Energies, Economie, Pétrole: Revue Mondiale Janvier 2023

Le 1er de chaque mois, retrouvez un tour du monde des Energies. A l’agenda:
– Japon: Fukushima, la justice déclare non coupable, les 3 ex-dirigeants de TEPCO
– Inde : L’empire du milliardaire Adani tousse et met dans l’embarra le président Modi
– Chine: La magie a opéré. Plus de Covid, plus de maladie, vive les vols en avion
– Allemagne: Grosse manifestation contre une mine de charbon
– USA: Le nouveau Hummer Electric vient de sortir. 4’100 kg et 830 chevaux
– Etats-Unis: Le géant pétrolier ExxonMobil a acheté des scientifiques
– Arabie Saoudite: Cristiano Ronaldo va recevoir $200 millions de plus pour promouvoir le pays
– Angleterre: Un paquet du Pakistan contenant de l’uranium a été trouvé. Tout se perd!


 

A défaut de passer pour un snock, cette revue est ni écrite avec l’encre de Skynet ni avec l’intelligence de ChatGPT. A la main!

Avec des hauts et des bas, le pétrole termine son mois au même niveau qu’il avait commencé l’année. Une poussée de fièvre devrait avoir lieu en février avec le retour de la Chine et l’embargo de l’Europe sur le diesel russe.

A Londres, le baril de pétrole de Brent termine son mois à $84,52 (83,21$ fin décembre) à Londres. A New York, le baril de WTI virevolte  à $78.89 ($78.02 fin décembre.)

Ceci est une édition réduite de la Revue. Pour lire en entier: 2000Watts.org

 

Le graphique du Mois
Comparaison prix pétrole de Brent entre la crise de 2008 et actuellement
Ajusté à l’inflation

Pétrole

L’Agence internationale de l’énergie estime que la demande mondiale de pétrole atteindra un niveau record de 101,7 millions de barils par jour (b/j) cette année, soit +1.9 million b/j par rapport à l’année dernière. On pourra porter les casquettes et T-shirt, j’y étais.

La Chine sera à l’origine de près de la moitié de la croissance de la demande mondiale.

Pour l’année 2022, les 5 grandes majors privées pétrolières: BP, Shell, Chevron, ExxonMobil et Total annoncent des bénéfices de plus de $200 milliards.

 

Economie

Un tiers de l’économie mondiale sera touché par la récession cette année, a déclaré la directrice du FMI, qui a prévenu que le monde serait confronté en 2023 à une année “plus difficile” que les 12 mois précédents.

De son côté, la directrice de la Banque Européenne, Christine Lagarde, a annoncé que l’Europe n’allait pas entrer en récession et que ça ira mieux du côté de l’inflation. Ben pour mémoire, on dira qu’il y a 6 mois, elle n’avait pas vu venir l’inflation.

 

 

COP28 sur le Climat

En janvier pas de trace du 1er avril, pourtant nos dirigeants s’amusent comme des petits fous pour nous faire rire.

Pour la COP28 sur le climat, qui va avoir lieu aux Emirats Arabes Unis, le président n’est autre que le PDG de la compagnie pétrolière nationale, le Sultan Al Jaber. Ne pas rire, ne pas rire, ne pas rire.

Bon, la Suisse a bien élu le président du lobby du pétrole comme Ministre de l’environnement.

Maintenant, on en est réduit à mettre des pétroliers en charge du climat et voir Killian MBappé allé voir un match de basket à New York entre deux entraînements. J’espère que vous n’avez pas oublié pas de mettre le couvercle sur la casserole du lait.

 

Climat

Avec les chaleurs de décembre et de janvier, MétéoFrance parle d’une anomalie thermique massive avec des 20 degrés en-dessus de la moyenne. Le froid des Etats-Unis ont été confrontés à une vague de froid intense et l’Europe est à l’inverse. Le Japon et la Corée se sont également une claque de froid.

L’année 2022 est l’année la plus chaude dans les mesures devant 2020. Le moyen de freiner cette hausse arrêter de consommer du gaz-méthane, du charbon et du pétrole.

 

Automobile

Rolls-Royce a battu son record de nombre de voitures en 2022 avec 6’021 unités vendues à une moyenne de $500’000. Bentley, Bugatti et Ferrari, Lamborghini ont également signé une année record.

A l’opposé, les constructeurs de voitures normales annoncent des chiffres en baisse.

En Europe, le marché automobile pourrait rebondir de 5% en 2023, à 9,8 millions de véhicules vendus, mais loin des chiffres d’avant 2019. Dans le monde, 80 millions de véhicules devraient être écoulés cette année

Nucléaire

Dans le monde, 53 réacteurs en construction dont 15 en Chine, 8 en Inde, 4 en Corée du Sud et 4 en Russie, pour un parc de 439 réacteurs en activité.

La grande question, où trouver l’uranium pour alimenter ces nouvelles centrales si vous n’êtes ni chinois, ni indiens.

 

Part de marché du nucléaire et du renouvelable
dans le mix électrique
mondial
Sources BP Statistical Review

Gaz-Méthane

Une nouvelle étude du Shift Project montre que le pic de méthane pourrait arriver d’ici à 2030. Promis, plus bas dans la revue, il y a de bonnes nouvelles.

En Europe, le prix du méthane (gaz naturel) a chuté à €64 MWh  contre €342 durant l’été 2021. Les températures clémentes de l’hiver ont permis d’économiser.

En Europe au 31 décembre, les réserves de méthane affichaient un taux de remplissage à 83,37% soit 30% de plus qu’en 2021 et 10% que durant les 5 dernières années. A la fin de l’hiver, il pourrait en rester 35%. Ensuite, on verra bien.

 Fils, un jour tout cela sera à toi!  Dettes.
Hedgeye

Le Hit Parade du Mois

Chine

La grande nouvelle du mois : après 3 années de prison surveillée grâce à la magie des caméras et le remplacement du cash via les smartphone: c’est ouvert.

Le processus ressemble à l’Europe. Se précipiter dans le premier avion pour aller faire un selfie avec un truc connu dans le fond pour gagner des Likes tout et pour assouvir ses pulsions dans l’achat d’un sac Dolchegabana ou Dior à 3’000 boules. Combien le chinois moyen va claquer à l’étranger ? Pas la moindre idée, mais on compte dessus pour relancer le système économique mondial et notamment le tourisme en Europe.

Comme la Chine ouvre, les consommations de kérosène, de méthane et de pétrole repartent à la hausse. L’Europe se demande où elle va trouver du gaz GNL et du diesel, au cas où la Chine préfère garder tout ça pour elle.

La Chine a plus que triplé ses achats de GNL entre 2016 et 2021 pour devenir l’importateur No 1. En 2022, Pékin devait augmenter ses importations mais avec le blocage du covid a diminué la demande de 20 milliards de m3 qui ont été réacheminés vers l’Europe. Avec les pays exportateurs de méthane, à contrario de l’Europe, la Chine a signé des contrats sur de nombreuses années.

L’armée chinoise a fait quelques sueurs froides à Taïwan, histoire de garder la pression. De son côté, le porte-parole du Sénat, Kevin McCarthy, a annoncé vouloir faire une visite à Taïwan. Ca va certainement resserrer les liens entre Washington et Pékin et c’est le moment idéal pour mettre un peu d’huile sur le feu.

L’activité des industries a fortement baissé en décembre. Il sera intéressant de voir comment l’industrie et les chaînes de production vont repartir.

La fabrication de voitures électriques est l’un des chevaux de bataille de Pékin car elle a besoin de main d’œuvre. Au cœur de cette formidable trappe, CATL et BYD qui fournissent les batteries. Ce mois, les deux géants chinois ont atteint une part de marché mondial de 50%.  CATL a réalisé des ventes de 165,7 GWh avec 37,1% du marché mondial. BYD est à 60 GWh et 13,6%.

Allemagne

La consommation de méthane a diminué de 14% notamment à cause de l’industrie. Est-ce que l’industrie s’adapte, ferme, meurt ? Cet été apportera une réponse alors que le gouvernement est optimiste. Berlin a installé un programme de subvention de €200 milliards pour porter à bout de bras son industrie jusqu’en 2024.

Le ministre de l’économie Robert Habeck se félicite et “estime que le pays a évité le scénario du pire.” Il envisage l’hiver prochain avec optimisme. “Le risque d’un meltdown économique complet, d’une fonte complète du cœur de l’industrie européenne et allemande a été évitée.»

En 2022, la croissance du PIB a affiché 1,9%. Le ministre de l’Economie, Robert Habeck pense que le pays ne va pas entrer en récession même si le dernier trimestre 2022 fut en négatif.

Ford va supprimer 3’200 postes sur le site de Cologne notamment à cause de la construction de voitures électriques aux USA et en Chine.

CATL, le fournisseur chinois de batteries pour voitures électriques a ouvert une usine en Allemagne. Capacité 300’000 batteries par an.

Berlin a mis en service un troisième terminal de méthane liquéfié au bord de la mer Baltique afin d’importer du gaz liquide.

Grosses manifestations à Lützerath où plus de 35’000 personnes se sont réunies pour combattre la mine de charbon. Le gouvernement, et notamment les verts, appuie sur la thématique «de la sécurité énergétique.» L’énergéticien RWE devrait cesser son exploitation en 2030 alors que le gouvernement et RWE poussent pour 2038.

Russie

En décembre, les revenus pétroliers de la Russie ont diminué de $3 milliards à $12,6 milliards. La baisse des prix sur les marchés ainsi que les rabais accordés par Moscou expliquent ce résultat. Avec la hausse des prix du baril, les bénéfices devraient suivre la tendance.

Les recettes totales du gouvernement russe pour 2022 seraient d’environ $409,68 milliards et les dépenses totales de $459 milliards soit un manque de $50 milliards. Pour 2023, les dépenses militaires devraient se situer vers les 150 milliards. Si l’on ajoute les milliards dépensés du côté occidental, difficile de justifier qu’il n’y a rien pour le climat et la pauvreté sociale.

Le Kremlin vendrait son baril de pétrole entre $35 et 40 le baril à la Chine, l’Inde et les autres pays hors Europe. A ce prix, pour les pays acheteurs, c’est la différence entre la croissance et la récession.

L’Europe n’achètera plus de diesel russe dès le 5 février. A suivre, mais faites le plein avant.

Les exportations de méthane russe en direction de l’Europe ont diminué de 45% en 2022. Alexei Millier, PDG de Gazprom, annonce des exportations de 100,9 milliards m3 de méthane contre 185 milliards en 2021. Par contre au niveau des rentrées financières, 2022 a été une excellente cuvée et dépasse 2021.

 

 Bénéfices des deux majors pétrolières américaines
ExxonMobil et Chevron. En milliards $
Graphique Financial Times

 

Les Amériques

Etats-Unis

Selon les documents internes d’ExxonMobil publiés par le journal Science, les gars avaient très bien repéré le concept du réchauffement climatique dès 1970, soit bien avant la naissance de Greta, et qu’ils se sont bien gardés de garder ça pour eux, à la surprise générale bien sûr.

Toujours chez ExxonMobil, la boîte engrange un profit record de $55,7 milliards pour 2022. Avec Chevron, les deux plus grands acteurs américains ont amassé pour $90 milliards de bénéfices.

L’autre géant du pétrole et du gaz méthane, Chevron va racheter pour $75 milliards de ses actions et propose une augmentation de ses dividendes. Bénéfices pour 2022: $35,5 milliards. Tout va bien pour eux. Cependant, quand une major pétrolière dépense 5 fois plus pour racheter ses actions que pour explorer de nouveaux gisements, cela donne le ton pour la quantité de pétrole qu’il reste sous le sol.

La Banque centrale américaine a relevé de 0,25% ses taux actuels situés entre 4,25 et 4,50%.

La Californie est noyée par un déluge de pluie et des tempêtes à répétition. Une bonne nouvelle dans ce désastre, le quartier où habite Maghan et Harry a dû être évacué pour glissements de terrains. Si cela pourra les encourager à moins utiliser leur jet privé.

 

Le Nouveau Hummer électrique, 830 chevaux et 4’100 kg (donc avec un permis camion)
Le 1er véhicule a été vendu aux enchères à $500’000

 

Au Texas, Tesla a demandé une autorisation pour augmenter la taille de sa giga factory pour $717 millions. Par contre, les ventes de voitures de Mercedes commencent à menacer Tesla et le chinois BYD vend plus de voitures que Tesla.

La dette américaine a touché un nouveau plafond fixé par la loi à $31’400 milliards. Va falloir changer la loi.

La Commission de réglementation nucléaire des États-Unis a donné son feu vert pour le design du premier petit réacteur nucléaire modulaire des États-Unis. Une bonne nouvelle pour NuScale Power, basée dans l’Oregon. Va falloir qu’il trouve de l’uranium car ça commence à devenir la crise.

L’US Air Force a un nouvel avion de combat le F-15EX de McDonnell Douglas, Boieng. Nettement plus puissant, plus capable et pour un tiers des coûts d’opération que le F-35 ($29’000 de l’heure). Le F-35 pourrait être mis à la retraite d’ici à 2026 selon l’US Air Force. Pour l’Allemagne et la Suisse qui viennent d’acheter des F-35, c’est une sacrée bonne nouvelle.

Pour lire la suite de la Revue: 2000Watts.org

Plus de $300 milliards de bénéfices pour les pétroliers

Les deux géants américains du pétrole et du méthane (gaz naturel) ExxonMobil et Chevron vont certainement annoncer plus de $100 milliards de bénéfices pour l’année 2022. De son côté, le géant de l’Arabie Saoudite, Saudi Aramco va largement dépasser les $160 milliards de bénéfices. BP, Shell et Total boucleront la boucle pour dépasser les $300 milliards de profits.

Ainsi, l’arrivée de Cristiano Ronaldo à Ryad, Arabie Saoudite, et ses $200 millions de salaire pour les 2,5 années à venir, seront payés en moins de 6 heures de production pétrolière dans le Royaume. Vue sous cet angle, on pourrait se dire que Cristiano se la joue petit joueur.


 

De la pandémie à des chiffres record

ExxonMobil enregistre $56 milliards et Chevron $37 milliards de dollars. Comme les températures printanières de l’Europe, nous touchons des records pour les deux sociétés.

Durant la pandémie, la chute des prix et de la consommation pétrolière avaient remis en question le business model des pétroliers et méthaniers (gaz naturel). Certains actionnaires demandaient la prise en compte du réchauffement climatique par les énergies fossiles et un engagement dans les énergies propres.

ExxonMobil avait même perdu le contrôle de 3 sièges au conseil d’administration au profit du fonds spéculatif activiste Engine No. 1 en mai 2022.

Mais, la nouvelle hausse des prix et surtout des bénéfices permettent de conforter la stratégie du “tout pétrole”. Le PDG d’Exxon, Darren Woods, souligne que “l’année record de la société était la preuve qu’elle était “sur la bonne voie.” Du côté de Chevron, le tout pétrole n’a jamais été remis en question.

Du côté de Shell, le nouveau PDG, Wael Sawan, qui remplace Ben van Beurden, la grande question sera de savoir s’il orientera son entreprise dans les énergies alternatives où suivra-t-il le chemin tracé par les américains et les saoudiens.

On notera que la Banque Nationale Suisse n’a également pas remis en question sa stratégie d’achats d’actions des grandes majors pétrolières puisque ses investissements se chiffrent toujours en milliards $ et que le nouveau conseiller fédéral, Albert Rösti, n’est autre que l’ancien président du lobby pétrolier Swissoil.  Est-ce que comme Exxon, la Suisse restera-t-elle dans le pétrole et le gaz ?

 

Le rachat d’actions et éviter de payer des impôts

La mission première des entreprises pétrolières est de générer des bénéfices pour distribuer des dividendes très élevés afin de trouver encore plus d’investisseurs et de continuer le cercles virtueux.

Comme pratiquement tous les pétroliers qui génèrent des bénéfices énormes, un rachat massif d’actions est devenu la mode. Ce système permet d’augmenter artificiellement le cours des actions à court et moyen terme, par ricochet de faire grimper le bonus des dirigeants, de faire augmenter le prix des bénéfices par actions et permet également de diminuer la pression des actionnaires qui sont tentés de regarder du côté vert des énergies.

Ainsi ExxonMobil va se racheter pour $50 milliards de ses propres actions d’ici à 2024. Elle a également augmenté son dividende au début de 2022. Chevron indique qu’elle rachètera environ $15 milliards de ses actions.

Du côté rigolo de la force, ExxonMobil vient de porter plainte contre l’Union Européenne pour éviter de payer la taxe sur les super profits des énergéticiens. Grâce aux traités commerciaux intercontinentaux entre les USA et l’Europe, il est devenu possible pour les multinationales de porter plaintes contre les Etats. Avant seuls les Etats pouvaient poursuivre un Etat.

Il faut savoir que les géants pétroliers comme BP, Exxon, Total ou Shell ne paient pratiquement pas d’impôts et au contraire, elles reçoivent des subsides importants des gouvernements.

Le rachat d’actions au lieu de payer des impôts est un tour de passe-passe qui commence à faire grincer des dents certains politiques, mais ils n’ont pratiquement aucune arme pour changer le cours.

 

Pourquoi les entreprises rachètent leurs actions ?

 

Perspectives pour les années à venir

L’action d’Exxon termine l’année à $110 dollars +80% sur un an. Celle de Chevron a augmenté de +53 %, clôturant à $180 dollars par action. La hausse est aussi importante pour les autres pétrolières. Avec le secteur de l’armement, ce sont les deux grands acteurs de 2022 et certainement de 2023.

Du côté des prévisions, ExxonMobil annonce que la demande de pétrole continuera de croître au moins jusqu’à la fin de 2040. La consommation de méthane (gaz naturel) augmentera de près de 50%, même si Exxon n’explique pas s’il y aura du pétrole ou du gaz en suffisance. Cette annonce fait plus penser à une communication pour donner l’impression que l’entreprise possède un avenir radieux dans les énergies fossiles et de continuer à investir dans les énergies fossiles.

Du côté de BP ou de Shell ont pense que la demande de pétrole va diminuer dès 2030. Rystad Energie et l’Agence Internationale de l’Energie prévoient un pic d’extraction avant 2030.

Du côté des prix, l’année 2023 a le potentiel d’être aussi chahuté que 2022 avec en prime une récession mondiale qui pourrait faire chuter les prix. A suivre…

L’Allemagne entre en crise énergétique. Les autres pays suivent

Pendant que les politiciens et les citoyens Suisses et Français n’ont pas encore la tête à l’hiver, du côté de Berlin, c’est un autre son de cloche. Dès cette semaine, les livraisons de gaz russe vont tomber à zéro. En tant que fournisseur officiel d’énergie au niveau mondial, Moscou prend des mesures pour couper les livraisons d’hydrocarbures aux pays qui lui ont infligé des sanctions.

Tant Bruxelles que Berlin se heurtent de plein fouet face à la RealPolitik des décisions prises dans le conflit Ukrainien. Ainsi, la Russie annonce que le gazoduc Nord Stream 1 sera en «maintenance» dès cette semaine pour une durée de 10 jours.


 

Le Gazoduc Nord Stream 1 à l’arrêt

Cela devrait réduire encore plus les livraisons de gaz vers l’Europe et passer de 40% actuellement, à zéro. Durant ces derniers jours, Berlin a tout fait pour convaincre le Canada de restituer une turbine destinée à Nord Stream 1, qui était en maintenance dans le pays, mais bloquée par l’embargo des occidentaux. L’Ukraine a protesté mais les intérêts européens poussent dans l’autre sens. L’Allemagne ne voulait pas donner un argument supplémentaire à Moscou d’interrompre ses livraisons de gaz.

Cependant, il se susurre que Poutine pourrait utiliser les réparations du gazoduc Nord Stream 1 comme excuse afin de couper définitivement l’approvisionnement en gaz en représailles aux sanctions imposées par l’Europe et l’Allemagne. La situation est à suivre de très près.

En fin de semaine, les prix de l’électricité ont bondi à plus de € 40 ct le kWh pour le mois de décembre et le prix pourrait dépasser les $1 dès janvier.

Dans un tel scénario d’un arrêt de Nord Stream 1, l’Allemagne, l’Italie et la France seraient dans l’impossibilité de remplir leurs installations de stockage de gaz à hauteur des 90% visés et donc de faire face à des coupures. La pénurie affecterait également le transfert de gaz vers l’Autriche, la République tchèque et la Suisse.

 

La Realpolitik du Pétrole

Du côté du pétrole, Moscou a fait part de sa volonté de prendre des mesures susceptibles de perturber l’approvisionnement pour les pays qui sanctionnent la Russie. La semaine passée, un tribunal russe a ordonné l’arrêt pour 30 jours des exportations de pétrole via la mer Noire, qui est une voie d’accès clé pour les exportations pétrolières du Kazakhstan.

Du côté de la Libye, le général Khalifa Haftar, qui bénéficie du soutien de la Russie et de l’Égypte, a également intensifié une campagne militaire, qui perturbe les exportations de pétrole et de gaz. La Libye semble retourner vers une guerre civile. Les exportations de pétrole ont chuté.

L’Arabie Saoudite ne va pas augmenter ses extractions même avec la visite prévue de Joe Biden. Il semble que le royaume ait atteint son pic de production et ne veut pas mettre en péril l’union avec la Russie dans le consortium OPEP+ (+ signifie la présence de la Russie)

 

Uniper : le géant allemand une menace à la Lehman Brothers

Le plus grand énergéticien du pays, Uniper, a officiellement demandé un plan de sauvetage financier à Berlin.

Le plus gros acheteur européen de gaz russe perd des dizaines de millions d’euros par jour en raison de l’augmentation des prix du gaz russe. Uniper avait accepté d’acheter du gaz avec des Roubles.

Le PDG d’Uniper, Klaus-Dieter Maubach, pense “qu’il ne peut pas tolérer la situation actuelle longtemps et qu’il pourrait être obligé de commencer à puiser du gaz dans ses installations de stockage dès la semaine prochaine, ce qui réduirait encore les réserves nécessaires pour l’hiver prochain.” Pour commencer, il demande une aide de €9 milliards pour éviter la faillite.

L’entreprise de Klaus-Dieter Maubach exploite une capacité de production de 33 GW, ce qui la place parmi les plus grands producteurs d’électricité au monde. Son propriétaire majoritaire est devenu le finlandais Fortum, à 80%.

Le ministre allemand de l’économie, le vert Robert Habeck, a déclaré que son gouvernement “travaillait d’arrache-pied” pour aider Uniper. Il s’agit d’éviter la faillite du plus grand énergéticien et sa chute pourrait ressembler à Lehman-Brother.

 

Les erreurs de la Doctrine Européenne

Bruxelles prône une doctrine de démantèlement du système énergétique européen pour le mettre en main d’entreprises privées. Il est donc nécessaire de casser les monopoles comme les EDF et autres énergéticiens.

En 2016, le géant énergétique allemand E.ON avait dû se scinder en deux partie, dont Uniper, une partie fossile et nucléaire financièrement risquée ainsi qu’une partie financièrement juteuses avec les renouvelables et la distribution d’électricité.

Bruxelles pense qu’en mettant dans les mains privées, la gestion des énergies, la libre concurrence devrait permettre les prix les plus bas. Dans la réalité, il n’en est rien et cette doctrine a conduit dans l’impasse actuelle.

 

Angleterre : fief de la libéralisation du marché de l’énergie

Fleuron de la libéralisation du marché voulue par Bruxelles, l’Angleterre se trouve dans une situation critique.

Pour un ménage anglais, les prix du gaz et de l’électricité poussent la facture annuelle à €4’015 contre €1’417 en 2019 selon Cornwall Insight.

L’Angleterre importe qu’une infime partie de gaz de la Russie, mais comme les prix s’adaptent au marché, la facture grimpe.

Alors que la promesse d’une énergie meilleure marché, la main invisible du business n’a fait que de consolider les cartels d’entreprises privées et la gabegie est d’autant plus grande. Londres a offert pour €18 milliards d’aide et de subsides à 8 millions de foyers. Là aussi, la situation n’est pas durable dans le temps.

 

France

Le gouvernement Macron a activé des subsides à hauteur de €20 milliards, ce qui pousse EDF dans une situation financière impossible.

La dette d’EDF de €43 milliards devrait dépasser les 60 milliards. L’entreprise se voit dans la difficulté de trouver des fonds sur les marchés financiers. Paris annonce la nationalisation d’EDF.

De son côté, Total enregistre des bénéfices records.

 

Allemagne

Berlin a franchi le mois dernier une étape cruciale vers le rationnement du gaz lorsque le ministre de l’économie, Robert Habeck, a activé la deuxième phase du plan d’urgence gaz du pays. “La situation sur le marché du gaz est tendue et nous ne pouvons malheureusement pas garantir qu’elle ne va pas s’aggraver. Nous devons être prêts à ce que la situation devienne critique”.

Selon le GdW, la guerre en Ukraine entraînera une hausse des prix de l’énergie pour les consommateurs comprise entre 71% et 200%, soit des coûts annuels supplémentaires de €1’000 à 2’700 pour un ménage d’une personne et jusqu’à €3’800 pour quatre personnes, par rapport aux niveaux de 2021.

Le gouvernement propose des mesures drastiques. Ainsi, il commence à y avoir un rationnement de l’eau chaude, le tamisage de l’éclairage public et la fermeture des piscines, alors que l’impact de la crise énergétique commence à se propager de l’industrie aux bureaux, aux centres de loisirs et aux foyers.

“La situation est plus que dramatique.” Ca c’est Axel Gedaschko, chef de la fédération des entreprises de logement allemandes qui l’annonce. “La paix sociale de l’Allemagne est en grand danger” selon lui.

Quand débutera la contagion dans les autres pays?

 

 

Stocks de gaz en Europe? La réalité dépasse la fiction

Dans le bras de fer avec la Russie, la Commission Européenne veut obliger chaque pays européen à remplir ses réserves de gaz à “au moins 80%” de leurs capacités d’ici au 1er novembre 2022 puis à 90% avant chaque hiver dès 2023.

Là, le quidam se dit que “si les réserves sont pleines, l’hiver est assuré.” Ouf ! Car un hiver sans chauffage, ça risque de chauffer. Et bien, tout cru patate crue! Dans une stratégie qui aurait bien pu sortir des classeurs de nos amis consultants de McKinsey, très cher à Ursula von der Leyen et encore plus chers au Président Macron, la réalité diffère légèrement.


 

France et Allemagne: les champions du stockage qu’il faut remplir 4 fois par an!

La France et l’Allemagne possèdent les plus grandes capacités de stockage de gaz en Europe. Ces capacité représentent 25% de leur consommation.

L’Allemagne héberge les plus grands réservoirs en Europe avec 24,5 milliards m³. Il y a quelques jours, les stocks étaient à 40% de leur capacité, soit assez pour 7 jours de températures polaires selon le Ministère de l’Economie et du Climat Allemand.

Jusqu’ici, le gouvernement d’Olaf Scholz avait affirmé que “l’approvisionnement est assuré et il n’y a pas de risque de pénurie.”  Grâce à une météo clémente, il n’a pas été désavoué.

Du côté de Paris, la capacité de stockage représente également le 25% de la consommation annuelle selon Storengy.  Depuis 2018, la loi française exige que le niveau de remplissage des capacités souscrites atteigne 85% au 1er novembre.

Mais il y a un mais! La France et l’Allemagne doivent remplir au moins 4 fois leurs stocks durant l’année et 2 fois durant l’hiver. Traduire: les stocks de novembre disparaissent en janvier-février.

Ensuite? Là se complique les ambitions de Bruxelles de se passer au plus vite du gaz Russe.

 

Suisse, Belgique, Luxembourg: le bon moment pour sortir du gaz?

Du côté du Luxembourg, les capacités de stockage de gaz suffisent pour 4 jours.

En Belgique, elle représente un peu moins de 5% de la consommation annuelle du pays.

La Suisse? Il n’y a pratiquement pas de stockage de gaz sur son territoire. Le lobby du gaz a déjà annoncé qu’il avait sécurisé l’approvisionnement gazier pour l’hiver 2022/2023. Mais s’il n’y a pas de capacité de stockage où se trouve ce gaz?

Dans la pratique, l’industrie du gaz a déjà passé ses commandes à l’international avec l’espoir de se faire livrer au goutte à goutte en temps voulu. La Suisse et six autres pays européens ont signé une déclaration internationale afin d’assurer l’approvisionnement en gaz durant l’hiver. Les installations de stockage doivent pouvoir être utilisées au-delà des frontières peut-on lire.

Cependant, l’histoire nous apprend qu’en cas de pénurie, le mot solidarité a souvent tendance à sortir par une porte dérobée.

Dans cette ombre, il y a une bonne nouvelle. Si vous vous chauffez au gaz, vous avez tout l’été pour vous en débarrasser et changer! Bon ça fait 10 ans qu’on le dit. Là, il sera difficile de trouver une meilleure excuse pour ne pas faire le pas.

 

 

 

Les Guerres du Gaz: Géopolitis

Dans ce nouvel épisode de l’excellente émission de la Télévision Suisse Romande, Géopolitis, Marcel Mione explore avec Laurent Horvath, les coulisses du gaz à travers les continents.

Dans le monde des Energies, c’est le règne du chacun pour soi. Chaque pays regarde son intérêt propre. Ce qui se passe dans le gaz est une parfaite illustration entre la partie stratégique qui confronte la Russie, l’Europe, l’Allemagne, la Turquie, l’Ukraine, la Chine et les USA.


 

Le gazoduc Nord Stream 2 sème la discorde avec en fond de toile le gaz de schiste et la main mise de la Russie ou de des USA sur l’Europe. Comment se confronter avec Vladimir Poutine, Joe Biden, Recep Tayyip Erdoğan le président Turc. Quelle est la place du gaz naturel dans la transition énergétique et le climat? Est ce que le gaz est aussi propre que l’on veut bien le prétendre?

Cette émission de 26 minutes de Marcel Mione présente les enjeux stratégiques avec des illustrations vidéos très pertinentes, qui intéresseront tous ceux qui veulent en savoir plus.

 

Voir l’émission du 28 mars 2021: Les Guerres du Gaz: Geopolitis

 

Les fuites de méthane du gaz naturel scrutées depuis l’espace

De plus en plus de publications d’études scientifiques dévoilent de larges fuites de méthane lors de la production, le transport et la combustion du gaz de schiste aux USA, au point que de nombreuses villes américaines ont interdit, pour des raisons climatiques, l’utilisation du gaz naturel pour le chauffage et la cuisine.

En 2018, les premières mesures avaient été révélées par l’Environmental Defense Fund (EDF) et l’université de Harvard. Elles avaient révélé des émissions 60% plus élevées que les mesures des exploitants gaziers et du gouvernement Trump via son agence environnementale “Environmental Protection Agency” (EPA).


Des Etats-Unis à l’Europe

Il est vrai que la pratique d’extraction de schiste est très polluante et inquiète la population américaine. Cette sensibilité plus exacerbée avait poussé certains organismes, universités et scientifiques à obtenir des données factuelles et plus précises qu’un gribouillage sur un papier. Ainsi, l’utilisation d’images satellites et de technologies spatiales ont émergé.

Les études publiées, notamment dans Nature Magazine, démontrent que l’industrie pétrolière et gazière a sous estimé de 25 et 40% ses émissions de méthane.

En Europe, les producteurs et revendeurs de gaz naturel ont réussi à éviter que les projecteurs éclairent cette problématique environnementale alors que les exploitants de gaz ont positionné leur produit comme “le parfait outil de la transition énergétique“. Ce concept avait été élaboré dans les années 80 par le lobby américain gazier. Aujourd’hui, il est largement remis en cause (lire National Geographic).

L’Europe pouvait s’émanciper des mauvais chiffres du schiste américain, car le gaz consommé en Europe vient de Russie, d’Algérie, d’Iran, de la Mer du Nord avec une extraction conventionnelle moins polluante.

Cependant, les nouvelles données venues du ciel montrent que l’exploitation traditionnelle de gaz naturel dégage également de fortes émissions de méthane.

 

Emissions de méthane dans la production de gaz naturel.
Kayrros a publié une liste de points sensibles à travers l’Europe.
Selon les images satellites,  une fuite de 17 tonnes par heure vient
du champ gazier de Yamal opéré par le russe Gazprom.
La carte montre également tous les points d’émissions importants.
Source Kayrro

 

Des émissions de Méthane sous estimées jusqu’à 40%

En collaboration avec le système spatial Européen Copernicus Images, l’entreprise énergétique Kayrros permet maintenant de quantifier des fuites mondiales de méthane notamment au niveau du gaz et du pétrole. Le méthane est 28 fois plus virulent que le CO2 et les fuites de méthane représentent un équivalent de 1,8 gigatonne de CO².

Kayrros a rejoint le GHSSat qui répertorie les émissions de gaz à effet de serre depuis l’espace. En octobre dernier, le GHSSat a estimé des fuites records à 142’000 tonnes de méthane entre janvier et septembre 2019


Forage de Schiste dans le Bassin Permien, USA
Source: European Space Agency

 

Ces données remettent en cause la légitimité du gaz naturel comme énergie de transition

Ces nouvelles technologies et données sont une bonne nouvelle pour le climat. Elles permettent de découvrir les sources d’émissions de gaz à effet de serre, de localiser de manière précise les lieux d’émissions, d’identifier les entreprises et de s’y attaquer de manière chirurgicale pour autant qu’une volonté politique et économique sont en place.

Avant de se faire pointer du doigt, les pétroliers et gaziers BP et Shell ont pris les devants et investissent à leur tour dans l’imagerie satellite afin de découvrir les fuites de leurs propres installations.

De leur côté, les géants américains comme Chevron et Exxon ainsi que l’administration américaine ou les Russes de Gazprom, on préfère ne pas en tenir compte des fuites de méthane pour des raisons économiques. Ainsi Washington, via son agence de l’environnementale, EPA, est en train d’éliminer toutes les législations concernant les émissions de méthane. L’objectif est de diminuer les coûts de production et de relancer la production gravement impactée par le coronavirus.

 

La courbe de l’augmentation des émissions de méthane

 

En Europe, à l’image des villes américaines, des régions et des villes étudient l’interdiction de l’utilisation du gaz pour le chauffage et la cuisine notamment dans les nouvelles constructions. Cependant, au niveau de la Banque Européenne, de la Banque Mondiale et du FMI, les grandes institutions continuent de soutenir massivement et financièrement l’utilisation du gaz pour générer l’électricité.

Pour combien de temps encore ?

La réponse viendra-t-elle du ciel ?

 

Exemple de fuites de méthane dans un forage de gaz de schiste dans le Bassin Permien aux USA
Source: GHGSatCopernicus