Pic Pétrolier ou Pic Climatique : quel sera le seuil de douleur ?

Alors que l’on peut ressentir une certaine impression que cet été climatique part en vrille entre les chaleurs de 49 degrés en Californie et Canada ensuite suivi par des incendies de forêts. L’Allemagne, le Benelux et la Suisse noyés sous l’eau. La Russie enregistre des températures records ainsi que des incendies en Sibérie. Pour compléter le tableau, des inondations monstrueuses en Chine.

Bref dans cette ambiance, où le manque d’eau et aussi dévastateur que le trop d’eau, BP et l’agence pétrolière norvégienne Rystad Energy ont publié leurs prévisions énergétiques et pétrolières.


BP : d’une perception de pénurie à l’abondance pétrolière

BP souligne la baisse de 2020 de la consommation énergétique mondiale due à la pandémie. Cependant, il faut compter avec un rattrapage du temps perdu dans les mois à venir. Dans une nouvelle étude de 20 pages, les deux partenaires pensent que nous allons passer d’une “perception de pénurie” actuelle à une situation “d’abondance pétrolière“. L’étude balaye de la main le peak oil de la demande et pense que les pays, qui extraient un pétrole bon marché, vont privilégier le concept de  “diminution des volumes pour vendre à un prix élevé” au lieu du “volume important et vendre à un prix bas“.

On apportera un bémol causé par le penchant des deux acteurs à apprécier l’odeur du pétrole.

 

Rystad : Les réserves pétrolières diminuent

De son côté Rystad Energy a fortement réduit ses estimations des réserves pétrolières mondiales à 1’725 milliards de barils contre 1’903 milliards l’année dernière.

Pour un pétrole, financièrement accessible à 50$, il y en aurait pour 1’300 milliards de barils sous nos pieds. Au rythme actuel, cela représente 35 années d’extraction. Avec la diminution de la demande, il y aurait assez de pétrole jusqu’en 2100.

 

Pic énergétique et Pic climatique

Pour le climat, cela veut dire que le potentiel d’augmenter les quantités de CO2, de méthane et de gaz à effet de serre est encore très important d’autant que le trio: pétrole, gaz naturel et charbon règnent en maître.

A la vue des événements climatiques de ces derniers mois, la question est de savoir quel sera le seuil de douleur climatique nécessaire afin d’engager le pic d’émissions de CO2 / Méthane.

Les conditions climatiques exécrables aux USA, le déversement d’eau sur l’Allemagne, les incendies en Sibérie et les inondations en Chine touchent justement les acteurs clés. Est-ce qu’une porte s’ouvrira ?

L’Algérie pense à son après pétrole et gaz

Alors que le Président Macron a balayé d’un revers de main toute transition énergétique et que le Suisse en a fait de même, du côté des pays producteurs de pétrole et de gaz, il souffle un vent de changement et d’urgence.

Après des années de vaches grasses, la baisse de la demande pétrolière et gazière, suite au Coronavirus, impacte les budgets des gouvernements. Ainsi, l’Algérie se découvre une nouvelle ambition avec une envie d’entrer dans la production et la distribution d’hydrogène à partir d’énergie solaire.


 

A cet effet, l’Algérie a créé un ministère de la transition énergétique afin d’explorer cette opportunité et a placé Chams Eddine Chitour à sa tête. Le professeur cible 2030 pour ajouter l’hydrogène dans le mix énergétique.

 

Utiliser les réseaux de gaz actuels

L’idée est intéressante, car le maillage de gazoducs, qui achemine le gaz, pourrait être modifié afin de livrer de l’hydrogène aux pays européens et l’incontournable France. Mais avant d’y arriver, l’Algérie fait face à certains obstacles.

Le premier réside dans l’inertie du pays et de sa corruption. Les pontes du pétrole et du gaz, de l’entreprise nationale Sonatrach contrôle le pays grâce aux pétrodollars. Il est vrai que ce membre de l’OPEP compte presque entièrement sur les rentrées en pétrodollars pour son budget.

Il faut avouer que la Sonatrach (Société nationale pour la recherche, la production, le transport, la transformation, et la commercialisation des hydrocarbures) n’est pas le couteau le plus aiguisé de la cuisine lorsqu’il faut insuffler un vent d’innovation dans le pays.

 

Energie Solaire

Bien que l’Algérie soit baignée par le soleil, cette source représente à peine 1% de l’énergie produite sur les 15,6 gigawatts consommés.

Dans les faits, le gaz règne en maître. Depuis 60 ans, Alger se suffit des découvertes pétrolières et gazières du Sahara.

La crise du Covid et la chute des prix auront bousculé les certitudes d’autant que la demande intérieure en électricité explose. Fortement subventionné, le gouvernement doit réserver une partie toujours plus grande de son budget pour répondre à

la boulimie électrique de ses habitants alors que les rentrées financières se sont réduites. Cette tendance est désastreuse et une transition vers l’hydrogène semble être une diversification nécessaire du business model afin de diversifier les sources revenus.

 

Trouver des financements et éviter la Chine

Le pays va devoir trouver des fonds tant pour financer les actifs ainsi que pour compenser le décalage entre les coûts d’installations et les retours futurs.

Dans ce contexte, une lueur d’espoir brille. Dans les 5 années à venir, le prix du pétrole et du gaz devraient se maintenir à des prix élevés. Alger pourrait utiliser une partie cette plus-value afin d’assurer, étape après étape, son avenir.

Selon McKinsey, l’Algérie a le potentiel de livrer par bateau, à l’Allemagne, de l’hydrogène à moins de 2$ le kilo. A ce prix, l’hydrogène est presque compétitif avec l’essence. De plus, l’Algérie possède une grande expérience dans la livraison d’énergie. Elle pourra s’appuyer sur ce sérieux et sa fiabilité pour convaincre.

Finalement, la jeunesse demande des emplois et la diversification hors du pétrole et du gaz, pour autant que ces emplois ne sont pas confiés à la Chine, pourrait être une option.

 

La transition énergétique hors du pétrole et du gaz semble bien plus urgente pour les pays exportateurs de pétrole et de gaz. Le réveille des pays consommateurs pourrait être intéressant.

Une explosion de Gaz enflamme l’océan du Golfe du Mexique

Un orage pourrait avoir provoqué l’explosion dans un gazoduc sous-marin de l’entreprise mexicaine Pemex le vendredi 2 juillet 2021.

Les impressionnantes images filmées d’un hélicoptère montrent des flammes jaillir de l’eau comme de la lave en fusion. Le gisement se situe dans la péninsule du Yucatan, au large de la bien nommée ville de Tabasco dans la baie de Campeche, Golfe du Mexique.

Le feu a pris naissance dans un oléoduc sous-marin qui se raccorde à une plateforme du gisement pétrolier et gazier “Ku Maloob Zaap.


 

Pemex a réussi a éteindre l’incendie en 5 heures et a confirmé que  “Les turbomachines des installations de production actives de Ku Maloob Zaap ont été touchées par un orage“. Par contre, le mix  d’hydrocarbures en flamme n’est pas connu.

Les employés ont utilisé de l’azote pour maîtriser le feu. Aucun blessé n’a été signalé et la production n’a pas été perturbée par la fuite de gaz qui s’est déclenchée vers 5 h 15, heure locale. Elle a été colmatée vers 10h30. Cependant, il faudra attendre quelques jours pour voir l’étendue des dégâts et si l’amalgames de plateformes pétrolières à proximité pourront continuer les extractions.

 

L’Etat financier de Pemex est désespéré

Le complexe offshore de Ku Maloob Zaap (KMZ) produit du pétrole ainsi que du gaz depuis 1980. Il est entré dans une phase de déclin depuis 2015.

De 800’000 barils par jour, l’extraction a reculé à 640’000  l’année dernière. KMZ est l’un des gisements les plus lucratif pour l’entreprise et représente 40% de la production du pays, c’est dire son importance et cet incident n’est pas la meilleure nouvelle pour l’Etat mexicain.

En effet, Pemex cumule plus de $ 105 milliards de dettes et se trouve en quasi faillite. La remontée actuelle des cours du baril à 76$ avec une prévision à 80 dollars est une bénédiction pour l’entreprise nationale, mais on est encore loin de pouvoir crier victoire.

 

 

 

Sous l’impulsion d’Emmuel Macron, l’Europe pourrait classifier le gaz et le nucléaire comme “énergies propres”

Sous l’impulsion du président français, Emmanuel Macron, la Commission Européenne pourrait classifier le gaz naturel et le nucléaire dans le registre “des énergies propres” afin de donner accès à ces deux industries aux financements des investisseurs et des fonds européens du “Green Deal” prévu pour réduire l’impact climatique.

Les démarches ne s’appuient pas sur une considération climatique et scientifique, mais sur une tractation économique entre les pays. Ce processus suscite les craintes que Bruxelles ne se livre à un “blanchiment écologique” et à un désastre climatique.


Un enjeu financier important

Au cœur de ce tour de passe-passe se trouve la taxonomie des énergies propres débutée en 2019. Cette étiquette “d’énergies propres” permettra d’attribuer le feu vert pour les investisseurs et les fonds d’investissement dans cette catégorie. Au cours des années à venir, l’Europe planifie l’émission de plus de € 250 milliards de dettes sous forme d’obligations durables et la Banque Européenne soutiendra, de facto, les énergies désignées dans cette taxonomie.

On comprend l’empressement des lobbys pour inclure, par tous les moyens, leurs poulains.

 

La taxonomie devient un outil politique au lieu d’un outil scientifique

L’exercice a pour but de conseiller les institutions financières du monde entier afin de soutenir, ou pas, une installation énergétique sur une base climatique et scientifique.

Initialement, la proposition suggérait de déterminer les énergies “liquides” (pétrole et gaz) comme “propre” ce qui rejetait le charbon (énergie solide) dans la catégorie éliminatrice des vecteurs polluants. L’idée avait fait sourire plus d’un.

Début 2021, une proposition avait été rejetée par les pays européens car cette taxonomie n’incluait ni le gaz naturel ni le nucléaire. En effet, parmi les 27 pays membres de l’Europe, beaucoup veulent protéger leur droit d’utiliser le gaz ou le nucléaire pour remplacer le charbon dans leur stratégie de zéro émission. Ne pas figurer dans cette liste prive l’accès à des financements.

Le Financial Times révèle que le lobby du gaz est à deux doigts de réussir son coup. De plus, les deux parties : gaz et nucléaire pourraient se serrer les coudes pour faire passer la proposition*.

Cependant, certaines voix s’élèvent afin de révéler ce non-sens. Une décision devrait tomber cette semaine.

 

Coup de pouce au nucléaire français

On le comprend bien, pour certains pays, cette classification de taxonomie n’a pas l’objectif d’atteindre des diminutions de gaz à effet de serre mais à satisfaire leurs propres intérêts. Ainsi l’ambition d’Emmanuel Macron est de vendre et de financer les services d’EDF pour la construction des centrales nucléaires EPR dans les pays de l’Est.

Du côté des pays de l’Est, la sortie du charbon inquiète. L’accès au gaz russe et au nucléaire français pourraient rassurer les gouvernements. L’option du nucléaire, intimement corrélé aux possibilités de corruption qui règne dans l’industrie, est particulièrement vue d’un bon oeil.

De son côté, certains appels à utiliser les critères scientifiques afin de classifier les énergies propres. Avec ses importantes émissions de méthane, le gaz naturel est fortement décrié dans le contexte climatique.

 

Une impulsion mondiale

Le parlement Européen et les pays européens ont le pouvoir de bloquer cette taxonomie.

Si le tour de force d’Emmanuel Macron devait se concrétiser, le gaz naturel et le nucléaire pourraient également être inclus dans la taxonomie en Chine et aux USA. On saisit l’importance de la décision.

Une partie de la réponse devrait tomber cette semaine.

 

 

*Avec 6 autres présidents, Emmanuel Macron a demandé que la Commission Européenne inclue l’énergie nucléaire dans les énergies propres avec l’objectif d’utiliser les fonds financiers verts prévus par l’Europe. Les signataires sont : France (Emmanuel Macron), République Tchèque (Andrej Babiš), , Hongrie (Viktor Orban), Pologne (Mateusz Morawieck), Romanie (Florin Cîțu), Slovakie (Igor Matovič), et Slovenie (Janez Janša).

 

 

Les Guerres du Gaz: Géopolitis

Dans ce nouvel épisode de l’excellente émission de la Télévision Suisse Romande, Géopolitis, Marcel Mione explore avec Laurent Horvath, les coulisses du gaz à travers les continents.

Dans le monde des Energies, c’est le règne du chacun pour soi. Chaque pays regarde son intérêt propre. Ce qui se passe dans le gaz est une parfaite illustration entre la partie stratégique qui confronte la Russie, l’Europe, l’Allemagne, la Turquie, l’Ukraine, la Chine et les USA.


 

Le gazoduc Nord Stream 2 sème la discorde avec en fond de toile le gaz de schiste et la main mise de la Russie ou de des USA sur l’Europe. Comment se confronter avec Vladimir Poutine, Joe Biden, Recep Tayyip Erdoğan le président Turc. Quelle est la place du gaz naturel dans la transition énergétique et le climat? Est ce que le gaz est aussi propre que l’on veut bien le prétendre?

Cette émission de 26 minutes de Marcel Mione présente les enjeux stratégiques avec des illustrations vidéos très pertinentes, qui intéresseront tous ceux qui veulent en savoir plus.

 

Voir l’émission du 28 mars 2021: Les Guerres du Gaz: Geopolitis

 

Fukushima : 10 années déjà

Il y a 10 ans, la centrale nucléaire de Fukushima Daichi fut terrassée par un tsunami. Le tremblement de terre coupa l’électricité et les générateurs noyés sous l’eau ne purent répondre à leur mission. Sans système informatique et sans électricité, les 3 réacteurs en service partirent dans un processus de désintégration et de fonte du combustible nucléaire. Les explosions causées par l’accumulation d’hydrogène devinrent le symbole de cette catastrophe nucléaire.

Depuis, Tepco, le propriétaire de la centrale et le gouvernement japonais se débattent avec cette bête qui se meurt à petit feu mais qui ne rend pas les armes. Initialement, 40 années étaient prévues pour décommissionner les 3 réacteurs. Aujourd’hui, 50 à 60 années semblent plus réaliste selon la Japan Atomic Energy Commission.


 

Après la catastrophe, les coûts avaient été estimés à $ 101 milliards $. En 2021, elles dépassent les 200 milliards $.

 

Le casse-tête du combustible nucléaire fondu

En décembre dernier, Tepco a déclaré que les travaux visant à retirer le combustible nucléaire fondu des trois réacteurs seraient retardés et reportés en 2022, voir après. Le corium émet encore des niveaux de radiations extrêmes qui empêchent toujours des robots de s’en approcher.

Ainsi entre 800 et 900 tonnes de combustibles se trouvent dans les sous-sols des réacteurs 1, 2  et 3, et au total, 7,6 millions de tonnes de déchets radioactifs devront être retirés et traités.

Certains pensent qu’il sera impossible de retirer ce combustible alors qu’il doit être systématiquement refroidi avec de l’eau. En décembre dernier, la Nuclear Regulation Authority a relevé des niveaux de 10 sieverts/heure proche des réacteurs 2 et 3 soit une dose mortelle après une heure. Ces radiations ne facilite pas la tâche pour décommissionner les réacteurs.

Un sarcophage du style de Tchernobyl est évoqué, même si l’eau utilisée continue de fuiter dans le Pacifique.

 

1 million de tonnes d’eau contaminée

Pour refroidir les 3 réacteurs, Tepco utilise des tonnes d’eau. Comme il n’est pas possible de la traiter et de retirer les composants radioactives, elle s’entasse dans des centaines de réservoirs.

Le gouvernement avait prévu de vidanger cette eau et de la diluer dans le Pacifique après les Jeux Olympiques de 2020. Mais les protestations internationales, dont celle de la Corée du Sud, ont remis cette stratégie sur la table. Cependant pour des raisons de coûts et de manque de la place, une solution devra être trouvée bien que le Pacifique semble la seule option financièrement possible.

 

Photo: asahi.com
Des centaines de réservoirs, qui contiennent de l’eau radioactive,
s’entassent dans la centrale de Fukushima

 

La population ne revient pas

20 millions de m2 de terres contaminées ont été retirées afin de décontaminer les villes autours de la centrale avec l’objectif de repeupler la région. Mais même avec cette entreprise gigantesque, les sols n’arrivent pas à se débarrasser de ces niveaux de radiation.

Sur les 36’000 personnes évacuées, seules 22% sont revenues. Principalement des personnes âgées qui sont revenues dans leur maison. Les familles et les enfants ne sont pas du voyage. Lire la touchante histoire Naoto Matsumara, Le dernier homme de Fukushima. L’homme césium resté pour s’occuper des annimaux abandonnés.  J’avais eu le privilège de le rencontrer lors de sa visite à Lausanne en 2014.

 

Un décompte des morts très difficile

L’organisation Mondiale de la Santé, entité qui dépend directement de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique, n’a pas dénombré de victimes des radiations nucléaires à Fukushima.

Cependant, 200 liquidateurs, qui ont travaillé sur le site après la catastrophe, sont morts de “mauvaises grippes”. En 2015, le gouvernement japonais a finalement reconnu la mort d’un employé et en septembre 2018, d’un autre liquidateur de 50 ans, décédé d’un cancer des poumons.

A ce jour, 202 enfants ont développé un cancer de la thyroïde, phénomène connu suite à une exposition à des radiations. Cependant, l’Organisation Mondiale de la Santé rechigne à relier leurs cancers et l’accident nucléaire.

Ils étaient 103 en 2014 et 57 avaient été opérés. Lire Fukushima : 103 enfants atteints d’un cancer (25 août 2014)

 

 

Retrouver l’historique, jour par jour de la catastrophe de Fukushima

 

Du premier jours au 31 mars 2011 : le journal presque heure par heure de la catastrophe (11 mars au 31 mars 2011)

Le mois d’Avril 2011  (le journal jour par jour du mois d’avril 2011)

Tout le dossier complet de Fukushima (tous les articles depuis le début de la catastrophe)

 

 

Berlin paie € 2,8 milliards pour sortir du Nucléaire

Pour la fermeture définitive des centrales nucléaires sur son sol, le gouvernement allemand va indemniser avec un chèque de € 2,8 milliards les propriétaires EnBW, Eon, RWE et Vattenfall.

En 2016, la cour constitutionnelle avait statué que la décision de Berlin de sortir du nucléaire était légal. Il ne restait qu’à trouver une compensation financière assez élevée pour satisfaire les actionnaires des quatre compagnies.


 

Ainsi Vattenfall recevra € 1,43 milliard, 880 millions pour RWE, 80 millions pour EnBW et 42,5 millions pour Eon. Les aides financières pour RWE et Vattenfall servent à compenser l’électricité qui ne pourra plus être produite. Pour EnBW et Eon, la compensation couvrira les frais engagés en 2010 pour étendre la durée de vie des centrales.

La fermeture des 17 centrales Allemandes d’ici à 2022 avait été actée après la catastrophe de Fukushima en mars 2011. Ce montant met un terme aux disputes engagées par les propriétaires de centrales. De son côté, Vattenfall avait trainé le gouvernement Allemand devant le Centre de dispute (International Centre for Settlement of Investment Disputes) basé à Washington, USA pour un montant de € 5 milliards.

 

Et pour le Charbon

D’ici à 2040, l’Allemagne va également sortir du charbon et les défraiements prévus pour les propriétaires de centrales se montent à € 38 milliards.

Ces montants intéressent les fonds d’investissements étrangers, qui voient une opportunité d’acheter ces centrales afin de bénéficier des retombées financières prévues pour les fermetures.

 

 

 

Pétrole : L’OPEP reste droit dans ses bottes. Le baril grimpe vers les 70$

Lors de sa réunion, l’OPEP a décidé de ne pas changer les quantités d’extractions pétrolières et le niveau des exportations. L’objectif est de faire grimper les prix et ça fonctionne.

Avec le départ de Donald Trump, qui avait pris l’habitude de menacer le cartel du pétrole dès que les prix montaient, la voie est libre. Les prix du baril grimpent en direction des 70$. Il y a une année, le baril flirtait avec les 30$ alors que la Russie et l’Arabie Saoudite avaient coordonné leurs efforts pour faire couler le pétrole de schiste américain.

Le ministre russe, Alexander Novak, a commenté : “Nous ne voulons pas un baril à 70$, mais des prix stables. La situation actuelle et bien meilleure qu’à l’automne dernier” alors que le ministre du pétrole d’Arabie Saoudite, Abdulaziz bin Salman, pense que «l‘incertitude qui entoure le rythme de la reprise n’a pas diminué» et on ne peut pas lui donner tord. Il a ajouté, “la grande incertitude est la demande pétrolière.”

Aux stations d’essence, les prix devraient grimper avant ce weekend alors que pour les baisses, certainement grâce à la main invisible du business, il faut compter 10 à 15 jours. Le litre d’essence devrait monter au-dessus de Frs 1,70.– .

Même l’Arabie Saoudite va s’auto-appliquer une réduction supplémentaire de 1 million de barils par jour (b/j). Du côté des amis de l’OPEP, les non-membres Russie et Kazakhstan ont reçu une exemption de 130’000 et 30’000 b/j

L’OPEP pense que la demande de pétrole va augmenter de 2,7 millions b/j au prochain trimestre pour arriver à 97 millions b/j. Pour mémoire, avant le covid, nous en étions à 101 millions b/j. Pour confirmer la tendance, l’Agence Internationale Energie a souligné que les émissions de CO2 grimpent à grande vitesse. La Chine prévoit une croissance de +6% cette année.

Si l’on pouvait se demander si le monde allait retourner dans sa surconsommation d’avant le covid, la réponse est en train de s’écrire.

 

Les Entreprises pétrolières publient des pertes abyssales

L’année 2020 aura été une année particulière dans la fabuleuse histoire du pétrole et du gaz. Est-ce un tournant?

Si le pétrole avait débuté l’année à plus de 60$ le baril, il est ensuite passé dans un cycle de montagnes russes entre moins 37$ (oui -37!) pour ensuite remonter à 40.

Les plus grandes majors pétrolières sont souvent perçues comme riche à millions. Dans la réalité, les entreprises privées, cumulent plus de $ 250 milliards de dettes. Leurs pertes se chiffrent en milliards.


Dans les mois/années à venir, il est fort possible que nous assistions à des fusions, pour autant que les gouvernements acceptent que leur fleuron énergétique passe dans des mains étrangères.

Alors que les chiffres 2020 viennent d’être publiés, faisons le tour des amércains ExxonMobil, Chevron, ConoccoPhillips, de l’anglais BP, du hollandais Shell et du français Total.

Leurs espoirs reposent sur une augmentation des prix du baril et du gaz. Ca tombe bien, le pétrole est passé sur les 60$ à Londres.

 

ExxonMobil

Le plus grand pétrolier américain, ExxonMobil, poste une perte de $ 22,4 milliards pour l’année 2020. En comparaison, le bénéfice de 2019 culminait à $ 14 milliards.

Sans rire, Darren Woods, son PDG, pense que «l’année dernière fut le marché le plus difficile que son entreprise a eu à faire face.» Les ventes ont diminué à 182 milliards $ au plus bas depuis 2002 (260 milliards en 2019).

Même si la major c’est pris un bouillon, le dividende de $ 0,87 par action est maintenu tout en licenciant 1’900 employés. Dans les bruits de couloir, il se dit qu’Exxon pourrait racheter le No 2 américain: Chevron.

La dette d’ExxonMobil culmine à $ 67.6 milliards.

 

Chevron

Le No2 américain, Chevron, a perdu 5,5 milliards en 2020 contre un bénéfice de 2,9 milliards en 2019.

Son chiffre d’affaires est passé sous les 100 à $ 94,7 milliards.

Comme ses confrères, après avoir licencié plus de 10’000 collaborateurs, les dividendes sont maintenus à $ 1,29 par action.

L’américain va réduire ses investissements et ses explorations à 14 milliards soit 7 de moins qu’en 2019.

Bien que l’année fut difficile, Chevron a acheté le pétrolier et gazier de schiste Noble Energy pour la modique somme de 13 milliards $. Ce mouvement annonce une possible consolidation du marché pétrolier et gazier.  Chevron pourrait également se faire avaler par ExxonMobil à moins qu’elle ne rachète Exxon.

La dette de Chevron pointe à $ 34,8 milliards.

 

ConoccoPhillips

ConocoPhillips, le No3 américain, a annoncé une perte de $2,7 milliards pour 2020 contre un bénéfice de 7,2 (tiens un palindrome chiffré avec son bénéfice) en 2019.

La dette de l’entreprise est minuscule, en comparaison avec les autres, seulement 13,4 milliards $.

Elle pourrait être une proie pour les autres pétroliers, à moins qu’une fusion lui permette de mutualiser ses coûts et augmenter sa rentabilité. En tout cas, c’est ce qui ce dit quand on fusionne!

 

Royal Dutch Shell

Shell tient la palme de la plus belle gamelle avec $ 19,9 milliards de pertes sur 2020. Alors que la culbute est énorme, l’entreprise en a profité pour augmenter ses dividendes de 4% avec 17,35 centimes par action, afin de pouvoir compter sur les investisseurs. Qui dit dividende et pas d’argent, dit licenciement. Dans ce cas, c’est 9’000 employés qui ont quitté Shell.

L’entreprise a également effacé pour $ 20 milliards d’actifs de son bilan et dévalué la valeur de ses gisements.

En 2019, Shell avait réalisé un bénéfice de $ 15,3 milliards. Son PDG, Ben Van Beurden annonce “avoir pris des décisions difficiles mais décisives dans une année extraordinaire.”

La dette de l’entreprise s’élève à $ 75,4 milliards.

 

BP

Pour la première fois en 10 ans et après la marée noire de DeepWater Horizon, l’anglais BP présente une perte de 5,7 milliards $ contre un bénéfice de 10 milliards en 2019.

Bernard Looney, son boss, pense “que le 4ème trimestre a été aussi difficile que toute l’année 2020.”

L’entreprise a supprimé plus de 10’000 emplois afin de maintenir des dividendes de $ 5,25 centimes par action.

Dans sa liste au Père-Noël, BP aimerait vendre pour 25 milliards d’actifs et de champs pétroliers et gaziers durant les 4 prochaines années. L’objectif est de trouver des fonds pour payer ses investissements dans les énergies vertes et continuer ses dividendes.

La dette de l’entreprise s’élève à 39 milliards $.

 

Total

En 2020, Total accuse une perte nette record de $ 7,2 milliards contre un bénéfice de $ 11,2 milliards en 2019 et continue de payer un dividende de € 0,66 par action.

Le groupe, qui veut changer de nom en TotalEnergies pour mieux refléter la transition énergétique.

“L’année 2020 a connu deux crises majeures: celle de la pandémie de la Covid 19 qui a fortement affecté la demande mondiale, et celle du pétrole qui a conduit les prix du Brent à un niveau inférieur à 20 dollars par baril au cours du deuxième trimestre”, selon le PDG Patrick Pouyanné.

Les résultats nets sont également plombés par les dépréciations d’actifs de $ 8,1 milliards, dont 7 milliards sur les sables bitumineux au Canada.

Du côté de l’emploi, l’entreprise s’est séparé de 700 employés, ce qui est bien moindre que ses concurrents.

La production d’hydrocarbures se monte à 2,8 millions de barils par jour -9% sur un an.

La dette nette de Total s’établit à 37,13 milliards.

 

 

 

 

Face à Washington, rocambolesque pirouette allemande pour du gaz russe

Les américains auront tout fait pour bloquer les prochaines livraisons de gaz russe à l’Allemagne via la construction du deuxième gazoduc Nord Stream 2. Cette intrusion américaine dans les affaires européennes a pour but de diminuer les livraisons de gaz russe pour les remplacer par du gaz de schiste ou du gaz liquide “made in USA”.

Pour contourner les sanctions américaines, il a aura fallu trouver une faille. C’est exactement là où on n’entendait pas la contre-offensive que l’offensive arriva. Pour ce faire, l’Allemagne a créé une fondation sur le climat dont le but est d’aider à terminer la construction de ce gazoduc !


 

C’est ainsi que le «Fonds de Protection pour le Climat du lander de la Mecklembourg-Poméranie occidentale» a vu le jour avec un financement de 200’000€ par le lander Allemand et 20 millions € par le consortium Nord Stream 2 et Gazprom.

Les américains n’avaient pas imaginé la possibilité d’une pareille pirouette.

Ainsi, la fondation nouvellement créée a pour buts de promouvoir des projets de protection de l’environnement, de la nature et du climat, mais aussi de pouvoir être active sur le plan commercial et donc de financer les entreprises qui vont terminer la construction du Nord Stream 2. Le parti d’Angela Merkel a voté pour cette création, avec en arrière plan, la protection des entreprises allemandes face aux intrusions américaines.

 

Rapidement terminer le gazoduc

Il reste à terminer la pose de deux tronçons, 120 km dans les eaux du Danemark et 28 dans les eaux territoriales allemandes. En 2019, l’entreprise Allseas, basée en Suisse, avait arrêté la pose des tuyaux sous la pression américaine.  A la place, le navire russe de pose de conduites Fortuna a recommencé à raccorder 1,5 km de pipeline par jour afin de terminer le travail. Ce 18 janvier, Washington a mis sous embargo le navire russe.

Une fois les tuyaux installés, il restera à mettre en service ce gazoduc d’une capacité de 55 milliards m3 de gaz. Il doublera la capacité de son jumeau le Nord Stream 1.

Au total, l’opération aura coûté 9,5 milliards € et produira plus de 140 milliards kg de CO2 ainsi que des tonnes de méthane, gaz à effet de serre. On peine à comprendre la stratégie climatique de l’Allemagne, mais là n’est pas le propos.

Du côté de la fondation climatique, elle devrait fermer ses portes une fois le processus achevé, pirouette, cacahuète.