Qui sème le vent…

 

 

 

« L’opposition aux mesures de lutte contre la pandémie a pris une nouvelle dimension avec la manifestation de jeudi soir à Berne. Le cortège des personnes s’opposant au certificat et aux mesures anti-Covid, non autorisé, a réuni jeudi soir entre 3000 et 4000 individus. Pour protéger le Palais fédéral des débordements, la police a dû avoir recours à un canon à eau, et elle a fait usage de balles en caoutchouc et de gaz irritant. Le président de la Confédération Guy Parmelin et les deux présidents des Chambres fédérales condamnent les violences. Le conseiller municipal bernois en charge de la sécurité Reto Nause a écrit jeudi soir sur twitter que la police cantonale bernoise a empêché un possible assaut sur le Palais fédéral. D’après les réseaux sociaux, on sait que certains opposants aux mesures contre le coronavirus ont idéalisé l’assaut sur le Capitole à Washington en début d’année. »

On doit ajouter que selon la police une tentative de démontage de la barrière s’est produite, qu’elle requiert des outils spéciaux et que cela suppose la préméditation de certains participants qui souhaitaient procéder à des déprédations du palais fédéral, tels que jets de peinture et bris de vitres.

Durant douze années d’activités parlementaires, environ cent jours par an, plus de mille fois j’ai traversé la Bundesplatz en admirant sa sérénité de ville provinciale, à mille lieues des métropoles de l’étranger, tout juste rehaussée par un marché ou quelques manifestants d’une amabilité exemplaire. La Berne fédérale est l’image vivante des institutions helvétiques, du fédéralisme, de la neutralité, de la concordance, de la milice. Le fractionnement  du pouvoir dans le droit d’initiative qui fait de chaque citoyen un petit roi : c’est l’acratie dans toute sa splendeur et sa réussite, la sécurité, le bien-être, la paix. Jamais je n’ai envisagé que cet Eden puisse être remplacé par une barrière métallique, des jets de balle de caoutchouc et de gaz lacrymogènes. Berne n’est tout de même pas Paris.

François Chérix a considéré que nous sortions de ce concept traditionnel d’acratie pour évoluer vers une egocratie, où les pulsions des individus se fédèrent contre toute forme de vie en commun sous l’égide de pouvoirs constitués. Un concept corrompu de liberté devient la seule valeur. Les manifestants de Berne désavouent à la foi la validité scientifique d’un vaccin et les règles imposées par le gouvernement. L’Université et la Confédération sont contestées jusque dans leur existence, leur légitimité, leur validité. D’où l’assaut symbolique du Palais fédéral, lieu du législatif et de l’exécutif. C’est le grand parti de ceux qui sont toujours et partout contre ce qui est pour et pour ce qui est contre.

L’assaut du Capitole américain le 6 janvier a naturellement servi de prototype. Dans deux démocraties parmi les plus anciennes, le concept lui-même est remis en question. Lors d’un événement de l’UDC le conseiller fédéral Ueli Maurer a été vu arborant l’habit du groupe des «Freiheitstrychler» de fervents opposants aux mesures sanitaires. Rupture flagrante de la collégialité au moment où Alain Berset s’évertue à prôner la vaccination et impose le passe sanitaire là où celui-ci permet la reprise des activités économiques, sportives, culturelles. Comme par hasard au même moment la Welwoche lui cherche noise pour sa vie privée, ce qui est contraire aux consignes habituelles de la presse suisse, répugnant à la littérature de caniveau.

Rien dans l’ADN du plus grand parti suisse ne lui enjoint de s’opposer aux mesures sanitaires pour lutter contre une épidémie ravageuse. Son but n’est pas de favoriser celle-ci, mais de recruter comme membres et électeurs tous ceux qui sont opposés à cette lutte : ceux qui la voient comme une gripette, ceux qui prétendent que les vaccins sont inefficaces ou dangereux, ceux qui par principe mettent en cause les pharmas. Idem pour le réchauffement climatique: il n’existe pas, il n’est pas d’origine humaine, il n’est pas dangereux. Idem dans son opposition au mariage pour tous. En résumé un parti populiste vise tous les mécontents, les laissés pour compte de l’évolution économique, les identitaires, les fanatiques religieux, pour en former une masse électorale irrésistible, sans l’ombre d’un programme de gouvernement réaliste.

C’est la technique la plus primitive du coup d’Etat comme il s’en est tellement produits au siècle passé en Europe. Les institutions démocratiques débordées par des problèmes insolubles cédèrent la place à des dictatures, tout aussi impuissantes, sauf à déclencher la violence de guerres civiles ou internationales. Il ne suffit pas de condamner en paroles la violence comme l’ont fait à juste titre les présidents (UDC) de la Confédération et des deux chambres. On peut correctement supposer que ces trois personnalités modérées aient été surprises parc ce qui s’est passé. Encore aurait-il fallu ne pas en créer les conditions préalables par une critique perpétuelle du « système ».

Celui-ci n’est pas parfait. Il a le mérite d’exister vaille que vaille. Il ne peut qu’évoluer à son rythme vers plus de justice sociale, de bien-être pour tous, de consensus élargi, de lutte réelle contre des menaces tout aussi réelles. Mais, par quelque initiative brutale il ne pourra jamais atteindre une perfection instantanée, sauf dans certains esprit enfiévrés des extrêmes de l’échiquier politique, qui font miroiter cette perspective face aux fractions les plus démunies de la population, au matériel comme à l’intellectuel.

 

 

 

 

 

L’enfant entre biologie et amour

 

Dans Le Temps du 13 septembre, Mgr. Jean-Marie Lovey s’oppose au mariage pour tous proposé le 26 septembre aux suffrages des Suisses. En tant que citoyen valaisan c’est son droit le plus strict. En tant qu’évêque de Sion, il engage de ce fait l’Eglise catholique en donnant une publicité à sa position.

Car de son côté la Conférence des évêques suisses (CES) s’est engagée dans le même sens : « La CES relève que le mariage civil n’est pas seulement une reconnaissance publique de sentiments réciproques. En effet, il a pour but l‘inscription de la filiation dans une institution stable, notamment en vue de protéger la mère et l’enfant. Le mariage civil est en ce sens ordonné à la fondation de la famille. Or, pour ce faire, les couples de même sexe doivent recourir à la PMA. La CES s’oppose de manière générale à son utilisation (aussi pour les couples hétérosexuels), puisque la PMA impliquant un don de gamètes s’oppose aux droits de l’enfant. La CES signale notamment la souffrance et la difficulté qu’ont ces enfants de se construire, par l’impossibilité de connaître leur origine biologique. »

Il s’agit donc bien ici seulement du mariage civil et d’une opposition portant sur la PMA, même pour les couples hétérosexuels. La dernière phrase indique que la CES est mue par le souci de garantir à l’enfant la connaissance de son origine biologique. Cet argument de droit naturel n’est pas une règle religieuse qui aurait son origine dans l’Ecriture ou la Tradition. On ne reprochera pas aux évêques de s’y référer mais on se situe alors dans un débat purement politique, où ils procèdent comme citoyens.

Est-ce un débat fondamental par rapport aux droits de l’enfant ? La Convention des Nations Unies relatives aux droits de l’enfant (CDE) a été ratifiée par le parlement fédéral le 26 mars 2007. Les organisations de protection de l’enfance s’accordent à dire que la situation des enfants en Suisse s’est globalement améliorée. : le nouveau droit au divorce qui accorde davantage d’importance au droit des enfants d’être entendu, les mesures contre la violence domestique qui impose à la personne violente de s’éloigner du domicile, la modification du code pénal rendant la possession de matériel de pornographie enfantine punissable, le congé maternité ou encore l’harmonisation des allocations familiales. Cependant ces droits fondamentaux n’évoquent pas la connaissance de l’origine biologique.

Dans certains cas, de viol, d’inceste, d’adultère, ce droit parait bien problématique. Le droit à la vie de l’enfant dans un environnement affectueux et respectueux semble plus important que celui de cette connaissance toute théorique. Il y a donc matière à un débat politique. Celui-ci a eu lieu lors du vote de la Loi fédérale sur l’analyse génétique humaine, dont les articles 31 à 34 établissent de façon très restrictive les conditions de son autorisation dans le cas d’une recherche de filiation. De toute façon, rares sont les démarches dans ce domaine.

En donnant suite aux prises de position publiques, y compris celle des évêques, l’opposition au mariage pour toutes et tous s’est renforcée, passant de 29% à 35% dans les sondages. Néanmoins la modification du code civil continue de bénéficier d’un large soutien de la population (63%, – 6 points). Si la votation avait eu lieu début septembre, le projet soumis au peuple, qui autorise les couples homosexuels à se marier et ouvre la procréation médicalement assistée aux couples de lesbiennes, aurait réuni une majorité dans toutes les régions du pays. Avec 56% de oui (-5 points), les Tessinois sont légèrement moins favorables que les Romands et les Alémaniques (63% de oui, en baisse de 6 points chacun).

En termes d’affiliation politique, seuls les proches de l’UDC refusent le mariage pour toutes et tous (64% de non, +14 points). Au nom de quoi ? Du refus de tout changement ? De l’appréhension de l’homosexualité ?

Les électeurs et électrices de tous les autres grands partis sont majoritairement favorables au projet. Le soutien est plus massif chez les écologistes et les socialistes qu’auprès du Centre et du PLR. Le oui est particulièrement net chez les personnes ne revendiquant l’appartenance à aucun parti.

En dehors des électeurs de l’UDC, les seuls groupes qui refusent le mariage pour tous sont les membres des Eglises chrétiennes libres (82% de non, +6 points) et des communautés non chrétiennes (59% de non, +40 points). A l’inverse, 60% des fidèles des Eglises réformée ou catholique se disent favorables au texte. Plus de trois quarts des personnes sans confession entendent voter oui.

Mgr. Lovey utilise une image appropriée pour justifier sa position : « il faut parfois ramer à contre-courant ». S’il souhaite traverser un torrent, c’est peine perdue, il sera emporté. Dans dix ans on se demandera comment le refus a été possible. La majorité des fidèles catholiques sont favorables au projet, contre l’avis des évêques. Néanmoins dans la structure actuelle de l’Eglise catholique, ces derniers seuls possèdent la parole que ne détiennent pas les fidèles. Or, il existe une vieille référence à ce que l’on appelle le sensus fidei ou encore sensus fidelium, c’est-à-dire l’inspiration divine dans l’interprétation de la foi qui serait accordée à l’ensemble des fidèles. Le clergé n’en aurait pas le monopole et devrait tenir compte de ce que pensent les fidèles. En dehors du débat, tout de même très relatif, sur l’origine biologique d’un enfant, c’est la relation entre clergé et fidèles qui est ici en cause.

Pour le chrétien de base, le droit de l’enfant porte d’abord sur son bien-être au sein d’une famille, à proportion de l’amour et du respect qu’il y reçoit. Telle est l’inspiration du peuple chrétien dans sa majorité. En fonction de celle-ci, c’est bien le peuple qui a dû intervenir dans les cas de pédophilie parmi le clergé, qui ne furent pas exceptionnels. Il y a quelque inconséquence à se focaliser sur l’origine biologique de l’enfant après avoir violé son droit à l’intégrité sexuelle. Il serait opportun que le clergé catholique cesse de prescrire continuellement ce que la sexualité peut ou ne pas être. Le christianisme a un autre message à apporter, bien plus urgent et pertinent.

 

 

 

Les défis de Mayotte

 

Sur 374 km2 s’entassent 290 000 habitants déclarés, dont 50% d’étrangers, en ne comptant pas 30% de clandestins provenant des Comores proches, qui sont devenues indépendantes en 1975. L’île est devenue le 31 mars 2011 un département d’outre-mer de plein droit par suite du référendum du 29 mars 2009, initié par le gouvernement français en19 juin 2021. Cette île s’est rendue célèbre en 1975 pour avoir voulu rester française (« Oui » à 99,4 %, soit 82,3 % des inscrits) quand les trois autres îles de l’archipel prirent leur indépendance.  Résultat final : en 2010, le PIB par habitant à Mayotte est huit fois supérieur à celui des Comores. De plus, Mayotte offre la possibilité d’être éduqué, de se soigner gratuitement, et de bénéficier d’allocations au même niveau que le territoire métropolitain depuis la départementalisation.

Le premier défi de Mayotte heurte donc le politiquement correct. Lors de la vague de décolonisations africaines vers 1960, il était poliment convenu dans la sphère politique internationale que la colonisation s’était faite contre les intérêts des colonisés, que la métropole captait les richesses de la colonie, qu’elle lui refusait les avantages de la démocratie et de l’Etat de droit et, qu’en un mot le statut colonial ne présentait que des désavantages. Dès que l’indépendance serait accordée à ces territoires opprimés, commencerait une ère de paix, de bien-être et de justice.

Si l’on considère ce qui s’est passé dans nombre de pays africains, ce fut exactement le contraire. Les institutions démocratiques, à l’image de la métropole, léguées par celle-ci au jeune Etat décolonisé, disparurent en très peu de temps pour faire place à des dictatures souvent d’origine militaire. Un président, autoproclamé ou élu par fraude, totalement incompétent, laissa son pays s’enfoncer dans la corruption, les violences interethniques, la famine, les épidémies. La misère noire : PIB par habitant, Suisse 61 360 $, République démocratique du Congo 785 $ . Les structures traditionnelles, comportant des éléments de démocratie coutumière, ont été éliminées par moins d’un siècle de colonisation. Dans beaucoup de ces pays africains, l’Etat n’est qu’une fiction incapable de remplir les devoirs régaliens de celui-ci, la sécurité, la santé, le développement. Bref la décolonisation s’est passée au plus mal : on est tombé d’une relation malsaine à quelque chose qui n’a pas de nom, sinon l’anarchie et la tyrannie.

Tel est le premier défi de Mayotte : avoir démontré par les faits qu’un peuple a eu la scandaleuse et bénéfique sagesse de refuser la décolonisation. Les Mahorais ne sont pas aujourd’hui opprimés par la France dont ils sont pleinement citoyens. Les Comores revendiquent régulièrement la possession de Mayotte, appuyées par des résolutions totalement irréalistes des Nations Unies. Qui peut imaginer que ce serait au bénéfice des Mahorais?

Le second défi est d’ordre démographique. Mayotte est déjà surpeuplée alors que le flux de clandestins migrants des Comores voisines ne cesse de croitre, sans parler de ceux qui se noient durant le trajet, qui fait de cette zone de l’Océan Indien le pire des cimetières marin. Le schéma, bien connu de l’Europe assiégée par des immigrants économiques  africains, se reproduit au sein même de l’Afrique. Le seul fait pour Mayotte d’être un département français, un Etat de droit, y attire toute la misère du monde. Pire : la France a la spécialité de respecter le droit du sol en ce sens qu’un enfant né sur son territoire devient automatiquement citoyen français. Les Comoriennes en voie d’accoucher affluent donc  et la France s’enrichit de 25 à 30 bébés par jour, l’équivalent d’une future classe de primaire qu’il faudra construire. Or, pour l’instant il manque déjà mille classes.

Sans modification radicale de cette situation, Mayotte arrivera rapidement à un million d’habitants soit une densité de 2673 habitants au km2. Or beaucoup manque encore. Les bidonvilles représentent 40% de l’habitat. Un tiers des habitants n’a pas accès à l’eau potable. La métropole française se doit donc de fournir un gigantesque effort d’équipement à l’échelle de son département dont la démographie est la plus dynamique. Mayotte est une charge colossale. Les Mahorais ont un niveau de vie qui n’est que le cinquième d’un Français métropolitain, mais c’est nettement mieux que les peuples voisins.

Car le troisième défi est l’économie. Malgré les injections de crédit de la métropole, Mayotte ne se développe pas par un coup de baguette magique. On ne passe pas d’une économie agraire à industrielle en quelques décennies : c’est la qualification de la main d’œuvre qui est le facteur décisif.. Quand bien même toute l’Afrique se serait prononcée en 1960 contre la décolonisation, demeurant politiquement dans la métropole, elle ne se serait pas développée à l’instar de celle-ci. Il faut des générations pour instruire une population et pour l’initier à la démocratie. En d’autres mots, il ne fallait surtout pas commencer. C’est ce que la Suisse a compris d’instinct : la conquête et l’appropriation d’un territoire étranger constitue en soi une faute politique.

 

 

 

 

 

 

 

 

La RTS met les religions au placard numérique.

« La direction de la RTS l’a annoncé fin juin aux producteurs de l’émission Faut pas croire: le magazine de décryptage du fait religieux proposé par la télévision de service public ne reviendra pas à l’automne 2022. En cause : les mesures d’économies auxquelles doit faire face l’entreprise audiovisuelle, qui doit économiser 15 millions de francs d’ici à 2024 et plus ou moins 5 millions de plus en 2025. D’autres formats sont également touchés par ces coupes budgétaires : le magazine T.T.C. va disparaître et Infrarouge se voir raboter, la suppression de l’unique format destiné à empoigner les questions de sens et de croyances interroge, à un moment où précisément celles-ci se révèlent toujours plus sensibles. En 2016, la RTS avait déjà projeté des mesures d’économies drastiques à l’endroit des émissions, alors radio et télévision, de RTSreligion. Une pétition de contestation avait alors recueilli en quelques semaines plus de 27 000 signatures, forçant la RTS à revoir sa décision. »

Suite à cette décision, le communiqué de presse des directeurs de Médias-pro et Cath.ch, producteurs de l’émission et partenaires historiques de la RTS au sein de RTSreligion, proteste en arguant que cette suppression annonce la fin d’une offre éditoriale religieuse, spirituelle et éthique en télévision. Dans le contexte de repli identitaire, de défis éthiques majeurs et d’interrogations sur les questions de sens, cette suppression leur parait incompréhensible.

Nous n’entrerons pas dans la controverse budgétaire, selon laquelle RTSreligion subit une coupe plus substantielle que les autres magazines. Nous essaierons plutôt de comprendre ce que signifie cet abandon. Certes la TRTS annonce que le magazine télévisé sera remplacé par une offre numérique, propre à séduire les jeunes. Mais cela ne répond pas à l’attente de ceux qui ne maîtrisent pas l’outil informatique, soit parce qu’ils n’ont pas d’ordinateur, soit parce qu’ils sont maladroits dans son utilisation. On peut être croyant sans avoir besoin d’un ordinateur.

Un service public de la télévision romande, au milieu du déferlement de plus d’une centaine de chaînes francophones remplit un rôle essentiel dans l’identité nationale et régionale, spécifiquement par ses magazines. Ceux-ci sont évidemment plus couteux à produire que la simple retransmission de séries télévisées achetées à l’étranger, usagées par l’emploi, porteuses de « valeurs » qui ne sont pas nécessairement celle de notre peuple et qui inévitablement les modifient.

En l’occurrence, il s’agit ici de religion, sujet sensible entre tous. En perte de vitesse si l’on se fixe sur la pratique. Selon l’Office fédéral de la statistique, ses résultats  confirment  la forte progression des sans-confession de 10 points entre 2000 et 2012-2014. Celle des catholiques romains et des membres des Églises nationales protestantes a diminué respectivement de 4,3 et de 7,7 points. Les musulmans ont augmenté leur proportion d’1,4 point, comptant actuellement pour 5% de la population. Les communautés juives sont restées stables, environ 18 000 personnes.

Face à cette réalité une fraction des décideurs peut être tentée de croire que le phénomène religieux fait partie d’un passé qui se dissout progressivement dans une indifférence et une ignorance, qui croissent irrésistiblement. Est-ce une raison pour accompagner ce mouvement de désaffection, voire pour l’accélérer ? En d’autres mots, la Suisse romande peut-elle non seulement se passer de religion ou minimiser son importance, mais se débarrasser le plus vite possible de cet encombrant héritage du passé ?

Il faut dire que les Eglises ont récemment fourni des arguments pour adhérer à cette solution radicale : scandales sexuels et spirituels, utilisation d’un langage peu adapté à l’époque, querelles internes, insensibilité à la participation croissante des femmes dans la vie publique. Les pouvoirs publics soutiennent les confessions non pas pour en affirmer l’authenticité mais en fonction de leur rôle social. Or quel est-il ? Comment les religions ont-elles accompagné les mouvements de fond de notre époque : pandémie, transition climatique, mondialisation, inégalités sociales, montée du féminisme ? Elles ne sont pas restées indifférentes, mais elles n’ont plus joué le rôle premier des siècles antérieurs. Lorsque les vaccins et  les antibiotiques, n’existaient pas, les sociétés confrontées à la peste n’avait d’autre recours que les prières et l’espérance d’une vie éternelle après une mort misérable. Le temps n’est plus où la seule ressource en temps d’épidémie était la neuvaine et la procession. Cela n’arrêtait pas le virus mais cela donnait du courage, y compris à ceux qui risquaient leurs vies dans des opérations de samaritains. Les Eglises n’ont rien dit en temps de Covid  et leur discours fut assourdissant de silence et d’impuissance. Comme les religions n’apparaissent plus utilitaires, d’aucuns en déduisent qu’elles ne sont plus utiles.

Or, la foi religieuse n’a pas pour critère d’être utile à quoi que ce soit, son action ne se calcule pas . Elle fait partie de la culture d’un peuple au sens le plus élargi, elle se nourrit et nourrit toutes les autres composantes de celle-ci : littérature, théâtre, architecture, musique, peinture, langage, calendrier. Sans connaissance de la religion, des pans entiers de notre vie sociale deviennent incompréhensible alors que leur connaissance est en revanche porteuse de sens. La fête de Noël, si populaire, attendue comme un répit au seuil de l’hiver, célèbre le solstice, hérite des Saturnales romaines mais aussi rappelle la naissance de Jésus de Nazareth, qui a marqué le début de l’ère dans laquelle nous comptons les années.

Philippe Gonzalez, de l’Université de Lausanne estime qu’en tant que visions du monde, les religions engagent non seulement des individus particuliers, mais aussi des communautés, des citoyens. Il est essentiel d’en parler. Sans réelle émission de décryptage du fait religieux, il est à craindre que son traitement médiatique ne se réduise aux actualités problématiques : les scandales sexuels dans les Eglises, la radicalisation de l’islam ou encore les dérapages de certains évangéliques, comme lors de l’attaque du Capitole. En d’autres mots que les religions ne soient plus que des objets de scandale, suscitant la répulsion et donc l’incompréhension de ce qu’elles ont représenté et de ce qu’elles peuvent devenir.

Face à la mutation sociale et économique due à la variation climatique, il est temps de réaliser que le cultuel et le culturel ont maintenant intérêt à refonder leur alliance traditionnelle. Il en était ainsi à l’origine :  lorsqu’en -430 Sophocle écrivit Œdipe-Roi , le théâtre jouait à Athènes un quadruple rôle, politique, civique, moral et religieux. Ce n’est pas un divertissement mais une célébration, carrément une liturgie, mot d’origine grecque qui signifie « service du peuple ». Les Eglises catholiques, anglicanes, évangéliques et orthodoxes ont plus ou moins gardé cette inspiration théâtrale, qui fait quelque peu défaut dans certaines églises réformées. Réciproquement, il est impossible d’assister au ballet de Béjart sur la neuvième symphonie sans en ressentir la dimension liturgique, hors toute référence religieuse.  Dans l’épreuve que nous subissons et qui risque de perdurer, les théâtres et les églises doivent et peuvent jouer un rôle pourvu qu’elles puissent fonctionner, les unes et les autres.

Or, la télévision représente pour une fraction de la population, moins favorisée, le seul accès à ce monde de la transcendance. Celui-ci doit d’abord être décrypté ce qui est la fonction de Faut pas croire. Si cette émission disparait dans les brouillards du numérique, une fonction importante du service public n’est plus remplie.

Le peuple l’a décidé en réduisant la redevance et la Conseil fédéral en le suivant : la redevance radio/TV baisse de trente francs. Les ménages paieront 335 francs par an dès 2021, au lieu de 365 francs auparavant. Moins d’argent public signifie plus de recours à la publicité. Celle-ci n’est évidemment pas gratuite et ses résultats sont soigneusement scrutés par les annonceurs. Or, pour qu’elle agisse il faut qu’elle s’adresse à l partie la plus influençable de la population et donc la moins éduquée et la moins équilibrée. Pour recruter cet auditoire, il faut lui proposer des émissions à sa portée. Manifestement Faut pas croire ne remplissait pas cette fonction. La direction de la RTS en a tiré une conclusion qui ressort strictement de la gestion financière et qui ignore la culture.

 

 

 

 

 

 

 

Le  Pouvoir et la Science perdus de réputation

 

 

La technique et l’économie sont soumis à une rude concurrence internationale. La Suisse ne peut plus vivre seulement de ce qu’elle produisait voici un demi-siècle : de la phénacétine, des montres mécaniques, du fromage, du chocolat, des sports d’hiver. Dans le classement du PIB par habitant en 2020, la Suisse vient en quatrième position (après le Luxembourg, la Norvège et l’Irlande) avec 80 132 $ alors que les Etats-Unis en ne sont qu’à 53749$ et la France à 40 521$. Cette brillante réussite entraine des conséquences positives. La France a un taux de chômage de 8%, qui est plus du double de celui de la Suisse à 3%. Tous les matins, 300 000 frontaliers franchissent la frontière dans un seul sens. En Suisse, le revenu mensuel moyen est de 7 125 $, le plus élevé du monde ; en France de 3 533 $.

Cette réussite ne s’est pas produite toute seule : elle est le fruit de beaucoup de travail, d’ingéniosité et de créativité. Elle provient d’une industrie de pointe jouissant de travailleurs qualifiés, encadrée par les meilleurs chercheurs et d’excellents ingénieurs de développement avancé. Dès lors, il faut bien que ceux-ci soient formés quelque part. C’est pour l’instant la tâche des deux EPF. Celles-ci doivent recruter des étudiants, qui soient à la fois doués au départ, dument motivés et convenablement préparés. Pour l’instant les EPF jouent dans la cour des grands et même des meilleurs. Il faut savoir que cela dépend de la qualité de leurs recherche et que celle-ci dépend d’bord de celle des chercheurs.

La réussite de la Suisse dépend aussi de la formation à d’autres niveaux. A Yverdon on forme d’excellents ingénieurs de terrain pour encadrer la production, tandis qu’à Lausanne, on forme à la recherche et au développement.  Ce n’est pas le même profil et les deux doivent être disponibles. Ailleurs encore, on attribue des CFC qui font l’envie du monde. Le prix Nobel Mayor souligna qu’il n’aurait pas réussi, s’il n’avait été soutenu par d’excellents artisans qui ont construit les instruments dont il avait besoin.

On défendra la thèse selon laquelle l’excellence technique de la Suisse doit être maintenue à tous prix. Le bien-être de tous en dépend : la solidarité sociale, la santé, la sécurité, la paix du travail, la permanence des institutions, la stabilité du droit. Mais se placer dans la compétition internationale, c’est exigeant et stressant, ce n’est pas un long fleuve tranquille. On peut comprendre que certaines personnes aimeraient revenir à la Suisse du siècle passé, voire plus tôt encore. Elles ont le droit d’exprimer cette nostalgie jusque dans les urnes par un vote identitaire. Mais elles ne peuvent présenter cette marche arrière comme un idéal opposable à tous. C’est cependant ce qui est régulièrement proposé.

La quête de l’excellence suppose beaucoup d’efforts de tous. Elle a aussi des inconvénients. Il faut recruter les meilleurs cerveaux dans le vaste monde comme continue à le faire la Silicon Valley et pas seulement en Suisse. Face à ces petits génies étrangers, d’aucuns Helvètes peuvent se sentir discriminés et s’engager pour la fermeture des frontières. Même s’ils ne sont pas au sommet de leur profession, ils devraient cependant réaliser qu’ils bénéficient de la réussite de la Suisse et donc s’abstenir de la critiquer ou de l’entraver.

La méfiance à l’égard de la Science en général se manifeste à deux niveaux. Le plus visible actuellement est la contestation de la vaccination et le refus du passe sanitaire. Lorsque des manifestations en ce sens se répandent dans les rues, lorsque le taux de vaccination stagne à 52% contre 83% à Malte, championne mondiale, et reste bien inférieur à celui du Portugal, de l’Espagne, de la France et de la Belgique, on doit se demander quelle image de la médecine se fait la population suisse. Et quel crédit elle accorde au Conseil fédéral qui ne cesse de la recommander. Trop de gens soupçonnent le vaccin Covid de ne pas être efficace, de n’avoir pas subi de test clinique ou de présenter des effets secondaires plus graves que la maladie elle-même. Les élus et les experts ont beau se porter en faux contre ces fables, trop de gens à risque négligent de se vacciner, se retrouvent aux soins intensifs et en meurent parfois. On est ici dans le déni grave de réalité. Ces victimes du Covid n’ont aucune estime pour les médecins ou les politiques : ce que ceux-ci disent n’a pas plus d’importance que les ragots colportés sur les réseaux sociaux.

Le second indice est l’indifférence massive dans laquelle la Suisse subit l’exclusion des programmes de recherches européens. Cela a commencé en 2012 par l’acceptation de l’initiative dite « contre l’immigration de masse » acceptée par 50,3% du peuple et la majorité des cantons, bien qu’elle ait été déconseillée par tous les partis hormis l’UDC. L’UE a immédiatement pris la mesure de rétorsion qui consistait à supprimer la participation entière de la Suisse au programmes Erasmus (échange d’étudiants) et Horizon2020 (programmes de recherche). Cette mesure avait été amplement prédite lors de la campagne, niée par les initiants et néanmoins appliquée immédiatement. Après coup d’aucuns ont stigmatisé l’UE pour avoir pris cette mesure. Cela n’a rien changé.

Depuis l’UE a lancé un nouveau programme Horizon Europe, qui court de 2021 à 2027 avec un budget record de 100 milliards d’euros. La Confédération est prête à y investir 5.4 milliards de francs. Néanmoins depuis la rupture des négociations en mai 2021, l’UE a rétrogradé la Suisse au rang de pays tiers. Bien qu’on ne sache pas si et comment la Suisse pourra collaborer à ce nouveau programme, cette incertitude semble ne pas déranger grand monde.

Entre 2014 et 2018, près de 1.1 milliards de francs ont été versés par Horizon 2020 à ls Suisse qui bénéficia de crédits supérieurs à son apport au budget. Et donc, paradoxalement l’UE, dont la Suisse ne fait pas partie, subventionna sa recherche., tout simplement parce que celle-ci est à un niveau d’excellence. On ne se situe pas dans la recherche de pointe si on n’est pas profondément engagé dans la coopération internationale. Ce n’est manifestement pas évident pour les électeurs suisses. Il est cependant impensable de fonctionner en vase clos. La Suisse garde et attire dans la situation actuelle un surplus de chercheurs : 54% des docteurs diplômés en Suisse demeurent dans le pays qui jouit encore de 32% de chercheurs formés à l’étrangers et importés après leur doctorat. La qualité de la recherche helvétique est évidemment la raison de ce succès en plus d’un niveau élevé de salaires et de l’agrément de la vie. C’est cela qui est maintenant en jeu. Par exemple le programme ITER, visant à démonter la faisabilité de la fusion nucléaire, apporte au Swiss Plasma Center de l’EPFL de 7 ä 8 millions de francs chaque année. Si la rupture avec l’UE était consommée, le même programme ne pourrait être poursuivi qu’aux frais du contribuable suisse. Il doit le savoir et il devrait y réfléchir avant de glisser un bulletin dans l’urne.

L’opinion publique ne perçoit que les inconvénients du progrès technique, qui sont évidents : Hiroshima et Tchernobyl, le réchauffement climatique, la surpopulation, la mondialisation, la délocalisation, le déclin des espèces biologiques, etc…Le mouvement écologiste est né de cette constatation. Cela tient tellement de place que les avantages sont gommés. Ils sont cependant très réels comme la vaccination du Covid le démontre : elle n’est pas sans inconvénient mais elle constitue le seul moyen d’éradiquer le virus et de restaurer la vie d’avant.

Au vu de ces indices de désaffection de l’opinion publique à l’égard du Pouvoir et de la Science, ne serait-il pas urgent d’un faire un éloge raisonné et équilibré plutôt  que tant de critiques mesquines, de soupçons injustifiés, d’obstination populiste ? Nous allons vers une nouvelle confrontation entre savoir et ignorance, pouvoir et peuple sur l’urgence climatique. Il serait intéressant que le citoyen écoute aussi ceux qui savent et ceux qui décident, plutôt que des agitateurs irresponsables, sans aucun projet constructif. Nous ne vivons certes pas en démocratie représentative classique, mais en acratie. Encore faut-il que celle-ci soit bien tempérée. Sinon cela s’appelle l’anarchie. Et cela se paie comme les morts du Covid et les centaines de millions perdus pour la recherche. Comme le dit le proverbe latin : il est humain de se tromper et diabolique de persévérer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un clair-obscur législatif

 

 

Le 26 septembre nous voterons sur l’objet suivant. La Constitution est modifiée comme suit:

Art. 127a Imposition du revenu du capital et du revenu du travail

Les parts du revenu du capital supérieures à un montant défini par la loi sont imposables à hauteur de 150 %. Les recettes supplémentaires qui découlent de l’imposition à hauteur de 150 % au lieu de 100 % des parts du revenu du capital au sens de l’al. 1 sont affectées à une réduction de l’imposition des personnes disposant de petits ou moyens revenus du travail ou à des paiements de transfert en faveur de la prospérité sociale. La loi règle les modalités ».

C’est à la fois très précis sur un seul point (le revenu du capital est imposé 50% de plus que celui du travail) et absolument vague sur tout le reste. On ne sait ni ce que signifie le revenu du capital, ni quel montant sera fixé par la loi, ni comment l’argent collecté sera redistribué. Le parlement fédéral en décidera, en rajoutant peut-être une couche d’embrouilles. La majorité de droite et du Centre veillera à vider l’injonction constitutionnelle de sa traduction dans la réalité.

Comme un indépendant peut répartir librement son bénéfice entre salaire et revenu de son capital, on peut spéculer que cette dernière fraction sera réduite au minimum. Pour cette classe de contribuables, cette nouvelle législation ne rapportera pas grand-chose aux caisses publiques ou même rien du tout.

Restent les rentiers qui vivent de loyers, de dividendes et d’intérêts sur les valeurs mobilières. Dans la mesure où ils sont vraiment très riches, ils émigreront (en réalité ou en fiction) afin de bénéficier des recettes éprouvées de l’ingénierie fiscale. Comme ils sont devenus riches parce qu’ils ont réussi à échapper à la fiscalité, ils poursuivront dans cette voie.

Mais que deviendront les retraités de la classe moyenne qui se sont constitués un troisième pilier, trop modeste pour mettre en branle l’entremise des consultants fiscaux ? Ceux-là paieront vraiment. Et pour ceux qui n’ont qu’un deuxième pilier, leur caisse sera-t-elle taxée ? On ne sait pas. La seule réalité serait la baisse réelle des revenus de pensionnés.

L’inspiration de cette initiative est évidemment démagogique. S’il y a une majorité de citoyens qui n’ont que pas ou peu de capital, ils l’emporteront sur les autres. De la sorte, ils récompenseront la gauche. Celle-ci ne vise pas vraiment à réduire les inégalités, mais à fidéliser une clientèle d’électeurs, qu’il faut bien entendu maintenir dans la précarité. On peut donc spéculer que, si cette législation rapporte quoi que ce soit à la caisse publique, cela disparaîtra dans le brouillard des prélèvements obligatoires. La classe moyenne continuera à être écrasée par les prélèvements obligatoires.

Le but concret de la fiscalité est de prendre en charge les dépenses publiques. Que les riches supportent une charge plus élevée que les autres va de soi.  Et donc, le capital est taxé, ce qui est une singularité suisse, et le niveau de la taxation du revenu est très progressif. Il y a déjà une volonté de diminuer l’inégalité de revenu et de fortune. La singulière fiscalisation de la valeur locative constitue une autre imposition d’un revenu inexistant, un impôt réel sur un revenu fictif. De même que la législation actuelle considère comme un scandale d’habiter ses propres murs, la nouvelle législation sanctionnerait le fait de vivre de ses rentes, qui serait immoral, incivique, nuisible à l’économie.

Selon des estimations internationales, la lourde fiscalité existante établit une forme d’égalité en Suisse aussi bien qu’en Suède. Le but de l’initiative est donc différent : punir les riches, en les stigmatisant pour ce qu’ils sont et prétendument les réduire à l’égalité, sinon en réalité ce dont on peut douter mais surtout en fiction. C’est toujours Guignol qui rosse le gendarme. En somme, l’idéal des initiants est de considérer l’économie comme un jeu de Monopoly où l’on redistribue les billets à la fin d’une partie. Cela ne ferait pas partie de la vie sérieuse. Le capital serait obscène par sa nature même, il ne servirait qu’à entretenir une classe d’oisifs, il n’aurait aucune relation avec l’économie réelle, la création d’emplois, l’apparition de jeunes pousses, le progrès de la technique, l’allongement de l’espérance de vie.

Cette poussée actuelle de fièvre gauchiste appartient à une maladie infantile du socialisme. : « Toute classe, même dans les conditions du pays le plus éclairé, même si elle est la plus avancée et si les circonstances du moment ont suscité en elle un essor exceptionnel de toutes les facultés mentales, compte toujours et comptera nécessairement… des représentants qui ne pensent pas et sont incapables de penser. » Qui a dit cela?

 

La paix à Kaboul?

 

 

A Kaboul, la débâcle de l’Occident, prétendument chrétien, face aux talibans musulmans est un classique du genre, dont la première fût la conquête de Jérusalem en 1099 par les Croisés, assortie du massacre de la population civile toutes religions confondues. Ce plus long conflit du monde se poursuivra-t-il jusqu’à ce qu’une communauté réussisse à éliminer l’autre ? De son côté, l’Allemagne vient de se prononcer sur la légitimité d’Israël à se défendre contre les missiles de Gaza.  Le souvenir de ce que fut l’attitude de ce pays à l’égard des Juifs pèse lourd. Les échanges récurrents de bombes en Palestine ne sont que la lointaine séquelle de ce que fut l’antisémitisme des chrétiens pendant vingt siècles. L’acte fondateur de l’Etat d’Israël a été la Shoah qui fut l’aboutissement de plusieurs siècles d’antijudaïsme. Ces exemples, à côté de bien d’autres, démontrent que l’intrication du politique et du religieux produit le pire : le meurtre, l’attentat, la guerre, le génocide au nom de Dieu, qui deviennent des devoirs et non plus des péchés.

Les trois religions monothéistes ne peuvent s’empêcher de nourrir un conflit triangulaire. Il est insoluble parce qu’il se justifie au nom de Dieu, confisqué par chacune des religions. Les différents théologiens se rendent bien compte qu’il s’agit du même Dieu, mais ils prétendent chacun jouir d’une relation privilégiée, d’un fil direct avec le Ciel. Ils ne font pas la guerre eux-mêmes, ils la déplorent même benoitement. Mais en revendiquant chacun le monopole de la vraie religion, ils entretiennent la bonne conscience des combattants.

A un moment ou l’autre de leur histoire, toutes les religions ont été impliquées dans ce détournement spirituel. Et la guerre devient alors absolue, puisqu’elle ne se limite pas à un conflit d’intérêt, mais devient une croisade, laïque (le communisme, le nazisme) ou religieuse (Saint-Barthélemy, révocation d l’Edit de Nantes, djihad). Du XVIe au XVIIIe siècle, l’Europe a été le théâtre de cette folie. Un ultime avatar en Suisse est l’odieux et ridicule article de la Constitution fédérale interdisant la construction de minarets, et plus récemment l’interdiction de la burqa, encore plus mesquine La majorité du peuple suisse, qui ne pratique aucune religion, ne supporte pas qu’une nouvelle tradition surgisse en son sein.

Ne serait-il pas nécessaire de clarifier, de vérifier et de purifier ce que les hommes appellent religion ? Et cela vaut pour toutes les confessions, y compris le christianisme, avec ses différentes chapelles. Le critère d’une fausse religion ne serait-il pas sa prétention à être unique ? La marque des vraies religions ne devrait-il pas être la tolérance, l’humilité et le respect des autres confessions ?

Il faut que chaque croyant reconnaisse que tout autre croyant lui est semblable, ni inférieur, ni supérieur, mais distinct, inscrit dans une tradition différente, son frère dans la foi. Il n’est donc pas nécessaire ou essentiel de le convertir. La personne qui prétend avoir une ligne directe avec le Ciel est au bord de la folie et peut devenir meurtrière avec la meilleure conscience du monde. Elle finit par croire qu’elle garantit son salut éternel en supprimant les infidèles. Si elle croit en plus que ses meurtres lui assureront le paradis, elle devient un danger public.

Ceci vaut aussi pour ce qu’il faut bien appeler des religions laïques, qui nient la transcendance, et la remplacent par une idéologie : le racisme, le nationalisme, le marxisme, le productivisme, l’écologisme. Les sociétés évoluées négligent par trop leur hygiène spirituelle. Par un paradoxe révélateur, elles sont souvent crédules face à des superstitions grossières comme l’horoscope, la numérologie, la voyance, la télépathie, la géomancie, l’imposition des mains par un rebouteux. Elles sont tellement férues de rationnel, qu’elles succombent au déraisonnable parce que la Nature a horreur du vide. Elles suscitent en leur sein des jeunes affolés par leur vacuité spirituelle, qui se jettent dans le djihad en désespoir de cause.

Il n’y aura pas de paix entre les peuples s’il n’y a pas de paix entre les religions. Ou plus exactement si toutes ne conviennent pas qu’il n’y a qu’une seule religion universelle, qui inclut donc les agnostiques. Dès lors surgit une interrogation fondamentale : peut-on, doit-on organiser une Eglise quelconque sur un modèle centralisé ou bien faut-il accepter une diversité d’opinions et de pratiques, en fonction de la géographie ou de la sociologie ?

On sait par expérience qu’un modèle centralisateur de l’Etat est destructeur de l’unité réelle qu’il prétend incarner dans une uniformité de façade. Si l’on prétend imposer la même « religion » à un Suédois et à un Zaïrois, on court à l’échec, tant les cultures, les sensibilités, les circonstances sont différentes. Il serait temps que les prélats prennent la mesure des avancées de la société civile, qui est devenue plus tolérante, plus ouverte, plus bienveillante, plus respectueuse : en un mot plus chrétienne que certaines Eglises.

Nous sommes la première société où la plus large communauté est celle des incroyants et des non pratiquants de toute nature. Ils vivent en paix avec eux-mêmes parce que tout simplement ils vivent dans un pays en paix. L’Etat n’est pas organisé pour et par une coterie de riches et de généraux. Il existe une véritable solidarité à l’égard de tous les défavorisés, handicapés, pauvres, chômeurs, malades, personnes âgées, prisonniers. Ce n’est pas parfait, mais cela a le mérite d’exister. A la limite si certains, ravagés par une crise, ne parviennent plus à se nourrir, spontanément surgissent des distributions alimentaires. Le pouvoir ne se mêle plus de la sexualité des adultes consentants. La peine de mort et la torture sont abolies. Les femmes et les enfants sont moins maltraités qu’ils ne le furent ici et qu’ils ne le sont encore ailleurs. Ce sont autant de manifestations d’une véritable religion, celle qui relie entre eux tous les vivants.

 

 

Une votation saugrenue

 

Le droit au mariage, à l’union (nouveau) et à la famille est garanti. Les formes d’union régies par la loi sont ouvertes à tous les couples quels que soient leur sexe ou leur orientation sexuelle.

Tel est l’objet de la votation du 26 septembre.  En complément du partenariat enregistré, cette révision octroie aux personnes homosexuelles la naturalisation du partenaire et l’adoption conjointe, ainsi que le recours au don de sperme pour les couples de lesbiennes. Les deux chambres du parlement l’on soutenu y compris le PLR, le PS et Le Centre. Un comité interpartis, composé de représentants de l’UDF et de l’UDC, a combattu ce projet en lançant un référendum. En cas de vote positif pour la modification, la Suisse ne serait que le 29e pays en Europe à introduire le mariage pour tous  à l’échelle nationale. Selon les sondages, le oui serait acquis à plus de 60%. Le referendum UDC-UDF n’est donc qu’un combat d’arrière-garde voué à l’échec.

A quoi rime donc ce referendum ? Pour l’essentiel, à recruter des électeurs pour les deux partis qui l’ont soutenu. Et pour rien d’autre. Ce n’est plus un débat de société, car il est dépassé depuis longtemps dans l’opinion publique. Les arguments des référendaires sont pathétiques dans leur naïve formulation.

1/ « Seule l’union d’un homme et d’une femme permet de donner la vie, c’est pourquoi il faut protéger cette composante essentielle de la société et de l’État. » Ce type de raisonnement, porte un nom : la pétition de principe.  Dans l’hypothèse de la proposition, on suppose la thèse qu’on doit prouver. En plus, on glisse comme chat sur braise d’une évidence biologique à un argument sociétal. Or l’union entre deux êtres humais repose aussi, voire surtout, sur l’affectivité et ne se résume pas à la reproduction.

2/ « Le projet « Mariage pour tous » viole de ce fait l’art. 119 de la Constitution, car, pour les couples hétérosexuels, cet article autorise le recours à la procréation médicalement assistée uniquement en cas de stérilité ou de danger de transmission d’une maladie grave. À cet égard, considérer les couples de lesbiennes comme étant stériles va à l’encontre de toutes les définitions en vigueur. » Cette dernière affirmation est pour le moins étrange car elle suppose qu’un couple de lesbienne pourrait être fertile : le rédacteur a sans doute quelque lacune dans sa connaissance de la reproduction.

3/ « Un enfant a besoin d’avoir comme modèle parental un homme et une femme : en autorisant le don de sperme pour les couples de lesbiennes, la loi prive l’enfant d’un père. » Autre pétition de principe : si l’enfant a besoin d’un père, énoncé qui tombe du ciel, le mariage pour tous est évidemment invalide.

4/ « La gestation pour autrui, laquelle est discutable du point de vue éthique, pourrait constituer la prochaine revendication. » Ce procédé rhétorique s’appelle l’amalgame : la confusion délibérée de deux idées différentes afin de pousser l’interlocuteur à refuser ce qu’il pourrait accepter en lui faisant croire qu’il admet en fait autre chose.

Cette revue de sophismes est le sujet de ce blog. Il est donc vain d’entamer un débat sur le fond de ces quatre arguments, car leur forme suffit à les discréditer. Reste le dernier argument, le plus fort, pour refuser la modification de la Constitution. C’est une citation du Lévitique, XX,13 :« L’homme qui couchera avec un mâle à coucherie de femme, ils font une abomination, les deux. Ils sont mis à mort, leurs sangs contre eux. ». Selon 1 Corinthiens 6.9-10, l’homosexualité n’est qu’un des nombreux éléments de la liste d’actes qui empêchent d’entrer dans le Royaume de Dieu. Les deux testaments concordent. C’est sans doute l’argument sous-jacent à beaucoup de convictions individuelles. Il n’est pas possible de le réfuter pour un interlocuteur, croyant et fondamentaliste, qui considère la Bible comme la parole de Dieu lui-même. L’accepter signifie conformer nos lois actuelles à des prescriptions vieilles de vingt siècles ou plus, comme si la société n’avait pas évolué.

En revanche, il reste à énoncer l’argument majeur pour la modification : la loi est faite pour le peuple et non le peuple pour la loi. Si les Suisses ont fini par comprendre que l’homosexualité n’est ni une perversion, ni une maladie, mais une constante de la Nature, il faut logiquement accorder à cette minorité l’égalité avec la majorité. Tant il est vrai que l’ordre juridique suisse repose sur une conception forte de la démocratie qui n’est pas le règne d’une majorité mais le respect scrupuleux de toutes les minorités. Pour une raison simple : tout Suisse appartient toujours à une minorité linguistique, politique, religieuse, ethnique et pourquoi pas sexuelle. Le trait de génie helvétique a consisté dans cette attention farouche aux minorités alors que les pays voisins les persécutaient.

 

 

 

Pour ce qui est contre et contre ce qui est pour

« Les conseillers nationaux et conseillers aux Etats se font massivement vacciner. C’est ce qui ressort d’une enquête de Mise au Point. Sur l’ensemble des 246 parlementaires contactés, près de 200 ont accepté de divulguer leur statut vaccinal. Résultat : 92% des élus sont vaccinés, un taux largement supérieur à la moyenne suisse. A l’heure actuelle, un peu plus de 50% de la population suisse a reçu deux injections de vaccin contre le Covid-19. Parmi les 12 parlementaires qui refusent le vaccin, 11 appartiennent à l’UDC, le douzième est membre de l’UDF. A noter que 50 parlementaires ont refusé de répondre ou n’ont pas donné suite aux sollicitations de Mise au Point. » La TSR ne renseigne pas l’appartenance de ces 50 parlementaires mais on peut spéculer que le plus grand nombre appartienne à l’UDC, qui s’affiche ainsi comme le parti anti-vaccination.

C’est aussi le plus grand des partis. Sa base partage la même opinion ou, en sens inverse, le parti, qui n’avait pas de doctrine préalable sur le sujet, chercherait à agrandir sa base en se conformant à une tendance forte de l’opinion. Cela vaut donc la peine de mesurer à sa juste valeur cette opinion publique même si on la considère comme erronée et de démêler les motivations du parti.

De l’UDC, on attendait plutôt des prises de position nationalistes, conservatrices, paternalistes, traditionnalistes, qui ne peuvent dériver que vers le machisme, la xénophobie, l’intolérance, le racisme mais jamais vers une pratique médicale, apolitique par définition.  Or, sur les OGM et la transition climatique comme sur l’épidémie, les positions du parti sont similaires : le déni de réalité. Au-delà du fonds de commerce nationaliste, il existe donc une autre conviction, d’ailleurs partagée avec les Verts : tout ce que fait la Nature est bien fait, sauf l’Homme qui est une erreur. Le virus Covid est un agent de la Nature destiné à éliminer les humains, dont le système immunitaire est faible ou affaibli par l’âge et la maladie. En d’autres mots, ce virus est un facteur de renforcement de la race en la dépouillant de ses éléments les plus faibles. Telle est la première observation venant à l’esprit qui explique sans doute la plupart des prises de position.

On en voit une autre dans le degré de formation, qui est lié au taux de vaccination : plus élevé chez les médecins que chez les infirmières qui sont plus vaccinées que les aides-soignantes. Moins on en sait, plus on se méfie des innovations. L’UDC recrute largement dans les couches les moins instruites. En politique fédérale, elle favorise l’apprentissage plutôt que l’université. La percée spectaculaire des vaccins à ARN devient un argument pour les refuser.

Enfin, il reste une dernière explication, la méfiance congénitale de l’extrême droite à l’égard des institutions de la Suisse. Ancrées dans la démocratie, celles-ci constituent un rempart contre toute tentative de prise de pouvoir par une minorité d’activistes. Par réflexe face au « système », l’UDC est contre ce qui est pour et pour ce qui est contre. Comme tous les partis populistes, le parti se sait bloqué dans l’opposition et il agit en ce sens. Il critique tout ce qui donne prise, sans rien proposer comme alternative, puisque n’arrivant jamais au pouvoir absolu il ne devra résoudre aucun des problèmes latents. Or la vaccination constitue l’arme décisive pour se rapprocher de l’immunité collective, abandonner le masque, éviter les confinements, laisser travailler l’économie. Par réflexe oppositionnel, l’UDC est donc contre.

Telles sont les explications qui viennent à l’esprit pour comprendre cette dérive inattendue. Elles permettent de mieux analyser pourquoi une  grande fraction de l’électorat agit d’une façon, apparaissant irrationnelle, à ceux-là qui estiment la Raison au-dessus de tout. Or les passions sont un ressort bien plus assuré de la réussite en politique. Il n’y a donc rien d’étonnant au refus du vaccin par un parti, qui ne devra pas gérer les conséquences de sa position mais qui recueillera de ce fait  les suffrages des mécontents .

A Kaboul, c’est la chute de l’empire occidental

 

Certains s’étonnent que la chute de Kaboul ait été tellement rapide. C’est qu’elle était programmée. Seuls les soldats américains l’empêchaient. Avant eux, les soldats soviétiques avaient dû se retirer en 1989 et, bien avant, l’armée britannique en 1919. C’est maintenant l’ultime soubresaut du colonialisme, au sens profond du terme : l’Occident croit savoir mieux que le reste du monde ce qu’est une civilisation digne d’exister, la sienne ! Or, seules ses armées en sont garantes. La démocratie est inassimilable dans de nombreuses cultures, du moins dans sa version de représentation élective.

Les habitants de Kaboul, qui étaient plutôt défavorables à la présence de troupes étrangères, tremblent maintenant à l’idée de se retrouver sous la coupe des talibans. La démocratie n’est que rarement barbare, tandis que la dictature n’est jamais civilisée.  Les Afghans n’ont eu que le choix entre la peste et le choléra, mais tout compte fait ils préfèrent l’occupation par une armée indigène plutôt qu’importée

Sur la scène planétaire, la débâcle de Kaboul reproduit deux antécédents : la chute de Saïgon en 1975 après la défaite de Dien Ben Phu en 1954 ; l’exode des Pieds-Noirs en 1962. Plus les décolonisations africaines aux alentours de 1960 qui ne se sont pas toujours déroulées dans la sérénité. Plus l’abandon de Hong Kong dont les derniers sursauts se déroulent sous nos yeux. Quand l’armée française quittera le Sahel, un califat islamiste s’y instaurera. Et l’Europe ne sera plus qu’un promontoire de l’Asie. Elle intériorisera la parole de Valéry en 1919 : nous autres civilisations savons maintenant que nous sommes mortelles.

Alors que la planète était une colonie de l’Europe vers 1920, il n’en reste presque plus rien aujourd’hui. Tel est le destin de tous les empires. Ils finissent par s’effondrer comme si leur force évidente au niveau militaire dissimulait une faille secrète, une contestation entre le discours et la réalité. Le mur de Berlin s’est écroulé sous le poids d’une contradiction majeure : on n’assure pas le bonheur des citoyens en les empêchant de sortir du pays. C’était en fait du servage au nom de la liberté, comme si un mur pouvait ouvrir un espace.

En nos contrées, nous gardons le souvenir majeur de l’empire romain dont l’administration, les légions, les villes entourées de remparts se sont révélées impuissantes contre l’effondrement en 476. Des bandes mal organisées de Germains, de Parthes et de Berbères l’ont envahi sans rencontrer plus de résistance que lors de la capitulation de Kaboul. A vrai dire, la civilisation romaine n’était pas tellement civilisée : l’ordre y régnait pat la terreur, l’inégalité sociale était la règle, avec des esclaves traités comme du bétail.

Quelle est donc la faille actuelle de l’Occident, afin de la combler avant qu’il soit trop tard ? Au départ sans doute les deux guerres mondiales de 1914 et 1939, déclenchées pour des motifs futiles, débouchant sur un massacre généralisé. En défendant la culture française contre la prétendue barbarie teutonne en 1914, la République a sacrifié la vie de 1 700 000 jeunes Français, qui ont manqué dans la génération suivante. En prétendant défendre une nation, elle a fait disparaître une génération.  Combien de médecins, d’ingénieurs, de musiciens, d’écrivains ont disparu avant de produire une œuvre ? Et combien de filles se sont retrouvées sans maris ? Et combien d’enfant ne sont pas nés ?

En 1920 quatre empires belliqueux ont disparu, Allemagne, Autriche Hongrie, Russie, Turquie. Et en 1960 les empires britanniques et français. La faute de ces Etats fut l’exercice de la violence pour croitre. La force de l’acratie helvétique a été le retrait de la politique européenne dès le XVIIe siècle et le refus de toute expansion du territoire. Le déficit actuel de l’Europe est son incapacité de devenir un seul pays de taille comparable à la Chine ou aux Etats-Unis. La faute de la Suisse est de ne pas s’impliquer dans un tel projet pour lequel est la plus qualifiée : culture du fédéralisme, refus de la centralisation, neutralité, concordance, démocratie directe. Tous ces ingrédients sont indispensables pour bâtir une nation à partir de plusieurs. Ce sont autant de recettes politiques très subtiles que les Suisses sont parmi les rares à maîtriser.

L’Histoire est faite d’une succession de cataclysmes qui ont pour rôle de trier les bons et les mauvais systèmes politiques afin de sélectionner les meilleurs. Face aux vastes chambardements d’épidémie et de transition climatique, après la montée de l’océan, la fonte des glaciers, la sécheresse des terres agricoles, les migrations massives, il faudra être parmi les plus forts. Le serons-nous mieux tous seuls ou avec nos voisins ? L’Histoire tranchera, mais il ne sera pas possible de la réitérer : elle ne repasse pas les plats.