En politique, la perversion des esprits paie.

 

En mars, nous voterons pour décider si le port de la burqa peut être interdit par un article de la Constitution fédérale selon une initiative du Comité d’Ekerkingen. On a déjà fait sa connaissance, on a déjà appris ses manigances. Son passé comporte une campagne islamophobe, avec des affiches montrant des minarets noirs transperçant le drapeau suisse, comme si c’étaient des fusées. Le message était clair : la sécurité de la Suisse est vraiment menacée, si l’on construit davantage que les cinq minarets qui existent déjà.  Il y a péril dans la demeure. C’est le dernier moment pour réagir. Si vous ne votez pas correctement, l’Islam l’emportera, vous ne pourrez plus manger de porc, ni boire de vin.

C’était tellement stupide que la campagne des opposants fut négligente : qui pouvait estimer une telle fable, en somme une fake news présageant Trump ? Néanmoins, le 29 novembre 2009 le peuple l’a approuvée à une majorité respectable de 57,5%, seuls quatre cantons la rejetant (BS, NE, VD et GE). L’article 72 de la Constitution fédérale comporte désormais cette mesure discriminatoire.

Tout laisse prévoir que lanouvelle initiative islamophobe sera, elle aussi, acceptée, d’autant qu’elle joue sur une ambiguïté sournoise : ne pas interdire la burqa revient à l’autoriser, c’est-à-dire à se ranger parmi les partisans de l’oppression des femmes qui sont obligées de se voiler le visage, soit par une conviction personnelle inculquée dans une religion archaïque, soit par la pression de leur environnement.

Le Comité d’Egerkingen se faufile ainsi dans le camp de la liberté de la dignité des femmes, dont au fond il se moque. C’est tellement bien joué que même la gauche est secrètement divisée. Un comité bourgeois romand s’est constitué pour soutenir l’initiative tout en se distançant prétendument des motivations des initiants. La confusion est donc totale, comme l’avait manigancé l’initiant secret, l’UDC, seul parti à n’avoir pas rejeté l’initiative au parlement.

Or, le Conseil fédéral et le Parlement ont élaboré un contre-projet indirect, qui entrera automatiquement en vigueur si l’initiative populaire est rejetée par le peuple. Le contre-projet prévoit davantage d’aide au développement, la promotion des femmes et des fonds pour l’intégration des étrangers. Tous les citoyens sont également tenus de montrer leur visage pour prouver leur identité, lorsqu’ils sont en contact avec les autorités et le personnel des transports publics.

Comme cette proposition semble raisonnable, elle risque bien d’être, à ce titre, rejetée. Car fermente dans l’opinion publique une méfiance, voire une haine, de l’Islam qui est invincible. Elle se greffe sur un rejet occulte de toute religion, surtout si elle est prise au sérieux. La vie est déjà tellement compliquée et incertaine, qu’il ne faut pas y superposer des injonctions et des interdits tombants prétendument du Ciel. Les cultes chrétiens sont tolérés car ils n’exigent pas grand-chose : on peut manger ce que l’on veut y compris de la choucroute, boire de l’alcool, personne n’est contraint de se rendre en pèlerinage à St Jacques de Compostelle, les femmes s’habillent en minijupes, on ne jeûne que pour des raisons diététiques. Ce sont religions de bonne compagnie pour les pouvoirs politiques. Elles n’entravent pas la liberté, qui est la véritable religion permissive. Elles ont le grand mérite de ne faire pas plus que de subsister, comme ces choses dont on pourrait avoir l’usage en quelques occasions, mariage, décès, mais que l’on range en attendant dans le placard des habitudes usagées.

Dès lors le citoyen quelque peu lucide est bien embêté. Quoiqu’il fasse, il se trompe : qu’il vote oui ou non, cela va à l’encontre d’une part de sa conscience. Pire :  il sait que problème n’existe pas, parce que dans son environnement, il n’a jamais vu une seule burka, C’est le génie du Comité d’Ekerkingen de soulever des questions qui ne se posent pas pour éviter d’aborder celles qui sont urgentes. L’esprit du populisme est de bousculer l’ordre existant pour lui opposer une non-politique, une évocation d’un monde inexistant, le fantasme d’islamistes mâle travestis le visage sous une burka, qui viendraient mitrailler des paroissiens sortant de la messe ou du culte. C’est pareil à Trump qui prétend avoir gagné une élection qu’il a largement perdue. C’est semblable à la Reichskristallnacht de 1938, déclenchée en prétextant que les Juifs étaient les responsables de tous les malheurs de l’Allemagne.

Quel qu’en soit le résultat, cette votation est donc perdue. Si on ne laisse au citoyen que le choix entre la peste et le choléra, il est responsable d’une épidémie. Il ne vote plus, il subit une injonction, il est enfermé dans le fléau.

S’il y avait eu un Conseil Constitutionnel, il aurait pu interdire cette consultation, qui va à l’encontre de l’article 15 de la Constitution fédérale sur la liberté de conscience et de croyance. Tôt ou tard viendra l’initiative constitutionnelle qui interdirait l’obligation du masque chirurgical. Elle ne serait que dans la logique de celle que, dûment masqués, nous allons approuver en mars.

 

 

 

 

La leçon des mutants

 

Le virus Covid mute. Stupéfaction parmi les chefs. Bien qu’ils aient investi des milliards pour fabriquer une multitude de vaccins en un temps record, le virus s’y adapte, au lieu de respecter l’éminente dignité des investisseurs, qui sont les véritables maîtres du monde.  En faisant la nique au pouvoir, une mutation engendrée au hasard parmi beaucoup d’autres rend le mutant plus contagieux, moins sensible au vaccin, voire carrément immunisé contre celui-ci. D’ailleurs, c’est ce qui se passe chaque année avec l’influenza, la grippe saisonnière, contre laquelle il faut revacciner chaque année. Cela n’a rien d’étonnant.

Comme le Covid tue plus que la grippe, ce n’est pas convenable. Du fait qu’il tue, ce virus aurait pu s’en satisfaire et se complaire dans sa configuration initiale. Mais le virus se révèle plus intelligent que la moyenne des gouvernants. Il poursuit une logique implacable, celle de tout existant : survivre. Alors qu’ il ne vit même pas. Il n’est qu’un parasite des vivants. Il les infecte pour se multiplier en envahissant leurs cellules. A quoi sert-il donc ? S’il existe, c’est qu’il a un sens.

On comprend le loup qui mange la brebis, le requin agresseur de surfeurs, la vipère mordant au hasard, la guêpe insupportable l’été. Leur logique est déchiffrable. Mais celle d’un virus invisible nous heurte. Il n’est que le dard de la vie. Dans une population, il fauche aveuglément ceux dont le système immunitaire est trop faible pour lui résister, surtout les plus vieux. Il hâte le décès des fragiles. Et donc il sélectionne  les plus aptes à la survie, ceux qui méritent de continuer à vivre, encore un peu. C’est une logique brutale mais cohérente. Il est le maître de l’évolution.

De même que François d’Assise célébrait sa sœur la Mort, ainsi devrions nous avoir quelque indulgence pour le virus. Il nous forcera à nous adapter, il nous perfectionnera. Si nous sommes assez intelligents pour y arriver. Sinon, un jour un super virus remportera la partie.

Nous n’avons aucune raison de nous plaindre de son fonctionnement, car nous en agissons de même avec les espèces qui nous gênent. Cela a même engendré un défi paradoxal. Nous avons dû inventer le concept de diversité biologique pour arrêter une course folle au terme de laquelle il n’y aurait plus eu de lions, de baleines et d’okapis. Nous cultivons maintenant les espèces menacées. Et donc en inventant des vaccins, nous nous cultivons nous-même comme une espèce menacée.

Mais au fond nous sentons vaguement que le vaccin tout seul ne suffira pas et qu’il constitue un dernier recours. Il faut que nous mutions, non pas dans notre ADN, mais dans nos habitudes. On commence à nous l’imposer par le port du masque, le confinement, le couvre-feu, la fermeture des restaurants et des théâtres. Vouloir ou non, nous avons suivi le conseil de  Blaise Pascal : « tout le malheur de l’homme vient de ne pas savoir demeurer en repos, dans une chambre ».

Et une fois renfermés sur nous-mêmes, nous avons été envahis par toutes ces idées que nous repoussions auparavant. A savoir que nous sommes mortels, que notre espèce elle-même est mortelle comme toutes les autres, que du point de vue du virus elle ne sert qu’à servir d’hôte, que nous croyons être les chefs de la Nature alors que nous ne sommes que les valets. Une espèce a tenté depuis longtemps de nous l’expliquer gentiment : alors que les chiens ont des maîtres, les chats ont des domestiques !

Pour survivre, notre espèce doit donc respecter l’ordre de la Nature. C’est-à-dire se pénétrer de ce que Darwin a compris voici deux siècles : tout le vivant n’arrête pas de muter au hasard et seule la nécessité décide ce qui sera sauvegardé.  En 2020, nous avons subitement été confrontés à la dimension sacrée de la Nature, dont nous ne sommes qu’un avatar parmi d’autres. Si la Chine s’en sort mieux que l’Europe, si elle est plus adaptée, si elle produit ce dont nous avons besoin, si elle devient le pays dominant de la planète à la place des Etats-Unis, elle imposera son ordre planétaire, que cela nous plaise ou non.

Tout d’abord, l’évidence impose de construire un système de résistance et d’extinction pour lutter contre les prochaines épidémies. Où en est notre provision de vaccin, antivariolique par exemple, notre stock de masques, nos services d’urgence dans les hôpitaux, une cellule de crise munie de tous les pouvoirs ? Puis la protection contre les autres dangers majeurs : le terrorisme, les pénuries alimentaires, les agressions informatiques. Nous vivons dans un monde dangereux contre lequel il faut se prémunir, quoi qu’il en coute.

Car le danger auquel nous n’échapperons certainement pas est la transition climatique, due à notre propre insouciance et au déni de réalité des pouvoirs. De la société de consommation, il faudra muter volontairement vers une société de tempérance : moins de déplacements, moins de gaspillage, moins de futilités, un régime alimentaire pondéré, un pouvoir ancré dans la rationalité écologique. Nous sommes déjà en route vers cette autre société, l’épidémie nous y pousse, nous y habitue, nous y conforme. Et si le virus avait eu raison ? Pour le concevoir, est recommandée la récitation de l’excellente « Prière pour demander à Dieu le bon usage des maladies » de Blaise Pascal.

 

 

 

Le pouvoir ne s’use que si l’on ne s’en sert pas

 

En Suisse, le pouvoir est à la fois bien réparti et cependant toujours un peu soupçonné. Celui, qui l’exerce, de façon temporaire, restreinte et réservée, doit encore se disculper d’y être parvenu.

Tout comme il y en eut dans le passé,  il y a encore de tout : des autocraties, des aristocraties, des ploutocraties, des démocraties, selon que le pouvoir est attribué à une personne, aux nobles de naissance, aux riches ou au peuple. Mais il n’y a qu’en Suisse qu’il n’est affecté à personne, pour ne pas être ressenti comme intolérable. C’est le seul pays qui n’a pas de chef d’Etat stable, mais un figurant falot prié de s’éclipser au bout d’un an. Non seulement personne ne doit se prendre pour le roi à la longue, mais il faut que ce tournis empêche les citoyens de doter d’un charisme quelque personnalité que ce soit. C’est le régime singulier de l’acratie, du non-exercice du pouvoir, de sa dissolution dans la masse. Il est comme le sucre dans le café, comme la levure dans la pâte, comme le sel dans la soupe, présent mais invisible, il y a inévitablement du pouvoir quelque part mais il reste anonyme.

La Suisse est tellement singulière que, même en français, on utilise un terme allemand, « Sonderfall », qui se traduit littéralement par « cas extraordinaire ». La Suisse est et se veut « Sonder » dans le concert des nations, sans bien savoir ce que ce mot veut dire en français. Or, elle n’est même pas une nation, mais quatre si on décompte les langues et même vingt-six, si on prend en compte les cantons, chacun jalousement calfeutré dans sa culture. La Suisse prouve que l’Etat-nation jacobin n’est qu’un avatar à proscrire et que l’on peut faire nation sans en être une.

Ce serait le modèle bien nécessaire pour transformer l’UE en un seul pays, si la Suisse voulait bien s’en occuper. Or, elle ne le fera pas car elle ne s’occupe pas des affaires des autres. C’est le message central de Nicolas de Flue, un mystique du XVe siècle, le saint patron national : non-intervention dans les affaires étrangères.

S’il fallait choisir la racine de l’exception, ce serait la démocratie directe. Plus républicain que la Suisse n’existe pas. Le mode de fonctionnement de la Confédération est unique en son genre. Des décisions ont beau être échafaudées par le Conseil fédéral, débattues et arrêtées par les deux Chambres du Parlement, elles peuvent ou même doivent être soumises au peuple, qui possède le droit de les refuser et qui ne s’en prive guère. Le peuple suisse est littéralement « le souverain ». Il n’y a jamais eu de roi en Suisse puisque le peuple en tient lieu.

Cette monarchie collective a ses grandeurs mais aussi ses faiblesses, tout comme les plus grands monarques ont présenté des failles. A titre d’exemple dans l’actualité, « Les Amis de la Constitution » viennent de lancer un referendum contre la loi urgente Covid-19 qui donne quelque droit aux pouvoirs publics. Il serait déplacé d’en dire du mal et d’estimer que dans l’urgence cela ne devrait pas être possible. Ce serait médire du peuple, attenter à sa liberté.

Comme nous traversons une épreuve, c’est donc un réflexe courant de proclamer que ce pouvoir utopique fut néanmoins efficace, au point que nous nous proposions en exemple aux autres nations. Or, tel n’est pas le verdict des statistiques. Même s’il est désavoué a priori par les « vrais » citoyens, qui trouvent toutes sortes de raisonnements pour prouver que la Suisse soit la meilleure, même et surtout si elle ne l’est pas.

Statistiques issues d’Update Coronavirus : le taux de contamination par million d’habitants est en Suisse de 56 438 alors que la moyenne mondiale est de 11 820. Le pays est donc cinq fois plus contaminé que la planète.   Le taux de létalité est de 977 contre 253 en moyenne mondiale, soit quatre fois plus. Il n’y a pas lieu de pavoiser.

Certains s’échinent à dissoudre cette pénible découverte en prétextant la vieillesse relative de la population suisse : cela n’explique en rien le taux de contamination qui résulte d’une transmission trop élevée. Comme la population est relativement disciplinée, cela signifie que les mesures nécessaires n’ont pas été prises à temps, assez longtemps et de façon suffisamment stricte. C’est bien un problème de gouvernance.

Le Conseil fédéral est à ce point conscient de sa propre inefficience qu’il a demandé un rapport à la Chancellerie dont l’essentiel a été publié dans ce blog le 31 décembre 2020. Le plus pittoresque est la découverte que la lutte contre le Covid-19 a été menée par trois Etats-Majors distincts et donc concurrents. Très curieusement aucune mention de ce rapport n’est apparue dans les médias. Les rédacteurs en chef ont estimé, sans doute à bon escient que l’opinion publique n’était pas prête à le supporter. Car au fond les reproches s’adressent au peuple.

Le Conseil fédéral n’est pas un gouvernement au sens classique du terme : il n’a pas de chef, pas de programme, pas de majorité, pas de cohérence. On le dit à majorité de droite ce qui signifie que face à une décision grave, il choisit au terme d’un vote reflétant la composition du parlement qui reflète celle des opinions populaires. Il n’a donc pas le pouvoir et il ne peut forcément en user. De fait ce pouvoir, que le peuple ne veut pas lui confier, est transmis subrepticement à une administration que sept personnes ne parviennent plus à contrôler. Trop de démocratie tue la démocratie et la transforme en bureaucratie.

Cela explique sans la justifier les cacophonies successives sur les masques, les tests, les vaccinations, les confinements de toute espèce. La patate chaude a été refilée aux cantons comme s’il s’agissait de territoires indépendants munis de frontières étanches. Il ne sert à rien de fermer restaurants et commerces s’il suffit de se rendre dans le canton voisin.

La crise sanitaire suivie de la crise économique, précédant des crises sociales, annonce une crise institutionnelle. La Confédération née en 1848 n’est plus adaptée telle quelle au monde tel qu’il est devenu. Il faut soigneusement trier ce qui est irremplaçable de ce qui doit être adapté. Dans le monde dangereux où nous vivons, le pouvoir doit être exercé à certains moments dans la plus grande rigueur et l’urgence nécessaire. Le peuple ne peut plus se comporter comme un autocrate capricieux.

 

 

 

 

 

 

L’épidémie fasciste

 

La réalité est toujours plus imaginative que la fiction. Si une série sur Netflix avait mis en scène l’invasion du Capitole de Washington comme cela s’est passé en ce mois de janvier 2021 avec plusieurs morts, les critiques auraient crié à l’affabulation. Or l’Amérique n’a jamais cessé de nous surprendre, Pearl Harbour, Hiroshima, l’assassinat des frères Kennedy, la destruction des Twin Towers, l’invention de la numérisation, la fortune d’Elon Musk : c’est le pays de l’imprévu, de la démesure, de la brutalité.

Néanmoins, il serait présomptueux de s’imaginer que ne vient de se dérouler qu’un western, propre au Nouveau Monde, fréquemment violent, et que nous en serions épargnés par nature, par intelligence ou de droit divin. Tous les royaumes et les républiques finissent par s’effondrer lorsqu’ils se révèlent incapables d’assurer la subsistance de leurs sujets : aussi invraisemblable que cela puisse paraître aujourd’hui à ses citoyens, la Suisse n’échappera pas à la longue au sort commun. Les montagnes resteront en place, mais la Confédération n’existera plus, du moins telle qu’elle est aujourd’hui. C’est aussi évident que d’affirmer que chaque personne finira par mourir. Le tout est de savoir quand et comment.

Comment ? La prise de la Bastille sanctionna des famines à répétition ; l’assaut des gilets jaunes sur l’Arc de Triomphe résulta d’une taxation insupportable. Quand le malheur frappe trop fort, le peuple en impute la faute aux gouvernants. Sommes-nous prémunis contre ce genre d’accident de l’Histoire ? Quels sont déjà aujourd’hui les mécontents en Suisse ?

La réponse est évidente : ceux qui votent pour le plus grand parti, l’UDC, l’union de tous les mécontents, sous une enseigne trompeuse, qui non seulement ne se situe pas au Centre mais qui en veut subrepticement à la démocratie. A cette cohorte traditionnelle d’insatisfaits, on vient de rajouter tous ceux qui perdent leur emploi du fait de l’épidémie sanitaire, les petits commerçants et artisans privés de clientèle par des décisions administratives, sans que leurs pertes soient compensées, tous ceux dont la PME était la fierté, la raison de vivre plus encore que le gagne-pain. De même beaucoup d’artistes privés de performances depuis un an perdent courage et se rabattent sur un autre emploi, souvent précaire. Par inclinaison, eux glisseront à l’extrême gauche, symétrique de l’UDC, composant ainsi la double alliance contre nature des populistes, des identitaires, des traditionnalistes d’une part et celle des rebelles, des indociles, des insoumis d’autre part.

Attaquée à droite comme à gauche, la démocratie aura fort à faire pour se défendre. D’autant plus que, par incompétence et par inadaptation à la situation, le pouvoir en place s’est révélé déficient dans la gestion de la crise sanitaire et a perdu une partie de ses soutiens. A la date d’aujourd’hui la Suisse compte 477 833 cas soit 55 017 par million d’habitants et 8 267 morts soit un taux de 952. C’est chaque fois supérieur à la moyenne mondiale dont le taux est de 11 567 pour les cas et de 248 pour les morts. Un des pays les plus riches du monde, avec une démocratie exemplaire et un très coûteux système médical, est cinq fois plus atteint que la moyenne.

Néanmoins les autorités, suivies par les médias, n’arrêtent pas de répéter que la gestion de la première vague fut un chef d’œuvre de la gouvernance helvétique, tout en reconnaissant qu’il n’en fut bizarrement pas de même pour la deuxième. Comme s’il était impossible d’apprendre de l’expérience, comme si la première avait conforté de faux réflexes pour la seconde.

La tentative de coup d’Etat à Washington reposa sur l’affirmation, absurdement fausse mais serinée sans cesse, que les élections étaient truquées. Des dizaines de millions d’Américains le croient toujours. Plusieurs leaders européens les ont rejoints dans ce déni de réalité. Marine Le Pen a excusé Trump en avançant « qu’il n’a pas mesuré la portée de ses propos » : en d’autres mots, on peut mentir en supposant que tout le monde comprendra qu’il ne s’agit « que » de mensonges. Elle n’a pas été la seule. La Hongrie, la Pologne, la Slovénie et la Tchéquie ont trainé pour reconnaître la victoire de Joe Biden. Excuse : ces pays n’ont pas une longue tradition de démocratie et ont parfois gardé un bon souvenir des dictatures antérieures.

En revanche, la Suisse a une longue expérience de la démocratie qu’elle a inventée avec les pays scandinaves. Le pire s’est passé le 27 septembre 2001 lors qu’un dément armé de deux fusils a pénétré librement au parlement de Zoug, non protégé, et a tué quinze parlementaires et gouvernants. Depuis le parlement fédéral qui n’était pas davantage protégé a pris des mesures adéquates. Mais il a fallu des morts pour cela.

Lors que Christoph Blocher ne fut pas réélu le 12 décembre 2007, il est intervenu à la tribune comme c’est la coutume mais en manifestant sa mauvaise humeur. Selon la coutume un Conseiller fédéral sortant est réélu automatiquement. Mais lui-même avait été élu quatre ans plus tôt grâce à la non réélection de Ruth Metzler, sans y trouver quelque inconvénient. Le ton de cette diatribe lancée à la face du parlement était nettement agressif et désagréable. Ce n’était pas pareil à Trump prétendant que le vote était faussé, mais Blocher reconnaissant qu’il était valide mais affirmant qu’il était incorrect.

Comme les statuts du premier parti du pays ne permettaient pas de se débarrasser de la seule Eveline Widmer-Schlumpf, c’est toute la section des Grisons qui fut exclue le 1er juin 2008, pour faute de lèse-majesté. Ainsi la règle semble devenue subrepticement : les partis désignent leurs conseillers fédéraux et l’Assemblée fédérale serait tenue d’entériner ce choix. C’est l’option initiale de toute dictature : le parlement n’est qu’une chambre d’enregistrement de la décision d’un parti qui se veut unique, seul représentant de la Suisse authentique.

Lorsqu’un jour la Suisse sera confrontée à une épreuve encore plus grave que le Covid 19, lorsque la crise économique résultante appauvrira une masse de gens, rien ne dit que les institutions ne subiront pas un assaut décisif. La maîtrise de l’épidémie dans quelque pays asiatiques conforte le préjugé selon lequel une dictature est plus efficace qu’une démocratie. En prenant maintenant les mesures pour mieux affronter une crise, on renforcera la démocratie, on ne l’affaiblira pas, contrairement à l’opinion de tous les mécontents, qui ne veulent ni du masque, ni de la vaccination.

 

 

 

 

 

 

Eloge de la démocratie face à la crise

 

 

La comparaison est sans appel. Dans une dictature, le citoyen, si l’on ose encore utiliser ce beau terme, est privé de toute liberté : en temps d’épidémie, il peut être obligé de porter un masque, confiné strictement à domicile, interdit de voyager, privé de toute vie sociale, vacciné contre son gré. Les frontières sont fermées et les étrangers malvenus. Si un agitateur ose répandre des informations, mêmes authentiques, ou critiquer les vaccins, il se retrouve vite fait à l’ombre pour être rééduqué.

Dans une démocratie, c’est l’inverse, le citoyen véritable peut ne pas porter de masque, se promène librement, quitter le pays s’il en a envie. Non seulement il peut refuser la vaccination mais il a aussi la possibilité de critiquer le vaccin et de lui attribuer des effets secondaires, vrais ou faux. Les étrangers sont d’autant mieux accueillis   qu’un pays comme la Suisse ne pourrait se passer de la main d’œuvre frontalière. Certes, même dans une démocratie, quelques mesures mentionnées plus haut ont été imposées, mais le plus tard, le moins longtemps et le plus légèrement possible. A titre de symbole impérissable, les remontées mécaniques des stations de ski ont été ouvertes tandis que les restaurants étaient fermés, tant il est vrai que l’homme ne vit pas que de pain.

La Chine a profité grossièrement de son système pour éteindre froidement sur son territoire cette épidémie, qu’elle a elle-même créée, au lieu d’en supporter les conséquences ultimes. On montre des foules sans masques agglutinées à Wuhan, ce qui est le comble de la provocation et de l’indifférence à la souffrance des autres nations. Car cela pose une interrogation existentielle : vaut-il mieux vivre opprimé que de mourir libre ?

Notre réponse fut sans ambiguïté. Elle s’inscrit dans la tradition de tous les combattants qui sur les champs de bataille firent le sacrifice de leurs vies pour défendre la liberté de leurs concitoyens. Dans cette guerre contre un virus, nous préférons mourir debout plutôt que de vivre couchés. Nous ne nous gênons même pas pour nous plaindre à la fois que le vaccin ne soit pas disponible et pour refuser d’être vacciné. Il n’y a pas de liberté de s’exprimer sans celle de se contredire.

Dès lors, hors épidémie, la Chine peut massivement reprendre son activité économique et inonder les marchés européens de marchandises que ces pays confinés ne produisent plus. Les lignes aériennes intérieures chinoises circulent insolemment comme à l’habitude, sans égard pour la pollution. Cette puissance économique fondée sur l’oppression du peuple se traduit par un expansionnisme sans fard. Les Ouighours sont exterminés à petit feu et Hong Kong rentre dans le giron impérial en attendant Taïwan. La pandémie a doublement servi ce pays en le renforçant et en affaiblissant ses concurrents. Il est en passe de devenir la première puissance mondiale. Si Xi-Jin-Ping a la stature d’un empereur, son impassibilité, sa maîtrise des événements, sa lucidité, il n’a en face de lui qu’un Donald Trump comme figure de bouffon. Quelle injustice de l’histoire, dont on peut espérer qu’elle sera enfin abolie.

En passant, on se doit aussi de citer l’arrogance d’Israël qui vaccinera tous ses habitants d’ici mars en humiliant volontairement de la sorte les pays européens. Ce pays peut procéder ainsi parce qu’il a acheté les doses suffisantes en surenchérissant sur le prix que nous avons payé. Nous nous félicitons au contraire que notre gouvernement ait été ainsi économe de l’argent des contribuables suisses. En principe la vie n’a pas de prix, mais en pratique elle a tout de même un coût qu’il ne faut pas dépasser sans limite. La force d’une démocratie est de l’estimer froidement.

Il faut insister sur le fait que la soi-disant réussite de la Chine est due à son centralisme exagéré. Les ordres de Pékin ne se discutent pas au niveau local, car ils sont durement sanctionnés en cas de négligence ou de mauvaise volonté. La Suisse peut s’enorgueillir au contraire de respecter scrupuleusement le fédéralisme et de laisser les cantons agir à leur guise. Le principe fondamental de subsidiarité passe bien avant quelque basse préoccupation d’efficience sanitaire.

Malgré ce farouche respect des libertés, la Suisse s’en tire plutôt bien, voire même très bien si l’on compare ses 8014 morts aux 19750 morts belges. Tout en respectant l’Etat de droit, il y a donc moyen de supporter la comparaison avec les autres. Ainsi la Suède, qui n’a pris aucune mesure coercitive, a un taux de mortalité de 887 morts par million d’habitants inférieur aux 923 de la Suisse. Si nous n’avions exercé aucune contrainte, peut-être serions-nous même encore en meilleure situation qu’actuellement. Tel est le profond mystère de la liberté démocratique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Des fautes sans fautifs

 

N’importe quelle personne, n’importe quelle institution commet des fautes, qui ne sont pas intentionnelles mais qui proviennent de la faiblesse humaine. C’est une marque de l’âge adulte de les découvrir, de les reconnaître et d’acquérir ainsi la possibilité de les corriger. En sens inverse,  Donald Trump donnait l’impression d’agir comme un adolescent dans le corps boursouflé d’un obèse à cheveux teints.

La Suisse vient de fournir l’exemple d’un pouvoir adulte par la publication d’un premier rapport officiel rédigé par la Chancellerie fédérale. Ce n’est pas le Conseil fédéral in corpore qui vient faire des excuses, mais un organe administratif qui acte la liste des erreurs commises dans la gestion de la pandémie. Avant même de les énumérer ci dessous, il faut accepter qu’elles proviennent de la survenue d’un phénomène totalement inconnu, auquel forcément personne n’était préparé. Il s’agit donc bien de fautes sans fautifs. La recherche maniaque d’un coupable n’est que le sport favori des complotistes, obsédés par leurs propres insuffisances.

Première faute : trois états-majors. D’une part la « task force » de l l’Office fédéral de la santé publique avec sa figure de proue Daniel Koch. D’autre part l’Etat-major du Conseil fédéral, chargé de gérer la crise du coronavirus (EMCC). On n’a vu que le premier lors des conférences de presse, tandis que le second « n’a jamais fait usage de son pouvoir de donner des instructions aux autres états-majors de crise: il n’a donc pas piloté et coordonné la gestion de la crise comme le prévoient les bases légales ». Enfin pour couronner le tout, un troisième Etat-major, appelé EMFP, rassemblait la Chancellerie fédérale et la Protection de la population. En résumé, l’administration fédérale s’est divisée en corps concurrents, qui ont défendu leur pré carré sans que le Conseil fédéral, responsable ultime, parvienne à désigner une seule instance responsable. D’où l’impression de confusion, de contradiction et d’imprévoyance ressentie par l’opinion publique. « Tout royaume divisé contre lui-même est dévasté, et toute ville ou maison divisée contre elle-même ne peut subsister. »  ( Matthieu 12.25)

Seconde faute : mauvaise gestion des données et des informations. « La communication interne et externe a souffert de l’absence d’une exploitation des données claire et compréhensible. Celle-ci aurait permis de garantir un niveau de connaissances uniforme, d’améliorer les bases de décision et d’établir une planification prévisionnelle prudente. » Trop de responsables au niveau le plus haut sont conditionnés par leurs opinions et vivent dans un déni subtil de la réalité. Comme le disait déjà Lénine : « Les faits sont têtus ». Cet éclair de lucidité ne l’a pas dissuadé de gouverner selon une idéologie obtuse. On peut être lucide et obstiné.

Troisième faute : laxisme dans la gestion des stocks. « Il a fallu consentir énormément d’efforts pour acquérir du matériel médical de base, tel que des masques d’hygiène…Le même constat vaut pour les désinfectants ». Le plan suisse pour une épidémie de grippe saisonnière ne couvre que douze semaines. «  De plus manque une vue d’ensemble des stocks disponibles et d’un système automatisé de commande. » Cela rappelle furieusement une certaine parabole : « Le royaume des cieux sera comparable à dix vierges qui ont pris leurs lampes et sont sorties à la rencontre du marié. Cinq d’entre elles étaient stupides et cinq étaient avisées » ((Mathieu 25.1). Le pouvoir fédéral est par nature muni de lampes sans huile. Ce n’est pas de la stupidité, mais une imprévoyance congénitale inscrite dans son institution, fondée sur la crainte populaire de tout pouvoir réel.

Quatrième faute : intégration tardive des acteurs externes à l’administration. « Bien que les milieux scientifiques se soient montrés, dès le début de la crise, très disposés à mettre leur savoir à disposition pour contribuer à maîtriser la crise, la collaboration ne s’est établie qu’après un certain temps. » Les associations faitières des hôpitaux, des soins à domicile, du personnel soignant, des médecins et des homes n’ont pas été consultées à temps. Quand le pouvoir est faible, il répugne à consulter les corps intermédiaires, tant il a déjà de peine à se mettre d’accord en son sein.

Cinquième faute : le retard dans la prise de décision. « Le nouveau coronavirus s’est propagé à très grande vitesse depuis le début de l’année et a plongé tous les pays du monde dans des crises sanitaires et économiques ». Ici le rapport est pour le moins suspect de complaisance et d’aveuglement. Non, cela n’a pas été tous les pays du monde, car plusieurs pays asiatiques dont Taïwan et la Corée du Sud ont pris bien plus tôt des mesures, qui se sont avérées efficaces avec des taux de mortalité jusque mille fois plus faibles que celui de la Suisse.

La conclusion de la Chancellerie est tout à fait contraire aux diagnostics exposés plus haut, en déclarant complaisamment: «la gestion de crise s’est révélée efficace, pour l’essentiel, pendant la période examinée » ! Si le Conseil fédéral commande un rapport à la Chancellerie, celle-ci lui doit bien une petite courbette.

L’essentiel est évidemment le résultat final, la sauvegarde des vies. Revenons aux faits qui sont têtus : par million d’habitants la moyenne mondiale est de 233 mots, la Suisse est à 878, l’Allemagne à 399, la Finlande à 101, la Norvège à 80, la Corée du Sud à 18, Taïwan à 0.3. La conclusion aurait plutôt du être celle-ci  : « compte tenu  de sa richesse, de son niveau de développement scientifique, de la qualité de sa médecine et de l’excellence de ses institutions, la Suisse aurait pu faire beaucoup mieux. »

Les informations précédentes ont été publiées sous la signature d’Arthur Grosjean et sur le site de 24 Heures le  23.12.2020,  à 20h03. Très vite, l’article a disparu du site et il n’a, sauf erreur, pas été diffusé dans la version papier. Le rapport n’a pas fait davantage de vagues dans la presse nationale.

Il illustre pourtant deux opérations contradictoires : d’une part, il existe à la Chancellerie un véritable souci de transparence, qui fait honneur à l’institution, même si la conclusion complaisante n’est pas à la hauteur d’un diagnostic lucide ; d’autre part, les médias se sont bien abstenus de lui donner la diffusion qu’il méritait car la population n’a aucune envie d’entendre le message. Il est pourtant clair : il n’y a pas de personne fautive, le Conseil fédéral ne l’est même pas. Il a agi selon la règle. Mais les institutions actuelles ne sont pas faites pour gérer une crise de cette ampleur. Elles témoignent d’un manque d’autorité, de compétence et de cohérence.

A titre de comparaison, aucune armée au monde ne pourrait vaincre si les ordres n’étaient donnés qu’après consultation du rang, si les officiers étaient élus par les soldats et s’il y avait trois Etats-majors concurrents. Dans une situation d’urgence vitale, il faut une autorité forte.

Cette métaphore ne signifie pas du tout que les dictatures militaires gouvernent en général mieux que les démocraties, bien au contraire. Cela signifie que pour une tâche bien circonscrite par la loi, des mesures de contrainte doivent être prises si c’est nécessaire pour sauver des vies humaines. La Confédération peut parfois imposer des mesures contraignantes et désagréables, comme elle le fit en temps de guerre. Si le cadre légal ne le permet pas maintenant, il faut discuter de sa correction future.

Or, c’est là que le bât blesse : le souverain populaire ne voudra jamais renoncer aux piliers de l’Helvétie : la concordance, le fédéralisme, la neutralité, la milice, en un mot la démocratie directe. Elle a de tels avantages en temps ordinaire, qu’il serait malvenu d’y renoncer en quoi que ce soit. Il faut simplement supporter, assumer et admettre qu’en temps de crise les inconvénients passent les avantages, plutôt que de chercher quelque bouc émissaire. En ce sens, la conclusion apparemment servile de la Chancellerie est astucieuse : il vaut mieux affecter que la gestion de la crise a été «efficace», plutôt que d’ébranler les colonnes du temple. Ceci évoque irrésistiblement un refrain populaire juste avant la deuxième guerre mondiale : «tout va très bien, madame la marquise».

 

 

 

 

 

 

 

 

Une vaccination réussie

 

 

Face à l’opportunité d’une vaccination, les campagnes opposées fleurissent: ” Tantôt le fait que la vaccination sur base d’ARN messager soit une innovation suscite une méfiance insurmontable : comment pourrait-on imaginer qu’il existe une recherche digne de ce nom, capable d’obtenir des résultats, indépendante des menées des pharmas qui sont attirées par le seul lucre ?  Tantôt le fait que le virus n’arrête pas de muter, comme tous les virus de son espèce, permet d’affirmer placidement que les vaccins déjà développés se révèleront inefficaces. Enfin, la rapidité du développement laisse croire que toutes les précautions n’ont pas été prises et que des effets secondaires gravissimes se manifesteront tôt ou tard. Ne vous vaccinez surtout pas car non seulement cela ne sert à rien mais c’est carrément dangereux.” C’est du grand n’importe quoi.

Les messages les plus contradictoires circulent alimentés par les atermoiements, les contradictions, les retards des autorités publiques. Tout se passe comme si la vaccination venait d’être inventée, comme s’il était légitime de la mettre en doute, comme si nous étions toujours au XVIIIe siècle. Ce qui signifie en clair qu’une fraction de la population y est toujours. Certains croient que la Terre est plate, d’autre que le Soleil tourne autour de la Terre, la plupart que l’évolution est une invention diabolique d’un triste individu appelé Darwin.

 

Revenons aux fondamentaux. Le siècle dernier, la variole a provoqué près de 500 millions de morts dans le monde. Dès 1902, la loi française rendit la vaccination antivariolique obligatoire au cours de la première année de vie ainsi que les revaccinations des 10e et 21e années. La dernière épidémie de variole date de l’hiver 1954-55 à Vannes. Il y eut 16 morts sur 73 cas. La variole a été totalement éradiquée en 1980 grâce à une campagne de l’OMS . Au XXIe siècle, seuls des échantillons de ce virus sont encore conservés à des fins de recherche par des laboratoires habilités par l’OMS. Donc il n’y a plus de variole et plus de vaccination. Elle n’était du reste pas sans danger avec des cas d’encéphalopathie mortels. Le décès concerne 1 ou 2 personnes par million.

Cela vaut donc la peine de raconter comment l’auteur de ce blog a traversé en mars 1962 une des dernières épidémies. Il vivait à Kinshasa comme professeur à l’Université Lovanium avec sa famille comportant trois enfants en bas âge. En principe tous les expatriés étaient vaccinés avant leur arrivée au Congo. En revanche la population locale ne l’était pas systématiquement. Et donc une épidémie de variole s’est déclenchée début 1962 à Kinshasa avec des résultats foudroyant, de l’ordre de 500 morts par jour. L’hôpital universitaire alerta tous les résidents de l’Université : la protection assurée par le vaccin reçu avant le départ n’était pas optimal. Il fallait revacciner avec un vaccin plus efficace mais aussi plus dangereux. Complication supplémentaire : l’hôpital ne disposait plus de désinfectant, ni même de savon, il fallait donc se munir d’un gant de toilette et d’un savon. C’est dans ces conditions acrobatiques que nous fûmes tous vaccinés, le doyen de la Faculté de médecine en premier lieu pour donner l’exemple. Or, il souffrait d’asthme. Quelque temps plus tard il en mourut. Dans notre communauté universitaire, il fut la seule victime.

De leur côté les autorités publiques n’étaient pas restées passives. La vaccination de la population fut confiée à l’armée congolaise. Celle-ci utilisa une méthode radicale. Des barrages sur les rues fréquentées arrêtaient les passants, leur épaule était scarifiée avec un tesson de bouteille et le vaccin appliqué sans demander l’avis de l’intéressé. Effectivement l’épidémie fut rapidement arrêtée.

De cet épisode, l’auteur a retenu quelques leçons de chose :

1/ Face à une épidémie, il faut se vacciner. On court un risque moindre que de ne pas le faire.

2/Les pouvoirs publics ont le droit, voire le devoir, de rendre la vaccination obligatoire.

3/ Tous les pays ne sont de loin pas égaux face à une épidémie. Les médicaments indispensables manquent dans les pays les plus pauvres.

4/ Une campagne coordonnée sur toute la planète peut débarrasser définitivement d’un virus.

5/ Il existe des virus bien plus dangereux que le Covid 19. C’est contre une épidémie gravissime qu’un pays riche doit se prémunir. La létalité du virus Ebola du Congo est de 90%.

6/ C’est prendre une lourde responsabilité que de faire campagne contre la vaccination. Cela vaudrait la peine de la sanctionner comme un délit.

Ces leçons apprises dans une circonstance particulière ne sont sans doute pas adaptable ici et maintenant en Suisse. Mais dans certaines circonstances différentes elles devraient être envisagées. Autant les institutions présentes sont adaptées et performent dans la vie ordinaire de la nation, autant faut-il les préserver pour ce genre de situation, autant faut-il être prêt à les modifier si et quand cela devient indispensable. Le Conseil fédéral reconnait avoir commis des erreurs dans sa gestion passée de l’épidémie. Ce n’est pas la faute de personnes en particulier mais de l’articulation du pouvoir, exercé par un groupe de politiques sans unité de pensée, asservis à la volonté des cantons. Cela a coûté des vies humaines, épuisé le système médical, ruiné des entreprises et créé du chômage. La question qui se pose est dès lors : que faut-il corriger?

 

 

 

 

 

 

Culture et culte

 

Pour échapper au quotidien, si souvent décevant, les deux méthodes traditionnelles sont la culture sous toute ses formes, du sport à l’opéra, et les cultes religieux, sous toutes leurs formes des Eglises institutionnelles jusqu’aux sectes. L’une et l’autre postulent des assemblées parfois nombreuses, toujours serrées. Sauf dans les musées parcourus épisodiquement par de rares amateurs. S’il est un lieu de culture à ne jamais fermer c’est bien celui-là. Or il subit le sort commun, ce qui est absurde et dévoile le dédain dans lequel la culture est tenue. En revanche les transports en commun, où l’entassement est autorisé, échappent à la règle parce qu’ils conditionnent le maintien de l’activité productrice.

Il y a donc deux poids et deux mesures. Ecartelés entre crise sanitaire et crise économique, les pouvoirs publics chipotent, tergiversent, improvisent, dénient la réalité la plus évidente. Ils sauvent les meubles d’une maison qui brûle. Car la confiance dans les autorités est malmenée. Certains remarquent que la Chine à l’origine de la catastrophe en est complètement sortie, tandis que les démocraties à l’occidentale péclotent : de peur de déplaire aux électeurs elles confinent à la dernière limite, trop tard,  et déconfinent trop tôt. La flatterie du peuple n’est pas un bon objectif en période de crise. Une démocratie aussi exigeante que l’helvétique est un luxe pour pays riche, mais aussi étonnamment un instrument pour devenir riche. Cette conviction soutient le statut privilégié de l’économie au détriment de tout le reste.

Il y a ainsi deux poids deux mesures pour la culture et le culte. Les théâtres sont  fermés et les églises ouvertes (moyennant certaines précautions). C’est que le rapport au pouvoir des deux activités n’est pas le même. Le culte est lié traditionnellement au pouvoir. Dans une monarchie cela saute aux yeux : le roi de France était sacré dans la cathédrale de Reims ; la reine d’Angleterre est toujours chef de l’Eglise anglicane. Même dans une démocratie aussi radicale que la nôtre, il y a des prestations de serment de parlementaires ou d’officiers dans les églises. Comme tout pouvoir repose toujours sur une convention sociale, il a intérêt à se faire sacraliser peu ou prou. En temps de crise ce besoin est encore plus viscéral. Ce n’est pas le moment d’affronter un conflit entre le spirituel et le politique.

Les comédiens n’ont pas le même rapport au pouvoir que les ecclésiastiques. Le théâtre peut se révéler très critique et revendicatif à l’égard du système politique, économique et  social. C’est une de ses fonctions indispensables. Tout le théâtre de Berthold Brecht en est l’exemple le plus achevé, mais il est bien d’autres auteurs qui s’engagèrent, à commencer par Molière avec Tartuffe et les pièces de Beaumarchais, inspiratrices de la Révolution.

En revanche, le discours des Eglises en temps de Covid est  assourdissant de silence. Le temps n’est plus où la seule ressource en temps d’épidémie était la neuvaine et la procession. Cela n’arrêtait pas le virus mais cela donnait du courage, y compris à ceux qui risquaient leurs vies dans des opérations de samaritains. Les Eglises ne disent plus rien parce qu’elles sont médusées et démunies. Ce silence ne gène pas le pouvoir politique et peut à la limite représenter une forme d’approbation.

Laisser le commerce et le cultuel ouverts et pas le culturel relève d’un choix politique probablement inconscient et réflexe, entre l’essentiel et le superflu. Le théâtre, le concert, la danse restent dans notre société les dernières activités non marchandes qui ne subsistent que grâce à des subsides distribués chichement par les pouvoirs locaux et les mécènes. Auteurs, compositeurs, interprètes, metteurs en scènes, paupérisés en temps ordinaire n’ont plus aucune visibilité sur leur avenir.

Certes, les Eglises aussi sont subsidiées sur une échelle plus large. Elles n’ont pas encore subi de restrictions du pouvoir tout en soufrant d’un désamour des fidèles. Leur réputation souffre de scandales enfin révélés : à titre d’exemple tragicomique, le nonce du Vatican à Paris vient d’être condamné à six mois de prison avec sursis pour mains aux fesses de jeunes participants à des réceptions officielles. On n’est plus dans la tragédie, ni même la comédie mais dans la grosse farce populaire.  Plus grave et plus sérieux le refus obstiné de laisser les femmes accéder à la prêtrise dans l’Eglise catholique assimile celle-ci à un scandale sexiste dans une société civile, qui permet aux femmes d’accéder à toutes les autres fonctions. Dans cette position en porte-à-faux, une parole ferme, éclairante, réconfortante n’est plus crédible.  Il vaut donc mieux se taire que de n’être pas cru.

Face au défi d’un ordre bouleversé, il est temps de réaliser que le cultuel et le culturel ont maintenant intérêt à refonder leur alliance traditionnelle, pour jouer un rôle très nécessaire. Il en était ainsi à l’origine :  lorsqu’en -430 Sophocle écrivit Œdipe-Roi , le théâtre jouait à Athènes un quadruple rôle, politique, civique, moral et religieux. Ce n’était pas un divertissement mais une célébration, carrément une liturgie, mot d’origine grecque qui signifie « service du peuple ». Les Eglises catholiques, anglicanes, évangéliques et orthodoxes ont plus ou moins gardé cette inspiration théâtrale, qui fait quelque peu défaut dans certaines églises réformées. Réciproquement, il est impossible d’assister au ballet de Béjart sur la neuvième symphonie sans en ressentir la dimension liturgique, hors toute référence religieuse.  Les dialogues des Carmélites de Bernanos et Poulenc sont plus qu’un opéra.

Dans l’épreuve que nous subissons et qui risque de perdurer, les théâtres et les églises doivent et peuvent jouer un rôle pourvu qu’elles puissent fonctionner, les unes et les autres. C’est-à-dire créer un discours signifiant pour toutes les victimes d’un virus, qui est pour nous ce que peste fut pour la ville de Thèbes quand elle était gouvernée par Œdipe. L’histoire ne se répète pas vraiment, mais elle bégaie furieusement.

 

 

 

Les plaisirs apportent du sens à la vie

 

 

Selon la doctrine économique actuelle, il y aurait l’essentiel et l’accessoire, d’une part la production et la consommation de biens et de services, par ailleurs les activités de délassement.  S’il faut restreindre les contacts entre personnes pour enrayer une épidémie, les premières ont la priorité. En particulier l’achat de nourriture ou de médicaments, la consultation médicale, l’hospitalisation passent avant toute autre nécessité.

En queue de liste viennent les activités auxquelles les habitants tiennent le plus : le sport, la culture, la gastronomie, les rencontres familiales et amicales, les achats de superflu et, même pour certains, les célébrations religieuses. Ils y trouvent du plaisir, du réconfort, du courage, en un mot ce qui donne sens à leur vie. Ils ont beau travailler, manger, dormir, consommer des pilules, tout cela n’est qu’accessoire, un passage obligé, voire une corvée, la condition d’accès à ce qui fait plaisir, à ce qui n’est pas obligatoire.

Dans les mesures de confinement, le plaisir n’a que peu de place : arrêt des cinémas, des réunions sportives, des théâtres, des restaurants, des bars, des célébrations religieuses. Même les mariages et les funérailles, les derniers rites incontournables, sont réduits à leur plus simple expression. Tout cela ne semble pas essentiel, vital, utile. Or, selon une constatation évangélique, « l’homme ne vit pas que de pain », il vit même surtout du reste. S’il en est privé, il tombe dans une langueur qui va jusqu’à la dépression, que l’on doit alors soumettre à psychothérapie et à la consommation de pilules. Cela devient rentable, donc essentiel.

Il est impossible de faire fonctionner un théâtre, une salle de concert, un opéra, voire un cinéma, si les responsables sont soumis à des décisions saccadées de relance et d’arrêt. Ce sont des activités qu’il faut planifier longtemps à l’avance. Spécialement il en est de même des artistes. Ils se sont engagés dans une vocation dont ils connaissaient les aléas. Ils ont accepté de travailler de façon précaire, sur base d’engagements imprévisibles et de rémunérations modestes, à de rares exceptions près.  Pendant plus d’un an ils n’auront pas eu d’engagement du tout. Combien d’entre eux renoncerons à leur carrière et chercherons d’autres emplois ? Combien de talents perdus irrémédiablement ?

Ainsi la culture est une activité fragile qui peut s’interrompre pour ne jamais recommencer au même niveau. On peut se retrouver dans une société terne, déprimée, enfermée dans l’étroit carcan de ses nécessités primaires. La chute de l’empire romain, phénomène politique, a entraîné la disparition de la littérature latine. Dans les salles de concert on ne joue pratiquement pas de musique composée depuis un demi-siècle. La langue française se corrompt par l’usage de la publicité, des médias et des réseaux sociaux : on booste au lieu de promouvoir, challenge l’emporte sur défi, il n’y a plus de soldes mais un sale, Halloween remplace Toussaint, etc.

En temps de crise le salut se trouve dans le sens que les habitants peuvent donner à leurs épreuves. Sinon le malheur ronge le lien social, les nouveaux pauvres perdent toute considération pour la politique, la solidarité s’épuise. Il ne reste plus que les théories du complot, les émeutes urbaines, l’arrivée au pouvoir des populistes. Les religions dérivent vers l’intégrisme et le fanatisme, allant jusqu’au terrorisme.

Le remède ne consiste pas à remplir les salles de concert et les stades, en acceptant délibérément de laisser l’épidémie se propager. Il consiste à sauver des carrières d’artistes au sens large, avec les sportifs d’élite, les chefs étoilés, les solistes classiques, les comédiens, les danseurs. Ils ne sont pas au chômage par leur faute mais par une décision administrative qui les empêche d’exercer leur métier. Ils ne relèvent pas de l’assistance sociale, car ils ont leur dignité visible, celle de représenter ce que les hommes font de mieux, ce que tout le monde ne peut faire, ce qui dans les fresques pariétales des cavernes du paléolithique décèle l’émergence de l’humain, la beauté.

Après le jour d’après

 

Le seul avantage des épidémies est leur fin inéluctable. Même les pires, celles qui tuaient la moitié de la population comme les pestes de l’antiquité, se terminaient parce que les survivants étaient immunisés et que faute d’hôte le virus disparaissait de la région infectée. La Nature est bien faite. Si un virus exterminait radicalement son hôte, il se tuerait lui-même. Et nous, nous sommes devenu ce que nous sommes parce que nos ancêtres ont survécu à toutes les épidémies par sélection d’un ADN résistant C’est comme cela que fonctionne l’évolution. Elle essaie au hasard toutes les combinaisons, elle jette ce qui ne marche pas, elle exhibe fièrement ce qui a survécu.

Il y aura donc un jour d’après l’épidémie. A nous de décider maintenant ce que sera l’après de ce jour. Si nous devons apprendre quelque chose du virus, ce serait moins d’inventer un vaccin que de modifier notre comportement. L’épidémie est devenue mondiale parce le système économique s’y prêtait. Les voyages en avion ont permis rapidement de déplacer un vecteur d’infection de Wuhan à l’Alsace et à la Lombardie, et de ces foyers vers toute l’Europe, devenue le foyer mondial de l’infection. Et maintenant Genève de l’Europe. Or ce n’est pas ce qui s’est passé et ce qui se passe encore en Extrême-Orient. L’épidémie n’a pas frappé aussi fort et elle est bien contrôlée.

La Suisse a recensé 373 831 cas, 5 888 morts, soit 678 morts par million d’habitants alors que la moyenne mondiale n’est qu’à 205. Nous n’avons en rien été des élèves modèles contrairement au rengorgement courant.

Sans se fier aux chiffres de la Chine, probablement manipulés par la propagande, la Corée du Sud a respectivement 40 786 cas, 572 morts, soit 169 par million d’habitants, Hong Kong 7 378, 114 et 15, Thailande 4 180, 60, 0.9, le Vietnam 1 391, 35 et 0.4, Taiwan 725, 7 et 0.3. Le Laos n’a eu que 41 cas et 0 mort. En résumé, ces pays asiatiques furent capables de juguler une épidémie et la Suisse non. Nous ne sommes pas à la pointe du progrès comme nous l’estimons souvent. Nous ne sommes pas le pays le mieux gouverné du monde comme nous n’arrêtons pas de le penser. Les pays asiatiques où l’épidémie est maitrisée ne connaissent pas d’économie à l’arrêt, de formations entravées, de cultures réduites à néant. Ils deviendront le foyer de la science, de la technique, de l’économie.

Notre première mesure concrète consisterait donc à envoyer discrètement une commission d’experts sur les lieux de cette réussite pour en apprendre les recettes. Ce sera un peu embarrassant avec Taiwan, car la Suisse ne reconnait pas l’existence de de pays, de peur de subir les foudres de la Chine continentale que nous lui préférons parce qu’elle constitue un plus vaste marché.

La seconde mesure indispensable consistera à évaluer la capacité de nos institutions à affronter efficacement une épidémie, c’est-à-dire à prendre dès que possible les meilleures mesures sur l’ensemble du territoire. Le bilan concret montre que cela n’a pas été le cas. Des exécutifs fondés sur la concordance ont-ils la cohésion, la détermination, l’agilité nécessaire ? Le fédéralisme est-il adéquat pour des mesures prises sur un territoire relativement petit, divisé en 26 entités autorisées à choisir chacune leurs mesures ? Comment pourrions-nous établir des frontières entre cantons ? A quoi servirait même à la Suisse d’être efficace si ses frontières extérieures restent ouvertes à une UE sans aucune unité de vue ? Comment pourrions-nous les fermer si nous avons un besoin permanent de frontaliers ? Comme la réponse à toutes ces questions est négative, il faudra bien réformer les institutions. Exercice périlleux et impopulaire, qui sera probablement négligé.

Nous ne pouvons plus nous permettre d’aborder un autre fléau dans cet état d’improvisation, de pagaille et de bricolage. Or, il en est un qui ne laisse aucun doute sur sa survenue, le fléau d’après le jour d’après : le réchauffement climatique. Ses conséquences et ses remèdes touchent à l’essence même de la société productiviste de consommation, attachée à une croissance indéfinie d’un critère aussi douteux que le PIB. Durant le confinement, nous avons moins consommé et moins produit de CO2 parce que nous y étions bien obligés. Nous avons même amassé une certaine épargne. Nous avons démontré qu’il était possible de vivre avec moins.

Allons-nous nous priver délibérément après le jour d’après ? Spontanément ? En Suisse et ailleurs dans le monde ? Notre gouvernement si consensuel osera-t-il prendre des mesures contraignantes ? Beaucoup plus que de mettre des taxes sur le combustibles fossiles et les voyages en avion ? Conscient de l’inégalité sociale que ces prélèvements engendrent, ira-t-il jusqu’à une forme de rationnement ? Des timbres pour acheter de l’essence, un quota de mazout par famille ? Le premier voyage en avion pour fêter les octogénaires ? L’interdiction de la publicité, incitation à acheter l’inutile ?

On peut raisonnablement douter qu’une quelconque de ces mesures sera prise à froid. Pas plus que de stocker des masques et des médicaments avant le déclenchement de l’épidémie. Nous avons un système qui réagit plus qu’il n’agit, qui compense par l’improvisation le défaut de prévoyance, qui ne voit pas plus loin que la fin de la législature. Tant que le malheur ne surgit pas, il est inexistant dans les consciences. Le futur n’apparait qu’au moment où il devient le présent.