Co-living : avez-vous vraiment besoin de votre propre salon ?

Ce n’est un secret pour personne, les loyers londoniens ont atteint des niveaux stratosphériques. Le jeune actif ne peut plus se permettre de vivre dans des quartiers centraux et doit trouver refuge en périphérie. Une à deux heures de transports en commun pour se rendre au travail est devenue chose commune dans la capitale britannique. Existe-t-il une solution à ce problème ? Peut-être bien. La start-up The Collective est persuadée qu’en partageant les espaces en commun comme le salon ou la cuisine, un logement peut devenir significativement meilleur marché. Autour de ces perspectives, une véritable vie communautaire s’organise et un nouveau concept naît : le co-living.

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Nous sortons de la station de métro North Acton – arrêt de la très fréquentée Central Line – et dégainons nos téléphones pour demander notre chemin à Google maps. « 12 minutes de marche vers le nord» nous dit-elle. Nous entamons donc notre itinéraire dans cette direction, laissant derrière nous une tour arborant fièrement les lettres d’« Imperial College », sur notre droite une antenne de la fameuse Université des Arts de Londres (ual), puis sur notre gauche un pub-restaurant local fraîchement repeint et repensé aux idéaux hipsters que tout bon quartier en transformation se doit d’arborer. Le long de la route, une atmosphère de vécu, d’un passé pas aussi flambant neuf, mais d’une volonté de mieux faire. Quelques jeunes aux allures étudiantes discutent appuyés contre un mur, un homme en costard nous dépasse sur son fixie noir mat, nous croisons le regard d’un jeune indien – chemise boutonnée jusqu’en-haut, jeans serrés et chaussures montantes – se rendant dans la direction opposée, certainement pour rejoindre ses amis au centre de Londres en ce début de vendredi soir. Une dizaine de minutes plus tard, nous arrivons à destination.

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Devant nous se dresse la façade de la toute nouvelle Nash House, Old Oak Lane. Pensé par les architectes PLP architects, le bâtiment a des airs futuristes. Son revêtement en alu brossé contrastant avec les grandes baies-vitrées de l’entrée pose le décor d’un style à la fois épuré et chaleureux. Dans l’entrée, nous sommes accueillis par une musique d’ambiance plutôt rythmée, volontairement plus présente que d’habitude en raison de l’apéritif qui se déroule dans le hall. Ce soir, nous fêtons simplement le vendredi soir. Une vingtaine de résidents sont déjà là, bière artisanale en main, jouant au baby-foot ou au Puissance 4 géant installé pour l’occasion. À travers cette petite foule, nous apercevons un imposant signe lumineux façon cinéma des années 50 donnant un nom à ce merveilleux melting-pot : The Collective Old Oak. Nous sommes dans le plus grand espace de co-living du monde. Juste en-dessous, la réception. Une jeune femme nous fait signe de la main : « Vous êtes venus voir quelqu’un ? ». « Nous avons rendez-vous avec Max », lui répondis-je. « Il termine une visite. Allez seulement vous installer au bar, il viendra vous chercher. ». Nous passons donc la porte battante d’un agréable bar-restaurant ouvert au public. Pale Ale et jus d’orange pressé en main, nous nous installons sur la terrasse donnant sur la rivière voisine et ses joggeurs de début de weekend. Quelques minutes plus tard, un grand blond d’un peu plus d’une vingtaine d’années, cheveux plaqués en arrière, s’approche de nous : « Salut, je m’appelle Max. Vous êtes prêts pour la visite ? ».

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Nous retraversons la réception dont l’ambiance a monté d’un ton dû à l’arrivée d’une deuxième vague de résidents prêts à célébrer correctement l’arrivée du week-end. Une grosse caméra est installée dans un coin avec ses deux gros spots lumineux éclairant une présentatrice d’une télévision locale venue témoigner de la frénésie nouvelle de cet espace ouvert il y a seulement deux mois. Max appuie sur le bouton de l’ascenseur, nous commençons notre tour. Première étape, la bibliothèque. Sur un siège généreusement confortable en tissu blanc, un homme est installé autour d’une des quelques tables basses disposées de-ci de-là entre les bibliothèques murales. Au fond de la salle, une cheminée à gaz vitrée crée une ambiance tamisée et apaisante. En regardant par une des larges fenêtres, on aperçoit l’immense terrasse de l’immeuble donnant sur le quartier de North Acton. Max lance à un jeune asiatique assis à une table : « Hey Jeremy, ces deux gars parlent Français, tu m’as dit que tu voulais l’apprendre, non ? ». Son niveau de français étant pour l’instant limité, notre cours-conversation à 10 mètres l’un de l’autre n’a pas duré longtemps. D’un geste de la main sympathique nous lui souhaitons une bonne soirée. Salle suivante : le « Secret Garden ». Une sorte de salle de relaxation sous le thème de la nature. Herbe synthétique sur les murs, stucco anthracite sur le sol, petites fontaines et lumières tamisées, l’endroit respire le zen. Vient ensuite le Spa, son sauna et ses cabines de massage, les cuisines en commun à chaque étage et la salle de cinéma. « Vous devriez être là le lundi soir, nous organisons des soirées Game of Thrones ! ». Les espaces de co-working et le fitness étant toujours en construction avec comme objectif l’inauguration officielle du bâtiment en septembre. Quant aux chambres, Max est clair : ce ne sera pas l’endroit où vous passerez votre temps libre. On comprend ce qu’il veut dire en entrant dans la première chambre de 12m2 avec lit double. L’habitant a trois choix d’habitation : le « twodios » (2 chambres, 2 petites salles de bain et 1 petite cuisine en commun) – le studio (1 petite chambre avec 1 petite cuisine et 1 petite salle de bain), l’appartement partagé (2 grandes chambres, 2 petites cuisines, 1 grande salle de bain) et l’appartement (1 grande chambre, 1 grande cuisine, 1 grande salle de bain). À part ce dernier, il est vrai que la petite taille de ces espaces nuit pourrait nous faire sentir quelque peu à l’étroit. Toutefois, les finitions et la décoration sont impeccables et le tout semble bien agencé. La facture varie entre 250 et 295£ par semaine de calendrier, mais inclut la totalité des charges qu’un locataire pourrait avoir : Electricité, chauffage, internet, Council tax, nettoyage (une fois toutes les deux semaines), concierge et bien sûr l’accès au 1’100 m2 d’infrastructures en commun qui font le cœur de « The Collective Old Oak ». On comprend là que l’entreprise ne s’attaque pas au marché du logement social mais bel et bien à une classe de jeunes actifs demandant un véritable service et résolus à vouloir faire partie de cette vie en communauté. Les baux seront normalement de 12 mois, mais pendant l’été, l’équipe accepte des contrats de courte durée pour attirer une première volée de locataires. Max nous explique qu’ils ont déjà trouvé preneur pour 85% des 546 lits.

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Une vie communautaire recherchée

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Stephanie Cornell, directrice de la communication chez The Collective, nous a accordé quelques instants pour répondre à nos questions. Ce qui la frappe est cette volonté des gens à vouloir partager des expériences. Elle est consciente que les services fournis sur place ainsi que les loyers relativement raisonnables y sont probablement pour quelque chose dans le rapide succès de cette nouvelle formule, mais elle est persuadée que la plus importante plus-value du concept est la vie en communauté : « Ce que notre génération demande à tout prix est une manière de vivre plus sociale. Nous nous détachons des envies de « posséder » des vieilles générations et sommes beaucoup plus enclins au partage. Nous le voyons avec Netflix, Spotify, Airbnb et nous le voyons aujourd’hui avec The Collective. ».

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L’aventure de The Collective commence en 2010 quand Reza Merchant – à l’époque étudiant de la London School of Economics (LSE) – décide de lancer London Student Rents depuis la bibliothèque de l’Université. Il souhaite d’abord répondre à cette demande des étudiants qui ont souvent de la peine à trouver des logements décents à distance raisonnable de l’Université. Son entreprise n’est en fait au départ rien d’autre qu’une agence de location au travers d’un site internet visant particulièrement les étudiants. Il se rend vite compte que le problème fondamental de la capitale britannique est le manque d’offre de logement. « Il avait cette immense base de données d’étudiants cherchant à se loger, mais que très peu de biens à proposer. La solution était donc de créer sa propre offre pour pouvoir adresser ce problème correctement. ». Reza commence par louer des bâtiments et à les sous-louer à des étudiants, souvent sur le modèle de la collocation. C’est en faisant cela qu’il a pu, en 2012, acheter ses premières propriétés à Camden. S’en sont suivis 500 autres investissements répartis dans des quartiers relativement proches du centre de Londres. Jusque-là, le mot co-living n’était pas encore d’actualité. Stephanie relate qu’il s’agissait plutôt de « serviced-living ». Cette vie communautaire ne faisait pas encore partie de l’identité de l’entreprise. Ce n’est que plus tard – après de nombreux feedbacks de leurs locataires – que ce qui s’appelait Share In The City est devenu The Collective. Ce n’est d’ailleurs qu’en 2016 que le concept de co-living est devenu leur message central.

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Si Reza a mis six ans pour trouver le bon filon, ce n’est pas pour autant qu’il compte prendre son temps pour faire croître son business de – pour l’instant – 35 employés. Deux autres bâtiments de tailles supérieures à celui d’Old Oak sont à l’agenda : l’un dans le quartier d’affaire de Canary Wharf et l’autre à proximité du parc olympique de Stratford. Il s’associe à nouveau avec PLP Architects pour réaliser ces deux gargantuesques projets. D’ici 3 à 5 ans, l’entreprise souhaite faire passer son portefeuille de 700 à 15’000 lits, avec une possible extension à New York. Stephanie nous explique que le co-living est une solution prometteuse pour n’importe quelle grande ville qui expérimente une crise du logement. « Pourquoi pas San Francisco », lâche-t-elle, tout sauf au hasard.

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The Collective n’est certainement pas la seule entreprise à s’être lancée dans l’aventure : Roam Co-Living (Bali), Share House (Japan), Gap House (Seoul), Common (New York) et surtout le géant du co-working WeWork qui a récemment lancé sa branche WeLive à New York. Plus qu’une tendance, le co-living se présente comme une solution de premier choix pour une génération qui en plus d’avoir de la peine à se loger, aime partager, rencontrer et interagir avec ses pairs. Ce qui peut paraître inimaginable pour les baby-boomers, semble aujourd’hui séduire les nouvelles générations d’actifs. Alors même si un tel concept n’existe pas (encore) en Suisse, j’espère que cet article vous aura fait vous poser au moins une question : avez-vous vraiment besoin de votre propre salon ?

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Julien Grange

Julien Grange

Julien Grange a fait ses études d’économie entre HEC Lausanne et la Stern School of Business de NYU, New York. Il vit aujourd’hui à Londres et travaille pour une entreprise active dans le développement et le financement de projets immobiliers en Europe. Il se passionne pour le devenir du monde et celui de ses habitants. En tête de sa liste pour le Père Noël chaque année : une boule de crystal. Elle n'est pas encore arrivée, mais elle ne saurait tarder.

3 réponses à “Co-living : avez-vous vraiment besoin de votre propre salon ?

  1. Si je peux me permettre une suggestion de site à visiter: http://www.bcc-urbanstudios.com/
    Nouveau concept à Genève, le Business Center Carouge regroupe en un seul produit les prestations proposées dans un bureau, dans un hôtel ainsi que dans un appartement. 14 studios meublés et luxueux où chaque locataire a accès à un espace commun salon/cuisine professionnelle ; le tout étant neuf et luxueux! Bonne visite aux intéressés

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