Energies, Economie Pétrole: Revue Mondiale Avril 2019

Le 1er de chaque mois, retrouvez un tour du monde des Energies.
– USA: Trump active les sanctions pétrolières contre l’Iran et le Venezuela
– Libye: Le Général Haftar tente de prendre le pays
– USA: Une bataille à 50 milliards $ pour acheter Anadarko Petroleum
– Chine: La Chine courtise les pays européens avec sa route de la soie
– France: Le démantèlement d’EDF dans le viseur du gouvernement et de Bruxelles
– Algérie: Le CEO du géant pétrolier et gazier Sonatrach contraint de démissionner
– Suisse: l’EPFL produit de l’hydrogène vert
– Arabie Saoudite: Le gisement pétrolier de Ghawar n’est plus le plus grand au monde.


 

Donald Trump a décidé de durcir le ton avec l’Iran et de réintroduire les sanctions pétrolières. Il n’en fallait pas plus pour que le baril grimpe à 75$. Trump a immédiatement éteint l’incendie avec un tweet: “Spoke to Saudi Arabia and others about increasing oil flow. All are in agreement”.  Qui aurait pu imaginer qu’un jour un simple tweet serait capable de faire fluctuer les prix du baril de pétrole!

A Londres, il termine ce mois à 72,12$   (fin mars 68,39$). A New York, il grimpe à 63,79$  (60.14$ fin mars).

Graphique du mois :

Dépenses des 5 plus grandes compagnies pétrolières européennes
Pétrole et Gaz vs Renouvelables


En millions $
Source: Reuters, Ron Bousso

 

Pétrole

Le Venezuela est en train de s’effondrer. La Libye est son million de barils pourrait entrer dans une guerre civile. Après une sécheresse historique, l’Irak et de l’Iran sont noyés par des inondations qui paralysent certains champs pétroliers. Donald Trump réactive les sanctions contre le pétrole iranien. Même la série Dallas n’aurait pas rêvé d’un scénario aussi complexe et imprévisible.

 

OPEP+

La Russie et l’Arabie Saoudite sont dans une position d’attente afin d’analyser l’évolution du marché dans les mois à venir. Il est urgent d’attendre.

La production actuelle atteint 30,2 millions b/j. au plus bas depuis 2015.

 

Solaire

Gridserve propose des nouveaux panneaux solaires bifaciaux. Les deux faces (recto et verso) produisent de l’électricité et augmentent de 20% les rendements. L’Arabie Saoudite a choisi ces modules avec une offre à 1,79 centimes $ le kWh pour une ferme de 300 MW.

 

 

Sous les projecteurs du mois

Venezuela

Au moment où cette rubrique est écrite, Juan Guaido tente un coup d’Etat contre le président Nicolas Maduro. John Bolton, le conseiller de la Sécurité Nationale Américaine demande à l’armée vénézuélienne de rejoindre les rangs de son protégé Juan Guaido. Historiquement, un coup d’état dans un pays producteur de pétrole signifie une baisse de la production. Dans le cas du Venezuela, il sera difficile d’aller encore plus bas. Qu’importe le nom du président le mois prochain, l’avenir du Venezuela semble justement ne plus en avoir.

Les exportations pétrolières pour le mois d’avril pourraient avoir chuté à 300’000 b/j contre 1 million en mars, mais nul ne sait vraiment. En tout cas, ce brut lourd manque cruellement aux raffineries qui ont besoin de cette qualité pour produire du kérosène et du diesel.

En mars, la compagnie nationale PSVSA avait réussi à charger des tankers en direction de la Russie et de l’Asie avec du pétrole extrait durant les mois précédents. Il y a quelques années, le pays exportait 3 millions b/j.  Avec l’embargo américain, la production pétrolière est fortement touchée.

Cependant, un autre problème freine les ambitions de PDVSA. Afin de transporter le brut lourd des gisements d’Orinoco, le pays possède 4 unités de fluidification. Ces installations sont opérées par la Russie, les USA, la France et la Norvège et permettent de liquéfier 700’000 b/j.  Suite aux blackout électriques, 2 unités sont hors service depuis le 7 mars et les deux autres ont arrêté leurs productions le 25 mars. Quand ces unités s’arrêtent de manière subite, c’est un peu comme un caquelon à fondue : il faut un certain temps pour tout nettoyer et relancer le processus.

Trois unités pourraient redémarrer, mais pour la 4ème l’alignement des étoiles pourraient prendre un certain temps. Du coup, PDVSA a annulé une grande partie des exportations de pétrole durant avril.

 

Iran

Le président Trump a décidé de ne plus accorder d’exemptions pétrolières pour l’importation de pétrole iranien. Dès le 2 mai, la Chine, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud et la Turquie n’auront plus le droit d’acheter du brut iranien. L’annonce arrive alors que l’Iran subit les plus graves inondations depuis 70 ans avec plus de 1’900 villages affectés et 500’000 personnes évacuées. Les régions pétrolifères du Khuzestan sont également touchées. Washington espère mettre le pays sur les genoux alors que l’eau monte.

Mike Pompeo a souligné que le pétrole est la première source de cash du pays et que l’objectif est d’atteindre zéro sur tous les plans.

Les sanctions américaines étaient entrées en force en novembre 2018 afin de renégocier l’accord sur le nucléaire signé en 2015. Cependant, Donald Trump a voulu éviter une trop forte augmentation des prix du baril. Il avait autorisé 8 pays à importer du brut iranien.

 

Inondations en Iran

 

Libye

L’échiquier libyen a été entièrement bouleversé avec l’avancée du Général Haftar sur la capitale Tripoli. L’homme a le potentiel de remplacer le Général Kadhafi et apprécie le soutient de l’Egypte, les Emirats Arabes Unis et la Russie.

Dans cette situation, la capacité de résilience de la production pétrolière du pays est sur la table. Si une guerre civile devait éclater, la production d’un million b/j semble en danger. Il y a un mois, le Général Haftar avait déjà dû intervenir afin de rétablir l’extraction de 315’000 b/j dans le gisement de Sharara. Le Général en a profité pour créer sa propre entreprise pétrolière.

Le Secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, s’est opposé au Général Haftar en lui demandant de «retourner à la table des négociations». Pour ajouter un peu de clarté dans cette situation déjà chaotique, Trump s’est opposé à son secrétaire d’Etat Pompeo! et a reconnu la position du général et son rôle pour combattre le terrorisme.  Bon, attendons le mois prochain le temps que tout ce beau monde puisse accorder leurs violons.

 

USA

Donald Trump fait joujou avec le pétrole. Les sanctions contre le Venezuela ont été activées et celles de l’Iran débuteront le 2 mai. Ces décisions impactent le monde entier.

En janvier, la production pétrolière US a diminué à 11,871 millions b/j (11,961 en décembre). L’Agence Américaine de l’Energie, EIA, et Morgan Stanley prévoient une extraction de 12,39 millions b/j d’ici à la fin 2019. Cet optimisme fait froncer les sourcils.

Au premier trimestre 2019, la croissance du PIB américain s’élève à 3,2% et dépasse les attentes.

Dans le jeu «qui peut amasser 1 milliard pour devenir président», les compteurs indiquent: Trump 40 millions $, Beto o’Rourke 9,4, Bernie Sanders 18, Kamala Harris 12. Joe Biden est entré dans la course. Déjà 21 démocrates se lancent dans un concours qui promet de voler aussi haut que “Les Anges de la TV ” avec Nabilla.

La production charbonnière des USA sera inférieure de 9,2% à 684 millions de tonnes en 2019 soit au même niveau qu’en 1978. En 2020, les USA devraient extraire 640 millions de tonnes de charbon contre 753 l’année dernière.

Le président Trump a annoncé que les éoliennes donnent le cancer. Il n’a pas précisé si elles faisaient tourner la tête.

 


Aux Etats-Unis, la consommation totale d’énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) a augmenté de 4% en 2018
et représente 80% de l’énergie dévorée dans le pays.
Le gaz affiche des taux record (+10%) tandis que le charbon a diminué de 4%.
Au niveau des gaz à effet de serre, si le gaz émet moins de CO2,
il explose les chiffres du côté du méthane.

 

Les présidents Trump et Xi Jinping pourraient devenir les meilleurs amis du monde une fois que l’accord USA-Chine sera signé. La date n’est pas fixée, mais dans le doute, on espère. Pour éviter l’ennui, Donald Trump a immédiatement ouvert un nouveau champ de bataille en Europe avec une ardoise de 11 milliards $ au sujet d’Airbus.

Le programme de recherche de centrales nucléaires de l’administration Trump coutera 40% que prévu selon le département de l’Energie.

Les constructeurs automobiles américains font face à une situation paradoxale. Le gouvernement Trump désire relâcher la régulation sur la consommation des voitures de 4,4 à 6,4 lt/100km alors qu’un tiers des Etats désirent garder les objectifs actuels.

ExxonMobil rejoint d’autres entreprises pétrolières pour se plaindre de la mauvaise qualité du pétrole de la réserve américaine. Des quantités 250 fois plus élevée de sulfure d’hydrogène ont été relevées.

La Corée du Nord ne veut plus du secrétaire d’État américain Mike Pompeo comme interlocuteur et souhaite discuter dorénavant avec un responsable qui soit «plus prudent et plus mature dans sa façon de communiquer». La remarque est savoureuse.

Le fabriquant de bus électrique Proterra et le japonais Mitsui & Co vont proposer le leasing des batteries afin d’éliminer les freins d’acquisitions des e-bus, plus chers à l’achat mais plus économique à l’entretien. Les économies de carburants compenseront mensuellement le coût des batteries.

Les USA sont à la 7ème place mondiale dans l’utilisation de voitures électriques et Tesla détient le 30% de part de marché. En 2018, 361’307 e-voitures ont été vendues sur le territoire qui compte 265 millions de voitures thermiques.

 


Evolution du nombre de véhicules à moteur aux USA 1900-2017
en millions d’unité

 

Les Amériques

USA: Pétrole et gaz de schiste

Une vague de consolidations fait rage dans le schiste américain. Les grandes majors comme ExxonMobil et Chevron mettent sur la table des milliards pour acquérir les petits acteurs dans le Bassin Permien. Cette région du Texas permet à Exxon d’extraire 226’000 b/j avec un objectif à 1 million d’ici à 2024.

Dans cette lutte entre géants, Chevron a proposé 50 milliards $ et Occidental Petroleum 55 milliards $ pour acquérir Anadarko Petroleum très actif dans le schiste américain, notamment dans le Bassin Permien. Chevron pensait pouvoir convertir les pertes d’Anadarko en bénéfices grâce à un processus d’industrialisation et des réductions des coûts. Finalement, c’est Occidental Petroleum qui a gagné dont 10 milliards $ injecté par Warren Buffett. A 88 ans, le réchauffement climatique n’est pas une préoccupation de Warren.

L’Agence Américaine de l’Energie a révisé ses chiffres de la production de schiste. L’EIA avait annoncé une augmentation de +282’000 b/j entre décembre et mars 2019. Comme prévu, un mois après la publication, l’agence apporte un correctif à leur fichier Excel. L’augmentation réelle n’est que de +42’000 b/j.   L’EIA est coutumière du fait et publie systématiquement des chiffres dithyrambiques sur le schiste pour les corriger à la baisse.

Dans le Bassin Permien, en plus du pétrole, les producteurs extraient d’énormes quantités de gaz qu’ils sont obligés de brûler faute de pouvoir les transporter. Bloomberg estime que le gaz brûlé pourrait chauffer toutes les habitations du Texas sans compter les émanations de méthane.  Des gazoducs devraient être mis en service en 2020.

Paal Kibsgaard, CEO de Schlumberger, pense que les investissements dans le schiste américain continuent de chuter, que la croissance d’extraction diminue et que les investissements se dirigent vers d’autres gisements à travers le monde.

Dans le Bassin Permien, la productivité a diminué de 6% en mars par rapport à mars 2018 selon l’EIA. Le nombre de forages productifs diminuent forçant les compagnies à se rabattre sur les fruits de plus en plus hauts dans l’arbre.

 


Dessin Chappatte

 

Canada

La province pétrolière de l’Alberta a élu Jason Kenney comme nouveau gouverneur de l’Etat. L’homme de droite est favorable à l’extraction pétrolière, à la construction de pipelines et s’oppose aux taxes sur le carbone. Toute l’artillerie du parfait pétrolier en un seul homme politique. Il se fera un plaisir de remplacer les décisions de Rachel Notley qui avait tenté d’amener un vent nouveau.

Le Premier Ministre Trudeau est de plus en plus écartelé entre le climat et l’industrie pétrolière canadienne. Alors qu’il espère sa réélection en octobre dernier, l’exercice montre que son indécision et ses contradictions entre la construction de pipelines et le réchauffement climatique peinent à générer un soutien populaire. Les résultats climatiques de Trudeau sont tout aussi misérables que son prédécesseur Stephen Harper et la comparaison n’est pas flatteuse.

La hausse des températures est en moyenne deux fois plus élevées au Canada que dans le reste du monde selon le département du gouvernement canadien Environment and Climate Change Canada.

 

Argentine

La production de pétrole de schiste, dans la région de la Vaca Muerta, Mendoza, pourrait atteindre 200’000 b/j en 2021 selon Rystad Energy. La région produisait 78’000 bj en février 2019.

 

 

Asie

Chine

Pour la première fois depuis 4 mois, les chiffres de l’activité industrielle du pays sont en hausse. On ne connait pas encore la cause de ce revirement. Il pourrait provenir de l’énorme stimulation financière du Gouvernement, d’une simple manipulation des chiffres ou d’une reprise réelle. A confirmer.

Les compagnies pétrolières vont augmenter de 20%, à 74 milliards $, leurs dépenses pour tenter de stimuler la production pétrolière et gazière. Parfois le fait d’injecter des milliards dans des vieux gisements est une stratégie gagnante, parfois pas.

La Corporation Chinoise Nucléaire espère pouvoir construire entre 6 et 8 centrales nucléaires par an si le gouvernement donne son feu vert. Depuis Fukushima, Pékin n’avait pas approuvé la construction de nouvelles centrales. Pékin vient de donner l’autorisation pour 2 nouvelles unités.

Le pays subit une épidémie de peste porcine africaine. Plusieurs millions de porcs ont été abattus en Chine, pays qui est à la fois le premier producteur (50% du cheptel porcin mondial), mais aussi le premier consommateur mondial de porc. L’Europe, le Brésil, le Canada et les USA compensent les pertes. Cette situation impacte également les livraisons de soja notamment du Brésil.

La Chine a organisé une réunion avec les pays qui se trouvent sur «La route de la Soie» dont 1’000 milliards $ d’investissements sont prévus pour des infrastructures de transports. L’idée est de créer une alternative commerciale aux USA.

 

Japon

Tepco, l’opérateur de la centrale de Fukushima, a débuté le retrait des 566 barres de combustible nucléaire de la piscine du réacteur no 3. Cette opération a été reportée plusieurs fois et elle devrait durer 2 ans.

La piscine du réacteur 4 a déjà été vidée entre 2013 et 2014. Les travaux pour les piscines des Réacteurs 1 et 2 ne devraient pas débuter avant 2023. La piscine 1 contient 392 et la piscine 2 615 barres de combustible.

L’autorité de surveillance nucléaire japonaise a refusé d’étendre les délais pour mettre en place des mesures antiterroristes pour les centrales. Les propriétaires rechignent à entreprendre les travaux qui devraient se terminer durant l’été 2020. Le pays pourrait voir toutes ses centrales mises à l’arrêt.

L’Empereur Akihito a laissé son siège à son fils Naruhito.

 

Australie

L’entreprise Tritium propose des chargeurs de voitures électriques super rapides permettant d’ajouter 300 km en 10 minutes.

 

 

Europe

Les compagnies pétrolières européennes comme Shell, BP, Total sont en train d’ajuster leur business model en ajoutant la production d’électricité à base de gaz ou de renouvelables. Ces majors vont entrer en frontal avec les grands producteurs électriques traditionnels. Du côté des citoyens, la possibilité d’auto-consommer sa production d’électricité solaire et de stocker ou de revendre le surplus à ces voisins est de plus en plus une option incontournable.

 

Russie

La production Russe aurait diminué à 11,24 millions b/j en avril afin de satisfaire les quotas de l’OPEP: -230’000 b/j par rapport à la production d’octobre de 11,421 millions b/j. Moscou est passé maître dans l’art d’augmenter artificiellement sa production afin de baser les coupes sur des niveaux anormalement élevés. Pour le coup, la Russie n’a pas eu à forcer la main pour revenir à une situation normale.

Rosneft, le plus grand producteur pétrolier du pays, va se développer en Arctique grâce à la fonte des glaces. Les sanctions occidentales avaient ralenti le processus et ExxonMobil avait dû se retirer. Pour maintenir sa production pétrolière Moscou a besoin de trouver de nouveaux gisements pour remplacer ses vieux gisements.

La nature a horreur du vide et la géopolitique copie la nature. Le vide laissé par l’administration américaine est instantanément comblé par Moscou. Ce mois, Vladimir Poutine en a profité pour rencontrer, à Vladivostok, Kim Jong Un. Il s’est également rendu à Pékin pour le sommet de « la route de la soie ». Le président chinois Xi Jinping a souligné : «Le Prédisent Poutine est un bon ami et un vieux ami du peuple chinois. Il est l’un de mes meilleurs amis».

 

Hollande

La compagnie Shell a annoncé sa démission de l’un des plus grands groupe de lobby pétrolier des USA : American Fuel & Petrochemical Manufacturers qui compte 300 entreprises. Le lobby refuse les taxes sur le CO2 pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre.

Royal Dutch Schell a lancé un programme de 3 ans de reforestation pour un montant de 300 millions $. Les arbres seront plantés en Hollande et en Espagne.

 

En Europe, les prix du gaz sont au plus bas depuis 5 ans.
N’espérez pas un rabais de la part de votre fournisseur, leur marge n’est que de 800 à 900% (8 et 9x le prix d’achat).
Source: Platts, graphique FT

 

 

Angleterre

L’américain ConocoPhillips se retire de l’exploration et de la production pétrolière anglaises. Conoco a vendu à Chrysaor e&P Ltd ses deux actifs dans la Mer du Nord pour 2,68 milliards $.

Le département du gouvernement «Business, Energy & Industrial Strategy» envisage d’augmenter la production d’énergies renouvelables de 75% d’ici à 2035 afin de réduire la production d’électricité à base de gaz. L’objectif est d’atteindre 211 TWh ce qui représentera le 58% des besoins électriques en 2035.

Londres a ouvert sa zone « Ultra low emission zone » (ULEZ) où les véhicules les plus polluants devront s’acquitter d’une obole journalière de 14,5€ pour y circuler en plus des droits pour entrer dans la ville.

Julian Assange, Fondateur de WikiLeaks a été arrêté et les USA ont demandé son extradition. WikiLeaks avait notamment publié de nombreux documents sur les entreprises pétrolières américaines et sur l’Arabie Saoudite.

 

Allemagne

Le groupe VW est responsable de 2% des émissions de CO2 dans le monde, soit la même quantité que l’Allemagne. La répartition est répartie à part égales entre les camions et les voitures.

 

Suisse

Pour la première fois, une voiture électrique a été la plus immatriculée sur un mois, devançant des modèles à essence de Skoda et VW. Le Model 3 de Tesla s’est écoulé à 1’094 exemplaires, devançant la Skoda Octavia à essence (801) et la Golf de VW (546), selon les statistiques d’Auto Suisse. Après des mois d’attente, la Tesla 3 a été livré sur le marché Suisse.

La production d’électricité solaire pourrait être multipliée par 40 en Suisse si l’on profitait de tout le potentiel en façade et sur les toits. L’Office fédéral de l’énergie vient de publier le site Façade au Soleil. Ces instruments montrent que l’électricité solaire exploitable en Suisse pourrait avoisiner les 67 térawattheure, contre 1,7 récoltés en 2017 sur toute la Suisse.

L’EPFL (Ecole polytechnique Lausanne) a mis au point un système qui produit une quantité record d’hydrogène propre. Le dispositif concentre la lumière du soleil et réduit la quantité de matériaux rares et coûteux. Il est actuellement testé sur le campus de la Haute Ecole et pourra produire 1 kg d’hydrogène par jour en cassant des molécules d’eau grâce à l’énergie solaire. A suivre.

 

France

Le gouvernement Macron travaille sur une réorganisation ou le démantèlement d’EDF demandé par Bruxelles. Le premier électricien européen pourrait voir une partie de ces activités… et la privatisation progressive des autres.

EDF fait face à une équation quasi impossible avec la perte de centaines de milliers de clients par an et doit prévoir des milliards € d’investissement pour maintenir en vie un parc nucléaire vieillissant voir de leur remplacement.

Cerise sur le gâteau, EDF cumule plus de 33 milliards € de dettes. En France, l’électricité est vendue à perte afin de donner la perception que le nucléaire est bon marché.

La mise en service de la centrale nucléaire EPR à Flammanville va être retardée de deux ans à cause d’un défaut dans des soudures dans la cuve. Les coûts de la centrale française dépasse les 11 milliards € au lieu des 3 initialement prévus.

En 48 heures, la cathédrale Notre Dame de Paris a récolté plus d’argent que les Restos du Coeur durant les 5 dernières années.

Le site d’investigation Disclose publie des documents “secret défense” qui indique que l’Arabie Saoudite utilise massivement des armes françaises dans la guerre contre le Yémen. Ces armes sont également utilisées contre des civils.

 


Dessin Chappatte

 

Moyen-Orient

Arabie Saoudite

Les USA ont annulé les exemptions pour les exportations de pétrole iranien pour le 2 mai. Washington a demandé à l’Arabie Saoudite de remonter son niveau d’extraction afin de combler le manque. Le Ministre de l’Energie a demandé de voir l’effet sur les marchés avant d’effectuer un changement. Actuellement, les exportations de l’Arabie Saoudite s’élèvent à 6,977 millions b/j (7,6 en décembre 2018).

La compagnie pétrolière Saudi Aramco prévoit de mettre en vente 10 milliards $ de ses actions. Pour réussir son coup, elle est forcée à apporter un peu de transparence. La muette a ainsi publié ses premiers chiffres depuis sa nationalisation dans les années 80.

La surprise vient des chiffres du plus grand gisement du monde «Ghawar». Il ne produirait plus que 3,8 millions b/j au lieu des 5,8 estimés par l’EIA. Est-ce le royaume pourrait entrer sur une phase de déclin? Ainsi le Bassin Permien américain avec ses 4,1 millions b/j devient le plus grand gisement pétrolier mondial, même si la qualité des deux gisements est fondamentalement différent.

Aramco possèderait des réserves pétrolières de 257 milliards de barils (toujours le même chiffre depuis 40 ans). Sur les 224 milliards de bénéfices, avant la ponction réservée au gouvernement et à la famille royale, Saudi Aramco publie un bénéfice net de 111 milliards $ en 2018. Record du monde battu.

Saudi Aramco est «en discussion sérieuse» afin d’acquérir 25% de l’Indien Reliance Industries actif dans la pétrochimie et le raffinage. L’accord pourrait se faire avec un chèque de 10 à 15 milliards $. Cet achat pourrait encrer l’utilisation du pétrole saoudien en Inde qui est devenu le 3ème plus grand consommateur mondial.

Pour les 5 prochaines années, le Paris-Dakar va quitter l’Amérique Latine pour rejoindre l’Arabie Saoudite.

Riyad a menacé de cesser d’utiliser le dollar américain pour la vente de son pétrole si les USA signent la plainte antitrust contre l’OPEP et ses membres. Pour l’instant, il ne s’agit qu’un bombage de torse. Mais si l’OPEP devait quitter le dollar, l’égo et le statut de la monnaie américaine en prendrait un coup. Dans cette configuration, on peine à imaginer que le NOPEC de la justice US ait une chance de succès.

 

Egypte

Sous pression du FMI, le gouvernement pourrait cesser les subsides sur les carburants d’ici au 15 juin 2019. En échange, le FMI va accorder un prêt de 12 milliards $.

Les prix de l’essence, du diesel et du kérosène vont presque doubler. On peut s’attendre à une vague de gilets jaunes.

 

Irak

Les exportations ont diminué à 3,377 millions b/j en mars (-240’000 par rapport à février). La région pétrolifère de Basra a subi de fortes inondations après des mois de sécheresses.

Le premier ministre Abdul-Mahdi s’est rendu en Arabie Saoudite pour rencontrer le roi Salman. Pendant des années, l’Arabie a supporté financièrement les groupes Sunnites alors que Bagdad est solidement relié aux Chiites d’Iran.

L’Irak voudrait construire une raffinerie au nord de la ville de Kirkuk pour utiliser son pétrole localement. Actuellement, le pays doit exporter 300’000 b/j de pétrole via la Turquie et le Kurdistan.

 

Koweït

Le petit Etat va débuter une première phase d’extraction pétrolière. Après avoir extrait 60’000 b/j en janvier, l’objectif est d’atteindre 430’000 b/j de brut lourd.

 


Dessin: Chappatte

 

Afrique

Algérie

Le PDG du géant gazier algérien Sonatrach, Abdelmoumene Ould Kaddour, a été licencié trois semaines après le retrait du Président Bouteflika. Il s’agit d’un nouveau signe que l’armée veut purger le pays des personnes associées avec l’ancien régime. En 9 ans, 7 PDG ont été licenciés de cette entreprise nationale.

Ce geste pourrait retarder ou activer les investissements étrangers dans les vétustes installations gazières et pétrolières. L’Algérie fait face à une baisse de production à cause d’installations et de gisements vieillissants ainsi que de l’augmentation de la consommation interne. En Algérie, le gaz est bradé et vendu à perte ce qui bloque tout émergence des énergies renouvelables ou toutes les initiatives d’efficience énergétique.

Le budget de l’Etat repose à 40% sur la vente d’hydrocarbures et 95% des entrées de devises étrangères. Le Général Saleh a également arrêté plusieurs « milliardaires » actifs dans la construction.

 

Nigeria

La crise de carburant, que traverse le plus grand producteur pétrolier d’Afrique, s’aggrave alors que les automobilistes font la queue pour faire le plein. Jamais à court d’idée pour apporter un peu d’ambiance, le Fond Monétaire International (FMI) suggère au gouvernement d’abandonner les subsides sur les carburants qui maintiennent les prix sous les 40 ct € le litre.

La Banque Mondiale en rajoute une couche et évalue les subsides à 2 milliards $.

 


Coûts d’extraction par baril de pétrole en $
Source: Saudi Aramco. Graphique FT.com

 

Phrases du mois

«Je ne suis pas un économiste et j’ai déjà dit que je ne comprends rien à l’Economie. Les chauffeurs de camions sont ceux qui transportent la richesse du nord au sud et d’est en ouest. Ils doivent être traités avec soin et considération. Nous voulons un prix correct pour le diesel.» Jair Bolsonaro, Président du Brésil qui explique sa décision de ne pas augmenter les prix du diesel.

«Les décennies de croissance économique auront épuisé les ressources de la planète avant d’étancher notre soif de posséder, notre modèle de production-consommation nous ayant entraînés dans une économie de l “avoir” plutôt que de l “être”», avec pour conséquence «l’insoutenable concentration de la richesse dans le monde, véritable bombe à retardement. Il faudra notamment lutter contre «la déshumanisation de l’économie». Emmanuel Faber, PDG de Danone,

La colère fait les émeutes, seul l’espoir fait la révolution“.  Pierre Kropotkine

Construire des centrales nucléaires pour résoudre le changement climatique, c’est comme mettre un glaçon dans une baignoire pour la refroidir. L’impact sur la température est négligeable et les dégâts d’un accident ou d’une catastrophe nucléaire sur l’environnement est pire que le problème original“. Pablo Servigne

De défaites, en défaites, nous volons vers la victoire.

«Les riches qui règnent sur une société en voie d’effondrement s’achètent seulement le privilège d’être les derniers à mourir de faim». Jared Diamond.

 

 

Sources: avec Tom Whipple d’ASPO USA et Resilience.org  et l’humour des chroniques matinales de Thomas Veuillet Investir.ch et toutes les informations récoltées dans différents médias à travers le monde.

 

 

Energies, Economie Pétrole: Revue Mondiale Janvier 2019

Le 1er de chaque mois, retrouvez un tour du monde des Energies.
– Venezuela: Le pays se trouve à un tournant. Décisif?
– USA: La production de diesel est à la peine
– Mexique: Un pipeline explose : 107 morts
– Allemagne: Le pays annonce sa sortie du charbon d’ici à 20 ans
– Inde: La demande de pétrole et de charbon en forte hausse
– Angleterre: Hitachi renonce à construire 2 centrales nucléaires
– Libye: L’insécurité plombe la production pétrolière
– USA: Boeing annonce son drone-passagers électrique et sans pilote.


 

Le pétrole a repris des couleurs. Il avait débuté l’année à 52,23$ et il est grimpé à 60,86 à Londres. A New York, il flirtait à 45,30$ le baril avant de se redresser à 53,74$.

 

Graphique du mois:

Par manque de pétrole lourd,
la production mondiale de diesel pourrait avoir touché un plateau

 

Pétrole

Le pétrole joue avec la barre des 60$ à Londres. Pour se déterminer sur son prix, il hésite entre plusieurs options comme les réductions de l’OPEP+, l’augmentation de la production de schiste aux USA ou le ralentissement de l’Economie chinoise. Pour l’instant la crise au Venezuela n’a pas encore fait bouger clairement les prix.

En 2019, les majors pétrolières vont investir 208 milliards $ pour le forage en haute mer selon Rystad Energy. Au total, 110 projets vont être lancés contre 96 en 2018 et 43 en 2016.

Le directeur de l’IEA, Fatih Birol, a souligné que sur un total de 1 milliard de voitures en circulation, les 5 millions de voitures électriques ne font pas le poids pour solidement influencer la demande pétrolière.

Son exemplem est parlant. “Cette année, la demande pétrolière mondiale va augmenter de 1,3 millions barils/jour (b/j). Les 5 millions de voitures électriques vont économiser 50’000 barils/jour. 50’000 contre 1,3 millions”. Il est vrai que l’impact est minime.

Selon lui, les voitures ne jouent pas un rôle prépondérant dans la demande pétrolière. A l’inverse, les camions, la pétrochimie et les avions sont le sont. Au niveau mondial, l’aviation est exemptée de taxe pétrolière et de TVA.

 

Monde

Depuis 1978, les salaires des PDG ont augmenté de 997,2%, la productivité de 122,01% et les revenus des travailleurs de 10,9% selon Economic Policy Institute. Alors que la croissance s’est affirmée comme une nouvelle normalité, la productivité et les salaires s’essoufflent.

Comme les salaires des PDG, les températures de la planète ont atteint des records en 2018, +1,1°C par rapport à l’ère préindustrielle.

La fonte annuelle des glaces, en Antarctique, est 6 fois plus rapide qu’en 1979, selon l’Académie américaine des sciences (PNAS).

 

Moyenne des températures pour 2018
par rapport à la moyenne 1951-1980

 

Les pays phares du mois

Venezuela

Sans conteste, le Venezuela est sur la première marche du mois de janvier. Une fois de plus, le pétrole se transforme en malédiction pour son pays.

L’agonie du pays semble arriver à un tournant. Washington et plusieurs pays dont la France, le Canada, le Brésil et l’Espagne ont annoncé soutenir Juan Guaido, l’ancien président du Parlement. Avant de se lancer, ce jeune homme de 35 ans avait reçu des garanties des grandes puissances.

Cependant, la Russie et la Chine ont investi des milliards $ sur Nicolas Maduro et son pétrole. On comprend que Moscou et Pékin n’ont pas envie de voir leurs actifs disparaître.

Dans la foulée, Trump a annoncé des sanctions pétrolières contre le Venezuela et l’arrêt des importations de 500’000 b/j. Revers de la médaille, cette décision pourrait faire augmenter les prix de l’essence aux USA, car le brut du Mexique, de l’Arabie Saoudite et du Canada est plus onéreux.

De plus, le pétrole lourd du Venezuela se marie parfaitement au pétrole de schiste américain très léger. Sans pétrole lourd, il est compliqué de raffiner le diesel ou le kérosène indispensable aux camions, bateaux et avions. De son côté, le Venezuela a besoin du pétrole de schiste américain pour liquéfier son pétrole lourd afin de le transporter.

Les entrées en devises du Venezuela proviennent essentiellement des ventes de pétrole aux Etats-Unis. Le reste sert à repayer les dettes russes et chinoises. Le pays devrait rapidement atteindre le point de bascule.

Actuellement, la production pétrolière va passer sous le million de barils/jour (b/j). Au temps de Chavez, elle dépassait les 3,5 millions.

En cas de renversement du gouvernement Maduro, les exportations pourraient encore fortement diminuer. L’histoire montre que le renversement d’un gouvernement ne permet pas de remonter aux niveaux d’extractions pétrolières initiaux.

 

Chine

Trump continue de demander à la Chine de respecter les brevets US, d’arrêter les subsides directs aux entreprises et de permettre aux entreprises américaines d’entrer dans le marché chinois. En résumé, le chef de la Maison Blanche demande simplement aux chinois de jouer avec les mêmes règles du jeu que le reste du monde. Le prochain épisode devrait figurer dans la revue de février.

Les prévisions de croissance du PIB de la Chine pointent vers 6,3%. Pas sûr que les chiffres du gouvernement soient d’une précision chirurgicale, mais ils indiquent une tendance à la baisse.

La Chine a développé une certaine dépendance envers les dettes et les constructions. Au niveau de la dette, on avoisine les 300% du PIB et la Banque Centrale Chinoise vient d’injecter 84 milliards $ dans l’économie locale. Est-ce que quelqu’un pourrait toucher un mot à la Banque Nationale Suisse pour qu’elle injecte 1$ dans les entreprises suisses ? Oui, c’est possible !

Il n’aura fallu que 58,8 milliards $ d’investissements par Pékin pour soutenir ses entreprises de voitures électriques et devenir le No1 mondial dans ce secteur selon Center for Strategic and International Studies.

Le constructeur chinois de voitures électriques, Byton, annonce la venue de son nouveau bolide. La bête sera commercialisée autours des 40’000 € et affiche des performances remarquables ainsi qu’un design digne des constructeurs italiens. Byton entre en frontal direct avec les modèles de Tesla et les futures allemandes.

Le groupe chinois CNOOC espère doubler sa production pétrolière d’ici à 7 ans comme l’a gentiment demandé le Président Xi Jinping. L’objectif est de booster la production pétrolière nationale pour moins dépendre de l’étranger.

Dans l’univers fabuleux que crée le gouvernement chinois, ce mois, on relève la mise en service d’une application qui permet d’identifier dans un rayon de 500m les personnes qui ont des dettes! Via l’utilisation de l’application de communication et de payements WeChat (équivalent de What’s app), les informations des utilisateurs sont transmis au gouvernement.

Ce service actuellement en service dans la région de Hebei, devrait être généralisé dans toute la Chine dans une année. Elle permettra de rejoindre l’évaluation des citoyens, qui bloque à plus de 10 millions de citoyens, l’accès aux trains ou aux transports en commun.

 

26% de la production pétrolière américaine est apte au raffinage
Le reste doit être mélangé avec du pétrole plus lourd pour en faire du diesel, kérosène ou essence.

 

USA

En 2018, les émissions de CO2 ont augmenté de 3,4% aux USA.

Selon l’EIA, les USA devraient atteindre une production pétrolière de 12,1 millions b/j en 2019 et 12,9 en 2020. Les USA sont devenus le plus grand producteur mondial.

Les USA font face à une pénurie de pétrole lourd nécessaire à produire du diesel et du kérosène. Les coupes dans les importations du Canada, Mexique et l’arrêt des importations du Venezuela inquiètent les raffineurs américains. Le Mars, une qualité de pétrole lourd, se traite avec une prime de 6,8$ par rapport aux cours pétroliers, au plus haut depuis 5 ans. Le Peak Diesel commence à inquiéter.

En 2018, les investissements en énergie solaire ont diminué de 25% à 130,8 milliards $. Sur la même année, les investissements en énergie renouvelables ont diminué de 8% à 332 milliards $.

Malgré l’enthousiasme et le support du Président Trump, le nombre de centrales à charbon diminue à un rythme encore plus soutenu que sous Obama. Depuis le peak de production en 2011 avec 317,4 MW la production décroit.

Durant les 5 dernières années, 6 centrales nucléaires ont été mises à l’arrêt et 35% du parc actuel devrait fermer dans les années à venir. Le nucléaire n’arrive plus à concurrencer les tarifs des énergies renouvelables et du gaz de schiste.

General Motors (GM) va utiliser sa marque Cadillac pour les voitures électriques et ses batteries BEV3. L’objectif est d’offrir une voiture avec un rayon d’action de 500 km.

BP va ajouter 1,3 milliard $ pour étendre les forages en haute mer de son gisement Atlantis dans le Golf du Mexique. L’entreprise avait essuyé un bouillon lors de la catastrophe DeepWater Horizon en 2011 avec des coûts qui ont dépassé les 60 milliards $.

L’entreprise PG&E, Pacific Gas & Electric, est l’une des premières grandes entreprises à faire les frais du changement climatique et des incendies monstrueux de la Californie. En octobre dernier, sa valorisation boursière atteignait 25 milliards $. Ce mois, elle est tombée à 4 et s’est placée sous la protection des faillites. C’est ballot pour la Banque Nationale Suisse qui vient de perdre ainsi 1,7 million $ supplémentaires dans la longue liste de ses déboire dans ses investissements fossiles aux USA.

BP a testé un nouveau système sismique pour découvrir du pétrole en eau profonde. Suite à son succès dans le Golfe du Mexique, cette technologie va être apportée en Angola et au Brésil.

Tesla Motor annonce le licenciement de3’000 employés (7%) afin de réduire les coûts. Les chinois arrivent sur le marché avec des véhicules aussi performants mais à un prix bien plus concurrentiel. Dans la foulée, Elon Musk annonce deux versions de ses camions entre 150 et 180’000$ et un rayon d’action de 900 km. La production n’a pas commencé. Cependant, dans le domaine des transports lourds, les camions à hydrogène semblent nettement plus performants et attractifs.

D’ici à 2022, VW va investir 800 millions $ pour construire une usine à voitures électriques au Tennessee. Plus de 1’000 emplois vont être créés.

Apple a fortement récompensé son PDG Tim Cook en lui offrant pour 2018 une compensation annuelle de 15,7 millions de dollars, + 22%.

 

Boeing a testé son premier drone taxi à décollage verticale et à propulsion électrique.
Airbus va présenter sa version durant le mois de février

 

Arabie Saoudite

L’Arabie Saoudite va limiter ses exportations à 7,1 millions b/j pour février avec l’espoir de voir le baril remonter.

Dès 2021, Ryad planche sur la vente d’une petite part de son champion pétrolier Aramco. Au total, le gouvernement espère obtenir 10 milliards $ au lieu des 40 qui étaient sur la table l’année dernière.

L’offre avait été retirée car Aramco aurait dû publier ses réserves pétrolières et les investisseurs n’étaient pas hyper convaincus du business model. Selon l’agence DeGolyer et MacNaughton immatriculée à Dallas, Texas, les réserves d’Aramco atteignent 263,1 milliards de barils. Cette estimation a été accueillie avec scepticisme et un large sourire. Depuis 30 ans, ce chiffre n’a pratiquement pas bougé d’une virgule.

L’Arabie Saoudite n’abonde absolument pas dans la narrative du peak oil (pic pétrolier) et voit l’offre pétrolière augmenter au moins jusqu’en 2040. Le PDG de Saudi Aramco, Amin Nasser, assure que l’Arabie Saoudite pompera le dernier baril de pétrole mais cela ne devrait pas arriver dans les décennies et des décennies à venir.

Saudi Aramco et US Air Products and Chemicals vont construire la première station de production d’hydrogène dans le Royaume. La station sera prête cette année et alimentera des voitures Toyota.

Riyad a choisi le français EDF et Abu Dhabi Masdar pour construire une ferme d’éolienne de 400 MW pour 500 millions $ dans le nord du pays.

 

Dessin: Chappatte

 

Les Amériques

Schiste Américain

Rystad Energy a publié des chiffres stratosphériques sur l’avenir du pétrole de schiste US. A se demander quelle mouche a piqué le statisticien en chef ou s’il n’y a pas une formule qui est partie en vrille dans leur feuille Excel. A 58$ le baril, ils pensent que les USA pourraient extraire 24 millions b/j en 2025 soit plus que la Russie et l’Arabie Saoudite réunies.

Dans son Annuel Energy Outlook 2019, l’EIA est également d’humeur joviale pour le pétrole de schiste US. On sent que l’Agence de l’Information de l’Energie Américaine veut faire plaisir à son Président. On n’atteint pas les sommets de Rystad mais l’enthousiasme est intact. Jusqu’en 2040, les USA devraient produire 14 millions b/j.  Dès 2050, ils devraient redevenir importateur de pétrole. D’ici là, Baron Trump devrait reprendre les commandes du pays à son cher papa. Difficile de dire laquelle de ces deux prévisions se réalisera.

Sur le terrain, la tendance actuelle suggère que les forages les plus productifs ont déjà été épuisés et que les coûts de production grimpent avec les forages de seconde qualité. Après avoir augmenté de 1,6 millions b/j en 2018, la hausse prévue pour 2019 se limiterait à 950’000 b/j.

Argentine

Les gisements de gaz de schiste de la Vaca Muerta pourraient attirer jusqu’à 165 milliards $ d’investissements de la part de Chevron, Total et ExxonMobil. Il reste à déterminer si ces investissements seront rentables.

Mexique

Un pipeline a été percé par des voleurs de carburant et a explosé dans la ville de Tlahuelilpan. Le bilan de l’explosion a grimpé plus de 100 morts et 40 blessés. Deux jours plus tard, dans l’Etat de Querétaro, un autre pipeline a subit le même sort. Là, l’explosion n’a fait aucune victime.

Cette tragédie s’est déroulée après que le président Andrés Manuel López Obrador ait demandé à l’armée de prendre le contrôle de 58 installations pétrolières majeures dans le pays. L’objectif est de réduire la corruption et les vols de pétrole dans l’entreprise nationale Pemex.

Certains groupes ponctionnent la production de diesel et de carburants pour financer leurs activités. Les vols se monteraient à 3 milliards $ par an. Le carburant ainsi volé s’achète à la moitié du prix de marché. Les vols sur des pipelines sont produits 42 fois par jour, en moyenne, durant 2018.

Le gouvernement a coupé la distribution via certains pipelines. Le transport pourrait se faire grâce à l’achat de 500 nouveaux camions citernes. Cependant, le pétrole continue de s’accumuler dans les terminaux des différents ports. Plus d’une douzaine de tankers attendent d’être déchargés.

Les raffineries de Pemex ont une capacité de 1,63 millions b/j mais tournent à mi-capacité. Le pays importe plus de 600’000 b/j de carburants distillés aux USA.

 

Dessin Chappatte

 

Europe

Angleterre

Le Brexit est toujours en cours et les automobilistes roulent toujours du mauvais côté de la route.

Concernant les trains, Alstom France va produire des trains à hydrogène pour le marché anglais. Les trains Breeze entreront en service en 2022.

Suite à la demande du producteur de schiste Cuadrilla, de ramollir les normes environnementales pour l’extraction de schiste, le gouvernement est resté droit dans ses bottes et a refusé la requête.

Malgré plus de 2 milliards d’investissements déjà effectués, Hitachi renonce à construire 2 centrales nucléaires. L’année dernière, Toshiba avait également abandonné l’idée. Au total, 6 projets ont été abandonnés ce qui ouvre une voie royale à la Chine, qui montre un intérêt certain à vendre ses centrales nucléaires « Made in China ». Cette perspective génère étrangement un frisson dans le dos.

Le démantèlement des plateformes pétrolières va coûter 31,4 milliards $ aux contribuables durant les 45 prochaines années selon la National Audit Office.

 

Allemagne

Après être sorti du nucléaire, l’Allemagne s’attaque au charbon et à la lignite. Le plan propose une sortie du charbon d’ici à 2038 avec un budget de 40 milliards €. Plus de 20’000 personnes travaillent actuellement dans cette filière. Vingt ans, est-ce trop court ou trop long ? La question divise les deux parties.

Le groupe VW va investir 30 milliards € dans les voitures électriques durant les 5 prochaines années. L’entreprise est en train de développer un châssis appelé MEB qui va lui permettre de limiter les coûts de production pour les 50 prochains modèles prévus d’ici à 2025.

 

Russie

A cause de l’hiver… la Russie ne peut pas diminuer sa production pétrolière selon le Ministre de l’Energie Alexander Novak. Le Ministre du pétrole de l’Arabie Saoudite, al Falih espère que Moscou réduise sa production (-288’000 b/j) afin de respecter la décision de l’OPEP+. La base de calcul  se base sur les chiffres d’octobre 2018 à 11,41 millions b/j.

De son côté, l’IEA annonce que la Russie a augmenté sa production à 11,5 millions b/j en décembre. Durant les 3 premières semaines de janvier, elle se situe à 11,39.

 

France

La fusion entre le français Alstom et Siemens rails pourrait être interdite par la Commission Européenne sur la concurrence. Les ministres de l’économie français Bruno Le Maire et l’allemand Peter Altmaier aimeraient voir l’émergence d’un géant européen du rail pour contrer le chinois CRRC. La fusion de ces deux géants permettrait de diminuer le nombre d’employés et les coûts. Reste à déterminer de quel côté de la frontière les pertes d’emplois seront les plus douloureuses.

Il est préférable que cette question ne doit pas être abordée tant que les gilets jaunes rodent dans les rues.

 

Suisse

Grâce à une essence très bon marché et un pouvoir d’achat élevé, le parc automobile suisse est le plus polluant d’Europe. Les émissions de CO2 sont reparties à la hausse en 2018 (+0,2%).

Du côté des constructeurs, les amendes pour les dépassements de CO2 se sont élevées en 2016 : à Frs zéro pour le groupe VW, BMW. Peugeot, Citroën et Frs 195’480 (€170’00) pour Mercedes soit fr 7.50—par voiture ! (€6.50). Il n’y a aucun doute, ces amendes sont dissuasives!

En 2018, le nombre de vente de voitures a reculé de 4,6% à 299’716. Les moteurs diesel ont chuté de 20,4%. L’hybride essence (+25,5%) et hybrides diesel (+209,6%), les véhicules électriques ont progressé de 7%. Par constructeur, le marché se décompose de la manière suivante: Volkswagen, une part de marché de 11%, Mercedes (8,6%), BMW (8,1%), Skoda (6,4%) et Audi (6,1%).

Un deuxième barrage de l’entreprise minière Vale s’est effondré au Brésil. Plus de 65 personnes sont mortes et 300 sont portées disparues. Le géant brésilien s’est établi à Saint-Prex, Suisse pour éviter de payer des impôts. Bien que l’entreprise ne compte qu’une poignée d’employés suisses, elle bénéficie d’un forfait fiscal qui défie toute concurrence.

Depuis 2016, un employé de la centrale nucléaire de Leibstadt a inventé des données dans les protocoles d’inspection sans avoir procédé aux tests. L’inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN) note que ce n’est pas un cas isolé et il s’inscrit dans une série d’incidents dus à des erreurs humaines. La population et la sécurité de la centrale n’ont pas été mises en danger.

 

 

Moyen-Orient

Iran

Suite aux sanctions, version allégée de l’administration Trump, Téhéran exporte 1 million b/j alors que ce chiffre était de 2,7 en mai dernier. Les passe-droits accordés à la Chine, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud arrivent à échéance à la fin mai 2019.

La situation du Venezuela pourrait aider l’Iran. Une coupure de livraison de l’Iran et de Caracas pourrait faire grimper les prix sur les marchés.

L’Iran va tenter de maintenir sa production pétrolière malgré l’âge avancé de ses forages. Plus de 30 projets vont être lancés pour un montant de 6 milliard $ et une augmentation de capacité de 281’000 b/j, en théorie…

 

Syrie

Le russe Gazprom va commencer à exploiter le pétrole et le gaz syrien. Avant la guerre, la Syrie extrayait 387’000 b/j dont 140’000 pour l’exportation.

L’instabilité dans la région nécessite une protection militaire pour les employés. Gazprom est en passe de devenir la première major à être militarisée.

Une pénurie de gaz pour générer de l’électricité, aider à la cuisson et le chauffage, touche la capitale Damas. A cause des sanctions américaines, le gaz iranien n’arrive plus dans le pays.

 

Irak

Au plus grand bonheur de Bagdad, la production pétrolière atteint 4,15 millions b/j avec des rentrées financières bienvenues.

La création d’une entreprise pétrolière nationale, INOC (Iraqi National Oil Company), s’avère plus difficile que prévu. La Cour Suprême demande de réviser les modalités notamment avec la partie Kurde du pays.

Le budget 2019 augmente fortement les dépenses du gouvernement et notamment les revenus garantis pour les Kurdes.

 

Depuis 2006, la production pétrolière de l’OPEP reste stable

Asie

Inde

Le pays importe de plus en plus de charbon pour ses besoins énergétiques. D’avril à décembre 2018, les quantités ont augmenté de 17% sur la même période en 2017.

La demande pétrolière indienne va augmenter de 245’000 b/j en 2019. Elle avait déjà augmenté de 250’000 barils en 2018. La consommation atteint 4 millions b/j.

La Northern India Public Service estime que la sortie de la production électrique à base de charbon va lui faire économiser 4 milliards $ sur 30 ans. La transition devra débuter par l’augmentation des tarifs (11$ par mois) pour ses 470’000 clients, afin de payer les investissements et de fermer les centrales à charbon. Les tarifs devraient diminuer dès 2023.

 

Australie

Pour la xème année consécutive, une vague de chaleur recouvre le pays. L’Australie ploie sous les incendies de forêts et l’augmentation d’hospitalisations. Visiblement, ce n’est pas encore suffisant pour que le gouvernement se penche sur le réchauffement climatique.

Pour l’instant, le charbon et le gaz conservent leurs privilèges.

 

Dessin Chappatte

 

Afrique

Libye

Depuis décembre, les incidents, entre les milices, plombent la production pétrolière. Elle est descendue à 928’000 b/j soit 200’000 b/j de moins.

L’Italie tacle la France. Matteo Salvini accuse Macron d’être responsable du chaos libyen, alors que des affrontements ont ensanglanté la capitale Tripoli.

Évidemment il y a quelqu’un derrière les combats actuels. Cela n’arrive pas par hasard. Ma crainte, c’est que quelqu’un, pour des motifs économiques nationaux, mette en péril la stabilité de toute l’Afrique du Nord et par conséquent de l’Europe. Je pense à quelqu’un qui est allé faire la guerre alors qu’il ne devait pas la faire. À quelqu’un qui fixe des dates pour les élections sans prévenir les alliés, l’ONU et les Libyens” dixit Salvini.

 

Nigeria

Le français Total va développer un nouveau gisement en haute mer selon Patrick Pouyanné son PDG. L’avantage des forages en mer est d’éviter de devoir payer les milices locales qui demandent une rétribution sur le pétrole. Annuellement, les vols de pétrole et les petites enveloppes sont estimées à 3 milliards $.

La raffinerie de Dangote va pouvoir traiter plus de 650’000 b/j et couvrir la totalité des besoins en carburants au pays. La bête aura coûté plus de 12 milliards $ au milliardaire Aliko Dangote. Le brave homme a construit sa richesse avec le ciment. La raffinerie devrait entrer en fonction dès 2022.

Actuellement, le plus grand producteur africain doit exporter son pétrole pour le raffiner et le réimporter.

Dessin Chappatte

 

Phrases du mois

«La transformation du secteur de l’énergie, et des autres industries, n’a pas lieu parce que des environnementalistes nous y forcent. Elle a lieu pour des raisons économiques. Si on néglige cette transition vers davantage de durabilité, on va en payer le prix.» Francesco Starace, PDG, ENEL energie, Italie

«L’industrie automobile planifient des investissements sans précédent dans les batteries et les voitures électriques durant les 10 prochaines années. Une grande part significative de ces 300 milliards $ d’investissements sont dirigés vers la Chine.» Paul Lienert, Christine Chan, Reuters.

«Le monde n’est jamais prêt à la naissance d’un clown». Omar Porras

Clean energy solutions are not moving fast enough to meet the UN targets for curbing the effects of global warming, and alternative energies are unlikely to meet those targets without policy support” Charles Holliday, hairman, Shell.

For US shale production to go down, you need oil prices at $40 per barrel and below. That is not healthy for the Russian economy. We should not take competitive action to destroy US shale production.” Kirill Dmitriev, head of the state-backed Russian Direct Investment Fund,

 

Sources: avec Tom Whipple de ASPO USA et Resilience.org, FT.com, l’humour de Thomas Veuillet Investir.ch et toutes les informations récoltées minutieusement dans différents médias à travers le monde.

 

 

France: bientôt un Divorce Nucléaire?

Le mariage entre l’Etat Français et l’industrie du nucléaire traverse une crise sans précédent. Si la mariée continue d’être dispendieuse, l’argent du ménage ne suffit plus.

Le basculement est d’autant plus foudroyant que les robots allemands et son Industrie 4.0 inquiètent les tricolores. Ils pourraient perdre la maîtrise du démantèlement des centrales ainsi que les milliards € et les emplois promis aux vainqueurs.

Ainsi l’annonce de Nicolas Hulot, sur la fermeture possible de 17 réacteurs, tient d’une logique autant financière que stratégique. Paradoxalement pour garder des emplois, Paris doit agir.


Un Mariage coup de foudre

Pendant des décennies, Paris a porté à bout de bras son industrie nucléaire quitte à imposer artificiellement des prix du kWh au-dessous de la moyenne européenne et d’utiliser l’argent des contribuables pour combler la différence.

Mais la/les centaine(s) de milliards nécessaires pour maintenir en vie certaines centrales, démanteler les plus dangereuses, trouver des solutions pour les déchets et couvrir les dettes monstrueuses du duo EDF-Areva sont totalement hors de proportion avec le budget de l’Etat.

De manière surréaliste et pratiquement le même jour, les français ont découvert le gel du budget de l’armée de 850 millions € et de leurs retraites, alors que le Gouvernement annonce le versement de 1,5 milliards € pour recapitaliser Areva et que 2 milliards € supplémentaires devront être ajoutés à la construction de 2 réacteurs AREVA-EPR sur le sol anglais.

Comme le proposait l’ancien directeur d’EDF, Henri Proglio, “le prix de l’électricité doit doubler afin de permettre l’assainissement des comptes et de faire face aux défis à venir”. Nicolas Sarkozy, en campagne électorale, avait humblement refusé cette décision impopulaire et laissé la patate chaude à son successeur.

 

L’Allemagne ouvre les hostilités

Avec l’arrêt de ses 17 centrales d’ici à 2022, les entreprises germaniques se sont mises au travail pour réaliser les robots et les outils spécifiques aux démantèlements de leurs réacteurs. A cet effet, les propriétaires de centrales ont provisionnés plus de 40 milliards € pour ces opérations ainsi que 22 milliards € pour s’occuper des déchets. Il est évident que Berlin désire utiliser la plus grande partie de ce pactole pour ses entreprises locales.

Le Japon s’est également lancé dans la course au démantèlement suivi par la Corée du Sud et les USA. Si dans ces pays les doses sont encore homéopathiques, Berlin, a l’avantage de s’attaquer à un nombre important d’unités afin «d’industrialiser les processus» et de remporter la guerre des coûts.

L’expérience acquise permettra aux Allemands d’exporter leur savoir-faire. C’est justement sur ce terrain que la France est attaquée.

 

France : l’efficience énergétique oubliée

Aussi cruel que cela puisse paraître, il devient de plus en plus évident que financièrement la France n’a pas les moyens de garder la totalité de son parc nucléaire.

Elle se retrouve dans la même situation que cet entrepreneur en faillite qui soulignait avec humour: «Je perds de l’argent sur chaque produit vendu, mais je me rattrape sur la quantité».

Poussée à utiliser un maximum d’électricité, la France n’a jamais activé un programme d’efficience énergétique et la marge de manœuvre est immense. Le gaspillage s’élève à 40% pour les particuliers et 45% pour les entreprises. Même avec un frein atomique, le français pourrait théoriquement et mathématiquement passer ce cap simplement en améliorant son efficience. De son côté, les entreprises françaises, très actives dans les technologies smart city, pourraient y trouver des opportunités d’emplois et de croissance.

Stratégiquement, l’arrêt de plusieurs centrales permettra à l’industrie française de ne pas perdre trop de terrain sur ses concurrents étrangers et de garder sa main d’œuvre qualifiée.

Cependant ce choix logique va se heurter à une culture du nucléaire ancrée profondément dans la fierté hexagonale et la crainte du changement.

La Suisse, l’Allemagne et bientôt la Corée du Sud ont fait ce pari. Pour Paris, ce divorce permettra peut-être la survie de sa mariée.

 

 

Le démantèlement: Le futur du Nucléaire

Rattrapé par la chute vertigineuse des prix de productions des énergies renouvelables ainsi que la pénurie annoncée d’uranium, la construction d’une nouvelle centrale nucléaire est devenue une entreprise financièrement périlleuse.

Pour rester en vie, l’industrie se réoriente dans les technologies du futur: la gestion des déchets et le démantèlement des vieilles centrales nucléaires. Dans ce dernier domaine, la France prévoit 50 milliards €, l’Angleterre 135 milliards €, l’Allemagne 38, la Suisse 20 et les USA 400 milliards $.


 

Tant aux USA qu’en Europe, la chute des coûts marginaux de production électrique force les propriétaires de centrales à revisiter leurs business modèles. Obligé d’amortir à coup de milliards leurs actifs nucléaires, ils sont les premiers à être confronté à cette dure réalité.

Avec l’essor du gaz de schiste bon marché, les USA ont inauguré cette tendance. Cinq réacteurs sont déjà à l’arrêt et six autres vont suivre.

En Europe, une génération entière de réacteurs construits dans les années 60-80 vont devoir être déconnectés du réseau et démontés en toute sécurité. C’est l’Allemagne qui ouvre le bal.

 

Paradoxalement, c’est la fermeture des centrales qui va permettre à l’industrie de survivre !

Pendant des décennies, toute l’industrie s’est essentiellement focalisée sur la construction de nouveaux réacteurs sans se préoccuper de leur mise à la retraite.

Ainsi aujourd’hui, peu d’acteurs possèdent ce savoir-faire embryonnaire. La chaîne entière est à inventer, les acteurs à identifier et pour rendre les coûts supportables, le système devra être industrialisé d’autant que l’Europe compte 134 réacteurs.

Graphique D’après données de l’AIEA au 3 août 2015 (©Connaissance des Énergies)

L’Allemagne prend l’avantage

Dès 2020, l’Allemagne ouvrira le bal et commencera à démanteler ses 17 réacteurs. Le gouvernement et les 4 propriétaires ont prévu un budget minimaliste de 38 milliards € qui sera certainement revu à la hausse. Qu’importe, au nom de la sécurité, les budgets n’auront aucune limite pour le plus grand bonheur des entreprises impliquées.

Berlin a le désavantage de service de cobaye à l’industrie et de payer le plein tarif par manque d’industrialisation des processus. Par contre, si Berlin manœuvre bien, ses entreprises, comme Siemens, pourront acquérir l’expérience pour ensuite l’exporter.

La France

Le gouvernement français s’est vu forcé de reprendre la vision d’Areva et la construction d’une méga centrale de 2’300 MW capable de remplacer 2 unités.

Si l’idée était excellente dans le contexte du début des années 2000 avec une Chine assoiffée d’électricité, l’intrusion des énergies renouvelables exige de plus petites unités capables d’interagir avec le mix de production.  L’EPR français peine également à convaincre les financiers qui ont pris l’habitude de montants plus petits, sans risque et avec un retour sur investissement plus court.

L’Europe de l’Est compte sur l’Europe de l’Ouest

Les gouvernements des pays de l’Est n’ont pas prévu de budget pour fermer leurs centrales.

Sans le dire publiquement, ils comptent sur les riches pays Européens pour payer la facture et trouver des solutions pour leurs déchets. Par contre, la main d’oeuvre bon marché des pays de l’Est devrait en profiter largement. En effet, l’industrie du nucléaire privilégie et recherche les salaires les plus bas.

Une concurrence entre pays et entreprises

Si Tokyo puise dans son porte-monnaie pour maintenir artificiellement en vie la branche nucléaire de Toshiba, il en va de même pour Paris et Areva.

Pour ces deux pays, qui ont chacun plus de 50 centrales nucléaires à fermer, il est primordial que leur champion national reste sur pied pour effectuer cette tâche et garder l’essentiel des investissements dans le pays.

De leur côté, le Coréen Tepco, le Russe Rosatom ou le Chinois CNNC pourraient proposer leurs services à prix bradés grâce à l’appui financier de leur gouvernement respectif.

Cependant, en Suisse, en France ou en Suède, les citoyens, appelés à payer les énormes factures, risquent de voir d’un mauvais œil le départ de leurs impôts vers la Chine, les USA ou la Russie.

L’Europe

C’est dans ce contexte que les entreprises européennes ont intérêt à s’unir pour offrir une solution locale qui permettra de créer des emplois, de garder l’argent dans les communautés locales et de se profiler dans les marchés internationaux.

Pour l’instant ce processus vient de s’engager. Il faudra attendre les premières fermetures pour identifier les acteurs et leurs muscles.

Espérons que l’Allemagne, l’Angleterre et la France puissent garder un rôle pour orchestrer une solution européenne et établir les normes de sécurité.
Le nucléaire tourne une page plutôt cocasse. Pour survivre, il doit fermer ses centrales et s’orienter vers le démantèlement des 440 réacteurs encore en activité dans le monde.