Notre-Dame-des-Landes ou l’heure de vérité

(Avec lesechos.fr et ouestfrance.fr) Faut-il réaménager l’actuel aéroport de Nantes-Atlantique ou le déménager sur les terres agricoles et les bois autour de Notre-Dame-des-Landes (NDDL)? Ces deux options sont « raisonnablement envisageables », estiment les trois experts nommés par le gouvernement pour l’aider à décider de la suite ou non du projet controversé.

Dans le rapport qu’ils ont remis mercredi matin à Edouard Philippe, ils « confirment l’absence de solution parfaite, chaque option apparaissant marquée par au moins un handicap significatif sur un critère particulier », l’environnement et l’étalement urbain pour le projet de Notre-Dame-des-Landes, les nuisances sonores « significatives » pour l’aménagement de Nantes-Atlantique.

Nicolas Hulot fidèle à ses convictions.

Nicolas Hulot n’a pas changé d’avis et fait de NDDL l’un des axes forts de sa politique en matière d’écologie. La victoire du « oui » au référendum de 2016 ? Pas un argument valable, selon lui. « Chacun sait que ce référendum a été fait en dépit du bon sens, sur un territoire qui n’est pas représentatif. Il fallait faire une consultation plus large. »

Le ministre d’Etat de la transition écologique et solidaire préfère placer son engagement au-dessus de ce vote. « Je n’ai pas changé d’un iota dans mes convictions, dans ma détermination », martèle-t-il lorsqu’on lui demande s’il est obligé d’avaler des couleuvres à la suite de ses nouvelles fonctions.

Ce que l’Histoire retiendra.

Commentaire : Oui ou non Nicolas Hulot est-il un ministre d’Etat « primus inter pares » ? Oui ou non le président Emmanuel Macron considère-t-il la transition écologique et solidaire comme la clé de voûte de toute sa politique ? Ce sera bientôt l’heure de vérité. Dans tous les cas de figure, le président suscitera des levers de boucliers. Dans tous les cas de figure, on criera à l’irresponsabilité, à la trahison, au mépris, etc.

Que l’Histoire, la seule qui compte finalement, ne retienne que cela : la France avait en 2018 un président qui menait VRAIMENT une politique COHERENTE en faveur de la planète en péril, par des gestes concrets et symboliques, clairs et nets, en pleine conscience de ses responsabilités!

Tirer sur Hulot, c’est tirer sur Macron.

Pour certains acteurs ou observateurs de la vie politique française, Nicolas Hulot, le ministre d’Etat de la transition écologique et solidaire, ne “serait pas à sa place”, “ne servirait à rien”, “ne défendrait que ses propres intérêts”. Des remarques également constatées parmi les partisans de l’action gouvernementale. Chez les autres, c’est plus simple, quasiment tout serait à jeter.
Tirer sur Nicolas Hulot, c’est tirer sur le président. C’est sous-entendre que ce dernier a créé le ministère de la transition écologique et solidaire par pur opportunisme, qu’il a fait semblant de faire confiance à Nicolas Hulot et qu’il n’a qu’un objectif: s’en débarrasser au plus vite.
Le chaudron de l’écologie.
J’ai la naïveté de croire que si Emmanuel Macron n’est pas tombé tout petit dans le chaudron de l’écologie (comme Nicolas Hulot d’ailleurs!), il a néanmoins pris conscience des enjeux planétaires que sont devenus le dérèglement climatique et l’effondrement de la biodiversité.
J’ai toujours et encore la naïveté de croire que l’échec de Nicolas Hulot signerait l’échec de la politique d’Emmanuel Macron. Car une transition écologique et solidaire, pour la France comme pour l’UE et la planète, ce n’est pas un slogan creux mais une nécessité vitale.
La mission de Nicolas Hulot sera toujours plus difficile. Ses adversaires, encore plus redoutables ceux qui représentent certains puissants intérêts économiques, n’attendent que sa chute et son remplacement par un autre ministre qu’il espèrent le moins dérangeant possible.
Primus inter pares.
Nicolas Hulot s’est donné un an pour réussir à faire de son ministère le socle incontournable de la stratégie gouvernementale. Il ne réussira que si, au sein du gouvernement, il devient un primus inter pares et à condition que toutes les principales décisions gouvernementales soient passées au tamis de la transition écologique et solidaire.

Xi Jinping, dans la ligne stratégique à long terme de Maozedong

En inscrivant son nom et sa doctrine dans la charte du Parti communiste chinois, Xi Jinping se profile comme l’égal de Maozedong, premier empereur communiste dans l’Empire du milieu. Xi Jinping a désormais le temps pour lui. Pour mieux comprendre la stratégie à très long terme de la Chine, je vous invite à lire ou à relire cette interview du sinologue suisse Harro von Senger, publiée l’an dernier dans le magazine Bilan.

Comment les stratagèmes influencent la politique économique chinoise.

Par Philippe Le Bé

Le sinologue suisse Harro von Senger estime qu’il est essentiel de savoir décrypter la stratégie économique des Chinois à la lumière des 36 stratagèmes avec lesquels ils jonglent avec autant de naturel que d’habileté.

« La Chine va toujours davantage influencer l’économie mondiale durant le prochain siècle » déclarait récemment à Zurich Philip Hildebrand, vice-président de la société multinationale de gestion d’actifs BlackRock. Comprendre comment s’articule la pensée chinoise, quel est son mode de fonctionnement, c’est pour les Occidentaux d’une importance majeure. Parmi les fondements de cette culture se trouve l’art des stratagèmes que Harro von Senger a été le tout premier chercheur à analyser en profondeur.

C’est au Centre mandarin de l’Université pédagogique de Taïwan que le sinologue suisse entend, lors d’une leçon de chinois, l’un de ses professeurs lancer la formule: « De 36 plans, s’enfuir est le meilleur ». Nous sommes en 1973. Titulaire d’un doctorat en droit de l’Université de Zurich, la première thèse sur le droit chinois rédigée par un Suisse, l’étudiant de 29 ans demande alors à son 9professeur quels sont les 35 autres « plans ». Faute de réponse satisfaisante, il s’adresse à l’un de ses camarades chinois qui, le surlendemain, lui rapporte une feuille sur laquelle il a écrit à la plume les 36 plans. Il n’est alors pas encore question du mot « stratagème ». Les semaines passent. Le 6 octobre 1973, Harro von Senger découvre et achète dans un marché de Taipeh un livre sur ces mystérieux 36 plans. Ce sera le début d’une quête sans fin.

Après un séjour de deux ans à l’Université nationale de Tokyo, il se rend en République populaire de Chine (RPC) en 1975. Sur les affiches murales (dazibao) du campus de l’Université de Beijing comme dans les journaux foisonnent des stratagèmes utilisés comme moyen d’analyse des actions de Deng Xiaoping et ses partisans, accusés de suivre une politique bourgeoise fidèle à la classe des capitalistes. Comme par exemple le stratagème 7 : « Créer quelque chose à partir de rien ». Et Harro von Senger de découvrir pour la première fois le mot « stratagème » écrit en anglais dans un dictionnaire de l’armée rouge. A la mort de Mao Zedong le 9 septembre 1976, les 36 stratagèmes sont largement utilisés pour décrypter les actions de la Bande des quatre contre laquelle est lancée une nouvelle campagne.

Rencontré à Einsiedeln non loin de la célèbre abbaye bénédictine, le sinologue et professeur Harro von Senger, aujourd’hui à la retraite, nous plonge dans les arcanes de la pensée chinoise.

Les 36 stratagèmes constituent-il le fondement même de la culture chinoise ?

Non, provenant de l’antique théorie militaire de la Chine, ils demeurent l’un des éléments de la culture chinoise à côté du confucianisme, du taoïsme, du légisme, du concept Yin-Yang, etc. Par ailleurs, pour comprendre la stratégie économique de la Chine, il faut toujours se référer au statut du parti communiste chinois qui indique clairement que « l’idéal suprême et le but du Parti résident dans l’accomplissement du communisme ». Selon le sinomarxisme, qui est du marxisme-léninisme européen aux couleurs de la Chine, «la cause du socialisme chinois finira par triompher » dans le monde. Et cela passe nécessairement par un enrichissement économique du pays et de ses habitants.

Dans le sinomarxisme, le terme de « contradiction principale » est souvent mis en avant. De quoi s’agit-il ?

Selon Mao, le monde vit une accumulation de conflits, de polarités ou de paradoxes regroupés sous le terme de « contradictions ». Parmi ces dernières, l’équipe dirigeante au pouvoir doit sélectionner, à chaque phase du développement, la « contradiction principale » que le peuple chinois se doit de résoudre de toutes ses forces. De 1937 à 1945, la « contradiction principale » était de battre le Japon, de 1946 à 1949 de vaincre Chiang Kaï-chek, de 1949 à 1976 d’abattre la bourgeoisie par la lutte des classes du prolétariat. Depuis 1976, la « contradiction principale » consiste à rattraper le retard économique de la Chine pour répondre aux besoins matériels et culturels croissants de la population. Et cela grâce aux quatre modernisations de l’industrie, de l’agriculture, de la défense nationale et des sciences et techniques. Elle est toujours en vigueur aujourd’hui.
Pour le centenaire de la proclamation de la RPC en 2049, le PIB par habitant devra passer de plus de 7000 dollars aujourd’hui à plus de 30.000 dollars, à la hauteur des pays occidentaux. Une tâche gigantesque !

De quelle manière les Chinois mettent-ils en pratique les 36 stratagèmes dans leur économie et notamment dans leur conquête économique de la planète ?

La conquête économique du monde n’est pas un but poursuivi par la Chine mais peut-être un effet collatéral de sa stratégie globale. Laquelle s’illustre notamment par le stratagème 18 : « Pour capturer une bande de brigands, capturer d’abord le chef ». Le chef, c’est précisément la contradiction principale en cours depuis la mort de Mao. En la saisissant puis en la résolvant, aux yeux des dirigeants chinois, maints problèmes vont se régler comme par exemple la corruption car tous les fonctionnaires se seront suffisamment enrichis pour ne plus y avoir recours.

Les stratagèmes sont-ils aussi pour les Chinois une manière de se défendre face aux Occidentaux ?

En effet. Il existe trois manières d’utiliser les stratagèmes. Dans une attitude offensive, A en fait usage contre B. Dans une attitude défensive, B identifie le stratagème que A utilise contre lui et prend des mesures appropriées. Enfin, un tiers observe et analyse un stratagème dans lequel il n’est pas directement impliqué. La compétence stratagémique défensive est privilégiée. Un proverbe chinois est révélateur à ce sujet : « il ne faut pas avoir un cœur qui cherche à nuire à autrui, mais un cœur qui reste attentif aux autres est indispensable ».

Comment les Chinois apprennent-ils ces stratagèmes ?
Dans le lait maternel ! Il existe une floraison de contes et de livres pour enfants qui mettent en scène ces 36 stratagèmes.

Ne pas les connaitre, est-ce un handicap pour les politiques et managers occidentaux ?

Assurément. Voyez la loi de la RPC sur les joint-ventures du 1er juillet 1979, toujours en vigueur. Elle stipule que la haute technologie et les équipements apportés par le partenaire étranger doivent nécessairement « répondre aux besoins de la Chine ». Cette norme est inspirée du stratagème 19 « Retirer le bois sous la marmite. ». Des entreprises occidentales (« la marmite »), le savoir-faire le plus moderne (« le bois ») est transféré en Chine. Une telle interprétation stratagémique échappe généralement à l’entendement des occidentaux.

Un autre exemple ?

Le stratagème 30 suggère d’ «échanger la position de l’invité en celle de l’hôte ». L’invité est passif, l’hôte actif. Concernant le savoir-faire technologique et la propriété intellectuelle, les occidentaux sont de loin les plus avancés. Si les Chinois veulent atteindre notre niveau de modernisation, ils ne peuvent se contenter d’être des quémandeurs passifs qui attendent qu’on leur cède telle ou telle richesse. Par des joint-ventures et des achats d’un grand nombre d’entreprises occidentales, surtout celles d’un haut niveau technologique, ils passent du rôle d’invités à celui d’hôtes très actifs qui contrôlent désormais la situation.

En plus des stratagèmes, vous avez également approfondi l’art de façonner l’avenir, qui se dit « Moulüe » en chinois. Comment définiriez-vous « Moulüe » ?

Cet art général de façonner l’avenir peut être symbolisé par la figure du Yin-Yang. Dans l’hémisphère noir se trouvent les stratagèmes, avec ses méthodes surprenantes. Et dans dans l’hémisphère blanc figurent les lois, les négociations, tout ce qui est visible et normal. Moulüe se place au-dessus de ces deux hémisphères. C’est pourquoi je le traduis par l’expression Supraplanning. Les occidentaux ignorent l’hémisphère sombre de Moulüe. Ce qui, d’une certaine manière, les place dans une situation de vulnérabilité.

Comment « Moulüe » se traduit-il dans l’économie ?

Une maxime fondamentale de Moulüe dit: « Le mieux est de soumettre des hommes de l’autre côté sans l’usage des armes ». Selon cette maxime, les dirigeants chinois ont développé d’étroites relations commerciales avec les Taïwanais dont un grand nombre ont établi des entreprises sur le continent. Le résultat est que Taïwan, toujours politiquement séparée, est déjà économiquement très unie avec la RPC.
Moulüe combine des mesures transparentes (qui apparaissent dans les relations commerciales) avec un stratagème que seule une personne dotée d’une compétence stratagémique peut déceler. Le stratagème 19 « Retirer le bois sous la marmite » se cache précisément dans les relations commerciales. Grâce aux liens économiques très étroits tissés avec la RPC, l’énergie séparatiste (« le bois ») qui pourrait mettre en action la puissante armée taiwanaise (« la marmite ») est pratiquement neutralisée.

Existe-t-il un stratagème qui s’applique plus particulièrement à la Suisse ?

C’est à n’en pas douter le stratagème 9 : « Observer l’incendie sur la rive opposée ». Son statut de pays neutre conforte la Suisse dans cette position qui, notamment d’un point de vue économique, lui a plutôt réussi jusqu’ici !

Bibliographie: Stratagèmes: trois millénaires de ruses pour vivre et survivre (Paris, 1992, avec une préface de Jacques Gernet, professeur au Collège de France) ; 36 Strategeme für Manager, 5ème édition révisée, München, 2016.
Des livres de Harro von Senger sur les stratagèmes ont été publiés en 15 langues. www.36strategeme.ch; www.supraplanung.eu

DAI, le robot-danseur au Musée Tinguely

Trois artistes-créateurs suisses ont réalisé un robot autonome qui crée ses propres chorégraphies dans le musée bâlois, avec le concours du Centre culturel suisse à Paris.

Tous les regards des spectateurs sont braqués sur lui. DAI, le premier « danseur-chorégraphe » mu par une intelligence artificielle va-t-il enfin bouger ? Planté au beau milieu de la grande salle du musée Tinguely, à Bâle, le robot performeur fait ce dimanche 15 octobre 2017 ses premiers pas en public. Les deux frères Jonathan et Tim O’Hear ainsi que Martin Rautenstrauch, ses créateurs, l’observent avec un brin d’inquiétude. Sans pouvoir intervenir. DAI, doté de sept petits ordinateurs, de capteurs de proximité, sonars et caméras, est en effet autonome. C’est lui et lui seul qui décide de se mettre en mouvement. Après de longues secondes d’immobilité – un moment d’extase sans doute délibéré ! –  DAI étire ses pattes, avance, recule, s’arrête un instant, se met à tournoyer. Désormais son espace lui appartient.

Bouger dans un corps non humain.

DAI (Dancing Artificial Intelligence) n’est pas un robot humanoïde. Inspiré par la compagnie genevoise Neopost Foofwa  – que le scénographe et artiste plasticien Jonathan O’Hear a codirigée durant cinq ans avec le chorégraphe et danseur Foofwa d’Immobilité – il crée des mouvements en relation avec sa propre structure mécanique. Et non pas des gestes empruntés au genre humain. « La plupart du temps, précise Jonathan O’Hear, quand une intelligence artificielle fait de l’art, ses concepteurs cherchent à lui faire générer ce qui a déjà été créé par les hommes, afin que l’on ne distingue plus la création humaine de celle de la machine. Nous avons voulu le plus possible nous éloigner de cette approche ».

Véritablement sculpté avec ses multiples engrenages par le genevois Martin Rautenstrauch, artiste plasticien et sculpteur, programmé dans son réseau neuronal artificiel par Jonathan et Tim O’Hear, DAI expérimente ses tout premiers mois d’activité. Outre sa perception de l’espace avec ses capteurs et ses caméras, « il n’a pour l’instant que la sensation de l’accélération », relève Tim, ingénieur EPFL en génie mécanique. Ce dernier n’hésite pas à parler de « sensation », réaction pourtant propre au corps humain en réponse à une stimulation physique interne ou externe !  Plus tard, DAI regardera des vidéos, à commencer par la Dancewalk de la compagnie Neopost Foofwa, sa référence. Ce qu’il en fera, Dieu seul le sait. Et encore, ce n’est pas certain qu’Il le sache.

Performance Process.

Le moins que l’on puisse dire est que la conception de DAI s’est faite bien plus rapidement que celle d’un homme. Elle a commencé au début du printemps 2017. Précédemment, Jonathan O’Hear et Footwa d’Immobilité s’étaient installés au Centre culturel suisse (CCS) à Paris pour un spectacle donné en novembre 2015. Ils participaient au projet Performance Process qui, pour marquer les 30 ans du CCS, proposait une approche subjective de la performance en Suisse de 1960 à 2015 à travers les œuvres de 46 artistes, compagnies ou groupes. Jonathan et Foofwa d’Immobilité avaient imaginé une sculpture lumino-cinétique qui faisait couler des fils de plastique fondus par la chaleur de lampes halogènes. Le danseur Foofwa créait dans l’instant présent une chorégraphie autour de ce liquide plastifié.

Après cet événement, Jonathan a été invité, à l’instar d’autres artistes ayant participé au Performance Process, à se joindre à une autre manifestation organisée cette fois à Bâle du 20 septembre au 18 février 2018. La ville de Bâle a en effet voulu célébrer, à son tour, la diversité de la performance suisse, à travers une coopération réunissant le musée Tinguely, Kaserne Basel et la Kunsthalle de Bâle, en partenariat avec le CCS et avec le soutien du canton de Bâle Ville. Comme il était matériellement impossible de rejouer dans la cité rhénane la scène de la sculpture lumino-cinétique, Jonathan a eu l’idée de créer un robot qui, comme un danseur, imaginerait sa propre chorégraphie dans l’instant présent, en relation avec son environnement. Jonathan, Tim et Martin se sont alors lancés dans ce projet fou. Et comme ils ne savaient pas que c’était impossible, pour paraphraser l’écrivain Mark Twain, alors ils l’ont fait, travaillant jour et nuit d’arrache-pied.

Apprentis sorciers.  

Contrairement à la plupart des robots, DAI ne sert à rien. C’est là toute sa valeur artistique. Il s’inscrit parfaitement dans certains projets de la compagnie Neopost Foofwa qu’elle qualifie elle-même d’« inutiles ». Celle-ci a financé sa réalisation en puisant notamment dans la subvention annuelle qu’elle reçoit de Pro Helvetia, de la ville et du canton de Genève. Le Centre culturel suisse ainsi que la Fondation Nestlé pour l’Art ont aussi participé au financement de l’opération. Si DAI est inutile, il ne manque cependant pas de susciter mille et une questions. Comment va-t-il évoluer, jusqu’où ira-t-il, quelles seront ses limites?

Quand nous lui demandons s’il ne joue pas aux apprentis sorciers, Jonathan O’Hear répond comme le ferait un père jésuite, en posant une autre question : « Ne jouons-nous pas aussi aux apprentis sorciers quand nous mettons des enfants au monde? » Et l’artiste multimédia devenu expert en intelligence artificielle de suggérer une approche insolite : « Il semble bien que l’intelligence humaine qui domine la planète a été très néfaste pour maintes formes de vie. La destruction totale des autres espèces non vitales à notre survie n’a pu n’évitée qu’avec le concours de quelques personnes animées de motivations étrangères aux notions d’utilité et de profit. Nous pensons dès lors qu’il faut créer des intelligences artificielles de ce type là. Lesquelles, par leurs expériences, réfléchiront différemment ». Encore faut-il que DAI soit animé de valeurs telles que le désintéressement, l’abnégation et la générosité, des principes que ses créateurs envisagent de lui inoculer progressivement. Au fil des ans, le robot pourrait même « demander » d’acquérir d’autres corps lui permettant de développer la gamme de ses mouvements.

Le pari est assez osé. S’il finit par « comprendre » ce qu’est une émotion à travers un mouvement, comment le robot gèrera-t-il cette émotion ? Qui peut garantir qu’il n’échappera pas à tout contrôle ? Plus fondamentalement, comment passer de l’intelligence artificielle à la conscience artificielle?  Avec DAI, la science-fiction semble s’être invitée dans notre vie quotidienne, en diapason avec l’univers de la robotique qui soulève les mêmes interrogations parmi les chercheurs de la planète.

Réseau neuronal à consolider.

Mais on n’en est pas encore là. Au cours de ses quatre premiers mois d’existence au musée Tinguely, DAI va faire l’apprentissage de ses possibilités et consolidera son réseau neuronal tout en interagissant avec le public. Une fois par heure, un gardien le déclenchera durant un quart d’heure. Ensuite ? Il ira faire ses preuves ailleurs, dans un lieu à préciser. S’il survit à ses pères-fondateurs et s’il veut leur rester fidèle, il devra prouver que l’art inutile peut utilement sauver le monde. Good luck, DAI!

 DAI sera présenté dans l’émission Nouvo de la RTS lundi 23 octobre 2017.

 

 

 

 

 

Emmanuel Macron-Nicolas Hulot: l’impossible rupture.

Les rumeurs (fondées ou non) d’une démission de Nicolas Hulot du gouvernement d’Edouard Philippe ont pu sérieusement troubler l’Elysée. Et les trois heures et demie de diner entre le président et son ministre d’Etat n’ont sans doute pas été inutiles. Le départ de Nicolas Hulot, ardemment souhaité et pronostiqué par Jean-Luc Mélenchon, serait en effet une catastrophe politique non seulement pour Emmanuel Macron et ses partisans mais aussi pour la France.

Ce serait la preuve que la nomination comme ministre d’Etat de Nicolas Hulot n’était pas vraiment sérieuse et ne répondait qu’à des considérations opportunistes. Ce serait aussi la preuve que la transition écologique et solidaire serait illusoire sans “casser la baraque”, sans monter les uns contre les autres dans un climat de peur et de défiance généralisée.

Une bien difficile mission.

Emmanuel Macron qui n’est pas tombé dans la marmite de l’écologie quand il était petit s’est aujourd’hui convaincu que celle-ci était une condition de survie de notre civilisation. Ni plus, ni moins. Le retrait de Donald Trump de l’Accord de Paris sur le climat n’a sans doute fait qu’amplifier cette prise de conscience.

Mais la mission de Nicolas Hulot est on ne peut plus difficile. Ce n’est pas pour rien que Robert Poujade, premier ministre français délégué à la protection de la nature et à l’environnement de 1970 à 1974, a qualifié son poste de “ministère de l’impossible”. Sa vocation transversale ne pouvait que déranger tous les autres ministères dont il était l’empêcheur de tourner en rond et le poil à gratter.

Du ministère de l’impossible au ministère de l’essentiel.

Plus de quarante ans plus tard, le “ministère de l’impossible” est bel et bien devenu le “ministère de l’essentiel”. Lequel doit pouvoir orienter l’ensemble des décisions politiques concernant notamment l’énergie, l’agriculture, l’industrie et l’aménagement du territoire (écoquartiers, villes en transition, mobilité douce, etc.).

La tâche de Nicolas Hulot est d’autant plus ardue qu’il doit aussi, pour ne pas dire surtout, côtoyer des grands groupes industriels sont les préoccupations écologiques ne sont pas toujours la priorité des priorités, c’est le moins que l’on puisse dire.

Pour conclure, Emmanuel Macron ne peut plus se passer de Nicolas Hulot, à tout le moins dans cette législature. L’entente et la confiance totale entre ces deux hommes sont une nécessité absolue.

UPC, ou la désinvolture comme culture d’entreprise.

 

Une facture contestée après un nouveau service non désiré mais malgré tout imposé, deux lettres recommandées sans réponse, plusieurs courriels également sans réponse, des promesses de collaborateurs contactés par téléphone non tenues : s’il y avait un concours de l’entreprise la plus désinvolte avec sa clientèle, UPC (ex-UPC Cablecom) devrait décrocher la palme d’or.

C’est ce que je croyais. Jusqu’à ce que Valérie Muster, conseillère et juriste à la Fédération romande des consommateurs (FRC), me révèle qu’avec une centaine de dénonciations pour 2017, UPC arrive derrière Swisscom, Sunrise et Salt. « Ce qui représente moins de 8% des plaintes concernant ces quatre opérateurs ».

Il semble donc que ces quatre sociétés se disputent la palme du mépris de la clientèle.

Dommage. Une concurrence dans la course au respect des clients aurait été bienvenue.

 

 

Carmen Tanner: “Le patois fait notre identité”

 

 

A l’occasion de la fête de patoisants dimanche 24 septembre 2017, Carmen Tanner, municipale en charge du département de la Culture et de l’Agenda 21 à Yverdon-les-Bains, a fait l’éloge du patois, notamment comme contrepoids à la mondialisation. Voici un large extrait de son allocution :

(…)

« Pour moi le patois n’est pas, ne doit pas être une langue du passé, figée dans le temps. Bien sûr, comme je vous le disais je suis bien incapable de la parler, d’où mon paradoxe, pourtant j’utilise des mots issus du patois et cela tous les jours :

 

  • tous les jours je me dis que boire un thé ça rapicolle, quand même
  • tous les jours je cherche mon sixtus,
  • tous les jours je n’utilise pas la fameuse panosse (à tort ou pas ?)
  • Par contre, tous les jours je me dis qu’il y a un sacré fourbi sur mon bureau

 

Pour moi le patois est bien vivant dans la vie de tous les jours, même dans cette vie de facebook et d’internet. Il résiste en égrainant ces mots ici ou là.

 

Et pourquoi le patois doit rester dans le présent ? J’y vois au tout cas 2 raisons :

 

  1. Le patois doit rester dans le présent parce qu’il fait notre identité. Il nous définit. Je viens du canton de Vaud, toi de Neuchâtel, vous de Fribourg, etc. L’appartenance et l’identité sont des notions clés pour toute civilisation. Et de ce point découle le suivant…

 

  1. …le patois est le remède, comme toutes les formes de patrimoine immatériel, à dompter la mondialisation. Les diversités culturelles, le pluralisme sont des richesses qui ne doivent être bradées sur le compte de la simplification et du profit, mais au contraire enrichie…du quechua au swahili, ou encore au provençal.

 

Bien évidemment il ne faut pas tomber non plus dans l’extrême inverse, soit le communautarisme. Au contraire, nos particularités doivent nous ouvrir aux autres. Etre ouvert et curieux de ce qu’il se passe ailleurs. Comme si notre pratique faisait partie d’un tout universel. »

 

Etats généraux: “Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait”

 

La mise en œuvre des Etats généraux de l’alimentation est, dans son principe, la mesure la plus fondamentale prise par Emmanuel Macron et le gouvernement d’Edouard Philippe.

Rassembler onze ministères, des ONG, des distributeurs, des syndicats et une kyrielle d’élus et d’experts jusqu’à la fin de l’année et leur demander de plancher sur la crise des prix qui étrangle les paysans, la nécessité d’une chaîne de production durable et équitable, dans des domaines aussi fondamentaux que la santé, la sécurité alimentaire ou la lutte contre le gaspillage, c’est un gigantesque défi.

Pour que ces Etats généraux réussissent et portent des fruits à long terme (bien meilleurs que ceux du Grenelle de l’Environnement de 2007 !), plusieurs conditions doivent être réunies, dont deux principalement : tous les acteurs doivent apprendre à s’écouter et à chercher un véritable consensus. Pour des Français, cela relève quasiment de la magie. Mais ne dit-on pas aussi qu’impossible n’est pas français ?

Par ailleurs, il est impératif que les orientations prises à l’issue de ces Etats généraux se concrétisent par des décisions politiques qui les formalisent. Les parlementaires devraient les considérer comme si c’étaient des initiatives populaires ayant abouti (pour reprendre la terminologie suisse). Idem pour le gouvernement et les responsables politiques de tous ordres.

Généraliser les Etats généraux.

Après ceux de l’alimentation, d’autres Etats généraux devraient être organisés dans différents domaines fondamentaux comme l’éducation, la sécurité, la santé ou l’énergie. Pour chacun d’entre eux, les acteurs concernés et faisant autorité dans leur métier réfléchiraient sur les meilleures mesures concrètes à prendre pour le pays.

Si les Françaises et les Français prennent eux-mêmes en main la gestion de leurs affaires, s’ils apprennent à se consulter, à s’écouter et à élaborer des consensus, ils ne se diront plus « enchantés » ou « déçus » de leur président et de leur gouvernement, au fil de sondages aussi affligeants qu’infantilisants.

A ceux qui estiment que tout cela est impossible, je leur suggère cette citation de l’écrivain américain Mark Twain :

« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait ».

 

 

Emmanuel Macron et Pierre Maudet: deux hommes d’Etat qui se ressemblent.

Il y a de l’Emmanuel Macron dans Pierre Maudet. Et vice versa. Certes les deux hommes ont une histoire personnelle bien différente, l’organisation politique de leurs pays respectifs n’est pas vraiment comparable. Mais il n’empêche que le nouveau président français et le conseiller d’Etat genevois, candidat déclaré au Conseil fédéral, ont des points communs. Et pas les moindres. Trois exemples :

LA JEUNESSE –  Quand il est élu conseiller d’Etat du canton de Genève en juin 2012, et qu’il entre ainsi dans la cour des grands à l’échelle helvétique, Pierre Maudet n’a que 34 ans. C’est également à 34 ans qu’Emmanuel Macron est nommé secrétaire général adjoint de l’Elysée sous la présidence de François Hollande. Cette réintégration de la fonction publique va lui ouvrir la voie royale cinq ans plus tard. Et c’est aussi après cinq ans passés au gouvernement du canton de Genève que le conseiller d’Etat lorgne sur la capitale fédérale. Pierre Maudet comme Emmanuel Macron sont intimement convaincus qu’aux âmes bien nées la valeur n’attend pas le nombre des années. Tous les deux charismatiques, hyperactifs et grands communicateurs, ils incarnent un souffle jeune et nouveau dans la politique française et suisse.

LE BON SENS – Fondateur de La République en marche, Emmanuel Macron veut casser le mur idéologique séparant la droite et la gauche qu’il considère comme désuet. Proche de François Hollande, il a nommé un premier ministre et deux autres ministres issus du parti de droite Les Républicains. Dans son gouvernement figurent des personnes issues de toutes les tendances. Son programme et son action (encore à analyser) mettent en lumière des priorités dites de droite (renforcement de la sécurité, soutien des entreprises, réduction des dépenses de l’Etat) et d’autres qualifiées plutôt de gauche (droit au chômage universel, unification des régimes de retraite, augmentation du pouvoir d’achat, lutte contre les inégalités salariales entre hommes et femmes).

Quant à Pierre Maudet, s’il est clairement affilié au PLR, on le classe volontiers à la gauche de ce parti de droite. Au vrai, il affiche une forte indépendance d’esprit. Favorable à une nouvelle loi sur le renseignement ainsi qu’à une professionnalisation de l’armée, sa fermeté en matière d’asile ne l’a par exemple pas empêché de défendre une régularisation de certains sans-papiers dans le canton. Droite et gauche semblent faire bon ménage dans sa tête à la faveur du bon sens.

L’EUROPE – Emmanuel Macron comme Pierre Maudet sont des europhiles décomplexés. C’est sans doute ce qui leur attire le plus d’adversaires au sein du Front national en France et de l’UDC en Suisse. Dans les deux pays, l’Union européenne n’a vraiment pas le vent en poupe, c’est le moins que l’on puisse dire. Presque seul contre tous lors de la présidentielle française, Emmanuel Macron a redonné des couleurs à un drapeau étoilé singulièrement en berne. Quant à Pierre Maudet, s’il était élu au Conseil fédéral, il n’aurait cesse de tout faire pour favoriser les relations jusqu’ici bien compliquées entre la Suisse et l’UE.

Emmanuel Macron comme Pierre Maudet n’ont pas peur de prendre des risques. Risque de déplaire aux électeurs par des décisions impopulaires mais nécessaires pour faire bouger la France du côté d’Emmanuel Macron. Risque de déplaire aux politiques suisses – au PLR pour commencer et à l’assemblée fédérale pour finir – qui n’apprécient pas trop les têtes qui dépassent du côté de Pierre Maudet. Rien n’est donc joué ni pour l’un ni pour l’autre. Mais ces deux hommes ont au moins le mérite de donner du sens à la vie politique d’un pays.