Et si la Banque Nationale Suisse soutenait l’Innovation?

A hauteur de 1,2 milliards €, Bruxelles va participer au financement de la construction de batteries européennes pour les voitures électriques et le stockage d’énergie. L’objectif est de tenter d’endiguer la déferlante chinoise dans ce secteur.

Durant la dernière décennie, à coup de subventions déguisées, la Chine s’était emparée des industries solaire et éolienne mondiales. Aujourd’hui, la perspective de perdre des millions d’emplois dans le secteur automobile fait mouche. La Commission Européenne a dû s’adapter aux nouvelles règles du jeu mondial imposées par Pékin et Washington.


 

L’industrie automobile allemande et française ont tiré la sonnette d’alarme. Pendant que l’Europe prône angéliquement la non intervention de l’Etat dans les marchés, la Chine injecte des milliards pour soutenir les piliers de sa stratégie «Made in China 2025» pendant que Donald Trump implémente avec succès son «Make the America Great Again ».

Comme s’il avait été pris la main dans le sac, le Ministre de l’Economie française Bruno Le Maire a confessé “l’Europe nous a autorisé à verser des aides publiques car il s’agit d’un projet important d’intérêt européen commun qui permet des fonds publics sans contrevenir aux règles européennes sur les aides d’Etat et la concurrence”. On apprécie le zigzag.

Bruxelles va investir 1,2 milliards sur 5 ans. En comparaison, le gouvernement chinois a mis sur la table 4,2 milliards $ depuis 2017, pour acquérir des participations dans des mines de lithium en Amérique Latine. Il n’aura fallu que 55 milliards $ à Pékin pour prendre le contrôle mondial de la chaîne de valeurs des voitures électriques.

 

Entre Libéralisme et Pragmatisme

A l’instar de l’Europe, la doctrine américaine proscrit l’intervention de l’Etat dans les entreprises. Dans la pratique, deux piliers financent l’innovation US: les investisseurs de la Silicone Valley et l’armée américaine. Cette dernière a financé une grande partie des technologies utilisées dans les IPhones.

Le développement actuel des drones-taxis d’Uber Elevate ou de Google est porté par la main invisible… de l’US Army. L’arrivée de Donald Trump a renforcé la complicité entre l’Etat et les entreprises.

Dans le grand jeu de l’innovation mondiale, l’Europe et la Suisse utilisent les anciennes règles, comme si les USA et la Chine jouaient au football avec 15 joueurs et 3 gardiens de but.

En une décennie, le leadership solaire Allemand, Autrichien et Suisse a été abandonné à Pékin. L’intelligence artificielle, la puissance de calculs, le stockage d’énergie, l’énergie nucléaire ne sont déjà plus européens.

 

La Suisse et le financement de ses entreprises

Dans une Economie agile, la rigidité du dogme Suisse dévoile ses limites. Depuis Logitech, combien de start-up peuvent s’enorgueillir d’avoir atteint le milliard $ et d’avoir créé plusieurs centaines d’emplois suisses?

Le système actuel se limite au financement de la recherche, de l’éclosion de start-ups ou de l’accompagnement des PME pour ensuite, faute de financement, se faire piller les joyaux et délocaliser les emplois en Chine ou aux USA.

 

Un Fonds Souverain Suisse

Pour assurer leur croissance, expansion ou développement, les entreprises suisses ne bénéficient de pratiquement aucun soutien financier des banques ou de la Confédération. Cerise sur le gâteau, la Banque Nationale Suisse investi des milliards $ dans les sociétés américaines concurrentes directes des start-ups et des entreprises helvètes.

Trop souvent, la très dynamique industrie suisse, notamment dans les cleantech ou du smart city, doit délocaliser, diminuer ses ambitions ou simplement fermer.

C’est également l’amer constat que fait la Commission Européenne. La perte d’un trop grand nombre d’emplois est une menace sur la stabilité de l’Union. Pour les 4 prochaines années, elle va mettre sur la table 9,1 milliards € pour soutenir ses entreprises innovantes.

En Suisse, les solutions de financement existent. L’une d’entre elles a été apportée par Philipp Hildebrand, ancien directeur de la BNS. Lors du Forum des 100, il a exprimé la possibilité de créer un pool d’actifs souverains publics qui utilise les réserves de la BNS afin d’optimiser l’aide à la transition climatique.

L’idée que la BNS se préoccupe enfin du climat, des emplois et de la santé des entreprises innovantes Suisses parait tout autant logique que subversive. Mais faute d’inflation, n’est-ce justement pas là son actuel destin et son utilité?

 

La Norvège met la Banque Nationale Suisse sous Pression

Le Gouvernement Norvégien a demandé à son fonds souverain de 1’000 milliards $, le Government Pension Fund Global (GPFG), d’exclure graduellement de son portefeuille d’actions, les entreprises de production et d’extraction pétrolière et gazière non conventionnelles. Le gouvernement justifie sa décision par une volonté de réduire les risques financiers sur l’économie norvégienne.

Paradoxalement, alors qu’en juin 2014, la Banque Nationale Suisse affichait des investissements de 1,9 milliards $ dans des entreprises américaines actives dans des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon, nucléaire), aujourd’hui ce montant atteint un niveau record de 6,482 milliards $.


Après plusieurs mois de travail, la décision norvégienne a été prise conjointement par un comité d’experts, une consultation publique et la Banque Norvégienne. Les comptes des pétroliers actifs dans le schiste américain et les sables bitumineux canadiens ont été vérifiés.

Sans surprise, le fonds le plus doté du monde n’a pu que constater des pertes importantes. Il est vrai que depuis plus de 10 ans, l’industrie de schiste américaine essuie des pertes colossales.

Dans sa pesée d’intérêts, le fonds a également pris en compte les risques climatiques même si les considérations financières ont primé selon le ministre des Finances, Siv Jensen. Son objectif est de réduire la vulnérabilité de la richesse commune face aux variations des prix du pétrole. Cette décision ne reflète pas le potentiel futur du secteur pétrolier et les grandes majors comme Exxon ou Chevron, qui couvrent la totalité des processus pétroliers de l’exploration à la vente, ne seront pas impactées.

 

La Banque Nationale concurrence les Entreprises suisses

Au-delà de soutenir les entreprises fossiles, la BNS investi dans 2’535 entreprises américaines dont une partie entre en concurrence directe avec l’industrie suisse de la pharmaceutique, de l’informatique, des nouvelles technologies, des fournisseurs automobiles, de l’internet des objets, des systèmes électriques, etc.

Ce mécanisme crée une distorsion de la concurrence pour les entreprises suisses qui peinent à trouver des financements pour soutenir la croissance et les emplois locaux.

 

Trois millions pour trois Directeurs

La décision norvégienne offre à la BNS une méthodologie et une démarche éprouvées. Sous l’impulsion des cantons actionnaires, un comité d’experts indépendant pourrait auditer les résultats financiers des investissements fossiles.

En cas de déficit avéré, pour chaque franc perdu, un franc identique pourrait être investi dans les entreprises et les start-ups basées en Suisse. Ce processus pourrait encourager la BNS à mieux surveiller et gérer ses investissements.

Actuellement, ces pertes sont soustraites des versements aux cantons. La BNS n’a pas commenté l’estimation d’un déficit qui pourrait se chiffrer en milliards $ depuis 2014. Détail piquant, les trois membres de la Direction Générale bénéficient d’un salaire annuel qui dépasse le million de francs chacun.

Une deuxième alternative reprendrait le concept de pollueur-payeur qui impact tant les citoyens que les PME. Avec des actifs dans des technologies les plus nocives et dangereuses pour le climat, la BNS entre dans le club des sociétés anonymes les plus polluantes de Suisse. L’argent ainsi collecté pourrait également retourner aux entreprises et aux start-ups suisses actives dans les smart city, la nouvelle mobilité ou les technologies propres.

 

Une position intenable financièrement et injustifiable climatiquement.

La décision de la Norvège exerce une pression supplémentaire sur la BNS qui tient une position intenable financièrement et injustifiable climatiquement.

Les cantons sont majoritairement actionnaires dans l’institution et EconomieSuisse tient un rôle majeur dans le Conseil d’Administration. Ces acteurs ont la légitimité d’assurer que la Banque Nationale Suisse retrouve son rôle, alors que dans sa tour d’ivoire, sa direction est devenue imperméable à l’Economie et au tissu industriel Suisse.

Finalement, elle permettra d’établir le lien essentiel entre le monde financier et les objectifs climatiques de la Confédération récemment rappelés par la Conseillère Fédérale Simonetta Sommaruga et demandé par des milliers de jeunes à travers toute la Suisse.

 

La liste des investissements de la Banque Nationale Suisse
dans les énergies fossiles aux USA au 31 décembre 2019
Cliquez pour voir la liste complète

Source: FED
Indexage et Recherche: Laurent Horvath, Avril 2019,
2000Watts.org  –  PicEnergie.org

Sur le même sujet

Octobre 2017:  BNS : En phase avec le “tout Pétrole, Gaz et Charbon” de Donald Trump

Mars 2016: La Banque Nationale Suisse empêtrée dans le schiste américain

Septembre 2015: Gaz de Schiste: La BNS perd 940 millions $

Juin 2015: Banque Nationale Suisse: 2 milliards dans le schiste américain

Energies, Economie, Pétrole: Revue Mondiale Mars 2019

Le 1er de chaque mois, retrouvez un tour du monde des Energies.
Même un 1 avril, vous n’y trouverez pas de poisson!
– Allemagne: VW se lance dans la distribution d’électricité
– Chine: Le président en Europe pour promouvoir sa route de la soie
– Norvège: Le fonds souverain sort du pétrole de schiste
– Monde: La consommation des énergies fossiles en hausse, comme le CO2
– USA: Les Majors achètent les petits producteurs pétroliers
– Algérie: Le président Bouteflika se retire. L’armée montre ses muscles
– Japon: 8 bougies sur le gâteau d’anniversaire de Fukushima.


Comme les ours, le pétrole va terminer son hibernation pour déployer toute sa force durant les mois d’été. Pour l’instant, le réveil est calme. Comme le changement d’heure en Europe, personne ne sait où il va aller dans les mois à venir. A Londres, il termine ce mois à 68,39$ (fin février 66,39$). A New York, il pointe à 60.14$ (56,94$ fin février).

 

Graphique du mois

Consommation d’Energie Primaire dans le monde en 2017
Le gaz et le pétrole: 57% et avec le charbon: 85%
Source: BP World of Energy 2018

 

Planète

En 2018, les émissions de CO2 ont augmenté de 2,3% à 33 milliards de tonnes, indique l’Agence Internationale de l’Energie. Une augmentation record depuis 2010.

Pour son directeur, Fatih Birol, c’est une “surprise pour beaucoup” et une hausse exceptionnelle due aux énergies fossiles. “Nous avons vu une augmentation extraordinaire de la demande d’énergie, au plus haut depuis 10 ans. Toutes les énergies fossiles sont en hausse : charbon, gaz, pétrole.

La hausse annuelle de 560 millions de tonnes équivaut aux émissions de l’industrie de l’aviation. Si l’Europe baisse, c’est en Chine, en Inde et aux USA que l’augmentation fut la plus forte.

 

Monde

La santé de l’Economie mondiale montre des signes de fatigue. Une petite toux ou un virus? Le médecin va se pencher sur le malade, même si dans certains pays l’on parle déjà de récession. Du coup, le prix du baril de pétrole ne sait pas trop où aller. Dans le doute, l’Arabie Saoudite va continuer à diminuer sa production pour espérer voir les prix grimper.

Après avoir abreuvé en carburants nos chers véhicules, les grandes majors pétrolières s’embarquent dans la production et la livraison d’électricité notamment pour les voitures. Le mouvement des pétroliers ressemble à la transition effectuée par l’industrie du tabac dans la e-cigarette.

Ainsi Total et Shell opèrent des achats stratégiques. Si le gaz devrait générer l’électricité vendue par les géants du pétrole, Shell mise sur les énergies renouvelables et espère un retour sur investissement de 8 à 12%.

La capacité des majors à trouver des fonds pourraient faire trembler les producteurs traditionnels d’électricité comme E-On, RWE, EDF, Axpo ou Alpiq.

 

Peak Oil

Dès l’arrivée du pétrole de schiste en 2008, les discussions sur le peak oil ont été reléguées aux oubliettes. Depuis quelques mois, la tendance est en train d’évoluer.

A court terme, l’avenir du pétrole offre deux visages. Certains penchent sur une hausse des prix et une baisse de la production notamment dans le schiste américain. D’autres, comme le président Trump, tablent sur une hausse modérée des prix et une production qui suit la demande.

Un indice pourrait provenir des investissements et des tendances de ce début d’année. Voir le graphique ci-dessous, avec les intentions d’investissements dans les 5 principaux gisements de schiste aux USA.

 

En noir foncé: la production pétrolière
En gris: les intentions d’investissements

 

Depuis 2008, le boom du pétrole de schiste a été financé par des prêts et des actions dans des entreprises qui n’ont jamais dégagé de bénéfice. Les producteurs avaient promis des dividendes et des bénéfices pour fin 2018. Il n’en est rien et Wall Street est en train de serrer les cordons de la bourse. Les données chiffrées montrent que les investissements sont en chute libre depuis le début de l’année et devraient impacter la production dans les mois à venir.

 

Les pays à la Une du mois de mars

Venezuela

Suite à une panne totale d’électricité d’une semaine, la production pétrolière du pays a été sérieusement impactée. Il est encore trop tôt pour évaluer la capacité du pays à pouvoir faire redémarrer sa production ou si elle va totalement s’écrouler, et le pays avec. Pour ne rien arranger, une nouvelle série de pannes est venue secouer le pays à la fin du mois.

Avant ces incidents, la production pétrolière reculait de 50’000 b/j par mois et avait passé sous la barre du million de barils. De son côté, les USA, qui importaient plus de 500’000 b/j, ont réussi à réduire leurs importations à néant. Pour le coup, Caracas dévie ses livraisons vers Moscou. Il reste à déterminer les entrées financières pour le régime Maduro.

Deux avions militaires russes ont atterri à Caracas avec une centaine de militaires et 35 tonnes de matériels. Le président Maduro a précisé qu’un prochain vol apportera des médicaments et de l’aide humanitaire.

PetroChina prévoit une baisse de 33% des livraisons de pétrole du Venezuela à 186’000 barils par jour.

Du côté politique, le bras de fer entre le président Maduro et son opposant Juan Guaido, continue. Le vainqueur devra imaginer un futur qui s’évapore de plus en plus avec l’effondrement des installations pétrolières.

 

Production pétrolière du Venezuela
Source: Ron Patterson’s Peak Oil Barrel.

Algérie

Sous la pression des militaires, la situation se tend. Le chef des armées, Gaïd Salah, a demandé la destitution du président Abdelaziz Bouteflika.

En 2018, les ventes de pétrole et de gaz représentaient le 40% du budget du pays. Si l’arrivée du président Bouteflika a coïncidé avec la hausse des prix du baril au début des années 2000, une grande partie des pétrodollars ont servi à la corruption, à la construction de constructions inutiles et à de généreux versements pour maintenir la paix sociale.

La chute des prix du pétrole a fortement pesé sur les réserves du pays qui ont fondu de 178 milliards $ en 2014 à 88,6 en juin de l’année dernière.

Alors que les gisements pétroliers et gaziers vieillissent, la consommation interne augmente fortement notamment pour la production d’électricité. Basé sur le modèle français, l’Etat subventionne fortement le kWh. Il est facturé à 3 ct € alors que son prix de revient est à 8,9ct €.

Comme beaucoup de pays pétrolier/gazier, l’Algérie va devoir effectuer une transition rapide hors des énergies fossiles et tenter de diversifier les revenus du pays.

Le géant pétrolier ExxonMobil retarde ses explorations de gaz de schiste en Algérie. Les compagnies étrangères évaluent les risques d’un changement de régime au pouvoir.

En Algérie, l’humour a toujours été utilisé pour taquiner le pouvoir, en particulier dans les moments difficiles. Cette tradition s’est confirmée ce mois.


Manifestation et humour en Algérie

 

Arabie Saoudite

Malgré la hausse des prix du baril depuis le début de l’année, l’Arabie Saoudite va maintenir ses coupes de production pétrolière, au moins jusqu’en juin, à un niveau de 6,9 millions b/j.

Le ministre de l’Energie, al-Falih ne désire pas changer cette stratégie lors de la prochaine rencontre de l’OPEP. D’abord prévue en Avril, la rencontre de l’OPEP a été repoussé de 3 mois.

Pour équilibrer son budget, le pays compte sur un baril à 70$.  Même si les USA vont continuer à extraire du pétrole de schiste très léger, idéal pour produire du plastique, le royaume sait que le monde ne dépend pas du schiste, mais de pétrole lourd nécessaire aux avions, camions, bateaux et voitures.

Riyad pense que la demande de brut va rester solide cette année, notamment grâce à la Chine avec 11 millions b/j.

Toujours selon le ministre al-Fahih, d’importants gisements gaziers auraient été trouvés dans la Mer Rouge. L’Arabie semble séduite par le gaz et Aramco pourrait acheter des gisements aux USA.

Les exportations vers les USA ont chuté à 1,6 million b/j en février contre 5,75 il y a une année. Paradoxalement, les USA se tournent vers la Russie pour acheter le pétrole lourd dont ils ont cruellement besoin notamment après l’abandon des importations du Venezuela.

L’administration Trump est en train d’examiner la demande de l’Arabie Saoudite afin de s’équiper de centrales nucléaires civiles.

L’Europe a effectué un rétropédalage magistral après avoir mis l’Arabie Saoudite sur la liste noire des pays qui privilégient le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Riyad a menacé “de sévères et négatives conséquences” sur les flux du royaume vers l’Europe. Le Prince a également prononcé la formule magique «ulahup Barbatruc» pour immédiatement revenir dans le monde des gentils. Si l’on se rappelle la gymnastique effectuée par la Suisse pour éviter de figurer sur cette liste noire, la décision européenne laisse perplexe.

 

Chine

L’agence Xinhua annonce la découverte «massive» de réserve de pétrole de schiste dans la municipalité de Tianjin. Selon les désirs du parti, CNPC et Sinopec augmentent fortement leurs investissements d’explorations pétrolières et gazières. Jusqu’à présent, la Chine n’a pas encore réussi à percer les mystères du pétrole de schiste américain.

Le président Xi Jinping a débuté une tournée en Europe. Aucun doute, à la table, c’est lui le patron. Quand il parle, il engage son pays. Quand Macron, Merkel et Junker parlent au nom de l’Europe, ils n’engagent que leur parole. Les Chinois savent qu’ils peuvent contourner les menaces européennes en jouant sur les intérêts nationaux divergents. Pour garantir l’ambiance, il a débuté sa visite en Italie.

Stratégiquement en Europe, Pékin s’intéresse à l’énergie dont le premier producteur d’électricité portugais ainsi qu’à l’accès aux ports afin de trouver de nouveaux marchés pour ses entreprises. L’utilisation de l’arme financière et la création de des dettes, aux conditions draconiennes et difficilement remboursables, fait merveille en Asie et en Afrique. C’est au tours de l’Europe de profiter de ce privilège.

Xi Jinping a souligné les défis qui attendent le pays : chômage, politique internationale, commerce et prix de l’immobilier. Il espère que son pays ne soit pas pris dans cette spirale notamment pour éviter tous mouvements sociaux.

 

USA – Pétrole de Schiste

Faute de rentabilité financière depuis plus de 10 ans, Wall Street est en train de couper les vivre aux petits producteurs de schiste. Ceux-ci se font avaler par les majors comme ExxonMobil, Chevron et Conoco. BP et Shell ont rejoint le mouvement même si les préoccupations climatiques des investisseurs pèsent sur les acteurs européens.

Gretchen Watkins, Présidente de Shell USA, a demandé à la Maison Blanche de conserver les règlementations sur la limitation des émanations de méthane dans les extractions de gaz et de pétrole de schiste. Paradoxalement, l’administration Trump désire justement les abolir. Les émanations de méthane pénalisent fortement l’attrait du gaz de schiste qui est plus dangereux que le charbon au niveau des gaz à effet de serre.

Chevron et Exxon sont en train d’industrialiser les procédures de forages de schiste dans le Bassin Permien. Après avoir injecté 10 milliards $, Exxon ambitionne de réduire ses coûts à hauteur de 15$ le baril soit au niveau des prix d’extraction du pétrole conventionnel au Moyen-Orient. Si ce vœux devait se réaliser, il restera plus qu’à ExxonMobil à d’identifier de nouveaux gisements à travers le monde. Paradoxalement, la major ne s’aventure pas dans les autres champs de schiste aux USA.

Durant le mois de décembre, les gisements de schiste du Bakken ont généré 40 millions de barils de pétrole et 55 millions de barils d’eau. L’eau extraite des forages vient soit des gisements soit de l’injection d’eau qui favorise la fracturation des roches. Avec un coût de 4$ le baril d’eau, le traitement de l’eau usée s’élève à 2 milliards $ par année.

Durant la conférence CERA WEEK à Houston, l’IEA a annoncé que le pétrole de schiste pourrait ajouter 4 millions b/j de plus d’ici à 2024. L’Agence pense que la production pétrolière (pétrole, gaz liquide et les hydrocarbures) américaine pourrait grimper à 19,6 millions b/j d’ici à 2024, contre 15,5 aujourd’hui.

Cependant, les données sur les émissions de titres de créance et d’actions par les sociétés de schiste et sur leurs positions sur les marchés à terme montrent de gros nuages dans le ciel et un frein de la production. Cette tendance est à confirmer dans les mois qui viennent.


33% des compagnies de pétrole de schiste on eu un cash flow positif au 3è trimestre 2018

 

Europe

Les prévisions de la croissance du PIB pour 2019 diminuent à 1,1% au lieu de 1,7. Du coup, la Banque Européenne pourrait recommencer un Quantitative Easing. Les banques privées vont ainsi bénéficier d’argent à taux négatif où le simple fait d’emprunter, permet de gagner de l’argent.

 

Norvège

Le Fond de Pension du Gouvernement va diminuer ses participations financières dans les entreprises actives dans l’exploration et l’exploitation pétrolière car “ces investissements sont volatiles, risqués et imprévisibles.” Le GPFG est le plus grand investisseur mondial avec plus de 1’000 milliards $ d’actifs.

Le gouvernement a demandé au GPFG de sortir graduellement de l’actionnariat des entreprises pétrolières actives dans l’extraction et la production pétrolière. Les investissements dans les grandes majors comme BP, Exxon, Shell qui s’occupe également de la distribution ne seront pas impactés. Le fonds possède actuellement pour 37 milliards $ d’actifs pétroliers dans son compte.

Ce revirement de situation risque de remettre en question les autres institutions financières comme la Banque Nationale Suisse qui investit dans le même index énergétique et qui fait également face à des pertes financières importantes.

 

Russie

Selon le ministre de l’Energie, la Russie va respecter les quotas pétroliers discutés avec l’OPEP+. Moscou va diminuer ses extractions dans le mois qui vient.

Suite au réchauffement climatique et la fonte des glaces de l’Arctique, Moscou a identifié de nouvelles routes de transports maritimes dans la Mer du Nord ainsi que des opportunités d’extractions pétrolières et gazières. La région pourrait contenir 90 milliards de barils et 47’000 milliards m3 de gaz.

Les taux d’approbations du président Poutine est passé de 80 à 64% durant les 6 derniers mois.

Malgré la pression de Donald Trump, la Russie continue l’installation du gazoduc Nordstream 2 afin de livrer du gaz à l’Allemagne. De son côté, Washington annonce des sanctions contre les entreprises qui participent à la réalisation de Nordstream 2 et parallèlement Gazprom étudie un moyen de contourner ces sanctions. Le monde de l’énergie est extraordinaire. L’objectif est de créer une compagnie qui gèrera les 50 km sur le sol Allemand et qui tombera sur le coup des sanctions. Cela permettra d’éviter de mettre en danger les 9,5 milliards $ d’investissements sur les 1’200 km du gazoduc.

 

Allemagne

VW se lance dans la production et la distribution d’électricité via sa société Elli.  Elli fournira des bornes de recharge de véhicules électrique et les services associés aux clients résidentiels et aux entreprises mais fournira également de l’électricité verte, que le consommateur soit déjà client de Volkswagen ou non, qu’il soit propriétaire d’un véhicule électrique ou non. Cette offre entre en concurrence avec les producteurs traditionnels d’électricité ainsi que Shell et Total qui se lancent également dans ce créneau.

Paradoxalement, jugé cancérigène, le pesticide Roundup, à base de glyphosate, continue d’empoisonner Bayer-Montsanto. Le géant allemand de la pétrochimie avait déboursé 63 milliards $ pour avoir le privilège de faire face à 11’200 actions en justice sur le sol américain. Ce mois, elle vient de perdre un nouveau procès au niveau fédéral avec une pénalité de 81 millions $. Bayer pourrait débourser jusqu’à 20 milliards $. Le chiffre d’affaires de Bayer-Montsanto atteint les 40 milliards $ par année.

Avec l’arrivée des voitures électriques, l’industrie Allemande pourrait perdre 80’000 emplois dans le secteur.

 


Dessin Chappatte

France

Soutenues par deux millions de signataires de la pétition “L’Affaire du Siècle“, quatre ONG ont déposé plainte contre le gouvernement français pour inaction climatique.

Le film Le couvercle du soleil, sur la catastrophe nucléaire de Fukushima, a été censuré par EDF qui possède la centrale nucléaire de Belleville-sur-Loire non lieu de la salle de cinéma qui désirait le projeter. EDF a mis demandé au cinéma de renoncer à passer ce film s’il voulait continuer à recevoir des aides financières.

En toute discrétion, le gouvernement Macron a décalé de 3 ans l’interdiction de la production de certains pesticides interdits par l’Union européenne.

Pour ceux qui ont Twitter, découvrez un compte qui apporte la bonne humeur: Le Journal de l’Elysée. C’est parodique et très décalé.

 

Bande Annonce Le Couvercle du Soleil, Fukushima

 

Hollande

Maarten Wetselaar, Directeur du gaz et des nouvelles énergies à Royal Dutch Shell, annonce que d’ici à 2030, le géant pétrolier désire devenir l’un des plus grands producteurs et distributeur d’électricité.

Poussé par ses investisseurs, Shell va se fixer un objectif de réduction de gaz à effet de serre. D’ici à 2021, l’entreprise espère réduire son emprunte carbone de 2 à 3% par rapport à 2016.

 

Suisse

Contrairement au fond souverain de la Norvège, la Banque Nationale Suisse a explosé ses investissements dans les énergies fossiles aux USA (charbon, pétrole, gaz, nucléaire) passant de 1,5 milliards $ en 2013 à plus de 6,3 aujourd’hui. La BNS n’a pas hésité à acheter des actions dans 183 entreprises américaines, dont pratiquement tous les acteurs du schiste. La vénérable dame est en passe de devenir l’une des entreprises la plus polluante de la Suisse.

Les fonds prévus pour la désaffection des centrales nucléaires n’est pas suffisant car le rendement du capital des fonds pourrait être revisité à la baisse. Si la demande est validée par la Confédération, les exploitants devront puiser dans leurs poches pour trouver les milliards manquants.  Du côté de l’Allemagne, qui a déjà débuté l’exercice, les budgets prévus sont insuffisants.

 


Dessin Chappatte

 

Moyen-Orient

Iran

En mars, les exportations pétrolières semblent être en diminution entre 1,1 et 1,3 million b/j contre 1,3 en février.

Selon l’OPEP, la production iranienne reste stable à 2,75 millions b/j après avoir chuté de 1 million b/j depuis l’activation des sanctions américaines.

Les USA ont donné à 8 pays l’autorisation d’importer du pétrole iranien. Washington ne sait pas encore si elle va lever cette faveur. Cependant avec les problèmes d’extractions au Venezuela et dans d’autres pays dans le monde, une rupture d’exportations iraniennes pourraient faire augmenter l’arrêt à la station d’essence pour le SUV de Joe America. Quand l’essence est chère, Joe pourrait hésiter à voter pour Donald en 2020.

 

Irak

Les exportations pétrolières irakiennes ont atteint 3,996 millions b/j en février, presque un record.

Augmentation du PIB Chinois.  J’aime les contes de fées.

 

Les Amériques

USA

Le jeu “Qui va récolter des millions” a débuté. Le vainqueur aura le droit de devenir Président et de prendre demeure à la Maison Blanche. A ce jeu, Trump a déjà amassé 130 millions $ et caracole en tête d’autant que le rapport Mueller l’a blanchi dans l’affaire russe.

Les effets de la réforme fiscale sur les entreprises émergent. Les recettes ont diminué de 1,5% sur un an (-34% pour l’impôt sur les sociétés) et le déficit fédéral avoisine le 4,5% du PIB pour un total de 22’000 milliards $ soit 107% du PIB. Il devrait manquer 1’000 milliards $ dans le budget en 2019.

Pour des raisons économiques et de flexibilité, BP va produire de l’énergie solaire afin de l’injecter dans ses divers lieux de productions pétrolières. Il y a 2 ans, BP avait acheté la compagnie Lightsource avec des investissements prévus de 200 millions $ sur 3 ans.

 

Canada

ExxonMobil va retarder ses investissements de 1,9 milliards $ dans les pétroles bitumineux en Alberta. Son entreprise locale, Imperial Oil avait prévu d’extraire 75’000 b/j d’ici à 2022. Exxon va revisiter son objectif notamment à cause du manque de pipelines pour transporter le brut vers les USA.

Durant les 12 derniers mois, le nombre de forages de pétrole et de gaz a reculé de 56 unité à 105. L’industrie fait face à une pénurie de pipelines et gazoducs pour transporter ces matières premières.

 

Mexique

Le gouvernement propose d’utiliser le «Fonds de Stabilisation» pour rembourser une partie des dettes de son géant pétrolier Pemex. Actuellement, la valeur de ce fonds public est estimé à 15,4 milliards $. La dette totale de Pemex dépasse les 100 milliards $.

Dessin: Chappatte

 

Asie

Japon

Le 8ème anniversaire de la catastrophe de Fukushima démontre la patience nécessaire afin de tenter de stabiliser la situation.

TEPCO, le propriétaire de la centrale, a proposé de vidanger dans l’Océan Pacifique, toute l’eau contaminée utilisée lors du refroidissement quotidien des réacteurs. L’entreprise est incapable de traiter cette eau qui s’accumule de jour en jour.

Du côté technique, cette dernière année, un robot a réussi à retirer quelques grammes du corium (combustible nucléaire fondu). C’est un bon début. Il n’en reste plus que 500 tonnes.

Du côté de la santé, les études réalisées depuis la catastrophe documentent une exposition des cas de cancers notamment chez les enfants. Normalement, tous ces détails seront réglés d’ici au 24 juillet 2020 date de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Tokyo.

Les coûts de la décontamination de la centrale pourraient atteindre plus de 640 milliards $ (voir vidéo ci-dessous)

À Fukushima, le coût faramineux de la décontamination nucléaire. France24

 

Afrique

Libye

Au moins 19 personnes ont été tuées dans le Sud de la Libye dans des combats avec le Khalifa Haftar (Armée Nationale Libyenne, LNA) pour la possession de champs pétroliers. A Murzuq, la LNA a gagné sa première bataille pétrolière. Si cette information est vérifiée, elle pourrait expliquer le temps nécessaire afin de reprendre l’extraction de 300’000 b/j.  La fermeture aurait coûté 1,8 milliard $ au pays.

Le Général Haftar, 75 ans, semble prendre l’ascendant sur le pays notamment grâce à l’aide des Emirats Arabes Unis et l’Egypte. L’objectif est refaire régner l’ordre dans un pays divisé oar une multitude de milices et de peuplades.

 

Phrases du mois

En arrivant il y a 6 ans au conseil d’Etat vaudois au département des infrastructures, je m’attendais à gérer des réseaux routiers, ferroviaires et des navettes lacustres mais pas des questions telles que la voiture autonome ou les drones ambulance“. Nuria Gorrite, Conseillère d’Etat Vaudoise.

The full impact of the shale revolution is yet to be seen. It is now coming. Because the first wave of oil and gas shale was mainly used domestically, to replace imports. The second wave of production is going to be used to export US oil and gas [to] several nations around the world. And this will have a major impact on the established oil and gas market order.”  Fatih Birol, Director IEA

While most forecasts see peak oil demand at some point in the 2030s, the oil industry still sees itself as being relevant for decades to come.” Amin Nasser, PDG Saudi Aramco.

L’assertion de la maîtrise de l’humain sur le Monde est pratiquement balayée par la montée des eaux et des tempêtes d’une puissance sans précédent.” Stephanie Wakefield.

 

Sources: avec Tom Whipple d’ASPO USA et Resilience.org, FT.com, l’humour de Thomas Veuillet Investir.ch et toutes les informations récoltées minutieusement dans différents médias à travers le monde.

Pourquoi l’avenir pétrolier des USA dépend du Venezuela

La malédiction du pétrole s’illustre une fois de plus. Cette fois c’est le Venezuela qui en fait les frais. Si pour le grand public, l’image d’un gouvernement incapable et corrompu a été vendue, la partie non visible de l’iceberg révèle un enjeu pétrolier extrême. Actuellement dans les mains de la Chine et de la Russie, les Etats-Unis ont la cruelle nécessité de s’approprier cet or noir.

Même si les USA sont devenus les plus grands producteurs pétroliers au monde, la mauvaise qualité de leur pétrole les oblige à incorporer le brut extra lourd du Venezuela pour produire du kérosène ou du diesel.

Sans ce pétrole, qui s’épuise, la suprématie énergétique des USA ne tient qu’à un fil.


Le Dilemme Américain

Grâce au pétrole de schiste, les USA sont devenus le plus grand producteur pétrolier au monde. Si la légèreté du schiste convient à merveille pour la pétrochimie, les pesticides ou le plastique, le diesel et le kérosène nécessitent de le mélanger à un brut plus lourd. Pour produire ces carburants, les raffineries du pays importent plus de 500’000 barils/jour de brut extra lourd du Venezuela.

Le Canada pourrait venir en aide à Washington, mais les capacités limitées des transports et les coûts importants des sables bitumineux de l’Alberta freinent le processus.

Pour ne pas se tirer une balle dans le pied avec les lourdes sanctions financières, imposées par le président Trump au régime Maduro, les USA continuent d’accepter les livraisons de brut mais déposent les payements sur des comptes bloqués. Qui entre Caracas et Washington pourra tenir le plus longtemps, la question est posée.

 

26% du pétrole américain peut être raffiné.
Le restant 74%, doit être mélangé avec du brut lourd ou exporté.
Source: EIA

 

Trump : une pierre plusieurs coups

La stratégie du Président Trump repose sur plusieurs piliers : l’opinion publique, les élections de 2020 et l’argent.

Donald Trump fustige les dérives et l’incapacité d’un gouvernement «socialiste» en soulignant la précarité du peuple vénézuélien et le manque d’investisseurs. Ce message fait une pierre deux coups. A l’interne, il permet d’entrer en frontal avec les candidats démocrates «ouvertement socialistes» aux élections de 2020 et à l’externe de scinder le monde entre les méchants et les gentils.

Cette perception est renforcée par l’envoi d’une aide humanitaire, qui a pris une tournure de communication hollywoodienne, alors qu’elle devrait être organisée de manière neutre et indépendante. Cette suspicion de Cheval-de-Troie a été renforcée par, John Bolton, le Conseiller à la sécurité nationale. Son bloc-notes a dévoilé : “5’000 soldats américains en Colombie.”

 

Sur le bloc notes de John Bolton:
“5’000 soldats américains en Colombie.”

 

De manière plus discrète, le même John Bolton travaille sur le véritable objectif d’un renversement du président Maduro par son protégé Juan Guaidó : le pétrole.

ExxonMobil et Chevron devraient reprendre les installations pétrolières du Venezuela et assurer l’approvisionnement des raffineries américaines. Les Français, Total, Anglais BP et Espagnol Repsol sont également impliqués dans cette réflexion d’où la coopération immédiate du Président Emmanuel Macron et des Premiers Ministres Theresa May et Pedro Sánchez.

Nous discutons actuellement avec de grandes entreprises pétrolières américaines. Cela ferait une différence si nous pouvions faire en sorte que des entreprises américaines produisent le pétrole au Venezuela. Nous avons tous les deux un large intérêt. Ce serait une bonne chose pour le Venezuela et les habitants des États-Unis.” – John Bolton, Conseiller à la sécurité nationale (voir la vidéo sur Twitter)

 

Voir 5min40 secondes pour le pétrole

 

Peak Oil

A lui seul, le pays est en train d’illustrer le paradoxe pétrolier actuel. Le pétrole bon marché s’épuise et il devient de plus en plus onéreux d’extraire un baril.

Membre de l’OPEP, le Venezuela possède potentiellement les réserves pétrolières les plus importantes au monde et ses rentrées économiques sont à 96% assurées par cette manne.

Historiquement, le Venezuela ne s’est jamais remis de la crise de sa monnaie et de sa dette des années 80-90. Les régimes drastiques imposés par le FMI et la Banque Mondiale n’ont finalement réussi qu’à monter la population appauvrie contre le président de droite Rafael Caldera.

Le libéralisme porté par les américains devait permettre de revitaliser le secteur privé et attirer les investisseurs internationaux. Pour tenter d’augmenter la production pétrolière, Caldera privatisa le secteur pétrolier. Malgré les efforts, le Venezuela a atteint son peak oil en 1997 avec 3,5 millions b/j.

Quand Hugo Chavez prit le pouvoir en 1999, la production avait déjà diminué de 1 million b/j. et la corruption ravageait le pays.

Aujourd’hui, avec l’illusion d’être assis sur une richesse pétrolière, le blâme se porte essentiellement sur le modèle économique socialiste des gouvernements Chavez et Maduro.

Il n’y a aucun doute que les erreurs de casting et la corruption ont endommagé l’extraction du précieux liquide. Mais la grande partie de l’or noir vénézuélien nécessite d’énormes quantités d’argent, des techniques avancées et un management professionnel. Tant que le baril tenait au-dessus de 100$, l’équation pouvait se résoudre. Avec la chute du baril en 2008 et en 2014, le Venezuela subit le même sort que l’Union Soviétique dans les années 1990.

Si aux USA, le pétrole de schiste ou les sables de schiste canadiens ont vu affluer, à perte, des milliards $ d’investisseurs étrangers comme des fonds de pension européens, les banques privées ou la Banque nationale Suisse, le Venezuela n’a pas eu autant de chance.

Au contraire, Caracas a dû continuellement se battre contre la justice et les fonds vautours (ex: Crystallex ou Pharo Gaia Fund Ltd) d’investissements américains pour rembourser, avec des taux indécents, les prêts effectués. Dans ce désastre financier, de Bush à Obama, Washington aura tout fait pour tendre vers la situation actuelle.

Ainsi, de 1998 à 2013, Chavez n’a pas réussi à saisir l’importance d’injecter de l’argent dans le système pétrolier. Il a dévié cet argent pour son usage propre mais aussi pour réduire la pauvreté en passant de 55 à 34%, à instruire 1,5 million d’adultes et avec l’aide de docteurs cubain à d’offrir là 70% de la population un système de santé gratuit.

Dès que le baril à chuté en juin 2014, le gouvernement s’est retrouvé à court d’argent pour soutenir la production pétrolière et ses programmes sociaux.

Le retour de manivelle fut édifiant avec plus de 3,5 millions de vénézuéliens obligés de s’expatrier pour simplement manger. En quelques années, le pays est tombé en ruine.

 


Moyenne de la Production pétrolière Venezuela depuis son peak oil en 1997.
Source EIA

 

Indépendance pétrolière

Demain, celui qui sera en charge du Venezuela héritera d’un pays dont l’agonie n’égalera que la vitesse de la baisse de sa production pétrolière.

Si pour la Russie et la Chine les risques se résument par la perte de plusieurs dizaines de milliards $ de créances et d’actifs ainsi que d’influence en Amérique Latine, le président Trump doit absolument garantir l’importation de brut conventionnel ou très lourd pour assurer la production de carburants pour ses camions et ses avions.

On pensait les petites nations plus vulnérables aux variations pétrolières. La position très inconfortable des USA démontre ce changement de paradigme. Nous produisons de plus en plus de pétrole, de moins en moins bonne qualité mais de plus en plus cher. L’équation n’a pas de solution dans le système économique actuel.

La vitesse à laquelle le Venezuela s’est écroulé, ne peut que nous inciter à trouver une indépendance pétrolière sous peine de subir le même sort.

Serions-nous tous en passe de devenir Vénézuéliens?

 

Les 3 plus grandes importations de pétrole, des raffineries américaines du Sud des USA
en milliers de barils par jour


Source: RBC Capital Markets

 

L’OPEP tente de repousser les prix du pétrole vers 70-80$

La réunion des membres de l’OPEP a entériné une diminution de 1% de l’extraction mondiale de pétrole à -1,2 million de barils par jour. L’objectif est de freiner la chute des cours de 87 à 58$ le baril (-33%) des deux derniers mois pour remonter dans une fourchette de 75 à 85$.

Pour le cartel, cette base devrait permettre des rentrées suffisantes de pétrodollars, de soutenir la croissance pour maintenir la demande de pétrole et de freiner les investissements dans les énergies renouvelables. A ce petit jeu, chaque pays défend ses propres intérêts.

Ne serait-il pas le moment d’envisager une transition hors des griffes du pétrole?


 

Depuis 2006, les variations extrêmes du baril déstabilisent autant les producteurs que les pays importateurs de pétrole.

C’est la deuxième fois depuis 2014 que l’OPEP doit intervenir de manière aussi vigoureuse. De 100$, les cours étaient descendus à 40$ en quelques mois. Aujourd’hui, la potion magique est la même: réduire l’offre.

Cette fois, ce sont les décisions à l’emporte-pièce de Donald Trump face à l’Iran qui ont totalement déstabilisé l’industrie pétrolière mondiale. D’un embargo total, Washington a lâché du lest à la dernière minute, en vue des élections de mi-mandat.

Dans les faits, Donald Trump terrasse tous les fondamentaux pour imposer sa vision à très court terme et assurer sa prochaine réélection en 2020.

 

Quel est le juste prix du baril ?

Les USA

Donald Trump souhaite des tarifs pétroliers sous la barre des 50$. Cela permet d’offrir à son électeur, Joe America, un carburant bon marché, ainsi que de stimuler l’activité industrielle et l’économie nationale. Ces trois facteurs pourraient lui accorder un second mandat.

Quant aux monstrueux déficits de l’extraction de pétrole de schiste, les Blackrock, JP Morgan, Wells Fargo, Bank of America, UBS, Credit Suisse, etc. sont passés maître pour exporter les pertes américaines à des institutions financières étrangères comme la Banque la Banque Nationale Suisse ou les fonds de pensions des retraités européens.

Qu’importe que le baril soit à 50$ et que les producteurs de schiste perdent des centaines de milliards $. Tant que leurs managers sont massivement payés et que des milliers d’emplois sont générés aux USA, le «Make the America Great Again» triomphe.

Un baril à 50$ permet également de limiter et de contenir l’implémentation des solutions renouvelables dévastatrices pour les énergies fossiles et pour la doctrine Trump.

 


Avant la réunion de l’OPEP, le président Trump a fait pression sur le cartel
dans le but de ne pas diminuer l’offre

 

Les Pays producteurs

Les pays producteurs privilégient un baril entre 70-90$ afin d’équilibrer leurs budgets. Le train de vie de l’Arabie Saoudite nécessite un baril supérieur à 80$. Plus frugale, la Russie, , peut se contenter d’un baril à 43$. Le surplus n’est que confort et bénéfice.

Le Venezuela, l’Iran, l’Irak, la Libye ou le Nigeria prient pour que la fourchette supérieure devienne la norme tant leurs besoins financiers sont importants.

Un baril à 80$ permet également aux pétroliers de pouvoir investir dans l’exploration pétrolière afin de remplacer les gisements qui s’épuisent. Durant cette dernière décennie, les coûts d’extractions sont passés de 5$ le baril à plus de 70$. L’industrie doit forer de plus en plus profond pour extraire du pétrole de moins en moins riche.

 

Les pays importateurs

Comme les membres de l’OPEP, les gouvernements des pays importateurs bénéficient aussi de la bénédiction du pétrole, via des taxes qui génèrent de substantiels revenus. A cet égard, la décision du cartel est une bonne nouvelle. Le montant optimal du baril raisonne le mieux dans la fourchette 80-90$.

Mais attention, au-dessus de 100$, le pétrole détruit tant la croissance économique que la demande de carburants. Comme le montre la crise de 2008, l’Economie est incapable de supporter un baril à plus de 140$.

 

Sortir du pétrole

La décision de l’OPEP de réduire l’offre implique directement la vie de tous les citoyens de la planète. La volonté du cartel de garder l’hégémonie du pétrole sur les autres énergies est compréhensible. Paradoxalement, on retrouve également cette même volonté au sein des pays importateurs.

Cependant, les variations extrêmes des prix du baril doivent nous inciter à effectuer une transition énergétique et une sortie rapide des produits pétroliers. Ces variations sont les premiers effets du peak oil et elles ne vont que s’amplifier, tout comme les changements du climat.

Une première étape pourrait demander l’interdiction de financement de projets pétroliers par les institutions financières publiques. Durant les deux dernières années, les banques françaises ont investi, à l’étranger, plus de 43 milliards € dans le pétrole.

En Suisse, le président de la Confédération, Alain Berset, a annoncé frs 120 millions de francs d’investissements dans les projets de réduction de CO2, majoritairement à l’étranger. Si au lieu d’utiliser les impôts des citoyens, il avait tout simplement régulé les investissements des fonds de pensions des caisses publiques, de l’UBS, du Crédit Suisse ou de la Banque Nationale Suisse, les bénéfices seraient répercutés sur l’entier du pays et pas uniquement aux USA. Cela aurait éventuellement permis à la BNS d’éviter de perdre des milliards $ dans ses investissements pétroliers au pays de Trump.

Combien de temps encore, la poudre de perlimpinpin va-t-elle résister aux turbulences pétrolières?

 

Marketing Climatique: Les Banques à la pointe

A l’image de la Banque Nationale Suisse, les chartes éthiques ou environnementales sont devenues “très tendance” auprès des institutions financières. Qu’importe si les directives ne sont pas respectées ou mises en pratique, le marketing climatique sonne toujours très bien auprès du public et du politique.

Si la BNS est championne dans sa catégorie, la concurrence est féroce. Dans cette compétition, il faut souligner les efforts de la Société Générale.

Ainsi, la banque française a publié son «rôle dans la lutte contre le changement climatique». Le texte veut faire penser que la banque est désormais un modèle d’écologie et de sobriété.


 

Une orientation pétrolière et gazière marquée

En réalité, la Société Générale joue un rôle important dans le financement de l’industrie gazière au niveau mondial ainsi que dans les exportations de gaz de schiste américain vers la France et le reste de l’Europe.

Avec 2,4 milliards de dollars investis dans les entreprises développant des projets de gaz de schiste en Amérique du Nord, elle est la 7e banque internationale et la 1ère française dans ce secteur.

En même temps, elle est encore loin des 5 milliards $ investis par la Banque Nationale Suisse pour soutenir le programme de Donald Trump dans les énergies fossiles.

 

Un conseil d’administration dévoué aux énergies fossiles

Ainsi le conseil d’administration de la Société générale est représenté par son nouveau président Lorenzo Bini Smaghi, également président du conseil d’administration d’Italgas, le leader italien de la distribution urbaine de gaz, et ancien président du groupe italien Snam, l’un des principaux exploitants de gazoducs d’Europe.

S’y ajoutent Robert Castaigne, ancien cadre pétrolier de Total et administrateur de Novatek, l’entreprise gazière russe qui développe Yamal LNG, et Gérard Mestrallet, ancien PDG d’Engie, l’entreprise héritière de Gaz de France.

On ajoute Alexandra Schaapveld, également membre du conseil de surveillance de deux entreprises parapétrolières, la française Vallourec et la malaisienne Bumi Armada Berhad.

La Société Générale affiche 46,4% de sources renouvelables dans les énergies et des projets d’électricité qu’elle finance. Pour arriver à ce chiffre, elle comptabilise l’énergie nucléaire comme une énergie «renouvelable». Ce raccourci est certainement dû à la présence dans son conseil d’administration de Jean-Bernard Lévy, l’actuel PDG d’EDF et à la tête de plus de 50 centrales nucléaires.

 

Ainsi, sur les 12 membres du Conseil d’Administration, on peut aisément imaginer l’importance donnée à la charte environnementale du groupe par les 5 représentants des énergies fossiles. Mais tant que le public y croit…

 

Aves les sources et les recherches de Mathieu Paris et Olivier Petitjean sur MultiNationales.org

Pétrole de Schiste Américain: La tempête avant le calme

La poussée de fièvre à 70$ du baril est une excellente nouvelle pour les producteurs américains de pétrole de schiste. Après des années de pertes abyssales, ils pourraient enfin voir la fin du tunnel et générer des profits.

Cependant, cette lueur arrive au moment où les signes avant-coureurs d’un pic de pétrole de schiste aux USA émergent. Au lieu de temporiser et de thésauriser le précieux liquide dans le sol, les pétroliers ont préféré l’extraire immédiatement. Ironiquement, le calme temps revenu, c’est le schiste russe qui pourrait engranger les bénéfices.


Les années folles du schiste

Depuis 2006, les producteurs de schiste ont réalisé des prouesses pour convaincre Wall Street d’investir dans leur industrie. Après la crise de 2008 marqué par une pénurie de pétrole, l’émergence de ce nouvel or noir a permis de balancer l’offre et la demande, de faire chuter les prix et de relancer la croissance.

Mais durant cette dernière décennie, les investisseurs ont perdu plusieurs centaines de milliards $ devant l’incapacité des exploitants à forer à des coûts raisonnables.

Selon la Réserve Fédérale Américaine, le schiste US nécessite un baril à plus de 60$ pour atteindre le seuil de rentabilité. C’est chose faite depuis le début de l’année. Si le pétrole se traite à 70$ en Europe, il atteint les 64$ sur les marchés américains et la tendance est à la hausse.

On peut se demander pourquoi les pétroliers américains n’ont stratégiquement pas attendu la hausse des marchés pour exploiter leurs gisements. La question est également ouverte pour les investisseurs qui ont déversé à grande perte leur deniers.

 

Peak oil de schiste ?

Ainsi après une exploitation intensive, le schiste américain est en train de montrer des signes d’épuisement. Si la durée de vie d’un forage de pétrole conventionnel se calcule en décennies, deux à trois ans est la moyenne pour le schiste.

Le dernier et le plus prometteur des gisements, le Bassin Permien, est en croissance avec 129,58 milliards de litres extraits en 2017 soit 5 milliards de plus qu’en 2016. Ainsi les 2,75 millions de barils/jour (b/j) devraient booster la production américaine totale à 10,5 – 11 million b/j dans l’année à venir.

Mais dans les autres régions du pays, la vague est passée. Les statistiques n’indiquent aucune progression dans les gisements du Bakken, de Niobrara ou d’Anadarko. La croissance de schiste ne repose plus que sur le Bassin Permien et celui d’Eagle Ford.

Pour retarder l’issue fatale, les producteurs ont réussi à grappiller les dernières gouttes et à allonger la durée de vie des gisements grâce à de nouvelles techniques comme l’extension des forages à l’horizontal ou l’ajout de quantité énorme de sables pour faciliter la fracturation des roches.

Ces innovations ont permis l’allongement de la durée de vie de quelques mois, histoire de couvrir les coûts supplémentaires. Ainsi, bien que plus de pétrole soit extrait, le bilan financier n’est pas forcément meilleur.

 

Production des gisements de schiste aux USA
Source EIA

Les points de vue divergent sur le pic de schiste US, mais la fourchette converge vers 2019 et 2025. De son côté l’Agence Américaine de l’Energie ne voit pas de pic avant 2040. Mais son enthousiasme a souvent été rattrapée par la réalité du terrain.

Les exploitants, qui ont navigué dans la tempête pendant des années, se retrouveront à sec au moment de récolter les fruits.

 

Le Schiste Russe gagnant ?

Si l’Argentine ou la Chine font figure de nouvel eldorado du schiste, les quantités restent limitées.

C’est du côté de la Russie et des formations de Bazhenov que les regards se tournent.

A cause de l’embargo et privé du savoir-faire américain, les Russes ont pris un retard technologique important. Aujourd’hui, alors que les cours du baril montent, ils sont enfin prêts pour débuter l’extraction. Si les prix se maintiennent, ils pourront faire le plein de pétrodollars.

D’autant qu’a contrario des américains, qui ont compté sur les investisseurs privés, c’est à l’Etat Russe que cette manne devra être reversée.

 

 

La BNS en phase avec le “tout Pétrole, Gaz et Charbon” de Donald Trump

Le président Trump a fait de l’utilisation des énergies fossiles le cœur de sa doctrine. L’objectif est ambitieux: exercer la «Dominance Energétique» américaine sur le reste du monde en produisant un maximum de gaz, de pétrole et de charbon pour stimuler son Economie.

Pour mettre son projet à exécution, le Président a besoin d’énormes ressources financières. Pour se faire, il s’est attaché les services de nombreux pétroliers et de banquiers de Goldman Sachs. Il peut également compter sur des alliés de poids qui adhèrent pleinement à cette stratégie comme… la Banque Nationale Suisse!

Les investisseurs? C’est justement ce qui fait cruellement défaut au projet Trump. En 2016, les compagnies pétrolières américaines avaient réussi à vendre pour 34,2 milliards $ d’actions. Durant les 9 premiers mois de cette année, le montant grimpe à peine 5,7 milliards $ selon l’agence américaine Dealogic.

                                                                             .

La BNS passe de 2,2 à presque 5 milliards $ d’investissements dans le fossile nord américain!

Dans ses coffres, la Banque Nationale Suisse détient un montant record qui frise les 5 milliards de dollars d’actions dans des entreprises pétrolières, de charbon, d’uranium, de sables bitumineux, de gaz et de pétrole de schiste, basées en Amérique du Nord!

Depuis l’arrivée de Donald Trump en janvier 2017, la Direction de la Banque a encore injecté plus de 400 millions $ pour acheter 10 milliards d’actions dans les entreprises recommandées par le Président Américain.

Les investissements d’énergies sales de la BNS avaient été dévoilés par votre serviteur en juin 2015. Le sujet avait également été soumis aux Assemblées Générales 2016 et 2017 de la Banque, sans qu’aucun Canton Suisse (tous actionnaires de la BNS) ne trouve matière à redire.

Si en décembre 2015, la BNS cumulait 2,270 milliards $ pour 50 milliards d’actions dans ces domaines d’activités, elle arrive, à fin juin 2017, à 90,17 milliards d’actions (+180%) pour un montant de 4,915 milliards $ (+216%).

Suite à la chute des prix du baril de pétrole, les pertes liées aux investissements de la BNS dépassent 1,5 milliards $. La Banque n’a jamais confirmé ou contesté les chiffres présentés.

Il est à relevé que dans sa directive d’investissements, la Banque Nationale Suisse indique ne pas vouloir “investir dans des entreprises qui produisent des armes prohibées par la communauté internationale, qui violent massivement des droits humains fondamentaux ou qui causent de manière systématique de graves dommages à l’environnement”.

Thomas Jordan, Fritz Zurbrügg et Andréa Maechler, les trois membres de la direction générale de la BNS, ont touché au total 2,75 millions de francs de salaire en 2016.

 

Investissements de la BNS dans les entreprises américaines
Pétrole, Charbon, Uranium, Gaz aux USA

Montants en US$

Pétrole 2017: Trump, Poutine et l’OPEP

Si les Economies occidentales exigent un prix du pétrole bon marché afin de relancer la croissance, à l’opposé, les pays producteurs misent sur un baril cher pour colmater leurs budgets et soutenir les investissements nécessaires à l’exploitation future d’or noir.

Parmi la myriade de facteurs qui influencent les cours du pétrole, trois acteurs devraient faire l’actualité en 2017: Trump, l’OPEP et la Russie.

Paradoxalement si l’OPEP rêve d’une réduction de l’offre d’au moins 1,8 million de barils par jour (b/j), de son côté @realDonaldTrump aimerait pousser l’extraction pétrolière américaine à un niveau « great again ».

 

Retour au rêve américain des années 50-60

L’arrivée inattendue des sables bitumineux canadiens et du schiste américain ont été en partie responsable de l’écroulement des cours. En 2016 rien qu’aux USA, 114 entreprises pétrolières ont fait faillites engloutissant 74,2 milliards $ pour le grand malheur des investisseurs.
C’est dans cette ambiance morose que l’équipe pétrolière, mise en place par le nouveau président, va tenter de s’appuyer sur le pétrole pour stimuler l’économie et l’emploi comme à la grande époque des années folles.

Sans encore connaître le programme exact, il n’est pas illusoire de penser que les faucons de la nouvelle administration vont s’employer à passer leur temps à détricoter les réglementations d’Obama qui ralentissent l’exploitation des énergies fossiles, et tenter d’élargir les horizons notamment en haute-mer ou en Arctique.

Si le charbon semble être financièrement condamné par le gaz et les énergies renouvelables, les groupes environnementaux vont s’employer à freiner des quatre fers pour retarder les ambitions des puissants lobbies pétroliers.

A force de réduire les salaires, de torturer les sous-traitants, de se débarrasser à la sauvette des produits chimiques et avec les prochaines faveurs promises par Trump, un pétrole à 60$ pourrait devenir le nouveau seuil de rentabilité pour les producteurs de schiste américain. Mais combien de gisements profitables restent-ils avant de s’attaquer aux champs de 2 et 3ème catégorie. La réponse divise.

Quoi qu’il en soit, les USA produisent 8,8 millions b/j (idem à 2014) et consomme plus de 19 millions b/j. Pour combler ce trou, Donald Trump va devoir assurer les importations et trouver de nouveaux partenaires.

Jusqu’où les USA seront-ils prêts à aller pour sécuriser du pétrole en terre étrangère d’autant que la Chine termine de racheter les derniers gisements prometteurs et que les deux tours du World Trade Center n’existent plus?

 

La Russie

Une partie de l’équation pourrait résider en Russie, le nouvel eldorado pétrolier. Le pays posséderait les deux plus grands gisements de pétrole encore à exploiter dont les réservoirs de schiste de Bazhenov en Sibérie ainsi que sous les glaces de l’Arctique.

A Washington, l’intérêt américain est à peine voilé avec l’engagement de Rex Tillerson, ex CEO d’ExxonMobil. Avec la technologie US, les Russes gagneront un temp précieux et la possibilité d’éloigner la Chine de ces ressources énergétiques doit sonner comme une douce musique aux oreilles de Trump. De son côté, ExxonMobil, qui voit sa production pétrolière diminuer d’année en année, tient là une opportunité de redorer son bilan.

Quant à la rivalité Américano-Russe, ne nous méprenons pas. Le mariage énergétique entre les deux superpuissances est déjà consommé. L’uranium russe fait fonctionner la moitié des réacteurs nucléaires civils américains.

Ressources de pétrole de Schiste par pays en milliards de barils
Source: EIA – Financial Time 2016

L’OPEP

A l’opposé de la stratégie américaine, l’OPEP veut réduire de 1,8 million b/j l’offre pétrolière.
Durant les fêtes de Noël, les ministres concernés ont laissé éclater leur enthousiasme sur la faisabilité de cet objectif et de la prochaine remontée des prix. Cependant, il est permis d’avoir certains doutes, car la solidité financière de la majorité de ces pays montre autant d’assurance qu’un concert de Maria Carey 15 minutes avant le réveillon. L’envie de pomper un peu plus pour arrondir les fins de mois est tentante.

Dans ce plan élaboré en décembre par l’Arabie Saoudite, trois pays majeurs de l’OPEP ont reçu un laisser-passer: le Nigeria, la Libye et l’Iran.
Alors que la Libye ne produisait que 300-500’000 barils/jour à l’automne, l’accalmie politique a consolidé le flux qui est brusquement remonté à 600’000 b/j en décembre. Pour autant que les différentes factions s’accommodent de cette situation, le nouvel objectif de 1,1 million pourrait sacrément contrecarrer les plans de Ryad.

Après une année 2016, parsemée d’explosions et de sabotages d’installations pétrolières, le Nigeria retrouve un calme relatif. Si les milices continuent d’être rémunérées, elles pourraient abandonner les explosifs en échange de cash. Là aussi, 300’000 b/j supplémentaires pourraient retrouver les marchés dans les mois qui viennent.

La grande inconnue de l’équation réside en Iran et bien malin qui peut connaître le destin pétrolier 2017 du pays. Après un départ en fanfare et une production en très forte hausse qui friserait les 4 millions b/j, un plateau semble être atteint. Les milliards de dollars nécessaires à la mise à jour des installations et l’apport technologiques des majors internationales se font toujours attendre. Il faudra attendre la prochaine élection présidentielle iranienne du 19 mai et le statu dans sanctions américaines pour y voir un peu plus clair.

 

Une année 2017 passionnante

L’arrivée de l’équipe Trump et les nouvelles synergies entre Russes et Américains pourraient avoir l’effet d’un éléphant dans un magasin de porcelaine. Dans l’industrie pétrolière, le dérèglement d’un battement d’aile peut avoir des conséquences inattendues, d’autant que la production mondiale à moyen terme est sur le fil du rasoir.

Avec plus de 50% des champs pétroliers qui ont atteint le peak oil, des investissements d’exploration rabotés à 500 milliards $ (+700 milliards $ en 2014) et de nouvelles découvertes au plus bas depuis 70 ans, on ne peut que retenir son souffle et croiser les doigts une fois que l’engorgement actuel se tarira.

L’année 2017 et les suivantes s’annoncent passionnantes.

Energies, Pétrole et Peak Oil: Revue Mondiale Décembre 2016

Dans cette édition de l’inventaire mondial des Energies, vous trouvez:

– Chine: Entre pic de pollution et énergie
– USA: Trump une équipe Pétro-GoldmanSachso
– Russie: ExxonMobile intéressée à l’Arctique
– Pakistan: 10’000 chinois pour produire de l’électricité
– Schiste US: 114 faillites en 2016 et 57 milliards $ perdus
– Arabie Saoudite: Le Royaume se met au solaire
– Iran: Rush pour signer des accords avant l’arrivée de Trump.

Vous pouvez découvrir cette revue le 1er de chaque mois.


Bonne Année à tous et merci d’être aussi nombreux à suivre la fabuleuse aventure des énergies à travers le monde.

Sacré yoyo pour le pétrole. Après avoir passé par la case 26$, il a doublé pour remonter à 56,13$ à Londres (37,28$ à la fin 2015) et à New York 53.72$  (37,04$ fin 2015).

L’uranium semble avoir touché le fond du trou. Une livre vous coûtera presque le prix d’une pizza à 20.25$ (35,80$ fin 2015).

 

Monde

Décembre a été «anormalement» chaud, avec un écart à la norme 1981-2010 de près de 4 degrés. Au final, la température annuelle en 2016 a dépassé la norme 1981-2010 de 0,4 à 0,9 degré dans la plupart des régions de Suisse.

Annus horribilis pour les super tankers qui transportent plus de 2 millions barils. Le revenu (pas le bénéfice) est passé à 25’000$ par jour soit une baisse de 12% depuis juin. Il en faut du cash pour acheter les 300’000-500’000 lt de pétrole quotidien pour faire tourner ses hélices.

pour terminer cette année en compagnie de Mix-Remix
qui nous a quitté en ce mois de décembre

Europe

Russie

Tex Tillerson, CEO d’ExxonMobil, a rejoint l’équipe Trump. Avant cela, Exxon avait contourné l’embargo pour négocier l’exploration pétrolière dans l’Arctique Russe. Est-ce que le nouveau négociateur en chef échangera l’Ukraine contre le pétrole de l’Arctique?

La Russie qui a produit 11,23 millions b/j en octobre et 11,21 millions b/j en novembre devrait réduire sa production de 300’000 b/j dès janvier pour satisfaire les quotas demandés aux non membre de l’OPEP. Il y a tellement d’ambigüité dans cet accord que la porte reste grande ouverte pour garder le statu quo. Officiellement, la réduction se fera graduellement et Moscou mettra sur pied une commission qui constatera cette baisse. On ne sait pas encore si une autre commission surveillera cette commission.

Gazprom Neft a débuté ses forages en Arctique avec l’aide d’un brise-glace. Le bateau devrait servir d’assistance à la plateforme, d’opération de secours, de bateau pompier et également de réparateur de marée-noire. Grande responsabilité pour un si petit bateau.

Glencore, basé en Suisse et le fonds souverain du Qatar s’offrent une partie du géant russe du pétrole Rosneft. La Russie leur a cédé 19,5% de son capital. L’opération, sans précédent dans ce secteur, rapportera quelque 10,2 milliards d’euros (11 milliards de francs) aux caisses du gouvernement. L’Etat conservera un peu plus de 50% de Rosneft. Le Qatar et Glencore sont réunis à égalité dans un consortium. Le britannique BP détient également une participation.

Suisse

Par le plus grand des hasards, la Conseillère Fédérale Doris Leuthard, opposée à la votation sur l’arrêt des centrales nucléaires d’ici à 2030, aura attendu la fin de la votation pour publier l’étude sur les coûts du démantèlement des centrales nucléaires et de la gestion des déchets : total +10% à 22,8 milliards CHF. La bonne nouvelle c’est qu’il manque encore 11 milliards dans le fonds prévu par les propriétaires de centrales. La même Doris s’est fait vilipendée par le Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence justement pour son manque de transparence relative aux questions énergétiques et nucléaires.

Axpo, le producteur d’électricité, annonce une perte de 1,25 milliards CHF dont 600 millions disparus dans le trading. On ne sait pas si les traders sont vraiment nuls ou si cela relève d’une stratégie planifiée. Certains indices penchent pour la deuxième option.

De plus, Axpo sur-amorti ses actifs afin de péjorer artificiellement la valeur de l’entreprise. Est-ce que cette technique ne vous rappelle pas Swissair ? Je dis ça mais je ne dis rien.

Axpo va créer une deuxième entité qui regroupera les activités sans risques : renouvelables & services pour laisser les centrales à gaz et les centrales nucléaires dans l’entité actuelle aux mains des pouvoirs publics. Le Président du conseil d’administration a proposé de virer les actionnaires  (les pouvoirs publics) du Conseil d’Administration et de les remplacer par de vrais professionnels comme chez Alpiq.

Les Amériques

Mexique

Pendant que Trump fait joujou avec le mur mexicain et la Chine, Pékin a gagné 2 ventes aux enchères organisées par le Mexique. Les 2 concessions pétrolières représentent les plus beaux bijoux du pays en eaux profondes du Golfe du Mexique. Pied de nez, CNOOC a acheté un champ pétrolier situé à 6,5 km des frontières américaines en misant 6 fois plus que la mise de départ. En vendant 10 lots, le gouvernement mexicain entrera 41 milliards $ sur la durée des contrats.

Les autres champs ont été remportés par BP, le norvégien Statoil, le français Total (qui a également remporté 2 champs), Chevron et ExxonMobil. Shell semble être le plus petit gagnant.

Le pays a accordé 9 contrats d’exploration pétrolière à des compagnies étrangères. Une première pour le pays. Les 9 champs devraient produire 900’000 b/j qui devraient s’ajouter aux 2 millions b/j actuels. C’est la China Offshore Oil Corporation qui a gagné le plus grand lot.

 

USA

En 2017, Google n’utilisera plus que de l’électricité provenant des énergies renouvelables. Actuellement, Google possède 2600 MW d’électricité verte soit 10 fois plus que ses besoins de 2010. En 2015, l’entreprise consommait 5,6 terrawatts heures soit de quoi alimenter la ville de San Francisco. L’entreprise s’est lancée dans ce projet pour des raisons environnementales mais surtout économiques. Les contrats conclus pour les 20 prochaines années sur l’éolien et du solaire sont moins chers que les prix du fossile.

Rex Tillerson, (Rex n’est pas le nom d’un tyrannosaure, mais d’un dinosaure) à la tête d’ExxonMobil, a été nommé Chef de la Diplomatie. On pense que la politique étrangère des USA ne sera absolument pas biaisée sur le sujet du pétrole. Comme depuis 25 ans d’ailleurs. Simplement que là, ce sera encore mieux.

Chevron va investir 19.8 milliards $ en 2017. C’est la 4è année consécutive de baisse d’investissements pour la major pétrolière (-42% depuis 2015).

Le nombre de forage remonte à 498 (316 en mai 2016) alors que 1’609 étaient en activité en juin 2014.

Schiste
Bonanza Creek Energy, Inc, Memorial Production Partners LP, Forbes Energy Services sont les dernières entreprises de schiste à entrer dans la liste des 114 entreprises qui ont fait faillite cette année pour un montant de 57 milliards $. Voici la liste dans le rapport de Haynes Boone.

Avec la vente de 450 millions $ de certains champs, Chesapeake Energy, Oklahoma, recherche 750 millions $ pour pouvoir repayer sa dette de 1,2 milliard $. Des investisseurs volontaires ? Si oui, contacter la Banque Nationale Suisse gros actionnaire de cette entreprise pionnière dans le schiste.

Rice Energy a reçu une amende de 3,5 millions $ pour avoir enfreint les lois sur 10 forages et 6 pipelines. Dès l’année prochaine, l’entreprise pourra vaquer à ses occupations sans plus se soucier de l’environnement grâce à la venue de Trump.

Rick Perry prochain directeur du département de l’énergie USA, département qu’il voulait supprimer en 2012.

 

Canada

Alors que l’équipe du président Trump a demandé la liste de toutes les personnes qui ont participé aux négociations sur le climat, certains canadiens ont proposé aux scientifiques américains de backuper leurs recherches et leurs données en-dehors des USA de peur de voir disparaître une partie de ces documents.

D’un côté, le premier ministre Justin Trudeau a proposé un pacte sur le climat aux provinces canadiennes et de l’autre côté 2 pipelines ont été acceptés. Du côté de l’Alberta et des sables de schiste, la légère hausse des prix du baril relance déjà les projets. L’entreprise Cenovus va passer à la phase G à Christina Lake pour extraire 50’000 barils/jour alors que Canadian Natural relance l’extraction à Kirby North avec 40’000 b/j.

La Canadian Association of Oilwell Drilling Contractors prévoit une augmentation de 31% du nombre de forages à 4’665. En 2014, ce chiffre dépassait les 10’000.

 

Brésil

Petrobras, la compagnie pétrolière nationale, a conclu un accord avec la China Development Bank pour un montant de 5 milliards $. En échange, Pétrobras livrera 100’000 b/j pendant 10 ans à des prix  super minis.

Le géant français TOTAL a investi 2,2 milliards $ pour avoir accès à 2 champs pétroliers en haute mer.

 

Venezuela

Le pays, membre de l’OPEP, continue sa descente au point que le département américain a averti ses citoyens qu’il est dangereux de vivre ou de visiter le pays.

La compagnie pétrolière nationale a mis en gage sa participation dans US Citgo Oil. Cette entreprise était la dernière richesse et a été rachetée par la Russie. La production pétrolière devrait bientôt s’arrêter dans le pays.

Asie

Chine

Pékin a commandé 164 avions Boeing et la Chine aurait encore besoin de 6’000 avions supplémentaires durant les 20 prochaines années. Ce deal pèsera de tout son poids dans les discussions avec Trump surtout qu’Airbus fait tout aussi bien l’affaire.

La Chine continue de faire des emplettes et de rafler tout le pétrole qui reste à travers le monde. En cette fin d’année, le Brésil, le Kurdistan et Curaçao ont conclu des accords.

Un demi-milliard de chinois ont été affectés par une pollution géante qui recouvre 24 villes au nord-est du pays. L’alerte rouge est déclenchée lorsque le taux de pollution de l’air est trop important. Même les compteurs n’ont pas été prévus pour ce niveau. 217 vols ont été annulés le 20 décembre. Plus tôt dans le mois, les habitants de Chengdu ont manifesté pour que les politiques trouvent des réponses. Ils ont reçu une réponse musclée de la police. Le smog atteint son peak en hiver alors que les centrales à charbon carburent pour produire l’électricité des chauffages.

1’200 entreprises dans la région de Pékin ont dû cesser leur production pour limiter la pollution. Dès 2018 des taxes vont pénaliser les entreprises les plus polluantes. Le pays brûle annuellement 4 milliards de tonnes de charbon et 20 millions de nouvelles voitures rejoignent les routes.

Alors que les USA ont commencé à exporter leur pétrole, PetroChina a importé 2 millions barils en décembre. BP a également expédié 3 millions barils de schiste.

La Chine a abandonné son statut de plus grand propriétaire de la dette américaine. Pékin ne possède plus que 1 trillion 120 milliards $ (-41,3 milliards en octobre) ou 1’120 milliards $. Le Japon prend la tête avec 1’130 milliards $ de bonds américains. La raison est à chercher du côté de la volonté de Pékin de soutenir sa monnaie, le Renminbi, avec la vente de dollars.

Alors que l’air est toujours irrespirable à Pékin et d’autres villes, le gouvernement stresse l’importance de continuer une croissance en prenant compte l’environnement. En quelques années, la Chine a rapatrié chez elle la quasi-totalité des emplois mondiaux dans le domaine du solaire et elle réalise le même processus avec l’éolien.

Japon

Les plans pour retirer les 566 barres d’uranium dans le Réacteur 3 de la Centrale de Fukushima sont pour l’instant arrêtés. Initialement prévu pour janvier 2018 (il s’agit bien de 2018), un nouveau calendrier n’a pas encore été défini. L’opérateur Tepco a de la peine à enlever les débris radioactifs autours du réacteur.

Inde

L’Inde a demandé au Nigeria d’augmenter ses livraisons de pétrole de 20%. L’Inde est en train de suivre un chemin identique à la Chine avec l’augmentation de la consommation d’énergie.

Le Premier Ministre Modi a retiré du marché les plus grands billets de banque afin de limiter la corruption. Alors que le cash représente 80% des échanges, pour l’instant cette initiative freine l’économie. Les payements d’essence peuvent toujours se faire avec ces billets.

 

Pakistan

A son arrivée au pouvoir, Nawaz Sharif avait promis de diminuer les pannes d’électricité qui représentaient 12 heures par jour. C’est la Chine qui va s’occuper de cela avec 10’000 employés chinois qui sont en train de construire des centrales à gaz, charbon et hydro financées par Pékin à hauteur de 21 milliards $. Durant les 2 années, la production devrait augmenter de 10’000 Megawatts (+60%). La Chine se présente comme un acteur incontournable de l’Energie et fait face au géant américain GE.

Moyen-Orient

Il y a 40 ans, les exportations du Moyen-Orient étaient supérieures à aujourd’hui alors que la production de l’OPEP vient de toucher un record à 34,14 millions b/j. Magie? Est-ce encore un coup de Bolloré? Pas vraiment, la consommation interne des pays a été multipliée par 6 en 40 ans. De 1,5 million b/j en 1976, ils en consomment 9.6 cette année ce qui réduit la propension à l’exportation.

 

Arabie Saoudite

Ryad pense que le prix du baril va augmenter en 2017 et va faire «ce qu’il faut »  « whatever it takes » dans le texte pour que son souhait se réalise. Pour l’instant, l’Arabie continue de pomper à plein régime en direction de l’Asie et combattre ses concurrents (Russie, Iran, Irak) et diminue ses exportations en direction des USA.

C’est la première fois depuis la découverte du pétrole dans le pays, que le Royaume fait face à un défi de la sorte. Bien que le pays atteint un record de production (+11 millions b/j), il a été nécessaire creuser de nombreux nouveaux puits pour maintenir la production actuelle. Si l’on ajoute le fait que Ryad vend des actions de sa compagnie pétrolière nationale, on a comme l’impression que l’Arabie arrive au bout de quelque chose.

La vente de 5% des actions de la compagnie pétrolière nationale Aramco pourrait ramener 100 milliards $ dans les caisses de l’Etat. La détérioration des relations entre l’Arabie et les USA pourraient écarter les Loups de Wall Street de ce deal.

Alors que le pétrole rapporte de juteux profits, de plus en plus d’argent est nécessaire pour garder une certaine stabilité politique sur les 30 millions d’habitants. A 50$ le baril, les vrais coûts du pétrole, sont supérieurs aux coûts d’extraction.

Si la baisse de la production de Ryad sera remplacée par le schiste américain et le prix du baril stagne, le Roi Salman devra revoir sa copie.

Le gouvernement va encore augmenter les prix des carburants qui sont déjà passés de 15 ct à 20 ct le litre durant cette année.

L’avenir de l’Arabie semble passer par l’énergie solaire. Ryad va lancer une offre pour 500 Mégawatt durant Q1/2017. Les prix devraient atteindre les 3 ct kWh. En été, l’Arabie utilise plus de 900’000 b/j de pétrole pour générer de l’électricité pour l’air conditionnée.

Le pays essaie désespérément de diversifier son économie. Le Roi a inauguré un nouveau complexe minier de 35 milliards $ et désire augmenter la plus-value de son pétrole en vendant des produits pétrochimiques transformés à la place d’essences et de carburants. C’est peut-être cela le début du peak oil. Utiliser l’or noir pour des produits à valeur ajoutée au lieu de carburants moins cher que du Coca-Cola.

 

Iran

Les grands acteurs pétroliers américains poussent pour vendre leurs services à Téhéran. Schlumberger était présent en 1979 et désire entrer officiellement en relations d’affaires avec le pays. Bien que par le passé, elle a payé une amende de 233 millions $ pour avoir vendu des services via sa succursale basée stratégiquement aux Caraïbes ainsi que l’interdiction de 3 ans d’entrer en Iran. L’Iran pourrait être une terre d’asile pour toutes ces entreprises qui se sont cassé les dents sur le schiste aux USA.

Téhéran désire attirer 60 milliards $ pour développer son industrie pétrochimique. L’objectif est de transformer les 159 litres d’un baril bon marché de pétrole en un liquide à forte valeur ajoutée. Même un litre de Coca-Cola est plus cher qu’un litre de pétrole.

Irak

Bagdad annonce une production de 4,051 millions b/j. et les quotas de l’OPEP limiteraient à 4,351 millions b/j. La question est de savoir qui va réduire sa production (Kurdes ou Chiites) et qui va supporter la perte de revenus. En vadrouille dans le Sud du Pays à Basra, le premier ministre al-Maliki c’est fait violemment rabroué par les Shiites. La pétrolière russe Lukoil prétend qu’elle n’a reçu aucune directive pour diminuer sa production dans le Sud.

Au Nord, une fuite d’e-mails, une mode venue des USA, indique qu’ExxonMobil a décidé de se retirer en partie de ses champs pétroliers du Sud à cause de résultats décevants et un retour sur ses 1,1 milliards $ investi plus que moyen. Un appel du Nord Kurde avec des accords financièrement plus intéressants font également pencher la balance. Comme le big boss d’ExxonMobil a rejoint le gouvernement Trump, il sera intéressant de voir à quelle sauce l’Irak va être mangée.

Après un siècle de présence dans le pays, Shell évalue la possibilité de se retirer d’Irak. Les accords avec le gouvernement ne rapportent pas assez d’argent. Shell possède 45% dans le champ pétrolier de Majnoon qui produit 200’000 b/j.

Dessin Chappatte: hommage à Mix & Remix

Afrique

Libye

La National Oil Company confirme la réouverture des champs pétroliers de Sharara et El-Feel après 2 années de blocage par les milices locales. Les deux champs produisent 420’000 b/j ce qui propulserait la production à 720’000 b/j dès janvier. Le gouvernement espère 1,1 million b/j. La Libye n’est pas tenue au qota de l’OPEP et pourrait contrarier les plans de retirer 1,8 million b/j du marché.

L’Egypte pourrait aider la Libye à extraire du pétrole. L’Egypte a un fort besoin pétrolier pour ses 95 millions d’habitants.

 

Soudan du Sud

Pour la première fois depuis son indépendance en 2011, la famine touche la capitale Juba. Le pays producteur de pétrole n’arrive toujours pas à partager les revenus entre sa classe dirigeante et son peuple. Un peu comme dans tous les pays producteur de pétrole d’ailleurs. 3 millions de personnes ont dû partir de leur maison depuis 2013.

 

Nigeria

Le pays serait remonté à 1,8 million b/j  (1,5 en août) Le président Buhari espère 2,2 millions b/j en 2017 malgré le quota de l’OPEP.

 

Phrases du mois

I know the guys at Goldman Sachs. They have total, total control over Ted Cruz. Just like they have total control over Hillary Clinton.” Donald Trump, février 2016.

Sources: avec Tom Whipple de Resilience.org, FT.com, Thomas Veuillet Investir.ch et toutes les informations récoltées dans différents médias à travers le monde

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