de l’agglomération une région particulièrement propice à la mobilité douce, notamment au vélo ».

Comme le souligne l’Office fédéral de l’environnement, depuis le milieu des années 1950, la circulation routière est la principale responsable des émissions d’oxydes d’azote et une source importante de poussières fines et de suies de diesel, une substance cancérogène. Les rejets d’oxydes d’azote et de poussières fines sont encore trop importants et les émissions de CO2, très élevées, diminuent lentement. Et ce n’est pas demain la veille que les voitures électriques, qui engendrent les mêmes encombrements que les voitures à essence ou diesel, seront majoritaires en Suisse.

 

Des commerçants du centre-ville pénalisés

 

Déjà fortement fragilisés par les conséquences du Covid-19, le commerce en ligne et la cherté des loyers, les petits commerces du centre-ville pourront-ils supporter quatre ans de travaux avec le grand chamboulement qui va en résulter ? Rien n’est moins sûr. Une fois le parking souterrain de 1000 places réalisé, ce sera le coup de grâce pour ceux qui auront survécu. En effet, le projet Front-Gare qui s’insère dans la mise en œuvre du plan directeur localisé Gare-Lac prévoit un centre multifonctionnel regroupant commerces, bibliothèque et cinémas. Un passage direct du parking au centre commercial est cité comme condition sine qua non de la réalisation du parking dans le contrat passé entre le groupe privé Parking Place d’Armes SA (Marti/Amag) et la Ville. Les automobilistes ne seront donc vraiment plus incités à faire du shopping dans les rues du centre-ville.

 

Un financement déraisonnable

 

37 millions de francs à la charge de la commune, 54,6 millions à la charge du privé, c’est le coût global du projet. Un coût qui va durablement peser sur les finances de la Ville qui a déjà débloqué de gros crédits pour une route de contournement (60 millions) dont seulement un tiers a été réalisé et le collège des Rives (60 millions). Sans compter les 3 à 4 millions directement liés à la gestion du Covid-19. Par ailleurs, la Ville garantit un chiffre d’affaires annuel aux propriétaires du parking sur une période de 10 ans, ce qui pourrait coûter 1,5 million aux Yverdonnois (CHF 150.000 sur 10 ans). Au bout de la chaîne, ce sont bien les contribuables qui devront régler l’ardoise. Comme le souligne dans un document du PS Pierre Dessemontet, Municipal membre de la commission des finances du grand conseil, « la situation financière de la ville n’est pas rose : en quelques années son endettement net a doublé ». Est-ce donc vraiment le moment de se lancer dans un projet aussi dispendieux ?

Par ailleurs, en cédant aux groupes Marti et Amag un droit de superficie pour une durée de 70 ans, la Ville s’interdit tout droit de regard sur la gestion du parking. A qui la société Parking Place d’Armes SA, liée à Marti et Amag pendant une décennie, pourrait-elle ultérieurement céder l’exploitation de ce parking ? A une société étrangère ? Pourquoi pas ? La Municipalité n’aura rien à dire. Dans ces conditions, on se demande ce que le terme « public » peut bien vouloir signifier dans le mirobolant partenariat « public-privé » que la Ville agite comme un étendard de bonne gestion dans l’intérêt des Yverdonnois !

 

De bien meilleures solutions à la clé

 

La formule des parkings silo, très prisée dans les nouveaux éco-quartiers, a l’avantage d’être sensiblement moins onéreuse qu’un méga parking de 1000 places et de s’intégrer harmonieusement dans le paysage, y apportant même une note de fraîcheur végétale. La création d’un parking végétalisé sur trois étages sur l’emplacement de celui du Midi permettrait de gagner environ 300 places et de supprimer le parking actuel de la place d’Armes. De tels parkings peuvent être érigés à la rue du Midi mais aussi sur le parking de l’Office du tourisme ou de l’autre côté de la gare, dans des lieux desservis par la route de contournement ou les grandes avenues. Ces accès offriraient plus de fluidité dans le trafic.

Outre les parkings centraux, des parkings situés à l’extérieur, desservis par des navettes gratuites, permettraient d’effacer ces interminables files de voitures sans surcharger les quartiers alentour, avec des accès proches des autoroutes.  De tels choix de parkings ouvrent la mobilité douce au centre-ville. Les accès décrits garantissent une vraie zone conviviale dans la rue des Remparts. La circulation y offre une réelle sécurité, favorise les rencontres en toute quiétude, et incite à la flânerie.  Des études ont prouvé que de tels centres apportent plus de bénéfice aux commerces. Les piétons – qui sont aussi des automobilistes sortis de leur véhicule – et cyclistes fréquentent plus souvent et plus volontiers de telles zones. La place Pestalozzi n’a-t-elle pas fait le bonheur des cafés-restaurants et des Yverdonnois de toujours ou d’un jour, en devenant piétonne ? De plus, les petits commerces du centre-ville et les riverains de la Place n’auraient pas à supporter des années de travaux. Et encore moins la concurrence d’un nouveau centre commercial à l’américaine dont la création n’est pas justifiée, et qui laisserait place à un parking central à étages, végétalisé.

 

Un jardin japonais revisité

 

Avec son kiosque, ses oiseaux, ses poissons, ses espaces ouverts à des rencontres culturelles, conviviales, ses espaces de jeux pour tous les âges, l’actuel jardin – qui n’a de japonais que le nom lâché par son créateur à un journaliste pressé – pourrait se développer sur la plus grande surface de la place. Des arbres y sont déjà plantés sur les parkings actuels. Ils ne demandent qu’à grandir. Au lieu des larges passages prévus, inadaptés aux piétons comme le laissait entendre la Municipalité elle-même le 12 février 2020 en exprimant son inquiétude à ce sujet, dessiner de charmants chemins pour relier ces arbres, leur offrir des espaces de respiration et de développement, multiplier les massifs fleuris et les lieux à la fois intimes et conviviaux, voilà qui favoriserait la vie sociale, dans un vrai parc central.

Le kiosque, qui n’a toujours pas de place dans le projet actuel, pourrait rester où il est. Il continuerait à accueillir des fêtes telles que celle des jodleurs ou des food-trucks. Il pourrait devenir le cœur d’un marché plus musical. Du côté du collège, un aménagement des arbres pourrait offrir un parcours aérien aux plus sportives et sportifs (vœu exprimé par les élèves lors du concours d’idées dans cette école en 2014). Un espace original, conçu pour accueillir des manifestations culturelles pour tous les âges pourrait aussi y être créé.

 

Place à l’imagination créatrice

 

La Maison d’Ailleurs, célèbre dans toute la Suisse romande, a invité en 2006-2007 l’architecte novateur Luc Schuiten dans son exposition Archiborescence. En s’inspirant de ses dessins, de ses réalisations, construire un espace de spectacle en plein air avec des arbres vivants est sûrement à la hauteur des talentueux jardiniers d’Yverdon et serait un vrai projet marquant pour le siècle.

Il est encore temps qu’à l’image de villes comme Pontevedra, au Nord-Ouest de l’Espagne, Yverdon-les-Bains évacue l’automobile de son centre et fasse la part belle à la mobilité douce, pour le bien-être de ses habitants et la vie de ses commerces, favorisés par la fréquentation des piétons et des cyclistes. Il est encore temps de ne pas s’embarquer dans une aventure ruineuse, nuisible à l’environnement, et de se tourner résolument vers l’avenir avec un projet novateur qui propulsera Yverdon-les-Bains dans le 21ème siècle.

Il est encore temps pour les nouveaux élus, roses, bleus ou verts, d’avoir le courage de renoncer à un projet qui plombera la ville pour des décennies et de faire enfin preuve d’imagination créatrice.

 

 

La Puissance de l’arbre

L’agroforestier Ernst Zürcher, membre du conseil scientifique de la fondation Zoein, et le documentariste Jean-Pierre Duval assisté de sa fille Anna ont visité et filmé les 36 arbres les plus remarquables en Suisse. Par leur taille, leurs vertus, leur histoire ou leur symbolique. Un documentaire qui dévoile les secrets de ces irremplaçables gardiens du temps et de la vie sur notre planète.

 

Au commencement, il n’était prévu que de filmer un seul arbre en Suisse. Mais quel arbre ! L’épicéa de Diemtigtal, une vallée latérale du Simmental dans le canton de Berne, est probablement le plus gros arbre de cette espèce dans le monde. Vieux d’environ 450 ans, il pèse plus de 50 tonnes. De son tronc émergent une douzaine de branches. Il est une quasi forêt à lui tout seul. Planté au bord d’un pâturage de montagne très escarpé, le picéa abies, son nom scientifique, ne se laisse pas dénicher facilement. Enfin repéré par l’agroforestier Ernst Zürcher accompagné par le documentariste Jean-Pierre Duval activement assisté de sa fille Anna (19 ans), le géant végétal a donné au trio l’idée d’élargir le sujet à une quarantaine d’arbres exceptionnels, trente-six précisément, répartis sur tout le territoire suisse. Bien plus qu’une série de portraits, l’intention était d’associer chacun de ces arbres à un thème, scientifique, artistique ou spirituel, et de les présenter comme les ambassadeurs de la vie des forêts, sans lesquelles les vies végétale, animale et humaine seraient inimaginables.  Ainsi a éclos La Puissance de l’arbre, remarquable film documentaire réalisé du printemps 2019 au printemps 2020, au fil des quatre saisons tapissées de brumes, de neige ou de soleil éclatant.

 

Deux amoureux des arbres

Les deux hommes, qui se connaissent depuis peu, sont depuis longtemps des amoureux des arbres. Ernst Zürcher, que l’on voit dans le film auprès de l’un de ses amis feuillus ou résineux ou que l’on entend en voix off, est professeur émérite en sciences du bois à la Haute école spécialisée bernoise sur le site de Bienne (BE). Il est actuellement chargé de cours à l’École polytechnique fédérale de Zurich (sciences environnementales), à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (science et génie des matériaux), ainsi qu’à l’Université de Lausanne (géosciences). Il poursuit notamment des recherches sur la chronobiologie des arbres et leur potentiel de séquestration du carbone. Dans son livre Les Arbres, entre visible et invisible (éditions Actes Sud), il lève le voile sur les ressources insoupçonnées de ces végétaux, acteurs essentiels de la biodiversité. Quant à Jean-Pierre Duval, auteur de plusieurs ouvrages illustrés dans les domaines de la cuisine, du voyage et de la mer, plusieurs fois récompensés, il a notamment réalisé deux films sur les arbres : Les Arbres remarquables, un patrimoine à protéger (2019) et Arbres et forêts remarquables (2020). « La Suisse est un bel exemple de protection des forêts. La forêt-jardin continue à s’y développer », observe, un brin admiratif, le photographe-cinéaste que nous avons contacté.

 

Les bienfaits pour la santé

Dès les premières images de La Puissance de l’arbre, le ton est donné. Nous apprenons que les arbres émettent des fréquences ultra-basses qui correspondent à celles émises par un homme en méditation. Dès lors, ne soyons pas étonnés si nous nous sentons bien, assis auprès d’un tel organisme vivant ! Dans le Jorat d’Orvin (BE), monticule boisé situé dans les contreforts du Jura, Ernst Zürcher, pieds nus dans un ruisseau, loue les vertus sur la santé des terpènes, hydrocarbures naturels que dégage notamment le pin sylvestre, en abondance dans cette région très verdoyante.  Ce qui profite aux hommes profite également aux animaux. « Quand on donne aux vaches accès aux pâturages, la qualité de la viande est beaucoup plus riche en oméga-3 », ces acides gras dont l’organisme humain a besoin. Ernst Zürcher n’est pas le seul à prendre la parole. Une bonne vingtaine de personnes, des botanistes aux forestiers en passant par des naturalistes et des artistes, nourrissent les commentaires de leurs expériences et de leur vécu. Ainsi Daniel Krüerke, directeur de recherche à la Klinik Arlesheim, observe qu’un séjour en forêt a des effets très positifs sur « les personnes dépressives, souffrant d’anxiété ou de troubles cardiaques ». Ladina Giston, qui tient l’hôtel Engiadina au centre de Scuol dans les Grisons, constate quant à elle que ses clients dorment particulièrement bien. Rien d’étonnant à cela, commente Ernst Zürcher, car cet hôtel est entièrement composé de bois d’arole. Quand on dort dans du bois d’arole, la fréquence cardiaque est réduite à raison de 3500 battements par jour, ce qui pour le cœur correspond à une heure de travail en moins !

 

 

Héros de la résilience

Grâce à un drone équipé de six caméras, Jean-Pierre Duval parvient à nous offrir des images non seulement vues du ciel mais aussi à l’intérieur même des arbres, lors de visites ascensionnelles, du bas du tronc à la cime. Le résultat est édifiant. Les arbres choisis ne le sont pas seulement pour leur grandeur exceptionnelle  – comme le séquoia géant de Thun (BE)- ou leur record de longévité – comme l’if de Heimiswil (BE). Ils le sont aussi pour leur capacité de résilience. Ainsi le mélèze à Haute-Nendaz (VS) résiste aux blessures qu’on lui inflige toutes les deux semaines pour récolter sa résine et trouve encore la force de se reproduire après mille ans d’existence. Autre héros de vitalité, le sapin blanc à Couvet (NE) : avec une hauteur de 57 mètres et un diamètre de 1,4 mètre, il grandit encore de dix centimètres par an après quelque 270 ans d’existence. Mais les champions de la résilience sont peut-être ces bouleaux de la chaîne jurassienne filmés dans la brume automnale, qui parviennent à survivre au cœur d’une tourbière glacée et acide.

 

La forêt jardinée

Comme les organes d’un être vivant, les arbres sont dépendants les uns des autres et font vivre harmonieusement un corps tout entier, celui de la forêt. Encore faut-il que cette dernière ne soit pas monospécifique. C’est ce qu’explique clairement l’entrepreneur forestier Alain Tuller qui rend hommage au sylviculteur Henry Biolley (1858-1939) qui, après une déforestation massive dans les années 1860, a recomposé la forêt de Couvet, dans le canton de Neuchâtel. En 40 ans, il en a fait une forêt jardinée, où s’épanouissent aujourd’hui de nombreuses espèces locales. La régénération y est naturelle et permanente. Une telle forêt produit de façon durable et ininterrompue un volume optimal de bois de qualité, avec un investissement en soins très limité. Ce qui n’est pas du tout le cas avec une forêt monospécifique. La protection renforcée de l’ère forestière en Suisse date d’une loi fédérale promulguée déjà en 1902 !

A Madiswil (BE) – une autre forêt jardinée exemplaire où cohabitent sapins blancs, épicéas et douglas – chaque arbre est le partenaire de l’autre et non son concurrent, note Ernst Zürcher. Une telle forêt est très résiliente et résistante. « Cela démontre la puissance du partenariat, de la mise en commun des symbioses ». A contrario, « les plantations artificielles sont extrêmement sensibles aux maladies, au stress hydrique, aux tempêtes ». Qui plus est, « la séquestration de carbone est plus du double quand on mélange les essences ». Enfin, oiseaux, insectes et batraciens accompagnent une biodiversité végétale vivifiante. « Les chants des oiseaux qu’on entend ici ont même un effet sur la croissance des plantes », observe songeur l’agroforestier.

 

 

Maîtres de la gestion de l’eau

Pas de croissance sans eau. Les arbres comme tout être vivant en ont besoin. Mais ils ne font pas que la consommer. Véritables « maîtres de la gestion de l’eau », ils fournissent notamment de la biomasse en grande quantité. Pour obtenir un kilo de biomasse, les arbres utilisent 300 litres d’eau, alors que les pommes de terre et le blé en consomment deux fois plus. Dès lors, constate Ernst Zürcher, « si l’on veut reboiser avec un minimum de précipitations, il est plus efficace de commencer avec des arbres qu’avec des plantes annuelles ».  Le manteau forestier génère un microclimat que la lisière garde précieusement, point de rencontre entre les milieux boisés et les milieux ouverts.

Tous les êtres vivants ont leur place dans la forêt. Y compris les ours qui ne chassent pas les cerfs, chevreuils et chamois les plus vigoureux mais seulement les plus âgés et les plus chétifs. Comme l’explique l’experte du WWF Joanna Schönenberger, dans le paysage enneigé de Tamangur (GR) où s’étend une forêt d’aroles, en chassant les cervidés les ours contribuent à rendre ces derniers plus prudents. Ils ne se rassemblent plus en grands troupeaux qui font de gros dégâts aux jeunes peuplements forestiers. L’équilibre écologique de la forêt est ainsi préservé.

 

L’alliance de l’art et de la science

Mathias Duplessy, qui compose régulièrement pour des films et des documentaires, a écrit la musique de La Puissance de l’arbre qui offre au récit une belle dimension artistique. « L’art et la science devraient à mon avis être reliés », souligne Gottfried Bergmann, naturaliste, écrivain et artiste. Un avis partagé par Philippe Chapuis, dit Zep, qui aime dessiner des arbres, pour « être face à un vivant avec qui on a un échange ». Le film se termine en musique avec Juliette du Pasquier au violon et Marc Hänsenberger à l’accordéon. Une musique aux couleurs tziganes qui nous plonge dans nos propres racines que notre civilisation déconnectée du vivant a singulièrement perdues. Il est grand temps que nous les retrouvions, avec l’enthousiasme, la sérénité et l’esprit de solidarité de ces enfants réunis dans un canapé forestier, sorte de cahute faite de branchages empilées. Des enfants dont la joie demeure la touche d’espérance d’un documentaire à déguster sans retenue. (Publié dans lapenseeecologique.com)

 

Projeté sur les écrans en versions française et allemande dès que les salles de cinéma seront à nouveau ouvertes, le film La Puissance de l’arbre (90 Minutes) peut être visionné en VOD sur le lien :  https://www.museo-films.com/films

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les guérisons méditerranéennes de Fronda

Mario, Valérie, Massimo, Stéphane et Hélène font vibrer le bassin méditerranéen en Suisse romande. Fronda, leur ensemble, offre une musique sacrée qui ne dit pas son nom.

Revisitées par les cinq artistes de Fronda (www.fronda.ch), les musiques populaires du Sud de l’Italie et du bassin méditerranéen ont un parfum d’universalité. Par son fougueux ou tendre violon, son accordéon envoûtant, sa guitare et son bouzouki apaisants et ses voix prenantes, tous portés par le rythme de la tammora, ce quintette de troubadours nous invite au voyage. Non seulement pour aller à la rencontre d’autres cultures mais surtout pour aller à la rencontre de nous-mêmes, dans une énergie qui part des tréfonds de la Terre pour chatouiller les étoiles.

Fronda, ce sont en italien ces petites pousses qui dansent avec le vent, à l’extrémité des branches des oliviers tout en haut desquels se hissait l’enfant Mario, qui deviendra l’initiateur de l’ensemble musical. Il avait alors une vue imprenable sur les paysages de sa région natale, les Pouilles, fasciné par les chants des paysans lors des récoltes. Fronda, c’est aussi la fronde de cet adolescent rebelle et fugueur, qui finit par gagner la Suisse où ont immigré son père entrepreneur et son grand frère. Installé pour de bon en 1977 après quelques aller-retour, Mario vit de petits boulots, de la maçonnerie à la plonge. Mais sa raison de vivre, c’est la musique et notamment la guitare dont il perfectionne la maîtrise au conservatoire de Vevey. Sur la Riviera vaudoise, il invite des musiciens italiens qui lui rappellent ses racines. Ce ne sont pas celles de la nostalgie, ce sont celles du partage, ici et maintenant. Après cinq ans de germination, les premiers bourgeons de Fronda éclosent en 2019. Valérie, Massimo, Stéphane et Hélène ont rejoint Mario. Voici venu le temps de la pleine frondaison.

Rencontres et germination

Tout a vraiment commencé avec Valérie Bernard, qui enseigne le violon au conservatoire cantonal du Valais. A l’occasion d’un concert donné par un groupe que Mario Ciurlia a fait venir de Vénétie, la violoniste se met à improviser sur une pizzica. Musique et danse thérapeutiques de mise en transe, la pizzica, dérivée de la tarentelle, avait vocation de guérir des personnes atteintes de maux insondables, qui n’étaient pas nécessairement causés par une morsure de tarentule ! Très pratiquée jusque dans les années 1930, cette thérapie du son et du geste est tombée dans l’oubli sans jamais pour autant disparaître. Quelque temps après cette improvisation inattendue, Mario invite Valérie à jouer dans sa cuisine, l’accompagnant de son bouzouki, sorte de luth. « Génial comme tu joues », lui dit-il.  Piqué au vif par son talent, il finit par persuader la violoniste de fonder un nouveau groupe.

Puis ce sera au tour de Stéphane Plouvin de séduire Mario avec son accordéon et « son style bien à lui teinté de jazz manouche ». Avec une âme de compositeur, Stéphane enseigne l’accordéon au sein de l’école de musique Alain Boullard, à Morges. Ensuite Mario fait appel à Massimo Laguardia, percussionniste renommé qui enseigne notamment le tambourin et la tammora aux Ateliers d’ethnomusicologie, à Genève. « Avec une peau et des cymbales, Massimo produit une infinité de sons », s’enthousiasme Hélène Pelourdeau, chanteuse lyrique et la dernière à avoir intégré l’ensemble.

C’est en voyant Hélène tenir le rôle d’Ellida dans La Dame de la mer d’après Henrick Ibsen, drame lyrique de René Falquet donné à l’Oriental à Vevey en octobre 2018, que Mario tombe sous le charme. « Une star avec une voix aussi magnifique ne va jamais vouloir jouer avec nous ! », pense-t-il alors. Mais Hélène, qui enseigne le chant comme indépendante ainsi qu’à l’École de musique de Lausanne, est en quête d’un plus-être authentique dans son art. Initiée à l’ethnomusicologie à la Sorbonne ainsi qu’à la tradition orale, elle répond sans hésiter « j’arrive !» quand, de retour d’un bref voyage de perfectionnement en Norvège, elle reçoit sur son portable le message « wanted » envoyé par Valérie.

 

 

Âmes de chercheurs

Venant d’horizons aussi divers que leurs âges – de 36 à 65 ans –, les cinq troubadours se sont donc retrouvés dans leur âme collective de chercheurs. Et aussi de guérisseurs, bien qu’ils ne le revendiquent pas. Mais leur musique et leur chant sont source d’une joie revitalisante qui chasse bien des maux engendrés par la peur et le désespoir ambiants. Qui plus est, quand Valérie transforme l’un des caprices pour violon solo de Paganini en tarentelle, on se dit qu’à l’instar de la future humanité, la vraie musique n’a décidément pas de frontière.

Après avoir donné une bonne dizaine de représentations en Suisse romande depuis 2019, Fronda est aujourd’hui, comme tous les artistes, plongée dans l’incertitude d’une pandémie qui n’en finit plus. Mais création et répétitions se poursuivent. Si les pizzica ont une bonne place dans le répertoire, ce dernier s’enrichit d’autres univers. Même la musique dite contemporaine s’invite parfois dans une pièce, comme une nouvelle couleur qui vient enrichir la palette harmonique. « Vivre intensément l’instant présent, lâcher pour écouter l’autre », souligne Mario. « Un geste qui relie le ciel et la terre et qui nous relie », poursuit Hélène.

Wagons vides

Dans son épicerie fine qu’il a ouverte en 2005 à Vevey, Mario met notamment ses talents de pâtissier, une formation de jeunesse, au service de sa clientèle. Père de trois enfants, il tient par-dessus tout à ce que personne dans le groupe ne se prenne pour une vedette. « Le nom de Fronda, c’est le groupe qui l’a choisi, pas moi tout seul », insiste-t-il. Et de poursuivre : « A chaque spectateur, nous offrons des wagons vides dans lesquels ces derniers sont invités à monter pour se laisser surprendre ».

A un public que le covid-19 prive d’art et de culture, Fronda propose des concerts privés, une pratique qui devrait se développer. Projetant par ailleurs d’acquérir un bus, la troupe envisage de parcourir villes et villages en semant des moments enchanteurs. Et aussi en donnant à son emblème l’olivier, aux prises avec une bactérie tueuse, la force de résister et de vivre. Hélène de conclure : « Pour faire du bien à la Terre ». (Paru dans L’Écho Magazine du 10 février 2021)