Une publicité en déroute

 

La Poste fait campagne pour inciter à accepter certaines publicités dans les boîtes aux lettres. Le géant jaune mène son offensive contre les autocollants “pas de publicité”, qui nuisent à son chiffre d’affaires. Sur l’ensemble du territoire suisse, 60% des boîtes aux lettres ne veulent pas de prospectus. Dès lors l’entreprise propose depuis 2016 de recevoir seulement certaines publicités. On peut cocher les thèmes qui intéressent : alimentation, animaux, mode, voire les entreprises elles-mêmes autorisées à envoyer de la pub. Car la Poste est un prestataire important de service pour la clientèle commerciale. Près de la moitié de son volume sont des envois non adressés, en grande majorité des publicités.

La Poste subit d’abord la concurrence d’Internet. Si l’on a besoin de quoi que ce soit dont on ne connait pas de fournisseur, l’information est à quelques clics. Elle est transversale et comparative. La publicité postale souffre de l’ambiguïté du concept. Non seulement elle propose des produits ou des prestations, mais elle a aussi pour but de créer ou d’étendre des marchés.

Telle est l’obligation du producteur de biens ou de services. Après avoir consenti un  investissement, il doit s’assurer d’un marché adéquat. Donc investir en publicité, qui doit séduire le consommateur potentiel en le prenant, sinon par l’intérêt et la raison, du moins par les sentiments, les sensations, les sens, en suscitant le désir et l’inscrivant dans l’inconscient. Cette publicité est à la fois indispensable à la survie de l’entreprise, à la préservation des emplois et nuisible à l’exploitation mesurée des ressources de la planète. Elle constitue une des contradictions de notre société : on ne réduira pas les gaz à effet de serre sans maîtriser les incitations à la consommation.

La religion de la consommation constitue l’exorcisme de notre époque, qui ne promet plus le ciel après la mort, mais l’abondance et le bonheur durant cette vie. Mais ce culte est ouvertement décrié par des mouvements d’opinion, comme les partis écologistes. Mettre un autocollant prohibant le dépôt de publicité est du dernier chic.

Consommer oui. Mais quoi. Et puis encore pourquoi ? Qu’est-ce que c’est qu’une société de consommation sinon celle d’un pays hautement développé au point de vue technique, capable de produire tout ce qui est nécessaire aux consommateurs en surabondance. Il n’est pas possible de vendre toujours davantage pour satisfaire les besoins élémentaires – se nourrir, se soigner, se loger, se vêtir, se chauffer, s’éclairer – au-delà de ce que requiert la physiologie. Il faut vendre de l’inutile pour éponger le pouvoir d’achat et créer des emplois. La mode vestimentaire est déjà un artifice pour dépasser ces bornes mais elle patine.

Le citoyen consommateur, surtout s’il vit dans une grande métropole, polluée ne trouve plus que son sort s’améliore au fil des ans. Sa nourriture ne lui procure plus les plaisirs simples de la nourriture traditionnelle et la mode bio a épuisé ses stratagèmes. La télévision diffuse toujours des séries débiles, des jeux crétins et des films usagés, interrompus par des publicités exaspérantes par leur rabâchage. La confection des vêtements est bâclée. On produit beaucoup mais des produits de basse qualité. Le niveau de vie monte apparemment parce que le pouvoir d’achat augmente mais ce que l’on achète ne vaut pas grand-chose et n’a rien à voir avec ce que les produits représentaient jadis.

Si la publicité était vraiment informative et non incitante, elle susciterait peut-être moins de réticence. En ces temps d’économie d’énergie ou de papier, la Poste pourrait entamer une réflexion sur un autre concept, plutôt que de s’en tenir à une formule dont les destinataires veulent de moins en moins.

 

 

Le problème insoluble

 

 

«  1.953migrants ont perdu la vie ou ont disparu en tentant la traversée de la Méditerranée au cours de 2022, a annoncé le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR). » Depuis le début la barre de 50 000 aurait été dépassée,

C’est plus que le nombre de Juifs refoulés à la frontière suisse pendant la guerre. Cela prépare donc d’exquis remords futurs, ceux qui arrivent trop tard pour ressusciter les morts mais à temps pour satisfaire des consciences délicates. Ces morts ne nous laissent pas indifférents, puisque nous nous lamentons en temps réel.

A titre d’utopie, on pourrait envisager une politique de large accueil à l’égard de tout requérant d’asile politique ou de réfugié économique : après tout, que l’on meure de faim, de maladie ou sous les balles, le résultat est le même. Mais il s’agit d’une illusion puisque l’Europe ne pourrait pas accueillir les quelques dizaines ou centaines de millions d’Africains qui désirent quitter leur continent.

Le défi consiste à les débarrasser de cette pulsion, qui les pousse à risquer leur vie, en améliorant leurs conditions de vie dans leur pays d’origine. Mais comment ? Car la gouvernance de l’Afrique laisse à désirer : corruption, guerres civiles, famines, pénurie de soins de santé, illettrisme, pauvreté.

L’utopie symétrique consisterait à retourner à une forme légère de colonisation. Certes, durant la première moitié du siècle passé cette administration forcée a assuré la paix entre les ethnies, l’amélioration de la santé, de la formation, du niveau de vie des populations colonisées. De cette époque datent hôpitaux, écoles, routes, ports, aérodromes. Néanmoins ces progrès matériels furent ressentis comme une consolation dérisoire au regard de la perte de liberté et de dignité des Africains, qui déclencha la vague de décolonisation à partir de 1960.

Il est trop tard pour déplorer aujourd’hui les relations qui furent celles de l’Europe et de l’Afrique. La colonisation était sans doute une erreur mais la décolonisation précipitée et improvisée l’aggrava. Les Africains en sont réduits à détester leurs propres gouvernements et à fuir leur pays, sans trouver de pays accueillant.

La mauvaise solution (qui sera choisie) consistera à fortifier les frontières de l’Europe par des barbelés, des patrouilles, des miradors, des radars. Le problème restera entier : en supprimant la possibilité de s’évader de l’Afrique, l’Europe choisira de les laisser dépérir sur place plutôt que de se noyer en vue de ses rivages. Comme cela posera moins de problème de conscience, c’est sans doute le but de l’opération médiatique et politique.

Mais l’Europe se contredit ainsi. La loi internationale oblige tout navire voisin à se porter au secours d’une embarcation en péril, de sauver les passagers et de les débarquer dans le port le plus proche. C’est ce que les marines nationales ne font pas, c’est ce qu’on interdit de faire aux vaisseaux des ONG.

Et donc, il n’y a pas de solution, sinon des bonnes paroles et des lamentations à profusion. Il faut admettre qu’en politique il existe des problèmes sans solutions acceptables. C’est une leçon salutaire. A forcer un résultat, on ne peut qu’empirer la situation. Il faudra supporter indéfiniment un malaise hérité d’un passé lointain. Comme le dit Jérémie : « Les pères ont mangé des raisins verts, Et les dents des enfants en ont été agacées. »

 

 

Une dérive politique

 

 

Le Conseil d’Etat genevois vient de refuser l’élection d’Eric Bauce comme recteur de l’université. Ce ne sont pas ses capacités de chercheur ou de gestionnaire qui sont mises en doute, mais son origine. Un Québécois est par nature inapte à diriger l’université de Genève, il lui manque cette subtilité qu’engendre le séjour dans la cité de Calvin, il parle le français avec un accent picard, en un mot c’est un étranger.

Or, nous sommes familiers avec le principe de séparation des pouvoirs. Même un conseiller d’Etat n’a pas à influencer le verdict d’un juge. L’idée est de fractionner le pouvoir pour éviter que l’on en abuse. Les dictateurs finissent dans un accès de folie paranoïaque. Dans l’acratie helvétique cela ne peut arriver car personne n’outrepasse ses prérogatives.

Ce qui est vrai pour les pouvoirs traditionnels, exécutif, législatif, judiciaire devrait l’être tout autant pour la séparation du politique et du scientifique. Ainsi le Conseil des EPF nomme les professeurs, sans que le Conseil fédéral n’intervienne. Pourquoi ? Parce qu’il est incompétent en matière scientifique. Parce que le passeport d’un professeur n’a aucune importance. Parce que les EPF doivent être excellentes et que tout doit être sacrifié à la qualité scientifique.

Il est très difficile d’expliquer à qui n’est pas du métier académique que chaque profil de candidat à un poste de professeur, a fortiori de recteur ou président,  est singulier et qu’il est impossible de commencer par établir entre deux candidats qu’ils seraient : ““A valeurs analogues, à profils d’excellence comparables, à qualités scientifiques et humaines proches, voire similaire” et de donner ensuite en toute bonne conscience la priorité à un candidat national. Pendant longtemps ce mécanisme a joué dans la plupart des universités européennes et j’en fus moi-même la victime dans mon propre pays où la règle était de nommer quelqu’un de la même province!

Il est aussi difficile d’expliquer que d’une certaine façon, les universitaires, comme les artistes d’ailleurs, ont une nationalité seconde, bien plus forte que celle de leur passeport. Une carrière et une réputation se construisent dans le monde entier. Les bonnes revues scientifiques sont internationales. Un candidat qui n’a jamais travaillé en dehors de son université d’origine et qui n’a jamais publié que dans des revues locales est douteux a priori et à juste titre, tout comme un musicien qui n’aurait jamais donné de concert que dans sa ville natale ou un comédien qui n’aurait jamais joué que dans un seul théâtre.

Cette mondialisation de la science repose sur une évidence : la recherche progresse dans plusieurs pays et un fragment de connaissance obtenu quelque part n’a pas de passeport. Notre physique a reçu des apports anglais, français, allemands et américains, mais elle est une et cette unité est sa véritable marque. Il faut le délire nazi ou soviétique pour promouvoir une science nationale

L’EPFL a abondamment bénéficié d’un président fribourgeois et médecin après trois présidents tous vaudois et ingénieurs. La nomination de Patrick Aebischer, médecin sans expérience de gestion institutionnelle et extérieur au milieu technique à la tête de l’EPFL a suscité des réserves. Des industriels en vue, ont émis publiquement leur réticence. Celles-ci ont produit une vacance de pouvoir d’un peu plus de deux semaines, avant que Patrick Aebischer n’obtienne gain de cause et ne prenne ses fonctions, avec l’équipe qu’il avait choisie, le 17 mars 2000. Mais l’expérience ultérieure a tranché. De 2000 à 20016, Patrick Aebischer a transformé une respectable école d’ingénieur romande en une université de technologie de réputation mondiale.

La nationalité du futur recteur de Genève est donc le type même de faux problème par lequel des mal placés essaient de se pousser. Parler de “ségrégation internationaliste” est une contradiction dans les termes puisque l’internationalisme consiste précisément à ne pas établir de ségrégation sur base du passeport, qui ne dit rien de la qualité du candidat et tout du hasard de sa naissance.

Le refus du Conseil d’Etat sera connu dans le monde scientifique international et détournera des candidats prometteurs de s’orienter vers l’Université de Genève. Celle-ci est maintenant contrainte de « choisir » un candidat local alors que, lors de l’ouverture du poste, il n’y en avait qu’un seul. Quelle personnalité crédible va-t-elle abandonner sa carrière de chercheur pour se consacrer à cette mission suicide ? Ce n’est jamais gratifiant de représenter le second choix. Quel ascendant pourra-t-elle exercer sur ceux qui ne l’ont pas élu ?

La meilleure réponse du berger à la bergère consisterait pour le corps académique genevois de s’abstenir de tout choix et d’en déléguer la responsabilité au Conseil d’Etat.

 

 

 

L’avenir à reculons

 

Initiative, contre-projet du parlement, referendum contre le contre-projet. Une routine classique en politique suisse. Mais l’objet est maintenant capital : la transition climatique, le plus grand défi du siècle :

« La Suisse va devoir se prononcer par referendum le 18 juin sur le contre-projet du Parlement à l’initiative sur les glaciers Il prévoit le remplacement des chauffages polluants, l’assainissement énergétique des bâtiments et une offensive sur le solaire qui facilitera la construction de grands parcs solaires alpins. »

Les initiants décrivent ce contre-projet comme « toxique » pour l’économie. Atteindre la neutralité carbone en 2050 signifie effectivement interdire le mazout, l’essence, le diesel et le gaz. Le chauffage et la conduite automobile ne seraient plus possible qu’avec l’électricité. Il n’y a pas d’échappatoire possible à ce défi. Si en 2050, on brûle encore des combustibles fossile, la situation du climat sera hors de contrôle. C’est cela qui  sera vraiment toxique.

Pour fournir une demande croissante d’électricité, le parlement a d’ailleurs ajouté une prescription sur le solaire au contre-projet. Les nouvelles constructions d’une surface au sol supérieure à 300 m2 devront se munir de panneaux photovoltaïques. Les grands parcs solaires alpins pourront obtenir une aide fédérale.

Dès lors que s’ébauche enfin un brouillon de plan fédéral à long terme, comment peut-on encore s’y opposer ? Comment un tel aveuglément est-il possible ? Comment peut-on céder à une aussi basse démagogie ? D’autant que l’année 1922 n’a pas été avare de catastrophes climatiques donnant un avant-goût de ce qui va advenir.

Jadis les populistes ont commencé par prétendre qu’il n’y avait pas de réchauffement climatique, puis quand cette posture est devenue impraticable, par affirmer que ce qui se produit n’est pas dû à des causes humaines. Cela semble être la position de repli sur laquelle se jouera le référendum de juin prochain. Soutenir qu’il est possible, voire indispensable de continuer à brûler des combustibles fossiles sans inconvénient aucun.

C’est nier l’influence des gaz à effets de serre sur le climat, une chaine causale pourtant établie au-delà de toute contestation. Comment est-il possible de promouvoir une politique en niant l’évidence ?

L’explication est simple. Le but du populisme n’est absolument pas de résoudre les défis tels qu’ils se posent en réalité, mais tels qu’ils sont perçus par la masse des électeurs, dont la formation scientifique est évidemment lacunaire. On peut donc prétendre n’importe quoi dans le débat politique, aussi bien pour le réchauffement climatique que pour la vaccination contre le Covid ou l’envoi d’armes à l’Ukraine. Cela procède d’une analyse cynique mais tout à fait réaliste de l’opinion publique. En y additionnant des campagnes de méfiance à l’égard des « élites », on ruine lentement l’édifice démocratique et on se rapproche du pouvoir illibéral.

L’exemple de Bolsonaro et de Trump démontre qu’une telle campagne de communication dégage une majorité électorale. Celle-ci acquise dans les urnes, une seule fois de justesse, le pouvoir devient définitivement la propriété du leader charismatique, propulsé par son identification aux craintes de la majorité. Il suffit ensuite de lancer des émeutiers à l’assaut des bâtiments qui sont le siège du pouvoir. La Suisse sera-t-elle indemne de cette contamination ? Rien ne serait plus dangereux que de le croire. La démocratie n’est pas douée d’immortalité. Nous ne sommes pas démocrates de droit divin. Il a déjà fallu protéger le Palais fédéral par des grillages contre des émeutiers.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’UDC montre à nouveau qu’elle ne prend pas au sérieux la crise énergétique et climatique, a déploré dans un communiqué l’Association suisse pour le climat. Elle regrette que le vote à venir, qui devrait avoir lieu le 18 juin 2023, retarde le changement de loi.

 

Pénurie de médecins suisses pendant dix ans encore

 

Il suffit de se brancher sur les actualités pour enregistrer deux nouvelles dont la juxtaposition suscite d’étranges réflexions. Pourquoi la Suisse décide-t-elle de former trop peu de médecins (ou s’abstient de corriger la situation) ? Cinq réponses :

1/Personne ne sait ou personne ne veut savoir.

2/ La Confédération ne serait pas habilitée

3/ Les cantons universitaires n’auraient pas les ressources

4/ En formant moins de médecins, on croit qu’on contiendra les primes d’assurance maladie

5/ Le personnel médical poursuit une vocation, ce qui permet de l’exploiter sans risques.

Rappelons encore que plus du tiers des médecins pratiquants en Suisse ont été formés à l’étranger et qu’il faut dix ans pour qu’un étudiant devienne opérationnel. La situation actuelle perdurera donc jusqu’en 2033.

 

Pénurie de médecins

Des médecins urgentistes tirent la sonnette d’alarme dans la presse dominicale. “Nous sommes au bord de l’effondrement”, déclare le coprésident de la Société suisse de médecine d’urgence Vincent Ribordy. “L’ampleur actuelle de la charge de travail est sans précédent”.

14’779 emplois sont actuellement à repourvoir dans le secteur des soins. 3904 médecins sont également recherchés.

Le problème, qui est d’ampleur nationale, est “lié au fait que nous n’avons pas assez de personnel”, abonde dans le même sens le médecin-chef au service des urgences du Centre hospitalier du Valais romand, Vincent Frochaux. Illustration du manque de personnel, le site de Martigny du Centre hospitalier du Valais romand a dû d’ailleurs fermer ses urgences la nuit.  Vincent Frochaux parle d’un “cercle vicieux”. “Des gens expérimentés partent parce qu’ils sont fatigués. Ils sont remplacés par des personnes plus jeunes, qui ont moins d’expérience et qui prennent donc plus de temps pour accomplir les mêmes tâches. Du coup, la charge de travail se reporte sur le personnel plus aguerri, qui se fatigue

Outre un risque d’erreur plus élevé, la situation actuelle conduit à un traitement parfois indigne des patients, note Vincent Ribordy, avec de longs temps d’attente et une augmentation de la mortalité et de la morbidité. “Dans certains cas, l’anesthésie ne peut être réalisée qu’à l’aide de gaz hilarant ou d’opioïdes, car le personnel formé pour l’anesthésie fait défaut”.

Selon le coprésident de la Société suisse de médecine d’urgence, les collaborateurs souffrent de démotivation, de dommages moraux ou psychiques ou de burnout et tournent le dos à la profession pour cette raison.

« Chez nous aux urgences, un chef de clinique travaille par exemple 50 heures par semaine, dont quasiment 65% sont effectuées dans des horaires compris entre 19h00 et 07h00, ainsi que les jours fériés et le week-end”.

()RTS)

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Limitation du nombre d’étudiants

Au vu du nombre d’inscriptions parvenues dans les délais à la Conférence des recteurs des universités suisses (CRUS), la CUS recommande à nouveau de limiter pour l’année académique 2013/14 l’accès aux études de médecine humaine, dentaire et vétérinaire dans les Universités de Bâle, Berne, Fribourg et Zürich. Un test d’aptitudes réalisé en français, en allemand et en italien aura lieu, par conséquent, le 5 juillet 2013 pour les personnes inscrites dans ces disciplines.
3’270 personnes se sont inscrites aux études de médecine humaine pour la rentrée 2013 dans les quatre universités pratiquant le numerus clausus. Le nombre d’inscriptions est de 396 pour les études de médecine dentaire et de 478 pour les études de médecine vétérinaire. Malgré le retrait prévisible avant le test d’environ 20% des candidats, on doit s’attendre à un dépassement des capacités d’accueil en première année qui ne pourra pas être résolu par des transferts opérés avant le début des études.

A l’Université de Genève, les capacités d’accueil en médecine humaine sont dépassées de 32% (soit 530 inscriptions pour 400 places). Entre 2010 et 2012, les candidats aux études de médecine ont passé le même test d’aptitudes que leurs collègues alémaniques, à la différence près que les résultats n’avaient qu’une valeur indicative et non pas sélective. En décembre 2012, le Département de l’instruction publique du Canton de Genève et l’Université de Genève ont décidé de renoncer à ce test dès la rentrée académique 2013.
Les capacités d’accueil en médecine humaine sont également dépassées dans les Universités de Lausanne (+80%, 539 inscriptions pour 300 places) et Neuchâtel (+82%, 100 inscriptions pour 55 places).

(Etudiants.ch)

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Le contredit de l’immigration

 

« En 2023, la Suisse devrait franchir la barre des 9 millions d’habitants. Cet accroissement beaucoup plus rapide qu’ailleurs en Europe s’explique par une forte immigration, au point de devenir l’un des thèmes de la future campagne pour les élections fédérales, avec en tête l’UDC qui fustige “une immigration démesurée”. Le premier parti de Suisse souhaite bruyamment freiner cette évolution. Or, il n’en est rien.

Ce parti de droite peut inscrire cette revendication si populaire dans son programme électoral, tout en étant persuadé que ce n’est pas possible. Car sans immigration, pas de croissance économique. La décroissance est un thème électoral pour la gauche, pas pour la droite. Contrôler l’immigration en Suisse constitue donc une contradiction dans les termes, un déni de réalité, un argument démagogique.

Comme le Canada, la Suisse est une terre d’immigration dont la population est composée à 30% de personnes nées en dehors du territoire. Cela provient en partie d’une démographie indigène déclinante. Depuis 2009, l’indicateur conjoncturel de fécondité avoisine 1,5 enfant par femme, alors que le niveau de remplacement n’est atteint que si les femmes ont en moyenne 2,1 enfants. Sans une immigration annuelle de l’ordre de 40000 par an, la Suisse entrerait en déclin démographique et donc en décroissance économique. On estime déjà aujourd’hui qu’il manque 100 000 travailleurs pour occuper les postes disponibles.

L’immigration actuelle en Suisse n’a rien à voir avec celle de jadis. Presque 60% des immigrés récents ont un diplôme universitaire. Dans certaines professions le pays ne pourrait pas se passer de ce personnel qualifié. L’exemple le plus démonstratif est celui des médecins. Ainsi, 37,4% des médecins actifs en Suisse ont un ­diplôme acquis à l’étranger alors que les proportions ne sont que de 11,5% en France et en Allemagne. Nous avons décidé délibérément de ne pas former assez de médecins, en s’imaginant que cela freinerai les coûts de la santé, tout en se gardant de fermer le territoire aux diplômés étrangers, dans un accès d’aveuglément à peine concevable. On empêche de jeunes Suisses de suivre leur vocation pur l’accorder aux étrangers. Car, certaines années on en est arrivé à distribuer plus d’autorisations de pratiquer en Suisse à des médecins allemands que de diplômes à des Suisses. Si l’on considère froidement cette pratique, elle revient à faire des économies importantes sur le coût de la formation, en se reposant sur l’attirance des hauts salaires suisses. Il est cynique pour la droite de créer au niveau politique un irrésistible appel à l’immigration, tout en spéculant en même temps sur sa crainte par les électeurs, pour en bénéficier lors des élections.

Toutes spécialisations incluses, la proportion d’universitaires parmi les ressortissants de l’UE résidants en Suisse est plus élevée que celle des citoyens suisses. Au niveau médian d’autre part, la Suisse est toujours autonome, grâce à la formation duale. L’immigration ne fournit plus tellement de main d’œuvre non qualifiée, mais surtout les cadres que le pays se refuse à lui-même.

Ce diagnostic de  Marco Chiesa est donc erroné :  “La Suisse est un petit pays. Elle ne peut pas se permettre d’arriver jusqu’à 10 millions de personnes. …On est en train de perdre du revenu par tête et cela signifie que nous sommes en train de perdre notre bien-être.” C’est on ne peut plus faux.

En réalité le revenu des immigrants universitaires étrangers hautement spécialisés est plus élevé que celui du technicien suisse, mais c’est le résultat d’un choix délibéré. Il n’est marqué nulle part que le pays ne peut accueillir 10 millions d’habitants. La densité de la population est actuellement de 216 personnes au km2 contre 506 aux Pays-Bas. La Suisse joue le même rôle que la Californie pour les Etats-Unis, celui d’un territoire prospère grâce à sa technologie avancée. Mais bien évidemment il faut recruter ces talents sur un territoire plus vaste, non seulement toute l’Europe, d’où la nécessité d’Erasmus et d’Horizon, mais le monde entier. Prétendre par ailleurs que c’est une calamité pour exciter la xénophobie est un calcul cynique et dangereux.

En politique, toute contradiction révèle une faille secrète dans la motivation. Les notables, professions libérales et entrepreneurs, souhaitent à la fois que la Suisse soit prospère pour qu’ils le soient eux aussi de plus en plus, mais en même temps que leur classe sociale garde son privilège, en n’étant pas concurrencée par trop d’étrangers compétitifs. Elle doit donc tenir un double discours : prétendre limiter l’immigration et se garder de le faire. C’est pourquoi nous atteignons 9 millions d’habitants en feignant l’irritation.

 

Une proposition aberrante

 

 

« Selon un projet du Conseil d’Etat neuchâtelois, la taxe d’études semestrielle grimperait de 425 à 720 francs pour les étudiants suisses, Pour les étrangers, le total grimperait de 790 à 970 francs. Pour rappel, le gouvernement neuchâtelois a annoncé mi-décembre proposer au Grand Conseil de verser 50 millions par an, pour un budget annuel de 140 millions. »

Cette ponction sur le budget des familles d’étudiants est tout d’abord inutile : 4500 étudiants rapporteraient quelques dizaines de milliers de francs, moins d’un millième du budget annuel de l’université.  Mais soustraire deux cents francs à un budget étudiant, c’est significatif. Cela se conforme ä une vieille règle cynique : il faut surtout taxer les pauvres même s’ils n’ont pas d’argent parce qu’ils sont les plus nombreux.

Cette taxe augmentée s’inscrit en contradiction avec une situation de crise du personnel qualifié à tous les échelons : médecins, ingénieurs, informaticiens, commerciaux, personnel de restauration ou d’hôtellerie…A moins de supposer avec le Conseil d’Etat neuchâtelois que son université ne forme pas de personnel indispensable, c’est-à-dire qu’elle produit des diplômés de luxe, il y a là une contradiction évidente.

La force d’une économie repose dans sa disponibilité en personnel qualifié, soit qu’il soit formé dans le cadre national, soit qu’il soit importé de l’étranger. A ce titre la taxe plus élevée pour les étudiants étrangers relève de l’aberration financière. Elle est généralement justifiée par le fait que les parents de ces étudiants ne paient pas d’impôts en Suisse et ne financent donc pas par leurs contributions les universités suisses. C’est oublier que la Suisse n’a pas dû financer leurs études primaires et secondaires et qu’elle bénéficie d’un apport humain gratuit, considérable et bien nécessaire.

On a entendu souvent à Berne la rengaine que la Suisse possède tellement de scientifiques de haut niveau qu’elle peut se passer de l’apport étranger, en particulier de la participation à Horizon Europe doté d’une centaine de milliards d’euros et créant des synergies entre groupes de recherche sur le plan international. La proposition neuchâteloise s’inscrit dans une longue campagne de méfiance à l’égard de la science.

Cela vaut donc la peine de rappeler et de préciser ce que la science internationale signifie aujourd’hui dans l’économie du pays. Elle conditionne l’innovation dans les firmes établies et par le surgissement de jeunes pousses (dites start-up en globish). Elle maintient ainsi la compétitivité d’un pays comme la Suisse caractérisé par des salaires élevés et une main d’œuvre très qualifiée. Si la science suisse déclinait, l’économie en pâtirait. Pas tout de suite, mais à l’échelle d’une génération lorsque le dynamisme acquis par la recherche en Suisse se sera affaibli. Il a fallu du temps pour la porter à son niveau actuel dont elle ne descendra que lentement, au point que cela ne sera pas remarqué avant qu’il soit trop tard.

Il ne suffit pas de financer la recherche comme si c’était une activité manufacturière dont on améliore forcément la productivité en réformant l’équipement technique. Il y a dans la science une dimension impalpable, comme dans la culture ou dans la religion. Il y faut des esprits entrainés aux disciplines fondamentales mais aussi stimulés par une tendance à remettre en question les évidences les mieux établies. Cela ne se mesure pas, cela se gagne et se perd sans qu’on le sache.

Il n’y a pas de science nationale qui puisse subsister sans contact informels et officiels avec le reste de la planète. Le meilleur contre-exemple en est la Russie. Durant la guerre froide, les scientifiques russes ne participaient pas aux colloques internationaux, tout simplement parce que le pouvoir soviétique craignait de ne pas les voir revenir s’il les laissait franchir le Rideau de Fer, cette vaste clôture destinée à enfermer ses esclaves.

Durant un colloque, de nombreuses communications sont présentées à la tribune. Certes, les textes sont publiés et à disposition de tous, même des chercheurs colloqués en Russie. Mais ceux-ci manquent les contacts informels avec leurs collègues des pays libres. De même ils ne seront pas invités dans les universités étrangères. Or, ce qu’il y a de plus précieux dans la recherche, ce qui permet aux uns de progresser là où d’autres stagnent, relève des secrets de fabrication de la science. Ce sont des non-dits dans certaines enceintes parce que cela va de soi, que tout le monde est au courant, que c’est tellement évident que cela ne vaut pas la peine d’en faire part dans une publication. La seule façon de l’apprendre est de séjourner dans ce laboratoire étranger et de maintenir un contact étroit avec ses chercheurs.

Ce furent les fonctions remplies par Erasmus et Horizon. Il ne suffit donc pas de financer des activités dans des universités suisses pour pallier la perte d’Horizon. De même les étudiants ne se déplaceront plus aussi facilement qu’avec Erasmus parce qu’il faudra que chaque université suisse négocie avec l’étranger pour cet échange. Et enfin les étudiants étrangers auront moins tendance à passer une année dans une université suisse, surtout s’ils sont stigmatisés par des taxes plus élevées comme si on ne les acceptait qu’à contrecœur.

Les parlementaires fédéraux ont bien compris que la science influence de plus en plus la politique parce qu’elle établit des faits que l’on ne peut plus ignorer en établissant une politique. C’est donc une perte croissante de leurs pouvoirs. Il est devenu impossible de nier le réchauffement climatique. Il est devenu insensé de prétendre que l’épidémie ne peut être combattue par la vaccination de masse. Il est devenu absurde de refuser la vente d’armes à l’Ukraine. Or, les faits sont têtus et les idéologies de droite et de gauche servent de moins en moins à les dissimuler. Jadis le Baron Louis, ministre français des finances, énonça sa doctrine « Faites-moi une bonne politique et je vous ferai de bonnes finances ». Aujourd’hui on peut ajouter : « Faites-moi une bonne politique  et je vous ferai une bonne science ».

 

 

Les avantages de la capitulation

 

 

Le principal intérêt d’un blog n’est pas le texte de son auteur, car celui-ci poursuit une ligne constante qui finit par être bien connue : il se répète indéfiniment jusqu’à radoter. En revanche les commentaires sont si riches de découvertes, qu’ils soient positifs ou négatifs, surtout quand ils sont à la limite de la pertinence. On y découvre ce que pense le vaste peuple ou du moins une de ses fractions.

Dans la configuration des avis politiquement incorrects, il faut isoler les ennemis de l’Ukraine. Ils sont agacés par la résistance de celle-ci, vomissent Zelenski, cherchent à prouver que la Russie n’est pas l’agresseur mais qu’elle se défend contre une attaque sournoise de l’Otan. Si Kiev avait été prise dès le second jour et qu’un régime fantoche à la dévotion de Moscou y avait été installé, il n’y aurait pas eu de guerre. Les Ukrainiens ont eu le grand tort de ne pas se laisser faire, ce qui nous eut épargné quelques inconvénients à nous Suisses, neutres et fatigués de ces querelles de l’Est. Il y a tellement plus de dictatures que de démocraties dans le monde qu’une de plus ou de moins ne nous empêche pas de dormir tranquille. Tandis qu’une guerre en Europe ! Elle perturbe la plus sereine des digestions, elle pourrait entrainer des coupures de courant.

Deux citations parmi les plus récentes :

« le clown sanglant Zelensky pousse la pitrerie sinistre jusqu’à proposer de retirer le droit de veto à la Russie, voire l’exclure de l’ONU ». Si c’est un clown cela signifie qu’il est incapable de remplir sa fonction de chef d’Etat, s’il est sanglant c’est qu’il est le responsable de cette guerre. Bien qu’il soit impossible d’éjecter la Russie de l’ONU, c’est cependant ce qu’il faudrait faire pour garder l’enseigne de Nations Unies

« la haine contre les Russes est encouragée; la haine contre les Chinois est institualisée. Un gouvernement qui n’a plus que la haine pour distraire les foules, sans même le pain et le jeu, court à sa perte. » J’ai beau lire trois quotidiens et suivre les bulletins d’information télévisés, je n’ai jamais lu ou ouï la moindre suggestion de haïr qui que ce soit. J’ai entendu en revanche des exhortations à bien distinguer les peuples de leurs gouvernements. Ce dernier commentaire, inventé de toutes pièces, vise à imputer le déclenchement de la guerre à l’Occident. Poutine, dont on connait assez la délicate sensibilité, est acculé par tant de haine et il serait en état de légitime défense. Au fond, il est un attaquant attaqué, si vous êtes assez finaud pour comprendre cette nuance

Il existe donc, même en Suisse, un parti qui souhaite secrètement passer de la démocratie à la dictature.  Il existe des sectes fascinées par le Moyen Âge. Il existe des personnes partisanes de la violence. Il existe des ennemis du genre humain, qui jubilent d’en voir des individus massacrés. Il existe des antagonistes de l’Islam, des dénigreurs d’homosexuels, des partisans de la prostitution, des fanatiques de la rétrogradation historique, des opposants à la solidarité. En certains cas, ils peuvent rassembler une majorité en votation.

Car tel est bien l’objet de la guerre d’Ukraine. Elle est l’équivalent de ce que fut la guerre civile espagnole comme prélude à la seconde guerre mondiale, comme avertissement que la liberté de tous était menacée. Churchill a adopté la même posture que Zelenski. Il fut pour les nazis l’équivalent d’un « clown sanglant », par son obstination à se battre, alors que tout semblait perdu. La France en majorité se rangea sous l’égide de Pétain, en déplorant l’entêtement de Charles de Gaule, un autre Zelenski.  Et la Suisse de l’époque joignit le général Guisan. Le ferait-elle encore ?

Si les hordes de mercenaires tchétchènes et bouriates, appuyées par les repris de justice extraits de prisons russes,  arrivaient par extraordinaire à nos frontières, que faudrait-il faire ? Telle est bien la question.

 

 

 

 

 

 

 

 

La paix conviviale

 

 

Dans l’évaluation maniaque des équilibres au Conseil fédéral, on s’occupe de la langue, du sexe, du parti, du canton, de la ville ou de la campagne, mais on ne parle plus de religion. Ce n’est pas de la tolérance à vrai dire mais plutôt de l’indifférence. Qu’un conseiller fédéral soit catholique ou protestant, croyant ou incroyant, cela ne signifierait plus grand-chose au niveau politique.

Cela ne fut pas toujours le cas. Le Sonderbund  était une ligue sécessionniste des 7 cantons catholiques conservateurs, qui a menacé la Confédération entre 1845 et 1847.  En 27 jours le Sonderbund, nettement inférieur en hommes et en armes, est vaincu : le coût de ce combat fratricide est de l’ordre de 100 morts, soldats suisses tués par des soldats suisses. En 1848 la première constitution instaure un Etat fédéral et met un terme à l’indépendance quasi totale des cantons suisses. Les Jésuites sont tenus à l’écart de la vie publique, puis leur bannissement du pays sera ordonné par la deuxième constitution de 1874.

Ce passé est révolu et même difficielement compréhensible aujourd’hui Un exemple extrême de réconciliation entre les deux confessions est donné par une fraternité œcuménique apparue tout naturellement dans cette petite commune blottie à Romainmôtier au pied du Jura dès 1972, voici un demi-siècle déjà. Elle a comporté des religieuses catholiques et réformées, des laïcs des deux confessions. Elle a bénéficié de la bienveillance des deux Eglises. L’évêque a fermé les yeux en conseillant simplement de ne lui demander aucune autorisation.

En communion avec les Eglises chrétiennes d’Europe et de Suisse, les membres de la Fraternité de prière œcuménique s’engagent à prier pour l’unité des chrétiens dans l’Eglise de Jésus-Christ. Les offices ont lieu du mardi au samedi. Offices hebdomadaires particuliers :le jeudi soir à  une Eucharistie est célébrée durant l’office.

Comme la Cène ou la messe est célébrée en alternance par un pasteur ou un prêtre, le refus ordinaire de l’intercommunion est spontanément dépassé. Rappelons que les fidèles catholiques sont priés de ne pas participer à la Cène et que les fidèles protestants ne sont pas accueillis officiellement à la communion durant une messe.  Sans s’embarrasser de ces querelles théologiques autour de la présence réelle du Christ dans les espèces consacrées, le réalisme l’emporte à Romainmôtier. Comme on ne peut dans une fraternité vivante se partager selon deux catégories, il est normal de considérer tout pratiquant d’abord comme un chrétien, même s’il est issu de différentes traditions, qui perdent de leurs oppositions dans la vie de tous les jours. D’ailleurs, si l’on réalisait un sondage parmi les chrétiens d’aujourd’hui sur les différents théologiques entre les différentes confessions, on découvrirait une ignorance partagée par tous et une indifférence pour ce débat. L’idée de se battre entre catholiques et protestants apparaitrait perverse et stupide.

Ainsi, dans un village perdu dans la campagne vaudoise s’est établie de fait une communauté œcuménique, que l’on pourrait considérer comme une paroisse de fait. D’ailleurs dans ce pays de Vaud où les deux confessions sont pratiquement à l’égalité numérique et où les pouvoirs publics les rémunèrent à l’identique, il fallait que cela advienne. Lors de maintes célébrations dans ce canton, l’assemblée comporte réformés et catholiques. Chaque fois l’œcuménisme est réalisé de fait sans s’embarrasser de colloques interminables, qui ne déboucheront jamais sur rien par l’inertie des hiérarchies.

(Davantage de détails peuvent être trouvés dans l’ouvrage de Jean-Yves Savoy « Les fraternités œcuméniques de Romainmôtier », Cabédita, 2022.)

Les fractures de la société suisse contemporaine ne se décèlent plus en fonction des confessions mais de « religions » politiques comme l’écologisme et le nationalisme qui sont de véritables sectes avec idéologie obligée jusqu’au ridicule et au déni de réalité. Les premiers sont défenseurs résolus des LGTB qui n’ont rien à voir avec l’écologie, les seconds du nucléaire qui n’a rien à voir avec le patriotisme. On entend parfois au parlement des affirmations sottes du type : « pourquoi les écoles polytechniques fédérales ne dispensent pas des cours de genre ? » ou bien « La Suisse n’a pas besoin de chercheurs étrangers car nous avons les meilleurs scientifiques du monde”. Par suite des ces fractures profondes, il est impossible de définir une politique rationnelle en matière de transition climatique ou de relation avec l’UE. L’inertie politique devient la seule échappatoire helvétique.

Or ces mêmes opposants se retrouvent inévitablement dans des manifestations parlementaires de type festif, sportif ou culturel où chacun peut sympathiser avec l’adversaire de tout à l’heure. On rencontre alors la véritable nature des individus et d’un peuple. Ce qui les unit est plus fort que ce qui les sépare. Nos interlocuteurs les plus intéressants sont ceux qui nous sont les plus opposés car ils révèlent la fragilité des opinions individuelles. la présence de préjugés, l’absence de réflexion. Sous la comédie politique se cache un amour mutuel.

Heureuse fête de Noël!

 

 

 

Le conseil fédéral introuvable

 

 

L’élection de deux nouveaux Conseillers fédéraux, obtenue sans peine par une Assemblée fédérale convaincue de leurs mérites, a cependant suscité des commentaires acides, témoins d’une conception singulière de ce que doit être un gouvernement fédéral. Par exemple :

«Maillard et Nordmann, c’est fini pour le Conseil fédéral! C’est certain. Je pense d’ailleurs que le spectre de Pierre-Yves Maillard est l’une des raisons qui expliquent l’élection d’Elisabeth Baume-Schneider. A droite, beaucoup ont voté pour elle afin de barrer la route au Vaudois l’année prochaine.»

En somme Baume-Schneider a donc été élue non pas pour ses mérites, mais uniquement pour barrer la route à Maillard qui a trop de mérites pour être élu. De plus, cela crée une majorité de ministres latins au détriment de la Suisse alémanique qui n’est plus représentée à proportion de sa population. Pire et invraisemblable même : le canton de Zurich n’est plus  au Conseil fédéral.

Certes c’est bien moins un gouvernement au sens habituel qu’une délégation parlementaire, en vue de représenter au mieux le pays dans sa diversité linguistique, partisane et même de la répartition de la population entre ville et campagne. Mais la coexistence de tous ces critères pour sept sièges définit une tâche impossible : on pourra toujours regretter qu’une des exigences de la représentativité ne soit pas satisfaite. On définit l’objectif  d’un Conseil fédéral introuvable.

Le plus important est ailleurs. L’attribution des dicastères par décision interne des sept sages ne se fait pas en fonction des compétences mais des préférences individuelles annoncées par ordre d’ancienneté, les derniers venus se contentant de strapontins : ainsi le médecin ne s’occupe pas de la santé mais des affaires étrangères, la responsable de l’armée n’a pas fait de service militaire, l’économiste ne s’occupe pas d’économie mais de santé. C’est le contre-emploi délibéré. Il ne faut surtout pas que le Conseiller fédéral sache de quoi il retourne. Il ne faut pas qu’il interfère de trop dans l’administration.

Car un autre reproche porte sur Rösti. Il va gérer la transition climatique alors qu’il fut trop engagé dans le secteur. Il est président du lobby du mazout et autres combustibles fossiles (SwissOil) de 2015 à 2022. Depuis 2022, il est président du lobby des importateurs de voitures (Auto-Suisse) et siège au comité directeur de l’association faîtière des usagers de la route (Routesuisse). Il est aussi conseiller de l’Association suisse des transports routiers. Il connait la matière, mais il fut engagé du mauvais côté (pour certains !).On en tire, sans autre réflexion, la conclusion qu’il ne changera pas d’opinion et mènera une politique rétrograde.

C’est oublier l’important facteur psychologique que l’on nomme grâce d’Etat. Un homme élu dans une certaine fonction n’agira plus comme auparavant. Un Conseiller fédéral atteint le point culminant de sa carrière politique. Il peut faire un examen de conscience politique en remettant en question ses options antérieures. Il peut défendre le bien commun sans plus se soucier de son intérêt personnel. Il n’est plus le représentant inconditionnel de son parti d’origine. D’ailleurs personne n’est toujours d’accord avec les positions de son parti sauf à n’avoir pas de convictions propres.

En fin de compte, le meilleur Conseil fédéral serait celui composé de personnalités compétentes dans un domaine qu’elle gèrerait en connaissance d cause. En plus et même surtout ce seraient des personnes aptes au consensus. Car les décisions sont collégiales. Chaque Conseiller peut être amené à défendre une décision où il fut lui-même mis en minorité. Telle est la singularité du gouvernement dont la Suisse à fait l’élaboration à travers les siècles. Il ne sied pas de la déconsidérer selon  un esprit politicien de bas étage. C’est un système qui fonctionne bien, sinon de façon parfaite, ce qui n’est pas de ce monde.