L’AVS aux soins palliatifs

 

Apparemment ce dimanche est jour de fête : on réglé à la fois la fiscalité des entreprise et le déficit des pensions. On a appâté les votants en liant les deux objets. On a dissimulé la réalité.

Le déni de réalité est la posture la plus commode pour tous ceux qui sont confrontés à un problème insoluble. Cela est vrai d’un couple, d’une famille au sens le plus large, d’une entreprise, des pouvoirs publics et même des Eglises. A quelque niveau qu’elle se trouve, l’autorité répugne à confesser son impuissance parce qu’elle perdrait, croit-elle, du pouvoir. Or celui-ci est fragile, dépend de l’appui des subordonnés, suppose que le chef possède des ressources dont les autres sont démunis.

L’homme le plus puissant de la Terre, le président des Etats-Unis, en a donné un exemple éclatant. La ville de Paradise était située au nord de la vallée centrale de Californie, sa population s’élevait à 26 882 habitants sur 47,3 km2. La ville fut entièrement détruite par l’incendie, dit Camp Fire, qui a débuté le jeudi 8 novembre 2018 et qui a détruit près de 620 km2 et plus de 13’500 maisons. Le président Trump a visité ce champ de ruines, exprimé sa tristesse et réitéré son refus de reconnaître que le changement de climat soit responsable de ce désastre.

Le croit-il vraiment ou feint-il de le croire ? Là git toute la question.
Le déni de réalité repose sur l’ignorance ou sur le refus de connaître, ou encore sur un mélange subtil des deux. Si l’on n’a pas envie de savoir, si l’on redoute d’apprendre la vérité, on ne partira pas à sa recherche. On sera un ignorant de bonne foi. L’exemple le plus inquiétant est bien la posture du climatosceptique : si, comme je le fis dans maints blogs, je mentionne des mesures, le commentaire en avancera d’autres de sources imprécises.

Mais il est des problèmes plus proches de nous qui suscitent la même attitude. Par exemple l’impasse des pensions. Soit la donnée suivante : le système de pension par répartition, dit AVS, distribue chaque année aux retraités les cotisations versées par les actifs. En principe. Problème : ce système permet-il de garantir à ceux qui ont cotisé toute leur vie qu’ils percevront la rente promise, lorsqu’ils prendront leur retraite, au bout de quarante ans ?

La réponse est positive, sous deux conditions : la durée de vie ne s’allonge pas ; les générations se succèdent sans variation de leur nombre. Or, la durée de vie se prolonge, trois mois de plus chaque année, tandis que le nombre de naissances est en déficit d’un tiers par rapport au renouvellement des générations. Aucune des deux conditions nécessaires n’est vérifiée.

C’est donc non. Le problème tel qu’il est posé est insoluble. Il faut en changer les données. On a le choix entre plusieurs solutions : allonger la durée de la vie active ; relever les cotisations ; diminuer les rentes. On peut tourner l’équation dans tous les sens : le problème reste insoluble aussi longtemps qu’on ne change pas au moins une de ces trois données.

Depuis la création du système jusque maintenant, sur plus d’un demi-siècle, la durée de survie à 65 ans a doublé, de dix à vingt ans. Même si le taux de naissance était resté stable plutôt que de diminuer, il faudrait donc : soit augmenter de dix ans la durée du travail ; soit diminuer les rentes de moitié ; soit doubler les cotisations. Ces trois solutions sont impopulaires, même en les combinant.

Dès lors, la méthode consiste à nier la réalité, de façon à transformer simultanément un peu toutes les données. C’est ce qui vient de se passer ce dimanche. Au terme de la votation populaire la loi sur la RFFA vient d’être acceptée. Elle consiste à augmenter très peu les cotisations et à débiter le reste de l’indispensable en puisant dans la caisse fédérale, fournie par les impôts de tout le monde, y compris les pensionnés, c’est-à-dire en réduisant de fait les rentes. On a utilisé deux moyens sur les trois en essayant de camoufler la manœuvre.

Le troisième remède, la prolongation de la durée du travail, n’est pas envisagé. On en nie jusqu’à la possibilité en prédisant un échec certain en votation populaire. Or, quelle est la réalité ? Les difficultés de l’AVS proviennent uniquement de l’espérance de vie prolongée. C’est seulement en agissant sur la cause que l’on peut réduire l’effet.

Dès lors l’AVS est aux soins palliatifs. On a renoncé à la guérir. Mais on a fait croire que le problème était résolu. Et c’est cela l’essentiel. Fabriquer un fantasme de société où les problèmes disparaissent comme dans un dessin animé.

Les murs de l’impuissance

 

Le Bangladesh est extrêmement peuplé : plus de 150 millions d’habitants. Sa densité est l’une des plus importantes au monde. Pourtant le pays pourrait perdre jusqu’à 20% de son territoire d’ici 2050. En cause, la montée du niveau de la mer. L’eau salée s’immisce et pénètre dans les terres. On retrouve des taux élevés de sel jusqu’à 100 km de la côte. D’ici 2050, les terres agricoles vont diminuer, à cause de la salinité. Certaines terres seront même submergées. En 1970, un cyclone a fait 500 000 morts. En 1991, un tsunami a tué quelque 138 000 personnes.

Toutes les conditions sont réunies pour faire de ce pays un foyer d’émigration dans un futur proche. Or, les pays voisins surpeuplés ne l’accepteront pas et les Bangladais tenteront de se tourner vers l’Europe, havre de paix et de prospérité. Bien évidemment, ils ne seront pas les bienvenus sinon à dose homéopathiques. Soumise aussi à la pression africaine, il ne restera à l’Europe d’autre tentation que de se barricader.

On connaît les plus célèbres : le mur entre Israël et la Cisjordanie, 463 km contre le terrorisme ; ceux de Ceuta et Melilla avec le Maroc, doublés d’un mur sur le territoire marocain ; le plus long est entre les Etats-Unis et le Mexique soit 1 100 km que Trump se propose de compléter ; celui de 155 km entre la Hongrie et la Serbie. L’étendue planétaire du phénomène est telle que 70 murs s’étendent sur 40 000 kilomètres, soit l’équivalent de la circonférence de la Terre.

Lorsque le Mur de Berlin s’est effondré en 1989, on a espéré que c’était la dernière verrue politique. Comme ce symbole du communisme a déconsidéré celui-ci et a entraîné sa chute, on a cru que la construction d’une frontière fermée constituait un aveu d’impuissance, auquel aucun gouvernement ne succomberait plus. Ce mur, équivalent de l’enceinte d’une prison, avait pour objectif inavouable d’empêcher les prétendument chanceux habitants de la république communiste d’Allemagne de l’Est de fuir leur prétendu bonheur. Il en reste un de cette espèce, la zone démilitarisée entre les deux Corées. C’est la dernière frontière de type idéologique, qui empêche les gens de sortir.

Dans le futur, les murs auront la fonction inverse, empêcher d’entrer. Ce sont les remparts que les pays riches érigent contre l’immigration des pauvres. Le plus long de ces remparts est le fossé constitué par la Méditerranée. Les migrants, qui n’ont pas accès à un passage régulier faute de visas, sont obligés de risquer leur vie sur des embarcations précaires. Tous les autres remparts orientés vers le Sud jouent le même rôle.

Il y a de lointains précédents historiques. L’empire Romain a construit le mur d’Hadrien pour se protéger de l’Ecosse. La Chine a construit la Grande Muraille de 6 259 km. Cela n’a pas empêché ces deux empires de s’effondrer. Construire un mur est un aveu d’impuissance politique.

Ceci ne signifie pas qu’il existerait des solutions alternatives. La mauvaise volonté réciproque entre Israéliens et Palestiniens empêche la résolution du conflit, qui les divisera très longtemps. De même un milliard d’Africains ne parviennent pas à construire des Etats de droit, stables, sans corruption généralisée, sans guerres civiles. Même si ce continent regorge de ressources, le peuplement actuel est et sera pour longtemps incapable de les exploiter.

L’attrait de l’Europe est irrésistible, non seulement pour des réfugiés politiques fuyant la violence, mais aussi et surtout pour des migrants économiques. Il s’agit d’une énorme bombe à retardement, celle d’une invasion massive, contre laquelle aucun mur ni aucune loi ne protégera. Le pape François a résumé la situation dans une phrase prophétique : celui, qui s’enferme derrière des murs, construit sa prison.

Un musulman est un Suisse comme un autre

Une communauté religieuse satisfaisant à certaines conditions peut être reconnue d’intérêt public par l’Etat de Vaud. Ces conditions sont sérieuses : reconnaître l’ordre juridique suisse ; respecter les droits constitutionnels; respecter la paix confessionnelle ; respecter les principes démocratiques ; observer la transparence financière ; avoir une activité cultuelle; exercer un rôle social et culturel ; s’engager en faveur de la paix sociale et religieuse ; participer au dialogue interreligieux

En plus, le nombre nécessaire d’adhérents de la communauté requérante est fixé en fonction de la durée d’établissement de la communauté selon un barème à double entrée : trente ans et 3% ; quarante ans et 1% ; cinquante ans et 0,3% ; cent ans et 0,1%. Ce règlement étrange procède-t-il d’une autre logique que de reconnaître les uns et d’exclure les autres ? La communauté anglicane exiguë peut l’être. La communauté musulmane plus nombreuse serait trop récente.

La procédure de reconnaissance de la communauté musulmane vient d’être introduite. Il lui faudra cinq ans pour aboutir et son succès est douteux dans l’état actuel de l’opinion publique. Le livre de Shafique Keshavjee « L’islam conquérant » y jouera un rôle certain. Il est édité par l’Institut pour les Questions relatives à l’Islam, d’inspiration évangélique, très préoccupé par la conquête présumée de l’Occident par l’Islam. Ce livre sera décisif dans le débat sur la reconnaissance, compte tenu de la qualité d’un auteur réputé, jouissant de l’autorité morale d’un pasteur engagé dans le dialogue interreligieux. Bien que le texte se garde de stigmatiser  les musulmans individuels, il comporte une mise en garde explicite : « …une reconnaissance politique des communautés musulmanes, sur la simple parole de leurs responsables, affirmant qu’ils se conformeront aux droits de l’homme, serait suicidaire. » L’Islam serait ainsi insoluble dans le génie helvétique.

Si, dans cinq ans, la reconnaissance de la communauté musulmane est portée devant le peuple, elle a peu de chance de réussir après une telle mise en garde. Le titre « L’islam conquérant » s’inscrit, par le choix de l’éditeur, dans la littérature de stigmatisation d’une communauté. A ce titre n’est-ce pas surtout la communauté évangélique qui viole la paix confessionnelle et qui nuit à sa propre reconnaissance ?

Le texte appartient à un genre littéraire contradictoire : le jugement porté par un croyant sur une autre religion. Cela n’a pas de sens parce que le fidèle d’une confession, croyant de bonne foi que la sienne est la seule authentique, est juge et partie. Dès lors, un chrétien peut critiquer son Eglise, mais il doit s’abstenir scrupuleusement de critiquer les autres.

Car quels arguments peut-il utiliser ? Le référence à l’Histoire ne permet pas de peser sur une balance d’apothicaire les horreurs commises par les uns et les autres. Le christianisme n’a-t-il pas été davantage conquérant que l’Islam par son gigantesque effort missionnaire des cinq derniers siècles et par la violence de la colonisation ? Si le tiers des humains sont chrétiens et un cinquième musulman, cela signifie que la conquête chrétienne a été la plus agressive.

L’autre argument est l’écriture. « L’islam conquérant » est garni de citations du Coran visant à démontrer son esprit agressif. Ces citations voisinent avec d’autres qui vont dans le sens de la tolérance. Pourquoi ces contradictions ? Parce que le Coran résulte d’une procédure de copier-coller, et que sa rédaction est la parole des disciples du Prophète collationnée à une époque violente. De même, la Bible est une compilation sur plusieurs siècles de textes contradictoires.

Dès lors il est aisé d’isoler quelques lignes pour stigmatiser les tenants de l’un ou l’autre livre. Néanmoins les chrétiens affirment qu’ils ont accompli un travail décisif d’exégèse, parce qu’ils ne lisent plus l’Ancien Testament qu’à la lumière du Nouveau. Comme les musulmans se refusent à cet effort, la compréhension actuelle de la Bible serait plus éclairée que celle du Coran. Ce n’est pas le sentiment de celui qui écoute certaines homélies à la messe du dimanche.

Le fond du débat est la communion des trois religions monothéistes. Tous leurs croyants se réunissent dans la foi au Dieu unique. A partir de l’image, forcément approximative qu’il s’en fait, aucun ne peut porter un jugement sur la foi d’un autre croyant. Il n’existe en fin de compte qu’une seule religion monothéiste déclinée en trois confessions. Celui qui porte un jugement sur l’autre, se condamne lui-même. Celui qui attise la méfiance réciproque porte aussi la culpabilité des actes criminels commis par des esprits fanatiques.

Les religions constituent de pauvres inventions humaines, certes inspirées et inspirantes, mais elles ne sont ni révélées, ni infaillibles, ni exemplaires. Fragiles et menacées, elles visent à rassurer les hommes, à exorciser la peur de la mort, à évoquer un salut, à donner du sens à la vie. En attaquer une seule, les ébranle toutes. L’incroyance croissante de nos contemporains, qui est la religion dominante, provient des querelles entre croyants.

Le véritable problème est donc bien moins la reconnaissance légale de la communauté musulmane que le risque de son refus, qui isolerait un groupe de Vaudois considérés comme des citoyens suspects.

Le climat détraqué rend le politique impuissant

 

Un vent froid a balayé la Suisse, en suscitant des chutes de neige tout à fait inédites en mai. Cette vague de froid est un paradoxe résultant du réchauffement climatique, comme tous les phénomènes excessifs de ces dernières années : les vents plus violents qu’auparavant, la montée de l’océan, les débordements de rivières dus à des précipitations brutales, les ouragans dévastateurs, les canicules meutrières.
Bien entendu cela suscite les ricanements des climatosceptiques qui tirent argument des excès de froid pour nier que la température moyenne de la planète a déjà augmenté d’un degré et qu’elle giclera à deux degrés dans une ou deux décennies, compte tenu de l’inertie totale face au phénomène. Ce n’est pas inédit, car voici 120 000 ans, la température était effectivement de deux degrés plus élevés. Dès lors le niveau de la mer était plus élevé de neuf mètres, dû à la dilatation de l’eau et à la fonte des calottes glaciaires. C’est cela qui nous attend, avec des effets dévastateurs sur les rivages et sur la transhumance de dizaine de millions de réfugiés.
Pourquoi cette instabilité ? Tout d’abord parce que le climat sur une longue période est toujours instable, du fait de l’énergie solaire incidente mais aussi de l’activité humaine. A court terme, le climat de l’Arctique se réchauffe très rapidement et la frontière entre les zones climatiques faibli par suite du régime des vents.
Le jet-stream est ce courant aérien qui circule à une certaine latitude d’ouest en est, entre l’Arctique et les latitudes tempérées en constituant la limite entre les zones climatiques entre 20 et 40 degrés de latitude selon les saisons. Or, il faiblit, cesse d’être confiné à une latitude et forme des zig-zags. Hors saison, ces zigs et ces zags propulsent de l’air froid au Sud ou de l’air chaud au Nord. Dans l’ensemble, le climat devient imprévisible. Le vignoble peut à la fois subir des gelées printanières tuant les bourgeons déjà sortis et des canicules estivales brûlant la végétation. Il en est de même des cultures maraichères.
Face à ce désastre non seulement annoncé mais déjà manifesté, l’inertie de la Berne fédérale est angoissante. On y redoute que la réduction nécessaire de l’empreinte carbone entraine une mutation économique de grande amplitude, avec chômage et baisse du pouvoir d’achat, propice aux embardées électorales. Elle supprimera ou affaiblira des secteurs entiers comme le pétrole ou l’automobile, l’aviation ou le tourisme. Le péril est d’autant plus certain que le courage de l’affronter manque.
Cependant l’opinion publique est en train de dépasser la prise conscience de l’exécutif et les élections à venir se dérouleront sur ce thème, pour la simple raison qu’il s’agit de la survie de l’espèce humaine.
Dès lors, faute de courage politique les décideurs se sentent contraint de nier l’existence du problème puisqu’ils ne parviennent pas à le résoudre. L’évènement le plus symbolique s’est déroulé aux Etats-Unis. La ville de Paradise, située au nord de la vallée centrale de Californie, avait 26 882 habitants sur 47,3 km2. La ville fut entièrement détruite par l’incendie, dit Camp Fire. Le président Trump a visité ce champ de ruines, exprimé sa tristesse et réitéré son refus de reconnaître que le changement de climat soit responsable de ce désastre. C’est l’application caricaturale d’une règle en politique : puisque certains problèmes sont trop compliqués pour être résolus, inventons-en d’inexistants qui ne nécessitent pas de l’être. Les Etats-Unis entament de vaines disputes avec l’Iran pour se dispenser de réduire leur empreinte carbone.

A quoi peut servir un réfugié ?

 

Le doute n’est plus permis : après la Syrie, l’Afrique a vocation de se déverser dans l’Europe. Ce n’est pas la première fois. Voici trente ou quarante mille ans les premiers Homo Sapiens, venant d’Afrique, ont utilisé le Moyen-Orient pour accéder à l’Europe et se mélanger aux Neandertal résidents dont nous avons hérité le génome à dose homéopathique. Le résultat a été brillant : les langues, la science, l’art, la politique de notre continent ont envahi toute la planète. Un réfugié constitue donc un apport plutôt qu’une charge. Nous sommes tous des descendants de réfugiés, surtout les Homo Sapiens.
Angela Merkel l’a compris la première, elle accueillit en Allemagne au moins dix fois plus de réfugiés syriens qu’en France et elle en perdit aussitôt le pouvoir. En tenant compte de la population, le Liban en héberge 250 fois plus que toute l’Europe ensemble. Ce sont des dimensions auxquelles nous n’échapperons pas. L’ère des invasions recommence. Nous ne l’arrêterons pas avec des barbelés ou de la paperasse. Au moment des grandes invasions germaniques du sixième siècle des sénateurs s’en indignaient à Rome sans aucun effet sur le Rhin. Cette impuissance des légions a permis l’installation en Suisse des Burgondes et des Alamans dont nous sommes les fiers descendants.
Puisque nous serons envahis de toute façon, comment en tirer le meilleur parti, pour éviter de dire le moins mauvais ? La première solution est purement humanitaire, carrément idéaliste et politiquement incorrecte. Comme tout réfugié est protégé par les conventions internationales, nous devons l’accepter a priori en attendant d’examiner sa demande, sans chercher de fausses excuses pour ne même pas entrer en matière. Et donc accepter de délivrer à nouveau des visas dans nos représentations diplomatiques pour éviter le mortel parcours du combattant, en radeau pneumatique et en jogging. Bien entendu, si la Suisse était seule à faire son devoir, elle créerait un appel d’air considérable et serait submergée. Le respect de la tradition humanitaire suppose une entente avec nos voisins européens. Cette entente suppose que nous soyons conscients de notre relation au continent. Un bon tiers de nos concitoyens croient au contraire que nous sommes une île au milieu du Pacifique.
Si nous ne parvenions pas à considérer tous les réfugiés comme des êtres humains à part entière, il reste la ressource de filtrer les arrivants, mais comment ? La Hongrie songe à la religion, comme si le christianisme, dont elle se réclame, prescrivait ce genre de discrimination d’inspiration tribale. La Suisse penche pour les cas les plus urgents : malades, handicapés, femmes seules avec enfants. Tôt ou tard, quelqu’un imaginera de sélectionner sur base de la compétence professionnelle et de favoriser ingénieurs et médecins, plombiers et maçons.
Bref un réfugié, bien utilisé, peut servir de multiples projets plus ou moins cohérents : donner une bonne conscience inoxydable à des Allemands en manque historique ; compenser le déficit démographique de tous les pays surtout ceux de l’Est vidés par la migration interne à l’Europe ; pallier la pénurie de main d’œuvre qualifiée ; obliger la Suisse à s’entendre avec le reste de l’Europe ; voire recruter des chrétiens intégristes pour la Hongrie. Le réfugié, tout bien considéré, est un homme ou une femme à tout faire. C’est une ressource de notre époque qui est trop négligée.

Le climat stabilisé à l’initiative de Christoph Blocher

 

Selon ce leader de l’extrême droite helvétique, la transition climatique relève de l’hystérie collective, bien entendu propagée par les médias. Enfin, cette révélation, après celle si réconfortante de Donald Trump, nous rassure. Les spécialistes scientifiques du climat n’arrêtent pas de prétendre que l’émission de CO2 engendre un effet de serre. En février 2019, l’Organisation météorologique mondiale a annoncé que les années 2015 à 2018 ont été les plus chaudes depuis les premiers relevés effectués en 1850. En 2018, la température moyenne de la planète se serait établie à 14.7°C, dépassant de 1°C celle de l’ère préindustrielle et de 0.38°C la moyenne des années 1981-2010.

Grâce à Christoph Blocher nous découvrons maintenant que ce ne sont que de grossiers mensonges. Ces prétendus scientifiques sont des imposteurs, colportant de fausses nouvelles pour se rendre intéressants et obtenir des crédits de recherche. Ils diffusent des images truquées de la banquise arctique pour faire croire qu’elle fond. Ils montrent de photos manipulées pour démontrer que les glaciers fondent.

D’où proviennent le financement de telles arnaques ? Selon certaines sources bien informées, ce seraient les fabricants de canons à neige qui réussissent ainsi à vendre leur matériel à des stations de sports d’hiver alors que les chutes de neige n’ont jamais été aussi abondantes que cet hiver. D’autres sources mentionnent les entreprises de construction de digues qui ont fait croire au public mal informé qu’au XXe siècle, la mer aurait monté de 17 cm sous l’effet du changement climatique. Le niveau marin aurait encore gagné en moyenne 8 cm de 1992 à 2015 et localement jusqu’à 23 cm. Il suffit de se rendre sur sa plage habituelle pour se rendre compte qu’il n’en est rien.

D’ailleurs le Conseil fédéral, le meilleur gouvernement du monde, ne prend aucune mesure. N’est-ce pas la preuve qu’il s’agit bien d’une hystérie collective ! De même le Conseil national, le plus éclairé des parlements, vient de refuser la loi sur le CO2 par une alliance révélatrice entre la gauche et la droite. Le citoyen moyen peut donc dormir sur ses deux oreilles. Nos autorités, qui veillent sur tout, ne se préoccupent pas de cette arnaque intellectuelle.

Il était temps que le meilleur des Suisses révèle cette vérité à ces concitoyens. Ceux-ci savent qu’il a construit sa fortune à partir de rien, par sa perception aigüe de la réalité économique, par sa lucidité, par son esprit d’entreprise. Quelqu’un qui a réussi à ce point sa vie professionnelle ne peut pas ni se tromper, ni nous tromper. Dans les conférences internationales, la Suisse doit maintenant montrer le bon exemple et s’opposer à toutes les mesures proposées pour lutter contre un prétendu réchauffement climatique.

Le mariage controversé

 

La déconvenue du Conseil fédéral, désapprouvé par le Tribunal Fédéral dans le référendum sur la fiscalité du mariage, démontre que la Suisse respecte strictement la séparation des pouvoirs. Un bon point. En revanche la diffusion d’une brochure comportant des chiffres carrément faux ne plaide pas pour la compétence et l’impartialité de l’administration fédérale. Peut-être était-ce voulu. Pour certains esprits, épris d’archaïsme et de patriarcat, le mariage constitue une union indissoluble, qui peut supporter une fiscalité uniforme et une pension réduite. Dans ce concept, la femme est au foyer à perpétuité et le divorce n’existe pas. Ce  fut peut-être l’opinion du fonctionnaire fédéral qui a rédigé la brochure.

Reste maintenant à poser la question du mariage civil lui-même. A quoi sert-il s’il n’augmente pas le retour sur impôt et ne diminue pas les pensions ? D’où sort cette cérémonie communale parfois expédiée comme une corvée par un personnage mandaté à cet effet.

La France a inauguré en 2017 une procédure révolutionnaire : les divorces par consentement mutuel, soit 55% des cas, ne devront plus passer devant un juge pour être entérinés. Si les époux sont d’accord pour la garde des enfants, la pension alimentaire et le partage du patrimoine, il suffit de passer devant un notaire pour confirmer ces conventions. Le but est bien évidemment de désengorger les tribunaux encombrés de procédures dénuées de sens. La République vient de faire un grand pas en arrière, dont notre Confédération devrait s’inspirer.

Un pas en arrière, car c’est bien la République qui a inventé en 1792 le mariage civil, inexistant sous la Monarchie ou ailleurs dans le monde. Il y avait d’une part un éventuel contrat devant notaire pour régler les questions financières et d’autre part un mariage religieux pour authentifier l’engagement moral de fidélité et de soutien réciproque. Cela ne signifie pas que la situation de fait était idyllique, car souvent les mariages étaient arrangés par les familles et le libre consentement de l’épouse était bafoué. Mais la situation était au moins claire : à la loi civile de régler les biens terrestres, à l’Eglise de sacraliser la morale.

Le mariage civil est donc une institution hybride, où l’Etat se mêle de ce qui ne le regarde pas. Il n’a pas à prescrire et à surveiller les mœurs des citoyens, sinon à titre dérisoire et comique, comme le met en scène Feydeau lors de l’irruption d’un commissaire venant constater un délit d’adultère. Dans certains pays anglo-saxons, des ministres du culte peuvent célébrer un mariage religieux qui vaut mariage civil. En Israël n’existe que le mariage religieux. On pourrait donc se passer du mariage civil.

Dès lors que la France revient pour le divorce à une procédure devant notaire, on peut se demander pourquoi le mariage civil fait encore sens de se célébrer dans une maison communale devant un municipal, sinon pour procéder à un simulacre de bénédiction étatique. Les cérémonies sont tellement expéditives et parfois bâclées qu’elles en viennent à ridiculiser l’engagement pris. Un notaire peut tout aussi bien enregistrer le consentement des époux et leurs conventions financières. On en reviendrait à la situation originelle. Aux époux de décider par ailleurs s’ils souhaitent un mariage religieux.

Cette clarification du sens du mariage permettrait aussi de dédramatiser l’union entre personnes du même sexe. Pour l’Etat, ce qui compte c’est seulement d’être au clair sur la fiscalité et les règles de succession. Il n’a pas à s’immiscer dans les mœurs des partenaires de l’union. Nos contemporains le supportent de plus en plus mal. Reste à espérer que la France fasse école et que le droit du mariage ou du divorce soit épousseté également en Suisse. A la limite que le mariage civil soit supprimé complètement et remplacé par un contrat notarié.

L’avenir dure longtemps

 

L’inégalité sociale au sein d’un pays devient de plus en plus insupportable. Mais que dire de celle qui existe et qui persiste entre les nations. Certes l’UE constitue une formidable machine à convergence entre les pays. Ainsi la capitale de la Slovaquie est une des régions où la croissance du revenu par habitant fut la plus élevée. Il se situe maintenant à 179% de la moyenne européenne, plus que Vienne, proche voisine, à 151%. Sur les dix dernières années ce revenu a augmenté de 2,1% en moyenne par an pour l’ensemble de l’UE, avec certains pays à la traine comme la Bulgarie ou la Roumanie.
En parité d’achat, le PIB par habitant se situe à 75900 euros au Luxembourg, pratiquement à égalité avec la Suisse, à 66200 euros en Irlande, mais en dessous de 10000 euros dans certaines régions de la Bulgarie

Cependant, l’UE ne réussit pas à égaliser le revenu local entre les régions. Ainsi l’Italie a un revenu par habitant qui s’établit à 96% de la moyenne européenne, ce qui semble tout à fait normal et satisfaisant. Mais la Lombardie est à 128% et les Pouilles à 64%. En France, Paris est à 177% et la Picardie à 75%. La Pologne se développe rapidement dans les régions de l’Ouest, assimilées par la Prusse durant deux siècles jusqu’en 1919 ou celles du Sud annexées par l’Autriche. En revanche les provinces de l’Est sous la coupe russe pendant longtemps demeurent dans la misère et le sous-développement.

L’empreinte de l’Histoire persiste donc au-delà du siècle. On connait les maux de l’Italie du Sud, minée par le travail au noir et par l’empreinte maffieuse. Les régions à la peine de l’Est ne sortent pas de l’héritage du communisme : administration envahissante, faible qualification, vieillissement de la population, perte de l’esprit d’entreprise. Dès lors elles se dépeuplent par l’émigration de la fraction la plus jeune et la plus qualifiée : la Bulgarie est passée de 9 à 7 millions d’habitants entre 1989 et 2018. Si l’on accepte de remonter très loin dans le passé, on doit remarquer que les régions les plus prospères de l’Europe, Pays-Bas, Flandres, Rhénanie Palatinat, Luxembourg, Alsace, Suisse, Lombardie suivent plus ou moins les contours de l’éphémère royaume de Lotharingie créé en 855.

Il y a donc des peuples vertueux, travailleurs, civiques, cohérents et d’autres qui le sont beaucoup moins par les aléas de l’Histoire, par leur incapacité de surmonter les défis, par des erreurs politiques majeures. Rien n’est plus important que de cultiver ce patrimoine politique, social, économique et culturel. Il est temps de tirer des conclusions qui seraient applicables aux autres nations, celles qui pâtissent de n’être pas la Suisse.

On songe en particulier à un pays proche, qui cumule les différences. Il suffit de franchir la ligne de crête du Jura pour découvrir un autre monde. C’est le même peuple, parlant le français, dans le même environnement géographique, mais les institutions font toute la différence. La France a un taux de chômage, qui est plus du double de celui de la Suisse. Tous les matins 300 000 frontaliers franchissent la frontière dans un seul sens. En Suisse, le PIB par habitant est de 81 276 $ et le salaire mensuel moyen de 7 765 $, le plus élevé du monde. En France respectivement de 44 099$ et de 3 976 $. Cet écart, du simple au double, doit être corrigé par une évaluation du pouvoir d’achat effectif, qui n’est pas aussi démesuré.

La France vit sous le régime d’une monarchie élective, qui exerce un pouvoir rassemblé dans les mains de son président. Les corps constitués forment une noblesse méritocratique recrutée sur base de concours. Manifestement cela fonctionne moins bien que la démocratie directe helvétique. Même si le monarque individuel est intelligent et bien disposé, même si les énarques sont très adroits, le peuple français conteste régulièrement le pouvoir par des manifestations, des grèves et des émeutes, qui paralysent les meilleures réformes. Quand le souverain populaire, qui existe toujours et partout, ne peut s’exprimer par les urnes, il le fait dans la rue. C’est indigne d’un Etat et cela obère l’avenir pour très longtemps.

Avant qu’il soit trop tard

 

Deux élections cantonales viennent de dévoiler une réussite inattendue de l’écologie, aussi bien pour les Verts historiques que pour les Verts libéraux. Il n’est pas exclu que, lors des prochaines élections fédérales, la somme de leurs sièges dépasse les 10% au Conseil national et les propulse au Conseil fédéral, qui en aura bien besoin. Cela dépendra des canicules de l’été, des typhons et des incendies de forêt. La transition climatique s’invite comme question posée par le peuple aux exécutifs. Les manifestations étudiantes ont servi de signal déclencheur, mais l’inquiétude déborde la jeune génération.

La réponse aux questions latentes est loin d’être évidente. En France, une modeste tentative de gérer la transition climatique en augmentant les taxes de l’essence a mené à la révolte des gilets jaunes. Les manifestants sont affrontés à une situation invivable : le prix de l’essence pèse trop lourd sur leur budget puisqu’ils sont obligés de se déplacer en voiture pour leur emploi. Leur problème n’est pas la fin du monde, mais la fin du mois. Mal payés, trop taxés, soumis à la dictature d’un centre parisien, les Français ont répondu par une de ces insurrections dont ils ont le secret. Les Champs-Elysées, siège du commerce de luxe, a subi de véritables émeutes qui ont culminé avec la désacralisation de l’Arc de triomphe. En essayant timidement de considérer la transition climatique, le gouvernement français a dû finalement lâcher une rançon de dix milliards pour apaiser la révolte.

Effectivement, la transition énergétique est soumise à plusieurs couples d’impératifs contradictoires. Il faut en même temps :
Agir sur les prix pour réduire la consommation d’énergie, sans dégrader le pouvoir d’achat des plus démunis.
Faire croitre les secteurs verts, avant de faire décroître des secteurs traditionnels, pour ne pas susciter le chômage.
Agir résolument au niveau national, bien qu’un effort planétaire gouverné par une instance exécutive internationale soit seul efficace.
Limiter l’immigration, sans renoncer à l’accueil des réfugiés, et faire décroître modérément la population du pays.

A titre de test pour les prochaines élections de toute nature , voici quatre mesures emblématiques, sur lesquelles partis et candidats devraient s’engager.
1/Fixer une date limite pour la circulation de véhicules qui consomment des carburants pétroliers.
2/Déterminer le moment auquel les chauffages au fuel ou au gaz ne seront plus autorisés.
3/Confirmer la sortie définitive du nucléaire.
4/Renoncer à la construction de centrale à gaz.

Si elles sont adoptées, les autres mesures s’ensuivront comme conséquences. Face à ces défis, on ne peut que souhaiter la présence des écologistes aux affaires. En particulier, les Verts libéraux, spécialité helvétique, promettent de concilier économie et écologie : c’est bien le but et ce ne sera pas facile. Mais à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

La corruption des meilleurs

 

André Comte-Sponville émet une question provocante : « tout musulman n’est pas islamiste, mais tout islamiste est musulman ; qu’est ce qui dans l’Islam entraîne cette dérive ? ». On peut du reste poursuivre la même question au sujet de tout groupe humain. Tous les chrétiens n’ont pas été inquisiteurs, mais tous les inquisiteurs étaient chrétiens. Tous les marxistes n’ont pas été staliniens, mais tous les staliniens étaient marxistes.

Telle est l’application récurrente du proverbe latin : corruptio optimi pessima, la pire corruption est celle du meilleur. Cela renvoie à des situations contemporaines. Comment les Etats-Unis, inventeur au siècle des Lumières de la démocratie moderne, ont-ils pu élire comme président un Donald Trump ? Comment le Père Marie-Dominique Philippe, religieux dominicain, fondateur de l’ordre religieux Communauté de Saint Jean, a-t-il pu profiter de la direction spirituelle de religieuses pour les violer ? Comment les victimes ne se sont ni défendues ni plaintes ? La réponse se trouve peut -être dans une citation de Vassili Grossman, écrivain russe : « le Mal vient essentiellement de ceux qui veulent imposer le Bien aux autres ».

Il faut donc analyser tout discours sur le Bien pour y découvrir l’amorce du Mal. Les mouvements, communautés, partis, Eglises, qui définissent les contours du Bien, veillent à s’inclure dans les détenteurs de celui-ci pour mieux en exclure les autres, tous les autres, spécialement leurs ennemis naturels. Cela explique le mouvement spontané des gilets jaunes qui ont réussi sans structure, sans finances, sans légitimité à paralyser l’action du gouvernement français et à soutirer une dizaine de milliards. Ils sont prétendument le peuple français, tandis que les autres citoyens, bien plus nombreux en sont exclus. Les institutions sont le Mal, leur refus le Bien. Au nom de cette distinction, des émeutes, des destructions et des pillages ont été effectués en toute impunité. Tout en se proclamant non violents, ils ont fini par admettre que seules ces violences les ont fait écouter, c’est-à-dire que le Mal est nécessaire pour produire le Bien.

Ils ont reproduit en notre siècle les mécanismes de conquête et d’exercice du pouvoir utilisés précédemment par le nazisme et le communisme, grands organisateurs de camp de concentration et d’extermination des autres, des suppôts du Mal. Les spécistes qui fracassent les vitrines des boucheries sont de la même engeance, comme les soi-disant environnementalistes qui sont opposés aux OGM, aux éoliennes et aux antennes de téléphonie mobile. Au nom du patriotisme et de la tolérance religieuse, le peuple suisse a fini par caser dans la Constitution le 29 novembre 1009 un article interdisant la construction de minarets.

Au lieu de vouloir instaurer le règne abstrait du Bien, il faudrait se limiter à l’exercice de la bonté et de la bienveillance à l’égard de tout le monde, surtout de ceux qui sont différents.