Gilets jaunes et révolution numérique

Le mouvement des gilets jaunes ne serait-il pas la première révolution numérique de ce siècle ?

Né sur les réseaux sociaux, amplifié par ces derniers, il court-circuite les partis politiques comme les syndicats, au grand dam de ceux-ci qui essaient désespérément et vainement de le récupérer.

Le mouvement des gilets jaunes fonctionne principalement à l’émotion, sans trop se soucier de la matérialité des faits ou de leur contexte. Une manifestante interviewée par France 2 se révolte contre le fait de gagner 500 euros par mois sans que l’on ait la moindre idée de son activité professionnelle ni de son temps de travail.

Comme dans les tweets, le message est ultra-court, voire sommaire. L’important est de susciter une réaction forte et immédiate. Un constat qui, bien évidemment, n’évacue pas le fait que de nombreux gilets jaunes (pas tous !) vivent une situation financière difficile et que leurs fins de mois sont de véritables casse-tête.

Killed en un seul clic

Par ailleurs, comme dans certains jeux vidéo, la solution au problème doit être rapide et définitive. On crie « Macron démission » sans vraiment se demander ce qui se passera une fois le président parti. L’adversaire virtuel du jeu vidéo, en l’occurrence Emmanuel Macron, est killed en un seul clic. Et vogue le navire ! Il y a un vainqueur, le joueur qui a gagné la partie, et un vaincu, ce monstre numérique accusé de tous les maux. Que va-t-il se passer demain, va-t-on vraiment raser gratis ? Peu importe. Game over. Une autre partie nous fera frissonner.

Cela dit, au-delà de ses aspects apparemment éphémères et irréfléchis, la révolution numérique véhiculée par le mouvement des gilets jaunes cache une lame de fond qu’il serait naïf d’ignorer, et que le grand débat national voulu par Emmanuel Macron tente (vainement ?) de cerner.

Refus puissant et diffus

Le profond désarroi de nombreux manifestants – et qu’une majorité de Français semble bien capter – marque un refus paradoxalement aussi puissant que diffus d’une société focalisée sur le profit à court terme, la dilapidation des ressources naturelles, la concentration des richesses par une minorité, etc.

Si la révolution numérique se met enfin à rimer, au plus haut niveau, avec une indispensable transition écologique et solidaire, le souffle de la raison et le cri du cœur scelleront une nouvelle alliance. Mais on en est encore bien loin…

La France en route pour le fascisme?

«Le fascisme n’est pas si improbable; il est même, je crois, plus près de nous que le totalitarisme communiste». Telle était la conclusion du livre Le noeud gordien publié en 1974 par Georges Pompidou. Quarante-cinq ans plus tard, les craintes de l’ancien président de la République française seraient-elles fondées?

Depuis quelques semaines, nous assistons à une inquiétante montée de la violence: des députés LREM victimes d’insultes racistes et menacés de mort, le porte-parole du gouvernement évacué de son ministère lors d’une violente intrusion, les forces de l’ordre violemment prises à partie par des casseurs portant ou non des gilets jaunes, des journalistes eux aussi gravement menacés, etc.

Normalité d’une extrême violence

Face à ces débordements, les Français ne semblent pas encore trop s’offusquer. Comme si cette extrême violence était devenue quasi normale. Le samedi, on sort casser du flic, brûler des bagnoles, détruire du mobilier urbain, défoncer des vitrines. Or, comme le souligne dans un tweet Dominique Bourg, professeur ordinaire à l’UNIL, «une colère sur commande n’en est plus une».

Attisant le feu de manière irresponsable, Jean-Luc Mélenchon fait dans les réseaux sociaux l’éloge invraisemblable d’Eric Drouet. Ce dernier est l’un des initiateurs du mouvement des gilets jaunes qui a appelé les manifestants à entrer à l’Elysée et qui a été placé en garde à vue à Paris pour violence. «La France est pleine de ces personnages qui marquent son histoire comme autant de cailloux blancs. C’est pourquoi je regarde Éric Drouet avec tant de fascination», écrit le leader de la France insoumise sur sa page Facebook.

Faire le lit de l’extrême droite

En soutenant les gilets jaunes sans réserve ni discernement, Jean-Luc Mélenchon offre (consciemment?) un boulevard aux mouvements d’extrême droite qui vont finir par arriver à leur fin: quand, après s’être montrés complaisants, les Français en auront ras le bol de «la chienlit» (comme disait de Gaulle en 1968), ils porteront au pouvoir les représentants du Rassemblement national. Il sera alors trop tard pour pleurnicher.

Nécessité d’un climat apaisé

Dans le sillage d’un grand débat national lancé par le président Emmanuel Macron, singulièrement bousculé par le mouvement des gilets jaunes, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a lancé une consultation qui s’adresse à tous. 7300 contributions ont été déposées vendredi 4 janvier. Le CESE proposait aux citoyens «avec ou sans gilet jaune» de s’exprimer sur six sujets: inégalités sociales, «justice fiscale, inégalités territoriales, pouvoir d’achat, participation des citoyens et transition écologique. La démarche du CESE comme celle des mairies ouvrant des cahiers de doléance demeure fort intéressante. Car il y a bel et bien, dans le mouvement des gilets jaunes, l’expression désespérée de personnes en grande difficulté financière qu’il serait malsain de sous-estimer. Mais ce débat national suppose qu’après avoir servi d’exutoire, il donne le signal d’un nouvel élan démocratique. Lequel ne se fera que dans un climat enfin apaisé. On en est encore loin.

 

 

Dialoguer avec son ange

Il y a une trentaine d’années, je faisais la connaissance de Gitta Mallasz dont le célèbre livre « Dialogues avec l’Ange » avait déjà fait le tour de la planète, traduit dans une multitude de langues. « Voilà une expérience unique, me disais-je. Comment imaginer une telle relation, aussi intense, avec des êtres de lumière? » Pourtant, Gitta Mallasz insistait sur ce point : « Quoi de plus naturel que de parler ensemble ? ». Dialoguer avec un ange, c’était pour elle merveilleux mais nullement exceptionnel. Au fond de moi-même, je demeurais fort sceptique. Les contacts sérieux avec l’au-delà, c’était l’affaire de quelques rares initiés, de Lourdes à Fatima, des histoires fantastiques d’apparition qui ne me concernaient guère. Sans parler de l’extrême prudence que j’avais développée au fil des ans en regard de l’occultisme, cet univers tissé d’ombres.

Jusqu’au jour où je rencontrai Martine Bergamin. Recommandée par une amie commune, elle avait elle aussi un contact avec le monde des anges. Une aubaine! A plusieurs reprises, je vins lui rendre visite pour y voir plus clair dans le fatras de mes problèmes personnels. Le plus naturellement du monde, Martine se mettait à l’écoute de mon ange, lui posait les questions que j’avais préparées. J’étais à chaque fois stupéfait par l’intelligence et la pertinence de ses réponses écrites. Assurément, malgré la finesse d’esprit de mon interlocutrice, celle-ci ne pouvait pas « inventer » des éclairages d’une telle sagesse. Martine Bergamin était bel et bien la main agissante d’une, voire de plusieurs entités lumineuses communiquant avec elle. Donc avec moi. Je vivais à mon tour une expérience unique.

Aujourd’hui thérapeute et conseillère en développement personnel dans le canton de Fribourg (www.anges.ch), Martin Bergamin raconte comment elle s’est progressivement familiarisée avec le monde des anges, après avoir traversé mille épreuves toujours plus enrichissantes. Un parcours initiatique ressemble à l’escalade d’un sommet. Tout en s’en rapprochant, on le perd bien souvent de vue, caché par les nuages ou momentanément inaccessible au regard du grimpeur.


ENTRETIEN

 

Ainsi, Martine Bergamin, vous pratiquez l’écriture automatique ?

– En ce qui me concerne, je préfère parler d’écriture guidée plutôt que d’écriture automatique.

Quelle différence ?

– Je confie ma main à une autre volonté que la mienne, non pas à mon subconscient mais bel et bien à un être extérieur à moi. Lequel, mêlant ses énergies aux miennes, me permet de suivre les mouvements de sa pensée par la main. Celle-ci monte, descend, va à droite ou à gauche et je la laisse aller. Dans ce sens, il n’y a pas d’automatisme à proprement parler. Après 20 ans d’expérience, je ne pratique plus l’écriture guidée telle que je l’ai expérimentée au tout début. J’ai appris à écrire sous dictée, c’est-à-dire en formant les lettres de ma propre volonté après avoir écouté ce que disait ou pensait cette entité que j’appelle volontiers « ange ».

Votre mental n’intervient donc pas ?

– En effet. Mon mental doit s’endormir, il doit se taire. Il n’y a plus de place pour toute pensée analytique ou critique. Tout mon corps, tout mon être se rend disponible à la guidance d’un autre être. L’écriture guidée n’est d’ailleurs pas la seule discipline à répondre à cet état intérieur. La recherche des points énergétiques de la terre – les nœuds Hartmann, par exemple – le repérage des chakras ou « centres spirituels » d’une personne, la détection de certains troubles dans le fonctionnement du corps humain ne sont pas des exercices liés à un quelconque automatisme. Il s’agit en fait d’une mise en relation avec une autre perception, une autre volonté que la mienne.

Votre main tient un stylo qui écrit des phrases.

Comment les découvrez-vous ?

– Je réalise la portée de ce que j’ai écrit dès que j’ai repris mes esprits, si j’ose dire, une fois l’état de transe terminé.

Vous vivez un état de transe ?

– Oui. Je me trouve à la frontière du sommeil. L’hémisphère gauche du cerveau est au repos tandis que l’hémisphère droit s’active. C’est, autrement dit, une mise en état « sophroliminal » ou en état de conscience modifiée (le cerveau émet alors des ondes alpha) que les sophrologues et les psychologues connaissent bien. Tant que l’hémisphère gauche est en activité, il n’est pas possible de se rendre pleinement disponible et ouvert à l’écriture guidée.

Vous arrive-t-il souvent d’être surprise par ce que vous écrivez ?

– En effet. Il y a parfois de bonnes mais aussi mauvaises surprises. J’ai dû apprendre à les discerner. Quand je parviens à cet état de réceptivité, je deviens perméable à toute volonté extérieure, à tout discours. Mais la surprise vient surtout du fait que je découvre des choses dont j’ignorais l’existence.

Par exemple ?

– Un jour, mon ange me fait écrire à mon sujet : « Tu es Jesod ». Je ne comprenais pas du tout ce que cela pouvait bien signifier. Après des mois de vaine recherche, j’interpelle l’ange alors que je me trouve devant une librairie en Suisse alémanique. Je lui demande pourquoi il m’a envoyé ce message. «Je vais entrer dans cette librairie, lui dis-je. Si un livre contient la réponse que tu ne m’as pas donnée, conduis-moi vers ce livre!». Je me laisse guider. Je demande que mon corps soit poussé vers l’endroit précis où peut se trouver l’ouvrage en question. Je ressens aussitôt une légère poussée dans mon dos, comme si une main invisible m’invitait à avancer. Un peu à droite, un peu à gauche. Je me retrouve finalement devant des étagères. Ma main droite s’élève tranquillement jusqu’à ce qu’elle s’arrête net devant un livre. Prenant celui-ci, je demande: « A quelle page? ». Je l’ouvre, sans réfléchir. Et je tombe sur ces mots: « Les Jesod sont ceux qui font l’intermédiaire entre le Ciel et la Terre ». Transportée par la joie, je referme le livre et quitte le magasin sans même penser à l’acheter.

Comment vous est venue cette écriture inspirée ?

– J’avais 35 ans. Ma sœur m’avait confié que son amie, Magali D., écrivait de fort belles choses sous la conduite d’un ange. Comme je n’avais jamais entendu parler de ce mode de communication entre le Ciel et la Terre, j’ai d’abord pensé qu’elle était malade. Je suis allée la voir pour l’aider, pour la sortir de sa solitude. Je pensais alors qu’il était bien pratique de s’inventer un interlocuteur imaginaire qui n’allait jamais la contrarier, la contredire. Je suis donc arrivée gonflée de mon besoin de la soutenir. Nous avons parlé quasiment toute la nuit. Au petit jour, elle m’a donné une séance. A la fin de cette dernière, j’étais bouleversée car Magali avait écrit des choses que personne d’autre que moi ne pouvait savoir. Après des semaines de tergiversation, je suis retournée chez elle, pour lui demander des preuves de ce qu’elle m’avançait.

Elle vous en a données ?

– Non. « Je ne peux pas t’en donner, m’a-t-elle dit. Mais je peux t’apprendre à pratiquer l’écriture guidée. Et tu iras chercher tes preuves toi-même ».

C’est de cette manière que votre initiation a commencé ?

– En effet. Je voulais savoir si ce qu’on me disait était vrai. Y a-t- il un au-delà, les anges existent-ils vraiment, vont-ils jusqu’à nous parler, à nous pauvres humains, au XXème siècle ?

Il vous aura fallu de longs exercices avant d’avoir la maîtrise de l’écriture guidée ?

– Le premier jour déjà, quand j’ai posé mon crayon sur une feuille après avoir invoqué le nom d’un ange que Magali m’avait donné, j’ai senti une vague d’amour m’envelopper. J’étais dans un incroyable bien-être intérieur. J’observais avec étonnement ma main qui bougeait tout doucement. J’ai tout de suite perçu que ce n’était pas moi quoi agissais.

Pour quelle raison ?

– A cette époque je n’allais pas très bien. J’étais triste de ma vie. Or après seulement une demi-heure d’écriture guidée, je fus durant toute la journée portée par une onde de paix inimaginable. Je n’avais fait aucune prière pour cela, n’étant alors guère encline à toute pratique religieuse. Bien qu’étant ouverte à tout, le monde spirituel ne m’attirait pas. Après deux mois de dessins, de plus en plus réguliers, des lettres puis des mots se sont formés. Encore une fois, je ne les attendais pas.

Vous ne les compreniez pas toujours ?

– C’était un langage très poétique, d’un style un peu ancien que j’étais bien incapable de formuler de ma propre volonté. Le contenu, très constructif, m’apportait précisément ce qu’il me manquait dans l’instant. Je n’ai jamais ressenti de déstabilisation ou de remise en question de ma personne et de mes valeurs.

Comment discerner le bon grain de l’ivraie ?

– L’apprentissage du discernement, l’ange me l’a bien suggéré une centaine de fois ! J’ai en effet observé dans l’écriture des intrusions qui n’étaient pas celles de l’ange.

A quoi les reconnaissiez-vous ?

– La fatigue voire l’angoisse m’envahissaient sans que je n’en comprisse la cause. Il m’a bien fallu deux mois pour admettre que d’autres visiteurs tentaient de s’infiltrer et de prendre une place dans ma vie, par le biais de cette écriture guidée.

La question du discernement demeure en effet essentielle. Comment être certaine que tel message provient bien d’un être lumineux et non pas d’une entité ténébreuse ?

– Je devais tout d’abord apprendre à me présenter dans un état de sérénité intérieure, pour être si possible sur la même longueur d’onde que l’ange. Un tel exercice ne peut s’accomplir après avoir médit de son voisin ! Comme je vous l’ai dit, l’état dans lequel je me trouvais après certaines communications ne laissait aucun doute sur les auteurs des messages. Je me sentais littéralement épuisée et angoissée. Je sais aujourd’hui que je captais l’angoisse de ceux qui s’approchaient de moi. Par ailleurs, le style d’écriture était négligé, hâtif. Quant au contenu, il était tissé d’insultes ou exprimé sur un ton mielleux et manipulateur.

Qu’est-ce qu’un ange, à vos yeux ?

– C’est un être de pure conscience doté d’au moins trois qualités : l’amour, il ne peut exister sans aimer; la lucidité, il ne peut exister sans tout comprendre, sans tout percevoir; le désintéressement, il répond à une demande d’aide.

La vôtre, également ?

– En effet. Elle a été longue. Mais je n’imaginais pas que l’aide viendrait de cette manière.

Pourquoi ?

– Je ne priais pas. Mais je m’efforçais de donner de l’amour à mon entourage. Dès lors, j’ai sans doute créé un vide à l’intérieur de moi-même qui ne demandait qu’à être rempli par ce même amour.

Si nous ne faisons pas appel à notre ange, il ne se manifeste pas ?

– Je pense qu’il est toujours là…En ce qui me concerne, il s’est clairement présenté. Quand je me suis rendu compte que cet être de lumière était disposé à s’adresser à moi – ce que j’étais à cent lieues d’imaginer – je me suis trouvée dans la nécessité de l’appeler fréquemment. Son contact m’offrait une telle énergie ! Je découvrais une autre conscience de moi-même, une nouvelle raison de vivre et d’avancer.

Les anges joueraient-ils un rôle d’intermédiaire indispensable à notre évolution ?

– Ils nous accompagnent toute notre vie. Mais si nous perdons espoir, cessons d’aimer et de nous aimer, nous leur fermons la porte. La kabbale nous enseigne qu’il y en a 72. Chacun d’entre eux donnerait aux hommes leur énergie durant cinq jours. Quand j’ai interrogé les anges à ce sujet, ils m’ont répondu qu’ils étaient sur terre plus nombreux que les êtres humains. Nous avons donc le choix d’en consulter un ou plusieurs !

Avez-vous un ange de prédilection ?

– Lors de ma première séance avec Magali, j’ai demandé le nom de l’ange. Le mot Modahim m’a été donné. Comme je suis férue de linguistique, je me suis interrogée sur sa signification. «C’est le nom que je porte pour toi ici», a précisé l’ange. Dans un premier temps, je me suis inclinée avec respect sans vraiment chercher à en savoir plus. Et puis voici trois ans, une personne me voyant écrire ce nom et connaissant l’hébreu m’apprend que Modahim signifie le maître, l’enseignant. Cela dit, chaque personne qui vient me consulter reçoit des noms d’ange particuliers. Je les qualifie volontiers de «vibratoires». Certains sont tirés du sanskrit, du persan ou de l’hébreu. Ils correspondent à une vibration en relation directe avec la personne concernée pour lui permettre un développement dans une direction précise. Nous venons sur terre principalement pour guérir des blessures. Par son nom, l’ange nous indique dans quel domaine il convient de travailler.

Vous dites guérir des blessures…de quoi s’agit-il plus précisément ?

– Certains êtres humains particulièrement évolués ne viennent pas sur Terre pour guérir des blessures mais plutôt pour venir en aide à tous ceux qui en ont besoin. Ces grands initiés sont à l’origine de nouvelles philosophies, sont d’authentiques guérisseurs, etc. Mais la plupart d’entre nous devons faire l’expérience de ce qui nous dérange. Nous le constatons d’abord chez les autres. Puis nous prenons conscience que ces noeuds à dénouer sont bel et bien à l’intérieur de nous-mêmes. Si nous nous en occupons, nous atteignons peu à peu un état de sérénité. Nous sommes débarrassés de peurs, de rancoeur, de phobies, de complexes, etc. Dans cet état de sérénité nous pouvons ouvrir une voie d’entraide pour les autres.

A l’image de l’aide que nous offre les anges ?

– C’est cela. Les anges ont pour mission d’aider l’humanité à évoluer. Si les âmes sont le résultat d’une explosion de joie du créateur, une étincelle continue à briller en chacun de nous. Jusque dans la matière la plus dense, nous devons apprendre à la reconnaître et à l’amplifier. L’ange est là pour nous rappeler notre origine divine. J’ai par ailleurs observé que certaines personnes progressaient dans leur chemin de vie de manière exemplaire tout en étant apparemment coupée de toute spiritualité! J’ai connu une dame extraordinaire qui pratiquait la musicothérapie. Elle se moquait de mes anges. Mais cela ne l’empêchait pas de faire par la musique un travail fantastique de reconstruction d’enfants traumatisés. Elle était comme habitée par une grâce. Je crois que l’âme projette son chemin de vie bien avant de s’incarner et qu’elle va le suivre, même si elle finit par oublier qu’elle a en elle une étincelle divine. La force de l’âme est assez grande pour la piloter de manière juste.

Vous semblez laisser une large place à vos rêves. Est-ce dans votre sommeil que s’éveille votre conscience?

– Certains soirs, j’ai besoin d’une réponse ou d’un traitement énergétique pour moi ou quelqu’un d’autre. Je demande à mon ange d’aller vers lui durant mon sommeil. A mon réveil, je me sens vraiment bien et éclairée dans ma demande de la veille.

Comment faites-vous pour vous souvenir de vos rêves avec une telle précision ?

– Avec l’entraînement, nous pouvons tous nous souvenir de nos rêves. Durant la nuit, je vis plusieurs états de demi sommeil qui correspondent à des rêves à venir dans l’instant. Je me donne alors un mot clé du style « voiture qui patine sur la neige». Puis je repars dans le sommeil. Le lendemain matin, je ne me souviens que des mots clés. En les écrivant, mes rêves se déroulent progressivement et se reconstruisent très clairement dans ma mémoire. Le fait de décider de rédiger mes rêves a également favorisé une plus grande concentration. Je ne me dis pas: «Je dois absolument me souvenir de mes rêve». Cette manière de faire fonctionner l’hémisphère gauche de mon mental ne donnerait aucun résultat.

Comment ont évolué vos rêves au cours des années ?

– Durant plusieurs années, j’ai fait des rêves thérapeutiques, en quelque sorte. Je voulais mieux me comprendre. Au bout d’un an d’exercice avec mon premier ange, un second est venu me donner un autre éclairage, encore plus profond. A l’aide d’un dictionnaire des symboles, je me suis alors lancée dans l’explication de mes rêves tout en demandant à cet ange de compléter ce qui avait pu m’échapper. Je dois reconnaître que les lacunes étaient fort nombreuses.

Avez-vous eu lors d’un rêve un contact direct avec un ange ?

– Oui. Alors que dans mon rêve je marchais le long d’une falaise, je suis tombée. Je vivais une terrible chute dans le vide. Je me suis alors sentie attaquée par des ombres obscures qui tentaient de s’emparer de moi et de m’étouffer. J’ai alors appelé le nom de l’ange. Puis je me suis vue immédiatement portée dans un filet doré qui me soutenait, qui me sécurisait pleinement. J’ai compris que ces fils dorés entrelacés étaient l’essence même de l’ange.

Le Christ lui-même a maintes fois été tenté par des forces particulièrement obscures et redoutables. Apparemment, plus un individu évolue plus il doit faire face à des tentations qui augmentent en puissance et en subtilité. Aujourd’hui encore, avez-vous l’impression d’être soumise à de sournoises attaques ?

– En ce qui me concerne, il ne s’agit pas d’attaques d’entités mais d’une légère insistance à se faire entendre, lorsque je suis mal préparée. Je fais ici allusion à des personnes décédées dans un grand état de tristesse et qui ont de la peine à en sortir. Dans l’autre monde, elles se meuvent dans des couches sans lumière et se rapprochent de moi pour me demander conseil. Deux à trois fois par semaine, je passe ainsi du temps à prodiguer un soin d’amour et de lumière à une âme pour lui permettre d’accélérer le rythme de ses vibrations et d’entrer en contacts avec des anges. Car obscurcies par leurs propres émotions, ces âmes sont incapables de les percevoir.

Voilà qui donne un éclairage intéressant à l’idée chrétienne de ciel, d’enfer et de purgatoire !

– Nous restons dans l’état d’être que nous avons expérimenté juste avant la mort. Si nous sommes sereins avant notre décès, si nous avons réglé nos conflits avec les autres, nous n’avons pas de peine à nous en aller. Mais ceux qui regrettent de laisser leurs proches derrière eux vont demeurer près de ces derniers pour les protéger. C’est ce qu’ils s’imaginent à tort. Car en se collant à eux par inquiétude, ils leur prennent leur énergie. Il convient donc d’expliquer à ces âmes la meilleure manière d’agir, de leur faire comprendre qu’elles sont elles-mêmes à l’origine de leur enfer. Et de leur faciliter le passage vers la lumière.

Comment ressentez-vous ce moment où l’âme finit par lâcher prise ?

– Je ressens comme une vibration de joie irradiant jusque dans mon coeur. Je vois la personne s’illuminer et perdre son visage tel qu’elle me le présentait auparavant. Puis, le lendemain, cette âme vient souvent me remercier. Un jour, je me trouvais à la table de ma cuisine en compagnie de ma fille qui avait 14 ans. « Quelque chose me touche le front », me dit-elle. Il n’y avait apparemment personne de visible dans la pièce. Après m’être concentrée, j’entrai en contact avec l’âme errante d’une personne décédée. Il s’agissait d’un homme qui tenait à me faire part de son voyage dans la lumière. Il avait enfin rencontré des proches qu’il avait aimés et qui étaient disposés à l’accueillir si tel était son bon vouloir !


Etes-vous joignable par les âmes à toute heure du jour et de la nuit ?

– Non. Je ne prodigue pas une aide dans n’importe quel état. Si je ne me sens pas bien, si je suis par exemple trop fatiguée après une journée de transe, je donne rendez-vous à une âme un peu plus tard. Comme elle est supposée vivre dans l’éternité, elle peut bien attendre un peu! Avant tout contact, un temps de profonde méditation est indispensable.

Avez-vous eu également des relations avec des âmes non pas seulement après la mort mais juste avant la naissance ?

– J’ai osé le faire quand ma fille était enceinte. J’ai demandé à l’âme à naître ce qu’elle attendait de ses parents. Durant sa première année d’existence terrestre, l’enfant a semble-t-il gardé en mémoire de nombreux souvenirs. Nous pouvons l’aider à vivifier cette mémoire. Certaines âmes, au moment de s’incarner, prennent peur en traversant les couches toujours plus denses de la matière. Elles peuvent ainsi ressentir douloureusement les préoccupations et les émotions de leurs parents, de leurs proches à venir. Elles décident alors de repartir dans le monde invisible et d’interrompre le processus d’incarnation. Cela pourrait expliquer certaines fausses couches ou certaines morts d’enfants juste après la naissance. Accepter la lourdeur de l’incarnation quand on a vogué dans la lumière, ce n’est pas si facile. Très souvent, ces âmes refont un essai et se réincarnent, après avoir maîtrisé ces craintes.

S’incarner, est-ce une nécessité ?

– C’est un appel auquel nous avons bien de la peine à résister! Une fois faite l’expérience de la matière, nous avons envie de goûter à nouveau les meilleurs moments de notre vie sur Terre, oubliant les heures difficiles. Lors d’une régression, je me suis vue tomber d’un rempart et emmenée dans une brouette. Je me demandais, un peu effrayée, comment pouvoir encore vivre sans ce corps inanimé que je voyais avec regret. Comment pourrais-je supporter de ne plus pouvoir toucher la matière ? Le corps physique, c’est un peu comme une drogue. Nous n’imaginons pas pouvoir vivre sans cette enveloppe. Je pense que les âmes errantes se collent aux vivants pour se rassurer, pour ressentir par exemple à travers leurs corps le délicieux parfum du verre de vin qu’ils vont boire! Si nous ne sommes vraiment pas préparés à mourir, un état de panique peut s’emparer de nous.

Nous devrions donc mieux nous préparer à la mort ?

– Certainement ! Les religions nous enseignent bien qu’il y a une vie après la mort, mais sans nous préciser quelle forme peut revêtir cette vie. En Occident, nous sommes très ignorants et naïfs sur ces questions. C’est moins le cas en Orient.

Omraam Mikhaël Aïvanhov, un sage pédagogue d’origine bulgare qui a vécu en France et en Suisse, disait en substance qu’ici-bas nous avons une vision limitée de la réalité tout en ayant développé une grande possibilité d’action sur la matière alors que de l’autre côté du miroir, c’est l’inverse. Notre perception est infiniment plus vaste mais notre champ d’action nettement plus limité. Qu’en pensez-vous ?

– C’est juste. C’est pourquoi je pense qu’il est important que des êtres initiés s’associent à des êtres de lumière pour faire le pont et permettre à ces derniers d’agir dans la matière de manière plus vaste. Ainsi, les vrais guérisseurs ne prétendent jamais qu’ils sont eux-mêmes à l’origine de la guérison. Ils prêtent leur énergie, leur force, leur amour aux êtres de lumière afin que ces derniers puissent intervenir dans le monde matériel.

Finalement, vous êtes au service des autres ?

– Pas seulement! Quand je fais un soin énergétique, je suis également à mon propre service! A chaque fois, je progresse, je découvre de nouvelles impressions, de nouvelles sensations. Je ne suis nullement en état de sacrifice.

Aime ton prochain comme toi-même, dit le Christ.

C’est cela. Tout simplement.

Vous collaborez avec des êtres que vous qualifiez de scribes. Qui sont-ils ?

– Ce sont des âmes qui servent de médium à l’ange, des intermédiaires entre l’ange et moi-même. Ils font l’apprentissage du don d’amour et en reçoivent également beaucoup en retour. Les scribes ne sont nullement des êtres parfaits. Au tout début de mon expérience, un scribe aidait ma main à bouger. Trouvant l’exercice trop long et fastidieux, il s’est révolté, a fait sortir le crayon de la feuille à maintes reprises, exprimant clairement une grande lassitude. Je n’avais pas pris conscience que je lui demandais un effort terrible. Pour un ange, s’associer à une énergie humaine est un lourd travail. Et la tâche n’est guère aisée non plus pour un scribe.

Pourquoi est-ce si difficile ?

– Nous, les êtres humains, sommes lourds, peu manipulables. Partout, nous mettons des freins. Dès lors, l’ange doit aussi faire preuve d’une grande endurance et d’une grande patience à notre égard. Mais il agit toujours dans la joie. Un jour, j’ai présenté des excuses à mon ange pour l’avoir dérangé de manière que je croyais inopportune. « Cesse de t’agenouiller quand tu nous parles! », m’a-t-il répondu. L’ange ne parle pas de nos défauts, ne se montre jamais critique. Il nous aide à combler l’inachevé.

C’est finalement un grand pédagogue !

– A l’image de Socrate, c’est un accoucheur. Le révélateur de ce qu’il y a de meilleur et de plus lumineux en chacun de nous.

Propos recueillis par Philippe Le Bé.

 

Dominique Bourg: “Avec les Terriens face aux destructeurs”

Candidat aux européennes de mai 2019 sur la liste de Génération Écologie, Dominique Bourg, professeur ordinaire à l’Université de Lausanne (UNIL), plaide en faveur d’une écologie intégrale. Une approche radicale que les Verts, selon lui, ne défendent pas.

 (Interview publiée dans Echo Magazine, mercredi 12 décembre 2018)

 Philosophe et professeur ordinaire à la Faculté des géosciences et de l’environnement de l’UNIL, Dominique Bourg va figurer dans les tout premiers de la liste de Génération Écologie. Créé en 1990, mis en sommeil pendant des années, ce mouvement est revitalisé sous la présidence de Delphine Batho, ancienne ministre de l’environnement de François Hollande. Avec son expérience d’intellectuel et d’écrivain, il entend lui apporter une base solide d’analyse et de réflexion. Entretien.

 Pourquoi vous lancez-vous dans la politique?

Dominique Bourg – Quand on s’engage en politique à l’âge de 65 ans, on ne risque pas de se faire corrompre. On ne risque pas de devenir, dans le très mauvais sens du terme, une «femme ou un homme politiques». Si je suis élu, je n’exercerai pas plus d’un seul mandat.

 Voilà pour le garde-fou. Mais quelles sont vos motivations?

Nous vivons collectivement une situation alarmante avec un effondrement de la biodiversité et un réchauffement climatique dont nous sentons clairement les effets. Dès lors, le clivage politique gauche-droite est totalement dépassé. Comme le souligne le manifeste de Delphine Batho (présidente de Génération écologie) à paraître le 7 janvier 2019, la ligne de partage sépare désormais les Terriens et les destructeurs de la planète.

Ne plus opposer la droite à la gauche, n’est-ce pas le leitmotiv du président Emmanuel Macron?

Le discours d’Emmanuel Macron oppose les réformateurs, dont il se réclame, aux conservateurs. Cette approche héritée des Trente Glorieuses, les trente années qui ont suivi la Seconde guerre mondiale, n’a plus de sens aujourd’hui.

 Qui sont les Terriens face aux destructeurs?

Celles et ceux qui ont vraiment pris conscience que nous vivons dangereusement en consommant plus de trois planètes par an, pour les Européens, et cinq pour les Américains. Celles et ceux qui refusent que 10% de l’humanité continuent à émettre 50% des gaz à effet de serre. La richesse, telle que nous l’entendons avec ses flux de matière et d’énergie sous-jacents, confère désormais un pouvoir de destruction massive.

Qu’entendez-vous par « écologie intégrale » qui est au cœur de votre mouvement?

L’écologie ne doit pas être pas « un bout de programme » qui se place juste après les enjeux économiques ou commerciaux comme l’envisage, par exemple, la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. L’écologie, qui permettra ou non à notre planète d’être encore habitable, doit figurer au sommet de toutes les décisions politiques. Dès lors, tout doit être repensé à la faveur d’un nouveau regard sur la richesse et la dignité de l’homme. Le mouvement hétérogène des gilets jaunes en France montre bien qu’il ne peut y avoir d’écologie sans solidarité. Demander à une personne qui ne parvient pas à boucler ses fins de mois de payer encore plus cher son carburant alors qu’elle est totalement dépendante de sa voiture n’a pas de sens. Cette personne ne peut sortir de la nasse où elle est enfermée sans y être aidée.

 Plus qu’un programme, c’est donc un nouveau paradigme?

En effet. Ce ne sont plus les individus, et de loin pas tous, qui sont au centre de nos préoccupations comme le conçoit le système libéral qui consume force matières et énergie, mais le genre humain. C’est à partir de son existence, sérieusement menacée, que l’on doit décider collectivement de ce qui est acceptable ou non dans nos modes de vie. Avoir par exemple la liberté individuelle de prendre l’avion à un prix dérisoire qui ne reflète pas les dégâts causés à l’environnement ne doit plus l’emporter sur le devoir de préserver les équilibres fragiles de notre planète.

Vous prônez donc la fin de la liberté individuelle?

C’est tout le contraire ! La liberté de penser, de croyance, d’association, autrement dit ce droit que possède tout individu de déterminer lui-même le contenu de ses représentations intellectuelles, morales, politiques et religieuses ne peut en aucun cas être garanti si le genre humain est détruit par des comportements luxueux irresponsables. Impossible de respecter l’individu si l’on ne respecte pas le genre humain !

 L’homme changera-t-il sans y être contraint?

Il s’agit d’une autocontrainte, décidée par la loi votée dans un régime démocratique. Aujourd’hui, nous vivons deux modèles de société. Le premier est incarné par Donald Trump aux États-Unis ou Jair Bolsonaro au Brésil. Ces deux personnages ont réussi à s’attirer les faveurs des plus pauvres pour accroître encore davantage les inégalités sociales dans leurs pays respectifs. C’est évident avec Trump, cela le deviendra avec Bolsonaro. Plus ces chefs d’État sont cyniques et odieux, plus une grande partie de la population les encense. Ce type de régime facho-masochiste semble prendre de l’ampleur dans le monde. Mais l’autre modèle de société, celui que nous défendons, suscite, lui aussi, un intérêt grandissant. Si les mouvements populistes ont le vent en poupe, les écologistes progressent également un peu partout en Europe.

Précisément, pourquoi ne pas vous joindre aux Verts plutôt que de réveiller Génération écologie?

Le bilan écologique des Verts français est très maigre. Ce parti s’est enfoncé dans la partition gauche-droite, avec une couleur franchement gauchisante, ce qui est contraire à notre démarche. Avec sa culture systématiquement minoritaire, il n’est pas en mesure d’«écologiser» l’ensemble de la société française. Cependant, nous n’excluons pas de nous rapprocher d’autres formations pour autant qu’on accepte le nouveau clivage, Terriens versus destructeurs. Il est de nombreuses personnalités qui, comme Damien Carême d’Europe-Écologie, font un travail remarquable.

Et les Verts suisses?

Le contexte est différent. La Suisse reste un pays où il fait encore bon vivre. Les pauvres sont planqués, on ne les voit pas trop. L’effondrement de notre civilisation, on en parle en se faisant peur entre deux plaquettes de chocolat. Mais la jeunesse de ce pays prend néanmoins conscience que le monde change fondamentalement, que le marché du travail devient plus difficile, que le pays ne peut rester une île de prospérité dans un continent européen qui part à la dérive. Les Verts suisses, à la différence de nombreux Verts européens, n’ont jamais perdu de vue les questions écologiques.

Pas d’écologie sans solidarité, dites-vous. Comment garantir un tel équilibre?

Il est essentiel de reconstruire un capital public. Regardez la Grèce. Ce pays est ruiné, ses services publics sont défaillants. Il a été incapable de faire face à des incendies ravageurs faute de pompiers en nombre et suffisamment équipés ; sans service météo les canadairs venus de l’étranger n’ont pas été efficaces ; les forêts ne sont plus débroussaillées. La Grèce de cet été, ce sera l’Europe de demain si nous ne construisons pas un État résilient, qui se donne les moyens de protéger les plus déshérités et qui n’accepte plus un fossé grandissant entre des hyper-riches et des hyper-pauvres.

 Vous êtes un intellectuel dans l’âme. Affilié à un mouvement politique, ne craignez-vous pas de devenir partisan?

Je ferai tout pour ne jamais devenir partisan. Je continuerai à soutenir toutes les initiatives que je considère comme positives, quels que soient leurs auteurs. Personne n’a le monopole du bon sens sur cette planète!

Propos recueillis par Philippe Le Bé

 

 

 

Violences

« La force utilisée à tort,
la dévastatrice, la destructrice ne s’arrêterait jamais
s’il n’y avait pas de faibles,
s’il n’y avait pas de victimes pour l’absorber.
C’est le passé, il fallait que cela soit.
Le mal, l’acte engagé, ne peut être redressé.
La victime absorbe et éteint les horreurs.
Le persécuteur trouve le persécuté
et la mort est rassasiée.

Le faible sera glorifié.
L’Agneau ne sera plus égorgé sur l’autel.
Il fallait que ce soit la guerre.
Le calice amer se remplit déjà.
Ne tremblez pas !
Autant il est plein de l’amer,
autant il est plein de la Boisson divine,
de la Sérénité éternelle. »

Dialogues avec l’ange, Budapest, mercredi 25 octobre 1944

France: le temps de nouveaux États généraux?

Le mouvement français des gilets jaunes, de moins en moins contrôlable, sonne-t-il le glas du système parlementaire représentatif? Un système dans lequel la nation entière élit des représentants chargés de contrôler les dépenses publiques, de voter l’impôt et de concourir à la confection des lois? La question peut sembler singulièrement provocatrice. Mais, visiblement, une partie toujours plus importante de la population française ne fait plus confiance en ses représentants. Sitôt élus, ces derniers sont vite désavoués. Qu’ils soient de droite ou de gauche. Attendre le sauveur qui prendrait la suite d’Emmanuel Macron, si ce dernier devait être “dégagé”, c’est attendre Godot ou l’Arlésienne.

En Suisse, autre pays, autres moeurs. Le régime des initiatives populaires et des référendums permet une consultation régulière de la population, ce qui donne une relative moindre importance aux représentants élus. Par ailleurs, le système politique de ce pays fortement décentralisé désamorce toute attaque frontale contre «le pouvoir» incarné en France par une «élite parisienne». Enfin, la structure du Conseil fédéral qui rassemble différentes tendances (bien que la droite soit généralement majoritaire) donne l’image d’un pays à l’écoute de sa diversité. Même si la réalité est moins glorieuse qu’il n’y paraît, eu égard à l’influence déterminante de lobbies économiques très puissants.

Séparation de l’Autorité et du Pouvoir

Rien de tel en France (hormis pour les lobbies!). Pourtant, ce pays pourrait faire l’expérience d’un autre système de gouvernance qui implique notamment la séparation de l’Autorité et du Pouvoir. L’Autorité appartient à quiconque enseigne quelque chose de bon et personne ne peut l’en déposséder. Un médecin fait par exemple «autorité» en matière de médecine et sa compétence ne peut être déléguée à une personne qui n’a aucune connaissance médicale. Le pouvoir au contraire doit être délégué par une personne ou un groupe ayant autorité et on peut le retirer. Ce système s’appelle la synarchie. Il a été analysé en profondeur par Saint-Yves d’Alveydre, à la fin du 19ème siècle.

Il y a quelque 40 ans, j’ai rencontré à Paris le polytechnicien Jacques Weiss (aujourd’hui décédé) qui a synthétisé les oeuvres de Saint-Yves d’Alveydre dans un livre aujourd’hui épuisé (La Synarchie, Robert Laffont). J’ai aussi abordé ce thème avec Michel Jobert, fondateur du Mouvement des démocrates auquel j’ai appartenu. L’ex-ministre français des affaires étrangères trouvait l’idée intéressante mais bien difficile à réaliser!

Convocation régulière des États généraux

La synarchie suppose une convocation régulière des États généraux, comme ceux qui se sont déroulés en France du 14ème au 16ème siècle. Le peuple écrivait ses doléances dans des cahiers, revendications purement sociales et exprimées par profession avant d’être synthétisées dans les trois ordres d’alors, le clergé (qui serait aujourd’hui l’enseignement), la noblesse (la justice et la police) et le tiers état (l’économie). Selon Saint-Yves d’Alveydre, en négligeant de convoquer les États généraux, les rois de France auraient dès le 16ème siècle contribué à alimenter la Révolution. A l’anarchie d’en haut (gouvernement sans principe) aurait suivi l’anarchie d’en bas.

Il serait bien sûr absurde de reproduire au 21ème siècle la synarchie telle qu’elle a fonctionné dans le passé en France. Mais, à la faveur du développement du Web et des réseaux sociaux, permettre aux citoyens de se consulter eux-mêmes sur leurs propres besoins et souhaits serait une piste sérieuse à explorer. Par le biais notamment de nouveaux États généraux. Certes, la synarchie vue par Saint-Yves d’Alveydre (qui n’a rien à voir avec des mouvements contemporains occultes qui l’ont travestie) pourrait entraîner un regain de corporatisme. C’est en effet un risque à ne pas négliger. Mais un tel risque pourrait être surmonté si l’on associait aux thèmes traités par des personnes compétentes dans leur domaine professionnel des citoyens particulièrement motivés.

Fin de la politique spectacle ?

Assurément, la synarchie signerait la fin de la politique spectacle, des promesses non tenues car intenables et des postures électoralistes à court terme. D’où, sans doute,  le manque d’intérêt qu’elle pourrait susciter auprès de nos pseudo «élites»! Mais le temps est peut-être venu de s’y intéresser. Avant qu’il ne soit trop tard et qu’une vilaine forme de dictature, de droite ou de gauche, ne nous fasse regretter le temps où les gilets jaunes pouvaient encore donner de la voix…

Formule magique ou soporifique?

Ils se comptaient sur les doigts d’une seule main les députés vaudois du PLR, lundi 8 novembre dernier au Swiss Tech Convention Center de l’EPFL. Tous leurs autres collègues de parti n’avaient pas estimé utile de participer aux premières Assises vaudoises du climat organisées par la Conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro, elle aussi libérale-radicale. Et pourtant l’événement était et reste exemplaire. Pour faire face au dérèglement climatique dont les effets sont déjà largement perceptibles en Suisse, promouvoir une approche locale, en l’occurrence cantonale, c’est le bon sens même. C’est aussi la démarche du célèbre climatologue français Hervé Le Treut. Après avoir été impliqué dans le comité du suivi de l’accord de Paris sur le climat (COP 21), ce dernier a choisi de se focaliser sur la Nouvelle Aquitaine, un territoire à bonne échelle pour prendre des décisions concrètes et visibles.

Désert de débat

Le temps presse. Si les émissions de gaz à effet de serre (GES) continuent à augmenter de 2% par an, les 3 à 4 degrés de température supplémentaires rendront certains endroits de la planète invivables d’ici quelques décennies. La question climatique comme l’effondrement de la biodiversité devraient être la priorité des priorités de la Berne fédérale. Au lieu de cela, pour succéder aux conseillers fédéraux sortants Doris Leuthard et Johann Schneider-Amman, on se demande s’il faut une ou deux femmes, de centre droit ou de centre gauche, et on se focalise sur les candidat(e)s déjà choisi(e)s par le PLR et le PDC. Dans ce désert de débat, la formule magique qui fait la fierté du pays prend des allures de formule soporifique. On est fin prêt à s’entendre mais on n’a quasiment rien à se dire.

Devoir d’État

Pourtant, si les cantons ont leur part de responsabilité et d’action, la Confédération a un rôle moteur essentiel à jouer. Tous les partis (et non seulement les Verts), dans les chambres comme au Conseil fédéral, devraient se mobiliser pour faire de la nouvelle loi sur le CO2 un outil vraiment efficace: en y intégrant des objectifs de réduction des émissions de GES pour le secteur financier; en fixant une date à partir de laquelle vendre des voitures à essence ou au diesel ne serait plus possible; en taxant le kérosène des avions, etc. Concernant la biodiversité, un plan de sortie des pesticides de synthèse utilisés dans l’agriculture devrait être fixé, une cartographie précise des zones naturelles à protéger dans tout le pays devrait être dressée, etc. Les solutions foisonnent. Les prendre au sérieux et les réaliser, c’est un devoir d’État.

(Trait libre diffusé dans Écho Magazine de mercredi 28 novembre 2018)

 

 

La Dame de la mer, à l’Oriental de Vevey

«Si l’amour est une illusion, j’ai besoin de cette illusion». Ellida, la Dame de la mer, ne parvient pas à se défaire du souvenir brûlant d’un marin avec qui elle s’était fiancée durant sa jeunesse et qui a dû fuir après avoir tué son capitaine, mais qui a promis de revenir. Une Ellida magistralement interprétée par Hélène Pelourdeau, dont on connaissait les talents de chanteuse lyrique et que l’on découvre comme comédienne d’une touchante vérité dans l’interprétation d’une âme passionnée.

Drame lyrique en cinq actes présenté tous les soirs jusqu’à dimanche à l’Oriental, à Vevey, la pièce La Dame de la mer d’après Henrick Ibsen a été adaptée et mise en texte par François Debluë, auteur du poème de la Fête des Vignerons, et mise en musique par René Falquet. Quintette à cordes, accordéon et percussions nous plongent avec enchantement dans l’atmosphère chaude ou glacée des fjords norvégiens, avec une musique, tantôt cristalline tantôt tourmentée, qui s’inspire notamment (parmi d’autres compositeurs) d’Edvard Grieg dont Le Matin a été composé pour la pièce de théâtre Peergynt, écrite précisément par Henrik Ibsen!

 Enchaînement très fluide

 Subtilement éclairée par William Lambert et Arthur Gueydan et judicieusement mise en scène par François Marin, la Dame de la mer rassemble des chanteurs-comédiens très convaincants. Le baryton Frédéric Meyer de Stadelhofen interprète avec une touchante humanité le docteur Wangel, époux d’Ellida, veuf et désarçonné face à la passion mortifère de sa seconde femme inconsolable. La soprano Lorianne Cherpillod et la mezzo soprano Pascale Güdel, les deux filles du docteur Wangel, rayonnent de fraîcheur dans leur authenticité où l’émotion côtoie l’espièglerie. La basse Stephan Imboden déchire le voile d’un décor raffiné évoquant les vagues par sa voix profonde. Sans oublier le récitant, le ténor Bertrand Bochud, qui avec limpidité guide le spectateur dans ce drame à la fois chanté et parlé, dans un enchaînement très fluide.

Quête d’absolu

Torturée par la passion, Ellida finit par être transcendée par «l’amour qui rend libre». Elle laisse partir le marin et choisit de rester avec son mari. Tout est bien qui finit bien? Pas vraiment!  La promesse faite au mari installé l’emporte sur celle faite précédemment au marin fantôme. Mais ces deux promesses ne sont-elles pas toutes deux illusions? Du début à la fin du drame, la tension ne quitte jamais Ellida. Et sa quête d’absolu reste présente en chacun de nous. Comme une houle qui n’en finit pas de nous traverser…

 

Mercredi 31 octobre, jeudi 1er et vendredi 2 novembre : 20h00

Samedi 3 novembre : 19h00

Dimanche 4 novembre : 17h30

 Réservations : 021 925 35 90 ou www.orientalvevey.ch

 

Dimanche 11 novembre: 17h Théâtre de Valère, Sion.

Dimanche 25 novembre: 17h, Casino du Brassus.

 www.compagniemarin.ch

Exit. Et après?

Quand j’apprends qu’une personne, au comble de la détresse psychologique, vient de se suicider, cela me désole profondément. Et ma désolation est encore plus forte si j’apprends que cette personne a décidé de programmer sa mort avec le soutien actif d’organisations telles qu’Exit, cette «Association pour le droit de mourir dans la dignité».

N’ayant pas connu d’atroces souffrances physiques ou psychiques, et souhaitant ne jamais les connaître, je ne me sens nullement le droit de juger celle ou celui qui décide de mettre fin à sa vie. Alors pourquoi cette désolation qui ne me quitte pas?

Mon sentiment est précisément alimenté par une certitude, bien plus forte qu’une croyance, celle qu’il est tout simplement impossible de mettre fin à sa vie. Penser qu’après sa mort, après être sorti de son corps physique, tout est fini, tout est réglé, les souffrances s’envolant par enchantement, est une grande illusion. Je n’ai certes aucune preuve pour avancer une telle affirmation, hormis les nombreux témoignages de personnes qui ont expérimenté une mort imminente et qui s’en reviennent convaincues qu’une vie peut encore exister en dehors de notre espace-temps terrestre. Mais, me direz-vous, ces personnes ne sont pas cliniquement mortes, avec un électro-encéphalogramme définitivement plat.

La vie, qui transcende mort et naissance

Pas de preuve, non bien sûr, mais l’intuition très forte que si la mort est une naissance inversée, la vie qui transcende mort et naissance est éternelle. Donc, de ce point de vue, la mort n’effacerait pas la souffrance, elle la ferait simplement (si l’on peut dire!) passer d’un état de conscience à un autre, du visible à l’invisible. Et rien ne dit que son intensité ne soit pas aussi, voire plus forte, que celle ressentie dans notre corps physique.

Dès lors, si la vie existe après la mort, elle existe aussi, toujours de mon point de vue – que je me contente de vous faire partager – avant la naissance. C’est pourquoi je me demande si une mort prématurément décidée non seulement ne mettrait pas fin à la souffrance mais équivaudrait à une malencontreuse rupture d’un contrat passé avec nous-même dans l’autre monde. La question fondamentale étant: que veut me dire la souffrance que j’endure? Est-elle vraiment sans aucun sens dans mon évolution ? Je ne crois pas. Comme l’a si justement dit Frère Aloïs, prieur de la Communauté de Taizé, lors d’un récent Jour du Seigneur sur France 2, «toutes les souffrances ont une place dans la Croix et toutes les joies sont dépassées par la joie de la Résurrection».

(Publié dans Echo Magazine du 24 octobre 2018)

Les cinq étapes de notre deuil collectif

(Article paru dans le dernier numéro d‘Écho Magazine)

Hausse des températures moyennes et récurrence des chaleurs extrêmes, fonte des glaciers et de la banquise, sécheresses, destruction d’écosystèmes rares et précieux, hausse du niveau de la mer, désoxygénation et acidification des océans, etc. : les alertes de la communauté scientifique se multiplient.

Face à cette situation qui pourrait sonner le glas de l’espèce humaine, nous vivons les cinq phases de deuil par lesquelles passent les personnes qui apprennent leur mort prochaine ou celle d’un être cher. Selon la psychiatre helvético-américaine Elisabeth Kübler-Ross qui les a identifiées, ces étapes se succèdent plus ou moins, selon les personnes. Concernant l’état de la planète, j’observe qu’elles se produisent simultanément, selon notre niveau de conscience:

  • Le déni: le malade se dit que ce n’est pas possible, qu’il y a erreur médicale. C’est aussi l’attitude de tous ceux qui nient encore l’origine humaine du réchauffement climatique. Le président américain Donald Trump en est un illustre représentant.
  • La colère: le malade trouve injuste d’être ainsi touché. «Pourquoi moi?». Cette colère est par exemple exprimée par les victimes (et leurs représentants) de pollutions industrielles massives dans le pays du Sud déclenchées par des entreprises du Nord irresponsables qui n’en subissent pas les effets.
  • Le marchandage: Le malade est prêt à faire tout ce que l’on veut si on peut le faire vivre quelques années de plus. Le mécanisme de la compensation carbone, qui entend contrebalancer des émissions de gaz à effet de serre par le financement de projets technologiques qui réduisent d’autres émissions comparables ailleurs dans le monde, est un bel exemple de ce marchandage à l’efficacité fort contestable.
  • La dépression: Le malade se sentant mourir s’isole et sombre dans le désespoir. Une telle dépression peut être ressentie par certains des premiers réfugiés climatiques qui ont vu disparaître tous leurs biens sous les eaux.
  • L’acceptation: Le malade attend désormais son dernier souffle avec sérénité. Peut-être pressent-il qu’une autre forme de vie s’offre à lui? C’est aussi dans cet état d’esprit que se trouvent tous ceux, et notamment les jeunes, qui jettent les bases d’un autre monde où la croissance sans limite d’une économie pillant les ressources de la planète sera remplacée par un nouveau modèle de «sobriété heureuse» comme le décrit Pierre Rabhi. Un monde où l’on ne parlera plus de concurrence mais de coopération et d’alliance avec la nature vivante.