La Russie diminue ses livraisons de gaz à la France, l’Allemagne et l’Italie

Les trois dirigeants européens, Olaf Scholz, Allemagne; Mario Draghi, Italie; Emmanuel Macron, France, ont effectué une visite à Kiev où ils ont rencontré président ukrainien Volodymyr Zelensky. Ils sont prêts à accorder immédiatement à l’Ukraine le statut de candidat à l’adhésion à l’Union européenne.

Il n’en fallait pas plus pour que Moscou coupe des livraisons via gazoducs de gaz à l’Allemagne, l’Italie et la France. Du coup, le prix du gaz en Europe TTF a pris l’ascenseur à plus de €124 ce vendredi alors qu’il était à €83 MW lundi.


 

Avec l’impression d’avoir raté le train, l’Anglais Boris Johnson s’est rendu ce vendredi à Kiev.

 

Moscou coupe l’accès au gaz d’une Europe non préparée

Alors que Bruxelles pensait tenir le couteau par le manche, c’est bien Moscou qui a décidé l’interruption des livraisons de gaz par gazoduc. L’Autriche fait également face à une diminution des livraisons.

Au total, Gazprom a déjà interrompu les flux de gaz vers la Pologne, la Bulgarie, la Finlande, les Pays-Bas et le Danemark après leur refus de se conformer à un nouveau système de paiement en roubles ordonné par le président russe Vladimir Poutine.

 

Une semaine riche en évènements

Mardi, la société russe Gazprom a déclaré “qu’elle limiterait l’approvisionnement en gaz via le gazoduc Nord Stream vers l’Allemagne de 40% par rapport aux flux prévus, en raison d’un retard dans la réparation des équipements”.

Mercredi, Gazprom a indiqué “que les réductions s’accentueraient pour atteindre 60% du débit quotidien.”

Vendredi, l’Italie a signalé des réductions supplémentaires de ses livraisons. Eni déclare qu’elle ne reçoit que la moitié des volumes demandés pour la journée. En début de semaine, l’approvisionnement de l’Italie en gaz russe a été réduit de 15%.

La Slovaquie a également déclaré qu’elle recevait moins de la moitié des volumes de gaz russe habituels via Nord Stream 1.

La France, pour sa part, a déclaré qu’elle n’avait pas reçu de gaz de l’Allemagne depuis mercredi.

 

Evolution du prix du gaz Européen Dutch TTF, le 17 juin
suite à la fermeture du gazoduc Nord Stream 1

 

Des problèmes techniques?

De son côté, Gazprom a attribué la baisse des flux de gaz à des problèmes techniques. Certaines des turbines à gaz de Nord Stream, fabriquées par Siemens Energy, ont fait l’objet d’un entretien et de réparations à Montréal mais n’ont pas pu être renvoyées en Russie en raison des sanctions canadiennes contre Gazprom, a indiqué la société.

 

Un hiver spécial

La Suisse, qui n’a aucune capacité de stockage de gaz, espérait se faire livrer du gaz via l’Allemagne et l’Italie. Cette perspective se réduit et les livraisons de gaz pour la Suisse vont fortement perturber ceux qui utilisent le gaz pour se chauffer ou pour l’industrie.

Du côté de la France, le gouvernement Macron se réjouit que les «réserves sont à remplies à 58%.» Cependant, quand les réserves sont pleines, elles ont une capacité de 2 à 3 mois. Même pas de quoi passer un hiver au chaud.

Le vice-chancelier Robert Habeck a déclaré que la situation était “grave” et que les entreprises et les citoyens devaient faire ce qu’ils pouvaient pour économiser l’énergie. “Chaque kilowattheure aide dans cette situation”, a-t-il déclaré dans un appel vidéo publié sur Twitter.

Une semaine catastrophique pour le gaz naturel

Rien ne semble plus arrêter les mauvaises nouvelles pour le gaz naturel. Il vient de passer une semaine exécrable. Une explosion dans un terminal aux USA, John Kerry critique les pratiques gazières et le Congrès Américain qui dénonce les fuites de méthane cachée par les exploitants de schiste aux USA.

Alors que le gaz américain vient d’être accueilli comme le messie en Europe, il devient un caillou dans la chaussure. Sur ces bonnes nouvelles, le gaz a augmenté de 10% en Europe à 88€ alors qu’il a perdu 10% aux USA.


 

En début d’année, le lobby du gaz avait réussi l’exploit d’introduire le gaz naturel dans la taxonomie européenne des énergies propres.

Depuis, la guerre en Ukraine a brassé les carte et cette semaine 3 événements majeurs viennent de se produire aux USA avec un rapport du Congrès Américains sur les fuites de méthane, une explosion dans un terminal de gaz américain qui met hors service 17% de la capacité d’exportation de LNG. Finalement, John Kerry, le diplomate en chef des États-Unis pour le climat, a mis les points sur le i.

 

Explosion aux USA: 17% d’exportation de LNG à l’arrêt

Une explosion a eu lieu dans un terminal de gaz d’exportation de Freeport LNG, au sud de Houston. Elle a mis hors service près d’un cinquième de la capacité d’exportation américaine de LNG.

C’est une mauvaise nouvelle pour l’Europe qui compte sur le gaz de schiste américain pour remplacer le gaz russe.

Personne n’a été blessé et la société a déclaré avoir le problème sous contrôle. Mais elle a admis qu’elle avait été contrainte de fermer son installation de liquéfaction et qu’elle resterait hors service pendant “un minimum de trois semaines”.

Aux USA, les prix du gaz au centre Henry ont chuté de plus de 12%. En Europe, les prix du gaz ont pris 10% à 88€ MWh

 

 

 

John Kerry et la guerre en Ukraine

A la fin d’une intervention sur le méthane lors du Sommet des Amériques, John Kerry, le diplomate en chef des États-Unis pour le climat, a mis en lumière les “intérêts particuliers américains qui tentent d’exploiter la situation en Ukraine en y installant davantage d’infrastructures d’exportation de gaz. Nous ne pouvons pas permettre que cela se produise”.

Pas sûr que Kerry soit en phase avec Biden qui s’est félicité des accords de livraisons de gaz à l’Europe.

 

Climat: les émissions de méthane du gaz sous-estimée

Un rapport du Congrès Américain accuse l’industrie de schiste de ne pas faire se préoccuper des fuites de méthane contrairement aux publicités d’ExxonMobil ou de Chevron.

Dans un rapport de 61 pages, le personnel du Comité de la Chambre des représentants a appris que les compagnies pétrolières et gazières disposent de données internes montrant que les taux d’émission de méthane du secteur sont probablement beaucoup plus élevés que les données officielles communiquées à l’office de l’environnement américain (EPA).

Dans le rapport, on peut lire “qu’une proportion très importante des émissions de méthane semble être causée par un petit nombre de fuites super émettrices. Une entreprise a identifié une seule fuite qui pourrait être équivalente à plus de 80% de toutes les émissions de méthane qu’elle a déclarées à l’EPA pour l’ensemble de ses activités de production de pétrole et de gaz du Permian en 2020.”

Stocks de gaz en Europe? La réalité dépasse la fiction

Dans le bras de fer avec la Russie, la Commission Européenne veut obliger chaque pays européen à remplir ses réserves de gaz à “au moins 80%” de leurs capacités d’ici au 1er novembre 2022 puis à 90% avant chaque hiver dès 2023.

Là, le quidam se dit que “si les réserves sont pleines, l’hiver est assuré.” Ouf ! Car un hiver sans chauffage, ça risque de chauffer. Et bien, tout cru patate crue! Dans une stratégie qui aurait bien pu sortir des classeurs de nos amis consultants de McKinsey, très cher à Ursula von der Leyen et encore plus chers au Président Macron, la réalité diffère légèrement.


 

France et Allemagne: les champions du stockage qu’il faut remplir 4 fois par an!

La France et l’Allemagne possèdent les plus grandes capacités de stockage de gaz en Europe. Ces capacité représentent 25% de leur consommation.

L’Allemagne héberge les plus grands réservoirs en Europe avec 24,5 milliards m³. Il y a quelques jours, les stocks étaient à 40% de leur capacité, soit assez pour 7 jours de températures polaires selon le Ministère de l’Economie et du Climat Allemand.

Jusqu’ici, le gouvernement d’Olaf Scholz avait affirmé que “l’approvisionnement est assuré et il n’y a pas de risque de pénurie.”  Grâce à une météo clémente, il n’a pas été désavoué.

Du côté de Paris, la capacité de stockage représente également le 25% de la consommation annuelle selon Storengy.  Depuis 2018, la loi française exige que le niveau de remplissage des capacités souscrites atteigne 85% au 1er novembre.

Mais il y a un mais! La France et l’Allemagne doivent remplir au moins 4 fois leurs stocks durant l’année et 2 fois durant l’hiver. Traduire: les stocks de novembre disparaissent en janvier-février.

Ensuite? Là se complique les ambitions de Bruxelles de se passer au plus vite du gaz Russe.

 

Suisse, Belgique, Luxembourg: le bon moment pour sortir du gaz?

Du côté du Luxembourg, les capacités de stockage de gaz suffisent pour 4 jours.

En Belgique, elle représente un peu moins de 5% de la consommation annuelle du pays.

La Suisse? Il n’y a pratiquement pas de stockage de gaz sur son territoire. Le lobby du gaz a déjà annoncé qu’il avait sécurisé l’approvisionnement gazier pour l’hiver 2022/2023. Mais s’il n’y a pas de capacité de stockage où se trouve ce gaz?

Dans la pratique, l’industrie du gaz a déjà passé ses commandes à l’international avec l’espoir de se faire livrer au goutte à goutte en temps voulu. La Suisse et six autres pays européens ont signé une déclaration internationale afin d’assurer l’approvisionnement en gaz durant l’hiver. Les installations de stockage doivent pouvoir être utilisées au-delà des frontières peut-on lire.

Cependant, l’histoire nous apprend qu’en cas de pénurie, le mot solidarité a souvent tendance à sortir par une porte dérobée.

Dans cette ombre, il y a une bonne nouvelle. Si vous vous chauffez au gaz, vous avez tout l’été pour vous en débarrasser et changer! Bon ça fait 10 ans qu’on le dit. Là, il sera difficile de trouver une meilleure excuse pour ne pas faire le pas.

 

 

 

Les Guerres du Gaz: Géopolitis

Dans ce nouvel épisode de l’excellente émission de la Télévision Suisse Romande, Géopolitis, Marcel Mione explore avec Laurent Horvath, les coulisses du gaz à travers les continents.

Dans le monde des Energies, c’est le règne du chacun pour soi. Chaque pays regarde son intérêt propre. Ce qui se passe dans le gaz est une parfaite illustration entre la partie stratégique qui confronte la Russie, l’Europe, l’Allemagne, la Turquie, l’Ukraine, la Chine et les USA.


 

Le gazoduc Nord Stream 2 sème la discorde avec en fond de toile le gaz de schiste et la main mise de la Russie ou de des USA sur l’Europe. Comment se confronter avec Vladimir Poutine, Joe Biden, Recep Tayyip Erdoğan le président Turc. Quelle est la place du gaz naturel dans la transition énergétique et le climat? Est ce que le gaz est aussi propre que l’on veut bien le prétendre?

Cette émission de 26 minutes de Marcel Mione présente les enjeux stratégiques avec des illustrations vidéos très pertinentes, qui intéresseront tous ceux qui veulent en savoir plus.

 

Voir l’émission du 28 mars 2021: Les Guerres du Gaz: Geopolitis

 

Les fuites de méthane du gaz naturel scrutées depuis l’espace

De plus en plus de publications d’études scientifiques dévoilent de larges fuites de méthane lors de la production, le transport et la combustion du gaz de schiste aux USA, au point que de nombreuses villes américaines ont interdit, pour des raisons climatiques, l’utilisation du gaz naturel pour le chauffage et la cuisine.

En 2018, les premières mesures avaient été révélées par l’Environmental Defense Fund (EDF) et l’université de Harvard. Elles avaient révélé des émissions 60% plus élevées que les mesures des exploitants gaziers et du gouvernement Trump via son agence environnementale “Environmental Protection Agency” (EPA).


Des Etats-Unis à l’Europe

Il est vrai que la pratique d’extraction de schiste est très polluante et inquiète la population américaine. Cette sensibilité plus exacerbée avait poussé certains organismes, universités et scientifiques à obtenir des données factuelles et plus précises qu’un gribouillage sur un papier. Ainsi, l’utilisation d’images satellites et de technologies spatiales ont émergé.

Les études publiées, notamment dans Nature Magazine, démontrent que l’industrie pétrolière et gazière a sous estimé de 25 et 40% ses émissions de méthane.

En Europe, les producteurs et revendeurs de gaz naturel ont réussi à éviter que les projecteurs éclairent cette problématique environnementale alors que les exploitants de gaz ont positionné leur produit comme “le parfait outil de la transition énergétique“. Ce concept avait été élaboré dans les années 80 par le lobby américain gazier. Aujourd’hui, il est largement remis en cause (lire National Geographic).

L’Europe pouvait s’émanciper des mauvais chiffres du schiste américain, car le gaz consommé en Europe vient de Russie, d’Algérie, d’Iran, de la Mer du Nord avec une extraction conventionnelle moins polluante.

Cependant, les nouvelles données venues du ciel montrent que l’exploitation traditionnelle de gaz naturel dégage également de fortes émissions de méthane.

 

Emissions de méthane dans la production de gaz naturel.
Kayrros a publié une liste de points sensibles à travers l’Europe.
Selon les images satellites,  une fuite de 17 tonnes par heure vient
du champ gazier de Yamal opéré par le russe Gazprom.
La carte montre également tous les points d’émissions importants.
Source Kayrro

 

Des émissions de Méthane sous estimées jusqu’à 40%

En collaboration avec le système spatial Européen Copernicus Images, l’entreprise énergétique Kayrros permet maintenant de quantifier des fuites mondiales de méthane notamment au niveau du gaz et du pétrole. Le méthane est 28 fois plus virulent que le CO2 et les fuites de méthane représentent un équivalent de 1,8 gigatonne de CO².

Kayrros a rejoint le GHSSat qui répertorie les émissions de gaz à effet de serre depuis l’espace. En octobre dernier, le GHSSat a estimé des fuites records à 142’000 tonnes de méthane entre janvier et septembre 2019


Forage de Schiste dans le Bassin Permien, USA
Source: European Space Agency

 

Ces données remettent en cause la légitimité du gaz naturel comme énergie de transition

Ces nouvelles technologies et données sont une bonne nouvelle pour le climat. Elles permettent de découvrir les sources d’émissions de gaz à effet de serre, de localiser de manière précise les lieux d’émissions, d’identifier les entreprises et de s’y attaquer de manière chirurgicale pour autant qu’une volonté politique et économique sont en place.

Avant de se faire pointer du doigt, les pétroliers et gaziers BP et Shell ont pris les devants et investissent à leur tour dans l’imagerie satellite afin de découvrir les fuites de leurs propres installations.

De leur côté, les géants américains comme Chevron et Exxon ainsi que l’administration américaine ou les Russes de Gazprom, on préfère ne pas en tenir compte des fuites de méthane pour des raisons économiques. Ainsi Washington, via son agence de l’environnementale, EPA, est en train d’éliminer toutes les législations concernant les émissions de méthane. L’objectif est de diminuer les coûts de production et de relancer la production gravement impactée par le coronavirus.

 

La courbe de l’augmentation des émissions de méthane

 

En Europe, à l’image des villes américaines, des régions et des villes étudient l’interdiction de l’utilisation du gaz pour le chauffage et la cuisine notamment dans les nouvelles constructions. Cependant, au niveau de la Banque Européenne, de la Banque Mondiale et du FMI, les grandes institutions continuent de soutenir massivement et financièrement l’utilisation du gaz pour générer l’électricité.

Pour combien de temps encore ?

La réponse viendra-t-elle du ciel ?

 

Exemple de fuites de méthane dans un forage de gaz de schiste dans le Bassin Permien aux USA
Source: GHGSatCopernicus