Energies, Economie, Pétrole: Revue Mondiale Juin 2020

Le 1er de chaque mois, retrouvez un tour du monde des Energies. A l’agenda:
– USA: De nouvelles faillites dans le schiste dont le géant Chesapeake
– Suède: Une entreprise propose des éoliennes en bois
– Peak Oil: Le terme pic pétrolier revient de manière incisive.
– Arabie Saoudite: Boston Dynamics met en vente son robot Spot
– Libye: La Turquie et la Russie marquent des points et gagnent en pétrole
– Allemagne: Berlin investit plus de 7 milliards € dans l’hydrogène vert
– Inde: Le pays veut booster sa production de charbon.


 

Les milliards insufflés par les banques centrales assurent que les bourses atteignent les plus hauts. Il en va de même pour le pétrole qui dans le monde virtuel des financiers ne fait que de grimper alors que dans la réalité, c’est comme la banlieue, c’est pas rose, c’est morose.

A Londres, le Brent prend la fièvre à $41,75 ($35,33 fin mai) et à New York, le WTI comble les voeux de Trump et frise les 40 à 39,07 ($35,38 fin mai).

 

 Graphique du mois
Evolution des prix : pétrole, charbon, gaz: 1990-2020

 

Climat

Le mois de mai a été 0,63°C plus chaud que la moyenne en comparaison avec la période 1981-2010, ce qui en fait le mois de mai le plus chaud depuis le début des données. Il a fait particulièrement chaud dans les pôles et en Sibérie alors que l’Europe a gardé la tête froide.

L’Agence Internationale de l’Energie annonce que sur 46 technologies reliées à l’efficience énergétique, durant la pandémie, six ont gardé leur rythme de croisière comme les voitures électriques, le solaire, la lumière et les data center. Du côté des perdants, on retrouve notamment l’énergie nucléaire, le stockage d’électricité ainsi que le gaz et notamment avec ses émissions de méthane.

 

Peak oil

Le terme “pic pétrolier” revient de plus en plus souvent. Cette fois, il arrive via un fervent supporter de l’or noir. Ainsi, l’agence norvégienne, Rystad Energy, pense que 282 milliards de barils de pétrole sont à diminuer des réserves mondiales estimées à la louche à 1’900 milliards de barils. Les réserves de l’Arabie Saoudite restent inchangées depuis plus de 30 ans à 267 milliards de barils, ce qui est soit une prouesse soit une panne de compteur.

Per Magnus Nysveen, de Rystad, annonce que le pic pétrolier se rapproche et pourrait être atteint en 2027 ou 2028 au lieu de 2030. Rystad est historiquement très enthousiaste sur le pétrole et cette annonce fait tomber de la chaise. Rystad pense qu’une forte hausse des prix devrait se réaliser dès 2023 notamment à cause du manque de financements dans l’exploration et l’exploitation de nouveaux gisements.

Du côté de Bloomberg NEF, c’est un pic de la demande d’essence qui devrait être atteint d’ici à 10 ans, et 3 ans plus tard celui du diesel. Maintenant même si Bloomberg parle de pic!

 

Pétrole

Une pénurie de pétrole pourrait pousser le baril à 70$ d’ici à l’automne et le ministre russe de l’Energie, Alexander Novak, pévoit un manque de 3 à 5 millions b/j (barils par jour). Bon, là on sent qu’il vend le fait que la Russie ne respecte pas entièrement les quotas de l’OPEP+. A vérifier cet automne.

Selon Rystad Energy, la demande pétrolière mondiale se projette à 88,1 millions b/j contre 99,5 en 2019. En mai, la demande aurait atteint 78,5 millions b/j soit une baisse de 22% depuis le début de l’année. Un record historique.

Si les cours du Brent restent dans la fourchette 30-70$ d’ici à 2030, ExxonMobil est la moins bien lotie des 7 grandes majors pétrolières selon Wood Mackenzie. Dans cette analyse, Exxon possède le 60% des gisements les moins productifs et chers à extraire. Ces gisements comprennent les sables bitumineux de Kearl et Cold Lake au Canada ainsi que Prudhoe Bay en Alaska. En tête de ce classement, Chevron est le no 1 suivit par Shell.

 

Dessin : Chappatte

 

OPEP+

L’OPEP+ (avec la Russie) va continuer sa réduction de -9,7 millions b/j en juin et de -7,7 millions de juillet à la fin de l’année.

L’Irak et le Nigeria, qui n’ont pas suffisamment baissé leur production, devront compenser entre juillet et septembre même si la situation économique de ces deux pays est alarmante. Cette baisse de 9,7 millions b/j se base sur une acceptation à 100% des pays, mais l’histoire de l’OPEP montre que cette éventualité n’est que rarement atteinte.

Pendant que l’OPEP diminue sa production, le pétrole de schiste reprend sa place de passager clandestin et recommence à extraire pendant que les prix restent autours de 40$.

Certains membres du cartel demandent de se réunir plus souvent. L’objectif est de pouvoir coller au marché et de remonter immédiatement leurs extractions afin de générer des pétrodollars et de garder les parts de marché.

 

Gaz Naturel

L’Agence Internationale de l’Energie pense que la demande de gaz va diminuer de 4% cette année à 150 milliards m³. Cette baisse est supérieure à la crise de 2008 (-2%). L’année dernière, la demande de gaz avait augmenté de 1,8% notamment pour la production d’électricité et le chauffage.

Bien que le gaz émet moins de CO2 que le charbon, les émissions de méthane sont nettement plus nocives pour la planète.

Objectifs d’émissions de méthane du pétrole et du gaz en 2025 et 2030
pour le scénario du développement durable.
La grande partie du méthane est émit par le gaz naturel.

 

Transports maritimes

Les transporteurs maritimes ont annulé plus de 25% de leurs transports entre l’Asie et l’Europe et l’Asie – USA soit une capacité de 4 millions de containers. Pour le 3ème trimestre, les transporteurs continuent d’annuler des lignes ce qui signale une demande qui reste faible.

 

Investissements dans les énergies

Les investissements dans les énergies devaient progresser de 2%. Ce chiffre était publié avant la pandémie. Au niveau mondial, les investissements énergétiques devraient diminuer de 20% ou 400 milliards $.

 

Energies renouvelables

Les éoliennes sont fabriquées en acier et génère des émissions de CO2 lors de leur construction. Afin de diminuer leur empreinte, l’entreprise Modvion propose des éoliennes avec une structure en bois. Le premier prototype a été installé à Gothenburg en Suède pour une commercialisation dès 2022.

Les énergies propres pourraient être les seules sources d’énergies à croître en 2020 en comparaison avec les énergies fossiles et le nucléaire selon l’Agence Internationale de l’Energie. Une fois que les installations solaires et éoliennes sont financées (capex), les coûts de production sont minimes en comparaison avec les achats de gaz, de pétrole, de charbon ou d’uranium.

Sur le même sujet, la pieuvre Goldman Sachs annonce que les investissements dans les énergies propres vont dépasser ceux du gaz et du pétrole et qu’ils devraient totaliser les 16’000 milliards $ d’ici à 2030.

 


Eolienne en bois: Modvion

 

Le Top 3 des Pays

USA Schiste

Deloitte a dépeint les 10 dernières années du schiste américain. Le secteur a généré 300 milliards $ en cash négatif, détruit 450 milliards pour les investisseurs et vu 190 faillites. Elle enfonce le clou en assommant: “le schiste a atteint son pic sans avoir été capable de générer des bénéfices.”

Les compagnies de schiste pourraient passer à la trappe pour 300 milliards $ d’actifs au deuxième trimestre dont la moitié concerne des dettes. Selon Rystad Energy, les producteurs ont perdu pour 38 milliards $ durant le premier trimestre. Selon les agences, une consolidation dans le secteur est primordiale et tant Chevron qu’ExxonMobil sont sur la brèche pour acheter les opportunités bradées.

Pendant ce temps, les managers des compagnies de schiste montrent une fois de plus leur sens de l’éthique et se remplissent les poches avant de partir en faillite. Selon Haynes & Boone, 18 entreprises de schiste se sont mis sous la protection des faillites.

Deux grosses casses ce mois dont la compagnie Extraction Oil & Gas. En 2014, sa valorisation était de 4 milliards $. Elle a chuté à 100 millions $ pour une dette de 1,6 milliards $. La partie a hurler de rire vient des 16 directeurs de l’entreprise, qui se réservent un bonus de 6,7 millions $ afin de les garder au sein de la compagnie après la faillite. Du côté des directeurs de Whiting Petroeum, les 5 managers se sont accordés 14,5 millions $ de bonus juste avant de demander la protection de faillites. Le record des parachutes les plus gonflés se trouve parmi les 21 managers de Chesapeake qui se sont partagés 25 millions $. Il n’y a qu’un pas pour dire que le secteur de schiste n’est qu’une fraude énorme.

La plus grande faillite du mois, nous vient de la NBA. Chesapeake, l’ancienne star et inventeur du schiste, qui accumule 9,5 milliards $ de dettes. Au sommet de sa gloire, Chesapeake avait acheté le nom de la salle où joue l’équipe de NBA de Basket des Thunders d’Oklahoma City. Vous ne serez pas étonnés d’apprendre que la banque Nationale Suisse détenait des actions. La question la plus urgente est: mais comment s’appellera la salle de basket des Thunkders à la rentrée?

Alors que les cours ont frisé les 40$ le baril, certains producteurs de schiste dont EOG, Parsley ou WPX, ont remis en service leurs installations avec un objectif d’extraire 2 millions b/j de plus dès le mois d’août pour autant que les prix continuent à monter.

La baisse de l’extraction de schiste aurait atteint 1,15 millions b/j en avril et en mai selon JBC Energy, mais ces chiffres sont à prendre avec précaution.

 

 Il n’y a pas que le schiste qui traverse une tempête!
Du sable du Sahara a traversé l’Atlantique pour arriver aux USA.
Cette tempête de sable ne s’était plus produite depuis 50 ans.

 

Irak

Le pays est en passe de s’écrouler. Le réchauffement climatique et la sécheresse le rendent invivable. De plus les conditions économiques sont désespérées pendant que l’État Islamique et le coronavirus gagnent des forces.

Washington et Bagdad sont préoccupés par la résurgence de l’Etat Islamique mais rien ne devrait être entrepris pour les mois qui viennent faute de moyens financiers et de volonté politique américaine.

Dans l’accord de l’OPEP, Bagdad n’a respecté qu’à 50% ses quotas et devra compenser en juillet et septembre avec une baisse de ses extractions de 24% à 3,28 millions b/j. L’Irak avait accepté une baisse de 1,061 million b/j. Mais une diminution des revenus pousse un peu plus le pays dans une situation très compliquée.

En Avril, Bagdad a généré seulement 1,3 milliard $ de revenus pétroliers, 2,13 en mai et 2,5 en juin. Le gouvernement n’arrive pas à payer les salaires des fonctionnaires et les frais de fonctionnement. Il a demandé la possibilité d’emprunter 18 milliards $ pour sortir de cette impasse.

La Chine pourrait intervenir en apportant de l’argent ainsi que de la technologie qui permettrait au pays d’extraire jusqu’à 7 millions b/j pour la fin 2022. La Chine a remplacé les USA pour contrôler l’or noir du pays.

Dans le sud du pays, région pétrolifère, l’Iran continue de livrer gaz et électricité pour que la population puisse supporter les chaleurs de l’été dans une région qui devient invivable et qui fait face à une sécheresse.

 

Libye

Sans pétrole, le pays serait certainement un endroit paisible. Mais voilà, la malédiction se cache sous le sable.

En Libye, le grand gagnant du mois est la Turquie! Erdogan a réussi à donner un coup de main militaire efficace à Fayez al-Sarraj du Gouvernement d’accord national (GAN) et à repousser le général Khalifa Haftar qui désirait s’emparer de la capitale Tripoli.

Visiblement Recep Tayyip Erdogan a une stratégie globale qui englobe la Syrie et la Méditerranée. Historiquement, ce concept s’appelait l’Empire Ottoman et pour l’instant l’Europe n’arrive pas à riposter de manière ferme. A court terme, l’intérêt de la Turquie en Libye réside dans l’extraction de gaz et de pétrole offshore dans la Méditerranée grâce à un corridor spécial entre les deux pays qui lui permet de revendiquer des matières premières jusque là interdites. Le pétrole Libyen est également un détail qui vaut quelques sacrifices.

Du côté des supporters du général Khalifa Haftar, l’Egypte s’inquiète de l’avancée de la Turquie au Moyen-Orient. Du côté Russe, plus de 2’000 mercenaires Wagner, organisation fondée par Dmitri Outkine, prêtent main-forte au général. Ce dernier a battu en retraire après avoir dû mettre fin à son offensive sur la capitale. Comme à son habitude, la France tente de faire entendre sa voix et les Emirats Arabes Unis apportent un fort soutient.

In fine, la bataille pour le pétrole s’est dirigée vers Sirte, porte d’entrée des installations pétrolières. Les combattants de Wagner avaient lancé sans succès un assaut sur les champs de pétrole de Deir Eu-Zor. Finalement, la Russie et la Turquie se sont mis d’accord. La milice Wagner s’est installée dans le gisement pétrolier de Sharara. La compagnie pétrolière libyenne, NOC, avait redémarré la production à Sharara et El Feel, mais depuis tout semble à l’arrêt. Le partage du pétrole entre la Russie et la Turquie pourraient apporter des solutions d’autant qu’à Washington la préoccupation se focalise sur les prochaines élections.

Au total, la production pétrolière du pays stagne toujours proche de zéro alors que durant l’époque du Général Kadhafi le compteur indiquait 1,7 million.

 La loi sur la sécurité nationale adoptée à Hongkong
Dessin Chappatte

Chine

Afin de sortir de la déflation et de stimuler l’emploi et l’économie, Pékin va investir dans la construction d’infrastructures. Les régions ont annoncé la construction de 40GW de centrales à charbon soit une flotte équivalente à l’Afrique du Sud. Sur en une année, l’extraction de charbon a également augmenté de 0,9 % à 1,5 milliard de tonnes pour une consommation totale de 4,1 milliards de tonnes.

Pour rester dans les bonnes nouvelles pour le climat, en 2019, les émissions de CO2 de la Chine ont augmenté de 3,4% contre 2,6 % durant les 10 dernières années. La Chine produit 28,8% des émissions mondiales de CO2 selon la BP Statistical Review of World Energy.

Pékin a fait savoir que si Washington continue de chatouiller sur HongKong ou sur le coronavirus, ces thèmes pourraient impacter les achats de produits agricoles des fermiers américains si précieux pour Trump. Ces ventes font parties de la première partie de l’accord économique entre les deux pays. Pékin semble également miser sur une défaite de Trump et tente de gagner du temps.

Les importations de pétrole ont augmenté de 13% à 11,11 millions b/j en profitant des prix bas pour faire des stocks.

La Chine va ajouter 36,65 GW d’éolien et 48,45 GW de solaire par rapport à 2019 soit +52%. Le charbon reste toujours la plus grande source de production d’électricité.

La Chine vient de terminer la construction d’une ligne à ultra haute tension réservée au transport d’électricité éolienne et solaire de 2’390 km de long. Cette ligne de 3,17 milliards $ est dédiée uniquement au transport de l’énergie propre et va permettre le développement des énergies renouvelables dans le Qinghai et Gansu pour des livraisons au Henan. Avec ces technologies de transport sur de longues distances, dans les années qui viennent, Pékin pourrait livrer en électricité l’Europe.

 

Le mois de mai a été 0,63°C plus chaud que la moyenne avec une pointe en Sibérie

 

Europe

Christine Lagarde, directrice de la Banque Centrale Européenne, va soutenir financièrement Shell, Total et l’électricien charbonnier Uniper avec une injection de 7,6 milliards €. En réponse à la crise, sur les 1’700 milliards € injectés par la BCE, 220 milliards sont prévus pour les entreprises polluantes grâce à l’achat d’actifs.

 

Russie

Dans le nord de la Sibérie, la ville de Verkhoïansk, située à 67° de latitude nord, a enregistré le 20 juin 38°C, soit 0,7°C de plus que le précédent record, qui remontait à juillet 1988. Pour l’anecdote, la température la plus basse de l’hiver dernier à cette station était de -57,2°C le 26 janvier 2020.

Pour continuer sur le même sujet, près de 20’000 tonnes de diesel se sont déversées «par accident» dans la rivière l’Ambarnaïa à Norilsk (Sibérie orientale). Un réservoir de diesel a été endommagé après son effondrement. La cité industrielle de Norilsk est entièrement construite sur le permafrost. Elle est menacée par la fonte des glaces causée par le changement climatique.

L’entreprise Concern Avtomatika JSC a vendu aux pétroliers russes un système qui permet de contrer des attaques de drones sur les installations pétrolières. L’année dernière, une attaque avait paralysé une partie de la production d’Arabie Saoudite.

Via la nouvelle constitution, les russes se prononcent sur le maintient de Vladimir Poutine jusqu’à ses 84 ans soit en 2036. Je vais faire un délit d’initié alors que les résultats ne sont pas connus : la réponse est : Da. En comparaison, si l’américain Joe Biden est élu, il terminera son terme à 83 ans.

Moscou dément être responsable d’une fuite d’éléments radioactifs provenant d’une centrale nucléaire. Les pays scandinaves ont détecté une augmentation non-mortelle d’isotopes associés à une fission nucléaire humaine dont la provenance est inconnue.


Nuage d’éléments radioactifs détecté le 22-23 juin 2020
Source: CTBTO – graphique FT.com

 

Allemagne

Berlin continue sur sa lancée dans l’hydrogène vert (fabriqué via des énergies renouvelables) et comme au poker met 7 milliards € sur la table pour voir.

L’objectif est de créer des emplois et d’impliquer son industrie. Cet argent servira à la recherche, la production et les infrastructures de livraisons et provient du plan de relance économique. Sur la durée, l’Allemagne va renoncer à l’hydrogène bleu ou gris produit à base de charbon ou du gaz.

D’ici à 2030, 5GW d’hydrogène vert devrait être produit notamment pour les camions, le secteur maritime, les avions ainsi que le stockage d’énergies renouvelables pour les habitations. Actuellement l’industrie allemande utilise 55 TWh par an d’hydrogène gris ou bleu. Vu l’importance de son industrie lourde, l’Allemagne voit cet investissement comme stratégique. Pour l’instant, le plan n’englobe pas l’utilisation d’hydrogène pour les voitures qui se dirigent vers une propulsion électrique.

Angela Merkel va encore ajouter 70 milliards € pour stimuler l’économie et totaliser 218 milliards cette année. Dans la valise, 9 milliards ont été prévus pour la compagnie aérienne nationale Lufthansa.

Le gouvernement prévoit une baisse significative des importations et exportations pour 2020 alors que de nouveaux foyers de coronavirus émergent.

 

Angleterre

Les compagnies aériennes EasyJet plc, Ryanair et Air Europa cassent les prix qu’elles avaient déjà cassés. Ryanair a débuté les hostilités et EasyJet a riposté en mettant en vente 1 million de billets à €29,90. A ce prix là et histoire de bien rigoler, le coronavirus va certainement en acheter une certaine quantité.

BP a passé à la trappe pour 17,5 milliards $ d’actifs dont 8 à 11 milliards d’équipements et 8 à 10 milliards d’intangibles qui concerne l’exploration. Actuellement la valeur des équipements de BP est de 130,2 milliards $. Alors que Brittish Petroleum accumule les dettes, elle continue de verser des dividendes à ses actionnaires.

Toujours durant le mois de juin, BP a levé 17 milliards $ auprès des investisseurs. Le concept de finance durable a encore un peu de chemin à parcourir.

Et finalement, BP va vendre son secteur pétrochimique à Ineos pour 5 milliards $.

Les forages offshores, plus onéreux que les autres, prennent de pleins fouets la chute des cours. Un tiers des forages dans la Mer du Nord ne sont plus financièrement rentables.

Le ministre des transports Grant Shapps a formé le groupe Jet Zero Council (aviation, environnement, gouvernement) avec l’objectif de réaliser un avion transatlantique sans émissions de CO2 d’ici à 20 ans. Accessoirement, cela permettra au gouvernement de subventionner son industrie aéronautique sans que ces subventions ressemblent à des subventions.

Le gazier anglais, Centrica va licencier 5’000 employés afin d’économiser 2 milliards £ d’ici à 2022. Alors que les revendeurs de gaz se font des marges indécentes, (7 à 15 fois sur le prix de vente aux consommateurs), c’est une prouesse d’être en difficulté financière.

 

 

France

Les quatre plus grandes banques françaises, Société Générale, Crédit Agricole, BNP, Banque Populaire ont déversé 22 milliards $ dans le pétrole et gaz de schiste aux USA durant ces 3 dernières années.

La Société générale détient le pompon avec 11 milliards $ de financements sur la période. Le Crédit agricole est deuxième avec 6 milliards, la BNP 3,6 milliards et le groupe Banque populaire Caisse d’Epargne soutient le tout avec 3,3 milliards. Axa et Rothschild & Co (l’ancienne banque du président Macron), ont engagé 11 milliards pour financer des entreprises actives majoritairement dans le domaine du schiste.

L’industrie aéronautique française va certainement bâtir une statue à nos amis les pangolins et chauves-souris. Ces petites bêtes permettent à certains acteurs de toucher le jack-pot alors qu’ils étaient, avant la crise, déjà dans une sacrée panade financière. Ainsi, la France va mettre 15 milliards € pour 100’000 emplois, soit un montant de 150’000€ par poste aéronautique alors que dans sa forme actuelle, l’industrie est appelée à mourir.

AirFrance reçoit un prêt de 7 milliards € et une petite enveloppe de 300 millions de cash pour moderniser sa chaîne de valeur. Les autres recevront entre 500 millions et 1 milliard €.

La plus vieille centrale nucléaire de France à Fessenheim a été mise à l’arrêt. Il faudra 15 années pour démanteler les 2 réacteurs.

Comme dans plusieurs pays européens, les électeurs français ont choisi le parti des verts lors des élections communales. Jusqu’à présent et dans le domaine environnemental, Emmanuel Macron peine à passer des paroles aux actes.

 

Suisse

Au premier trimestre, le PIB de la Suisse n’a reculé que de 2,6 %. L’administration publique (+0,8%) et la finance (+2,3%) ont apporté une contribution positive au PIB. Cependant, une nouvelle augmentation des cas de coronavirus est en train de pointer le bout de son nez.

Le distributeur d’énergie et prédateur BKW (Forces Motrices Bernoises) se lance dans la vente de gaz qui génère des profits que l’on peut qualifier de “mirobolants”. Sur l’achat de 1 m³ de gaz, les distributeurs prennent une marge qui dépasse souvent 10 fois le prix d’achat. La Commission de la concurrence a décidé d’ouvrir le marché du gaz en Suisse sur la base d’accord à l’amiable entre deux fournisseurs régionaux.

Le Salon de l’Auto de Genève pourrait avoir rendu l’âme, en tout cas dans sa version passée. Après l’annulation de l’épisode 2020 pour cause de coronavirus, l’édition 2021 sera également supprimée. Depuis des années, la manifestation avait du plomb dans l’aile et les pertes générées lors de l’annulation de cette année ont creusé des dettes abyssales. Du côté du canton, c’est le magistrat Pierre Maudet qui s’est chargé de ce dossier et ce même ministre a fustigé les pistes cyclables dans le canton. Il semble que plus rien ne roule pour lui.

La Suisse pourrait acheter de nouveaux avions militaires pour un montant de frs 6 milliards. L’avion français Rafale est sur la liste des candidats. Le jouet consomme environ 6’500 litres de carburant à l’heure lorsque l’on pousse ses moteurs à plein régime. Cette consommation grimpe à près 21’000 litres par heure lorsque la postcombustion est enclenchée. Du coup, durant un engagement, il peut voler un peu plus de 10 minutes sans réservoir supplémentaire.

 

 

Moyen-Orient

Iran

Une deuxième vague de coronavirus a touché le pays et particulièrement dans les zones pétrolières du Khuzestan. Le président Rouhani a insisté pour que l’économie reste ouverte.

Le président Rouhani pourrait reprendre le dialogue avec les USA, si Washington s’excuse d’être sorti l’accord du nucléaire de 2015. On sent que l’Iran prépare l’arrivée de Biden à la présidence US.

L’agence nucléaire internationale note des problèmes de coopération avec Téhéran. Depuis que Donald Trump a déchiré l’accord, le gouvernement traîne les pieds et vient de refuser l’accès à des sites. L’Agence dit ne pas avoir reçu de réponses sur du matériel nucléaire non déclaré dans les années 2000. Elle annonce également une forte augmentation de matériaux nucléaires qui dépassent les accords de 2015. Il faut dire que l’arme atomique est très à la mode en ce moment au Moyen-Orient. L’Arabie Saoudite se lance dans le nucléaire civil afin d’obtenir l’arme atomique militaire alors que seul Israël possède cette arme en ce moment.

L’administration Trump prépare des sanctions pour 50 tankers pétroliers afin d’arrêter les transports entre le Venezuela et l’Iran. L’objectif est d’éviter une confrontation militaire.

Depuis des années, l’Iran souffre de la sécheresse et du manque d’eau. L’Iran semble sur le même chemin que la Syrie et l’Irak.

Résurgence des cas de coronavirus en Iran

 

Arabie Saoudite

Le fond public d’investissement du pays a profité de la chute des bourses afin de faire des emplettes et des achats d’entreprises notamment en Europe et aux USA.

Saudi Aramco coupe dans ses coûts et a licencié notamment des employés étrangers. La compagnie pétrolière nationale compte 80’000 employés.

Saudi Aramco a mis sur pause plusieurs forages offshores et des investissements de 18 milliards $.

Dans les mains de Ryad, la compagnie Boston Dynamics vient de commercialiser son robot Spot. Pour le rendre moins méchant, elle le présente comme un gentil toutou alors que l’engin est développé pour le militaire et fera merveille avec une arme. Dans les mains de Google, Boston Dynamics a été cédée à l’Arabie Saoudite. L’entreprise excelle dans la création de robots destinés à l’armée. Effrayant!

 

Spot est en vente pour 74’500$

 

Asie

Inde

Le gouvernement a augmenté à 50% ses taxes sur l’essence. Pour 1 litre, il vous faudra débourser 1,06$. Les budgets de l’Inde doivent trouver de nouvelles entrées car la situation est financièrement très tendue.

Un autre endroit très tendu se trouve à la frontière avec la Chine dans un coin retiré. Les soldats des deux pays ont réussi à s’entre-tuer, sans armes, pour un lopin de terre qui a la particularité de titiller la testostérone de Modi et Xi Jinping.

Le gouvernement va mettre fin au monopole de l’État sur le charbon et va vendre aux enchères 441 mines. L’objectif est de diminuer les importation en augmentant la production du 3ème producteur mondial derrière la Chine et les USA.

 

Australie

Après les incendies du début d’année, le lobby du charbon, la Minerals Council of Australia, a fait des propositions pour réduire l’impact du charbon sur le climat. Les propositions sont très ambitieuses et proposent d’augmenter la recherche et développement ainsi que d’utiliser des technologies qui restent à inventer. Bien évidemment, aucune date et aucun chiffre n’ont été proposés. On ne peut que regretter que cette proposition n’eut été faite un 1er avril.

L’Australie est le plus grand exportateur de charbon au monde et génère pour 48 milliards $ de revenus.

Le géant minier, Rio Tinto, a réussi a faire exploser un temple aborigène vieux de 46’000 ans afin d’agrandir une mine de fer. Coutumière du fait, la destruction à l’explosif de la grotte de Juukan Gorge aurait dû passer comme une lettre à la poste, mais là, même le gouvernement demande des comptes.

 

 Powell est le président de la Banque Fédérale Américaine.

 

Les Amériques

USA Schiste

Afin d’aider financièrement les entreprises pétrolières et gazières, le gouvernement Trump a relâché les normes environnementales et de pollutions.

La baisse du nombre de plateformes de forages a été stabilisée à 188 et 75 pour le gaz. Il n’est pas impossible que l’industrie ait touché le fond et n’ira pas plus bas. Les mois à venir le diront.

Plus de 85’000 emplois dans les services pétroliers ont été passés à la trappe selon la Petroleum Equipment Association. Au niveau des pétroliers on estime que 100’000 postes ont été supprimés.

Donald Trump s’était précipité sur son compte Twitter afin d’annoncer une création de 2,5 millions d’emplois. Sur la nouvelle les bourses ont grimpé. Quelques heures après l’annonce, le Département du Travail annonça que ce chiffre souffrait de problème de méthodologie car de nombreuses personnes sondées ne savaient pas si elles étaient au chômage ou licenciées.

Les nouvelles installations solaires ont chuté de 31% à 3,4 GW selon Wood Mackenzie et le Solar Energy Industries Association et 72’000 emplois sont à risque. Aux USA, l’énergie solaire représente 81,4 GW, assez pour satisfaire la demande de 15,7 millions de foyers.

L’élection va se jouer entre Donald Trump et l’ancien vice-président d’Obama, Joe Biden coutumier des gaffes et des parachutages de son fils dans des conseils d’administration. Pour éviter que Biden l’ouvre et balance des énormités, on a appelé Obama pour faire le service après-vente et ça marche. Depuis que Joe se tait, il est largement en avance dans les sondages. Qu’importe le choix du président, les 4,5 années à venir pourraient être surprenantes.

La Californie va lancer la production d’hydrogène à base d’énergies propres. Le prix de vente devrait entrer en parité avec l’essence d’ici à 5 ans.

La dette américaine vient de dépasser les 26’000 milliards $. Champagne!

 

Venezuela

Le pays continue d’envoyer du pétrole vers la Chine malgré les sanctions américaines dont 3,3 millions de barils en transit et 5 millions en direction du port de Qingdao. Les raffineries chinoises (comme celles des USA) apprécient le brut lourd du Venezuela qui permet la production de diesel et de kérosène.

Caracas a reçu l’essence livrée par l’Iran via ses tankers pétroliers. Les USA cherchent par tous les moyens de freiner ce transfert sans utiliser la force militaire.

 

Canada

L’entreprise, EarthRenew propose un système pour transformer les déchets et carcasses d’élevages en engrais. Ce système permet de générer sa propre électricité afin de rendre le processus énergétiquement neutre. La grande partie de cette «matière première» est gratuite car personne ne sait quoi en faire à part de la brûler ou pour l’intégrer aux produits cosmétiques ainsi que dans les aliments pour les animaux.

Les pétroliers canadiens sont dans une forme encore plus piteuse que leurs collègues américains notamment dans l’extraction des sables bitumineux de l’Alberta.

 

Afrique

Nigeria

Shell n’a pas appliqué les recommandations des Nations Unies afin de nettoyer les rives du delta du Niger. En 2011, l’UN avait proposé la création d’un fond de 1 milliard $ pour réparer les dégâts des fuites de pétrole. Peu de progrès ont été réalisé dans un pays où la corruption règne en maître.

Alors que certains demandent que la compagnie pétrolière nationale Nigeria National Petroleum Corporation soit démantelée, Mele Kyari, son PDG, annonce «une nouvelle saison de transparence et de comptes rendus». En fait la NNPC est un gouffre à corruption et une caisse pour les politiciens. L’année dernière durant sa campagne pour devenir président, l’ancien vice président, Atiku Abubakar appellait la NNPC, et en toute simplicité, «une organisation mafieuse».

 

Phrases du mois

“L’Arabie saoudite et la Russie sont en mode de contrôle des dégâts. Il ne s’agit pas seulement de mesurer la demande. Il s’agit également de suivre le schiste américain sur une base mensuelle afin de ne pas permettre au schiste de rebondir rapidement.” Christyan Malek, JPMorgan

“Nous érodons les capacités de la planète à maintenir la vie humaine et la vie en général.” Gerardo Ceballos

“Nous avons systématiquement abdiqué devant les revendications de la Chine: transferts de technologies, traités inégaux, droits de douane déséquilibrés, razzia sur nos entreprises sans réciprocité. En résumé, un Munich industriel.” François Genthial, Red chef magazine Capital.

Michael O’Leary, PDG, Ryanair “Une fois que nous commencerons à voler en juin, nous vendrons n’importe quel prix afin d’occuper autant de sièges que possible, même si cela signifie perdre de l’argent pour les 12 prochains mois. Les bénéfices en souffriront un an ou deux, et c’est ce à quoi nos actionnaires devraient s’attendre.”

“Il paraît que la crise rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres. Je ne vois pas en quoi c’est une crise. Depuis que je suis petit, c’est comme ça.” Coluche

Sources: avec Tom Whipple d’ASPO USA et Resilience.org  et l’humour des chroniques matinales de Thomas Veuillet Investir.ch, des images de Patrick Chappatte et toutes les informations diverses et variées, récoltées dans différents médias à travers le monde. Pour lire la revue complète 2000Watts.org

 

 

 

 

La Banque Nationale Suisse investit dans les Banques de Schiste

Pour ceux qui étudient les investissements de la Banque Nationale Suisse SA, la société anonyme est une source d’émerveillement permanent.

Alors qu’elle se doit d’éviter les investissements dans le pétrole et gaz de schiste, le charbon, l’uranium, les énergies fossiles, les armes et les institutions bancaires, la direction préfère cocher toutes les cases.

Comme personne ne semble s’en offusquer, même pas le comité d’éthique ou les ministres des finances des cantons, la BNS a tenté le grand chelem: investir dans des banques qui investissent dans le pétrole de schiste aux USA! Deux interdits dans le même acte faisant une pierre deux coups. La performance est éclatante. Dans cet achat d’actifs, la BNS n’a perdu que 37 millions $ depuis le début de l’année.


Le pot aux roses a été découvert via une publication de Bloomberg d’une liste de 11 banques américaines en difficulté à cause de leurs implications importantes dans le schiste. Sur les 11 institutions bancaires pointées du doigt, la BNS n’en a ratée aucune. Respect!

 

Depuis le début de l’année, la valeur de ces banques n’a perdu que 37,6 millions $.

 

Cependant, la BNS ne s’est pas limitée à investir que dans ces banques. Elle a déversé son argent dans tout le système bancaire local américain. Vous pouvez trouver toutes les banques dans ce fichier mis à jour le 31 mars 2020.

 

Qu’en pense la Banque Nationale Suisse?

Devant cette découverte, j’ai pris contact avec le service de communication de la Banque Nationale Suisse avec ces questions:
   A) Pourriez-vous m’indiquer les motifs des investissements de la BNS dans des banques aux USA?
   B) Si vous n’avez pas cette liste, voulez-vous que je vous la fasse parvenir?
   C) Quel est votre avis sur ces investissements qui se heurtent à deux de vos règles en même temps (banque et environnement)?

L’éclairage est tombé comme la nuit: “Dans sa stratégie de placement, la Banque nationale suisse renonce à acquérir des actions de banques et d’autres établissements à caractère bancaire à moyenne ou à grande capitalisation de pays industrialisés. Elle s’abstient par ailleurs d’acheter des actions d’entreprises qui violent massivement des droits humains fondamentaux, qui causent de manière systématique de graves dommages à l’environnement ou qui sont impliquées dans la fabrication d’armes condamnées sur le plan international.

Bref, le message standard “copier/coller” envoyé aux curieux dont je dois avoir 20 copies.

Devant cette non-réponse, je me suis permis d’insister. Au bout de 3 échanges, une information cruciale et décisive a enfin fini par transpirer: la directrice zurichoise de la communication n’apprécie pas l’humour et l’insistance des Welsches. Punkt Schluss!

 

Est-ce que la BNS investit contre votre entreprise suisse?

Si vous aussi vous voulez vous amuser, voici la liste des investissements de la BNS dans le marché américain au 31 mars 2020. Elle est mise gratuitement à disposition par le gouvernement américain.

Si vous êtes un entrepreneur, un chef d’entreprise, un innovateur de start-up, un PDG d’une multi-nationale comme ABB, vous pourrez immédiatement prendre connaissance des millions de $ que la BNS investit dans vos concurrents directs aux USA.

Ne parlez surtout pas de concurrence déloyale contre les entreprises suisses, la directrice de la com de la BNS n’apprécierait pas !

 

 

 

Energies, Economie, Pétrole: Revue Mondiale Mai 2020

Le 1er de chaque mois, retrouvez un tour du monde des Energies. A l’agenda:
– Chine-USA: La situation se tend entre les deux pays
– Danemark: € 37 milliards pour soutenir l’éolien et l’hydrogène
– Espagne: La plus grande éolienne du monde fait 222 m.
– Arabie Saoudite: La TVA va passer de 5 à 15% pour combler le manque pétrolier
– Irak: Les mois qui viennent vont être importants
– Venezuela: L’Iran a envoyé plusieurs tankers d’essence pour dépanner le pays
– Japon: Sept entreprises travaillent ensemble pour un bateau électrique.


 

Décidément les cours du baril sont très farceurs et aussi imprévisibles que joueurs. Dans la surprise de ce mois, le prix du pétrole est plus cher aux USA (WTI) qu’à Londres (Brent).  Le déversement de sommes astronomiques par la Banque Centrale Américaine pourrait évoquer une piste. Le monde de la finance ne semble plus savoir quoi faire de tout cet argent, autant le mettre quelque part.

Les cours ont grimpé comme un bouchon de liège alors que les fondamentaux sont identiques au mois passé: surproduction, manque de place de stockage, demande en baisse.
Bref, à Londres, le Brent indique $35,33 (25,27$ fin avril) et à New York, le WTI double le mois précédent à 35,38 (18,60$ fin avril).

 

 Graphique du mois
Diminution de la demande par type de carburants
(essence, diesel, kérosène, gaz liquide, Autres)

 

Pétrole

L’offre dépasse toujours la demande et les places de stockage diminuent. Il n’est pas impossible de voir les cours du pétrole refaire un tour de carrousel durant le prochain mois.

De plus en plus de pays sortent du déconfinement et la demande va reprendre mais combien et quand?  Il semble que nous soyons encore assez loin d’un retour «à avant». Les avions comme les bateaux sont cloués au sol ce qui n’est pas une tâche facile pour un bateau.

Selon les sources, la baisse de la demande vogue entre -10 et -40 millions de barils par jour (b/j). L’Agence Internationale de l’Energie penche pour une chute de 25,2 millions b/j en avril et de 21,5 pour le mois de mai. Sur l’année 2020, l’IEA prévoit une baisse moyenne de 8,6 millions b/j. Soit la plus grande chute jamais enregistrée dans l’histoire du pétrole.

En plus du pétrole, le gaz est également dans l’oeil du cyclone. Le manque de place de stockage pousse les prix à la baisse. Contrairement au pétrole, il est plus facile de s’en débarrasser en le brûlant sur le lieu d’extraction.

Le PIB mondial devrait diminuer de 3,2 % cette année soit la plus grande contraction depuis 1930. Avant le coronavirus, la croissance était limitée à 2,5 %.  (Lire Dépression ou Récession : du cauchemar au rêves?)

 

Majors pétrolières

Les chiffres d’affaires d’ExxonMobil, Chevron, ConocoPhillips, Halliburton, Schlumberger, Baker Hughes (USA), Shell (Hollande), BP (Angleterre), Total (France) , Eni (Italie), Equinor (Norvège) et Rosneft (Russie) ont baissé de 17% à $262 milliards au premier trimestre contre $ 315.5 milliards en 2019 selon Anadolu Agency. L’Oscar de la plus grande perte revient à l’entreprise de services Baker Hughes avec un trou de 10,21 milliards $ au premier trimestre.

Pour l’instant, seuls Shell et le norvégien Equinor ont décidé de réduire leurs dividendes. Toutes les autres maintiennent une rétribution de plus de 6% aux actionnaires.

A contrario des américains, Total, Repsol, BP et Shell ont annoncé des plans pour réduire leur impact carbone à zéro. Venant de pétroliers, le concept zéro carbone est théorique et sens bon l’auto-promotion. Cependant, la jeune génération, qui représente les clients de demain, pourrait tenir rigueur aux entreprises qui ont chauffé leur avenir.

 

 

Renouvelables

L’agence internationale de l’énergie prévoit que les projets solaires, éoliens et renouvelables prendront un peu de retard cette année mais seront en progression dès 2021.

En 2020, l’IEA pense que la demande d’énergie va diminuer de 6% dans le monde.

En comparaison, les entreprises d’énergies propres cotées à la bourse américaines ont augmenté de 2,2% alors que les entreprises d’énergies fossiles ont chuté de 40,5% selon l’Imperial College London. L’étude a étudié 163 entreprises fossiles et 19 entreprises renouvelables et note qu’entre 2010 et 2019, le retour annuel des renouvelables a généré un profit de 11,4% contre 7% pour les fossiles.

 

Automobile et Mobilité Douce

Les ventes de voitures thermiques devraient reculer de 23% cette année. Les voitures électriques devraient reculer de 18%.

Le marché automobile européen a chuté de 76,3% en avril, 55% en mars. Même avant la pandémie, l’industrie était en surproduction et seule la Chine pouvait engloutir ces nouveaux véhicules. La chute actuelle ne fait qu’accélérer la tendance et les pertes d’emplois soulignent le business model défaillant des constructeurs et un marché qui se rétracte. Paradoxalement, les constructeurs se tournent vers les gouvernements pour recevoir des aides financières alors que ces mêmes entreprises font tout pour éviter de payer des impôts.

A travers le monde, les ventes de vélos ont été démultipliées des USA à l’Europe. Aux USA, les ventes ont été multipliées par deux. Les trottinettes apportent également une réponse à la mobilité urbaine.

Certaines villes ont adapté leurs rues pour absorber ce déplacement de comportement et de trafic. Les USA font même face à une pénurie de vélos.

Après Tesla, c’est General Motors qui annonce une voiture électrique avec une durée de vie de 1,6 million de km avec la même batterie. GM devrait se passer de cobalt pour les électrodes.

 

Transports maritimes

Le transporteur de containers Maersk, 17% de part de marché mondial, a généré des bénéfices supérieurs aux attentes. L’entreprise a coupé ses charges de carburants et a augmenté ses coûts de transports afin de compenser la chute de la demande. Maersk prévoit une baisse de 20 à 25% de la demande entre avril et juin de cette année et aucune reprise solide avant la fin de l’année.

Dans l’Atlantique, les prévisions penchent pour 19 tempêtes dont 6 à 10 pourraient se transformer en cyclone. Dans les régions côtières des USA, la température de l’eau est déjà à point.

 

Les gens comme vous et moi

A travers l’Europe en mars, l’épargne des citoyens a augmenté, +€ 20 milliards en France, 16,6 en Italie et 10,1 en Espagne, 14,6 en Angleterre. A l’opposé, comme en 2008, les Allemands ont retiré leur argent de leurs comptes et font confiance au cash +39,7 milliards entre janvier et mai.

Une grande partie des ménages ont accumulé involontairement des économies à cause du confinement. Cependant devant l’incertitude sur l’emploi, ils pourraient être réticents à donner suite à leurs impulsions d’achats pour une nouvelle voiture, des voyages ou pour des objets inutiles. La confiance ne s’achète pas.

La Chine compte plus de 200 millions de chômeurs et les USA 42. La Russie est actuellement au coeur du cyclone. En Europe, les annonces de suppression d’emplois s’amoncèlent. L’augmentation de la consommation d’énergie pourrait prendre du temps.

 

Depuis 2014, le marché pétrolier est entré dans une nouvelle phase

 

Les pays au top du Hit-Parade du Mois

Chine

Après une accalmie suite à l’accord commercial de Donald Trump, l’ambiance entre la Chine et les USA a repris des couleurs vives et vire au rock & roll.

Pékin est en train de faire main-basse sur Hong Kong pendant que Trump tente de se faire réélire. L’option militaire n’est plus dans l’arsenal américain face à la puissante Chine. Il ne reste que le bouton «finance» dans les mains de la Maison Blanche mais la première salve de menaces de Trump a fait pchitt.

La Chine utilise à fonds l’outil diplomatique coronavirus pour consolider ses liens avec les autres pays et notamment dans la distribution de matériels sanitaire ainsi que dans la reconstruction économique et énergétique. La Chine est capable de réaliser et de financer à l’étranger des centrales nucléaire aux fermes solaires. Les pays sur la route de la Soie sont les premières cibles.

La demande pétrolière chinoise aurait grimpé à 13 millions b/j contre 13,4 millions b/j avant la pandémie. Cette hausse reste à confirmer dans les mois qui viennent, mais Pékin fait ses emplettes et profite des prix bas du pétrole afin de remplir ses réserves. Les 117 tankers pétroliers, qui se dirigent vers la Chine, représentent la plus forte concentration mondiale de livraisons pour un seul et même pays.

La demande de charbon est d’un tiers plus élevé que l’année passée à la même époque notamment à cause des fortes températures et de la demande d’air conditionné.

Le PIB chinois se serait contracté de 6,8% depuis le début de l’année selon le gouvernement. Pour mémoire, le PIB 2019 s’était soldé à +6,7%. Comme il s’agit des chiffres officiels, il est impossible de savoir s’ils ont été tirés au sort ou s’il s’agit de la réalité. La deuxième option semble la moins probable.

Le président Xi Jinping ne va pas fixer d’objectifs de croissance pour le reste de l’année, mais il va continuer de stimuler (comprendre injecter de l’argent) dans les entreprises locales.

Volkswagen espère pouvoir vendre autant de voitures cette année qu’en 2019 et cela malgré le coronavirus. En Chine, VW va investir € 2 milliards pour développer les voitures électriques. La Chine représente 40 % des ventes de VW dans ce domaine.

 

Danemark

Le pays va à nouveau se démarquer et lance un projet de 37 milliards € afin de construire deux fermes d’éoliennes et proposer de l’électricité renouvelable pour générer de l’hydrogène. Suite à la pandémie, le gouvernement ambitionne de créer des milliers emplois et de réduire ses émissions de 70% d’ici à 10 ans. Le projet de 4 GW sera principalement financé par le secteur privé.

En 1991, le Danemark avait construit la première ferme d’éoliennes offshores et depuis le pays a continué de pousser et de soutenir son industrie afin de maintenir son leadership et ses emplois dans le pays. Les deux fabricants, Orsted et Vestas ont atteint une envergure mondiale.

Le groupe Six, l’une des plus grande entreprise du pays, va lancer le plus grand consortium d’hydrogène au monde pour alimenter des bateaux, des avions, des camions, bateaux et pour l’industrie. AP Moller-Maerks, la compagnie d’aviation SAS, DSV Panalpina, les lignes de ferry DFDS, Copenhagen Aéroport et Orsted vont utiliser de l’hydrogène basée sur l’énergie éolienne d’ici à 2023.

 

Etats-Unis

Selon Bloomberg et Wood Mackenzie, la production pétrolière américaine est passée de 13,24 millions b/j en mars à 10,94 et devrait évoluer sous la barre des 10 millions dans les semaines à venir. Les chiffres divergent selon les agences. Cependant, un consensus s’accorde sur une baisse de plusieurs millions de barils par jour.

Les pertes d’emplois se montent à plus de 42 millions depuis le début de la pandémie. Stanford University pense que 40% de ces emplois seront perdus. On reste à Stanford. L’Université a refusé que son fonds de gestion sorte des investissements dans les énergies fossiles comme le pétrole ou le gaz.

La société de location de chauffeurs UBER continue sur sa lancée avec une perte de 2,9 milliards $ au premier trimestre soit le triple d’il y a un an.

Les Etats de New York et du New Jersey ont bloqué la construction d’un gazoduc qui devait alimenter en gaz 2,3 millions de foyers. Ce projet de $ 1 milliard entrait en contraction avec les lois environnementales des Etats. Les émissions de méthane du gaz naturel rendent cette énergie aussi nocive pour le climat que le charbon.

Le PDG d’ExxonMobil, Darren Woods au eu chaud. Lors de l’assemblée générale, le fonds anglais LGIM s’était allié à d’autres actionnaires afin de demander à ExxonMobil de divulguer ses activés de lobby contre le changement climatique ainsi que d’implémenter un commité indépendant qui aurait bousculé le PDG dans les questions d’énergies renouvelables. In fine, seuls 32,7% des actionnaires ont voté pour cette proposition.

Dans l’assemblée générale de Chevron, les investisseurs ont demandé au pétrolier de divulguer ses actions de lobby contre le changement climatique. Chevron a annoncé voir licencier 10 à 15% des ses 45’000 employés.

Avec Chevron, ExxonMobil est l’une des rares compagnies pétrolières à n’avoir aucune stratégie de diminution de CO2. Parmi les plus grands investisseurs d’Exxon on retrouve la Banque Nationale Suisse pour une valeur de $ 649 millions alors que l’action a dégringolé de plus de 50% durant ces 4 dernières années.

Avec une ardoise de 19 milliards $, la société de location de voitures HERZ USA-Canada s’est mis en protection de faillite. Ses problèmes datent d’avant le coronavirus.

 

Décompte des plateformes de forages pétrole et gaz aux USA

 

L’australien Quinbrook Infrastructure et l’électricien californien Arevia Power ont reçu le feu vert pour construire le projet Gemini Solar de 1 milliard $ avec 690 MW de panneaux solaires. Proche de Las Vegas, la ferme pourra également stocker l’électricité produite.

Pour leurs voitures à hydrogène Toyota, Hyundai et Honda offrent gratuitement pendant 3 ans les pleins d’hydrogène. En Californie, plus de 8’000 voitures à hydrogène sont en circulation avec 41 stations de recharge. Le kg est vendu à 13,99$ soit 1,47$ en équivalent essence. Le prix devrait descendre entre 10 et 8$ le kg dans les 5 années à venir selon la National Renewable Energy.

La Californie va ouvrir le plus grand centre de production d’hydrogène au monde avec 40’000 tonnes annuellement assez pour les besoins de 2’200 voitures.

Même si l’extraction du charbon est considérée comme un business essentiel et que les mines sont restées ouvertes durant le coronavirus, le nombre d’emplois dans le secteur minier a diminué de 12% à 43’800 employés en avril. La pandémie pourrait accélérer le déclin du charbon aux USA. L’utilisation des énergies renouvelables et le gaz opposent une trop forte concurrence pour qu’il reste compétitif.

Contagion ou récupération? Après que le PDG de BlackRock, qui après des années de pillage de l’économie, a vue les lumières divines, voici que Jamie Dimon, PDG de la Banque JPMorgan Chase, a aussi eu une vision. Avec un toupet certain, le brave homme annonce que “le corona sonne comme un réveil pour les gouvernements et les grandes entreprises afin de construire une économie qui englobe plus les millions de personnes pauvres qui sont laissées derrière et depuis trop longtemps.” Peut-être que de fermer une banque aussi prédatrice que JPMorgan Chase est une excellente première étape pour atteindre cet objectif?

Les cinq premiers milliardaires américains (Jeff Bezos d’Amazon, Bill Gates de Microsoft, Mark Zuckerberg de Facebook, Warren Buffet et Larry Ellison d’Oracle) ont vu leur fortune augmenter de 75,5 milliards $ entre le 18 mars et le 18 mai. Au total les 600 plus grandes fortunes américaines ont augmenté leurs fortunes de 434 milliards $  (+15 %) selon American for Tax Fairness et Forbes.

 

 

 

Europe

A part quelques gouttes de pétrole et de gaz dans la Mer du Nord, l’Europe est énergétiquement dépendante de pays tiers. Dans ce contexte, l’Europe s’engage dans un «Green New Deal» avec l’objectif de se sortir du pétrole, du gaz et du charbon d’ici à 2050.

Dans sa liste de recommandations d’investissement, la commission Européenne désire exclure les investissements dans les énergies fossiles et donner une ligne de conduite pour les assurances et les fonds de pension.
Mais il y a un mais! La Commission vient d’inventer un concept à hurler de rire et qui souligne avec délicatesse l’influence des petites enveloppes distribuées par les lobbies.

Elle défini une énergie fossile, comme «solide» comme le charbon. Une énergie fossile n’est pas «liquide» comme le pétrole et le gaz. Ainsi, seul le charbon sera exclu des recommandations.

 

Russie

En Sibérie en temps normal, les températures deviennent positives autour du mois d’avril, et avoisinent les 10 degrés en mai. Depuis janvier, il fait chaud. Le joli mois de Mai a apporté une vague de chaleur exceptionnelle avec des températures de 30 à 35°C.

Ca chauffe également pour le Président Poutine qui voit sa côte de popularité descendre proportionnellement à la montée du coronavirus d’autant que les budgets de l’État dans les hôpitaux ont fondu comme la neige en Sibérie.

Dans l’accord OPEP+ (OPEP et Russie), Moscou devait fortement réduire sa production pétrolière afin de soutenir les cours. Connaissant la Russie, le chiffre lancé en l’air n’allait pas être respecté. Effectivement, la Russie n’est pas allé au-delà. Rosneft annonce qu’il est difficile de fermer les gisements pétroliers sans les endommager de manière définitive.

 

Allemagne

Dans la Saxe, après 180’000 km, le test de deux rames de trains à l’hydrogène se solde par un succès. Ainsi 14 rames du modèle Coradia iLint d’Alstom vont entrer en fonction pour remplacer les trains diesel.

Les ventes de BMW ont diminué de 61% en avril avec 121’000 ventes (au plus bas depuis 1990) et une chute de 97% en Italie, Espagne et en Angleterre.

Dans l’affaire du Diesel Gate, VW a déjà déboursé € 30 milliards. La facture va s’allonger car le constructeur va devoir racheter, à la valeur actuelle, les voitures truquées aux clients allemands lésés.

Faisant froncer les sourcils de la non-concurrence et des économistes traditionnels, le Gouvernement Allemand injecte des centaines de milliards afin de soutenir ses entreprises.

Lufthansa a pour l’instant refusé les conditions pour une aide de € 9 milliards.

 

Espagne

Quand la taille est importante! Siemens et le producteur espagnol d’éoliennes Gamesa Renewable Energy vont construire la plus grande éolienne au monde: Hauteur de 222 m et une puissance de 14 MW.  La SG 14-222 DD pulvérisera de 2m l’éolienne de General Electric. Les premières unités seront installées aux USA.

 

Angleterre

Bernard Looney, PDG de BP, pense que la pandémie pourrait avoir fait atteindre le peak de la demande pétrolière. Selon lui, «les technologies, qui permettent de travailler à la maison ou d’éviter les déplacements, vont couper la demande pour les voyages et les déplacements. Ces comportements pourraient persister dans le futur.»

BP a vu chuter ses bénéfices de 66% au premier trimestre. Le PDG désire investir dans les énergies renouvelables. En même temps, il ne sera pas trop difficile d’atteindre cet objectif car l’implication actuelle de BP est dérisoire. En moyenne, les majors pétrolières consacrent moins de 2% de leur investissements dans le renouvelable alors que les énergies vertes composent le 50% de leurs communiqués de presse.

AMTE Power et Britishvolt vont coordonner leurs efforts dans la construction d’une fabrique de batteries de 4 milliards £ afin de livrer les constructeurs automobiles et de stockage d’électricité basés en Angleterre. Dans la même veine, Tesla espère ouvrir une fabrique en Allemagne, pendant que le suédois Northvolt a récolté 1 milliards $ pour construire une unité en Suède.

Le pétrolier Hurrican Energy, autrefois positionné comme le champion de l’exploration dans la Mer du Nord, a suspendu ses prévisions d’extraction. Ses prévisions de 20’000 b/j dans les îles Shetland ne sont finalement pas réalistes. En 2017, il avait réussi à lever 530 millions $ pour extraire les 523 millions de barils qui se trouvaient sous les îles. Sur la nouvelle, la valeur de l’entreprise a chuté de 43%.

Le constructeur aéronautique Rolls-Royce va licencier 9’000 de ses 52’000 employés. L’anglais livre des moteurs pour Boeing et Airbus. Son business model repose sur le nombre d’heures de vols des avions, d’où les licenciements.

EasyJet va licencier 4’500 employés. D’ici à juillet, la compagnie aérienne espère retrouver le 30% de sa capacité de vol. Malgré les licenciements, la compagnie va garder ses vols à des tarifs moins cher qu’une pizza notamment pour les weekends indispensables à Barcelone.

 

Norvège

Le Fonds Souverain du pays de $ 1’000 milliards a décidé de renoncer aux investissements dans les entreprises qui utilisent plus de 20 millions de tonnes de charbon par année. En mai, le fonds est sorti du minier Glencore, des électriciens Anglo Amercican et Allemand RWE et du brésilien Vale.

 

Suisse

Le canton de Genève désire sauver le Salon de l’Automobile. Geste de désespoir? Sa fréquentation est en chute libre de 720’000 visiteurs en 2000 contre 600’000 pour 2019. La probabilité, que les billets 2019 deviennent collector, grandi.

En Suisse, la production d’électricité à base d’éolien et de solaire a atteint 284 kWh en 2019. Du coup, le pays fait une percée extraordinaire et remonte au 24 rang au niveau européen. Seules la Hongrie, la Slovénie, la Slovaquie, la République Tchèque et la Lettonie font moins bien que l’Helvétie selon la Fondation Suisse de l’Energie.

Glencore, le géant minier installé à Zoug pour des raisons d’optimalisations fiscales, fait face à une fronde de ses investisseurs soucieux du climat. Ils demandent le départ de Tony Hayward actuel président du conseil. Pour mémoire, Tony Hayward était l’abruti (pas trouvé d’autre mot) qui dirigeait BP lors de la marée noire Deepwater Horizon dans le Golfe du Mexique.

 

France

Renault va licencier 8% de ses employés soit 15’000 personnes dont 4’600 en France durant les 3 prochaines années. Le constructeur automobile souffre d’une surproduction et des pertes financières avaient été annoncées avant le coronavirus. Ses usines peuvent produire plus de 1 million de voitures alors que ses ventes dépassent à peine les 600’000 unités.

A Belfort, l’avenir de General Electric devient de plus en plus incertain et 70 employés ont été licenciés durant le confinement. Derrière la vente bradée d’Alstom à GE se cache Emmanuel Macron qui avait annoncé la création de 1’000 emplois en 2014. Il y a un an 792 postes dans l’entité gaz avaient été déjà supprimés.

 

 
Dessin Chappatte

 

Moyen-Orient

Arabie Saoudite

Avec la chute du baril, le royaume tousse. Il y a 2 ans, le prince héritier Mohammed bin Salman avait introduit une TVA de 5%. Elle va grimper à 15% dès le mois de juillet.

Les fonctionnaires vont également voir disparaître des aides financières, histoire de réduire de $ 26,6 milliards le budget de l’État. Le secteur public emploie le plus grand nombre de nationaux et les salaires représentent le 50% du budget de l’État. Le département militaire pourrait également se serrer la ceinture.

Neon, la ville du future au bord de la Mer Rouge, pourrait passer aux oubliettes d’autant que les 500 milliards $ restent à trouver.

Pour se conformer aux quotas de l’OPEP, l’Arabie Saoudite devrait extraire 7,5 millions b/j. en juin, soit une baisse de 4 millions b/j.

Avec des ventes de 51,4 milliards $, Saudi Aramco annonce une baisse de 25% de ses revenus pour le premier trimestre avec un bénéfice de seulement 16,7 milliards $ contre 22,2 en 2019. Avant le coronavirus, la compagnie pétrolière nationale avait prévu de distribuer pour 75 milliards $ de dividendes cette année. L’objectif semble s’éloigner. Dans la foulée, elle va diminuer ses investissements d’extractions de 33 à 25 milliards $.

Ryad continue de vendre son pétrole en Asie avec un rabais de 5,9$ le baril pour une livraison en juin. L’objectif est de prendre des parts de marché à la Russie et aux autres concurrents.

La Chine a augmenté ses importations de pétrole d’Arabie Saoudite. Là aussi, cela sent les rabais.

Pour le nord-est de l’Europe, un marché important pour la Russie, l’Arabie Saoudite propose son pétrole avec un rabais de 3,7$ le baril.

 

Iran

Le pays a été durement touché par le coronavirus d’autant que les USA ont tout fait pour que le pays ne reçoit ni masque, ni ventilateur ou médicament. Les chiffres dépassent les 100’000 contaminés et approchent les 7’000 morts.

Après un calme relatif, le pays a été déconfiné. Mais comme le virus est joueur, il s’est installé dans la partie pétrolifère du pays. Ainsi dans la région d’Abadan, tous les bureaux, raffineries et exploitations pétrolières tournent au ralenti.

Avec la chute des prix du baril, les revenus du pays ont chuté. L’impact sur les citoyens et tout le système économique sera à mesurer dans les mois à venir.

 

Irak

Après des mois de vide, un nouveau premier ministre. Mustafa al-Kadhimi a été nommé à la tête de l’état. Il a muté Ali Allawi de ministre des finances au rôle de ministre du pétrole. Avec la quasi totalité des revenus de l’État qui proviennent du pétrole, on peut se demander l’utilité d’un ministre de l’économie.

Bagdad renégocie avec les majors pétrolières internationales afin de différer les payements. Avec le coronavirus et la chute des prix du pétrole, le pays se trouve sur le fil du rasoir. La production a déjà diminué de 700’000 b/j.

Au nord, les Kurdes ont enfin accepté de rétrocéder 250’000 b/j de pétrole ainsi que les revenus à Bagdad. Cette décision avait été prise à la fin 2019, mais avec la situation actuelle, les Kurdes ont préféré garder le tout pour eux d’autant que l’État Islamique reprend des forces.

L’État Islamique profite du vide et de la détérioration de l’ambiance entre les USA et l’Irak afin de reprendre des forces. En temps normal, des jets militaires patrouillent la région d’Anbar. Comme les budgets sont coupés, il n’y a plus de vols. Une deuxième vague de l’État Islamique pourrait surgir.

 

Yémen

Alors que le pays a obtenu un cessez-le-feu avec l’Arabie Saoudite, la pandémie de coronavirus a mis à genou le système de santé. De plus, une invasion monstrueuse de sauterelles a dévasté les récoltes. Les milliards de sauterelles se sont dirigées vers le Kenya.

 

 

Les Amériques

USA Schiste

Le gisement de schiste du Dakota du Nord a perdu 7’000 forages sur 16’000 et la production a diminué de 500’000 b/j. L’arrêt d’un forage coûte $ 20’000 alors il en faut $ 50’000 de plus pour le redémarrer selon le North Dakota Departement of Mineral Resources. Pour effectuer un forage, comptez une moyenne de $ 7 millions.

Dans les extractions de schiste, l’agence américaine de l’énergie annonce une production de 9 millions b/j avant la pandémie à 8 millions en mai et 7,8 en juin. Ces chiffres sont à prendre avec un peu de recul car la transparence n’est pas dans l’ADN de l’agence.

Les entreprises pétrolières Fieldwood Energy, Ultra Petroleum et Gavilan Resources ont annoncé leur faillite. La dernière était une protégée de BlackRock.

Chesapeake Energy évalue la possibilité de se protéger derrière le chapitre 11 des faillite. Le mois passé Diamond Offshore Drilling et Whiting Petroleum avaient fait le pas.

Selon Rystad Energy, si les prix du baril restent dans la zone des $30, plus de 70 entreprises pourraient faire faillite et 170 pourraient suivre en 2021.
Le nombre de pertes d’emplois dans le schiste aurait atteint 70’000.

Avec une armada de tankers pétroliers, l’Arabie Saoudite livre plus de 1,6 million b/j de brut aux USA. Les commandes avaient été passées avant l’arrêt de la guerre des prix le 12 avril dernier. Avec des prix cassés, ces livraisons pénalisent le pétrole de schiste. Les importations pétrolières américaines ont augmenté à 7,2 millions b/j.

 

Venezuela

Devant la pénurie d’essence qui paralyse le pays, l’Iran a envoyé 5 tankers de carburants avec plus de 200 millions de litres d’essence. Caracas prend toutes les mesures militaires pour protéger l’arrivée des tankers qui pouvaient être bloqués par les américains dans les Caraïbes. Pour l’instant, la US Navy a laissé faire.

Suite aux menaces américaines de sanctions financières contre le russe Rosneft, l’entreprise a vendu tous ses actifs au Venezuela à une entreprise russe détenue à 100% par Moscou. Cependant, la Russie craint les sanctions financières américaines et semble officiellement lâcher le secteur pétrolier du Venezuela. A confirmer.

Le Venezuela pourrait perdre la propriété de Citgo, qui génère un cash précieux. La compagnie pétrolière américaine est détenue par PDVSA la major pétrolière vénézuélienne. La cours suprême américaine a accepté la demande du canadien Crystallex de saisir pour 1,4 milliards $ les actions de PDVSA dans Citgo.

 

Argentine

Le gouvernement aimerait subventionner l’extraction pétrolière de schiste en rachetant aux producteurs le baril à un prix fixe de 45$ au lieu des cours qui naviguent entre 20 et 30$. Ca tombe assez bien car l’Argentine croule sous les dettes et pourrait faire un nouveau défaut de payement.

Le gisement de schiste de la Vaca Muerta a vu sa production s’écrouler et il est peu probable qu’une garantie de payement à 45$ fasse revenir les investisseurs et les producteurs.

 

Asie

Inde

Alors que le pays est sorti de son confinement, la demande de carburants a augmenté. Les ventes de diesel de 38% à -61% en avril, pétrole de -47,5% contre 61% en avril.

Les 20 millions d’habitants de Bombay représentent le 20% des infections de coronavirus et 25% des morts.

Le plus puissant cyclone jamais enregistré dans le golfe du Bengale, Amphan avec ses vents à plus de 180 km/h, a touché les côtes de l’Inde. La température élevée de certains océans pourrait promettre une saison cyclonique intense.

 

Japon

Nissan va réduire sa capacité de production de 7,2 à 5,4 millions de véhicules par an dès 2022. L’usine de Barcelone, Espagne, qui emploie 3’000 personnes sera fermée. Le groupe va abandonner l’Europe et se concentrer sur l’Asie. Nissan, en alliance avec Renault et Mitsubishi, a l’intention de supprimer 20’000 emplois dans le monde.

Sept compagnies japonaises ont formé le e5 Consortium afin de réaliser un nouveau bateau électrique capable de voguer entre les océans.

 

 

Afrique

Comme les médias ne s’intéressent qu’aux nouvelles locales du coronavirus, voici des infos sur les contaminations.

 

Libye

La Russie et la Turquie semblent les deux forces en charge du pays via leurs marionnettes locales. Moscou a misé sur le général Khalifa Haftar, qui tente de prendre, sans succès, la capitale Tripoli avec sa Libyan National Army (LNA). Cependant, Poutine pourrait choisir un nouveau cheval.

L’Egypte, la Russie, les Emirats Arabes Unis soutiennent également le général. Celui-ci a décidé de bloquer toutes les livraisons de pétrole et par ricochet, le budget du pays. Chaque jour qui passe mène au pied du mur. (Lire article)

De son côté, la Turquie soutient le Governement of National Accord (GNA) qui est également soutenu par la France, l’Italie et les USA.

A l’époque de Kadhafi, le pays exportait 1,7 millions b/j. Aujourd’hui, l’extraction est à l’arrêt.

 

Algérie

Le pays envisage d’installer pour 3,6 milliards $ de panneaux photovoltaïques (4’000 MG) afin de générer de l’électricité et pour faire face à l’augmentation de la demande.

 

Nigeria

Le plus grand producteur de pétrole africain a importé pour 20,89 milliards de litres en 2019. Le pays ne possède pas de raffinerie.

La justice anglaise a refusé la plainte déposée par le Nigeria contre l’Italien Eni et l’anglo-hollandais Shell. Le gouvernement nigérien avait porté une affaire de corruption des deux majors pour un montant de 1,1 milliard $. Le juge a précisé que l’Angleterre n’avait pas de juridiction afin de traiter ce cas.

 

Phrases du mois

Dans le passé, nous avons toujours été confrontés soit à une crise [alimentaire] du côté de la demande, soit à une crise de l’offre. Mais c’est à la fois une crise de l’offre et de la demande au niveau mondial. Cela rend cette crise sans précédent et inexploré.”  Arif Husain, Chef Economiste UN World Food Program

“Le succès du déconfinement dépend de notre intelligence collective. – Qu’est-ce qu’il a dit ? – Il a dit que l’on va tous mourir.

Je ne sais pas comment expliquer qu’un homme avec aussi peu de qualifications est devenu le président d’un pays de 210 millions d’habitants.” Virgilio Neto, Maire de Brasilia, Brésil au sujet de Bolosonaro.

“La Politique part d’un principe très simple, quand on manque de tout, un rien nous suffit, et quand il nous suffit d’un rien, on n’a pas besoin de grand-chose.” Coluche

 

La Lecture du Mois sur le Net

TechnoCivilisation : l’âge de déraison

Comment nos smartphones nous espionnent.

 

Sources: avec Tom Whipple d’ASPO USA et Resilience.org  et l’humour des chroniques matinales de Thomas Veuillet Investir.ch, des images de Patrick Chappatte et toutes les informations diverses et variées, récoltées dans différents médias à travers le monde. Pour lire la revue complète

 

 

 

 

 

Les défis de l’énergie nucléaire

Le boom de la production d’électricité nucléaire a été initié par le choc pétrolier de 1973. Le nucléaire s’était affirmé comme une nécessité bienvenue afin de diversifier les sources énergétiques pour diminuer les dépendances à l’or noir et aux pétromonarchies. La période aura vu l’émergence des centrales portées par les grandes puissances nucléaires militaires.

Est-ce que la crise pétrolière actuelle permettra de dupliquer la crise de 1973 et d’ouvrir de nouvelles opportunités pour l’énergie nucléaire ?


 

Aborder un pareil sujet est risqué tant les opinions et les idéologies sont polarisées. Tentons de rester sur ce fil du rasoir.

En 2020, 52 centrales nucléaires sont en constructions dans le monde, principalement en Chine et en Inde, alors que 186 unités ont pris leur retraite. Trente pays se partagent un parc de 449 réacteurs. Au niveau mondial, ils produisent 10,2% de l’électricité et représentent un peu plus de 4% de l’énergie totale consommée.

Les énergies renouvelables (solaire, éolien, géothermie, hydraulique, marée motrice) jouent un ton en-dessus avec une part de marché électrique estimée à 22,9%.

 


Répartition de la production d’électricité dans le monde, 2017
Source: Agence Internationale de l’Energie

 

Une intensité élevée en capital

Comme pour le solaire, l’hydraulique ou l’éolien, une centrale nucléaire repose sur une forte intensité en capital. Avant de produire le moindre kWh (kilowattheure), il faut d’abord débourser entre € 3,2 et 12 milliards selon le modèle.

Les charges du capital pour une centrale nucléaire peuvent peser jusqu’à 74% sur les coûts de la production d’électricité. En comparaison, ils grimpent à 88% pour le solaire et 80% pour l’éolien. De son côté, une centrale à gaz se monte à un minime 22%.

Au total, les coûts de financement de la construction d’une centrale nucléaire peuvent faire grimper les prix du kWh jusqu’à 3 à 7 ct. Pour illustrer ce chiffre, en 2019, le prix moyen d’achat de l’électricité en Suisse était de € 4,8 ct selon l’OFEN.

Ce talon d’Achille est connu par l’industrie qui planche sur des solutions créatives de financement.

 

Climat et humanité

Le lobby du nucléaire met en avant un bilan CO2 favorable, alors que les opposant ne se limitent pas à la construction d’une centrale et ajoutent l’entier du cycle de vie de l’uranium, de la mine au réacteur, à la gestion des déchets.

Selon les études, les valeurs fluctuent de 50 à 150 gr CO2/kWh.

Par rapport aux autres énergies fossiles, même s’il n’est pas gratuit pour le climat, ce bilan est favorable. Cependant, les déchets radioactifs et les accidents nucléaires font planer une menace différente mais qui met également la survie de l’humanité en questionnement.

 


Production électricité nucléaire par pays.
Source : world-nuclear.org

 

Uranium : les 6 pays clés

Avec 40% de l’extraction mondiale, le Kazakhstan est l’Arabie Saoudite de l’uranium.

Dans le monde, le 85% de l’uranium est extrait par six pays: le Kazakhstan, le Canada, l’Australie, la Namibie, le Niger et la Russie.

Ce manque de diversification représente une menace d’autant que la Chine s’est stratégiquement accaparé de plusieurs gisements. Ainsi Pékin a financé ses services au Kazakhstan afin d’ouvrir une unité d’enrichissement du combustible pour les centrales nucléaires.

A travers le monde, les centrales nucléaires en activité consomment 66’000 tonnes d’uranium par année. L’extraction minière couvre le 90% des besoins avec 53’600 tonnes. Le reste provient notamment des accords de désarment militaire entre la Russie et les USA.

Si l’industrie du nucléaire ambitionne de doubler sa part de marché et de grimper à 20% de la production mondiale d’électricité, il lui faudrait extraire plus de 100’000 tonnes d’uranium à des prix abordables. Cette hypothèse ne repose pas sur des gisements actuellement identifiés et exploitable à des prix raisonnables.

En théorie, il est possible de trouver jusqu’à 4,5 milliards de tonnes d’uranium dans les mers et les océans mais le processus d’extraction en grande quantité est financièrement hors d’atteinte. La hausse des prix de l’uranium permettra d’ouvrir de nouveaux gisements, mais à contrario, pèsera sur les coûts des kWh.

 

Extraction minière vs besoins des centrales.
La ligne noire représente les besoins des centrales
Source: World-Nuclear.org

 

S’aligner sur la concurrence

Face à la baisse continue des coûts de production des énergies renouvelables et du gaz, l’industrie nucléaire recherche des solutions afin de s’aligner sur les conditions financières de ses concurrents.

Au gouvernement Anglais, EDF a proposé un prix de rachat de €10,6 ct pendant 35 ans afin de rentabiliser les deux centrales en construction. Ce chiffre a alerté l’industrie et montré que l’écart ne cesse d’augmenter face au charbon, au gaz, au pétrole ou aux énergies renouvelables.

Ainsi, pour la proposition d’une troisième centrale EPR en Angleterre, EDF et le chinois CGN proposent que les clients consommateurs anglais participent immédiatement au financement de celle-ci en majorant les prix actuels de l’électricité. Ce système permettrait de diminuer les charges, mais oblige les citoyens à porter une grande partie des risques et à accepter une augmentation des tarifs sans garantie de résultats.

 

Le nombre de réacteurs est stable depuis les années 1980
Source: Agence Internationale de l’Energie

 

Durabilité financière

Pour mesurer les rendements financiers du nucléaire et du business model, il est intéressant d’analyser des pays fortement impliqués comme les USA et la France.

EDF, Electricité de France, gère l’entier du parc nucléaire du pays et a repris certaines activités du défunt champion du nucléaire: Areva. La dette d’EDF se monte à € 37 milliards et si l’on ajoute les emprunts obligataires ce montant est doublé alors que Paris a subventionné pour plus de € 10 milliards les pertes d’Areva.

D’ici à 2030, la cour des comptes françaises évalue à 100 milliards € les coûts de maintenance et de la modernisation du parc nucléaire national.

Comme le mentionnait, en 2009, l’ancien PDG d’EDF, Henri Proglio, les prix de l’électricité français sont trop bas par rapport aux coûts réels de la production. Cette problématique est récurrente et avait été relevée avant l’émergence des renouvelables. Depuis, EDF a reçu l’autorisation des différents gouvernements afin d’augmenter continuellement les tarifs à dose homéopathique tant le sujet est sensible.

L’analyse reflète une image similaire aux USA. Devant la percée du gaz de schiste et de l’éolien, de nombreuses centrales nucléaires et à charbon ont été incapables de s’aligner sur la baisse des tarifs. A l’instar de Paris, Washington a refusé de subventionner les centrales qui ont dû être fermées.

In fine, l’option du nucléaire apporte une confortable base électrique, mais dans certains cas nécessite des subventions importantes.

 


Progression des énergies renouvelables de 1998 à 2018
Source: BP Review 2019

 

Small is Beautiful : SMR Small Modular Reactor

Si les grands réacteurs posent de grands problèmes, l’industrie planche sur de plus petits réacteurs: les SMR.

L’américain Nuscale Power avance dans la commercialisation de son système de 720 MW (mégawatts) dès 2027. Elle planche sur un tarif de € 6 ct kWh pour un investissement de € 2,8 milliards. Dans ce prix, Nuscale ne tient pas en compte les traitements et la gestion des déchets. Aux USA, l’industrie nucléaire a délégué ces coûts au gouvernement fédéral.

Le Consortium Rolls-Royce planifie un réacteur de 440 MW d’ici à une dizaine d’année.

De son côté, la Russie a réalisé une prouesse avec son système embarqué sur un bateau, Akademik Lomonosov, afin d’alimenter les installations pétrolières de l’Arctique. Ce prototype a dépassé de 4 fois les budgets. Sa sécurité est également un sujet de controverse mais la possibilité d’apporter une grande quantité d’électricité directement sur les lieux de consommation est un atout puissant et inédit. Même si son prix est élevé, l’Akademik apporte une solution à un problème qui était insoluble.

 

Projet Nuscale Power: Small Modula Reactor

 

La réponse de l’industrie guidera son destin

Avec l’électrification de la mobilité, du transfert du pétrole vers l’électricité ainsi que l’augmentation de la population, les besoins en électricité devraient continuer à progresser.

Le krach pétrolier de 1973 a fait naître le nucléaire. Il est intéressant de noter qu’aujourd’hui, l’Arabie Saoudite, l’Iran et les Emirats Arabes Unis font appel au nucléaire pour transférer la production d’électricité du pétrole vers l’atome. Dans les cas de Ryad et de Téhéran, l’acquisition de l’arme militaire atomique via les centrales civiles fait également partie de l’équation.

En parallèle et pour mettre la pression, Abu Dhabi vient d’annoncer la construction d’une centrale solaire par le consortium du français EDF et du chinois Jinko Solar à un tarif fixe de € 1,25 ct le kWh. La ferme, qui sera en production dès 2022, produira la même quantité d’électricité qu’une centrale nucléaire.

Aux USA, la Californie a confirmé l’installation d’un système de production solaire avec des batteries de stockage pour un tarif de € 1,85 ct.

De leur côté, les grands groupes pétroliers européens (Total, Eni, Shell, BP, Equinor) ont identifié la production, la vente et le stockage de d’électricité comme une opportunité de transition stratégique. Si Shell mise sur le gaz, les autres groupes gardent leurs options ouvertes. Pourraient-ils être séduits par de petites unités SMR ou le nucléaire? Afin de pouvoir offrir des dividendes, les pétroliers exigent un retour sur investissement de 6 à 12% de leurs investissements.

Pour les grandes centrales nucléaires, elles restent l’apanage du secteur public car les risques sont importants, les durées sont longues et les retours insuffisants pour les investisseurs privés. Par contre, la garantie de produire en ruban une grande quantité d’électricité reste un atout majeur.

 

Les défis de l’industrie

Les cartes sont dans les mains de l’industrie. Dans la myriade de paramètres, deux résonnent plus fortement.

Elle doit d’abord prouver et offrir une garantie totale de la disponibilité économique et physique de l’uranium pour les 30 à 40 prochaines années. Cet accès doit être également libre d’éventuelles pressions politiques des pays miniers. La présence omniprésente de la Chine dans toutes la chaine de valeurs est un sujet d’inquiétude géostratégique.

Elle a également la nécessité de répondre à la baisse continue des prix des énergies renouvelables et des solutions de stockages tout en garantissant des niveaux de sûreté et de sécurité élevés.

Comme le soulignait Charles Darwin, “ce n’est pas le plus fort qui survit, c’est celui qui s’adapte”.

 

 

Energies, Economie, Pétrole: Revue Mondiale Avril 2020

Le 1er de chaque mois, retrouvez un tour du monde des Energies. A l’agenda:
– Pétrole: Un baril à -37$, ça vous dit?
– USA: Le pétrole de schiste est en train de s’écrouler
– Russie: Le coronavirus s’attaque aux installations nucléaires
– Chine: Pékin en profite pour remplir ses réserves stratégiques
– USA: Elon Musk pollue le ciel avec ses satellites Wifi
– Suisse: L’essence est trop chère de plus de 10 centimes
– Venezuela: Premier pays producteur de pétrole à s’effondrer?
– Gaz Naturel: Encore une étude sur les fuites de méthane.


 

Nous venons de vivre un mois historique avec des records… historiques. Le pétrole est passé dans une machine à laver avec un programme qui oscillait entre -37,63$ à New York et 10,07$ à Londres. Pas étonnant qu’il en ressort lessivé. Une telle volatilité est effrayante.

Ainsi, pour ne pas finir comme un cancre au fonds de la classe, le baril s’est repris le dernier jour du mois. A Londres, le Brent s’affiche à 25,27$ (26,20 fin mars) et à New York, le WTI s’affiche à 18,60$  (20,20$ fin mars).

 

 Graphique du mois
Le baril termine à -37$ le baril à New York

Source: Bloomberg, graphique BBC

 

Energies

Au niveau mondial, la pandémie a diminué la demande d’énergie de 6% selon l’Agence Internationale de l’Energie, soit l’équivalent de la consommation de l’Inde!

La baisse touche le pétrole, le gaz et le charbon mais, de manière très intéressante, pas les énergies renouvelables. En effet, les coûts de production d’électricité à base d’énergies renouvelables (opex) sont proche de zéro. Cette distorsion de comportement est regardée avec intérêt par les investisseurs dans une perspective d’une sortie de crise et pour des opportunités d’investissements futures.

Selon Fatih Birol, directeur de l’AIE, les émissions d’équivalent CO2 ont diminué de 8% soit au niveau de 2010.

 

Pétrole

Il était attendu. Comme le Beaujolais, le krach pétrolier nouveau est arrivé. Le millésime 2020 s’appelle “Black Monday” Ainsi, durant le joli mois d’avril, le baril de Brent est descendu à 10.07$ à Londres, au plus bas depuis 1999. A New York, c’est la gabegie dans une industrie qui est en train de structurellement s’écrouler.

Les producteurs notamment aux USA, en Afrique et au Moyen-Orient vendent leurs barils avec des rabais entre 5 et 10$ par rapport aux cours. Le Canada commercialise son baril en-dessous de 1$.

Si vous désirez investir dans le pétrole: “Acheter du pétrole est une affaire de pros” comme le souligne Thomas Veillet dans son sympathique article. Dans les grandes lignes, des financiers requins ont créé des ETF à l’attention des marionnettes. Si votre financier vous propose d’acheter du pétrole, vous savez qui est la marionnette.

 

Stockage du pétrole

Suite la baisse de la demande estimée à 25 millions de barils par jour (b/j), les pétroliers cherchent des places de stockage. A part le schiste, les forages n’ont pas l’option “on/off”. En cas d’arrêt, ils ne peuvent pas repartir ou pourraient endommager le gisement. Dans certains cas, il sera préférable de le brûler sur place, comme on le fait depuis des années avec le gaz.

Selon Vortexa depuis la fin mars, la quantité de pétrole stockée dans les tankers est passée de 33,7 à 72 millions de barils  Il n’en fallait pas plus pour que la main invisible du business s’en mêle. Les prix de location des tankers a doublé selon le concept de l’offre et de la demande.

Selon Vortexa depuis la fin mars, la quantité de pétrole stockée dans les tankers est passée de 33,7 à 72 millions de barils Il n’en fallait pas plus pour que la main invisible du business s’en mêle. Les prix de location des tankers a doublé selon le concept de l’offre et de la demande.

Pour un tanker de 800’000 barils, vous allez devoir signer un chèque de 173’000 $ par jour. Pour la version plus petite de 500’000 barils, 112’000$ devraient suffire. Il n’y a pas encore une offre spéciale sur Qoqa.ch, mais ça devrait venir.

 

 

Economie

Il est trop tôt pour savoir si les pays européens se lancent dans l’ouverture de leur Economie ou dans une deuxième vague de pandémie. La réponse devrait émerger dans quelques semaines.

Les Banques Centrales ont ouvert les vannes de liquidités à hauteur de 15’000 milliards $. Comme en temps de guerre, la victoire n’a pas de prix. Avec cette inondation de liquidité, les bourses devraient retourner vers des niveaux records alors que dans la vraie vie, les pagaies seront de rigueur.

Sommes-nous en récession (qui est un cycle normal dans l’économie) ou une dépression (causé par une guerre ou une pandémie). L’histoire montre que les dépressions sont plus longues mais apportent les plus grands changements. Dans ce deuxième cas, quels seront les changements qui émergeront?

Dans une dépression, l’injonction d’argent par les Banques Centrales est aussi efficace que Don Quichotte avec ses moulins à vent mais cela a le mérite d’apporter du cash à Bill Gates, Elon Musk, ou Jeff Bezos.

 

Uranium

A l’opposé du pétrole, le corona limite l’extraction d’uranium notamment dans les mines de Cameco au Canada et  de Kazatomprom au Kazakhstan. La réduction a réduit les extractions de 23 millions de tonnes. Le minerai grimpe +33% à 33.3$ l’unité. Ca fait beaucoup de trois!

Aux USA, l’extraction d’uranium représente 1.2 million de tonnes soit 7% des besoins de ses 98 centrales. Le reste est importé notamment de Russie.  Chut! Il ne faut pas le dire trop fort car si Donald met la main sur ce dossier.

 

Climat

Des records de températures laissent présager un été mouvementé notamment dans l’Atlantique, le Golfe du Mexique, le Pacifique et l’Océan Indien selon l’US National Centers for Environmental Information.

Les eaux du Golfe du Mexique atteignent 24,6 degrés alors qu’il fait plus de 34 en Floride, soit 6 degrés de plus que la moyenne pour un mois d’avril. La température devrait encore monter, car le Sénateur de l’Etat a levé le confinement et pense que tout est réglé.

La hausse des émissions de méthane inquiète. Mauvaise nouvelle pour les végans, car elle n’est pas due aux bovins, mais principalement à l’extraction et le transport de gaz naturel.

Grâce aux observations satellites, il est possible de mesurer les émanations de méthane de l’industrie gazière et pétrolière de schiste dans le Bassin Permien, Texas, USA. Des résultats spectaculaires ont été publiés dans le journal Science Advances. Les émanations de méthane du gaz naturel et pétrole de schiste sont deux fois plus élevés que dans les relevés officiels des exploitants. Le gaz naturel présenté comme solution transitoire avec les énergies renouvelables n’est qu’une bombe à retardement. De plus en plus de villes aux USA interdisent son utilisation pour le chauffage, la mobilité et la cuisine.

 


Dessin: Chappatte

 

Aviation

L’aviation est le seul moyen de transport qui ne paie pas de TVA sur les carburants et les compagnies sont devenues expertes dans l’art de l’optimalisation fiscale. C’est avec un certain amusement que l’on observe cette industrie venir demander de puiser dans les impôts des citoyens pour les sauver. Motif: “too big to fail”. Cet argument avait fonctionné à merveille en 2008 avec les banques.

En avril, le transport aérien a connu une chute de 53% à travers le monde et de 90% en Europe et aux USA.

Selon le Washington Post, de 2014 à 2019, les compagnies aériennes américaines: American, Delta, Southwest et United ont dépensé pour 44,7 milliards $ pour payer des dividendes et racheter leurs actions. Ces mêmes compagnies demandent maintenant une aide de 50 milliards $ aux contribuables américains!

British Airways a licencié 12’000 employés sur 42’000. Virgin Australia s’est mis en faillite tout comme Norwegian Air Shuttle. Scandinave SAS se sépare de 5’000 employés. L’Airbus A380 ne sera plus fabriqué. Lancé en 2005, le super avion est trop gourmand et entasser 500 personnes dans un avion n’est plus un concept à la mode. Airbus travaille avec le gouvernement Macron afin de préparer un chèque en blanc ou une deuxième version avec un chiffre dessus mais avec beaucoup de zéros.

De la part de Berlin, Lufthansa va recevoir une aide de 66’000€ par employé. La compagnie allemande négocie également avec l’Autriche, la Suisse et la Belgique pour ses sociétés filles Edelweiss, Swiss et Brussels Airlines. La Suisse doit encore valider un prêt de Frs 190’500 par employé. KLM & Air France vont recevoir une aide publique de 245’000 € par employé. La palme du plus grand jackpot revient à Boeing. L’administration Trump va verser une subvention de 392’000 $ par employé.

 

 

Les pays du Hit-Parade du mois

USA Schiste

Sans hésitation, le pays No 1 du mois: les Etats-Unis et particulièrement le pétrole et gaz de schiste.

Depuis le début de l’année, 7 compagnies pétrolières de schiste ont fait faillites alors que 42 entreprises avaient mis la clé sous le paillasson en 2019. La crise couvait depuis plus de 9 mois. Le schiste était souffrant. Avec le coronavirus, il est aux urgences.

Le Texas implore le gouvernement pour des subsides afin d’effacer les dettes des producteurs. Le sénateur Ted Cruz ose: “Maintenir notre production pétrolière d’énergie locale et protéger plus d’emplois aux USA, ou retourner à la dépendance avec les sources étrangères.” Présenté sous cette forme, les cordes sensibles de Trump devraient être touchées d’autant que la dominance énergétique des USA est en jeu.

Whiting Petroleum a annoncé sa faillite et n’a pas payé 25 de ses sous-traitants.
Après avoir manqué un remboursement de 500 millions $, Diamond Offshore Drilling a également annoncé sa faillite. Son actionnaire principal Loews va perdre 2 milliards $.

La quasi-totalité des entreprises de schiste ont vu les notations de leurs actions passer au niveau de “junk – pourrie” soit à un niveau dangereux et avec des taux d’emprunts qui grimpent à plus de 6%. C’est le double effet kiss kool.

En moins d’un mois, 27 milliards $ d’investissements ont été suspendus dans le schiste aux USA. La coupe d’ExxonMobil représente 10 milliards $. Dans la foulée, Moody a dégradé le rating d’Exxon de Aaa à Aa1 avec une prévision négative.

Warren Buffet avait chaudement supporté le rachat du pétrolier Anadarko par Occidental Petroleum. Coûts de l’opération : 55 milliards $. Depuis, l’opération est nominée dans la catégorie du pire achat dans l’histoire du pétrole. La valorisation d’Occidental est passée de 42 à 12 milliards $ en 12 mois. Sa dette de 37 milliards $ est passée au niveau de pourrie.

Au total, l’industrie du schiste américain compte 2,1 million d’emplois. Pour atteindre le seuil de rentabilité, les producteurs ont besoin d’un baril à plus de 40$.

 

Prix pour atteindre l’équilibre financier dans
les différents gisements de schiste aux USA

Prix en dollars US
Source: Federal Reserve Bank de Dallas, Texas

 

USA

En mars, le secteur pétrolier américain a perdu 51’00 emplois. Avril devrait dévoiler l’ampleur du désastre. Ce crash pétrolier est en train de menacer de manière structurelle, géologique et financière l’industrie pétrolière américaine.

Le nombre d’installations pétrolières a chuté à 378 contre 650 avant le krach. Avec une production maximale de 12,2 millions de b/j, est-ce que les USA auraient atteint leur peak oil ou n’est ce que partie remise ?

A Washington, l’administration Trump penche sur le sauvetage de l’industrie pétrolière et gazière. Pour l’instant, la décision est bloquée par les démocrates qui réfutent un sauvetage à plusieurs centaines de milliards. Dans le futur immédiat, les faillites devraient secouer le schiste pour arriver sur une consolidation du secteur autours des grandes majors comme ExxonMobil ou Chevron.

Les milliardaires Elon Musk et Bill Gates évoluent sur la planète comme en pays conquis. Sans autre bénédiction que la leur, Bill veut pucer toute la population avec ces vaccins à nanoparticules injectables et l’autre abruti va balancer 40’000 satellites dans l’espace pour vendre une connexion internet à haut débit. Le premier train lumineux de SpaceX ne compte que 60 appareils et la probabilité, que les enfants nés en 2020 n’arrivent plus à voir les étoiles, augmente. Google veut également lancer ses propres trains de satellites.

La dette publique américaine, de 25’000 milliards, va augmenter d’au moins 3’700 milliards $ cette année.

Aux USA, la consommation d’électricité est au plus bas depuis 17 ans à 64’177 GWh -6.1% sur une année. Selon Bloomberg, il n’y a pas de comparaison historique à cette baisse. La demande débute plus tard dans la matinée. En collant à la demande, l’éolien et le solaire capturent des parts de marché face au charbon et au gaz.

Sur un total de 3,4 millions d’emplois, plus de 106’000 ont été biffés dans les énergies renouvelables et 500’000 sont sur le fil du rasoir selon l’American Council on Renewable Energy.

Zoom, l’application de vidéo conférence, souffre de confidentialité. Pour s’occuper des problèmes de sécurité, Zoom a engagé le zouzou qui s’occupait chez Facebook de la relation avec Cambridge Analytica. Rien à voir avec l’énergie, mais drôle.

Il y a 10 ans, le 20 avril 2010 explosait la plateforme DeepWater Horizon de BP qui déversa 750 millions de litres de brut dans le Golfe du Mexique. Deep Water forait à des profondeurs inédites à cette époque.

TESLA a livré 88’400 véhicules durant janvier et février alors que le mois de mars était fermé. Les “experts de la finance” attendaient 89’000 voitures sur le trimestre. Le titre de TESLA a augmenté de 145% en un mois et son PDG, Elon Musk, a reçu une prime de 750 millions $. Notons aussi que Musk en a profité pour dire que le confinement était une atteinte aux droits de l’homme. Est-ce que son train lumineux n’entre pas dans une atteinte aux droits de l’homme afin de regarder le ciel et les étoiles ?

 

Le premier train de 60 satellites Wifi. Au total 40’000 satellites sont prévus!
C’est juste moi, où ce truc est indécent?

 

Arabie Saoudite

L’Arabie Saoudite a mené à bien une réduction extraordinaire de 10 millions de barils par jour au sein de l’OPEP+ (y compris la Russie non membre de l’OPEP).

Le pays devrait prendre à sa charge une diminution de 2,5 millions de barils. Quelques heures après l’annonce, les prix se sont effondrés.

Riyad a proposé un cessez-le-feu au Yémen officiellement pour combattre le virus. Cela permettra à l’Arabie de ménager son budget.

Sur les océans, 10% des tankers sont remplis du brut de l’Arabie Saoudite. Alors que leurs capacités de stockage sont pleins, l’Arabie pourrait devoir couper sa production et arrêter certains forages notamment à Ghawar. Ce gisement découvert dans les années 50 est le plus grand gisement au monde.

Avant la pandémie, plus de 43 millions de barils de pétrole avaient été vendus aux USA pour une livraison du 24 avril au 24 mai. Rystad Energy dénombre 28 tankers en route pour livrer leur cargaison dans le Sud des USA où l’Arabie possède des raffineries. Au total, les américains avaient commandé 76 tankers. La congestion dans les ports US va rendre difficile ces livraisons et ne va pas arranger le cours du pétrole aux USA.

Le fonds d’investissements de l’Arabie Saoudite a profité de la chute de la bourse pour acheter à bon prix des entreprises comme Carnival, bateaux de croisières, le groupe d’événement Live Nation Entertainment ou des actions dans les pétroliers européens dont les cours avaient baissé de 30% comme Total, Equinor, Shell et Eni. Ces achats vont permettre à l’Arabie Saoudite de peser et de freiner les investissements verts entrepris par ces pétroliers.

 

Russie

Suite à l’accord de l’OPEP+ et du G20, Moscou a demandé à ses entreprises pétrolières de diminuer de 20% leurs extractions par rapport au mois de février. Si la Russie respecte ses quotas, cet événement sera à marquer d’une pierre blanche. Cependant, le manque de place de stockage pourrait est décisif. Certaines compagnies envisagent de brûler le pétrole sur place au lieu d’éteindre et d’endommager les gisements.

Le directeur de Rosatom, Alexey Likhachev, tire la sonnette d’alarme. Le géant russe de l’énergie atomique est très touché par le coronavirus. Ses 3 centrales de Sarov, d’Elektrostal et de Desnogorsk sont fortement impactées et fonctionnent avec un personnel réduit. L’annonce officielle à la télévision du PDG est assez inhabituelle et présage d’une situation tendue.

Le fonds souverain de 170 milliards $ était prévu pour supporter financièrement le budget la Russie pendant 8 ans avec un baril à 42$. Au rythme actuel et la pandémie de coronavirus, il pourra durer 4 années. Le budget de la Russie s’équilibre avec un baril à 42$. Par le passé, toutes les ventes qui dépassaient ce montant étaient virés dans ce fonds.

 

Nombre de forages de schiste aux USA

Europe

Le marché automobile européen a chuté de 55,1% en mars essentiellement affecté par la fermeture des concessionnaires.

 

Hollande

Pour la première fois depuis la deuxième guerre mondiale, Shell va diminuer ses dividendes de 47 à 16 ct $ par action selon son PDG, Ben van Beurden. Les revenus ont passé de 5,3 milliards à 2,9 milliards $.

 

Angleterre

BP va maintenir ses dividendes de 10,50ct $ par action alors que son bénéfice du 1er trimestre est passé de 2,4 milliards $ l’année passée à 791 millions. BP va diminuer ses dépenses de 15 milliards $ alors qu’elle a réussi à lever 7 milliards $ auprès des investisseurs.

Les pétroliers et gaziers de la Mer du Nord pensent que 30’000 emplois (sur 151’600) seront supprimés dans une crise qu’ils estiment plus virulente qu’en 2014. En 2014, l’industrie comptait encore 247’000 employés.

 

France

EDF et le géant du nucléaire chinois CGN vont déposer une nouvelle offre pour la construction d’un 3ème réacteur nucléaire EPR sur le sol anglais.

Les deux compères sont déjà alliés pour la construction des deux réacteurs à Hinkley pour la rondelette somme de 27.5 milliards €. Pour ce premier projet, le gouvernement anglais avait accepté l’exorbitant montant de € 10.6 ct par kWh sur une durée de 35 ans soit deux fois le prix du renouvelable aujourd’hui.

Le financement de la centrale EPR de Suffolk pourrait s’appuyer sur les consommateurs. Dès à présent, une taxe serait perçue sur leur facture afin de payer cette centrale. Si le projet est approuvé, la Chine gèrera le 20% de la production d’électricité en Angleterre.

 

Ukraine

Dans la zone d’exclusion de Tchernobyl, des incendies de forêt gigantesques ont démultiplié de 16 fois le niveau des radiations.

Dans la capitale, Kiev, le niveau des radiations est resté normal.

 

Belarus

On reste dans le nucléaire. La nouvelle centrale nucléaire d’Astravets devrait débuter sa production d’ici à l’automne. La centrale a été construite à 40 km de la frontière de la capitale de la Lituanie, Vilnius. La Lituanie a indiqué son inquiétude sur la mise en service de cette unité.

 

 

Danemark

Sur ses 25’500 employés, Vestas, producteur d’éoliennes, s’est séparé de 400 personnes au Danemark suite à l’arrêt des ventes et des installations causées par la pandémie.

 

Suisse

La vente de voiture a diminué de 39.4% au mois de mars à 17’556 unités.

En 2019, la consommation d’électricité est restée stable à 57,2 milliards de kWh. La production a augmenté de 6,4% à 67,8 milliards kWh soit un surplus de 10 milliards kWh. Le prix moyen du kWh était de 4,9 ct.

Alors que le gouvernement a confiné le pays durant le mois d’avril, les trains suisses CFF se sont lancés dans une campagne “Coup de Cœur” afin de remercier leurs fidèles clients. Ainsi les heureux détenteurs d’abonnements ont dû payer l’entier du mois même s’ils n’ont pas pu utiliser le train. Mieux, pour tous ceux qui se sont offusqués, des frais de rappels de Frs 15.—ont été ajoutés à la douloureuse. Décidément, les CFF sont impayables !

En 2018, les émissions de CO2 liées au transports ont grimpé à 15 millions de tonnes d’équivalents CO2 soit 1% de plus qu’en 1990 alors que l’objectif était de les diminuer de 10% d’ici à … 2020. Avec un taux de 39,6%, le plus élevé d’Europe, de chauffages à mazout (fioul) et des prix de l’essence parmi les plus bas en Europe, on ne peut que constater l’excellent travail de l’Union pétrolière Suisse auprès des politiciens.

Les stations d’essence n’ont pas entièrement répercuté la baisse du baril de pétrole. Le prix moyen de l’essence de Frs 1.45 surpasse de 10 à 15 centimes le prix d’un baril à 25$. Certaines stations indépendantes ont fait le pas avec un litre à Frs 1.32.

 

 

 

Asie

Chine

A la fin du confinement, les ventes d’IPhone ont explosé avec 2,5 millions d’unités vendus au mois de mars. En gros, tu passes 6 semaines en confinement, on t’autorise finalement à ressortir de chez toi avec un masque, on te demande de garder tes distances avec tes semblables et la PREMIÈRE chose que tu fais ; c’est aller à l’Apple Store pour acheter la dernière version de l’iPhone. On aurait pu supposer qu’une balade au bord de mer ou boire un verre sur une terrasse aurait fait l’affaire ; mais non! Paf ! Apple Store et iPhone 11 – sans compter qu’il faudra y retourner cette automne avec l’arrivée du 12 note avec humour Thomas Veillet.

La Chine profite pour remplir ses réserves stratégiques de pétrole. Il sera nécessaire afin de relancer l’économie. Elle est l’un des derniers pays à posséder des capacités de stockage et de débarrasser gratuitement le pétrole aux producteurs est une belle affaire.

Le PIB est en contraction de 6.8% pour le premier trimestre 2020, par opposition à une croissance de 6% lors des 3 derniers mois de 2019.

Avec l’arrivée d’une deuxième vague de corona, de nouvelles restrictions de mobilité ont été imposées notamment à Harbin et ses 10 millions d’habitants. La limitation de la mobilité induit une baisse de la consommation pétrolière.

Bien que Pékin a demandé à ses industriels de relancer leur production, la question de la commercialisation se pose. Les potentiels acheteurs comme l’Europe et les USA ainsi que les transports par containers sont toujours en mode pause. Pour relancer son économie, la Chine pourrait redémarrer des programmes de construction d’infrastructures utiles ou inutiles.

 

Inde

La demande de pétrole a diminué de 50% dans le pays suite au confinement imposé par le gouvernement le 25 mars.

Les capacités de stockage des raffineries ont atteint 95% soit 13 milliards de litres. La consommation de diesel, qui représente le 50% des ventes, a diminué de 60% durant la première partie d’avril.

 

Dessin Chappatte

 

Moyen Orient

Iran

Alors que les USA et l’Iran se battent pour détenir une marche sur le podium du corona, ils trouvent encore le moyen des faire des crocs-en-jambe militaires. De petits bateaux iraniens se sont approchés des énormes vaisseaux de la Navy. Trump en a profité pour faire un tweet: “shoot down” (descendez-les) même s’il est plus facile de descendre un avion qu’un bateau.

Sous l’embargo américain, l’Iran se trouve dans une situation financière délicate, d’autant que les cours du pétrole sont bas. Les capacités de résilience de Téhéran seront testées dans les mois à venir.

 

Irak

Le pays fait face à des problèmes vitaux : le corona, la chute du pétrole et donc des revenus, trouver un nouveau premier ministre, couper les quotas imposés par l’OPEP, le retour de l’Etat Islamique, les USA et l’Iran qui se battent sur son territoire et l’arrivée de la saison trop chaude et de la sécheresse. A part ça, tout est calme.

Avec la chute des prix du pétrole, le pays ne va pouvoir payer que le 50% des salaires des employés de l’Etat au mois de mai. Déjà que les tensions dans le pays avaient soulevé de larges manifestations, qui demandaient l’arrêt de la corruption et des emplois. Il est difficile de prévoir les prochaines étapes.

Les réserves financières du pays touchaient 68 milliards $ l’année dernière. Elles devraient chuter à 33 cette année et 10 l’année prochaine.

Dans le nord de la Syrie, des djihads de l’Etat Islamique ont perpétré un attentat avec un camion-citerne. De nombreux morts ont été dénombrés.

 

 

 

Les Amériques

Argentine

La production des gisements de schiste de la Vaca Muerta est en chute libre (-50%). L’entreprise nationale YPF n’a plus de place pour stocker le pétrole et la pandémie fait le reste. La consommation pétrolière du pays a diminué de 70%.

L’américain Chevron et YPF étaient associés dans l’exploitation de gisement de Loma Campana. Vista Oil & Gas, Royal Dutch Shell, ExxonMobil et Pan American Energy ont tous dû couper dans leurs productions.

Le gouvernement va subventionner et favoriser le pétrole extrait par les producteurs argentins en indexant les prix d’achats du pétrole. Les raffineries n’achètent pas ce brut et les capacités de stockage diminuent.

Le champ de la Vaca Muerta était déjà en difficulté en 2019 passant de 676 forages à 346 en janvier.

 

Mexique

La compagnie nationale Pemex cumule 105 milliards $ de dettes. Son rating a été baissé au rang de pourrie. Cette année, elle devra rembourser pour 6,7 milliards $ d’intérêts.

Par chance, avant la chute du baril, elle avait assuré son pétrole à un prix de vente à 50$. Ainsi, même avec la chute actuelle, elle peut vendre son pétrole à ce tarif. On comprend mieux pourquoi le Mexique avait refusé de diminuer sa production de 400’000 b/j comme l’avait demandé l’OPEP.

 

Canada

Justin Trudeau annonce une aide de 2,45 milliards $ canadiens pour financer les compagnies pétrolières et gazières. Jason Kenney, Gouverneur de l’Alberta, demande une aide supplémentaire afin d’aider les sables bitumineux.

Par manque de stockage, certains producteurs canadiens vendent leurs barils à 1 ct $. La grande partie des producteurs ont cessé leurs activités même dans les pétroles bitumineux qui nécessitent de la production de vapeur. Ces installations délicates rencontrent des problèmes quand elles sont mises à l’arrêt.

 

Venezuela

Le Président Nicolas Maduro a nommé Tareck el Aissami comme nouveau ministre du pétrole avec la tâche de restructurer l’entreprise nationale PDVSA. Il remplace le Général Manuel Quevedo.

Alors que le pays extrait du pétrole, il est presque incapable de le distiller et d’en faire des carburants. Les stations d’essence sont passées dans les mains de l’armée et le précieux carburant se vend à 2,5$ le litre au marché noir.

Malgré la pandémie, Trump et Pompeo continuent d’enfoncer la tête du pays sous l’eau. Chevron, Weatherford, Baker Hughes, Schlumberger devront limiter leurs engagements dans le pays d’ici à décembre.

Le Venezuela pourrait devenir le premier pays à s’écrouler à cause de son pétrole.

 

Dessin Chappatte

 

Afrique

Algérie

Pour équilibrer son budget, Alger compte sur un baril à 157$ selon le Fonds Monétaire International. Ce n’est pas une typo, il s’agit bien de cent cinquante-sept ! Le gouvernement va couper de 30% ses dépenses.

Le fonds souverain qui contenait encore 96 milliards $ il y a 3 ans, va reculer à 36 milliards cette année et 12,8 en 2021.

Avec le Venezuela, l’Iran, le Nigeria, l’Algérie fait partie des potentiels producteurs de pétrole et de gaz à pouvoir s’écrouler.

 

Phrases du mois

Il faut éviter que certaines personnes soient tentées de s’habituer à la situation actuelle: beaucoup moins de circulation, moins de bruit et d’agitation, le retour à une vie simple et un commerce local“. Pierre-Gabriel Bieri, secrétaire général, Centre patronal Vaudois, Suisse

La comparaison avec d’autres période de krach pétrolier sont inévitables mais mal placée. L’industrie pétrolière n’a jamais rien vu de comparable à 2020.” L’Agence Internationale de l’Energie

Nous allons reconstruire notre économie en l’honneur de ceux qui sont décédés du coronavirus aujourd’hui.” Donald Trump.

Les lieux où les habitants ne pensent pas que le réchauffement climatique est réel, qu’ils ne croient pas que les humains en sont responsables, ou qu’ils ne pensent pas que les citoyens ont la responsabilité d’agir … et bien ils ne parviennent pas non plus à changer leurs comportements pendant la crise du coronavirus.”  Paul Krugman

Et puisque nous sommes en guerre contre le virus, pour notre pays, il s’agit d’anticiper afin d’être le premier à occuper des positions stratégiques. Notre but est désormais de sortir plus vite de la crise que les autres.” Le chancelier autrichien, Sebastian Kurz.

Vous espériez un monde qui change nos vies?” Yves Petignat

 

Sources: avec Tom Whipple d’ASPO USA et Resilience.org  et l’humour des chroniques matinales de Thomas Veuillet Investir.ch, des images de Patrick Chappatte et toutes les informations diverses et variées, récoltées dans différents médias à travers le monde. Pour lire la revue complète sur 2000watts.org

 

 

 

 

 

 

Chaos sur le pétrole américain. Il termine à moins 37$. Oui, -37$ !

Journée chaotique, historique et vice versa. Le prix du baril de pétrole américain, WTI, est passé sous la barre des zéros, à -37.36$ le baril pour être précis.

Pour bien comprendre, ce lundi, les heureux propriétaires de pétrole américain ont payé 37,63$ à celui qui voudra bien leur débarrasser de leur pétrole! L’industrie pétrolière a réinventé les soldes ou un moyen de piquer la une au coronavirus sur facebook.

La journée se termine alors que le baril valait encore +18,27 à l’ouverture, soit une chute de 55$! Après cette dégringolade, le WTI va remonter rapidement. Comment en est-on arrivé là?


 

Courage, fuyons

La semaine dernière, les t-shirts et casquettes “le pétrole à 19$, j’y étais” avaient été imprimés. Cet événement ne s’était plus reproduit le début du millénaire. Il fallait bien marquer le coup.

Mais hier, l’or noir a fait encore plus fort même si techniquement cette chute s’explique. Les traders ont dû liquider leurs positions sur les livraisons en mai. Dans les grandes lignes, certains traders avaient misé sur un contrat “future“: acheter hier pour se faire livrer en mai.

Ainsi, les heureux détenteurs de “ces futures” avaient le choix: soit de prendre physiquement possession de ce pétrole d’ici à la fin mai, soit de les vendre aux plus offrants ou moins offrants, c’est selon.

Aux USA, les capacités maximales de stockage seront atteintes d’ici à 2 semaines. Donc, à part stocker ce pétrole sur leurs balcons ou dans les salles de conférences, les traders ont dû s’en débarrasser selon le principe de la patate chaude. Le dernier, qui l’a en main, aura le privilège de recevoir les barils devant sa porte. Les prix ont dégringolé durant toute la journée pour atteindre les -37$.

Les gagnants pourraient être les petits malins qui ont sécurisé des places de stockage ou des tankers. Ils pourront attendre que les prix remontent pour extraire de juteux profits.

 

 

Où stocker le pétrole américain ?

Avec la pandémie de coronavirus, la demande mondiale de pétrole a chuté. Comme un forage n’a pas de fonction on/off, l’or noir continue de couler à flot. Il faudra encore quelques jours afin de diminuer sensiblement la production.

La semaine dernière, l’Agence Américaine de l’Energie avait annoncé un surplus de 19.2 millions de barils en une semaine. Selon Baker Hughes, aux USA 66 forages ont été éteints la semaine dernière et il en reste 438 en activité soit 387 de moins qu’il y a une année.

 

Producteurs sous pression

Cette situation pourrait encourager les producteurs américains à faire faillites au lieu de payer des millions pour se débarrasser de leur production. Le mouvement a déjà commencé. Il est nécessaire d’attendre la fin de la tempête pour répertorier les survivants.

Selon Bloomberg, cette hécatombe pourrait donner une opportunité à des activistes du climat afin de racheter, pour une bouchée de pain, ces compagnies afin de garder le pétrole dans le sol. Même si l’on reste dans la théorie, l’idée est séduisante!

 

Make the pétrole great again

Cette situation est une épine dans le pied du président Trump. Il y a 2 semaines, il tweetait en fanfare l’accord de l’OPEP et du G20 et le maintien de centaine de milliers d’emplois dans le secteur.

Si le pétrole de schiste a offert à la Maison Blanche “une dominance énergétique“, l’arme se retourne. Malgré l’injection artificielle de milliards $ dans l’industrie, le schiste est sous respiration artificielle. Il n’est pas certain qu’il redeviendra great again.

 

Dans le reste du monde

Plus au nord, au Canada, le baril se vend à 1 centime $ pour les 159 litres d’un baril. Ce qui confirme l’adage : je pers sur chaque baril que je vends, mais je me rattrape sur la quantité !

A Londres, le baril est resté, plus ou moins stable à 25,95$ le baril. Aujourd’hui, le Brent est moins impacté sur les places de stockage car il concerne un grand nombre de pays. Si la pandémie continue, les choses pourraient rapidement changer. Attendons pour voir.

La seule pincée de certitude: le pétrole américain, WTI, va remonter. Les achats futurs pour le mois de juin se situent à 20$. Ce matin, il est repassé sur la barre des 1$.

 

Le pétrole est la denrée la plus importante et la plus précieuse pour l’Economie mondiale. Analyser ses dysfonctionnements, la désorganisation des pays producteurs et l’impact sur le climat montre la folie d’avoir basé toute notre confiance sur un pareil cheval.

Cette stratégie a bien fonctionné jusqu’à aujourd’hui. La roue tourne et elle pourrait le faire sans pétrole!

 

 

Pétrole : 19$ hier soir et 26$ ce matin

(mise à jour: le 20 avril: le baril chute à 11,51$).
Le baril de pétrole est entré dans la zone des 19$ pour ses 159 litres, soit 12 centimes l’unité, 10 fois moins cher qu’un litre de Coca-Cola!  A 19,57$, je voulais vous parler d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître.

Ca, c’était le début de l’article écrit hier soir. Ce matin, après avoir rafraichi 20 fois la page des cours, oui, c’est bien ça ! Le baril américain a pris 6$ en moins de temps qu’il n’aura fallu à Donald Trump pour annoncer son plan de réouverture du pays.


Pétrole à 19$, “J’y étais”

Il n’en fallait pas plus aux algorithmes des super-ordinateurs boursiers pour en déduire que la pandémie aux USA est terminée. D’ici à ce weekend, Joe America va bondir dans son pick-up truck pour aller prendre un avion en direction de Cancun afin d’acheter l’IPhone 11 et de siroter une Corona dans un bar bondé.

Il est réconfortant d’imaginer que notre monde est géré par ce genre d’ordinateurs et que les Banques Centrales déversent des milliards pour sauver les bourses.

Bref, même pas eu le temps d’imprimer les casquettes : “Pétrole à 19$, j’y étais”.

 

Mise à jour le 20 avril: le cours du baril chute aux USA

 

Volatilité extrême

Dans la réalité, l’Agence Internationale de l’Energie annonce une chute de 30% de la demande de pétrole mondiale.

La Russie traine des pieds et trouve des excuses pour ne pas trop réduire sa production comme annoncé lors de la réunion de l’OPEP. Ils ne sont pas les seuls. Chacun passe son temps sur Google pour chercher une excuse autant inédite que crédible.

Le stock sont bientôt pleins avec la question : on fait quoi quand c’est plein?

 

Attendre pour voir

Le pétrole ressemble à une boule magique sur un trampoline qui rebondit dans tous les sens. On ose à peine imaginer ce qui va se passer aujourd’hui.

Une solution : fermer les yeux et les rouvrir dans une semaine.

 

Pétrole : Le coronavirus plus fort que l’OPEP et le G20 ?

Contaminé par le coronavirus, le prix du baril de pétrole tousse. Il est toujours en vie, mais il tousse.

La semaine dernière, grâce à un tweet dont il a le secret, Donald Trump avait réussi à le réanimer et à faire bondir les cours de +25% en quelques heures!

Rééditer cet exploit était l’objectif de la fusée à deux étages concoctées par l’OPEP, le cartel du pétrole, et les 20 pays les plus musclés du monde, le G20.

Il y a urgence. Le carburant de l’Economie mondiale, le pétrole, est au soin intensif. Investissements sabrés et une volatilité qui ressemble à un coq à qui l’on vient de couper la tête, ont ponctué une semaine du meilleur épisode de Dallas.


 

Le coup de communication de l’OPEP reposait sur la conjonction d’un accord des producteurs de pétrole du côté de l’offre, ainsi que des intentions d’achats des pays du G20 du côté de la demande. Si avec ça, les algorithmes des super ordinateurs de la bourse ne mordent pas à l’hameçon, c’est à ni rien comprendre.

 

Mardi 7 avril 2020

Avec un baril à 25$, le pétrole de schiste américain et le pétrole bitumineux canadien sont sous respirateurs. Au vue de l’état de santé du système de santé américain, l’inquiétude règne.

Aux USA, les coupes ont déjà enlevé 600’000 barils/jours (b/j) et la baisse pourrait atteindre les 2 millions b/j. Il y a une année, le nombre de forages sur le sol Yankee dépassait les 1’000. Il en reste 664 selon Baker Hughes et 30 ont fermés durant la dernière semaine.

Plus au nord, les producteurs canadiens consentent des rabais de plus de 10$ pour écouler leur pétrole aux USA. Les places de stockage commencent à manquer. Il ne reste que les soldes sur Amazon et Ebay pour vendre les invendus.

 

Fluctuations des prix du pétrole et leurs explications durant la dernière semaine

Source: Cryptonitewatch. Cliquez pour agrandir.

 

Mercredi 8 avril 2020

Comme pour chauffer la salle, le président américain annonce qu’il a contacté Vladimir Poutine et Mohammed bin Salman (MBS) prince héritier d’Arabie Saoudite.

 

Vidéo conférence de l’OPEP

 

Jeudi, 9 avril 2020

Le cartel du pétrole, l’OPEP, ainsi que les plus grands producteurs mondiaux ont organisé une réunion virtuelle afin de répondre à la destruction de la demande évaluée à 25 millions barils/jour sur les 100 millions extraits.  Objectif, faire remonter les cours malgré le coronavirus.

Rejoint par la Russie et d’autres pays producteurs, cet OPEP+ se présentait avec deux options:
Plan A : annoncer qu’aucun accord n’est trouvé, que nous allions tous mourir dans d’atroces souffrances et que le baril va toucher les fonds.

Sans surprise, c’est le plan B qui a été choisi.

On prépare la fumée blanche, et comme il y a 1987 années, on annonce une résurrection. Cette fois, c’est celle du pétrole avec -10 millions b/j. produit par l’OPEP+, et cela dès le joli mois de mai qui ressemble à un “mois de mais…”.

Le communiqué de presse a été salué par les cloches du monde entier, sauf celles du Mexique. Le pays refuse de réduire sa production de 400’000 b/j.  Caramba ! L’Arabie ne peut pas laisser un pays membre de l’OPEP se dérober. Il va falloir négocier et Trump met son nez à la fenêtre.

 


Nouveaux quotas d’extraction pour les pays,
sauf le Mexique qui se limitera à 100’000 b/j

En vert: la production actuelle. En turquoise: l’objectif

 

Vendredi, 10 avril 2020

Les membres du G20, dont la Suisse invitée, participent à une conf call de 13h à 19h30 avec les ministres de l’Energie de chaque pays.

L’Arabie Saoudite suggèrent fortement aux pays du G20 de remplir leurs réserves de sécurité pétrolière. L’objectif est double : 1) trouver un endroit pour stocker le surplus de pétrole 2) soutenir les cours du baril.

En temps de pandémie, il n’est pas banal de demander aux pays de dépenser leur argent pour acheter du pétrole.

La Chine, le Japon et l’Inde se frottent les mains et voient une aubaine d’acheter un pétrole bon marché pour relancer leurs économies en temps voulu.

Pour les USA, c’est un moyen de subventionner (sans le dire) leurs champions avec un chèque de 2 milliards $ afin de faire déborder la réserve nationale.

En Europe, à part la Norvège, les pays sont dubitatifs. Ne serait-ce pas le moment de commencer à sortir du pétrole ? L’Arabie Saoudite débarrasse de la table cette idée farfelue. L’Economie mondiale c’est du pétrole. Un point c’est tout!

 

Comme à son habitude, une réunion du G20 se termine toujours par un communiqué de presse dont la bonne humeur n’a d’égale que celle d’un labrador devant sa gamelle. Le cocorico ne mentionne aucun chiffre contraignant, aucune coordination. Un grand vide organisé en quelque sorte.

En réalité, on retrouve le même comportement qu’avec les masques et les ventilateurs du coronavirus. Chacun pour soi et dieu pour tous. Ceci résonne comme une alarme en cas de pénurie de pétrole dans les années à venir.

 

L’ouverture de la cession de l’OPEP comme si vous y étiez

 

Samedi 11 avril 2020

L’Arabie insiste pour que le Mexique se plie aux quotas imposés. Il ne s’agit pas d’une question de quantité, mais de ne pas créer une brèche parmi les membres du cartel de l’OPEP.

Les USA annoncent qu’ils ne vont pas demander à leurs pétroliers de diminuer leur production. On ressort l’argument de la main invisible du business qui règlera le tout. Trump est en train d’avaliser que son pays ne fera rien et que les efforts doivent être fournis par les autres. La main invisible, c’est peut-être lui!

ExxonMobil et Chevron s’opposent catégoriquement une baisse de leurs productions. On soupçonne les grands pétroliers de glisser des peaux de bananes sous les concurrents les plus petits. L’idée est de les racheter pour une bouchée de pain lors des faillites à venir. Ça, c’est l’autre main du business.

 

Dimanche 12 avril 2020

L’Arabie Saoudite n’aura pas réussi à tordre le bras du Mexique.

Au milieu de la pandémie, le Mexique a besoin d’entrée financière. De plus, son champion pétrolier Pemex, croule sous les dettes et le rating du pétrolier national est déjà catastrophique. Impossible de trouver de l’argent sur les marchés, seule la vente de pétrole peut faire l’affaire.

Le fantasque président Andrés Manuel López Obrador voit d’un très mauvais œil une baisse de 20% de sa production. In fine, il obtient un passe-droit.

Au total, l’OPEP+ annonce une baisse théorique de 9,7 millions b/j. de ses extractions. En pratique, il n’est pas nécessaire de faire un dessin.

 

Lundi 13 avril 2020

Au total l’OPEP+ annonce 9,7 millions b/j en moins et les autres pays producteurs -5 millions. Au total : -15 millions de barils par jour alors que le surplus pourrait atteindre les 25 millions.

Les marchés pétroliers ouvrent. Si les algorithmes sont bien synchrones, les cours devraient grimper, ou pas. Mais qu’importe. Les semaines à venir apporteront la température du pétrole et renseigneront sur l’efficacité du placébo proposé par l’OPEP.

Le coronavirus va bien au-delà de l’OPEP et du G20, mais l’envie de «revenir rapidement à avant» engendre ces gesticulations.

On dirait que le monde commence à s’apercevoir que le pétrole ne fonctionne pas selon les lois du marché mais qu’il est régi par des cartels financiers et pétroliers, par des subventions gigantesques et par de la manipulation. Rien de neuf. Ce concept avait été mis en place par John Davison Rockefeller, il y a 100 ans.

Bref, la semaine écoulée a produit l’un des meilleurs épisodes de Dallas. On se réjouit de voir le prochain, mais il va falloir être créatif pour faire aussi fort.

Dans la nuit, un teaser a même été dévoilé par Donald Trump, qui est devenu l’espace d’une semaine, le roi de l’OPEP.

 

 

Energies, Economie, Pétrole: Revue Mondiale Mars 2020

Le 1er de chaque mois, retrouvez un tour du monde des Energies. A l’agenda:
– Pétrole: Le plus gros krach pétrolier de l’histoire
– Russie: Moscou arrivera-t-il à faire plier le pétrole de schiste américain?
– Japon: Le report des Jeux Olympiques influence Fukushima
– Europe: La Commission se lance dans l’hydrogène
– Electricité: Une baisse mondiale de 10 à 20%
– Venezuela: Le pays plie, plie, plie. Jusqu’à quand?
– Automobile: La production mondiale à l’arrêt.


Avertissement
Le mot «coronavirus» n’apparaît qu’une seule fois dans toute cette revue. Si vous le trouvez, vous avez gagné! Cela rappellera de bons souvenirs à ceux qui jouaient à «Où est Charlie».
Même si cette revue est publiée le 1er avril, il n’y a pas de poisson!

Vous êtes prêt? Allons-y!

 

La demande s’est pris les pieds dans le tapis d’une manière inédite en plus de 100 ans d’histoire pétrolière. Alors que les USA et l’Inde sont en train d’entrer dans le confinement, la chute devrait atteindre entre 20 et 25% sur une consommation de 100 millions de barils/jour (b/j). En comparaison, le crash pétrolier de 1980, la baisse représentait 2,65 millions b/j.

Pour ne pas rester en reste, les prix ont dévalé les escaliers quatre par quatre pour arriver à l’étage -65%.  A Londre, le Brent s’affiche à 26,20$ (49,76$ fin février) et à New York, le WTI touche 20,20$ avec une visite à 19,27$ (44,77$ fin février).

 

 Graphique du mois

Evolution des prix du baril depuis 2000
Source: Refinitiv. Graphique CNN

 

Investissements Pétroliers

Il n’aura fallu que quelques jours pour que l’industrie du pétrole sabre 31 milliards $ d’investissements. Les producteurs de schiste américains et de bitume au Canada ont été les premiers à réduire la voilure.  Dans cet exercice de team building, les grandes majors comme Total, Shell, Saudi Aramco, Exxon, Chevron et BP ont immédiatement suivi le mouvement. Par contre, les grandes majors ont annoncé maintenir la distribution de dividendes, quitte à s’endetter.

Avec plus de 100’000 lecteurs en 3 jours, l’article «Pétrole, cette bombe à retardement», souligne l’intérêt et le moment historique que nous vivons.

 

Stockage du pétrole

Les capacités de stockage mondiales atteignent 7,2 milliards de barils de pétrole dont 1,3 milliards dans des tankers. Selon Rystad Energy, les stocks sont pleins à 76%.

Au rythme actuel de surproductions et de sous consommation, il ne faudra que quelques semaines pour les remplir. Le Canada pourrait être le premier pays à déborder. Il sera intéressant d’analyser les réponses des producteurs de pétrole à la question : qu’est-ce que l’on fait quand c’est plein ?

Si l’offre n’arrive pas à être jugulée, il n’est pas impossible d’observer des prix négatifs. Les producteurs pourraient payer pour se débarrasser du pétrole ce qui ne serait pas une première.

 

 

Renouvelables

L’IEA, International Energy Agency, suggère que les paquets de stimulations économiques comprennent un focus sur les énergies renouvelables. Son directeur Fatih Birol souligne qu’il est important de se focaliser sur la pandémie mais que la menace du dérèglement climatique continue.

Cette demande, qui émane d’une Agence qui a toujours supporté le pétrole et le gaz, est autant remarquée que remarquable.

L’éolien a augmenté sa capacité de 19% en 2019 notamment avec des projets aux USA et en Chine (+60,4 GW). Le 10% de ses éoliennes se trouvent en mer. Pour 2020, il faudra attendre que le vent tourne.

 

Charbon

En 2019, la capacité de production d’électricité à base de charbon a augmenté de 34,2 GW grâce à la Chine. 64% des nouvelles centrales sont chinoises, 12% d’Inde et le 24% restant en Asie dont le Pakistan, l’Indonésie et la Malaisie.

Le think tank, Carbon Tracker Initiative, annonce que 60% des centrales à charbon dans le monde produisent une électricité plus chère que les renouvelables.

 

Electricité

A travers l’Europe, la demande d’électricité a diminué de 10 à 20% notamment suite à l’arrêt de l’industrie mais avec une augmentation de consommation des ménages. Les prix sont également partis à la baisse.

En janvier, la Chine avait diminué sa consommation de 8% par rapport à janvier 2019 et de -16% en février.

Aux USA, la baisse de la consommation est de 10%, mais les prix sont partis à la hausse. Il faudra attendre l’étendue de la pandémie pour voir son impact sur la production d’électricité.

En Suisse, la demande en électricité a chuté de 10 à 30%, selon les régions.

 

Aviation

En temps normal, la consommation de kérosène représente 7 millions de barils/jour. Avec la suppression des vols, la chute de la demande a dépassé les 50%.

Comme pour le pétrole brut, les places pour stocker ce carburant pose problème surtout que sa durée de vie est limitée à quelques mois et que son entreposage est explosif.

 

Coucher de soleil, le 31 mars.
Vous remarquerez qu’il n’y a aucune trace d’avion dans le ciel

 

Automobile

Janvier 2020 fut un très mauvais mois. Seules 6,2 millions de voitures ont été vendues dans le monde au plus bas depuis les 5,9 millions de janvier 2012 .

Pratiquement tous les constructeurs automobiles ont arrêté leurs productions et certains se sont reconvertis en producteur de ventilateurs pour l’aide à la respiration.

La seule bonne nouvelle, qui pointe à l’horizon, est que les chiffres de février, mars et avril devraient être publiés respectivement en mars, avril et mai.

 

Climat

L’Organisation Mondiale de la Météo montre que tous les indicateurs du changement climatique sont dans le rouge : la température dans les terres et des océans, les quantités de gaz à effet de serre, le niveau des mers, etc.

Les glaces du Groenland et de l’Antarctique fondent à une vitesse 6 fois supérieures à 1990.

 

Blah, Blah, Blah. Vidéo Greenpeace

 

Les pays qui ont fait l’actualité durant ce mois

USA: pétrole de Schiste

La Russie a décidé de s’attaquer au pétrole de schiste américain et a refusé d’accepter les nouveaux quotas de l’OPEP. De leur côté, les producteurs de schiste US n’ont jamais levé le petit doigt pour participer au maintien des cours. A force de jouer, les passagers clandestins, il faut bien s’attendre à se faire débarque un jour où l’autre. Et bien, ce jour semble être arrivé. Quels seront les dégâts?

Durant les 10 dernières années, les 34 plus grandes entreprises de pétrole de schiste américain ont perdu 189 milliards $. En 2019, les pertes se sont montées à 2,1 milliards $ selon le rapport de l’Energy Economics and Financial Analysis. Pour la bonne bouche, la Banque Nationale Suisse a investi dans la totalité de ces 34 entreprises.

L’entreprise de service Halliburton a mis en congé 3’500 employés à Houston. Elle est obligée de diminuer ses coûts suite à la chute des cours du baril et pense que les deux tiers des forages vont fermer d’ici à la fin de l’année. Les employés licenciés vont bénéficier du double effet kiss-kool. Ils perdent leur emploi et l’assurance maladie qui va avec. Vivre sans assurance maladie en ce moment aux USA, c’est compliqué.

Les banques, J.P. Morgan (65 milliards $), Citi (52 milliards), Bank of America (48 milliards) Wells Fargo (45 milliards) avaient revêtu leurs uniformes de pom-pom girls du schiste américain avec des implications financières énormes. Avec la chute des cours, l’ambiance doit être festive dans leurs conf calls.

Chesapeake Energy Corp, qui était un pionnier dans le schiste américain, pourrait faire faillite avec une ardoise de 9 milliards $. L’entreprise est également connue des basketteurs, puisque le Thunder d’Oklahoma joue dans la Chesapeake Arena. Son action a dévissé de 50% en 3 semaines (celle de Chesapeake par du Thunder).

Le 8 avril 2019, Occidental Petroleum annonçait l’acquisition de son concurrent Anadarko pour la modique somme de 55 milliards $. A l’étonnement général, Occidental venait de battre l’offre de la major Chevron en personne. Selon Vicki Hollub, Anadarko était un coup sûr et “représentait l’avenir du pétrole de schiste aux USA“. Cette acquisition permettait à Occidental de devenir l’un des plus grands pétroliers aux USA.
Aujourd’hui cet achat est nominé dans la catégorie : «pire achat du siècle dans l’industrie pétrolière.» Occidental a perdu plus de 84% de sa valeur (68$ en avril 2019 et 11$ fin mars 2020). La promesse de sa directrice, Vicki Hollub, d’offrir de généreux dividendes s’est transformée en “so sorry“. La dette d’Occidental se monte à 37 milliards $.

Le milliardaire pétrolier, Harold Hamm via sa compagnie Hamm, veut porter plainte via le Département du Commerce Américain contre l’Arabie Saoudite pour avoir «illégalement» déversé du pétrole brut sur les marchés.

Le Financial Times estime que 110 milliards $ de dettes de schiste sont entrés dans une zone de danger sur les 936 milliards $ d’actions émis par les compagnies gazières et pétrolières.

 

 

Russie

Moscou a refusé de s’aligner sur la volonté de l’OPEP afin de diminuer les extractions pétrolières. Le Kremlin pense que le moment est idéal pour terrasser le pétrole de schiste américain (lire : Après 12 jours de Krach Pétrolier: le baril à 23$). Visiblement, la réalité a dû dépasser les attentes.

Vladimir Poutine a annoncé « une semaine de congé » afin de garder les personnes à la maison. Est-ce que la pandémie fera plier Moscou dans son combat pétrolier ?

Le budget du pays nécessite 12,7 milliards $ par mois. Le ratio PIB/dette de la Russie est l’un des plus faible au monde. La marge de manœuvre est donc encore grande, mais tout peut changer rapidement.

Moscou annonce avoir eu des discussions avec Washington sur la production pétrolière.

 

Arabie Saoudite

Afin de riposter contre la Russie, Riyad affiche une volonté de livrer sur les marchés 12,3 millions de barils de pétrole par jour et plus de 13 millions dès avril. On notera le mot “livrer” et non pas “extraire”. Il est hautement improbable que l’Arabie soit capable d’extraire autant de pétrole. Ainsi, le pays va devoir plonger dans ses réserves pour vivre son engagement.

Dans ses communiqués de presse, Riyad annonce des rabais de 6-8$ le baril afin de prendre des parts de marchés à la Russie notamment en Europe. En pratique, l’Europe regorge de pétrole à l’instant.

Le gouvernement a abattu un missile au-dessus de Riyad. L’attaque proviendrait des Houthis du Yémen.

Pour l’exercice 2019, le bénéfice de Saudi Aramco a chuté de 21% pour se solder à 88,2 milliards $. En comparaison, le bénéfice de 2018 se montait à 111,1 milliards $ après avoir versé plus de 100 milliards $ au budget de l’Etat.

En décembre dernier, l’achat d’actions de Saudi Aramco avait été annoncé comme le coup financier du siècle. Avec un peu de recul, le cours du géant pétrolier est passé sous le prix de vente de 35$ à 29$.

Le budget de l’Etat a été revisité avec une coupe de -5% soit 13,3 milliards $ avec un déficit évalué à 61 milliards $.

Saudi Aramco a reçu le feu vert pour exploiter le gisement de gaz de schiste de Jafurah. Ce gaz pourrait fournir une alternative au pétrole afin de produire l’électricité pour les climatisations durant les mois chauds de l’année. En fait avec le réchauffement climatique, presque tous les mois deviennent chauds au Moyen-Orient.

 

 

 

Europe

La Commission Européenne a développé une nouvelle stratégie industrielle afin d’effectuer une transition vers la neutralité carbone : Clean Hydrogen Alliance.  L’hydrogène va devenir vital pour les secteurs lourds comme l’aviation, les transports et l’industrie.

Alors que les grands constructeurs automobiles regardaient avec un sourire la capacité de Tesla à brûler du cash, la Model 3 est devenue l’une des voitures les plus vendues en Europe devant la Golf de WV et la Clio de Renault avec plus de 77’000 ventes par mois en décembre 2019. L’Américain a augmenté sa part de marché de 13% à 64% du marché dans les voitures électriques.

 

Angleterre

L’aéroport de Heathrow n’aura pas sa troisième piste suite à une décision de justice de la Cour d’Appel. Le gouvernement n’a pas pris en compte ses engagements climatiques qui sont légalement contraignant à souligné la Cour.

Le gouvernement veut introduire son propre marché carbone sur son territoire d’ici à janvier 2021, même si le pays restera dans la EU Emissions Trading System jusqu’à la fin de l’année.

 

Suisse

Les stations d’essence ont répercuté la première baisse des cours mais ont totalement “oublié” de refléter les cours d’un baril sous les 30$. Le litre d’essence est environ 10 centimes trop cher par rapport aux cours du marché. Il devrait se trouver dans une fourchette de 1,30 à 1,38 ct lt pour l’essence au lieu des 1,44 actuels.

La compagnie aérienne allemande «Swiss» subit son deuxième grounding. Son directeur implore une aide financière à la Confédération Suisse pour survivre.

Cette demande pose le thème de la dissertation de ce mois: Est-il essentiel pour un pays d’avoir sa propre compagnie aérienne nationale ?
Vous devez également couvrir la question: Si des fonds publics sont déversés dans Lufthansa afin de soutenir Swiss, serviront ils à subventionner les billets afin que les tarifs soient moins chers qu’une pizza?  Si oui, la Confédération devra-t-elle donc également racheter toutes les pizzerias pour que leurs prix soient moins cher que les billets d’avions ?  Vous avez droit à une page max !

Au 1 janvier 2020, la Banque Nationale Suisse détenait pour 6,7 milliards $ d’actions d’entreprises américaines dans le domaine des énergies fossiles : pétrole, gaz, charbon et nucléaire. La BNS détient également des actions dans des banques américaines fortement impliquées dans le schiste et qui sont actuellement en difficultés financières.

 

France

La construction de la centrale nucléaire EPR de Flamanville va encore prendre du retard. Cette fois, c’est la pandémie qui en est la cause.

Tous les réacteurs nucléaires français sont en fonction sauf les deux unités en maintenance de Flamanville.

La consommation d’électricité a baissé en moyenne de 15%.

 

Hollande

Au milieu de la pandémie, Royal Dutch Shell a réussi à sécuriser un nouveau crédit de 12 milliards $ ce qui pousse ses liquidités à plus de 40 milliards $.

Shell a également annoncé une baisse de ses investissements à 20 milliards $ pour 2020 (-5 milliards) et va mettre sur pause son programme de rachat d’actions afin de garder des liquidités et surtout de garantir la distribution de ses dividendes à ses actionnaires.

Pour rappel, le business des entreprises pétrolières n’est pas d’extraire du pétrole. Leur rôle est de distribuer des dividendes afin de continuer à percevoir de l’argent d’actionnaires qui permet de faire tourner les pompes.

 

Cee Roo: Le top des chansons No 1. Quelle énergie!

 

Asie

La chaîne de l’Himalaya procure de l’eau pour 1,3 milliards de personnes dans 8 pays. Alors que ces pays devraient collaborer pour diminuer l’impact du réchauffement climatique, c’est le contraire. Des tensions grimpent entre le Pakistan, l’Inde et la Chine.

 

Chine

Pékin est en train de retourner la crise sanitaire mondiale en une opportunité géopolitique et une diplomatie de la santé. Elle permet également de consolider l’amitié entre les différents pays qui ont rejoint la route de la soie.

La croissance du PIB chinois pourrait atteindre 8% dès la reprise selon Exford Economics contre 6% l’année dernière.

Avec 31’000 ventes de voitures neuves durant le mois de février, elles ont chuté de 79,1% par rapport à février 2019.

En 2019, la Chine a augmenté ses émissions de gaz à effet de serre de 2,6% malgré une diminution de l’utilisation du charbon. L’augmentation du pétrole et du gaz ont compensé cette baisse. La Chine a émis 13,92 milliards de tonnes d’équivalent CO2.

 

Inde

Avec un avertissement de 4 heures, le premier ministre Nerendra Modi a ordonné à ses 1,3 milliards de concitoyens de rester à la maison pour une période de 3 semaines.

Cette décision va également peser sur la demande de pétrole ainsi que d’électricité.

 

Japon

Après avoir investi 30 milliards dans les Jeux Olympiques de Tokyo, le premier ministre Shinzo Abe s’est résigné à les reporter d’une année. A la sauce Trump, il a d’abord tout fait pour minimiser l’impact de la pandémie, mais le pays a été rattrapé par la réalité.

Ce report va impacter TEPCO, l’opérateur de la centrale nucléaire de Fukushima. Par manque de place mais surtout pour freiner les coûts exorbitants de la gestion de cette catastrophe, TEPCO et le gouvernement avaient prévu de déverser des millions de litres d’eau contaminée dans le Pacifique dès la fin des Jeux Olympiques.

La question est de savoir s’il sera possible de reporter d’une année cette dilution dans les eaux territoriales. Dans le cas contraire, se pose une question : est-ce que des athlètes rayonnants sont plus à même à battre des records ?

Le Japon planche sur l’utilisation de l’éolien en mer et de l’hydraulique pour produire 24% de son électricité d’ici à 2030 (contre 16% actuellement). L’hydro représente actuellement 9,2% d’électricité. Le projet d’une ferme de 33 éoliennes pour 894 millions $ dans les ports d’Akita et Noshiro pourrait être opérationnel d’ici à 2022.

 

 

Les Amériques

USA

Le secteur pétrolier américain a été secoué par la chute des cours. Au lieu d’atteindre une production de 13 millions b/j, les Etats-Unis pourraient retourner sous les 10 millions d’ici à la fin de cette année.

Avant la réunion du G20, Mike Pompeo a demandé au prince héritier Mohammed bin Salman d’Arabie Saoudite de limiter sa production pétrolière. L’administration Trump a également fait du pied à Vladimir Poutine. Cependant, même sans la décision des deux pays de libérer leurs productions, la chute du baril aurait été inévitable.

Il faut rendre à César ce qui appartient à César. La position du Président Trump face à la pandémie est en parfaite adéquation avec le bonhomme : ne pas écouter les scientifiques et se fier à ses intuitions. Cela rappelle furieusement sa position sur le réchauffement climatique. Comme l’a souligné Hillary Clinton dans un Tweet : “Trump avait promis : l’Amérique en premier.”

L’industrie solaire a ajouté 5’600 emplois en 2019 +2,3% alors qu’elle avait perdu 8’000 emplois en 2018. Entre 2010 et 2018, le solaire avait créé 150’000 emplois.

Plus de 80 tankers pétroliers entre 1 et 2 millions de barils sont parqués proche des côtes du Texas afin de stocker le surplus de pétrole. Alors que les capacités de stockage diminuent, certains producteurs ont été contraints à brader leur pétrole à 8$ le baril.

Le département de l’environnement (EPA) va suspendre ses contrôles aux motifs que les entreprises et les compagnies pétrolières et gazières auraient de la peine à se conformer aux règles durant la pandémie, selon son directeur Andrew Wheeler.

La quantité de neige tombée en Californie ne représente que la moitié d’un hiver normal, notamment dans la région du Lac Tahoe. Dans la région de la Sierra Nevada, les montagnes n’ont reçu aucune précipitation durant le mois de février, une première en 100 ans.

Le chercheur Michael Zarnstorff du Max Planck-Princeton Research Center aurait réalisé une percée dans l’utilisation de la fusion nucléaire grâce à l’utilisation d’aimants permanents. Cette étude doit être validée par d’autres chercheurs mais nous sommes encore loin de la coupe aux lèvres.

L’entreprise NuScale Power a investi plus de 900 millions $ dans le développement de petits réacteurs nucléaires “Small Modular Reactor” (SMR). L’entreprise travaille sur un prototype de 700 MW qui pourrait voir le jour dans deux ans en Idaho, USA.
Le design devrait être approuvé d’ici à la fin de l’année. L’objectif de l’entreprise est de commercialiser ses unités pour 3 milliards $ avec une durée de construction de 3,5 ans. NuScale ne garantit pas l’accès à l’uranium. Pour le même prix, la Russie, la Corée du Sud et la Chine proposent des centrales de 1’000 MW avec un accès au combustible nucléaire.

Une première dans l’agenda du président américain. Durant le mois de mars, Donald Trump ne semble pas avoir participé à une partie de golf.

 

Canada

Le gouvernement étudie une aide financière de 10,4 milliards $ afin de supporter l’industrie pétrolière et gazière.

Le prix du pétrole canadien est descendu sous les 10$ le baril à 9,38 ! Afin d’écouler leur pétrole, les producteurs canadiens offrent un rabais de 13$ le baril par rapport aux cours américain du West Texas Intermediate (WTI) qui est le pendant du Brent de la Mer du Nord.

La mine de Cigar Lake, Saskatchewan, qui produit le 13% de l’uranium mondial pour les centrales nucléaires, est à l’arrêt suite à la pandémie. Alors que 442 réacteurs nucléaires sont activités dans le monde, il n’existe que 6 mines dans le monde. Les mines de Namibie sont également à l’arrêt et l’Arabie Saoudite de l’uranium, le Kazakhstan, pense également à fermer les siennes. Le prix de l’uranium est monté de 24$ à 27$ la livre. A travers le monde, l’énergie nucléaire ne produit que le 10% d’électricité.

 

Venezuela

Le gouvernement plie, plie, plie mais rompra-t-il ?

Avec la surproduction pétrolière actuelle, les acheteurs n’ont aucun intérêt prendre des risques en achetant ce pétrole d’autant que les USA appliquent des mesures d’embargo très fortes.

La production a diminué à 464’000 b/j.

Une pénurie touche les importations d’essences. Le gouvernement est en train de fermer les stations, et laisse le précieux liquide pour les soins médicaux, l’armée, les transports de nourriture et utilitaires.

L’administration Trump porte des charges de narco trafiquants contre le président Maduro avec une récompense de 15 millions $ pour celui qui conduira à son arrestation.

 

Guyana – Guyane Britanique

ExxonMobil a débuté l’extraction pétrolière dans le pays. Cependant, le géant américain se trouve au milieu d’une crise politique enclenchée lors des élections du 2 mars.

Les citoyens remettent en question l’accord de la multinationale et pensent que les revenus ne sont pas équitablement répartis. Le contraire eut été étonnant.

 

Mexique

Les responsables de la compagnie pétrolière nationale Pemex pensent que le crash pétrolier n’aura pas d’influence sur le budget de l’Etat, malgré la chute record des obligations de la société.

Le ministre du budget, Arturo Herrera, a déclaré qu’une garantie de 1,37 milliards $ couvrait complètement le revenu pétrolier national de 2020.

Un pays qui se prend un krach pétrolier avec une pandémie et qui n’a même pas mal ! Très fort même si les mois à venir devrait pouvoir confirmer cet enthousiasme.

 

Moyen-Orient

Iran – Irak

Alors que les USA et l’Iran sont ravagés par la pandémie, ils trouvent encore le moyen de faire les zozos du côté militaire avec des missiles et roquettes expédiées de part des d’autres sur le territoire irakien. Le score est à 3 soldats américains tués contre 6 irakiens/iraniens. Le président irakien, Salih, a condamné les attaques américaines sur son territoire.

A cause de la pandémie, Petronas, la compagnie pétrolière malaisienne, a évacué ses 80 employés dans le champ pétrolier de Gharraff.

Le gouvernement paie les compagnies pétrolières internationales qui exploitent le pétrole irakien. Elles sont défrayées de leurs frais fixes et reçoivent un montant par baril. Avec un baril à 25$, le gouvernement n’arrive pas à couvrir les coûts. A la signature des contrats, personne n’avait imaginé que nous allions revenir à des niveaux pareils. Osons imaginer que sans les revenus du pétrole, la corruption diminuera dans le pays.

Une nouvelle fois, les USA ont accordé un passe-droit de 30 jours à l’Irak afin de commander du gaz et de l’électricité à l’Iran. Dans le sud pétrolier du pays, il est impossible de se passer d’électricité et les capacités de production irakiennes sont insuffisantes.

 

Emirats Arabes Unis

La plus importante compagnie aérienne de long-courriers, Emirates, a cloué au sol 155 Airbus et demande une ligne de crédit afin d’assurer son existence.

 

 

Afrique

Libye

La National Oil Corporation s’inquiète de ne plus avoir assez d’argent pour importer de l’essence et du diesel pour les besoins de ses citoyens.

Sous la pression du général Khalifa Haftar, qui bloque les ports du pays, la production pétrolière a chuté à 97’000 b/j alors qu’elle dépassait les 1,2 millions il y a quelques mois encore.

 

Nigeria

Le pétrole représente 96% des exportations du pays et 75% des revenus du budget. La situation actuelle est délicate alors que le pays n’est pas atteint par la pandémie. Le président a exigé le confinement de la population.

Le plus grand producteur de pétrole africain voit un parc de 50 tankers pétroliers encré sur les côtes car ils n’ont pas trouvé d’acheteur.

 

 

 

Phrases du mois

Phrases du mois
Le monde a connu un burn-out collectif. Il était impossible d’accélérer encore le rythme que nous avions atteint. Les incendies en Australie ou Ebola en Afrique ne nous ont touchés que marginalement. Mais maintenant nous avons quelque chose qui concerne toute l’humanité, et c’est là que nous remarquons ce qui compte vraiment : les amis, la famille et le respect les uns pour les autres.” Joachim Löw, coach équipe Allemagne football.

Nous pensons que les États-Unis ne devraient plus jamais être à la merci de fournisseurs énergétiques étrangers. Nous nous engageons non seulement à l’indépendance énergétique, mais à la domination énergétique américaine. Et le chemin vers cet avenir commence ici, dans le pays du pétrole de schiste, avec vous tous.”  President Donald Trump, Pittsburgh

L’histoire ne se répète pas, mais elle rime.” Mark Twain

Les gouvernements élaborent des plans de relance dans le but de contrer les dommages économiques causés par le coronavirus. Ces plans offrent une excellente occasion de garantir que la tâche essentielle de la construction d’un avenir énergétique sûr et durable ne se perde pas dans le tourbillon des priorités immédiates.” Fatih Birol. Agence Internationale Energie

“[The Democrats said] ‘We want green energy, let’s stop drilling oil’ — they had things in there that were terrible. Windmills all over the place and all sorts of credits for windmills — they kill the birds and ruin the real estate. A lot of problems.” Donald Trump

 

 

Sources: avec Tom Whipple d’ASPO USA et Resilience.org  et l’humour des chroniques matinales de Thomas Veuillet Investir.ch, des images de Patrick Chappatte et toutes les informations diverses et variées, récoltées dans différents médias à travers le monde.

Pour voir la Revue complète: 2000Watts.org

 

 

 

Le Pétrole : cette bombe à retardement

Il y a trois semaines, sous l’impulsion du corona, de l’Arabie Saoudite et de la Russie, le pétrole a perdu 50% de sa valeur. Bien préparés et histoire de tenir le choc, ces deux pays avaient largement alimenté en pétrodollars leurs fonds souverains.

A contrario, les Etats-Unis n’ont rien vu venir et leur préparation à cette éventualité n’a d’égale qu’un discours de Donald Trump sans prompteur.


 

Le Dilemme Américain

Sans surprise, les pétroliers de schiste américains ont été touchés de plein fouet. En moins de deux semaines, une grande partie a déjà annoncé des coupures de budgets, des licenciements et lancé des procédures de faillites. Pour extraire un baril de schiste, un baril à 52$ est nécessaire. Les 25$ actuels n’offrent que les yeux pour pleurer.

Désireux de protéger sa doctrine «de dominance énergétique», le président Trump fait face à un dilemme. Comment maintenir les prix de l’énergie le plus bas possible afin de faire repartir son Economie, tout en gardant en vie les producteurs pétroliers qui ont besoin de cours élevés?

Durant l’année 2019, incapable de générer des revenus suffisants, 42 entreprises pétrolières américaines s’étaient mises sous la protection des faillites. L’année 2020 s’annonçait sous des auspices compliqués. Les pronostics ont largement dépassé les attentes.

Depuis deux semaines, tous les voyants du schiste ont tourné au rouge vif !

Cependant, grâce au coronavirus, Washington pourrait avoir trouvé une parade. Via les injections de la Banque Fédérale Américaine dans l’économie, les dettes des pétroliers pourraient être, en partie, effacées. Il n’aura fallu que quelques heures à Exxon et Chevron pour annoncer des mesures parfaitement calées sur le règlement proposé par la FED.

Il reste encore aux deux chambres à donner l’autorisation de livrer les valises de dollars gratuits.

 

Capacité de stockage en milliards de barils
Source: Rystad Energy

 

Le stockage : Un autre nuage plane sur le pétrole

A cause de la spectaculaire baisse de la demande, il est urgent de trouver des places de stockage. A contrario d’une ampoule, un forage pétrolier ne peut pas s’éteindre et s’allumer d’un clic, sous peine de ne pas repartir ou d’influencer tout le gisement. Seul le pétrole de schiste offre un délai “on/off” raisonnable.

Pour les prochaines semaines, la surproduction devrait être comprise dans une fourchette de 8 à 25 millions de barils par jour !

La problématique n’est pas triviale et fait le bonheur des propriétaires de tankers pétroliers qui ont rapidement revu leurs tarifs à la hausse.

Selon Rystad Energy, les capacités de stockage mondiales sont utilisées à 76% et elles pourraient être remplies assez rapidement. Là aussi, le président Trump joue avec finesse. Il a proposé de racheter, à un prix d’amis, 77 millions de barils de schiste américains afin de remplir la réserve nationale. Ce coup de pouce aura une durée de vie limitée.

Les pétroliers canadiens vendent déjà leur baril avec un rabais de 13$, soit en-dessous de 10$ l’unité. Lors de la crise de 2014, certains producteurs de schiste avaient payé 50 centimes le baril pour s’en débarrasser ! Vous avez bien lu : payer, pas vendre !

Dans le même état d’esprit, les producteurs ont financièrement intérêt à brûler le gaz sur le lieux d’extraction au lieu de le transporter et de le vendre.

En toute logique, si l’Arabie Saoudite et la Russie continuent sur leurs lancées et si le coronavirus déjoue les intuitions du président Trump, les cours vont tendre vers le bas le temps de la pandémie. Ensuite si l’Economie repart, sans une partie des 9,3 millions de barils de schiste US, les cours devraient remonter comme un bouchon de liège.

 

3….2…..1….

Le pétrole devient de plus en plus une bombe à retardement.

Les variations extrêmes de son prix, son impact sur les économies, les enjeux de pouvoir et de domination entre pays ainsi que le dérèglement climatique n’ont jamais été aussi dangereux, visibles et palpables. Tous ces comportements compulsifs doivent nous pousser à nous en éloigner le plus rapidement possible.

Alors que les pays producteurs vont déverser des centaines de milliards $ afin de garder en vie leur pétrole et maintenir une dépendance addictive, les pays importateurs doivent utiliser leurs plans de stimulations économiques afin de s’en éloigner et d’accroître leur indépendance énergétique en produisant localement les énergies dont ils ont besoin.

Cette stratégie permettra également de relancer les emplois, d’accompagner les entreprises locales et de faire bénéficier et circuler cet argent dans l’Economie du pays au lieu de l’exporter.

Gare aux pays atteints du syndrome de Stockholm, la tentation de retourner dans les bras du pétrole est rassurante, mais explosive.

 

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Après 12 jours de Krach Pétrolier: le baril à 23$