Jésus revient…en Suisse… et aux Estivales du livre de Montreux!

La 1re édition des Estivales du livre de Montreux (CH) aura lieu les 25 et 26 juin 2022, au marché couvert.

Les organisateurs des Estivales du livre de Montreux ont le sourire. Le dernier week-end de juin s’annonce festif sous le Marché couvert de Montreux, où plus de 100 tables seront installées pour un marché du livre qui recevra plus de 250 autrices et auteurs venus de Suisse et pas moins d’une cinquantaine d’associations littéraires et maisons d’édition.

Pensé comme une vitrine de l’édition suisse romande et une occasion de fêter le livre à la veille des vacances scolaires et professionnelles, cet événement populaire et gratuit, implanté dans une région riche d’une longue tradition d’accueil des écrivains et artistes, était initialement prévu en 2020. Après deux années successives d’annulation, les organisateurs sont heureux de pouvoir enfin offrir à la population et aux hôtes de la Riviera, grâce au soutien de la Commune de Montreux, de Vevey Montreux Tourisme, de la Fondation du Casino Barrière et de la Fondation Ernst Göhner, un programme qui devrait ravir tous les visiteurs en associant la littérature et d’autres arts comme la musique et le théâtre.

Les Estivales du livre, c’est…

  • Plus de 250 autrices et auteurs qui trépignent d’impatiencehttps://www.estivalesdulivre.ch/auteurs/
  • 50 associations et maisons d’éditions hyper motivées https://www.estivalesdulivre.ch/editeurs/
  • Plus de 20 événements culturels programmés https://www.estivalesdulivre.ch/la-scene-des-estivales/
  • Un florilège d’artistes et d’animateurs https://www.estivalesdulivre.ch/animateurs/
  • La grande scène des Estivales sur l’esplanade de la Rouvenaz, aux abords du Marché couverthttps://www.estivalesdulivre.ch/la-scene-des-estivales/
  • Les Estivales en ville dans les salons de l’Hôtel Helvétie https://www.estivalesdulivre.ch/les-estivales-en-ville/

En bref, sur la scène des Estivales

Carte blanche aux autrices et aux auteurs pour lecture à haute voix

8 autrices et auteurs tirés au sort pourront, à tour de rôle, lire des textes à haute voix sur la scène des Estivales durant 7 minutes.

Un Jésus encore plus humoristique que dans la Bible

Sketch décalé de Marie-Pascale et Philippe Le Bé

Inquiet comme beaucoup d’entre nous sur l’avenir des êtres humains, Philippe Le Bé fait dans son troisième roman Jésus revient…en Suisse advenir un Christ contemporain et riche en humour. Le 8 novembre 2024, le plus pauvre d’entre les pauvres a choisi l’un des pays les plus nantis de la planète pour secouer le cocotier de l’humanité.

Avec son épouse Marie-Pascale, Philippe Le Bé nous fait découvrir quelques arcanes de ce livre de façon décalée et humoristique.

Poétesses maudites

Concert apéritif d’ouverture des Estivales du livre, avec Jonas Marmy (piano-voix) et Justine Charrière (accordéon).
Auteur-compositeur-interprète, Jonas Marmy nous fait entendre la voix des poétesses du XIXe siècle en mettant en musique les poèmes de Cécile Sauvage, Marceline Desbordes-Valmore, Marie Nizet… Il mêlera à leurs chants quelques-unes de ses propres compositions, pour lesquelles Justine Charrière le rejoindra à l’accordéon.

Écoute voir técolle ! Mémoires du canton de Fribourg

Du nord au sud, d’est en ouest, de Gruyères à Hauterive en passant par Villars-sur-Glâne, Guillaume Prin est parti à la rencontre des Fribourgeoises et Fribourgeois pour écouter, recueillir et raconter leurs histoires. À bord de son camion-théâtre Le Poulpe, il les a invités à raconter, en toute liberté, des épisodes de leur vie, des anecdotes, leurs aventures. Il vous invite à venir écouter leurs récits, accompagné au piano par Martino Toscanelli.

Mensonges et secrets

Le mensonge, le secret ont toujours nourri les intrigues de la littérature. Pour en savoir plus, deux autrices et deux auteurs romands vous dévoileront quelques secrets de fabrication de leur récente publication.
Avec Laurence Voïta (Personne ne sait que tu es là, Éditions Romann), Karine Yoakim-Pasquier (Oublier Gabriel, Éditions Torticolis), Michel Niquille (La tête dans la sciure, Éditions de la Trême) et Christian Dick (Disparue en Lavaux, Mon Village)

Modératrice : Sabine Dormond Guerre et Paix

Table ronde animée par Laurent Wehrli, conseiller national et ancien syndic de Montreux

Baptisée « Guerre et Paix » en clin d’œil à Léon Tostoï qui séjourna à Montreux, cette table ronde réunira Tasha Rumley (À l’amour à la mort, Bernard Campiche Éditeur), Patrick Vallélian (Attentat Express, Éditions du Seuil) et François Debluë (Trente-trois poèmes par temps de pandémie, Éditions d’Orzens).
Elle sera animée par Laurent Wehrli, ancien journaliste, conseiller national qui fut l’organisateur à Montreux, alors qu’il était syndic, du Sommet de la Francophonie en 2010 ainsi que la Conférence sur la Syrie en 2014.

Concert apéritif des exposants

Vernissage du numéro 2 de la revue L’écritoire https://www.l-ecritoire.ch/ et palmarès de la Dictée du syndic. La chanteuse Catherine Lehner et le pianiste accordéoniste Richard Pizzorno vous feront rêver en musique.

Vernissage et lecture-spectacle Le désir des autres d’Alain Teulié

Un auteur d’ailleurs édité par une maison d’ici.
Rencontre de Monique Berthollet-Montavon avec Alain Teulié, écrivain, acteur, homme de théâtre, metteur en scène, auteur parisien du roman Le désir des autres, road-movie littéraire franco-helvétique publié aux Éditions Montsalvens.
Lectures d’extraits par la comédienne Delphine Buresi.

La littérature partagée

Nous gardons tous en mémoire les apparitions des Délivreures de La Maison Éclose au Livre sur les quais. Cette année, un petit groupe de lectrices et de lecteurs arpentera les travées des Estivales pour tenter une nouvelle expérience de découverte littéraire. C’est-à-dire? Ah, surprise ! Nous vous donnons rendez-vous le dimanche 26 juin, entre 12h et 16h.

Quelques chroniques de Magali Charlet

Lectures par le comédien Erih Ahmetaj de chroniques de Magali Charlet parues sous le titre Un peu de la vie et nous dedans aux Éditions de la Maison Rose

Le jaune et le bleu de l’amour immortel

Avec les poétesses Elodie Masin et Kyriaki Chatziioannidou
Une lecture à deux voix par des poétesses qui associent le jaune pour l’une et le bleu pour l’autre à l’idéal amoureux. Elles se partagent, dans leurs poèmes respectifs, le thème de l’amour avec sa luxuriance, son absence, sa perte et son regain : telle une fleur intacte qui ne se fane jamais, ou une vague éternelle sur la mer.

Crimes et châtiments

Un nouveau phénomène qui interroge. Le polar serait-il devenu la norme dans la littérature romande qui croule sous une production sans précédent de romans policiers, romans noirs dont les intrigues se passent « par chez nous » ? Et le succès est au rendez-vous. Entre concours littéraires, salons et festivals sur ce thème, Agatha Christie ne retrouverait pas ses petits.

Table ronde avec quatre autrices et auteurs bien de chez nous : Laurent Eltschinger (Sur le plancher des vaches, Éditions Montsalvens), Nicolas Feuz (Brume rouge, Slatkine & Cie), Marie-Chistine Horn (Dans l’étang de feu et de soufre, BSN Press), Emmanuelle Robert (Malatraix, Slatkine & Cie).
À l’enseigne de Crimes et châtiments, clin d’œil à Fiodor Dostoïevski qui a séjourné à Montreux, l’inamovible Daniel Bernard, journaliste littéraire et rédacteur en chef de Franceloisirs.ch ira à la rencontre de quelques étoiles montantes du genre en Romandie

Appartenances

Avec Mélanie Chappuis et Jérémie Kisling

L’écrivaine Mélanie Chappuis et le chanteur Jérémie Kisling mettent leurs univers en commun pour visiter nos exils et nos dépendances dans une lecture-concert qui parlera à chacun. En textes et en chansons, ils traverseront nos solitudes, nos servitudes, nos parts d’ailleurs. Partout, la place à trouver, l’autonomie à construire, parmi les autres, nos frères et sœurs en humanité.

Le musicien se fait par moments lecteur, la lectrice choriste, dans cette création dans laquelle l’humour s’invite aussi, par petites touches, pour un spectacle intime et fraternel.

Du Vian dans les oreilles

Concert apéritif de clôture, avec Guillaume Prin et la Compagnie Les Citrons sonnés
Hommage à un artiste hors du commun, mettant en lumière son univers musical et poétique, son sens de l’engagement, son ton décalé.

En bref, dans les salons de l’Hôtel Helvétie

La dictée du syndic

La dictée du syndic, par Monsieur Olivier Gfeller, syndic de Montreux.
En partenariat avec l’Association romande des correctrices et correcteurs d’imprimerie

Les vacances suisses de Monsieur Hergé

Conférence de Jean Rime, auteur des Aventures suisses de Tintin et président de l’association Alpart (Les amis suisses de Tintin).

Voyager par l’écriture et le mouvement

Cet atelier vous propose de plonger dans le voyage en deux temps, à partir d’une lettre hébraïque qui en est le symbole.

  • Anne Oberlin Perritaz vous invitera à créer votre propre voyage avec crayons, photos, divers matériaux… autour de la lettre choisie.
  • Brigitte Mooser Niquille vous fera vivre le voyage par le mouvement corporel qu’inspire la lettre, selon la pra- tique de la tehima, danse méditative.Raconter sa vie !Pourquoi, comment, en solo ou avec un accompagnement ? Nombreuses et nombreux sont celles et ceux qui souhaitent laisser un témoignage de leur vie ou d’un événement lié à celle-ci, de rendre hommage à un parent. Trois auteures de Suisse romande et un auteur québécois auront l’occasion de dialoguer sur ce sujet sensible avec la biographe Marie-Charlotte Marcetteau et la recueilleuse de récits de vie Josiane Haas, une rencontre modérée par Vincent Barbey.

    Table ronde avec Jean-Benoit Cloutier-Boucher (Boire la mer les yeux ouverts, Éditions Sémaphore), Karin Suini (La promesse de l’ogre, Mon Village), Sarah Sumi (Trace, Éditions Montsalvens), Nicole Tille (Survivre debout avec une jambe en moins, Attinger).
    Animatrices: Josiane Haas, écrivaine, parolière et recueilleuse de récits de vie, et Marie-Charlotte Marcetteau, biographe

    Modérateur : Vincent Barbey, professeur de français et d’histoire

“Jésus revient…en Suisse” – Conte philosophique (Cabédita) –

Publié en 2016, mon avant-dernier roman «2025: la situation est certes désespérée mais ce n’est pas grave» (Édilivre), décrivait une pandémie trouvant son origine en Chine et se développant sur toute la planète dès 2020. CQFD ! Dans mon dernier roman qui vient de paraître, un autre événement majeur bouleverse l’humanité, mais presque discrètement. Le 8 novembre 2024, personne ne l’attend. Pourtant il est revenu. Jésus a choisi la Suisse, à commencer par Lausanne, pour un retour sur notre planète, toujours plus chamboulée par des pandémies qui n’en finissent pas, un climat qui se détraque, une biodiversité qui s’effondre et des guerres sanglantes.

Coaché par trois sages de l’Agartha, mystérieux territoire sacré au cœur spirituel de la Terre, l’Envoyé a quelques petites semaines pour dénicher douze nouveaux disciples, de Genève au Jura, à qui il va faire vivre une « grande Expérience », le soir de Noël, sur la mythique prairie du Grütli. Riches de cette initiation, dotés de facultés nouvelles comme le furent les apôtres, ces douze femmes et hommes pourront témoigner qu’un autre monde est possible sur Terre.

«Jésus revient…en Suisse», qui vient d’être publié aux Éditions Cabédita, c’est le titre de ce conte philosophique. Hélas, cette fois, je crains fort que la réalité ne dépasse pas la fiction ! Alors, pourquoi diable faire revenir Jésus ? Sans doute parce qu’il y a urgence qu’une transition intérieure, indispensable à une transition écologique et solidaire, soit vécue par le plus grand nombre d’êtres humains. Le Jésus de mon roman parle le langage du 21ème siècle, il suggère non sans humour les clés d’une profonde transformation. Après que Jean-Baptiste a annoncé la venue de Jésus, celui-ci nous prévient que le retour du Christ en gloire – avec lequel il ne fait qu’un – est imminent. Et qu’il est encore temps de se tenir prêt à l’accueillir pour ne pas imploser face à la puissance de Sa Lumière.

Pourquoi avoir choisi la Suisse ? Comme le relève l’abbé François-Xavier Amherdt dans la préface du livre, «sans doute parce que Jésus a bon goût (!)». Il souligne la vocation spirituelle de notre pays en l’illustrant par le serment des trois Confédérés au Grütli, la vocation conciliatrice de l’Helvétie à l’exemple de son saint patron Nicolas de Flue et sa tradition humanitaire d’accueil de diverses vagues migratoires. Et de poursuivre : «Puisse-t-elle se perpétuer!». Écrite, comme le roman, bien avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, ces paroles sont plus que jamais d’actualité.

(Trait libre paru dans l’Écho Magazine du 6 avril 2022)

RTS La Première, lundi 18 avril 2022, Médialogues, 08h35: présentation du livre.

 

 

Philippe Roch : « Préparons les jours d’après l’effondrement ! »

–  Cet entretien a été réalisé avant l’agression du peuple ukrainien par de l’armée russe. Une agression qui reflète à la fois les (derniers?) soubresauts d’une vieille société en déclin et la prise de conscience collective d’un vivre autrement que par le mépris et la violence –

 Cinquante ans cette année 2022 après le rapport Meadows et trente ans après la conférence de Rio, Philippe Roch doute que notre civilisation puisse perdurer face, notamment, au dérèglement climatique et à l’effondrement de la biodiversité. Mais l’ancien directeur de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) et nouveau membre du conseil scientifique de la fondation Zoein ne baisse pas les bras. Et nous invite à préparer une transition aussi bien matérielle que spirituelle pour engendrer une nouvelle humanité.

 

L’année 2022 est l’occasion de commémorer des événements majeurs dans l’histoire de l’écologie planétaire : il y a 50 ans, le club de Rome, un groupe de réflexion réunissant des scientifiques, des économistes et des industriels, publiait un document sur les limites de la croissance, aussi connu sous le nom de ses deux principaux auteurs, le rapport Meadows. Il s’agissait de la première étude d’envergure mettant en lumière les dangers pour l’environnement, donc pour l’humanité, de la croissance économique et démographique mondiale. Également en 1972, la Conférence des Nations Unies pour l’environnement amorçait, dans sa Déclaration de Stockolm, un dialogue entre pays industrialisés et en développement sur le lien entre croissance économique, pollution et bien-être des peuples de notre planète. C’est cette conférence qui a créé le Programme des Nations-Unies pour l’Environnement.

Vingt ans après, en 1992, la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement, à Rio de Janeiro, adoptait une déclaration non contraignante qui visait à faire progresser le concept des droits et des devoirs des pays dans le domaine de l’environnement. Philippe Roch, qui venait d’être nommé directeur de l’Office fédéral de l’environnement, des forêts et du paysage, avec le titre de Secrétaire d’Etat, représentait la Suisse à ce grand rassemblement qualifié de Sommet de la Terre.

Que reste-t-il aujourd’hui de ces déclarations historiques et de celles qui ont suivi depuis trente ans ? Rencontré à son domicile à Russin, à l’ouest du canton de Genève dans le vallon protégé de l’Allondon – un affluent du Rhône – Philippe Roch (72 ans) lance un regard sévère sur la situation écologique de notre planète dont le climat s’emballe et la biodiversité s’effondre. Sans pour autant sombrer dans le désespoir. Bien au contraire.

 

« La transition extérieure et intérieure plutôt que la décroissance »

 

Comment voyez-vous l’évolution de notre humanité ?

 Philippe Roch : Notre civilisation va s’effondrer. C’est inéluctable. Je ne vois pas comment nous pourrions encore échapper à l’éclatement des modèles économiques, juridiques et sociaux tels que nous les connaissons aujourd’hui. A n’en pas douter, ce sera extrêmement douloureux pour beaucoup d’êtres humains. Mais c’est sur les braises de cet effondrement collectif qu’une nouvelle société humaine pourra émerger. Nous en décelons déjà les prémices. Toujours plus nombreuses sont les personnes qui dénoncent les violences d’un monde ravageur et qui adoptent des modes de vie plus autonomes et plus écologiques. Ce sera le cinquième âge de l’humanité, celui d’un monde écologique animé d’une spiritualité universelle, habité par l’Esprit. Il fait suite à un monde holistique habité par les esprits, un monde rationalisé et religieux, un monde technologique désenchanté et un monde écologique matérialiste, celui dans lequel nous vivons depuis les années 1950. C’est la conclusion de l’un de mes ouvrages : « Ma spiritualité au cœur de la Nature » (Jouvence). C’est dans cette conscience d’un nouveau monde à construire que j’ai rejoint le conseil scientifique de Zoein, une fondation qui œuvre pour des projets solides et concrets, comme le revenu de transition écologique.

 Un effondrement inéluctable, est-ce vraiment un message que l’on peut transmettre à la nouvelle génération ?

 Aux jeunes qui se mobilisent toujours plus, je dis : C’est juste de critiquer, de dénoncer ce qui ne tourne vraiment pas rond dans notre société, qu’il s’agisse des saccages de l’environnement ou des atteintes à la dignité humaine. Mais n’oubliez pas d’annoncer le monde nouveau que vous souhaitez ardemment. C’est votre principale tâche !

Quand vous représentiez la Suisse au sommet « planète Terre » de Rio en 1992, vous étiez bien favorable à la notion de développement durable…

 En effet, j’y croyais. Au sein de la Confédération, j’ai initié une collaboration interdépartementale et développé de nombreux contacts avec les milieux de l’économie pour définir et approfondir cette idée de développement durable. J’étais également impliqué dans un programme de formation à l’Université de Genève. Mais le soufflé est vite retombé. Selon les milieux, la définition du développement durable variait sensiblement. Ce dernier était devenu une formule creuse destinée à faire croire que l’on avait enfin pris l’écologie au sérieux. Mais, en réalité, le rouleau compresseur de la croissance économique continuait de progresser, avec son indicateur ravageur, le PIB, qui nous fait faussement croire que c’est par la croissance que l’on va résoudre la pauvreté, les inégalités et financer la protection de l’environnement. Puis, après le développement durable, est venue cette vision perverse de la croissance verte, une manière d’exploiter encore davantage les richesses de la Terre en y mettant un vernis écologique superficiel.

A propos du PIB, vous aimez prendre l’exemple du cerisier. Que nous montre-t-il ?

 En floraison au printemps, le cerisier nous offre parfums et couleurs, les abeilles et d’autres insectes viennent le visiter pour y prendre son nectar et son pollen ; l’été venu des fruits rouges font le délice des oiseaux et des humains ; puis à l’automne tombent les feuilles qui nourrissent l’humus qui grouille de vie. De cela, le PIB n’en a cure. Mais si le jardinier venu tailler les branches du cerisier tombe de son échelle, alors les frais hospitaliers, les médicaments et les coûts de l’assurance feront grimper le PIB qui demeure aujourd’hui encore la référence quasi exclusive de la richesse quantitative des pays. Cela n’a pas de sens.

Êtes-vous pour la décroissance ?

 – Une croissance continue dans un système limité est simplement absurde. Mais la décroissance à l’intérieur de notre système économique actuel met en danger d’importants acquis sociaux. Je préfère parler de transition vers une prospérité sans croissance. Mais une transition économique et écologique est vaine sans une transition intérieure qui redéfinisse nos valeurs, nos croyances et le sens de notre vie.

 

« Ma spiritualité est au cœur de la Nature »

 

 Mon Église est la Nature, avec un grand N, écrivez-vous dans l’un de vos ouvrages. D’où vient cette passion pour la nature ?

De mon enfance. Je vivais au Grand Lancy dans le canton de Genève, dans une maison familiale entourée d’arbres. A la mort prématurée de mon père, ces arbres que je chérissais et avec lesquels je parlais étaient devenus pour moi source de réconfort. Hélas, afin d’élargir la route, la commune en a coupé en grand nombre. J’avais alors dix ans. Je vécus cela comme un deuxième deuil. J’étais révolté. Deux ans plus tard, j’adhérais déjà au World Wide Fund for Nature (WWF) afin de m’engager pour défendre la nature. J’ai ensuite créé une section du WWF à Genève avant de rejoindre le WWF Suisse dont je suis devenu membre de la direction.

Vos parents étaient-ils très proches de la nature ?

 – Non, pas vraiment. Fils de paysan, mon père avait fondé une agence immobilière dans les années 1930. Il était très engagé dans le catholicisme. Évêques et prêtres étaient souvent invités à la maison. Mon père a été décoré d’une médaille d’or du pape Pie XII, la Croix Pro Ecclesia et Pontifice. Quant à ma mère, elle était entièrement dévouée à sa famille de neuf enfants. J’admirais l’engagement de mon père. Mais, plus tard, au début des années 1970, quand j’ai divorcé d’un premier mariage, ce n’est pas moi qui ai quitté l’Église, c’est elle qui m’a exclu. Ce fut une grande blessure mais cette rupture avec l’Église m’a permis de me construire une spiritualité indépendante à travers ma relation à la nature vivante. Aujourd’hui, je me suis réconcilié avec toutes les religions au niveau le plus profond de leurs spiritualités. Plusieurs prêtres et pasteurs, deux cheikhs musulmans soufis, un grand rabbin juif et des moines bouddhistes sont devenus de proches amis.

J’imagine que la deuxième encyclique du pape François, Laudato Si’, consacrée aux questions environnementales et sociales, à l’écologie intégrale et à la sauvegarde de la Création a dû vous séduire ?

 Je suis un grand admirateur du pape François et son encyclique est une œuvre majeure d’écospiritualité. Je regrette que l’Église catholique romaine n’ait pas encore vraiment suivi ce mouvement initié par Laudato Si’, à l’exception de quelques prêtres et théologiens de mes amis qui se sont fortement engagés sur cette voie. Il semble que les protestants soient plus rapidement enclins à prendre conscience de l’unité spirituelle de la Création

Que vous a encore appris le contact étroit avec la nature ?

– La conscience de la parenté de tous les êtres vivants m’a permis de pardonner. A moi-même pour toutes les erreurs commises dans ma vie, et aux autres, particulièrement ceux qui m’ont fait du mal, volontairement ou non. Cet effort de pardon, qui n’a pas été facile, me rend aujourd’hui plus serein, plus sage. Si vous êtes dans un tel état, toute personne en conflit avec vous deviendra plus paisible et mieux intentionnée à votre égard. Je l’ai expérimenté. Le pardon ouvre des portes magnifiques. Et, encore une fois, c’est la nature qui m’a aidé à cheminer dans cette voie.

 

« On fait souvent de l’écologie contre la nature »

 

Vous n’êtes pas toujours tendre à l’égard des écologistes. Que leur reprochez-vous ?

 Je reproche à certains d’entre eux d’oublier la nature. On fait trop souvent de l’écologie contre la nature. Il y a deux ans j’ai vainement soutenu une campagne politique à Berne pour que l’on ne coupe pas une allée d’arbres centenaires afin de construire une ligne de tram. Un meilleur choix eût été de placer cette ligne sur la route, quitte à diminuer le trafic automobile. Autre exemple qui me tient à cœur, les éoliennes. Pourquoi sacrifier les derniers grands paysages naturels sur les crêtes du Jura suisse pour la production d’une énergie fort coûteuse et irrégulière, alors que l’on pourrait largement compenser une telle énergie par l’installation de panneaux solaires sur les toits ?

 A vos yeux, toutes les énergies renouvelables ne sont donc pas bonnes à prendre pour sortir des énergies fossiles ?

Les électriciens aiment bien les grosses centrales, les gros barrages. D’où leur attrait pour les grandes éoliennes. Cette nouvelle alliance entre électriciens et écologistes se fait contre la nature. II serait plus judicieux de décentraliser la production d’énergie en multipliant les panneaux photovoltaïques sur tous les toits par exemple, et non sur des pâturages, et de tout faire pour réduire notre consommation d’électricité. Comme il est bon de joindre la parole aux actes, j’ai installé il y a deux ans avec des amis des panneaux photovoltaïques sur un manège à La Chaumaz, un hameau de la commune de Russin. J’ai constaté que je produisais dix fois plus d’électricité avec cette installation que ma part de consommation dans la consommation totale suisse.

Avant de diriger le WWF, vous avez été membre du parlement cantonal de Genève au sein du Parti Démocrate Chrétien (PDC). On peut donc être écologiste sans être de gauche ?

Assurément ! L’écologie devrait être l’affaire de toutes les tendances politiques. La cloisonner dans un seul parti comme celui des Verts qui ont récupéré beaucoup de gauchistes historiquement indifférents à l’environnement, ce n’est sans doute pas la servir. Les Vert’libéraux ? Sont-ils vraiment verts, sont-ils vraiment libéraux ? Ce serait bien mieux d’avoir une écologie politique de haute qualité à travers tous les partis.

 

« Malgré dix mille petites réussites dans la politique environnementale, la nature se porte toujours plus mal »

 

Revenons à votre parcours professionnel. Quelles sont vos plus belles réussites ?

Le oui à l’initiative populaire pour la protection des marais, en décembre 1986, qui demandait l’interdiction de toute construction sur les marais « d’une beauté particulière et représentant un intérêt national ». J’étais alors membre de la direction du WWF Suisse très engagé en faveur de cette initiative qui, à l’origine, visait à empêcher l’agrandissement de la place d’armes de Rothenthurm (à cheval sur les cantons de Schwytz et de Zoug) sur un vaste paysage de tourbières. Ce fut une importante victoire pour la protection de la nature en Suisse. A la tête de l’OFEV dès 1992, j’ai été chargé par le conseiller fédéral Flavio Cotti d’inventorier les périmètres qui délimitent encore aujourd’hui les zones naturelles les mieux protégées de Suisse. Ce fut une grande bataille au sein du Parlement. Mon côté militant écolo n’était pas apprécié par tous les députés, c’est le moins que l’on puisse dire ! J’ai alors pris mon bâton de pèlerin pour convaincre tous les conseillers d’État des cantons concernés.

D’autres réussites ?

J’ai élaboré la législation sur les organismes génétiquement modifiés (OGM) que le Parlement a fini par adopter : une législation très stricte suivie par un moratoire toujours en vigueur jusqu’en 2025. Enfin, je suis l’auteur de la loi sur le CO2 dans sa première mouture. Il s’agissait de légiférer pour répondre à l’exigence climatique du protocole de Kyoto visant à la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GAS), signé en décembre 1997. Mes collaborateurs avaient notamment envisagé un régime de taxes. La conseillère fédérale Ruth Dreifuss responsable du département fédéral de l’intérieur n’aimait pas cette idée centrée sur des taxes. J’ai alors trouvé la solution : donner à chacun des acteurs concernés la chance d’atteindre l’objectif de réduction de 10% des GAS. Et s’ils n’y parvenaient pas, ils devraient s’acquitter d’une taxe que l’on redistribuerait à la population. Séduite par cette formule, Ruth Dreifuss l’a fait adopter par le Conseil fédéral et le Parlement.

La dernière loi révisée sur le CO2 rejetée par la population en juin 2021 a eu moins de succès. Comment l’expliquez-vous ?

Le rejet de cette loi ne m’a pas étonné. Elle était pervertie de deux manières : au lieu d’en faire une taxe neutre redistribuée à la population, ses auteurs ont prévu un certain nombre d’affectations. Par ailleurs, cette loi était tellement compliquée qu’il était aisé de la démonter politiquement. Elle avait perdu l’essence et la simplicité de la première loi qui m’avait permis de convaincre.

Après les succès, quels sont les échecs de votre mandat de 13 ans à la tête de l’OFEV ?

– Le plus gros échec, c’est que malgré les réussites dans la politique environnementale, la nature se porte toujours plus mal. De ce point de vue, je dois bien admettre que nous avons échoué.

Comment l’expliquez-vous ?

– Parce que, encore une fois, le moteur de cette société est la croissance quantitative, économique et démographique. Un exemple parmi bien d’autres : quand tout récemment Berne a annoncé la teneur des prochains programmes d’investissements fédéraux pour les autoroutes, tous les projets ne concernaient que la Suisse alémanique. Bonne nouvelle, me suis-je dit, la Suisse romande est épargnée ! Mais tous les conseillers d’État romands ont vivement protesté en clamant : nous voulons nos routes et autoroutes ! Voilà la triste mentalité qui domine. Dans le canton de Genève, il n’y a presque plus de territoire disponible. Eh bien malgré cela, il a été décidé dès 2026 d’élargir l’autoroute de contournement. La logique de croissance et de compétition l’emporte toujours au détriment de la nature.

 

« C’était peut-être le moment de franchir la Grande Porte »

 

Vous traversez une période difficile quant à votre santé. Comment vivez-vous cette épreuve ?

J’ai appris à dialoguer avec la souffrance qui m’ouvre encore un peu plus à la spiritualité. Ma vie, notre vie est l’émanation éphémère, limitée, d’une réalité bien plus grande que nous. Lors de l’une de mes nombreuses interventions chirurgicales, quand je me suis trouvé devant le bloc opératoire et que j’ai vu s’ouvrir la porte de celui-ci, je me suis dit que c’était peut-être le moment de franchir la Grande Porte. J’étais totalement serein. Au point qu’un infirmier m’a demandé si j’étais mis sous calmants. Ce qui n’était pas le cas.

Croyez-vous que notre pensée puisse encore exister même après notre mort cérébrale ?

– Oui. J’en suis convaincu, mais je ne sais pas comment. Je vois notre cerveau comme une antenne complexe capable de capter une pensée en dehors d’elle-même et d’en faire quelque chose d’opérationnel. Robert Hainard disait que la raison était l’instrument de l’action. D’où la nécessité de développer un contact holistique avec tous les êtres vivants, des mondes végétal, animal et humain, qui ne passe pas seulement par la raison mais par « l’être » dans sa globalité. Dans ce monde en décrépitude, il est essentiel de se relier à l’essentiel, pour se sentir bien avec soi-même et délivrer ce bien être autour de soi avec bienveillance.

Propos recueillis par Philippe Le Bé.

Photo Yvain Genevay / Le Matin Dimanche – Entretien publié aussi dans https://lapenseeecologique.com –

 

 

 

 

 

Invitation à une réflexion sereine sur le coronavirus

Je suis sincèrement navré du bouleversement qu’ont provoqué mes interrogations.

Je souscris au fait que le sujet est très sensible. Mais je ne cherchais pas du tout à alimenter un débat d’opinions, qui a déjà malheureusement largement dressé les uns contre les autres, mais à faire naître ou à nourrir une réflexion, basée sur des faits réels.

La polémique vaccinés /non-vaccinés ne m’intéresse pas, étant, comme je l’ai souligné, vacciné moi-même.t

En revanche les interrogations sur la transmission des informations sont, elles, au cœur de l’éthique de mon métier.

Si elles ont pu nourrir la réflexion de quelques-uns, tant mieux.

Je constate cependant qu’il est impossible d’aborder ce thème dans un climat de respect mutuel.

En conséquence, ne souhaitant pas nourrir une polémique sans fin dans mon blog, je supprime l’intégralité de ma publication. Et je vous invite à accueillir une diversité des informations pour nourrir une réflexion sereine.

Amour, Sagesse et Vérité

Je vous souhaite à toutes et à tous une belle ÉVOLUTION pour l’année 2022 !

Une belle évolution ?

C’est une bonne dose d’Amour et de Sagesse dont le fruit est la Vérité.

Plus il y a de Sagesse et d’Amour dans nos vies, plus nous nous approchons de la Vérité, sans jamais vraiment l’atteindre, à l’image des asymptotes…

L’Amour (inconditionnel), la Sagesse et la Vérité, le Triangle de la Joie !

 

Image : Vitrail de La Chapelle de Notre Dame des Marches dans le canton de Fribourg en Suisse.

 

Noël…oh, le vilain Mot!

 « Joyeux Noël à tous ! »

Oups ! Pardon ! Je vous demande pardon. Dans la culture woke, ce variant qui désormais domine la pensée occidentale, le mea culpa est un passage obligé. Mille fois pardon, donc. J’aurais dû écrire :

 « Joyeux Noël à tou·te·s.x.y.ω ! »

Pour les non-initiés, y et ω sont des mutations non encore élucidées. Il n’est jamais trop tôt pour anticiper.

Mais je sens que certain.e.s.x.y.ω  d’entre vous sont encore choqué.e.s.x.y.ω

Ah je vois! C’est le mot « Noël » qui pose problème.  Encore pardon. J’aurais dû écrire :

« Joyeuses fêtes à tou·te·s.x.y.ω  ! »

D’ailleurs, la Commission européenne a cru bon de rédiger un document interne qui contenait une série de recommandations destinées à communiquer de manière « inclusive ». Ce document, adressé aux fonctionnaires de l’institution, préconisait notamment de ne pas souhaiter « Joyeux Noël », préférant la formule « joyeuses fêtes » considérée comme « plus ouverte et plus inclusive pour les personnes qui ne célèbrent pas Noël ».

Eu égard à la vive polémique suscitée par ce texte, notamment au sein du Vatican, la Commission européenne l’a semble-t-il finalement retiré. Elle a peut-être réalisé qu’exclure – toutes les personnes pour qui Noël a un sens – sous prétexte d’inclure celles qui ne le fêtent pas, c’était peut-être digne d’un langage de Shadoks, ces créatures anthropomorphes à l’apparence d’oiseaux rondouillards et au vocabulaire très limité fondé sur quatre syllabes : Ga, Bu, Zo, Meu.

Mais revenons à nos moutons. Que dire, comment s’exprimer à quelques jours de Noël ?

Il y a quelques années, une enseignante dans un collège d’Yverdon-les-Bains décidait de mettre fin à un calendrier de l’Avent. Traditionnellement, tous les jours s’ouvrait une petite fenêtre avec un présent destiné aux élèves. L’une d’entre elles, de confession musulmane, s’était vu interdire par sa mère de recevoir quoi que ce soit en relation avec l’Avent. En conséquence, l’enseignante avait tout simplement décidé de renoncer à préparer Noël, au grand regret de tous les autres élèves.

Fêter Noël dans sa dimension chrétienne semble donc poser un sérieux problème à certaines personnes qui ont oublié les racines mêmes de notre civilisation, profondément inspirée et modelée par l’héritage chrétien dont elle tire ses principales valeurs.

Il y a plus de trente ans, en décembre 1990, j’interviewais pour le magazine Bilan le Sheikh Ahmed Zaki Yamani, alors propriétaire de la marque horlogère Vacheron Constantin. La deuxième guerre du Golfe était en préparation. Après cet entretien, tous les ans, l’ancien ministre saoudien du pétrole avait la délicatesse de me souhaiter un joyeux Noël par courrier postal, en tirant du Coran des passages où il était notamment question de Jésus et de Marie. Cet authentique musulman, aujourd’hui décédé, n’avait visiblement pas la retenue de notre enseignante yverdonnoise à propos de Noël…

Pour conclure, je n’ai aucune peine à vous souhaiter, à toutes et à tous, un

                                                                                   

                                                                                      « Joyeux Noël » !

 

 

Joyeuse pauvreté

Lorsqu’il y a une quarantaine d’années je découvris le domaine de la Grant’Part, à Jongny dans le canton de Vaud, je fus émerveillé par ce lieu alors habité par cinq sœurs clarisses. Un écrin de verdure aux multiples essences, une chapelle apaisante dans laquelle murmure une source goutte à goutte, de belles et insolites collections de livres : comment ne pas être séduit par cette trinité naturelle, cultuelle et culturelle ? Je me demandai alors comment des moniales de l’Ordre des sœurs pauvres de sainte Claire pouvaient vivre dans un tel luxe. Fulgurante fut la réponse de mère Marie des Anges : « La pauvreté, ce n’est pas ne rien posséder, c’est ne rien s’approprier ».

Aujourd’hui, les quatre Clarisses de ce « petit lieu où Dieu a grand part » continuent à offrir aux pèlerins de tous âges les meilleures conditions d’un ressourcement physique, psychique et spirituel, tout en vivant dans la plus grande simplicité. Le « luxe » de leur environnement est avant tout un cadeau offert aux visiteurs. Il convient dès lors de ne pas confondre la pauvreté avec la misère. Si ces moniales ne connaissent pas la misère matérielle, elles ont bel et bien choisi la pauvreté en ne s’accaparant aucune richesse.

Et si nombre de nos malheurs venaient précisément de cette fâcheuse tendance que nous avons à prendre pour nous ce qui ne nous appartient nullement ? A commencer par la Terre dont nous exploitons sans vergogne le sous-sol, les forêts, les océans, les rivières, la faune et la flore, comme si cette planète qui nous a été confiée n’était pas un être vivant à respecter. Ce besoin de possession se reflète aussi dans nos rapports avec nos proches, de manière il est vrai plus subtile. N’y a-t-il pas une volonté cachée d’appartenance dans des expressions telles que « mon » mari, « ma » femme, « mes » enfants, comme si ces proches nous appartenaient ?

C’est peut-être ce qu’a voulu exprimer Jésus, cité par Luc, quand il dit : « Si quelqu’un vient à moi, et s’il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, et ses sɶurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple ». Ces paroles apparemment incompréhensibles et choquantes nous invitent en vérité à aimer autrement, à dépasser les liens de la filiation et du sang pour explorer la fraternité universelle. Quitter le monde de l’avoir pour nous plonger dans celui de l’être, c’est faire l’apprentissage de la pauvreté, comme celle de ces sœurs clarisses dont le dépouillement choisi nous ouvre les portes d’une authentique joie.

 

 

 

Magie méditerranéenne

Après deux années de création et de concerts en Suisse romande, les cinq troubadours de Fronda gravent leur premier CD. Ils nous invitent à les suivre dans six voyages au cœur du bassin méditerranéen. Une aventure musicale où la fougue côtoie la tendresse, où le sage rencontre le fou.

 Majarie Méditerranée : c’est le titre du nouvel album de Fronda. Majarie, en dialecte sicilien, signifie « magie ». Celle que nous inspire la Grande bleue, où viennent se déverser et se fondre les âmes des peuples qui l’entourent.

Folklore méditerranéen revisité

Parmi les six pièces chantées et jouées par Hélène Pelourdeau (chant), Valérie Bernard (violon), Massimo Laguardia (percussions et chant), Mario Ciurlia (guitare) et Stéphane Plouvin (accordéon) figurent trois œuvres issues du folklore méditerranéen : Ajde Jano, la Tarantella Montemaranese, et la Pizzica Capricciosa di Aradeo, une tradition singulièrement revisitée par Fronda. Les deux dernières font référence à la tarentelle et à sa dérivée, la pizzica : une thérapie par le son et le geste, dans les Pouilles, qui jusque dans les années 1950 avait vocation de guérir des personnes atteintes de maux mystérieux, qui n’étaient d’ailleurs pas toujours causés par une morsure de tarentule !

Si l’enracinement dans la pizzica perdure, les artistes la font voyager à travers leur héritage jazzeux (notamment celui de Stéphane) ou classique (celui de Valérie et Hélène).  Ainsi, dans la Tarantella Montemaranese, à la danse traditionnelle de la ville de Montemarano (province d’Avellino) vient se greffer un délicat menuet très classique dans une ambiance festive. Dans la Pizzica Capricciosa di Aradeo, le 24ème Caprice de Paganini magistralement interprété par Valérie engendre une série de variations, que de courtes danses et des chicaneries viennent enrichir. Une vraie piqure de tarentule que la musique semble vouloir guérir par une sorte d’homéopathie bienfaisante ! Quant à Ajde Jano, elle s’enracine dans une autre tradition, celle des Balkans. Avec son rythme à sept temps et sa mélodie envoutante dont le mode prend des allures orientales, la chanson exprime le désir de tout quitter, de tout vendre pour ne faire que danser.

Compositions originales de Fronda

Les trois autres pièces, Luna Piena, Koan et Faccia di Brogna sont des compositions écrites par les artistes de Fronda.  Luna Piena (auteur : Mario Ciurlia, compositeur : Stéphane Plouvin) est un clin d’œil à la musique du film de Fellini E la nave va. Inattendue, la mélodie surgit comme dans la scène de la harpe de verre, dans les cales d’un bateau. La surprise, dans le refrain, vient de ces deux voix aux timbres si différents : celle de Massimo, naturellement projetée et celle d’Hélène, finement ciselée par des années de chant lyrique. La cohabitation des univers sonores, c’est en quelque sorte l’ADN de Fronda qui recherche en permanence l’unité dans la diversité.

Du zen à la rébellion

Fronda, c’est aussi le fruit des expériences les plus intimes des artistes. A l’image de Koan , une œuvre écrite et composée par Mario Ciurlia, adepte du zen. Dans la culture zen, le koan est une phrase paradoxale destinée à nous faire réaliser les limites de notre logique et dont le but est de nous éveiller à un autre état de conscience. « Comme un son qui naît au fond de toi ».

Quant à la chanson  Faccia di Brogna (Auteurs: M. Laguardia – M. Incudine, compositeur : M. Laguardia), elle se veut une métaphore satirique pour dénoncer, à travers un rituel carnavalesque, les crimes des politiciens, des mafieux et toutes les laideurs des hommes, elle colle assez bien avec le rebelle Massimo.

Une joie intime et secrète

Il n’y a cependant aucune rancœur, aucune violence dans les six pièces de Majarie Méditerranée. Une joie intime et secrète finit toujours par l’emporter à leur écoute. Comment en serait-il autrement ? La Méditerranée, mère du monde, malgré les outrages que les hommes lui infligent, continue à nous faire rêver, toujours prête à enfanter dans le chant de ses vagues une nouvelle conscience planétaire.

Photo: Frédéric Roland.

Les CDs sont en vente sur le site de Fronda www.fronda.ch et aussi lors du vernissage de l’album, le 31 octobre 2021, à 17h30 à l’Oriental de Vevey, ainsi qu’au prochain concert du 13 novembre 2021, à 19h30, également à L’Oriental de Vevey. Un passe sanitaire valide est exigible à l’entrée.

 

 

Le point Oméga

Dans ma vie de jeune adulte, j’ai été fasciné par la théorie de l’évolution du jésuite et paléontologue Pierre Teilhard de Chardin. Le fait qu’au cours des millénaires, par le jeu de ce qu’il appelait la « complexité conscience », atomes, molécules, cellules se sont organisés pour donner naissance aux règnes minéral, végétal, animal puis finalement humain, au bout de la chaîne, cette perspective me ravissait. D’autant plus que, toujours selon Teilhard, au fur et à mesure de leur déploiement sur la planète, les hommes tendraient naturellement et biologiquement à se rapprocher et à se socialiser. Autrement dit, l’humanité finirait par devenir un tout organique, une réflexion collective unique, dont le terme idéal serait une parfaite communauté de pensée et d’amour. Le point Oméga serait ainsi le sommet de la pyramide évolutive, le point ultime de la conscience planétaire. Dans cette perspective, la vie, la mienne comme celle des êtres humains, avait un sens. Je baignais, comme chacun d’entre nous, dans cette nappe pensante, la « noosphère », où l’amour énergie s’accumulait.

Mais quand je vois aujourd’hui comment cette humanité s’y prend pour dérégler le climat, détruire les écosystèmes, se complaire dans des jeux de pouvoir et de domination politique, économique et militaire, ou faire de l’argent la référence suprême, je me demande si Teilhard ne s’est pas fourvoyé. Même dans un pays comme la France de ma jeunesse, considérée jadis comme la fille aînée de l’Eglise, que reste-t-il de sa vocation spirituelle, elle qui a même oublié que ses valeurs chrétiennes étaient le fondement même de ses fameuses valeurs républicaines ?

Vers un nouvel état de conscience ?

 e Pourtant, c’est plus fort que moi, je ne parviens pas à me désespérer. Est-ce à cause de l’énergie d’amour de la Terre que dégage cette jeune paysanne lancée dans l’agriculture biodynamique ? Est-ce à cause de la fougue passionnée de ce jeune danseur, de l’enthousiasme silencieux de ce chercheur réalisant une découverte majeure, de l’abnégation sans borne de ce médecin sans frontière qui se porte au secours des victimes de la guerre ? Tous ces gestes du quotidien que nous montrent les médias dans le flot d’une actualité démoralisante ne viennent-ils pas enrichir la « noosphère », comme des éclats de lumière projetés dans une matière chaotique ? Ces gestes nous révèlent qu’au-delà des effondrements dont nous sommes les acteurs-observateurs, l’humanité vit peut-être un accouchement, certes douloureux mais annonciateur d’un nouvel état de conscience. Des petits gestes aussi insignifiants et grandioses à la fois que les lumières de la Voie lactée. (Publié dans Echo Magazine du 6 octobre 2021)

 

Le revenu de transition écologique intéresse Genève

Après avoir pris ses premières racines dans les cantons de Vaud et du Jura, le Revenu de transition écologique (RTE) pourrait bien s’implanter dans le canton de Genève. Sur une initiative de l’Hospice général, un premier groupe de travail vient d’être validé. En font partie notamment des représentants de la ville de Meyrin, de l’Office cantonal de l’emploi, de l’Office de l’action, de l’insertion et de l’intégration sociales, ATD Quart Monde Suisse, la chambre de l’économie sociale et solidaire APRÈS-GE et la Fondation Zoein.

« Ce groupe de travail va faire des propositions concrètes pour que des porteurs de projets concernant les emplois de demain viennent de la société civile, et pas seulement des bureaux d’ingénieurs ou des start-up » a souligné Sophie Swaton, présidente de Zoein, lors d’un débat organisé lundi soir à Genève par Alternatiba 2021.

Vaud et Jura également intéressés

Les parlements vaudois et jurassien ont déjà demandé aux gouvernements des deux cantons, par la voie de postulats, d’étudier la possibilité de mettre en place un revenu de transition écologique. Le RTE est un dispositif comprenant un revenu versé à des personnes physiques en contrepartie d’activités orientées vers l’écologie et l’impact sociétal. Soutenues et accompagnées dans leur projet de transition en durabilité, ces personnes doivent par ailleurs adhérer à une structure démocratique (association, coopérative d’activité) qui favorise leur intégration sociale.

A l’heure du réchauffement climatique dont on ressent déjà les effets dévastateurs, de nouvelles activités et des reconversions professionnelles indispensables dans de nombreux domaines devraient pouvoir bénéficier d’un tel outil au service de la collectivité.

Le RTE fait l’objet d’une expérimentation dans plusieurs territoires en France, notamment à Grande Synthe dans le Nord et dans la Haute vallée de l’Aude.