Le pétrolier Saudi Aramco passe devant Apple

La valorisation boursière de l’entreprise pétrolière nationale d’Arabie Saoudite, Saudi Aramco a grimpé à $2’400 milliards et passe devant l’ancien No 1 mondial : Apple. Pendant qu’Apple a perdu 20% à la bourse, le pétrolier sautille de joie.

Aramco annonce un bénéfice net de $ 38,5 milliards au premier trimestre. Elle avait enregistré un bénéfice net de $21,7 milliards au cours de la même période en 2021. Si elle reste sur la même lignée, son bénéfice annuel dépassera les 150 milliards, suffisamment pour remplacer quelques bolides de luxe dans le royaume.

L’Arabie Saoudite extrait 12 millions de barils de pétrole par jour et semble avoir atteint son maximum. Le gouvernement espère grimper à 13 millions, mais est-ce que les gisements ont encore de la capacité?

Les prix élevés du pétrole à plus de $100 et les marges sur les produits raffinés se révèlent d’excellents générateurs de bénéfices. En effet, il manque de grandes capacités de raffinage notamment pour le diesel.


 

Le goulet d’étranglement concerne maintenant le raffinage“, a confirmé le ministre saoudien de l’Énergie, le prince Abdulaziz bin Salman. “J’ai prévenu que cela allait arriver dès le mois d’octobre. De nombreuses raffineries dans le monde, notamment en Europe et aux États-Unis, ont fermé au cours des dernières années. Le monde est en train de manquer de capacités énergétiques à tous les niveaux.

Il n’y a pas que le diesel qui est en manque, mais le kérosène (pour les avions) se trouve dans la même position inconfortable et fait fortement grimper le prix des billets d’avion.

Aramco prévoit des dépenses d’investissement de $40 à 50 milliards de dollars cette année, contre 31,9 milliards l’année dernière. Parmi les domaines potentiels figure l’hydrogène bleu (produit à base de gaz) et vert (renouvelable).

Pour mettre ces chiffres en perspective, Exxon Mobil prévoit des dépenses d’investissement de $21 à 24 milliards en 2022, tandis que Shell de 23 à 27 milliards.

 

 

Les majors pétrolières génèrent des bénéfices records

Si vous avez tendu l’oreille lors de votre dernier plein d’essence à votre station favorite, vous avez dû entendre les bouchons de champagne exploser dans la quasi totalité des entreprises extractrices de pétrole.

Alors que le baril a dépassé la barre des $100, c’est la fête à tel point qu’elles augmentent le rachat de leurs actions, afin de faire monter les cours (et les bonus) artificiellement ainsi que les dividendes. Vous vous demandez où va une partie de l’argent de votre essence et comment les pétroliers finances les lobbies et les politiques? Tour d’horizon.


Pour ceux que les chiffres effrayent, il est à préciser que le business d’une major pétrolière n’est pas d’extraire du pétrole, mais de générer des bénéfices, pour les distribuer aux actionnaires qui continueront à investir encore plus afin de continuer le cercle vertueux.

Plus le prix du baril est élevé, plus les marges sont grandes.

 

BP

Au premier trimestre, ses bénéfices se montent à $ 6,2 milliards au plus haut depuis 2008 et le double de l’année dernière. Ce montant ne comprend pas l’ardoise que doit le géant britannique dans sa sortie précipitée des gisements russes. L’entreprise va racheter pour 4,2 milliards de ses actions.

BP va investir jusqu’à  $ 23 milliards dans le système énergétique britannique d’ici à la fin de 2030. Sur 25 milliards de bénéfices prévus pour cette année, BP pense payer $1,5 milliard d’impôts sur ses bénéfices pétroliers et gaziers en mer du Nord cette année, ce qui est ridiculement bas.

Sir Keir Starmer, leader du parti d’opposition travailliste britannique, a déclaré que “les bénéfices de BP renforçaient les arguments en faveur d’une taxe exceptionnelle sur les profits pétroliers et gaziers de la mer du Nord britannique.

Bernard Looney, PDG de BP, lui a annoncé au Financial Times “qu’il comprenait que de nombreux ménages étaient “vraiment, vraiment en difficulté” et que le rôle de BP était de rendre de l’argent aux actionnaires (note : dont les ménages en difficulté ne font pas partie), y compris aux millions de retraités britanniques, de payer ses impôts et d’investir dans le système énergétique britannique.”

 

Shell

L’entreprise a déménagé son centre de la Hollande vers l’Angleterre pour payer encore moins d’impôts. Déjà que la Hollande est un paradis fiscal!

Le bénéfice se monte à $8,7 milliards durant le premier trimestre. Shell parlait pas mal d’énergies renouvelables, mais bon, là on revient au concept de base.

La sortie de ses investissements en Russie va lui coûter $5 milliards et surtout des millions de barils de pétrole et de m³ de gaz.

 

Total Energies

Le groupe dégage $ 4,9 milliards de bénéfice sur le trimestre. L’entreprise va se racheter 3 milliards de ses actions, mais aussi maintenir la hausse des dividendes que la direction avait promise aux actionnaires. La France n’est-elle pas un paradis pour les actionnaires?

Pour faire passer la pilule aux automobilistes, à ses stations d’essence, le groupe a réduit le prix de vente. Certains appellent cela de la concurrence déloyale.

Total a souscrit dans ses comptes du premier semestre 2022 une provision de $ 4,1 milliard pour son retrait du projet de gaz naturel liquéfié, en Sibérie, dont l’entreprise détient 10% (21,64% en comptant ses parts dans le géant gazier russe Novatek).

 

ENI

Claudio Descalzi, le PDG de l’entreprise italienne, se réjouit d’un bénéfice de €3,27 milliards avec des extractions de 1,65 millions de barils par jour (-3 % par rapport à la même période 2021). Le gaz représente 930 millions de bénéfices.

Ce mois-ci, Eni a conclu un accord pour augmenter les importations de gaz par gazoduc en Italie depuis l’Algérie jusqu’à 9 milliards de mètres cubes par an d’ici 2023-24.

En Égypte et en République du Congo, le groupe énergétique italien vise à augmenter les exportations de gaz naturel liquéfié de 3 milliards et 4,5 milliards de mètres cubes par an, respectivement.

 

ExxonMobil

L’Américaine enregistre son meilleur trimestre depuis 2012 avec $5,5 milliards qui inclus <insérez un roulement de tambour ici> 3,4 milliards de pertes de ses actions dans en Russie. Le gisement sibérien de Sakhalin-1 extrait 220’000 barils par jour.

Le chiffre d’affaires a grimpé à $90.5 milliards. Les dépenses d’investissement et d’exploration d’Exxon au premier trimestre ont totalisé 4,9 milliards de dollars.

Exxon a racheté pour 2,1 milliards de ses actions. L’objectif est de racheter pour 30 milliards d’actions d’ici à 2023, c’est dire si le système est lucratif.

Nous avons eu un trimestre solide si l’on considère la performance sous-jacente de l’entreprise, en laissant de côté les impacts temporaires liés à la météo et au calendrier, et nous poursuivons sur notre lancée au deuxième trimestre“, dixit Kathy Mikells, directrice financière d’Exxon.

 

Chevron

la deuxième plus grande major pétrolière américaine annonce un bénéfice de $ 6,5 milliards soit 4 fois plus que la même période en 2021. Comme Exxon, c’est le meilleur trimestre depuis 2012 avec un chiffre d’affaires de $54 milliards. Le PDG, Michael Wirth annonce des dividendes de $3,36 par action.

Dans le gisement de schiste du Bassin Permien s’élève à 692’000 b/j (+15%).

 

Aux USA, le président américain Joe Biden a appelé les producteurs de pétrole nationaux à accélérer la production afin de faire baisser les prix à la pompe, qui alimentent l’inflation la plus élevée que l’Amérique ait connue depuis 40 ans. Joe met sur le marché 1 million de barils par jour de pétrole de la réserve stratégique. Durée: 180 jours.

Pour terminer, laissons le dernier mot à Nancy Pelosi:  “Les grandes compagnies pétrolières ont profité et exploité le marché… elles s’accaparent la manne tout en maintenant des prix élevés pour les gens à la pompe“.

 

 

Stocks de gaz en Europe? La réalité dépasse la fiction

Dans le bras de fer avec la Russie, la Commission Européenne veut obliger chaque pays européen à remplir ses réserves de gaz à “au moins 80%” de leurs capacités d’ici au 1er novembre 2022 puis à 90% avant chaque hiver dès 2023.

Là, le quidam se dit que “si les réserves sont pleines, l’hiver est assuré.” Ouf ! Car un hiver sans chauffage, ça risque de chauffer. Et bien, tout cru patate crue! Dans une stratégie qui aurait bien pu sortir des classeurs de nos amis consultants de McKinsey, très cher à Ursula von der Leyen et encore plus chers au Président Macron, la réalité diffère légèrement.


 

France et Allemagne: les champions du stockage qu’il faut remplir 4 fois par an!

La France et l’Allemagne possèdent les plus grandes capacités de stockage de gaz en Europe. Ces capacité représentent 25% de leur consommation.

L’Allemagne héberge les plus grands réservoirs en Europe avec 24,5 milliards m³. Il y a quelques jours, les stocks étaient à 40% de leur capacité, soit assez pour 7 jours de températures polaires selon le Ministère de l’Economie et du Climat Allemand.

Jusqu’ici, le gouvernement d’Olaf Scholz avait affirmé que “l’approvisionnement est assuré et il n’y a pas de risque de pénurie.”  Grâce à une météo clémente, il n’a pas été désavoué.

Du côté de Paris, la capacité de stockage représente également le 25% de la consommation annuelle selon Storengy.  Depuis 2018, la loi française exige que le niveau de remplissage des capacités souscrites atteigne 85% au 1er novembre.

Mais il y a un mais! La France et l’Allemagne doivent remplir au moins 4 fois leurs stocks durant l’année et 2 fois durant l’hiver. Traduire: les stocks de novembre disparaissent en janvier-février.

Ensuite? Là se complique les ambitions de Bruxelles de se passer au plus vite du gaz Russe.

 

Suisse, Belgique, Luxembourg: le bon moment pour sortir du gaz?

Du côté du Luxembourg, les capacités de stockage de gaz suffisent pour 4 jours.

En Belgique, elle représente un peu moins de 5% de la consommation annuelle du pays.

La Suisse? Il n’y a pratiquement pas de stockage de gaz sur son territoire. Le lobby du gaz a déjà annoncé qu’il avait sécurisé l’approvisionnement gazier pour l’hiver 2022/2023. Mais s’il n’y a pas de capacité de stockage où se trouve ce gaz?

Dans la pratique, l’industrie du gaz a déjà passé ses commandes à l’international avec l’espoir de se faire livrer au goutte à goutte en temps voulu. La Suisse et six autres pays européens ont signé une déclaration internationale afin d’assurer l’approvisionnement en gaz durant l’hiver. Les installations de stockage doivent pouvoir être utilisées au-delà des frontières peut-on lire.

Cependant, l’histoire nous apprend qu’en cas de pénurie, le mot solidarité a souvent tendance à sortir par une porte dérobée.

Dans cette ombre, il y a une bonne nouvelle. Si vous vous chauffez au gaz, vous avez tout l’été pour vous en débarrasser et changer! Bon ça fait 10 ans qu’on le dit. Là, il sera difficile de trouver une meilleure excuse pour ne pas faire le pas.

 

 

 

Électricité : La France à 3€ le kWh. Record à battre!

Lundi 5 avril, sur le marché français, les prix de l’électricité ont frisé les € 3’000 MWh alors que 26 réacteurs nucléaires étaient à l’arrêt sur un parc de 56 unités. Très mauvaise nouvelle pour EDF qui accumule les dettes et doit encaisser cette perte supplémentaire.

Ainsi, de 6 heures à 09h du matin les prix se sont envolés à 2’987€ (€3 euro le kWh, contre 374 euros à la même heure la semaine avant). Que s’est-il passé ?

Rien de très banal, des températures que l’on retrouvent en hiver, mais surtout la mise en pratique du dicton “mettre tous les oeufs dans le même panier” avec 75% de la production provenant d’une seule source. Comme l’industrie nucléaire tousse, c’est toute la France qui tremble. Dans la situation actuelle, il s’agit de problèmes techniques qui laissent entrevoir le potentiel si la Russie décidait de ne plus livrer d’uranium sur le marché.


 

3’000 Euros: Le score à battre

Sur le marché boursier européen, certains se sont régalés et ne se sont pas gênés pour faire pousser les prix à la hausse, voir à la très très hausse. En France, consommation s’est élevée à 73’000 MW vers 09h00 au lieu de 65’000. Il a fallu trouver 11’000 MW à l’international.

En prélude de cet épisode annoncé, EDF avait demandé de réduire au maximum la consommation dont le chauffage et de ne pas cuisiner aux heures de pointes.

EDF est déjà très fortement endetté et devra ajouter € 20 milliards supplémentaires de subventions voulues par le Président Macron afin de passer le cap des élections et de prolonger les subsides jusqu’à l’été. La dette d’EDF est en passe d’atteindre les 50 milliards.

La situation française a de quoi inquiéter les autres pays dont la Suisse qui compte essentiellement sur ses voisins pour lui livrer de l’électricité durant l’hiver. Dans ce registre, il est fort à parier que chaque pays va se la jouer individuel et faire monter les prix.

Le score de € 3’000* est à battre.

 

 

Source: https://www.rte-france.com/

 

 

* Afin d’imager ce que € 3’000 représentent: En Suisse la moyenne d’une facture d’électricité est de Frs 1’500/an. Avec ce scénario, la facture grimperait à 16’000)

 

 

Pénurie de Diesel et de Mazout : Eviter la Panique ?

Les médias et les politiques ont les yeux rivés sur les écrans et les chiffres des prix du baril de pétrole et surtout de l’essence. Paradoxalement, bien peu regardent vers la pénurie de diesel qui se décline également en mazout (fioul de chauffage) et kérosène.

De tous les dérivés du pétrole, le diesel possède le plus grand potentiel pour faire dérailler notre économie via son hégémonie sur les transports (mobilité et marchandises) ainsi que du chauffage. Après la Chine, l’Angleterre envisage un rationnement et espère éviter les achats paniques aux stations ainsi que pour remplir les citernes de chauffage.


 

Une crise mondiale débutée en 2021

Les tensions sur la disponibilité du diesel datent d’avant la guerre en Ukraine avec des stocks très bas notamment en Chine, aux USA ainsi qu’en Europe.

Fin 2021, Pékin avait instauré des rationnements pour les camions avec une limite à 100 litres par jour.

Aujourd’hui, les stocks américains n’ont jamais été aussi bas depuis 14 ans. Si le très léger pétrole de schiste convient à merveille pour réaliser du plastique, il n’est pas assez riche pour du diesel ou du kérosène.

Du côté de l’Europe, avec la guerre ukrainienne, elle est orpheline du diesel Russe. Sur 1,4 million de barils par jour de diesel importé par Bruxelles en 2019, la moitié, soit 685’000 barils vient de Moscou et une grande partie du solde venait des raffineries d’Arabie Saoudite avec 285’000 barils.

Cerise sur le gâteau, l’Europe n’importe pas seulement du diesel de la Russie, mais également des produits pétroliers transformés pour que les raffineries puissent transformer le brut en diesel.

S’il fallait rajouter une couche, les raffineries européennes peinent distiller le diesel à cause de la hausse des prix du gaz. En effet, le gaz est utilisé pour générer de l’hydrogène afin d’enlever le soufre du diesel. Dans les conditions actuelles, le processus n’est financièrement pas rentable.

 

Importer du Diesel?

L’option serait d’importer du pétrole plus léger en soufre. Mais tant l’Angola que le Nigeria n’arrivent pas à booster leurs extractions. A oublier.

Du côté de l’Arabie Saoudite et de façon moindre des Emirats Arabes Unis, du Venezuela et de l’Iran (si l’embargo américain est levé), une surproduction est théoriquement possible, mais leurs pétroles sont trop chargés en soufre. Retour à la case départ.

Il reste l’option d’importer du diesel pure sucre. La Chine et ses bataillons de raffineries ont les capacités, mais devant l’ampleur de la pénurie, Pékin a réduit ses exportations et garde le précieux liquide pour son usage local. L’Arabie Saoudite et l’Inde en font de même. Le diesel pourrait valoir de l’or!

 

Rationnement?

Shell et l’autrichien OMV AG ont commencé à restreindre leurs approvisionnements en gros. De son côté, l’Angleterre anticipe un rationnement du diesel dès le mois d’avril.

On imagine pareille aventure en France avant l’élection du président Macron.

Du côté des pétroliers, tout le monde est conscient de ce risque mais refuse de tirer l’alarme par crainte d’une ruée sur les stations-service et des commandes pour remplir les citernes de mazout (fioul de chauffage).

 

Evolution des prix

Financièrement, le contrat d’avril sur le Nymex a augmenté de 11¢, soit 3,2 %, pour atteindre 3,598 $, le baril de diesel et il pourrait passer sur les 4$.

En Suisse, le prix du mazout dépasse les 150 francs et 47% des habitations utilisent ce carburant pour se chauffer.

On se rappelle, qu’en juin 2021, les Suisses avaient refusé la Loi sur le CO2.
On pouvait lire sur l’affiche des opposants visonaires: Interdire le chauffage à mazout… absolument hors de question.

 

EDF annonce de nouveaux problèmes sur ses réacteurs nucléaires

EDF a annoncé avoir décelé un nouveau problème sur ses centrales nucléaires alors que la France compte déjà 11 centrales à l’arrêt sur un parc de 56 réacteurs. Il est probable que l’entier du parc français soit contaminé par cette défaillance. Ainsi EDF pourrait devoir arrêter, à tour de rôle, chacun des 56 réacteurs pour un minimum de 5 semaines. Ce problème avait déjà été décelé lors de contrôles effectués tous les 10 ans.

Le gestionnaire du réseau, RTE, a indiqué que la situation sur le réseau électrique français serait tendue jusqu’à la fin mars et que des coupures ne sont pas exclues.


 

Coupures d’électricité ?

Si une vague de froid devait toucher la France, RTE annonce qu’elle pourrait devoir inciter les particuliers à réduire leur consommation d’électricité voir organiser des coupures ponctuelles d’approvisionnement de la dizaine d’usines françaises très grosses consommatrices d’électricité. Ce qui serait une première en France.

 

Les problèmes

EDF a découvert des fissures dues à la corrosion anormales sur plusieurs circuits de refroidissement des réacteurs sous contrainte à proximité des soudures des circuits d’injection de sécurité (RIS) à Civeaux 1 et 2 ainsi qu’à Chooz et Penly, ainsi que dans 7 autres centrales, toutes actuellement hors service pour des contrôles.

Depuis la semaine dernière, un nouveau problème de corrosion est désormais également recherché sur un autre circuit, celui du refroidissement des réacteurs à l’arrêt (RRA). C’est lui qui sert à refroidir le cœur à chaque fois que le réacteur est stoppé, notamment pour le changement de combustible.

 

Durée des arrêts ?

Au moins cinq semaines pour chaque réacteur pour une l’analyse par ultrasons des circuits RIS”, selon EDF.” En cas de réparation : un certain temps supplémentaire sera ajouté.

 

Nombre de réacteurs concernés ?

Les circuits RRA des 56 réacteurs, soit la totalité du parc français, sont extrêmement similaires aux circuits RIS dans leur fabrication en acier inoxydable, dimension et contenu.

Dans un premier temps, EDF va examiner les réacteurs à l’arrêt.

Ensuite, les prochains arrêts, non prévus, seront priorisés en fonction des résultats des contrôles par ultrasons, qui avaient été réalisés lors des dernières visites (chaque 10 ans), afin de repérer ce qui, à l’époque avait été mal interprété.

Cette cascade de mauvaises nouvelles tombe alors que le président Macron a annoncé un retour au nucléaire avec la construction de 6 à 14 EPR et l’allongement la durée de vie du parc actuel.

 

Les Guerres du Gaz: Géopolitis

Dans ce nouvel épisode de l’excellente émission de la Télévision Suisse Romande, Géopolitis, Marcel Mione explore avec Laurent Horvath, les coulisses du gaz à travers les continents.

Dans le monde des Energies, c’est le règne du chacun pour soi. Chaque pays regarde son intérêt propre. Ce qui se passe dans le gaz est une parfaite illustration entre la partie stratégique qui confronte la Russie, l’Europe, l’Allemagne, la Turquie, l’Ukraine, la Chine et les USA.


 

Le gazoduc Nord Stream 2 sème la discorde avec en fond de toile le gaz de schiste et la main mise de la Russie ou de des USA sur l’Europe. Comment se confronter avec Vladimir Poutine, Joe Biden, Recep Tayyip Erdoğan le président Turc. Quelle est la place du gaz naturel dans la transition énergétique et le climat? Est ce que le gaz est aussi propre que l’on veut bien le prétendre?

Cette émission de 26 minutes de Marcel Mione présente les enjeux stratégiques avec des illustrations vidéos très pertinentes, qui intéresseront tous ceux qui veulent en savoir plus.

 

Voir l’émission du 28 mars 2021: Les Guerres du Gaz: Geopolitis

 

Le pétrole à 37$ le baril, les majors empilent les dettes

Aujourd’hui, journée spéciale aux USA. Pour l’information et surtout pour l’Histoire: le pétrole se traite à 37$ à New York et 39$ à Londres. Qu’en sera-t-il demain?

En regardant 2020, c’est une parfaite annus horribilis pour les compagnies pétrolières. Les chiffres du 3ème trimestre le démontrent.

En Europe, depuis le coronavirus, les pétroliers et gaziers ont vu leurs capitalisations boursières chuter de 364 milliards $. On comprend la grise-mine des investisseurs. Aux USA, c’est pire. Les 84 faillites ont effacé $ 89 milliards et le montant pourrait grimper à $ 100 milliards avec la deuxième vague de coronavirus. A ce tarif, l’industrie pétrolière n’est pas hyper rentable.


 

Rassurez-vous. Comme les chiffres sont souvent indigestes, une pointe d’humour et du bicarbonate ont été rajoutés pour la digestion.

Avant d’entrer dans les détails, une explication s’impose sur nos majors pétrolières préférées: ExxonMobil, Chevron, Shell et BP.

 

Des dettes, toujours plus de dettes

Les majors accumulent des dettes abyssales. En temps normal, ces dettes sont cautionnées par les réserves pétrolières. Cependant, la probabilité de ne plus pouvoir extraire le pétrole jusqu’à la dernière goutte, inquiète l’industrie, d’autant qu’il faut aller chercher du pétrole de plus en plus cher et de moins en moins bonne qualité.

Paradoxalement, les prix du baril restent proche des 40$, seuil de non rentabilité. Il reste l’espoir de voir grimper les cours à 100$, mais là, c’est l’Economie mondiale qui ne supportera pas le choc.

Afin de continuer à alimenter en cash leurs caisses, tradition oblige, les majors doivent offrir des dividendes quitte à s’endetter encore plus.

L’équation est simple: pas de dividendes, pas d’investisseurs donc pas de forages et surtout plus de chocolat!

 

ExxonMobil

L’américaine, proche de Trump, a annoncé son troisième trimestre négatif consécutif. La perte se monte à 680 millions $ alors que sa production pointe à 3,7 millions de barils de pétrole par jour (-6%). L’année dernière, à même époque, elle annonçait un bénéfice de 3,2 milliards $.

Le No 1 américain surfe sur une dette  $ 69.5 milliards pour un chiffre d’affaires de 260 milliards.

Darren Woods, son PDG, reste droit dans ses bottes. Il va continuer à offrir de larges dividendes et éviter méticuleusement les énergies renouvelables. Ainsi pour maintenir ses dividendes, 14’000 employés, soit le 15 % de son staff, vont prendre la porte. C’est vraiment cool de bosser pour une entreprise pareille, non?

Exxon va également réduire ses investissements de 23 milliards $ à 16 milliards en 2021. Le boss (Darren Woods pas Bruce Springsteen) aimerait réduire de 30 milliards $ les actifs dont la compagnie de gaz de schiste XTO Energy, qui avait été payée 42 milliards en 2009. A l’époque, l’opération avait été qualifiée de deal du siècle. Aujourd’hui, fiasco a remplacé deal.

 

Chevron

Le No 2 américain annonce une perte de $ 207 millions contre 2,6 milliards de bénéfice sur la même période en 2019.

Son PDG, Mike Wirth, concède que le coronavirus n’est pas tendre avec ses objectifs. Comme ExxonMobil, il va licencier 15% de ses employés afin de maintenir les dividendes pour ses actionnaires.

L’entreprise pourrait également vendre des actifs, mais dans cette période de disettes, qui voudrait en acheter ?

Chevron cumule une dette de $ 34 milliards pour un chiffre d’affaires de $ 120 milliards. De ce côté, c’est assez bien.

 

Shell

Ben van Beurden, le PDG, annonce une “nouvelle ère de croissance des dividendes”. Du coup, il a augmenté ses dividendes de 4 % à 16,65 ct.

Là aussi, afin de garder des dividendes, les emplois sont sabrés et les coûts minimisés. Plus de 16’000 postes ont été supprimés ce mois.

A contrario des deux américaines, au 3ème trimestre, Shell a réalisé un bénéfice de $ 955 millions contre 4,8 milliards en 2019. Bel exploit.

Les dettes de Shell se montent actuellement à $ 73,5 milliards. Pour vous imaginez 70 milliards $: cela représente les dettes cumulées d’EDF et Areva avant que l’Etat français n’intervienne. C’est aussi la moitié de la fortune de Jeff Bezos, d’Amazon. Bon là, avec cet exemple, ça paraît tout petit. Mais quand même, ça représente quelques mois de salaire pour un ouvrier moyen.

 

BP

L’entreprise anglaise termine son 3ème trimestre sur un bénéfice de $ 86 millions contre un bénéfice de 2,3 milliards sur la même période l’année passée.

Son PDG, Bernard Looney, a promis d’effectuer un changement stratégique et de devenir zéro carbone d’ici à 2050, mais n’a pas apporté le mode d’emploi pour y arriver.

Contrairement à Exxon, Chevron, Shell ou Saudi Aramco, BP a décidé de couper dans les dividendes. Un crime de lèse majesté dans l’industrie. Mais le changement de paradigme est à saluer.

BP aimerait vendre pour 25 milliards d’actifs d’ici à 2025, pour autant qu’elle trouve des acheteurs. Comme pour Shell, BP cumule $ 68 milliards de dettes dont une grande partie à cause de la catastrophe DeepWater Horizon du 23 avril 2010. (lire l’article de 2010)

 

On donnera l’avant dernier mot, au géant pétrolier Russe. Rosneft pense que BP et Shell sont en train de se créer une crise existentielle en voulant s’engager dans les énergies renouvelables.

Le mot de la fin, on le donnera au nouveau président des Etats-Unis et au coronavirus.

 

 

Les fuites de méthane du gaz naturel scrutées depuis l’espace

De plus en plus de publications d’études scientifiques dévoilent de larges fuites de méthane lors de la production, le transport et la combustion du gaz de schiste aux USA, au point que de nombreuses villes américaines ont interdit, pour des raisons climatiques, l’utilisation du gaz naturel pour le chauffage et la cuisine.

En 2018, les premières mesures avaient été révélées par l’Environmental Defense Fund (EDF) et l’université de Harvard. Elles avaient révélé des émissions 60% plus élevées que les mesures des exploitants gaziers et du gouvernement Trump via son agence environnementale “Environmental Protection Agency” (EPA).


Des Etats-Unis à l’Europe

Il est vrai que la pratique d’extraction de schiste est très polluante et inquiète la population américaine. Cette sensibilité plus exacerbée avait poussé certains organismes, universités et scientifiques à obtenir des données factuelles et plus précises qu’un gribouillage sur un papier. Ainsi, l’utilisation d’images satellites et de technologies spatiales ont émergé.

Les études publiées, notamment dans Nature Magazine, démontrent que l’industrie pétrolière et gazière a sous estimé de 25 et 40% ses émissions de méthane.

En Europe, les producteurs et revendeurs de gaz naturel ont réussi à éviter que les projecteurs éclairent cette problématique environnementale alors que les exploitants de gaz ont positionné leur produit comme “le parfait outil de la transition énergétique“. Ce concept avait été élaboré dans les années 80 par le lobby américain gazier. Aujourd’hui, il est largement remis en cause (lire National Geographic).

L’Europe pouvait s’émanciper des mauvais chiffres du schiste américain, car le gaz consommé en Europe vient de Russie, d’Algérie, d’Iran, de la Mer du Nord avec une extraction conventionnelle moins polluante.

Cependant, les nouvelles données venues du ciel montrent que l’exploitation traditionnelle de gaz naturel dégage également de fortes émissions de méthane.

 

Emissions de méthane dans la production de gaz naturel.
Kayrros a publié une liste de points sensibles à travers l’Europe.
Selon les images satellites,  une fuite de 17 tonnes par heure vient
du champ gazier de Yamal opéré par le russe Gazprom.
La carte montre également tous les points d’émissions importants.
Source Kayrro

 

Des émissions de Méthane sous estimées jusqu’à 40%

En collaboration avec le système spatial Européen Copernicus Images, l’entreprise énergétique Kayrros permet maintenant de quantifier des fuites mondiales de méthane notamment au niveau du gaz et du pétrole. Le méthane est 28 fois plus virulent que le CO2 et les fuites de méthane représentent un équivalent de 1,8 gigatonne de CO².

Kayrros a rejoint le GHSSat qui répertorie les émissions de gaz à effet de serre depuis l’espace. En octobre dernier, le GHSSat a estimé des fuites records à 142’000 tonnes de méthane entre janvier et septembre 2019


Forage de Schiste dans le Bassin Permien, USA
Source: European Space Agency

 

Ces données remettent en cause la légitimité du gaz naturel comme énergie de transition

Ces nouvelles technologies et données sont une bonne nouvelle pour le climat. Elles permettent de découvrir les sources d’émissions de gaz à effet de serre, de localiser de manière précise les lieux d’émissions, d’identifier les entreprises et de s’y attaquer de manière chirurgicale pour autant qu’une volonté politique et économique sont en place.

Avant de se faire pointer du doigt, les pétroliers et gaziers BP et Shell ont pris les devants et investissent à leur tour dans l’imagerie satellite afin de découvrir les fuites de leurs propres installations.

De leur côté, les géants américains comme Chevron et Exxon ainsi que l’administration américaine ou les Russes de Gazprom, on préfère ne pas en tenir compte des fuites de méthane pour des raisons économiques. Ainsi Washington, via son agence de l’environnementale, EPA, est en train d’éliminer toutes les législations concernant les émissions de méthane. L’objectif est de diminuer les coûts de production et de relancer la production gravement impactée par le coronavirus.

 

La courbe de l’augmentation des émissions de méthane

 

En Europe, à l’image des villes américaines, des régions et des villes étudient l’interdiction de l’utilisation du gaz pour le chauffage et la cuisine notamment dans les nouvelles constructions. Cependant, au niveau de la Banque Européenne, de la Banque Mondiale et du FMI, les grandes institutions continuent de soutenir massivement et financièrement l’utilisation du gaz pour générer l’électricité.

Pour combien de temps encore ?

La réponse viendra-t-elle du ciel ?

 

Exemple de fuites de méthane dans un forage de gaz de schiste dans le Bassin Permien aux USA
Source: GHGSatCopernicus

La Banque Nationale Suisse investit dans les Banques de Schiste

Pour ceux qui étudient les investissements de la Banque Nationale Suisse SA, la société anonyme est une source d’émerveillement permanent.

Alors qu’elle se doit d’éviter les investissements dans le pétrole et gaz de schiste, le charbon, l’uranium, les énergies fossiles, les armes et les institutions bancaires, la direction préfère cocher toutes les cases.

Comme personne ne semble s’en offusquer, même pas le comité d’éthique ou les ministres des finances des cantons, la BNS a tenté le grand chelem: investir dans des banques qui investissent dans le pétrole de schiste aux USA! Deux interdits dans le même acte faisant une pierre deux coups. La performance est éclatante. Dans cet achat d’actifs, la BNS n’a perdu que 37 millions $ depuis le début de l’année.


Le pot aux roses a été découvert via une publication de Bloomberg d’une liste de 11 banques américaines en difficulté à cause de leurs implications importantes dans le schiste. Sur les 11 institutions bancaires pointées du doigt, la BNS n’en a ratée aucune. Respect!

 

Depuis le début de l’année, la valeur de ces banques n’a perdu que 37,6 millions $.

 

Cependant, la BNS ne s’est pas limitée à investir que dans ces banques. Elle a déversé son argent dans tout le système bancaire local américain. Vous pouvez trouver toutes les banques dans ce fichier mis à jour le 31 mars 2020.

 

Qu’en pense la Banque Nationale Suisse?

Devant cette découverte, j’ai pris contact avec le service de communication de la Banque Nationale Suisse avec ces questions:
   A) Pourriez-vous m’indiquer les motifs des investissements de la BNS dans des banques aux USA?
   B) Si vous n’avez pas cette liste, voulez-vous que je vous la fasse parvenir?
   C) Quel est votre avis sur ces investissements qui se heurtent à deux de vos règles en même temps (banque et environnement)?

L’éclairage est tombé comme la nuit: “Dans sa stratégie de placement, la Banque nationale suisse renonce à acquérir des actions de banques et d’autres établissements à caractère bancaire à moyenne ou à grande capitalisation de pays industrialisés. Elle s’abstient par ailleurs d’acheter des actions d’entreprises qui violent massivement des droits humains fondamentaux, qui causent de manière systématique de graves dommages à l’environnement ou qui sont impliquées dans la fabrication d’armes condamnées sur le plan international.

Bref, le message standard “copier/coller” envoyé aux curieux dont je dois avoir 20 copies.

Devant cette non-réponse, je me suis permis d’insister. Au bout de 3 échanges, une information cruciale et décisive a enfin fini par transpirer: la directrice zurichoise de la communication n’apprécie pas l’humour et l’insistance des Welsches. Punkt Schluss!

 

Est-ce que la BNS investit contre votre entreprise suisse?

Si vous aussi vous voulez vous amuser, voici la liste des investissements de la BNS dans le marché américain au 31 mars 2020. Elle est mise gratuitement à disposition par le gouvernement américain.

Si vous êtes un entrepreneur, un chef d’entreprise, un innovateur de start-up, un PDG d’une multi-nationale comme ABB, vous pourrez immédiatement prendre connaissance des millions de $ que la BNS investit dans vos concurrents directs aux USA.

Ne parlez surtout pas de concurrence déloyale contre les entreprises suisses, la directrice de la com de la BNS n’apprécierait pas !