Le baril de pétrole chute tout comme les Bourses

Si ça ressemble à une récession, si ça coince comme une récession et si ça chute comme une récession, c’est probablement une récession. C’est sûrement ce que c’est dit le pétrole. Il s’est pris les pieds dans le tapis et termine la semaine à $86 à Londres et $79 à New York. Au début du mois, le baril flirtait avec les $100.

Du côté des bourses, le même tapis a mis au tapis les indices aux USA dont le Nasdaq et le Dow Jones. En Europe, toutes les bourses ont terminé en baisse. La palme revient à l’Angleterre qui a tiré le jackpot avec un nouveau plan pour faire face à la crise énergétique.


 

Le Pétrole en forte baisse

Le pétrole devait monter à $120 car la Chine sort du Covid pour la xème fois, surtout que les extractions mondiales coincent et que la Russie tousse. Quand c’est trop évident, c’est l’inverse qui se produit. Voilà le baril à $86.

Si le baril continue sa descente, Vladimir Poutine pourrait voir son siège vaciller. La situation rappelle la chute de l’URSS à cause d’un manque de revenus pétroliers. Mais nous en sommes pas là.

 

Les marchés boursiers

La semaine fut compliquée et une grande partie des indices mondiaux sont à la baisse notamment sous la pression d’une inflation incontrôlée, les hausses des taux des Banques Centrales et la récession qui arrive. Les Banques Centrales annoncent “soft landing” de l’économie. On se réjouit de voir tout ça.

A Wall Street, le  S&P 500 a terminé la semaine en baisse de 4,6 %, tandis que le Nasdaq Composite, dominé par les valeurs technologiques, a perdu 4,16 %. L’Europe glisse également, mais là, la récession est plus évidente.

 

Je vois que vous faites des prévisions largement erronées
FED: Banque Fédérale Américaine.  Dessin: HedgEye

 

L’Angleterre : Plus fort, plus haut, plus loin

L’Angleterre a passé une semaine Olympique. Tout à commencé par l’annonce de Nabilla qui quitte Dubaï pour peut-être rejoindre Londres et faire des selfies à la Fashion Week pour vendre des sacs Balenciaga à 10’000 boules à la Génération Z. Comme une catastrophe n’arrive jamais seule, la première Ministre Liz Truss a nommé Jacob Rees-Mogg comme secrétaire d’État aux affaires, à l’énergie et à la stratégie industrielle.

Le poste lui va à merveille car Jacob est un négationniste notoire de la science du climat et un (très) proche des pétroliers..

Mais le summum vient du plan de relance budgétaire de la première ministre Liz Truss. En deux mots : création de dettes monstrueuses à plus de $200 milliards, une baisse d’impôts pour les grandes fortunes et sur les dividendes. En même temps, l’organisation du «all you can eat» énergétique. Vous pouvez consommer la quantité de gaz et d’électricité que vous voulez, le tout pour le même prix. Le gouvernement paie la différence. C’est sûr qu’avec ce genre d’incitations, l’Angleterre va pouvoir gérer comme un chef son hiver à venir!

Kwasi Kwarteng, ministre de l’économie, mise sur la croissance pour rembourser cette création de dettes de plus de $200 milliards. Heu ! comment dire ? Pour augmenter la croissance, il faut augmenter la consommation de gaz, de pétrole et de charbon. L’Angleterre possède bien des gisements de gaz et de pétrole qui restent à développer dans les années à venir, mais là, le pays se dirige vers la récession, avec plus de 10% d’inflation et surtout une équipe de clowns qui dirige le pays.

Ben si avec ça, les anglais n’enfilent pas leurs gilets jaunes !

 

Les Banques Centrales augmentent les taux

Qui de mieux que Thomas Veillet pour résumé la situation ?

«Si l’on se souvient qu’il y a 12 mois, Jérôme Powell, (Directeur de la Banque Fédérale Américaine) s’est pointé à la télé pour nous dire que : L’inflation était transitoire et sous contrôle. Aujourd’hui, avec le recul et l’expérience accumulée, la FED s’est complètement vautrée dans ses prévisions.

Il serait bon de noter que les mecs étaient totalement à côté de la plaque et ont foiré leurs prévisions en mode « champion du monde », par contre aujourd’hui, personne n’est étonné de voir que la FED nous annonce déjà ce qu’elle va faire jusqu’en 2024.

Quelqu’un peut-il prendre un gros feutre noir épais et indélébile pour noter sur le mur qu’en général personne n’est foutu de faire des prévisions à peu près exactes depuis près de trois ans, mais là par contre, on trouve parfaitement normal de se faire aboyer dessus par le patron de la FED qui nous annonce son plan de marche à deux ans. Ça ne surprend personne.”

 

 

 

L’Allemagne entre en crise énergétique. Les autres pays suivent

Pendant que les politiciens et les citoyens Suisses et Français n’ont pas encore la tête à l’hiver, du côté de Berlin, c’est un autre son de cloche. Dès cette semaine, les livraisons de gaz russe vont tomber à zéro. En tant que fournisseur officiel d’énergie au niveau mondial, Moscou prend des mesures pour couper les livraisons d’hydrocarbures aux pays qui lui ont infligé des sanctions.

Tant Bruxelles que Berlin se heurtent de plein fouet face à la RealPolitik des décisions prises dans le conflit Ukrainien. Ainsi, la Russie annonce que le gazoduc Nord Stream 1 sera en «maintenance» dès cette semaine pour une durée de 10 jours.


 

Le Gazoduc Nord Stream 1 à l’arrêt

Cela devrait réduire encore plus les livraisons de gaz vers l’Europe et passer de 40% actuellement, à zéro. Durant ces derniers jours, Berlin a tout fait pour convaincre le Canada de restituer une turbine destinée à Nord Stream 1, qui était en maintenance dans le pays, mais bloquée par l’embargo des occidentaux. L’Ukraine a protesté mais les intérêts européens poussent dans l’autre sens. L’Allemagne ne voulait pas donner un argument supplémentaire à Moscou d’interrompre ses livraisons de gaz.

Cependant, il se susurre que Poutine pourrait utiliser les réparations du gazoduc Nord Stream 1 comme excuse afin de couper définitivement l’approvisionnement en gaz en représailles aux sanctions imposées par l’Europe et l’Allemagne. La situation est à suivre de très près.

En fin de semaine, les prix de l’électricité ont bondi à plus de € 40 ct le kWh pour le mois de décembre et le prix pourrait dépasser les $1 dès janvier.

Dans un tel scénario d’un arrêt de Nord Stream 1, l’Allemagne, l’Italie et la France seraient dans l’impossibilité de remplir leurs installations de stockage de gaz à hauteur des 90% visés et donc de faire face à des coupures. La pénurie affecterait également le transfert de gaz vers l’Autriche, la République tchèque et la Suisse.

 

La Realpolitik du Pétrole

Du côté du pétrole, Moscou a fait part de sa volonté de prendre des mesures susceptibles de perturber l’approvisionnement pour les pays qui sanctionnent la Russie. La semaine passée, un tribunal russe a ordonné l’arrêt pour 30 jours des exportations de pétrole via la mer Noire, qui est une voie d’accès clé pour les exportations pétrolières du Kazakhstan.

Du côté de la Libye, le général Khalifa Haftar, qui bénéficie du soutien de la Russie et de l’Égypte, a également intensifié une campagne militaire, qui perturbe les exportations de pétrole et de gaz. La Libye semble retourner vers une guerre civile. Les exportations de pétrole ont chuté.

L’Arabie Saoudite ne va pas augmenter ses extractions même avec la visite prévue de Joe Biden. Il semble que le royaume ait atteint son pic de production et ne veut pas mettre en péril l’union avec la Russie dans le consortium OPEP+ (+ signifie la présence de la Russie)

 

Uniper : le géant allemand une menace à la Lehman Brothers

Le plus grand énergéticien du pays, Uniper, a officiellement demandé un plan de sauvetage financier à Berlin.

Le plus gros acheteur européen de gaz russe perd des dizaines de millions d’euros par jour en raison de l’augmentation des prix du gaz russe. Uniper avait accepté d’acheter du gaz avec des Roubles.

Le PDG d’Uniper, Klaus-Dieter Maubach, pense “qu’il ne peut pas tolérer la situation actuelle longtemps et qu’il pourrait être obligé de commencer à puiser du gaz dans ses installations de stockage dès la semaine prochaine, ce qui réduirait encore les réserves nécessaires pour l’hiver prochain.” Pour commencer, il demande une aide de €9 milliards pour éviter la faillite.

L’entreprise de Klaus-Dieter Maubach exploite une capacité de production de 33 GW, ce qui la place parmi les plus grands producteurs d’électricité au monde. Son propriétaire majoritaire est devenu le finlandais Fortum, à 80%.

Le ministre allemand de l’économie, le vert Robert Habeck, a déclaré que son gouvernement “travaillait d’arrache-pied” pour aider Uniper. Il s’agit d’éviter la faillite du plus grand énergéticien et sa chute pourrait ressembler à Lehman-Brother.

 

Les erreurs de la Doctrine Européenne

Bruxelles prône une doctrine de démantèlement du système énergétique européen pour le mettre en main d’entreprises privées. Il est donc nécessaire de casser les monopoles comme les EDF et autres énergéticiens.

En 2016, le géant énergétique allemand E.ON avait dû se scinder en deux partie, dont Uniper, une partie fossile et nucléaire financièrement risquée ainsi qu’une partie financièrement juteuses avec les renouvelables et la distribution d’électricité.

Bruxelles pense qu’en mettant dans les mains privées, la gestion des énergies, la libre concurrence devrait permettre les prix les plus bas. Dans la réalité, il n’en est rien et cette doctrine a conduit dans l’impasse actuelle.

 

Angleterre : fief de la libéralisation du marché de l’énergie

Fleuron de la libéralisation du marché voulue par Bruxelles, l’Angleterre se trouve dans une situation critique.

Pour un ménage anglais, les prix du gaz et de l’électricité poussent la facture annuelle à €4’015 contre €1’417 en 2019 selon Cornwall Insight.

L’Angleterre importe qu’une infime partie de gaz de la Russie, mais comme les prix s’adaptent au marché, la facture grimpe.

Alors que la promesse d’une énergie meilleure marché, la main invisible du business n’a fait que de consolider les cartels d’entreprises privées et la gabegie est d’autant plus grande. Londres a offert pour €18 milliards d’aide et de subsides à 8 millions de foyers. Là aussi, la situation n’est pas durable dans le temps.

 

France

Le gouvernement Macron a activé des subsides à hauteur de €20 milliards, ce qui pousse EDF dans une situation financière impossible.

La dette d’EDF de €43 milliards devrait dépasser les 60 milliards. L’entreprise se voit dans la difficulté de trouver des fonds sur les marchés financiers. Paris annonce la nationalisation d’EDF.

De son côté, Total enregistre des bénéfices records.

 

Allemagne

Berlin a franchi le mois dernier une étape cruciale vers le rationnement du gaz lorsque le ministre de l’économie, Robert Habeck, a activé la deuxième phase du plan d’urgence gaz du pays. “La situation sur le marché du gaz est tendue et nous ne pouvons malheureusement pas garantir qu’elle ne va pas s’aggraver. Nous devons être prêts à ce que la situation devienne critique”.

Selon le GdW, la guerre en Ukraine entraînera une hausse des prix de l’énergie pour les consommateurs comprise entre 71% et 200%, soit des coûts annuels supplémentaires de €1’000 à 2’700 pour un ménage d’une personne et jusqu’à €3’800 pour quatre personnes, par rapport aux niveaux de 2021.

Le gouvernement propose des mesures drastiques. Ainsi, il commence à y avoir un rationnement de l’eau chaude, le tamisage de l’éclairage public et la fermeture des piscines, alors que l’impact de la crise énergétique commence à se propager de l’industrie aux bureaux, aux centres de loisirs et aux foyers.

“La situation est plus que dramatique.” Ca c’est Axel Gedaschko, chef de la fédération des entreprises de logement allemandes qui l’annonce. “La paix sociale de l’Allemagne est en grand danger” selon lui.

Quand débutera la contagion dans les autres pays?

 

 

Stocks de gaz en Europe? La réalité dépasse la fiction

Dans le bras de fer avec la Russie, la Commission Européenne veut obliger chaque pays européen à remplir ses réserves de gaz à “au moins 80%” de leurs capacités d’ici au 1er novembre 2022 puis à 90% avant chaque hiver dès 2023.

Là, le quidam se dit que “si les réserves sont pleines, l’hiver est assuré.” Ouf ! Car un hiver sans chauffage, ça risque de chauffer. Et bien, tout cru patate crue! Dans une stratégie qui aurait bien pu sortir des classeurs de nos amis consultants de McKinsey, très cher à Ursula von der Leyen et encore plus chers au Président Macron, la réalité diffère légèrement.


 

France et Allemagne: les champions du stockage qu’il faut remplir 4 fois par an!

La France et l’Allemagne possèdent les plus grandes capacités de stockage de gaz en Europe. Ces capacité représentent 25% de leur consommation.

L’Allemagne héberge les plus grands réservoirs en Europe avec 24,5 milliards m³. Il y a quelques jours, les stocks étaient à 40% de leur capacité, soit assez pour 7 jours de températures polaires selon le Ministère de l’Economie et du Climat Allemand.

Jusqu’ici, le gouvernement d’Olaf Scholz avait affirmé que “l’approvisionnement est assuré et il n’y a pas de risque de pénurie.”  Grâce à une météo clémente, il n’a pas été désavoué.

Du côté de Paris, la capacité de stockage représente également le 25% de la consommation annuelle selon Storengy.  Depuis 2018, la loi française exige que le niveau de remplissage des capacités souscrites atteigne 85% au 1er novembre.

Mais il y a un mais! La France et l’Allemagne doivent remplir au moins 4 fois leurs stocks durant l’année et 2 fois durant l’hiver. Traduire: les stocks de novembre disparaissent en janvier-février.

Ensuite? Là se complique les ambitions de Bruxelles de se passer au plus vite du gaz Russe.

 

Suisse, Belgique, Luxembourg: le bon moment pour sortir du gaz?

Du côté du Luxembourg, les capacités de stockage de gaz suffisent pour 4 jours.

En Belgique, elle représente un peu moins de 5% de la consommation annuelle du pays.

La Suisse? Il n’y a pratiquement pas de stockage de gaz sur son territoire. Le lobby du gaz a déjà annoncé qu’il avait sécurisé l’approvisionnement gazier pour l’hiver 2022/2023. Mais s’il n’y a pas de capacité de stockage où se trouve ce gaz?

Dans la pratique, l’industrie du gaz a déjà passé ses commandes à l’international avec l’espoir de se faire livrer au goutte à goutte en temps voulu. La Suisse et six autres pays européens ont signé une déclaration internationale afin d’assurer l’approvisionnement en gaz durant l’hiver. Les installations de stockage doivent pouvoir être utilisées au-delà des frontières peut-on lire.

Cependant, l’histoire nous apprend qu’en cas de pénurie, le mot solidarité a souvent tendance à sortir par une porte dérobée.

Dans cette ombre, il y a une bonne nouvelle. Si vous vous chauffez au gaz, vous avez tout l’été pour vous en débarrasser et changer! Bon ça fait 10 ans qu’on le dit. Là, il sera difficile de trouver une meilleure excuse pour ne pas faire le pas.

 

 

 

Électricité : La France à 3€ le kWh. Record à battre!

Lundi 5 avril, sur le marché français, les prix de l’électricité ont frisé les € 3’000 MWh alors que 26 réacteurs nucléaires étaient à l’arrêt sur un parc de 56 unités. Très mauvaise nouvelle pour EDF qui accumule les dettes et doit encaisser cette perte supplémentaire.

Ainsi, de 6 heures à 09h du matin les prix se sont envolés à 2’987€ (€3 euro le kWh, contre 374 euros à la même heure la semaine avant). Que s’est-il passé ?

Rien de très banal, des températures que l’on retrouvent en hiver, mais surtout la mise en pratique du dicton “mettre tous les oeufs dans le même panier” avec 75% de la production provenant d’une seule source. Comme l’industrie nucléaire tousse, c’est toute la France qui tremble. Dans la situation actuelle, il s’agit de problèmes techniques qui laissent entrevoir le potentiel si la Russie décidait de ne plus livrer d’uranium sur le marché.


 

3’000 Euros: Le score à battre

Sur le marché boursier européen, certains se sont régalés et ne se sont pas gênés pour faire pousser les prix à la hausse, voir à la très très hausse. En France, consommation s’est élevée à 73’000 MW vers 09h00 au lieu de 65’000. Il a fallu trouver 11’000 MW à l’international.

En prélude de cet épisode annoncé, EDF avait demandé de réduire au maximum la consommation dont le chauffage et de ne pas cuisiner aux heures de pointes.

EDF est déjà très fortement endetté et devra ajouter € 20 milliards supplémentaires de subventions voulues par le Président Macron afin de passer le cap des élections et de prolonger les subsides jusqu’à l’été. La dette d’EDF est en passe d’atteindre les 50 milliards.

La situation française a de quoi inquiéter les autres pays dont la Suisse qui compte essentiellement sur ses voisins pour lui livrer de l’électricité durant l’hiver. Dans ce registre, il est fort à parier que chaque pays va se la jouer individuel et faire monter les prix.

Le score de € 3’000* est à battre.

 

 

Source: https://www.rte-france.com/

 

 

* Afin d’imager ce que € 3’000 représentent: En Suisse la moyenne d’une facture d’électricité est de Frs 1’500/an. Avec ce scénario, la facture grimperait à 16’000)

 

 

Les Guerres du Gaz: Géopolitis

Dans ce nouvel épisode de l’excellente émission de la Télévision Suisse Romande, Géopolitis, Marcel Mione explore avec Laurent Horvath, les coulisses du gaz à travers les continents.

Dans le monde des Energies, c’est le règne du chacun pour soi. Chaque pays regarde son intérêt propre. Ce qui se passe dans le gaz est une parfaite illustration entre la partie stratégique qui confronte la Russie, l’Europe, l’Allemagne, la Turquie, l’Ukraine, la Chine et les USA.


 

Le gazoduc Nord Stream 2 sème la discorde avec en fond de toile le gaz de schiste et la main mise de la Russie ou de des USA sur l’Europe. Comment se confronter avec Vladimir Poutine, Joe Biden, Recep Tayyip Erdoğan le président Turc. Quelle est la place du gaz naturel dans la transition énergétique et le climat? Est ce que le gaz est aussi propre que l’on veut bien le prétendre?

Cette émission de 26 minutes de Marcel Mione présente les enjeux stratégiques avec des illustrations vidéos très pertinentes, qui intéresseront tous ceux qui veulent en savoir plus.

 

Voir l’émission du 28 mars 2021: Les Guerres du Gaz: Geopolitis

 

Le pétrole à 37$ le baril, les majors empilent les dettes

Aujourd’hui, journée spéciale aux USA. Pour l’information et surtout pour l’Histoire: le pétrole se traite à 37$ à New York et 39$ à Londres. Qu’en sera-t-il demain?

En regardant 2020, c’est une parfaite annus horribilis pour les compagnies pétrolières. Les chiffres du 3ème trimestre le démontrent.

En Europe, depuis le coronavirus, les pétroliers et gaziers ont vu leurs capitalisations boursières chuter de 364 milliards $. On comprend la grise-mine des investisseurs. Aux USA, c’est pire. Les 84 faillites ont effacé $ 89 milliards et le montant pourrait grimper à $ 100 milliards avec la deuxième vague de coronavirus. A ce tarif, l’industrie pétrolière n’est pas hyper rentable.


 

Rassurez-vous. Comme les chiffres sont souvent indigestes, une pointe d’humour et du bicarbonate ont été rajoutés pour la digestion.

Avant d’entrer dans les détails, une explication s’impose sur nos majors pétrolières préférées: ExxonMobil, Chevron, Shell et BP.

 

Des dettes, toujours plus de dettes

Les majors accumulent des dettes abyssales. En temps normal, ces dettes sont cautionnées par les réserves pétrolières. Cependant, la probabilité de ne plus pouvoir extraire le pétrole jusqu’à la dernière goutte, inquiète l’industrie, d’autant qu’il faut aller chercher du pétrole de plus en plus cher et de moins en moins bonne qualité.

Paradoxalement, les prix du baril restent proche des 40$, seuil de non rentabilité. Il reste l’espoir de voir grimper les cours à 100$, mais là, c’est l’Economie mondiale qui ne supportera pas le choc.

Afin de continuer à alimenter en cash leurs caisses, tradition oblige, les majors doivent offrir des dividendes quitte à s’endetter encore plus.

L’équation est simple: pas de dividendes, pas d’investisseurs donc pas de forages et surtout plus de chocolat!

 

ExxonMobil

L’américaine, proche de Trump, a annoncé son troisième trimestre négatif consécutif. La perte se monte à 680 millions $ alors que sa production pointe à 3,7 millions de barils de pétrole par jour (-6%). L’année dernière, à même époque, elle annonçait un bénéfice de 3,2 milliards $.

Le No 1 américain surfe sur une dette  $ 69.5 milliards pour un chiffre d’affaires de 260 milliards.

Darren Woods, son PDG, reste droit dans ses bottes. Il va continuer à offrir de larges dividendes et éviter méticuleusement les énergies renouvelables. Ainsi pour maintenir ses dividendes, 14’000 employés, soit le 15 % de son staff, vont prendre la porte. C’est vraiment cool de bosser pour une entreprise pareille, non?

Exxon va également réduire ses investissements de 23 milliards $ à 16 milliards en 2021. Le boss (Darren Woods pas Bruce Springsteen) aimerait réduire de 30 milliards $ les actifs dont la compagnie de gaz de schiste XTO Energy, qui avait été payée 42 milliards en 2009. A l’époque, l’opération avait été qualifiée de deal du siècle. Aujourd’hui, fiasco a remplacé deal.

 

Chevron

Le No 2 américain annonce une perte de $ 207 millions contre 2,6 milliards de bénéfice sur la même période en 2019.

Son PDG, Mike Wirth, concède que le coronavirus n’est pas tendre avec ses objectifs. Comme ExxonMobil, il va licencier 15% de ses employés afin de maintenir les dividendes pour ses actionnaires.

L’entreprise pourrait également vendre des actifs, mais dans cette période de disettes, qui voudrait en acheter ?

Chevron cumule une dette de $ 34 milliards pour un chiffre d’affaires de $ 120 milliards. De ce côté, c’est assez bien.

 

Shell

Ben van Beurden, le PDG, annonce une “nouvelle ère de croissance des dividendes”. Du coup, il a augmenté ses dividendes de 4 % à 16,65 ct.

Là aussi, afin de garder des dividendes, les emplois sont sabrés et les coûts minimisés. Plus de 16’000 postes ont été supprimés ce mois.

A contrario des deux américaines, au 3ème trimestre, Shell a réalisé un bénéfice de $ 955 millions contre 4,8 milliards en 2019. Bel exploit.

Les dettes de Shell se montent actuellement à $ 73,5 milliards. Pour vous imaginez 70 milliards $: cela représente les dettes cumulées d’EDF et Areva avant que l’Etat français n’intervienne. C’est aussi la moitié de la fortune de Jeff Bezos, d’Amazon. Bon là, avec cet exemple, ça paraît tout petit. Mais quand même, ça représente quelques mois de salaire pour un ouvrier moyen.

 

BP

L’entreprise anglaise termine son 3ème trimestre sur un bénéfice de $ 86 millions contre un bénéfice de 2,3 milliards sur la même période l’année passée.

Son PDG, Bernard Looney, a promis d’effectuer un changement stratégique et de devenir zéro carbone d’ici à 2050, mais n’a pas apporté le mode d’emploi pour y arriver.

Contrairement à Exxon, Chevron, Shell ou Saudi Aramco, BP a décidé de couper dans les dividendes. Un crime de lèse majesté dans l’industrie. Mais le changement de paradigme est à saluer.

BP aimerait vendre pour 25 milliards d’actifs d’ici à 2025, pour autant qu’elle trouve des acheteurs. Comme pour Shell, BP cumule $ 68 milliards de dettes dont une grande partie à cause de la catastrophe DeepWater Horizon du 23 avril 2010. (lire l’article de 2010)

 

On donnera l’avant dernier mot, au géant pétrolier Russe. Rosneft pense que BP et Shell sont en train de se créer une crise existentielle en voulant s’engager dans les énergies renouvelables.

Le mot de la fin, on le donnera au nouveau président des Etats-Unis et au coronavirus.

 

 

Les fuites de méthane du gaz naturel scrutées depuis l’espace

De plus en plus de publications d’études scientifiques dévoilent de larges fuites de méthane lors de la production, le transport et la combustion du gaz de schiste aux USA, au point que de nombreuses villes américaines ont interdit, pour des raisons climatiques, l’utilisation du gaz naturel pour le chauffage et la cuisine.

En 2018, les premières mesures avaient été révélées par l’Environmental Defense Fund (EDF) et l’université de Harvard. Elles avaient révélé des émissions 60% plus élevées que les mesures des exploitants gaziers et du gouvernement Trump via son agence environnementale “Environmental Protection Agency” (EPA).


Des Etats-Unis à l’Europe

Il est vrai que la pratique d’extraction de schiste est très polluante et inquiète la population américaine. Cette sensibilité plus exacerbée avait poussé certains organismes, universités et scientifiques à obtenir des données factuelles et plus précises qu’un gribouillage sur un papier. Ainsi, l’utilisation d’images satellites et de technologies spatiales ont émergé.

Les études publiées, notamment dans Nature Magazine, démontrent que l’industrie pétrolière et gazière a sous estimé de 25 et 40% ses émissions de méthane.

En Europe, les producteurs et revendeurs de gaz naturel ont réussi à éviter que les projecteurs éclairent cette problématique environnementale alors que les exploitants de gaz ont positionné leur produit comme “le parfait outil de la transition énergétique“. Ce concept avait été élaboré dans les années 80 par le lobby américain gazier. Aujourd’hui, il est largement remis en cause (lire National Geographic).

L’Europe pouvait s’émanciper des mauvais chiffres du schiste américain, car le gaz consommé en Europe vient de Russie, d’Algérie, d’Iran, de la Mer du Nord avec une extraction conventionnelle moins polluante.

Cependant, les nouvelles données venues du ciel montrent que l’exploitation traditionnelle de gaz naturel dégage également de fortes émissions de méthane.

 

Emissions de méthane dans la production de gaz naturel.
Kayrros a publié une liste de points sensibles à travers l’Europe.
Selon les images satellites,  une fuite de 17 tonnes par heure vient
du champ gazier de Yamal opéré par le russe Gazprom.
La carte montre également tous les points d’émissions importants.
Source Kayrro

 

Des émissions de Méthane sous estimées jusqu’à 40%

En collaboration avec le système spatial Européen Copernicus Images, l’entreprise énergétique Kayrros permet maintenant de quantifier des fuites mondiales de méthane notamment au niveau du gaz et du pétrole. Le méthane est 28 fois plus virulent que le CO2 et les fuites de méthane représentent un équivalent de 1,8 gigatonne de CO².

Kayrros a rejoint le GHSSat qui répertorie les émissions de gaz à effet de serre depuis l’espace. En octobre dernier, le GHSSat a estimé des fuites records à 142’000 tonnes de méthane entre janvier et septembre 2019


Forage de Schiste dans le Bassin Permien, USA
Source: European Space Agency

 

Ces données remettent en cause la légitimité du gaz naturel comme énergie de transition

Ces nouvelles technologies et données sont une bonne nouvelle pour le climat. Elles permettent de découvrir les sources d’émissions de gaz à effet de serre, de localiser de manière précise les lieux d’émissions, d’identifier les entreprises et de s’y attaquer de manière chirurgicale pour autant qu’une volonté politique et économique sont en place.

Avant de se faire pointer du doigt, les pétroliers et gaziers BP et Shell ont pris les devants et investissent à leur tour dans l’imagerie satellite afin de découvrir les fuites de leurs propres installations.

De leur côté, les géants américains comme Chevron et Exxon ainsi que l’administration américaine ou les Russes de Gazprom, on préfère ne pas en tenir compte des fuites de méthane pour des raisons économiques. Ainsi Washington, via son agence de l’environnementale, EPA, est en train d’éliminer toutes les législations concernant les émissions de méthane. L’objectif est de diminuer les coûts de production et de relancer la production gravement impactée par le coronavirus.

 

La courbe de l’augmentation des émissions de méthane

 

En Europe, à l’image des villes américaines, des régions et des villes étudient l’interdiction de l’utilisation du gaz pour le chauffage et la cuisine notamment dans les nouvelles constructions. Cependant, au niveau de la Banque Européenne, de la Banque Mondiale et du FMI, les grandes institutions continuent de soutenir massivement et financièrement l’utilisation du gaz pour générer l’électricité.

Pour combien de temps encore ?

La réponse viendra-t-elle du ciel ?

 

Exemple de fuites de méthane dans un forage de gaz de schiste dans le Bassin Permien aux USA
Source: GHGSatCopernicus

La Banque Nationale Suisse investit dans les Banques de Schiste

Pour ceux qui étudient les investissements de la Banque Nationale Suisse SA, la société anonyme est une source d’émerveillement permanent.

Alors qu’elle se doit d’éviter les investissements dans le pétrole et gaz de schiste, le charbon, l’uranium, les énergies fossiles, les armes et les institutions bancaires, la direction préfère cocher toutes les cases.

Comme personne ne semble s’en offusquer, même pas le comité d’éthique ou les ministres des finances des cantons, la BNS a tenté le grand chelem: investir dans des banques qui investissent dans le pétrole de schiste aux USA! Deux interdits dans le même acte faisant une pierre deux coups. La performance est éclatante. Dans cet achat d’actifs, la BNS n’a perdu que 37 millions $ depuis le début de l’année.


Le pot aux roses a été découvert via une publication de Bloomberg d’une liste de 11 banques américaines en difficulté à cause de leurs implications importantes dans le schiste. Sur les 11 institutions bancaires pointées du doigt, la BNS n’en a ratée aucune. Respect!

 

Depuis le début de l’année, la valeur de ces banques n’a perdu que 37,6 millions $.

 

Cependant, la BNS ne s’est pas limitée à investir que dans ces banques. Elle a déversé son argent dans tout le système bancaire local américain. Vous pouvez trouver toutes les banques dans ce fichier mis à jour le 31 mars 2020.

 

Qu’en pense la Banque Nationale Suisse?

Devant cette découverte, j’ai pris contact avec le service de communication de la Banque Nationale Suisse avec ces questions:
   A) Pourriez-vous m’indiquer les motifs des investissements de la BNS dans des banques aux USA?
   B) Si vous n’avez pas cette liste, voulez-vous que je vous la fasse parvenir?
   C) Quel est votre avis sur ces investissements qui se heurtent à deux de vos règles en même temps (banque et environnement)?

L’éclairage est tombé comme la nuit: “Dans sa stratégie de placement, la Banque nationale suisse renonce à acquérir des actions de banques et d’autres établissements à caractère bancaire à moyenne ou à grande capitalisation de pays industrialisés. Elle s’abstient par ailleurs d’acheter des actions d’entreprises qui violent massivement des droits humains fondamentaux, qui causent de manière systématique de graves dommages à l’environnement ou qui sont impliquées dans la fabrication d’armes condamnées sur le plan international.

Bref, le message standard “copier/coller” envoyé aux curieux dont je dois avoir 20 copies.

Devant cette non-réponse, je me suis permis d’insister. Au bout de 3 échanges, une information cruciale et décisive a enfin fini par transpirer: la directrice zurichoise de la communication n’apprécie pas l’humour et l’insistance des Welsches. Punkt Schluss!

 

Est-ce que la BNS investit contre votre entreprise suisse?

Si vous aussi vous voulez vous amuser, voici la liste des investissements de la BNS dans le marché américain au 31 mars 2020. Elle est mise gratuitement à disposition par le gouvernement américain.

Si vous êtes un entrepreneur, un chef d’entreprise, un innovateur de start-up, un PDG d’une multi-nationale comme ABB, vous pourrez immédiatement prendre connaissance des millions de $ que la BNS investit dans vos concurrents directs aux USA.

Ne parlez surtout pas de concurrence déloyale contre les entreprises suisses, la directrice de la com de la BNS n’apprécierait pas !

 

 

 

Marée Noire en Sibérie Russe

Vladimir Poutine a vu rouge comme la rivière Ambarnaïa à Norilsk, dans le territoire de Krasnoïarsk en Sibérie.

Depuis vendredi dernier, plus de 20 millions de litres de diesel se sont déversés dans la rivière Ambarnaïa et son affluent le Daldykan pour provoquer une marée noire qui rappelle la catastrophe du tanker pétrolier Exxon Valdez en 1989, quand 37 millions de litres de brut avaient touché les côtes de l’Alaska.

Le chef des opérations de Norilsk Nickel, Sergei Dyachenko, évoque la fonte du permafrost comme cause de l’accident. En effet, l’un des réservoirs de diesel de la centrale thermique s’est effondré le 29 mai et le groupe aurait tardé à réagir.


En Sibérie en temps normal, les températures deviennent positives autour du mois d’avril, et avoisinent les 10 degrés en mai. Depuis janvier, il fait chaud. Le mois de mai a apporté une vague de chaleur exceptionnelle avec des températures jusqu’à 30°C. Ces températures anormalement élevées ont certainement dû impacter le permafrost qui a touché ce réservoir.

 

 

Le président s’en est pris aux responsables de l’entreprise Norilsk Nickel qui appartient à NTEK, le plus grand producteur de nickel et de palladium au monde.

«Pourquoi les autorités ont appris cette catastrophe seulement deux jours après ? Pourquoi est-ce que nous apprenons cette situation urgente par les réseaux sociaux ? Est-ce que vous allez bien par là haut ?» a demandé Vladimir Poutine au PDG de NTEK Sergei Lipin (voir vidéo).

 

 

Dans la foulée, le président russe a déclaré l’état d’urgence dans la ville de 180’000 habitants situé à 300 km du cercle Arctique. De nombreux minerais et matières premières se trouvent dans l’étendue perdue de la Sibérie où les possibilités de combattre ces pollutions sont difficiles à entreprendre. Les moyens de transports pour évacuer tout ce diesel n’existent pas et il est compliqué d’y acheminer des camions.

La cité industrielle de Norilsk est entièrement construite sur le pergélisol. Elle est menacée par la fonte des glaces causée par le changement climatique. Norilsk détient le titre envié de la ville qui émet le plus de le dioxyde de soufre au monde et cette marée noire n’est qu’une pierre de plus dans ses chaussures.

 

Extractions futures de pétrole et de gaz

Cette catastrophe met en exergue la difficulté d’extraire des matières premières dans des lieux reculés et au climat extrême comme en Sibérie ou en Arctique.

Moscou ambitionne d’extraire de plus en plus de pétrole et de gaz dans ces régions et cette marée noire pourrait être un signal d’alarme pour les projets à venir. Il souligne également la fragilité et les dangers des constructions et des installations qui reposent sur le permafrost.

Les défis de l’énergie nucléaire

Le boom de la production d’électricité nucléaire a été initié par le choc pétrolier de 1973. Le nucléaire s’était affirmé comme une nécessité bienvenue afin de diversifier les sources énergétiques pour diminuer les dépendances à l’or noir et aux pétromonarchies. La période aura vu l’émergence des centrales portées par les grandes puissances nucléaires militaires.

Est-ce que la crise pétrolière actuelle permettra de dupliquer la crise de 1973 et d’ouvrir de nouvelles opportunités pour l’énergie nucléaire ?


 

Aborder un pareil sujet est risqué tant les opinions et les idéologies sont polarisées. Tentons de rester sur ce fil du rasoir.

En 2020, 52 centrales nucléaires sont en constructions dans le monde, principalement en Chine et en Inde, alors que 186 unités ont pris leur retraite. Trente pays se partagent un parc de 449 réacteurs. Au niveau mondial, ils produisent 10,2% de l’électricité et représentent un peu plus de 4% de l’énergie totale consommée.

Les énergies renouvelables (solaire, éolien, géothermie, hydraulique, marée motrice) jouent un ton en-dessus avec une part de marché électrique estimée à 22,9%.

 


Répartition de la production d’électricité dans le monde, 2017
Source: Agence Internationale de l’Energie

 

Une intensité élevée en capital

Comme pour le solaire, l’hydraulique ou l’éolien, une centrale nucléaire repose sur une forte intensité en capital. Avant de produire le moindre kWh (kilowattheure), il faut d’abord débourser entre € 3,2 et 12 milliards selon le modèle.

Les charges du capital pour une centrale nucléaire peuvent peser jusqu’à 74% sur les coûts de la production d’électricité. En comparaison, ils grimpent à 88% pour le solaire et 80% pour l’éolien. De son côté, une centrale à gaz se monte à un minime 22%.

Au total, les coûts de financement de la construction d’une centrale nucléaire peuvent faire grimper les prix du kWh jusqu’à 3 à 7 ct. Pour illustrer ce chiffre, en 2019, le prix moyen d’achat de l’électricité en Suisse était de € 4,8 ct selon l’OFEN.

Ce talon d’Achille est connu par l’industrie qui planche sur des solutions créatives de financement.

 

Climat et humanité

Le lobby du nucléaire met en avant un bilan CO2 favorable, alors que les opposant ne se limitent pas à la construction d’une centrale et ajoutent l’entier du cycle de vie de l’uranium, de la mine au réacteur, à la gestion des déchets.

Selon les études, les valeurs fluctuent de 50 à 150 gr CO2/kWh.

Par rapport aux autres énergies fossiles, même s’il n’est pas gratuit pour le climat, ce bilan est favorable. Cependant, les déchets radioactifs et les accidents nucléaires font planer une menace différente mais qui met également la survie de l’humanité en questionnement.

 


Production électricité nucléaire par pays.
Source : world-nuclear.org

 

Uranium : les 6 pays clés

Avec 40% de l’extraction mondiale, le Kazakhstan est l’Arabie Saoudite de l’uranium.

Dans le monde, le 85% de l’uranium est extrait par six pays: le Kazakhstan, le Canada, l’Australie, la Namibie, le Niger et la Russie.

Ce manque de diversification représente une menace d’autant que la Chine s’est stratégiquement accaparé de plusieurs gisements. Ainsi Pékin a financé ses services au Kazakhstan afin d’ouvrir une unité d’enrichissement du combustible pour les centrales nucléaires.

A travers le monde, les centrales nucléaires en activité consomment 66’000 tonnes d’uranium par année. L’extraction minière couvre le 90% des besoins avec 53’600 tonnes. Le reste provient notamment des accords de désarment militaire entre la Russie et les USA.

Si l’industrie du nucléaire ambitionne de doubler sa part de marché et de grimper à 20% de la production mondiale d’électricité, il lui faudrait extraire plus de 100’000 tonnes d’uranium à des prix abordables. Cette hypothèse ne repose pas sur des gisements actuellement identifiés et exploitable à des prix raisonnables.

En théorie, il est possible de trouver jusqu’à 4,5 milliards de tonnes d’uranium dans les mers et les océans mais le processus d’extraction en grande quantité est financièrement hors d’atteinte. La hausse des prix de l’uranium permettra d’ouvrir de nouveaux gisements, mais à contrario, pèsera sur les coûts des kWh.

 

Extraction minière vs besoins des centrales.
La ligne noire représente les besoins des centrales
Source: World-Nuclear.org

 

S’aligner sur la concurrence

Face à la baisse continue des coûts de production des énergies renouvelables et du gaz, l’industrie nucléaire recherche des solutions afin de s’aligner sur les conditions financières de ses concurrents.

Au gouvernement Anglais, EDF a proposé un prix de rachat de €10,6 ct pendant 35 ans afin de rentabiliser les deux centrales en construction. Ce chiffre a alerté l’industrie et montré que l’écart ne cesse d’augmenter face au charbon, au gaz, au pétrole ou aux énergies renouvelables.

Ainsi, pour la proposition d’une troisième centrale EPR en Angleterre, EDF et le chinois CGN proposent que les clients consommateurs anglais participent immédiatement au financement de celle-ci en majorant les prix actuels de l’électricité. Ce système permettrait de diminuer les charges, mais oblige les citoyens à porter une grande partie des risques et à accepter une augmentation des tarifs sans garantie de résultats.

 

Le nombre de réacteurs est stable depuis les années 1980
Source: Agence Internationale de l’Energie

 

Durabilité financière

Pour mesurer les rendements financiers du nucléaire et du business model, il est intéressant d’analyser des pays fortement impliqués comme les USA et la France.

EDF, Electricité de France, gère l’entier du parc nucléaire du pays et a repris certaines activités du défunt champion du nucléaire: Areva. La dette d’EDF se monte à € 37 milliards et si l’on ajoute les emprunts obligataires ce montant est doublé alors que Paris a subventionné pour plus de € 10 milliards les pertes d’Areva.

D’ici à 2030, la cour des comptes françaises évalue à 100 milliards € les coûts de maintenance et de la modernisation du parc nucléaire national.

Comme le mentionnait, en 2009, l’ancien PDG d’EDF, Henri Proglio, les prix de l’électricité français sont trop bas par rapport aux coûts réels de la production. Cette problématique est récurrente et avait été relevée avant l’émergence des renouvelables. Depuis, EDF a reçu l’autorisation des différents gouvernements afin d’augmenter continuellement les tarifs à dose homéopathique tant le sujet est sensible.

L’analyse reflète une image similaire aux USA. Devant la percée du gaz de schiste et de l’éolien, de nombreuses centrales nucléaires et à charbon ont été incapables de s’aligner sur la baisse des tarifs. A l’instar de Paris, Washington a refusé de subventionner les centrales qui ont dû être fermées.

In fine, l’option du nucléaire apporte une confortable base électrique, mais dans certains cas nécessite des subventions importantes.

 


Progression des énergies renouvelables de 1998 à 2018
Source: BP Review 2019

 

Small is Beautiful : SMR Small Modular Reactor

Si les grands réacteurs posent de grands problèmes, l’industrie planche sur de plus petits réacteurs: les SMR.

L’américain Nuscale Power avance dans la commercialisation de son système de 720 MW (mégawatts) dès 2027. Elle planche sur un tarif de € 6 ct kWh pour un investissement de € 2,8 milliards. Dans ce prix, Nuscale ne tient pas en compte les traitements et la gestion des déchets. Aux USA, l’industrie nucléaire a délégué ces coûts au gouvernement fédéral.

Le Consortium Rolls-Royce planifie un réacteur de 440 MW d’ici à une dizaine d’année.

De son côté, la Russie a réalisé une prouesse avec son système embarqué sur un bateau, Akademik Lomonosov, afin d’alimenter les installations pétrolières de l’Arctique. Ce prototype a dépassé de 4 fois les budgets. Sa sécurité est également un sujet de controverse mais la possibilité d’apporter une grande quantité d’électricité directement sur les lieux de consommation est un atout puissant et inédit. Même si son prix est élevé, l’Akademik apporte une solution à un problème qui était insoluble.

 

Projet Nuscale Power: Small Modula Reactor

 

La réponse de l’industrie guidera son destin

Avec l’électrification de la mobilité, du transfert du pétrole vers l’électricité ainsi que l’augmentation de la population, les besoins en électricité devraient continuer à progresser.

Le krach pétrolier de 1973 a fait naître le nucléaire. Il est intéressant de noter qu’aujourd’hui, l’Arabie Saoudite, l’Iran et les Emirats Arabes Unis font appel au nucléaire pour transférer la production d’électricité du pétrole vers l’atome. Dans les cas de Ryad et de Téhéran, l’acquisition de l’arme militaire atomique via les centrales civiles fait également partie de l’équation.

En parallèle et pour mettre la pression, Abu Dhabi vient d’annoncer la construction d’une centrale solaire par le consortium du français EDF et du chinois Jinko Solar à un tarif fixe de € 1,25 ct le kWh. La ferme, qui sera en production dès 2022, produira la même quantité d’électricité qu’une centrale nucléaire.

Aux USA, la Californie a confirmé l’installation d’un système de production solaire avec des batteries de stockage pour un tarif de € 1,85 ct.

De leur côté, les grands groupes pétroliers européens (Total, Eni, Shell, BP, Equinor) ont identifié la production, la vente et le stockage de d’électricité comme une opportunité de transition stratégique. Si Shell mise sur le gaz, les autres groupes gardent leurs options ouvertes. Pourraient-ils être séduits par de petites unités SMR ou le nucléaire? Afin de pouvoir offrir des dividendes, les pétroliers exigent un retour sur investissement de 6 à 12% de leurs investissements.

Pour les grandes centrales nucléaires, elles restent l’apanage du secteur public car les risques sont importants, les durées sont longues et les retours insuffisants pour les investisseurs privés. Par contre, la garantie de produire en ruban une grande quantité d’électricité reste un atout majeur.

 

Les défis de l’industrie

Les cartes sont dans les mains de l’industrie. Dans la myriade de paramètres, deux résonnent plus fortement.

Elle doit d’abord prouver et offrir une garantie totale de la disponibilité économique et physique de l’uranium pour les 30 à 40 prochaines années. Cet accès doit être également libre d’éventuelles pressions politiques des pays miniers. La présence omniprésente de la Chine dans toutes la chaine de valeurs est un sujet d’inquiétude géostratégique.

Elle a également la nécessité de répondre à la baisse continue des prix des énergies renouvelables et des solutions de stockages tout en garantissant des niveaux de sûreté et de sécurité élevés.

Comme le soulignait Charles Darwin, “ce n’est pas le plus fort qui survit, c’est celui qui s’adapte”.