Les Guerres du Gaz: Géopolitis

Dans ce nouvel épisode de l’excellente émission de la Télévision Suisse Romande, Géopolitis, Marcel Mione explore avec Laurent Horvath, les coulisses du gaz à travers les continents.

Dans le monde des Energies, c’est le règne du chacun pour soi. Chaque pays regarde son intérêt propre. Ce qui se passe dans le gaz est une parfaite illustration entre la partie stratégique qui confronte la Russie, l’Europe, l’Allemagne, la Turquie, l’Ukraine, la Chine et les USA.


 

Le gazoduc Nord Stream 2 sème la discorde avec en fond de toile le gaz de schiste et la main mise de la Russie ou de des USA sur l’Europe. Comment se confronter avec Vladimir Poutine, Joe Biden, Recep Tayyip Erdoğan le président Turc. Quelle est la place du gaz naturel dans la transition énergétique et le climat? Est ce que le gaz est aussi propre que l’on veut bien le prétendre?

Cette émission de 26 minutes de Marcel Mione présente les enjeux stratégiques avec des illustrations vidéos très pertinentes, qui intéresseront tous ceux qui veulent en savoir plus.

 

Voir l’émission du 28 mars 2021: Les Guerres du Gaz: Geopolitis

 

Les Entreprises pétrolières publient des pertes abyssales

L’année 2020 aura été une année particulière dans la fabuleuse histoire du pétrole et du gaz. Est-ce un tournant?

Si le pétrole avait débuté l’année à plus de 60$ le baril, il est ensuite passé dans un cycle de montagnes russes entre moins 37$ (oui -37!) pour ensuite remonter à 40.

Les plus grandes majors pétrolières sont souvent perçues comme riche à millions. Dans la réalité, les entreprises privées, cumulent plus de $ 250 milliards de dettes. Leurs pertes se chiffrent en milliards.


Dans les mois/années à venir, il est fort possible que nous assistions à des fusions, pour autant que les gouvernements acceptent que leur fleuron énergétique passe dans des mains étrangères.

Alors que les chiffres 2020 viennent d’être publiés, faisons le tour des amércains ExxonMobil, Chevron, ConoccoPhillips, de l’anglais BP, du hollandais Shell et du français Total.

Leurs espoirs reposent sur une augmentation des prix du baril et du gaz. Ca tombe bien, le pétrole est passé sur les 60$ à Londres.

 

ExxonMobil

Le plus grand pétrolier américain, ExxonMobil, poste une perte de $ 22,4 milliards pour l’année 2020. En comparaison, le bénéfice de 2019 culminait à $ 14 milliards.

Sans rire, Darren Woods, son PDG, pense que «l’année dernière fut le marché le plus difficile que son entreprise a eu à faire face.» Les ventes ont diminué à 182 milliards $ au plus bas depuis 2002 (260 milliards en 2019).

Même si la major c’est pris un bouillon, le dividende de $ 0,87 par action est maintenu tout en licenciant 1’900 employés. Dans les bruits de couloir, il se dit qu’Exxon pourrait racheter le No 2 américain: Chevron.

La dette d’ExxonMobil culmine à $ 67.6 milliards.

 

Chevron

Le No2 américain, Chevron, a perdu 5,5 milliards en 2020 contre un bénéfice de 2,9 milliards en 2019.

Son chiffre d’affaires est passé sous les 100 à $ 94,7 milliards.

Comme ses confrères, après avoir licencié plus de 10’000 collaborateurs, les dividendes sont maintenus à $ 1,29 par action.

L’américain va réduire ses investissements et ses explorations à 14 milliards soit 7 de moins qu’en 2019.

Bien que l’année fut difficile, Chevron a acheté le pétrolier et gazier de schiste Noble Energy pour la modique somme de 13 milliards $. Ce mouvement annonce une possible consolidation du marché pétrolier et gazier.  Chevron pourrait également se faire avaler par ExxonMobil à moins qu’elle ne rachète Exxon.

La dette de Chevron pointe à $ 34,8 milliards.

 

ConoccoPhillips

ConocoPhillips, le No3 américain, a annoncé une perte de $2,7 milliards pour 2020 contre un bénéfice de 7,2 (tiens un palindrome chiffré avec son bénéfice) en 2019.

La dette de l’entreprise est minuscule, en comparaison avec les autres, seulement 13,4 milliards $.

Elle pourrait être une proie pour les autres pétroliers, à moins qu’une fusion lui permette de mutualiser ses coûts et augmenter sa rentabilité. En tout cas, c’est ce qui ce dit quand on fusionne!

 

Royal Dutch Shell

Shell tient la palme de la plus belle gamelle avec $ 19,9 milliards de pertes sur 2020. Alors que la culbute est énorme, l’entreprise en a profité pour augmenter ses dividendes de 4% avec 17,35 centimes par action, afin de pouvoir compter sur les investisseurs. Qui dit dividende et pas d’argent, dit licenciement. Dans ce cas, c’est 9’000 employés qui ont quitté Shell.

L’entreprise a également effacé pour $ 20 milliards d’actifs de son bilan et dévalué la valeur de ses gisements.

En 2019, Shell avait réalisé un bénéfice de $ 15,3 milliards. Son PDG, Ben Van Beurden annonce “avoir pris des décisions difficiles mais décisives dans une année extraordinaire.”

La dette de l’entreprise s’élève à $ 75,4 milliards.

 

BP

Pour la première fois en 10 ans et après la marée noire de DeepWater Horizon, l’anglais BP présente une perte de 5,7 milliards $ contre un bénéfice de 10 milliards en 2019.

Bernard Looney, son boss, pense “que le 4ème trimestre a été aussi difficile que toute l’année 2020.”

L’entreprise a supprimé plus de 10’000 emplois afin de maintenir des dividendes de $ 5,25 centimes par action.

Dans sa liste au Père-Noël, BP aimerait vendre pour 25 milliards d’actifs et de champs pétroliers et gaziers durant les 4 prochaines années. L’objectif est de trouver des fonds pour payer ses investissements dans les énergies vertes et continuer ses dividendes.

La dette de l’entreprise s’élève à 39 milliards $.

 

Total

En 2020, Total accuse une perte nette record de $ 7,2 milliards contre un bénéfice de $ 11,2 milliards en 2019 et continue de payer un dividende de € 0,66 par action.

Le groupe, qui veut changer de nom en TotalEnergies pour mieux refléter la transition énergétique.

“L’année 2020 a connu deux crises majeures: celle de la pandémie de la Covid 19 qui a fortement affecté la demande mondiale, et celle du pétrole qui a conduit les prix du Brent à un niveau inférieur à 20 dollars par baril au cours du deuxième trimestre”, selon le PDG Patrick Pouyanné.

Les résultats nets sont également plombés par les dépréciations d’actifs de $ 8,1 milliards, dont 7 milliards sur les sables bitumineux au Canada.

Du côté de l’emploi, l’entreprise s’est séparé de 700 employés, ce qui est bien moindre que ses concurrents.

La production d’hydrocarbures se monte à 2,8 millions de barils par jour -9% sur un an.

La dette nette de Total s’établit à 37,13 milliards.

 

 

 

 

Face à Washington, rocambolesque pirouette allemande pour du gaz russe

Les américains auront tout fait pour bloquer les prochaines livraisons de gaz russe à l’Allemagne via la construction du deuxième gazoduc Nord Stream 2. Cette intrusion américaine dans les affaires européennes a pour but de diminuer les livraisons de gaz russe pour les remplacer par du gaz de schiste ou du gaz liquide “made in USA”.

Pour contourner les sanctions américaines, il a aura fallu trouver une faille. C’est exactement là où on n’entendait pas la contre-offensive que l’offensive arriva. Pour ce faire, l’Allemagne a créé une fondation sur le climat dont le but est d’aider à terminer la construction de ce gazoduc !


 

C’est ainsi que le «Fonds de Protection pour le Climat du lander de la Mecklembourg-Poméranie occidentale» a vu le jour avec un financement de 200’000€ par le lander Allemand et 20 millions € par le consortium Nord Stream 2 et Gazprom.

Les américains n’avaient pas imaginé la possibilité d’une pareille pirouette.

Ainsi, la fondation nouvellement créée a pour buts de promouvoir des projets de protection de l’environnement, de la nature et du climat, mais aussi de pouvoir être active sur le plan commercial et donc de financer les entreprises qui vont terminer la construction du Nord Stream 2. Le parti d’Angela Merkel a voté pour cette création, avec en arrière plan, la protection des entreprises allemandes face aux intrusions américaines.

 

Rapidement terminer le gazoduc

Il reste à terminer la pose de deux tronçons, 120 km dans les eaux du Danemark et 28 dans les eaux territoriales allemandes. En 2019, l’entreprise Allseas, basée en Suisse, avait arrêté la pose des tuyaux sous la pression américaine.  A la place, le navire russe de pose de conduites Fortuna a recommencé à raccorder 1,5 km de pipeline par jour afin de terminer le travail. Ce 18 janvier, Washington a mis sous embargo le navire russe.

Une fois les tuyaux installés, il restera à mettre en service ce gazoduc d’une capacité de 55 milliards m3 de gaz. Il doublera la capacité de son jumeau le Nord Stream 1.

Au total, l’opération aura coûté 9,5 milliards € et produira plus de 140 milliards kg de CO2 ainsi que des tonnes de méthane, gaz à effet de serre. On peine à comprendre la stratégie climatique de l’Allemagne, mais là n’est pas le propos.

Du côté de la fondation climatique, elle devrait fermer ses portes une fois le processus achevé, pirouette, cacahuète.

Energies : Tendances et Surprises à observer en 2021

Alors que nous sommes englués dans la pandémie de Corona, il est bien difficile d’imaginer ce qui va se passer durant 2021.

Au lieu de prédictions dérisoires, quelles sont les tendances à observer et les surprises qui pourraient émerger au niveau des énergies : pétrole, gaz, charbon, nucléaire, renouvelables et le climat?


Pétrole

Tendances

Au fur et à mesure que le coronavirus diminuera, la demande augmentera et pourrait passer de 90 à 96 millions de barils par jour. Les producteurs sont prêts à bondir sur leurs derricks pour ouvrir les vannes.

Les différents stimuli économiques aux USA, Asie et en Europe devraient faire remonter les cours du baril pour autant que la pandémie régresse.

Alors que la date du peak oil s’approche (soit de la demande ou de l’offre, c’est selon), l’avis général est qu’il n’est pas d’actualité pour cette année. Il devrait pointer le bout de son nez d’ici à la fin de la décennie et dès 2027 pour certains pétroliers.

La lame de fonds de la voiture électrique, dont la profondeur exclue un retour aux moteurs thermiques, devrait commencer à peser sur la demande pétrolière.

Les voyages de loisirs en avion devraient grimper alors que cette tendance pourrait encore attendre 2022 pour les voyages d’affaires.

L’OPEP n’aura plus à se soucier des tweets menaçants de Trump pour faire baisser les cours du baril.

 

Surprises

Du côté de l’OPEP, les quotas devraient perdurer durant 2021, même si de plus en plus de pays producteurs désirent extraire le maximum de pétrole, qui se trouve sous leurs pieds, sous peine de devoir le laisser là, et manquer des rentrées financières. En Arabie Saoudite, certains se demandent pourquoi le royaume devrait continuer à se sacrifier afin que les autres pays puissent encaisser des pétrodollars à leur place.

L’objectif des producteurs est de faire grimper les cours le plus haut possible pour équilibrer leurs budgets. Juste assez haut, mais pas assez pour détruire la reprise économique, telle est l’équation.

Dans quel état réel se trouve le schiste américain? Pourra-t-il rebondir? C’est la grande question de l’année.

 

 

Gaz naturel

Tendances

La Russie avance dans son tissage d’autoroutes du gaz en direction de l’Europe et de la Chine.

La construction du gazoduc Nord Stream 2, qui double les livraisons de gaz Russe à l’Allemagne, devrait se terminer. Les premiers m3 de gaz devraient couler durant l’année et ajouter 125 milliards kg CO2 dans la balance de l’Allemagne.

Au Sud de l’Europe, un nouveau gazoduc de 10 milliards m3 transite depuis l’Azerbaïdjan en passant par la Turquie.

La Turquie, Israël, Chypre et la Grèce devraient continuer à s’écharper sur le partage du gisement gazier du Léviathan en Méditerranée. On peut faire confiance au président Turc pour venir chatouiller les protagonistes et l’Europe.

 

Surprises

Promue par l’industrie gazière en tant “qu’énergie de transition“, le gaz naturel pourrait faire face à une remise en question au niveau mondial.

De nouveaux satellites ont été mis en service pour mesurer les émanations de méthane dans les gisements de gaz. Les résultats ne sont vraiment pas bons d’autant que le méthane, gaz à effet de serre, est 28 fois plus virulent que le CO2. De plus en plus de villes et de régions bannissent l’utilisation du gaz dans les bâtiments pour le chauffage et la cuisine.

Selon Wood Mackenzie, 77% des projets de gaz liquide, au niveau mondial, ne répondent pas à un objectif climatique à +2 degrés.

 

 

Nucléaire

Tendances

Les yeux vont se tourner vers Joe Biden. Il détient une clé pour la Corée du Nord ainsi que pour la remise en route de l’accord nucléaire avec l’Iran.

Si cet accord devait être remis sur la table, l’Iran pourrait arrêter l’enrichissement de son uranium à but militaire et revenir dans les limites prévues. En échange, Téhéran pourrait à nouveau exporter librement son gaz et son pétrole pour alimenter son budget. Dans le cas contraire, l’ambiance sera chaude. Dans l’autre cas, c’est l’Arabie Saoudite et Israël qui grinceront des dents car si le budget iranien augmente, le niveau de testostérone, dans la région, devrait monter de manière proportionnelle.

Comme à son habitude, la Corée du Nord et Kim Jong-un devrait nous surprendre.

Les eaux radioactives de la centrale de Fukushima sont déversées dans le Pacifique faute de place et de budgets. Quel sera l’impact sur les populations dans les mois à venir?

 

Surprises

Le “soleil artificiel” mit en service par la Chine va attirer les regards et les attentes. Un premier réacteur de fusion nucléaire a été mis en service en décembre. Les résultats sont attendus avec impatience.

 

 

Charbon

Tendances

L’Inde et la Chine dévorent le charbon. Corolaire à cette boulimie, le prix du charbon thermique a pris plus de 60% pour atteindre les 80 à 100$ selon la qualité.

La demande sera donc soutenue en 2021.

 

Surprise

Comment va répondre l’industrie du charbon face aux différentes régulations et taxations du CO2 ?

 

 

Renouvelables

Tendances

Au niveau mondial, l’énergie solaire est devenue la source d’électricité la meilleure marché. L’éolien a le vent dans le dos et de nombreux pays s’équipent. Le charbon et le gaz ne sont financièrement plus dans le coup, même s’ils restent essentiels dans la stabilisation du réseau.

Au niveau des citoyens, le partage de la production solaire entre voisins génère de l’électricité hyper locale. Cette tendance devrait progresser.

Les solutions de stockages sont financièrement de plus en plus rentables et certains pays exportent leurs électricités vertes sur des centaines / milliers de kilomètres comme Australie-Indonésie ou Allemagne-Norvège-Angleterre.  La Chine planifie l’exportation de son électricité en Europe.

Et si vous pourriez acheter votre électricité sur le modèle d’un abonnement de smartphone? Vous payez un forfait fixe par mois, qu’importe la quantité. Les plus gourmands auront droit à une option “illimitée” plus dispendieuse.

 

Surprise

Si vous pensez que l’idée précédente était incongrue, Tesla pourrait jouer le rôle de grain de poivre dans votre assiette.

Ainsi le constructeur automobile américain s’est implanté en Allemagne et en Angleterre afin de tester la communauté de partage d’électricité entre propriétaires de Tesla. Si vous avez des panneaux solaires et une Tesla, vous allez pouvoir recharger votre compte en banque électrique Tesla et l’utiliser soit pour recharger votre voiture soit pour vendre votre électricité partout en Europe. A travers le continent, les producteurs d’électricité tentent de réagir à ce changement de business modèle.

 

 

Financement des Energies

Tendances

Christine Lagarde, Directrice de la Banque Centrale Européenne, pourrait décider d’arrêter les investissements dans les obligations des grands pollueurs et les énergies fossiles. La Banque Centrale Européenne détient pour €248 milliards d’obligations d’entreprises gazières, pétrolières et charbonnières.

Si 2019 et 2020 ont lancé les prémices d’une mobilité électrique avec un Tesla en fer de lance, l’année 2021 devrait continuer sur cette tendance et voir arriver de nouveaux acteurs comme Nio. Tous deux ont crevé l’écran à la bourse.

Si les actions des entreprises actives dans l’hydrogène ont commencé à prendre l’ascenseur durant ces derniers mois, avec l’arrivée de Joe Biden et le soutient financier de la Chine pour ses champions, l’industrie pourrait être la surprise de l’année ou de la décennie.

 

Surprise

Après avoir perdu plus de 1 milliard $ dans les actions des deux fleurons américains du pétrole/gaz ExxonMobil et Chevron, la position de la Banque Nationale Suisse devient de plus en plus intenable.

Dans le cas où la Banque Centrale Européenne active son plan de désinvestissement dans les énergies fossiles, la doctrine du financement des grands pollueurs du Conseil Fédéral, des Cantons et de la BNS pourrait s’effriter.

 

 

Climat

Tendances

Après une accalmie en 2020, les émissions de CO2 et de méthane devraient remonter à des niveaux d’avant la pandémie.

L’année 2020 est l’une des 3 années les plus chaudes, qu’en sera-t-il en 2021 ?

Alors que de nombreux pays ont communiqué leurs ambitions de diminution d’émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050, pour l’instant il s’agit essentiellement d’effets d’annonces. 2021 pourrait apporter des pistes et des propositions.

 

Surprises

Un retour des USA dans l’accord de Paris?  Même si actuellement ce document ressemble à un outil de communication, un dialogue entre la Chine, l’Europe et les USA pourrait émerger.

En novembre, la nouvelle COP26 à Glasgow pourrait accoucher sur d’autre chose que le traditionnel bide.

 

Finalement

A la sortie de la pandémie, au niveau des énergies, l’année 2021 sera-t-elle une année de transition ou de continuation?

Il est trop tôt pour le dire, mais il est fascinant de voir l’accélération des changements dans une industrie qui n’a été qu’un long fleuve tranquille durant plus de 100 ans.

 

 

Energies, Economie, Pétrole: Revue Mondiale Décembre 2020

Le 1er de chaque mois, retrouvez un tour du monde des Energies. A l’agenda:
– Climat: 2020 très chaud, mais moins que les années à venir
– Danemark: Le pays va stopper ses extractions pétrolières et gazières
– Chine: Pékin met en service l’un de ses trois “Soleil Artificiel”
– Angleterre: Une première-station “d’essence” 100% électrique pour véhicules électriques
– Venezuela: Drôle tour de passe-passe Russe pour contourner l’embargo américain
– Pékin va financer l’Irak. La dette est plus efficace que la force pour maîtriser un pays
– Inde: 250 millions de citoyens contre les multinationales.


Avant de débuter cette revue, tous mes Voeux pour 2021!

Durant cette année de corona, les visites ont été démultipliées et vous avez été plus de 500’000 à lire les revues mensuelles. Deux points importants: pas facile de faire plus court et il y a toujours ces satanées coquilles (c’est un peu comme les oeufs de Pâques en chocolat, si vous en trouvez: bon appétit!)

Vous êtes bien installés? Ca commence….

Quelle année pour le pétrole! L’or noir en aura vu de toutes les couleurs et pour la première fois d’atteindre un prix négatif à -37$ pour un baril. Est-ce un tournant historique?  L’année 2021 nous dévoilera des indices supplémentaires. Le baril termine à 51,80$ ($56.77 début janvier 2020) à Londres et $48.42 ($51.72) début janvier 2020).

 

 Graphique du mois
Le prix du baril de pétrole durant cette année 2020

Regard sur 2020 et le possible 2021

Dans les énergies fossiles, l’histoire indiquera si 2020 fut un tournant, un point de départ ou une continuation. L’architecture industrielle et financière pétrolière a été sérieusement endommagée. Repartira-t-elle en 2021 et si oui, où?

De plus en plus d’acteurs penchent pour un peak oil entre 2025 et 2028. Le désaccord porte essentiellement sur l’année.

En ce début 2021, l’accès à certains loisirs ou voyages ne pourrait plus être accessible à celui qui n’aura pas un papier qui le déclare vacciné ou innocent.

L’OPEP, le cartel du pétrole, a baissé ses prévisions de consommation mais a paradoxalement décidé d’injecter plus de pétrole sur les marchés car de nombreux pays producteurs se trouvent financièrement dans une belle panade.

L’Agence Internationale de l’Energie pense qu’il va falloir plus de temps que prévu pour que la demande de pétrole retrouve les niveaux de 2019.

 

Climat

Alors que la Nina a refroidi la planète, la température calculée pour 2020 est supérieure de 1,2° C par rapport à la moyenne et bien supérieure à la période préindustrielle. C’est parmi les 3 années les plus chaudes, mais moins que celles à venir.

Cette hausse nous ramène à l’accord de Paris. Il y a 5 ans, cet outil de communication annonçait des mesures pour limiter le réchauffement à 1,5 degrés. Nous y sommes bientôt. Du coup, il va bien falloir annoncer un nouvel objectif. Avec +10 degrés, les gouvernements devraient avoir la paix pour un moment, non ?

L’année 2020 avait débuté sur les chapeaux de roue avec des incendies monstrueux en Australie. Elle se termine dans l’Atlantique avec un nombre record de tornades et autres cyclones après un détour en Californie avec des incendies géants et de solides typhons en Asie. 2021 et les années suivantes devraient être pire.

Global Carbon Project estime nos émissions de CO2 à 37 milliards de tonnes de CO2 en 2020 contre 40,1 en 2019. La quasi-totalité provient de l’utilisation des énergies fossiles : gaz, pétrole, charbon.

La Chine a annoncé un plan pour réduire son “intensité carbone”  de 60% d’ici à 2030. Cependant, Pékin annonce ne pas dévoiler ses plans avant que les USA ne fassent un pas.  En y regardant de plus près, “l’intensité carbone” est le ration entre l’activité économique et les émissions de CO2. Rien à voir avec une diminution des émissions. Il flotte dans l’air comme une légère impression de “on n’est pas prêt d’y arriver.”

Pour faire face au bouleversement climatique, la société a intérêt à se rapprocher au lieu de se diviser (Lire: Seules les femmes peuvent répondre au réchauffement climatique ?).

 

 

Solaire

C’est en augmentant l’efficacité des panneaux solaires, qu’il est possible d’augmenter la production d’électricité d’un panneau. Une nouvelle version avec du pérovskite/silicone fait grimper le rendement de 17% à 29,15%.

En diminuant de 89% en 10 ans, l’électricité solaire est devenue la source d’électricité la plus abordable.

 

Charbon

Les prix du charbon à usage thermique ont pris l’ascenseur, +40% à 80$ la tonne en Australie et +65% à $100 en Afrique du Sud. La forte demande, notamment en Chine, au Japon et en Corée du Sud, en est la cause.

La Chine ratisse le charbon en Russie, en Indonésie et en Afrique du Sud pour éviter de l’acheter à l’Australie. Depuis que Canberra a demandé des comptes à Pékin sur le Coronavirus, les chinois ont lancé une pression impressionnante sur l’Australie à base de cyberattaques massives et l’arrêt de l’achat de produits comme le charbon.

 

Finance

Il y a 10 ans, NextEra, Iberdrola ou Enel étaient des entreprises inconnues qui avaient misé sur les énergies renouvelables. Aujourd’hui, NextEra a dépassé la capitalisation d’ExxonMobil et de BP. Les résultats financiers les places comme les nouvelles Majors d’énergies vertes.

De l’autre côté de la force, les institutions financières traditionnelles continuent d’injecter des milliards $ dans les énergies fossiles, industrie qui saigne son argent. Depuis 2016, 1’600 milliards $ ont été déversés dans les projets de gaz, pétrole et de charbon alors que des centaines de milliards $ ont été perdus.

 

Hydrogène

L’hydrogène est en passe de devenir une source énergétique commerciale et de trading comme le pétrole et le gaz. Bank of America pense que l’industrie pourrait atteindre un marché de 11’000 milliards $. A cette hauteur, l’hydrogène remplacera le pétrole comme carburant. La Commission Européenne a élaboré une stratégie hydrogène pour toutes ses industries d’ici à 2050.

L’espagnol Iberdrola, Orsted du Danmark et l’italien Snam se sont réunis pour développer 25 GW d’hydrogène vert pour un tarif de 2$ par kg d’ici à 2026.

Le pétrolier Equinor et l’énergéticien allemand RWE ont rejoint le projet NortH2 afin de produire 4GW d’hydrogène à base d’éoliennes d’ici à 2030 et 10 GW d’ici à 2040.

Si vous avez investi dans les actions d’entreprises à hydrogène, votre année a été financièrement très prolixe notamment si vous avez misé sur Nel ASA, SFC Energy, Plug Power, Bloom Energy ou Ballard Power Systems. Dans certains cas, c’est plus fort que Tesla !

Les fabricants de camions, DAF, Daimler, Iveco, Volvo, Man, Scania et Ford vont plancher sur la construction de camions à hydrogène afin de bannir le diesel d’ici à 2040. De son côté Hyundai est en train d’introduire en Suisse une flotte de camions à hydrogène pour tester le marché Européen.

 

Gaz

Le gaz liquide est en train de remplacer le pétrole lourd pour le transport maritime, industrie qui doit réduire ses émissions de soufre.

La production de gaz naturel liquide implique l’émissions de grandes quantités de gaz à effet de serre. Selon Wood Mackenzie, 77% des projets de gaz liquide ne répondent pas à un objectif climatique à +2 degrés.

 

Véhicules électriques

Dans les 2 ans, les coûts d’une batterie devrait passer sous les $100 le kWh. Les prix ont chuté de 90% entre 2010-2019 avec un prix moyen de $137/kWh selon le BloombergNEF contre 1’200$ en 2010.

Il ne va falloir que quelques années avant que les voitures électriques soient moins dispendieuses que les voitures thermiques.

Dessin: Hedgeye

 

Dans le top du hit parade du mois

Danemark

Une première dans le hit parade pour ce pays. Mais contrairement à pas mal de contrées (comme la Suisse ou la France), il met en pratique ce qu’il dit au niveau énergétique et climatique.

Ainsi, le gouvernement a décidé de cesser l’exploitation pétrolière et gazière dans la Mer du Nord. Le Danemark porte ses ambitions d’une diminution de 70% de ses émissions de CO2 d’ici à 2030. Avec 103’000 b/j de pétrole et 3,2 milliards m3 de gaz, le Danemark est le plus grand producteur pétrolier de l’Union Européenne. En plus, Copenhague va également investir 1,6 milliards € dans les initiatives climatiques.

Le plus grand fabricant éolien du monde, Vesta a investi € 500 millions dans un partenariat avec le fond d’investissement Copenhagen Infrastructure Partners (€ 14 milliards d’actifs sous gestion) afin d’augmenter les projets à travers le monde. Le marché devrait quadrupler durant les 10 années à venir. Pas du bénévolat, mais pour créer des emplois

 

Les Etats-Unis d’Amérique

Les USA étaient rentrés dans l’année 2020 dans la peau du plus grand producteur mondial de pétrole avec 13 millions b/j. Quelle culbute !
Il aura fallu une pandémie pour massacrer l’architecture financière pétrolière ainsi que son industrie. La Russie et l’Arabie Saoudite ont retrouvé leur leadership.

Trump s’est appuyé sur une “dominance énergétique”, Obama-Biden avaient inventé la doctrine “d’abondance énergétique” en supportant corps et âme le pétrole de schiste. Que va faire l’administration Biden-Obama dans les 4 années à venir ?

La New York State Common Retirement, le 3 ème plus grand fonds de pension du pays avec 226 milliards $, va retirer ses investissements de 12 milliards $ dans les énergies fossiles dont le pétrole et le gaz de schiste. En juin, elle était sortie de ses investissements dans 22 entreprises charbonnières.

La fondation Rockefeller, créée en 1913 par John Rockefeller et les revenus pétroliers, a décidé de se désengager des investissements pétroliers.

Durant 2020, le nombre de forages pétroliers ont diminué de 467.

La fille de Donald Trump, Ivanka et son mari Jared Kushner ont acheté la maison de Julio Iglesias en Floride pour la modique somme de 30 millions $.  Espérons que personne ne les fasse chanter.

General Motors et sa compagnie Cruise ont lancé leurs voitures sans conducteurs dans les rues de San Francisco. Le service de taxis robots entre en compétition avec Uber et Lyft.

ExxonMobil, le fleuron pétrolier américain depuis 135 ans, aligne une perte de 2,4 milliards $ durant les 9 premiers mois de l’année.

Malgré le double effet KissKool, Trump et le corona, les installations d’énergies renouvelables ont grimpé de 43% cette année, +23 GW en 12 mois.

Après un premier déversement de $2’200 milliards dans le système financier US, une nouvelle enveloppe de 2’600 milliards a été posée sur la table par la Banque Centrale. Ainsi, l’aviation devrait recevoir à fonds perdus 50 milliards $, 2 milliards pour les aéroports, 10 milliards pour les autoroutes, 2 pour les lignes de bus inter-villes, 35 milliards $ pour la recherche sur les énergies éoliennes, solaires, batteries, nucléaire et séquestration du CO2.

546 centrales à charbon(30%) ont été mises à l’arrêt depuis 2010 et 50 entreprises ont fait faillites. Au total 100 GW d’électricité au charbon ont été retiré des lignes pour être remplacé par des centrales à gaz de schiste. Climatiquement, le gaz et le charbon sont pratiquement aussi nocif l’un que l’autre. Donc, pas d’amélioration de ce côté-là.

 


FED : Banque Fédérale Américaine qui continue d’injecter des liquidités dans le marché amérricain

 

Chine

Dès 2028, la Chine devrait devenir la première puissance économique devant les USA. Grâce au corona, Pékin a gagné 5 années sur les précédentes estimations selon le Centre of Economic and Business Research basé à Londres.

Le plus grand raffineur du pays, Sinopec, prévoit que la demande de produits pétroliers pourrait atteindre son pic en 2025 notamment avec l’introduction des voitures électriques. La demande de diesel pourrait toucher son pic dès l’année prochaine. Durant cette année 2020, la demande de carburants a diminué de 7%.

Les ventes de voitures électriques entre janvier et octobre s’élèvent à 914’000 unités (-9.2% par rapport à 2019). Elle pourrait atteindre les 1,8 millions d’unités en 2021.

Pékin a mis en service son “soleil artificiel” afin de tester la fusion nucléaire avec son HL-2M Tokamak installé à Chengdu. En théorie, la fusion nucléaire se fait sans émission de gaz à effet de serre, sans production de déchets radioactifs et avec moins de risques d’accident. Avec ce système, la Chine espère pouvoir générer de l’électricité d’ici à 2040. Ce soleil artificiel devrait atteindre les 150 millions de degrés Celsius. La Chine possède deux autres soleils artificiels.

Pékin termine sa prise en main de Hong Kong et en mettant en prison tout ce qui bouge. Même le richissime et propriétaire du journal Apple Daily, Jimmy Lai, a été emprisonné avec Joshua Wong du mouvement de démocratie. Alors que la Chine est en passe de devenir la première puissance mondiale, est-il possible d’imaginer l’impact des us et coutumes chinoises aux USA et en Europe ?

La mise en place du marché carbone va être retardé pour ouvrir durant la première partie de 2021.

D’ici à 2025, la Chine va étendre son programme de modification du climat notamment avec l’iodure d’argent injecté dans les nuages. L’objectif est de créer artificiellement de la pluie et de la neige sur une surface de 5,5 millions km2. Lors des Jeux Olympiques de 2008, un système similaire avait été employé pour diminuer les pluies et réduire le smog. Le gouvernement a injecté 1,3 milliard $ dans différents programmes entre 2012 et 2017.

 

Emission de CO2 / énergies fossiles

Coal:charbon;  NG: gaz naturel ;  oil: pétrole;   FF = énergies fossiles   Gto : giga tonnes

 

 

Europe

Le Brexit s’est opéré. Bon, ça c’est fait.

 

Russie

Le budget de l’Etat ne dépend plus qu’à 30% du pétrole et au gaz selon Vladimir Poutine. En 2019, cette part était encore de 40%. Moscou a réussi là où les pétromonarchies du Moyen-Orient restent engluées dans les hydrocarbures. La Russie peut compter sur ses exportations de bois, de minerais, de produits agricoles et d’armements.

Le gazoduc Nord Stream 2 pourrait commencer à livrer son gaz à l’Allemagne d’ici à la fin 2021. La pression économique américaine sur les entreprises européennes impliquées a réussi à freiner le projet mais pas à le stopper. Grace à ce gazoduc, l’Allemagne va doubler ses importations de gaz russe à plus de 110 milliards m3/an.

La stratégie énergétique Russe repose sur les gisements d’hydrocarbures dans la région Arctique du Yamal et la péninsule du Gydan. Selon Vladimir Poutine, dans les 10 à 15 ans, ces régions seront utilisées notamment pour alimenter la Chine en énergie.

Rosneft, le géant pétrolier Russe, aurait fait une découverte massive d’un champ gazier dans la Mer de Kara.

Toutes les personnes vaccinées avec le vaccin Sputnik V devront éviter de boire de l’alcool pendant 42 jours selon le ministre de la santé.

Le ministre iranien du pétrole, Zanganeh, s’est rendu à Moscou afin “d’examiner l’évolution des marchés pétroliers mondiaux car nous sommes dans une situation délicate”.

 

Angleterre

Même s’il n’a aucun plan, le premier ministre Johnson ambitionne une réduction de 68% des émissions de CO2 d’ici à 2030 (par rapport à 1990).

Hurricane Energy, le groupe pétrolier anglais, est sur le point de faire faillite. Il y a longtemps, le groupe de la Mer du Nord était une étoile montante de l’énergie en Europe.

Les éoliennes de la Mer du Nord sont en train de remplacer le pétrole et le gaz. Plus de 27 milliards $ sont prévus pour multiplier par 4 la production actuelle.

La première station-service entièrement électrique a été inaugurée à Essex. Elle est la première des 100 stations prévues par Gridserve et Hitachi Capital UK. La station comprend 26 chargeurs rapides (300km en 20 minutes) avec de l’électricité à 100% renouvelables.

British Airways va collaborer avec ZeroAvia afin de construire un avion à hydrogène. L’entreprise a levé 37,7 millions $.

Easyjet va repousser ses achats de 22 avions Airbus de 2022 à 2027. En 2020, l’entreprise a essuyé sa première perte annuelle de son histoire. Pour soulager sa trésorie, Easyjet a vendu plusieurs avions  et supprimé 4’500 emplois.

EDF a demandé au gouvernement anglais de se pencher sur sa proposition de construire deux nouveaux réacteurs nucléaires EPR sur le site de Sizewell C, dans le comté de Suffolk. Particularité très intéressante, EDF demande aux consommateurs de payer dès aujourd’hui, les 23 milliards € pour la fabrications des 2 réacteurs nucléaires, qui pourraient être mis en fonction dans 10-15 ans. Ainsi EDF demande une hausse immédiate de la facture d’électricité pour alimenter le fonds de construction. Grâce à ce stratagème, EDF transvase ses risques et ses frais financiers sur les citoyens.

L’Angleterre possède 15 réacteurs nucléaires. D’ici à 2024, 4 des 8 centrales devront fermer. D’où la pression d’EDF pour remplacer les vieilles centrales par de nouvelles.

 

Production éolienne en Angleterre

 

Allemagne

Les débuts commerciaux de NordLink de 1,4 GW, qui relie électriquement la Norvège et l’Allemagne, ont débuté le 9 décembre. A terme, le projet reliera l’Allemagne, l’Angleterre et la Norvège pour des échanges électriques.

Siemens prévoit un rebond de l’industrie ferroviaire et notamment des trains de nuit qui relient les capitales ainsi que l’installation de nouvelles lignes afin de diminuer les émissions de CO2. Le marché global des trains devrait grimper de 25% dans les 3 prochaines années.

 

Norvège

Le groupe technologique Wärtsilä and Grieg Edge et le hub d’innovation norvégien Grieg Star penchent sur un tanker propulsé à l’ammoniaque pour 2024.

 

Finlande

La Radiation and Nuclear Safety Authority de Finlande (STUK) a annoncé un incident dans une centrale nucléaire à Olkiluoto. Le taux de radiation dans la Centrale a augmenté mais est restée confinée. La purification d’un système d’eau pourrait en être la cause.

Sur la même île d’Olkiluoto, EDF-Areva avait débuté en 2005, la construction d’une centrale nucléaire EPR pour un montant de 3 milliards € et une mise en service en 2009. Finalement, la centrale devrait être mise en fonction en février 2022 pour une douloureuse estimée à 10 milliards €. Bonne nouvelle pour la Finlande, l’Etat français devrait financer une partie de ce surcoût.

 

Hollande

Plusieurs cadres de Shell, en charge de la stratégie de développement durable, ont démissionné. Une lutte interne met face à face ceux qui continuent dans la direction carbone/pétrole et ceux qui imaginent une ouverture sur les énergies renouvelables. Marc van Gerven, responsable du stockage solaire et production éolienne, Eric Bradley division énergie et Katherine Dixon, transition énergétique, Dorine Bosman vice-présidente pour l’éolien, ont quitté l’entreprise.

Les employés sont en train de questionner si les changements vont intervenir. La direction ne semble pas vouloir d’un changement radical.

Shell va à nouveau réduire ses coûts et ses actifs. Cette fois, c’est le Golfe du Mexique avec 4,5 milliards $ de coupes avec la fermeture de raffineries et de l’arrêt de gaz naturel liquide. Shell avait déjà passé à la trappe 18 milliards $ d’actifs depuis le début de l’année et arrêté l’achat de ses actions. Afin de retrouver du cash, le PDG, Ben van Beurden, a annoncé une période de hausse des dividendes après que l’action a dévissé de -40% cette année. Shell va supprimer 9’000 emplois.

 

Suisse

Il ne s’y passe rien. Tout le monde attend que la loi sur l’énergie bouge… ou pas.

Juste un petit détail. Entre 2014 et 2020, la Banque Nationale Suisse, la BNS, s’est pris un énorme râteau de 1 milliard $ dans ses investissements dans les 2 pétroliers américains: ExxonMobil et Chevron. Mais comme le gouvernement Suisse ne sait pas quoi faire avec 1 milliard, c’est tout bon.

 

France

Alors que le site nucléaire EPR de Flamanville croule sous les retards et les dépassements de budget, EDF annonce que Penly devient le site retenu pour les prochains réacteurs nucléaire EPR. Le site de Penly est construit sur un polder et vulnérable à la montée des eaux.

 


(Gas = Essence)   Les Banques Centrales qui éteignent le feu

 

Moyen-Orient

Irak

Le pays a extrait 3,685 millions b/j en novembre sous les quotas de l’OPEP de 3,8. Le mauvais temps et la crise interne ont freiné le processus.

Le gouvernement va dévaluer sa monnaie de -23% pour faire face aux problèmes économiques. Même avec ce tours de force, le budget 2021 du pays ne sera pas bouclé.

Englué dans des dettes, suite à la chute du baril de pétrole, l’Irak a fait appel à la Chine pour se financer. Ainsi ZhenHua Oil Co va pouvoir extraire 130’000 b/j pendant 5 ans avec un payement une année à l’avance de 2 milliards $. La stratégie de la dette a été développée par la Chine dans son concept de route de la soie. Il est plus facile de contrôler un pays par une dépendance financière qu’avec des armes.

 

Arabie Saoudite

Le pays a dévoilé un budget en diminution de 7% à 263 milliards $ pour 2021. La plus grande dépense du pays est réservée à l’armement et non aux clubs de foot.

Les exportations pétrolières ont augmenté à 6,15 millions de barils par jour (b/j) en octobre.

Dans le port de Jeddha, un tanker pétrolier de la compagnie Hafnia a été attaqué par un bateau rempli d’explosifs. L’incendie a pu être maitrisé avant que la situation ne dégénère.  L’attaque pourrait avoir été menée par les Houthis du Yémen.

 

Iran

Le président Rouhani espère que l’administration Biden va renouer avec l’accord sur le nucléaire de 2015. La suite s’écrira en 2021.

Si les sanctions sont levées, Téhéran pourrait extraire 4,5 millions b/j et en exporter 2,3. Le budget du pays se base sur cette option.

Les images satellites utilisées par TankerTrackers estime les exportations pétrolières à 1,2 million b/j. Si tel est le cas, les sanctions américaines peinent de plus en plus à se matérialiser.

 

Oman

Le pays a établi une nouvelle entreprise pétrolière : Energy Devlopment Oman (EDO) et se focaliser sur le plus grand gisement du pays, le Block 6 d’une capacité de 650’000 b/j.

Pour les pays producteurs, il est important de pouvoir extraire un maximum de pétrole avant qu’il ne faille le laisser dans le sol à cause de la baisse de la demande et du climat.

 


Marchés boursiers: Votre problème? Vous êtes fous!

 

Les Amériques

Schiste Etats-Unis

La production de schiste a chuté à 7,4 millions b/j par rapport au pic de janvier à 9,1 millions selon l’EIA.

En 2020, 45 entreprises de schiste ont fait faillite selon Haynes & Boone. Pour mémoire, en 2016, 70 entreprises de petites tailles avaient capitulé. En comparaison, la cuvée 2020 a touché les gros calibres comme Whiting Petroleum en avril, Unit Corp en mai, Chesapeake Energy en juin et Oasis Petroleum en septembre. Pour la petite histoire, la Banque Nationale Suisse avait des actions dans toutes ces entreprises.

Selon Bloomberg NEF, les producteurs de schiste auraient réduit leurs coûts de 56,50$ en 2019 à 40$ par baril. Dans les gisements prolifiques du Bassin Permien et d’Eagle Ford au Texas, le chiffre de $36,50 est articulé contre 44$ en 2019.

L’Etat du Nouveau Mexique a demandé l’arrêt de la vente d’eau potable pour l’extraction de pétrole et de gaz de schiste. L’objectif est de garder l’eau potable pour la population et de protéger les nappes phréatiques.

 

Venezuela

Une barge pétrolière de stockage, le Nabarima, est en train de couler lentement dans le Golfe de Pariag entre Trinidad et le Venezuela. PDVSA, l’entreprise nationale, tente de récupérer le 1,3 million de barils de brut lourd afin d’éviter une marée noire. Le processus devrait prendre plusieurs semaines. La cargaison est 1,3 fois plus importante que l’Exxon Valdez.

Le Russe Rosneft était en charge des exportations pétrolières du Venezuela jusqu’à ce que les américains menacent financièrement l’entreprise pétrolière. Du coup, Rosneft s’est retiré à 100% de ce business. Dans l’épisode 1, l’administration Trump avait réussi à faire plier Moscou. Dans l’épisode 2, de nouvelles entreprises ont repris le relais comme Xiamen Logistic Grass, Olympia Stly Trading, Zaguhan & Co., Karaznbas, Kalinin Business International et Poseidon GDL Solutions. Toutes ses entreprises sont établies en… Russie.

 

 

Mexique

La société pétrolière nationale Pemex aligne plus de 100 milliards $ de dettes. Pour soulager l’entreprise, le président Lopez Obrador a décidé de réduire les taxes de 65 à 54%.

La production pétrolière de Pemex continue de dégringoler. Les prévisions pour 2021 passent de 2,02 millions b/j à 1,85.

 

Canada

Hydro-Québec a lancé l’entreprise EVLO Energy Storage Inc qui commercialisera des systèmes de stockage d’électricité à l’attention des distributeurs d’électricité, des distributeurs et des industriels.

Comme son voisin du Sud, le Canada ouvre la porte aux centrales nucléaires de plus petite capacité, les Small Modular Reactor (SMR). Le Ministre des Ressources Naturelles a proposé un plan d’action dans un pays qui possède de grands gisements d’uranium. Il faudra encore une bonne dizaine d’année avant de voir l’émergence de cette technologie. Pour l’instant la faisabilité et les coûts sont inconnus.

 

 

Asie

Inde

Alors que la pandémie est toujours présente, les raffineries pétrolières du pays sont reparties à presque 100% de leur capacité. La forte demande de diesel et d’essence est générée par l’utilisation de voitures au lieu d’utiliser les transports publics bondés.

Plus de 250 millions de citoyens et d’agriculteurs se sont mis en grève afin de se défendre dans ce qui représente le plus grand mouvement social au monde. L’objectif des multinationales est de contrôler les achats directs des paysans et de les interdire de vendre directement leurs produits sur les marchés. Surréaliste.

Le premier ministre Narendra Modi a lancé la construction d’un mégaprojet d’énergies solaire et éolien d’une capacité de 30’000 MW. Il devrait devenir le plus grand parc au monde. L’objectif du gouvernement est d’atteindre 175 GW de renouvelable d’ici à 2022 et 450 GW en 2030.

Le parc produira également de l’énergie pour déssaliner 100 million litres d’eau par jour pour 800’000 habitants proche de la région aride du Pakistan. Avec le réchauffement climatique, l’eau devient une ressource stratégique vitale.

 

Japon

Toyota commercialise sa deuxième génération de voiture à hydrogène, la Mirai avec une autonomie de 850 km avec un plein.

Dès le printemps 2021, elle sera disponible en Europe pour 68’100$. La première version de la Mirai date de 2014 et avait généré 13’000 ventes. La voiture utilise 3 containers d’hydrogène, un moteur électrique et peut être construite sur les mêmes lignes de production qu’une voiture thermique. Toyota aimerait en vendre 30’000 par année.

Les concurrents, Hyundai et Honda sont également sur les rangs et notamment dans les camions.

 

 

Afrique

Libye

Un calme relatif est revenu dans le pays. On dirait que la Turquie et Poutine se sont mis d’accord.

Du coup sur le terrain, le général Haftar a débloqué les ports et les exportations de pétrole. Ainsi, la production est retournée au-delà du million b/j ce qui n’est pas une bonne nouvelle pour l’OPEP et son souhait de réduire l’offre.

Bien que membre du cartel, la Libye n’est pas soumise aux quotas actuels.

Nigeria

La production pétrolière du pays a chuté de -14% de 1,7 à 1,5 millions b/j. L’industrie croule sous la corruption.

 

Phrases du mois

En choisissant d’exclure la culture de la vie sociale alors qu’il laisse tourner les marchés, le pouvoir énonce clairement ses valeurs. Ce qu’il nous promet pour demain sera encore plus cruel pour les hommes que pour les artistes aujourd’hui. Une société où les rapports humains seront régis par la force et la violence mortifère de l’argent. En somme, le contraire de la civilisation.”  François Corneloup, Saxophoniste

Le marché pétrolier ne sera pas dirigé par les spéculateurs, mais par les décideurs politiques“. Prince Abdulaziz bin salman, Arabie Saoudite.

Bien que la technologie des piles à combustible à hydrogène soit très prometteuse, nous savons que son adoption généralisée prendra du temps. De nombreux facteurs influenceront ce délai, notamment les réglementations en matière d’émissions, les infrastructures, la disponibilité de l’hydrogène et le coût d’utilisation. Les autobus et les trains seront probablement parmi les premières applications à passer à l’hydrogène. La Hydrogen Council prévoit que les poids lourds seront les plus avancés avec 2,5 % d’adoption de l’hydrogène d’ici à 2030”  Amy Davis, présidente de New Power Business, Cummins

«La ligne de démarcation s’est estompée entre la propagande et ce que l’on pourrait considérer comme du journalisme, cela peut se décrire comme une décadence de la vérité”. Barak Obama

Pour écrire cette revue, avec les sources: avec Tom Whipple d’ASPO USA et Resilience.org  et l’humour des chroniques matinales de Thomas Veuillet Investir.ch,  et toutes les informations diverses et variées, récoltées dans différents médias à travers le monde comme FT.com, Bloomberg, RT Russia, NHK, etc.

Pour lire la revue complète 2000Watts.org

 

 

Les fuites de méthane du gaz naturel scrutées depuis l’espace

De plus en plus de publications d’études scientifiques dévoilent de larges fuites de méthane lors de la production, le transport et la combustion du gaz de schiste aux USA, au point que de nombreuses villes américaines ont interdit, pour des raisons climatiques, l’utilisation du gaz naturel pour le chauffage et la cuisine.

En 2018, les premières mesures avaient été révélées par l’Environmental Defense Fund (EDF) et l’université de Harvard. Elles avaient révélé des émissions 60% plus élevées que les mesures des exploitants gaziers et du gouvernement Trump via son agence environnementale “Environmental Protection Agency” (EPA).


Des Etats-Unis à l’Europe

Il est vrai que la pratique d’extraction de schiste est très polluante et inquiète la population américaine. Cette sensibilité plus exacerbée avait poussé certains organismes, universités et scientifiques à obtenir des données factuelles et plus précises qu’un gribouillage sur un papier. Ainsi, l’utilisation d’images satellites et de technologies spatiales ont émergé.

Les études publiées, notamment dans Nature Magazine, démontrent que l’industrie pétrolière et gazière a sous estimé de 25 et 40% ses émissions de méthane.

En Europe, les producteurs et revendeurs de gaz naturel ont réussi à éviter que les projecteurs éclairent cette problématique environnementale alors que les exploitants de gaz ont positionné leur produit comme “le parfait outil de la transition énergétique“. Ce concept avait été élaboré dans les années 80 par le lobby américain gazier. Aujourd’hui, il est largement remis en cause (lire National Geographic).

L’Europe pouvait s’émanciper des mauvais chiffres du schiste américain, car le gaz consommé en Europe vient de Russie, d’Algérie, d’Iran, de la Mer du Nord avec une extraction conventionnelle moins polluante.

Cependant, les nouvelles données venues du ciel montrent que l’exploitation traditionnelle de gaz naturel dégage également de fortes émissions de méthane.

 

Emissions de méthane dans la production de gaz naturel.
Kayrros a publié une liste de points sensibles à travers l’Europe.
Selon les images satellites,  une fuite de 17 tonnes par heure vient
du champ gazier de Yamal opéré par le russe Gazprom.
La carte montre également tous les points d’émissions importants.
Source Kayrro

 

Des émissions de Méthane sous estimées jusqu’à 40%

En collaboration avec le système spatial Européen Copernicus Images, l’entreprise énergétique Kayrros permet maintenant de quantifier des fuites mondiales de méthane notamment au niveau du gaz et du pétrole. Le méthane est 28 fois plus virulent que le CO2 et les fuites de méthane représentent un équivalent de 1,8 gigatonne de CO².

Kayrros a rejoint le GHSSat qui répertorie les émissions de gaz à effet de serre depuis l’espace. En octobre dernier, le GHSSat a estimé des fuites records à 142’000 tonnes de méthane entre janvier et septembre 2019


Forage de Schiste dans le Bassin Permien, USA
Source: European Space Agency

 

Ces données remettent en cause la légitimité du gaz naturel comme énergie de transition

Ces nouvelles technologies et données sont une bonne nouvelle pour le climat. Elles permettent de découvrir les sources d’émissions de gaz à effet de serre, de localiser de manière précise les lieux d’émissions, d’identifier les entreprises et de s’y attaquer de manière chirurgicale pour autant qu’une volonté politique et économique sont en place.

Avant de se faire pointer du doigt, les pétroliers et gaziers BP et Shell ont pris les devants et investissent à leur tour dans l’imagerie satellite afin de découvrir les fuites de leurs propres installations.

De leur côté, les géants américains comme Chevron et Exxon ainsi que l’administration américaine ou les Russes de Gazprom, on préfère ne pas en tenir compte des fuites de méthane pour des raisons économiques. Ainsi Washington, via son agence de l’environnementale, EPA, est en train d’éliminer toutes les législations concernant les émissions de méthane. L’objectif est de diminuer les coûts de production et de relancer la production gravement impactée par le coronavirus.

 

La courbe de l’augmentation des émissions de méthane

 

En Europe, à l’image des villes américaines, des régions et des villes étudient l’interdiction de l’utilisation du gaz pour le chauffage et la cuisine notamment dans les nouvelles constructions. Cependant, au niveau de la Banque Européenne, de la Banque Mondiale et du FMI, les grandes institutions continuent de soutenir massivement et financièrement l’utilisation du gaz pour générer l’électricité.

Pour combien de temps encore ?

La réponse viendra-t-elle du ciel ?

 

Exemple de fuites de méthane dans un forage de gaz de schiste dans le Bassin Permien aux USA
Source: GHGSatCopernicus