Energie: Cette année, le Père-Noël vient de Houston

Faut-il continuer à développer les énergies renouvelables ou faire marche arrière et réinvestir massivement dans les énergies fossiles ? Si dans la mode, Paris dévoile les tendances de l’été à venir, la grande messe trisannuelle du Conseil Mondial du Pétrole et du Gaz à Houston donne le la pour les hydrocarbures. Sans aucune surprise, c’est pour la deuxième option que plaide l’industrie.

Historiquement, les pétroliers avaient rapidement compris que ce n’est pas la girouette qui tourne, mais le vent. D’où l’importance de s’adapter avec agilité tout en gardant ses objectifs en vue. Ainsi, l’industrie a toujours su garder la maîtrise de l’agenda afin de continuer à générer son flot de pétrodollars.

 

Ne l’appelez pas méthane, mais gaz naturel

Ce leadership, elle le doit à une parfaite connaissance de la realpolitik. Depuis les frémissements initiaux, elle a surveillé le réchauffement climatique comme le lait sur le feu.

Dès les années 70, les ExxonMobil et Chevron ont été les premières à étudier le phénomène et à engager les scientifiques les plus pointus afin d’évaluer avec précision le cocktail explosif climat – energies fossiles. Connaître, c’est conduire l’agenda.

Grâce à cette avance stratégique, les pétroliers ont refreiné toutes les tentatives de diminuer la vente de leurs produits et d’éviter les faux-pas.

L’exemple le plus intéressant vient du gaz. Composé majoritairement de méthane, un mot trop explosif climatiquement, les gaziers ont inventé la terminologie «gaz naturel» à la fois positif et sexy. Un véritable coup de génie. Entre 2008 et 2017, l’American Petroleum Institute aura investi 750 millions de dollars dans ses publics relations et publicité. Aujourd’hui, le “gaz naturel” est présenté comme la parfaite transition avec les énergies renouvelables alors que ce même méthane est 80 fois plus virulent que le CO2.

L’Europe songe à l’inclure dans sa taxonomie d’énergies propres. Une véritable prouesse du lobby.

 

Plus d’énergies fossiles pour résoudre les problèmes créés par les énergies fossiles

A Houston, alors que la digue climatique est en train de lâcher, les pétroliers ont anticipé et changé leur fusil d’épaule. L’honneur a été laissé au ministre du pétrole de l’Arabie Saoudite, Amin Nasser, afin de planter le décor : “admettre que le pétrole et le gaz sont là pour rester est bien plus facile que de faire face à l’insécurité énergétique, à l’inflation galopante et aux troubles sociaux lorsque les prix deviennent intolérables.

La stratégie est claire. Pour maintenir la paix sociale, il est nécessaire de diriger les flux financiers sur l’exploration et l’extraction pétrolière et gazière et pas sur les coûteuses énergies vertes.

Son collègue, Darren Woods, PDG d’ExxonMobil, a enfoncé le clou en mettant en garde contre le fait “que se débarrasser trop tôt des combustibles fossiles pourrait faire tomber la transition énergétique dans un fossé.”  Finalement, le PDG de Chevron, Michael Wirth, a terminé sur une formule aussi logique que magique “aucune industrie n’est mieux placée pour lutter contre le changement climatique que l’industrie pétrolière.

Gratter là où ça fait peur, voici tout le génie de l’industrie. Les hausses des prix du gaz et de l’essence heurtent frontalement les électeurs des pays riches et titillent l’inflation. Le modus vivendi actuel des pétroliers est de faire croire que pour résoudre les problèmes causés par les énergies fossiles il est nécessaire d’utiliser encore plus d’énergies fossiles.

 

La nouvelle proposition Suisse compatible avec les pétroliers et les gaziers

Les stratégies sculptées à Houston seront capillairement reprises globalement. Pareil message sera porté sous nos contrées par leurs représentations locales.

La contagion du bonheur des pétroliers sera communicative et toute l’économie en bénéficiera. Ca tombe bien, le nouveau projet de loi définissant la politique climatique de la Suisse pour les années 2025 à 2030 va justement dans cette direction.

Laisser faire et espérer que la main invisible de la sagesse diminue par magie notre addiction aux hydrocarbures. A cette époque de l’année, quoi de plus normal que de croire au Père-Noël, même s’il vient de Houston?

Pour l’Arabie Saoudite: la transition énergétique, pas sans le pétrole

Le 23ème Congrès Mondial sur le Pétrole se tient actuellement à Houston, USA. L’avis du ministre du pétrole de l’Arabie Saoudite, Amin Nasser, est très intéressant. Habitué à appuyer là où ça fait mal, il prévient que la transition énergétique ne pourra pas se faire en claquement de doigts. Il demande “à utiliser le pétrole et le gaz le plus longtemps possible.”

La demande traduit l’incapacité de l’Arabie Saoudite à diversifier ses revenus car sa survie dépend exclusivement des pétrodollars. Elle fait également écho à la totale l’incapacité des pays occidentaux à diminuer leur consommation d’énergie. Du coup, ses paroles raisonnent encore plus fort.


 

Une révolution sans sang, est-elle une révolution?

Le discours de Nasser arrive alors que l’Agence Internationale de l’Energie appelle à stopper immédiatement les investissements dans les énergies fossiles afin d’atteindre d’ici à 2050, un presque zéro émission. Ce n’est pas peu dire que la suggestion est très mal passée auprès des producteurs.

Nasser questionne le principe que “le monde pourrait passer à des carburants plus propres pratiquement du jour au lendemain, mais que cette hypothèse est profondément erronée“. Il “demande de reprendre les investissements dans le pétrole et le gaz afin d’éviter l’inflation.

Je comprends que le fait d’admettre publiquement que le pétrole et le gaz joueront un rôle essentiel et significatif pendant la transition et au-delà sera difficile pour certains. Mais admettre cette réalité sera bien plus facile que de faire face à l’insécurité énergétique, à l’inflation galopante et aux troubles sociaux lorsque les prix deviennent intolérables et de voir les engagements nets zéro des pays commencer à s’effilocher.

Soyons honnête. Nous nous apprêtons à vivre une révolution énergétique. Une révolution ne se passe jamais sans douleur.

 

De nombreux pétroliers annoncent un pic de production entre 2026 et 2030

Depuis 2016, les investissements dans l’exploration pétrolière ont diminué, tout comme les nouveaux gisements découverts. Il y a quelques jours, le PDG de Gazprom, tenait les mêmes propos au sujet du gaz et demandait aux investisseurs de revenir, d’autant que les prix actuels génèrent des profits records. Gazprom a généré $9 milliards de bénéfice jusqu’en septembre.

Le PDG de l’entreprise de services pétroliers et gazier, Halliburton, Jeff Miller a eu une remarque qui pourrait mettre tout le monde d’accord. “Nous entrons en fait dans une période de pénurie et je pense que pour la première fois depuis longtemps, nous verrons un acheteur chercher un baril de pétrole plutôt qu’un baril de pétrole chercher un acheteur“.

Dans cette nouvelle configuration de chasse aux barils, quel sera le rôle de l’Europe, ou des pays trop petits comme la Suisse?

Le fiasco de la COP26 soulage beaucoup de pays

Il n’aura fallu que quelques minutes après la fin de la COP26, pour que de nombreux représentants gouvernementaux sautent sur Twitter afin de se dédouaner de cet accord à minima. Cependant, aucun n’a expliqué pourquoi il a voté “oui”.

Durant cette cérémonie de clôture, Simonetta Sommaruga, Ministre Suisse de l’Energie & Environnement, a laissé transparaître l’agacement de certains pays, pendant que le président de la COP, Alok Sharma, termina sur une note qui en dit long.

En réalité, le statu quo ante bellum est la meilleure option pour nombre de gouvernements. Tour de table des différents acteurs et des forces en présence.


Les pays exportateurs de pétrole et de gaz.

Les budgets de la quasi-totalité des monarchies du Moyen-Orient, ainsi que le Libye, le Nigeria, l’Irak, l’Iran, le Venezuela ou le footbalistique Qatar dépendent de 80 à 95% de la vente d’hydrocarbures.

Ces mêmes gouvernements se trouvent à la COP et l’on comprend qu’ils ne peuvent pas se saborder en limitant leurs extractions. Sans revenus pétroliers, le Venezuela est condamné à disparaître et l’Arabie Saoudite, à devenir un désert inhabitable sans eau et trop chaud. De son côté, les exportations de charbon sont essentiels pour l’Afrique du Sud.

Emblématique, la Norvège, dont le fonds souverain trône sur une fortune de $ 1’500 milliards a décidé de continuer ses extractions pétrolières et gazières sous prétexte que la masse amassée n’est pas suffisante afin d’effectuer une transition énergétique.

 

Les derniers instants de la COP26

 

Les pays importateurs d’énergies

Le soulagement des pays importateurs n’a d’égale que celui des pays exportateurs. A la sortie de la pandémie, la priorité première est de monter dans le train direction “croissance”. Qui dit croissance, dit augmenter l’utilisation du pétrole, du gaz et du charbon.

Le triple “Z”: “zéro émission”, “zéro croissance”, “zéro chance” de se faire réélire hante Emmanuel Macron et les autres leaders mondiaux.

Ainsi, début 2022, la demande mondiale de pétrole devrait dépasser le niveau d’avant pandémie à plus de 101 millions barils/jour.

Très dépendant du charbon électrique, la Chine et l’Inde ont tout fait pour que le texte final ne mentionne pas la possibilité d’un accès réduit et à la diminution du financement du charbon afin de ne pas mettre en danger l’électrification de leur Economie.

Limiter la possibilité de brûler des hydrocarbures et du charbon aurait été un coup de frein à la croissance. Les hautes écoles comme IMD, Insead, l’ENA, Harvard ne forment que des dirigeants capables de naviguer par beau temps avec une croissance du PIB. Aucun mode d’emploi “sans énergie fossile” est enseigné.

 

Simonetta Sommaruga réagit à la demande de dernière minute
de l’Inde et de la Chine afin de garder le charbon

 

Le Climat

Les médias ont été rapides afin de labéliser la COP26 comme celle de la dernière chance. Un label fait vendre. Quel label aura l’épisode 27 en Egypte?

Du côté des gouvernements, la COP26 ne pouvait tomber plus mal car la priorité actuelle est la croissance. Le climat pourra attendre l’année prochaine.

De plus, le processus de décision de la COP est son talon d’Achille. L’unanimité de tous les pays est requise afin de signer la déclaration finale. Ce processus a été inventé par un fou, un pétrolier ou les deux. Dans tous les cas, il est la garantie d’assurer la paralysie sur le plus petit dénominateur commun.

 

Une année pour éclairer à défaut d’éblouir

A l’image de l’ONU, le processus de paralysie de la COP montre que cet outil n’est pas adapté pour une situation d’urgence. Faudrait-il tout simplement ignorer les COP et utiliser d’autres avenues?

Est-ce que les plans de transition énergétique de l’Agence Internationale de l’Energie seraient la meilleure option sur la table ? (Arrêter immédiatement d’investir dans les énergies fossiles). Au lieu de prendre le problème du côté climat, ne serait-il pas plus simple de le prendre du côté de la “quantité d’énergies à disposition“?

Depuis les années 70, les scientifiques du climat ne veulent plus attendre parler du “peak oil” ou du “peak gaz”. Ces deux options semblaient trop risquées et éloignées dans le temps. Finalement, est-ce que ces pics arriveront avant le consensus des pays de la planète ?

Faudrait-il demander aux pays extracteurs de gaz, de charbon ou de pétrole de garder leurs précieuses matières premières dans le sous-sol et de les dédommager financièrement pour combler le manque à gagner? (ex: Afrique du Sud, Arabie Saoudite, Russie, Libye, Venezuela, Nigeria, Iran, Qatar.)

Est-ce que les deux plus grandes superpuissances, Chine et USA pourraient mettre tout le monde d’accord ?

Finalement, quels seront les rôles à venir des citoyens et de la finance mondiale ?  Est-ce que ces deux piliers pourront jouer un rôle décisif?

 

Sur le même sujet

Pourquoi la crise du climat et de l’énergie sont si difficile à résoudre?

La difficulté d’ajuster tous les paramètres en même temps:  croissance, économie, climat, social, énergie, puissance, finance, etc. et de voir leurs impacts entre eux. Une équation à 50 inconnues.

 

 

 

Mots de conclusion d’Alok Sharma, président de la COP26.
Désolé pour le dénouement final.

 

La réunion finale de la COP26
Début dès 26 minutes avec les commentaires de l’Inde et des autres pays

 

 

 

Guerre entre Sous-Marins Diesel et Nucléaire

Il n’y a pas que le climat qui s’échauffe. La guerre froide aussi. Cette fois, c’est la Chine qui croise le fer avec les Etats-Unis. La première victime est la France avec une discussion torpillée à € 50 milliards pour 12 sous-marins diesel. Ca fait cher la torpille!

La France proposait des sous-marin au diesel, les Américains ont vu plus grand avec des unités au nucléaire. Pour la France de l’atome, le camouflet est d’autant plus violent!

Sans tenir compte des considérations géopolitiques avec le nouvel “OTAN du Pacifique” entre Londres, Cambera, Washington, quelles sont les différences entre les deux types de sous-marins ?


Moteur Diesel contre Nucléaire

La France a proposé un sous-marin conventionnel de type diesel-électrique. Les génératrices au diesel rechargent les batteries qui alimentent des moteurs électriques silencieux et furtifs.

Nécessité, le sous-marin embarque une certaine quantité de diesel et doit refaire le plein pour éviter la panne. Ce type d’appareil est plus petit et totalement silencieux. De l’autre côté de la pièce, le gros désavantage est devoir refaire surface afin de faire tourner les diesels pour de recharger les batteries. Lors de cette opération, le sous-marin redevient visible.

Pour les submersibles nucléaires, ils possèdent une autonomie hors norme. Les réacteurs génèrent de l’électricité qui alimentent les moteurs. Un sous-marin nucléaire possède assez d’énergie pour rester sous l’eau pendant plus de 30 ans. Ils n’ont besoin de revenir au port que pour la maintenance, se ravitailler en vivres et permettre aux humains de le redevenir.

Cependant, cette machine est d’une complexité complexe avec un réacteur nucléaire à l’arrière, des missiles à l’avant et un hôtel au milieu ou l’équipage vit pendant plusieurs mois.
De plus, la gestion de ces unités nécessite un personnel formé ainsi que des docks sur-mesure. L’Australie, qui n’est pas une puissance nucléaire, devra compter sur l’Angleterre et les USA pour cette partie.

 

Pour l’instant, Washington a cru bon de préciser que les sous-marins australiens n’embarqueront pas un missile atomique, mais techniquement rien ne les empêche.

Sur les mers, en nombre d’unités, l’armada chinoise a dépassé la Navi Américaine. Au niveau militaire, celui qui utilise le plus d’énergies est le plus fort. Comme dans la vraie vie en quelque sorte.

 

Avec les sources: Sylvia Pfeifer, FT.com

Energie/Climat : Puissance ou Finance, qui tient qui par la barbichette ?

Un article interactif où vos idées sont les bienvenues.

En juin, la nouvelle fuita via l’AFP. Sans surprise le GIEC vient d’annoncer que du côté du climat, ça va chauffer. Dans cette grisaille, une bonne nouvelle. Toutes les catastrophes climatiques de cet été ne sont pas pires que celles qui viendront l’année prochaine et les années suivantes! Ode à l’instant présent.

 

Voulant faire passer la Suisse comme bonne élève, sa ministre de l’énergie et de l’environnement, Simonetta Sommaruga a immédiatement tweeté, que “lors de la #COP26, la Suisse s’engagera pour une protection #climatique efficace à l’échelle mondiale.”

C’est bizarre. Il y a 2 mois le peuple suisse refusa de limiter ses émissions de CO2. De son côté, le Conseil Fédéral a donné carte blanche à la Banque Nationale Suisse pour investir $ 10 milliards dans les énergies fossiles les plus polluantes (et perdre plus de 3 milliards dans l’opération) et il s’est battu corps et armes afin d’acheter pour 6 milliards d’avions de combats.

Par un heureux hasard, ces exemples permettent d’effectuer la transition sur le coeur de cet article et des questions qui sont posées à votre sagacité.

 

La puissance d’un pays est proportionnelle à sa consommation d’énergies

Ainsi, afin de diminuer les émissions de CO2 et de Méthane, il est nécessaire de diminuer la consommation du pétrole, du gaz et du charbon. L’équation est posée. La résoudre est plus osé.

La quantité d’énergies utilisée par un pays est proportionnelle à sa puissance. Le pays le plus puissant du monde est celui qui en consomme le plus.

La doctrine Obama s’appuya sur le pétrole et gaz de schiste, comme outil « de puissance énergétique» alors que Trump préféra la «dominance énergétique». Tout est dit.

L’Armée américaine est l’entité mondiale qui consomme le plus d’énergies fossiles, suivie par l’armée chinoise.

Du côté des pays, qui maitrisent, l’arme énergétique ultime, la bombe atomique (Chine, États-Unis, Russie, Royaume-Uni, France, Inde, Pakistan, Israël), aucun ne montre l’envie de céder son rang dans le classement des superpuissances.

Ainsi, tant qu’il n’y a pas un outil ou une ressource capable de remplacer le pétrole/gaz/charbon à l’échelle 1/1, aucun pays ne peut réduire sa consommation de fossiles sous peine d’être rétrogradé.  Le rejet des actions climatiques par le président Macron est en parfaite osmose avec cette réalité.

A sa petite mesure, les nouveaux avions de chasse de la Suisse, entrent dans cette philosophie. La possibilité de brûler 20’000 litres de pétrole en moins d’une heure est un signe de puissance.

 

Le monde magique des GAFAM et de la finance

Au-delà des nations, les GAFAM (géants du numériques) rivalisent financièrement et intrusivement avec les Etats bien qu’avec le Pass-Covid certains pays rattrapent leur retard.

A leur côté, les financiers BlackRock, Vanguard, les banques privées, les Banques Centrales et les fonds d’investissements des caisses de retraites sont les véritables faiseurs de Rois énergétiques.

Les énergies fossiles reposent sur des subventions pharamineuses (6x celles des énergies renouvelables). Cette manne est en partie siphonnée à la source par les financiers grâce à des mécanismes qu’ils ont eux-mêmes mis au point.

Le gouvernement Allemand a débloqué € 38 milliards afin de compenser les actionnaires pour la fermeture des centrales à charbon d’ici à 2040. Il n’en fallait pas plus pour les fonds se précipitent sur ces actifs afin de bénéficier de cette prime à la casse.

Calqué sur les prix du pétrole, les gaziers bénéficient de marges prodigieuses (entre 8-9 $ de bénéfices pour 10$ vendus).

La raréfaction du combustible nucléaire sur les marchés est une opportunité d’achat. On remarquera que le financement de centrales nucléaires est strictement réservé aux Etats, car trop risqué et dispendieux.

 

Puissance et Finance : la barbichette

Quelle sera la grande puissance qui fera le premier pas vers une transition énergétique hors fossiles et pourquoi prendra-t-elle cette posture?

Au niveau financier, à part engager Léo Messi, quel déclics pourraient émerger afin de faire basculer les investissements hors énergies fossiles ?

Qu’en pensez-vous ?

Pic Pétrolier ou Pic Climatique : quel sera le seuil de douleur ?

Alors que l’on peut ressentir une certaine impression que cet été climatique part en vrille entre les chaleurs de 49 degrés en Californie et Canada ensuite suivi par des incendies de forêts. L’Allemagne, le Benelux et la Suisse noyés sous l’eau. La Russie enregistre des températures records ainsi que des incendies en Sibérie. Pour compléter le tableau, des inondations monstrueuses en Chine.

Bref dans cette ambiance, où le manque d’eau et aussi dévastateur que le trop d’eau, BP et l’agence pétrolière norvégienne Rystad Energy ont publié leurs prévisions énergétiques et pétrolières.


BP : d’une perception de pénurie à l’abondance pétrolière

BP souligne la baisse de 2020 de la consommation énergétique mondiale due à la pandémie. Cependant, il faut compter avec un rattrapage du temps perdu dans les mois à venir. Dans une nouvelle étude de 20 pages, les deux partenaires pensent que nous allons passer d’une “perception de pénurie” actuelle à une situation “d’abondance pétrolière“. L’étude balaye de la main le peak oil de la demande et pense que les pays, qui extraient un pétrole bon marché, vont privilégier le concept de  “diminution des volumes pour vendre à un prix élevé” au lieu du “volume important et vendre à un prix bas“.

On apportera un bémol causé par le penchant des deux acteurs à apprécier l’odeur du pétrole.

 

Rystad : Les réserves pétrolières diminuent

De son côté Rystad Energy a fortement réduit ses estimations des réserves pétrolières mondiales à 1’725 milliards de barils contre 1’903 milliards l’année dernière.

Pour un pétrole, financièrement accessible à 50$, il y en aurait pour 1’300 milliards de barils sous nos pieds. Au rythme actuel, cela représente 35 années d’extraction. Avec la diminution de la demande, il y aurait assez de pétrole jusqu’en 2100.

 

Pic énergétique et Pic climatique

Pour le climat, cela veut dire que le potentiel d’augmenter les quantités de CO2, de méthane et de gaz à effet de serre est encore très important d’autant que le trio: pétrole, gaz naturel et charbon règnent en maître.

A la vue des événements climatiques de ces derniers mois, la question est de savoir quel sera le seuil de douleur climatique nécessaire afin d’engager le pic d’émissions de CO2 / Méthane.

Les conditions climatiques exécrables aux USA, le déversement d’eau sur l’Allemagne, les incendies en Sibérie et les inondations en Chine touchent justement les acteurs clés. Est-ce qu’une porte s’ouvrira ?

L’Algérie pense à son après pétrole et gaz

Alors que le Président Macron a balayé d’un revers de main toute transition énergétique et que le Suisse en a fait de même, du côté des pays producteurs de pétrole et de gaz, il souffle un vent de changement et d’urgence.

Après des années de vaches grasses, la baisse de la demande pétrolière et gazière, suite au Coronavirus, impacte les budgets des gouvernements. Ainsi, l’Algérie se découvre une nouvelle ambition avec une envie d’entrer dans la production et la distribution d’hydrogène à partir d’énergie solaire.


 

A cet effet, l’Algérie a créé un ministère de la transition énergétique afin d’explorer cette opportunité et a placé Chams Eddine Chitour à sa tête. Le professeur cible 2030 pour ajouter l’hydrogène dans le mix énergétique.

 

Utiliser les réseaux de gaz actuels

L’idée est intéressante, car le maillage de gazoducs, qui achemine le gaz, pourrait être modifié afin de livrer de l’hydrogène aux pays européens et l’incontournable France. Mais avant d’y arriver, l’Algérie fait face à certains obstacles.

Le premier réside dans l’inertie du pays et de sa corruption. Les pontes du pétrole et du gaz, de l’entreprise nationale Sonatrach contrôle le pays grâce aux pétrodollars. Il est vrai que ce membre de l’OPEP compte presque entièrement sur les rentrées en pétrodollars pour son budget.

Il faut avouer que la Sonatrach (Société nationale pour la recherche, la production, le transport, la transformation, et la commercialisation des hydrocarbures) n’est pas le couteau le plus aiguisé de la cuisine lorsqu’il faut insuffler un vent d’innovation dans le pays.

 

Energie Solaire

Bien que l’Algérie soit baignée par le soleil, cette source représente à peine 1% de l’énergie produite sur les 15,6 gigawatts consommés.

Dans les faits, le gaz règne en maître. Depuis 60 ans, Alger se suffit des découvertes pétrolières et gazières du Sahara.

La crise du Covid et la chute des prix auront bousculé les certitudes d’autant que la demande intérieure en électricité explose. Fortement subventionné, le gouvernement doit réserver une partie toujours plus grande de son budget pour répondre à

la boulimie électrique de ses habitants alors que les rentrées financières se sont réduites. Cette tendance est désastreuse et une transition vers l’hydrogène semble être une diversification nécessaire du business model afin de diversifier les sources revenus.

 

Trouver des financements et éviter la Chine

Le pays va devoir trouver des fonds tant pour financer les actifs ainsi que pour compenser le décalage entre les coûts d’installations et les retours futurs.

Dans ce contexte, une lueur d’espoir brille. Dans les 5 années à venir, le prix du pétrole et du gaz devraient se maintenir à des prix élevés. Alger pourrait utiliser une partie cette plus-value afin d’assurer, étape après étape, son avenir.

Selon McKinsey, l’Algérie a le potentiel de livrer par bateau, à l’Allemagne, de l’hydrogène à moins de 2$ le kilo. A ce prix, l’hydrogène est presque compétitif avec l’essence. De plus, l’Algérie possède une grande expérience dans la livraison d’énergie. Elle pourra s’appuyer sur ce sérieux et sa fiabilité pour convaincre.

Finalement, la jeunesse demande des emplois et la diversification hors du pétrole et du gaz, pour autant que ces emplois ne sont pas confiés à la Chine, pourrait être une option.

 

La transition énergétique hors du pétrole et du gaz semble bien plus urgente pour les pays exportateurs de pétrole et de gaz. Le réveille des pays consommateurs pourrait être intéressant.

Une explosion de Gaz enflamme l’océan du Golfe du Mexique

Un orage pourrait avoir provoqué l’explosion dans un gazoduc sous-marin de l’entreprise mexicaine Pemex le vendredi 2 juillet 2021.

Les impressionnantes images filmées d’un hélicoptère montrent des flammes jaillir de l’eau comme de la lave en fusion. Le gisement se situe dans la péninsule du Yucatan, au large de la bien nommée ville de Tabasco dans la baie de Campeche, Golfe du Mexique.

Le feu a pris naissance dans un oléoduc sous-marin qui se raccorde à une plateforme du gisement pétrolier et gazier “Ku Maloob Zaap.


 

Pemex a réussi a éteindre l’incendie en 5 heures et a confirmé que  “Les turbomachines des installations de production actives de Ku Maloob Zaap ont été touchées par un orage“. Par contre, le mix  d’hydrocarbures en flamme n’est pas connu.

Les employés ont utilisé de l’azote pour maîtriser le feu. Aucun blessé n’a été signalé et la production n’a pas été perturbée par la fuite de gaz qui s’est déclenchée vers 5 h 15, heure locale. Elle a été colmatée vers 10h30. Cependant, il faudra attendre quelques jours pour voir l’étendue des dégâts et si l’amalgames de plateformes pétrolières à proximité pourront continuer les extractions.

 

L’Etat financier de Pemex est désespéré

Le complexe offshore de Ku Maloob Zaap (KMZ) produit du pétrole ainsi que du gaz depuis 1980. Il est entré dans une phase de déclin depuis 2015.

De 800’000 barils par jour, l’extraction a reculé à 640’000  l’année dernière. KMZ est l’un des gisements les plus lucratif pour l’entreprise et représente 40% de la production du pays, c’est dire son importance et cet incident n’est pas la meilleure nouvelle pour l’Etat mexicain.

En effet, Pemex cumule plus de $ 105 milliards de dettes et se trouve en quasi faillite. La remontée actuelle des cours du baril à 76$ avec une prévision à 80 dollars est une bénédiction pour l’entreprise nationale, mais on est encore loin de pouvoir crier victoire.

 

 

 

Sous l’impulsion d’Emmuel Macron, l’Europe pourrait classifier le gaz et le nucléaire comme “énergies propres”

Sous l’impulsion du président français, Emmanuel Macron, la Commission Européenne pourrait classifier le gaz naturel et le nucléaire dans le registre “des énergies propres” afin de donner accès à ces deux industries aux financements des investisseurs et des fonds européens du “Green Deal” prévu pour réduire l’impact climatique.

Les démarches ne s’appuient pas sur une considération climatique et scientifique, mais sur une tractation économique entre les pays. Ce processus suscite les craintes que Bruxelles ne se livre à un “blanchiment écologique” et à un désastre climatique.


Un enjeu financier important

Au cœur de ce tour de passe-passe se trouve la taxonomie des énergies propres débutée en 2019. Cette étiquette “d’énergies propres” permettra d’attribuer le feu vert pour les investisseurs et les fonds d’investissement dans cette catégorie. Au cours des années à venir, l’Europe planifie l’émission de plus de € 250 milliards de dettes sous forme d’obligations durables et la Banque Européenne soutiendra, de facto, les énergies désignées dans cette taxonomie.

On comprend l’empressement des lobbys pour inclure, par tous les moyens, leurs poulains.

 

La taxonomie devient un outil politique au lieu d’un outil scientifique

L’exercice a pour but de conseiller les institutions financières du monde entier afin de soutenir, ou pas, une installation énergétique sur une base climatique et scientifique.

Initialement, la proposition suggérait de déterminer les énergies “liquides” (pétrole et gaz) comme “propre” ce qui rejetait le charbon (énergie solide) dans la catégorie éliminatrice des vecteurs polluants. L’idée avait fait sourire plus d’un.

Début 2021, une proposition avait été rejetée par les pays européens car cette taxonomie n’incluait ni le gaz naturel ni le nucléaire. En effet, parmi les 27 pays membres de l’Europe, beaucoup veulent protéger leur droit d’utiliser le gaz ou le nucléaire pour remplacer le charbon dans leur stratégie de zéro émission. Ne pas figurer dans cette liste prive l’accès à des financements.

Le Financial Times révèle que le lobby du gaz est à deux doigts de réussir son coup. De plus, les deux parties : gaz et nucléaire pourraient se serrer les coudes pour faire passer la proposition*.

Cependant, certaines voix s’élèvent afin de révéler ce non-sens. Une décision devrait tomber cette semaine.

 

Coup de pouce au nucléaire français

On le comprend bien, pour certains pays, cette classification de taxonomie n’a pas l’objectif d’atteindre des diminutions de gaz à effet de serre mais à satisfaire leurs propres intérêts. Ainsi l’ambition d’Emmanuel Macron est de vendre et de financer les services d’EDF pour la construction des centrales nucléaires EPR dans les pays de l’Est.

Du côté des pays de l’Est, la sortie du charbon inquiète. L’accès au gaz russe et au nucléaire français pourraient rassurer les gouvernements. L’option du nucléaire, intimement corrélé aux possibilités de corruption qui règne dans l’industrie, est particulièrement vue d’un bon oeil.

De son côté, certains appels à utiliser les critères scientifiques afin de classifier les énergies propres. Avec ses importantes émissions de méthane, le gaz naturel est fortement décrié dans le contexte climatique.

 

Une impulsion mondiale

Le parlement Européen et les pays européens ont le pouvoir de bloquer cette taxonomie.

Si le tour de force d’Emmanuel Macron devait se concrétiser, le gaz naturel et le nucléaire pourraient également être inclus dans la taxonomie en Chine et aux USA. On saisit l’importance de la décision.

Une partie de la réponse devrait tomber cette semaine.

 

 

*Avec 6 autres présidents, Emmanuel Macron a demandé que la Commission Européenne inclue l’énergie nucléaire dans les énergies propres avec l’objectif d’utiliser les fonds financiers verts prévus par l’Europe. Les signataires sont : France (Emmanuel Macron), République Tchèque (Andrej Babiš), , Hongrie (Viktor Orban), Pologne (Mateusz Morawieck), Romanie (Florin Cîțu), Slovakie (Igor Matovič), et Slovenie (Janez Janša).

 

 

Les Guerres du Gaz: Géopolitis

Dans ce nouvel épisode de l’excellente émission de la Télévision Suisse Romande, Géopolitis, Marcel Mione explore avec Laurent Horvath, les coulisses du gaz à travers les continents.

Dans le monde des Energies, c’est le règne du chacun pour soi. Chaque pays regarde son intérêt propre. Ce qui se passe dans le gaz est une parfaite illustration entre la partie stratégique qui confronte la Russie, l’Europe, l’Allemagne, la Turquie, l’Ukraine, la Chine et les USA.


 

Le gazoduc Nord Stream 2 sème la discorde avec en fond de toile le gaz de schiste et la main mise de la Russie ou de des USA sur l’Europe. Comment se confronter avec Vladimir Poutine, Joe Biden, Recep Tayyip Erdoğan le président Turc. Quelle est la place du gaz naturel dans la transition énergétique et le climat? Est ce que le gaz est aussi propre que l’on veut bien le prétendre?

Cette émission de 26 minutes de Marcel Mione présente les enjeux stratégiques avec des illustrations vidéos très pertinentes, qui intéresseront tous ceux qui veulent en savoir plus.

 

Voir l’émission du 28 mars 2021: Les Guerres du Gaz: Geopolitis