Nyaka, Fokon, Yakapa, Isufi.

 

Tels sont les refrains de toute politique populiste, axée sur le simplisme de solutions inapplicables à des problèmes patents. Le souverain populaire s’irrite de l’impuissance des exécutifs à tout résoudre. Pour répondre à cette attente, il n’y a qu’à, faut qu’on, il n’y a qu’à pas, il suffit.

L’UDC a fait distribuer en Suisse romande une « Edition spéciale » à plus d’un million d’exemplaires, soit un toutes boites. La proximité des élections fédérales suscite une crainte du premier parti de Suisse, qui risque de perdre des sièges faute de s’être engagé dans le vaste débat de la transition climatique. Le peuple (si volatile !) s’apprête à déplacer ses suffrages vers les deux partis suisses qui affichent la couleur verte. Or, le populisme, fondé essentiellement sur la xénophobie, est dans tous les pays viscéralement opposés à entrer dans le débat du climat, pour une raison que l’on va découvrir.

La lecture de ce pamphlet de 8 pages est tout à fait éclairante. Le thème sous-jacent reste le refus de l’immigration. « Un million d’immigrants entraine une consommation de 59 milliards de litres d’eau ». La transition climatique est assimilée à une conséquence de la politique migratoire, imposée par l’ONU, acceptée avec l’UE. Or, il y a du vrai dans cette considération insidieuse. C’est l’évidence : s’il n’y avait pas de migrants, ils ne boiraient, ni ne se laveraient, ni ne tireraient la chasse. Mais cela n’a strictement rien à voir avec le véritable facteur,  la production de CO2, la montée de la température de la planète et ses conséquences.

Pour agiter le peuple avant de s’en servir, il faut certes lui mentir, mais pas n’importe comment. Il faut ruser avec la vérité, en dévoiler une facette et occulter les autres. En fait, il y a même plus de deux millions d’immigrants en Suisse. En revanche, si le pays ne comptait plus que 20% de sa population actuelle, son empreinte carbone, la seul chose importante, serait nulle puisque l’énergie des barrages suffirait. Mais avec ce genre de « si », on pourrait mettre Paris dans une bouteille. Le problème n’est de faire fonctionner la Suisse comme si sa population n’était pas ce qu’elle est et comme si elle pouvait instantanément se passer des immigrants. Car rien moins qu’un quart des médecins ont été formés à l’étranger et 38% du personnel infirmier n’est pas Suisse. Que dire des chercheurs, des enseignants, des ingénieurs, des ouvriers du bâtiment ? Ces habitants louent forcément un quart des logements, achètent le quart des produits de consommation. Nyaka les jeter tous à la porte ? Sans conséquences ?

Le véritable problème est de faire fonctionner le pays tel qu’il est, dans la planète telle qu’elle est. Or le réchauffement climatique est une réalité, attestée par des mesures. Ce n’est donc pas une opinion de la gauche comme l’insinue « Edition spéciale », mais un outil pour celle-ci, fondé sur l’évidence. Selon la contribution révélatrice de Roger Köppel dans ce pamphlet, la gauche sème la panique climatique « pour installer un régime de contrainte et détruire les valeurs libérales fondamentales. » Et ce n’est pas tout à fait faux.

Dans le monde entier, la gauche classique, socialiste, anticapitaliste est en porte-à-faux depuis l’effondrement du communisme. Malgré tous ses défauts, malgré ses retombées inquiétantes, le capitalisme a fonctionné depuis trois siècles pour améliorer le sort des hommes en leur donnant à manger, en les soignant, en les instruisant, tout en négligeant les insolvables. Dès lors, la gauche est à cours de programme économique crédible. Elle est viscéralement étatique, fonctionnarisée, centralisatrice, antilibérale, égalisatrice. Or, ce ne sont plus des thèmes très porteurs ; l’Etat Providence est reconnu comme un mythe ; il n’y a pas de santé, de pension, de transport, d’éducation qui seraient gratuits ; il y a toujours quelqu’un qui paie. Par le biais de la TVA en particulier, de la redevance TV, de l’assurance maladie obligatoire, tout le monde paie de plus en plus et s’en irrite. L’écologie est venue à point comme idéologie de substitution pour la gauche, comme pneu de secours politique.

Par raison de symétrie, l’idéologie populiste se dédouane en stigmatisant cette nouvelle idéologie de gauche. Ainsi le pamphlet se garde bien de parler de la production de CO2, de l’effet de serre, de la fonte des glaciers, des sécheresses, des incendies, des tornades, de la montée des océans. Il occupe le terrain en parlant des « vrais problèmes : exploitation dévastatrice des océans, pollution par le plastic, surpopulation. »

Il y aurait donc de quoi rédiger une thèse de doctorat sur les seules huit pages de l’« Edition spéciale ». Non seulement sur la propagande populiste, mais sur les méthodes classiques de manipulation de l’électorat. Il y a beaucoup de talent, voire de génie, dans ce genre de textes. Déjà dans la Grèce de Socrate, des sophistes défendaient n’importe quelle thèse par leur maîtrise des ressources du raisonnement, vrai ou faux, peu importe.

Cette rhétorique adressée à tous les ménages suisses rapportera des voix. Isufi de rassembler les mécontents de tous bords, les éclopés de la mondialisation, le paysannat en péril, les perdants de l’enseignement, les classes moyennes surtaxées, les chrétiens intégristes terrorisés par la montée de l’Islam. L’amalgame de ces peurs constitue le programme du premier parti de Suisse. Nyaka : reconstruire des centrales nucléaires, n’acheter que des produits agricoles suisses, défendre la démocratie directe, le fédéralisme, la neutralité armée, rompre avec l’ONU et l’UE, refuser les requérants d’asile. Yakapa : renchérir le prix des comburants, interdire le chauffage au mazout, installer des éoliennes, taxer les voyages en avion. Isufi de s’engager « pour une Suisse fondée sur des valeurs chrétiennes », dont sait depuis la prédication de Jésus de Nazareth combien elles sont contraires à l’accueil des étrangers.

Jadis les nations étaient gouvernées par des monarques absolus. Certains prenaient leurs décisions après mûre réflexion. D’autres étaient manipulés par leurs courtisans qui défendaient surtout leurs privilèges. « Edition spéciale » travaille dans le même registre : attirer les suffrages du peuple souverain en flattant ses peurs, ses illusions, ses dénis de réalité. C’est le moyen politique le plus simple et le plus efficace : prendre les gens pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’ils devraient être.

Pour sortir de l’inertie climatique

 

L’excellent livre de Roger Nordmann « Le plan solaire et le climat » résume en 150 pages un projet d’équipement de la Suisse pour la rendre autonome en matière d’énergie. C’est le genre de document que l’on attendrait de la part du Conseil fédéral, dont la politique a long terme en la matière mériterait d’être formulée en des termes aussi précis et réalistes. Or la loi sur le CO2 déjà timide à l’origine a été vidée de son contenu lors d’un vote du Conseil national le 8 décembre 2018. On n’est nulle part.

On ne peut pas se satisfaire d’une Suisse à 37 éoliennes parce que le droit de recours est aussi étendu. Il faut maintenant forcer le destin. Si l’Autriche en a installé 1 313, la Suisse devrait pouvoir en faire autant. Plus du photovoltaïque en abondance, l’assainissement des bâtiments mal isolés, la géothermie. La technique fournit toutes les solutions mais pas le courage politique.

Face au défi climatique, le fonctionnement de la Confédération n’est pas adapté. Il n’y a pas de chef de l’Etat permanent ou de premier ministre, mais une direction collégiale, où sont représentées toutes les mouvances politiques. Sur la question de la transition climatique, il n’y a pas d’accord possible entre une droite, qui nie ou minimise le problème, et une gauche qui l’agite sans pouvoir le résoudre. Les institutions gèrent admirablement la routine des questions ordinaires. Elles ne sont pas faites pour les situations extraordinaires.

Or, il surgit des cas où l’urgence requiert une autorité suprême. En cas de menace de guerre, l’Assemblée fédérale élit un général qui dispose des pouvoirs les plus étendus. D’une certaine façon, la situation est identique en matière de climat : la survie du pays, voire celle de l’espèce, est en cause. Une autorité supérieure, un « général du climat », peut-être un groupe restreint d’experts, pourrait avoir comme prérogative d’imposer des décisions à la fois indispensables et impopulaires.

Dans un tout autre domaine, on en a eu une préfiguration, face à la menace de faillite de l’UBS. Averti dans l’urgence de la menace d’une cessation de paiement et d’un ébranlement systémique de l’économie suisse, le Conseil fédéral siégea à partir de 9 heures le mercredi 15 octobre 2008.
Dès 13 heures 30, les six membres de la délégation des Finances, trois Conseillers nationaux et trois Conseillers aux Etats, étudient les documents relatifs au plan. A 18 heures 30, en trois heures, la délégation des finances décide à l’unanimité d’octroyer 6 milliards de prêt. Une société de portage créée par la BNS recueillera les placements douteux de l’UBS à hauteur de 60 milliards. A titre de comparaison, le budget fédéral était à l’époque de l’ordre de 60 milliards : le risque était donc considérable. Bien que les chambres fédérales aient été en session, la décision ne leur fut pas soumise. Un autre exercice du pouvoir s’était établi, réaliste, rapide et efficace.

On doit se souvenir que l’économie suisse fut sauvée ce jour-là par la concertation d’un tout petit groupe de personnes, qui prirent tous les risques. On peut souhaiter que le même mécanisme soit mis en place pour la crise climatique. A situation d’exception, il faut une solution adaptée : elle est à portée de main, il suffit de l’activer.

Trop de médecins ?

 

Une fois de plus le Conseil des Etats a refusé d’entrer en matière sur le refus de contracter, qui serait accordée aux caisses maladies. Cela va de soi pour les médecins : au terme d’une très longue formation, ils obtiennent un diplôme donnant le droit de soigner. Si une ou plusieurs caisses peuvent arbitrairement les mettre sur une liste noire, en refusant de rembourser les soins, ces médecins sont de fait privés de diplôme. Il y aurait donc deux instances successives pour accorder un diplôme ou pour permettre de l’utiliserr : les Facultés de médecine et puis les caisses d’assurance. Les premières évaluent la compétence professionnelle et les secondes les coûts engendrés. Ce n’est pas au même niveau. Veut-on des médecins compétents ou économes?

Cela va de soi aussi pour les patients. Ils estiment avoir le droit de choisir leur médecin en fonction de tous les critères imaginables, à commencer par sa réputation professionnelle et par son empathie lors des entretiens. Exclure certains médecins revient à limiter cette liberté fondamentale du choix sur un libre marché. C’est pire qu’une médecine d’Etat à la soviétique ou à la britannique car l’instance de décision n’est plus l’Etat mais des entreprises privées.

Ce n’est pas la première fois que des mesures maladroites sont proposées pour réduire les coûts de la santé. Cela a commencé voici vingt ans avec le numerus clausus des facultés de médecine visant à réduire le nombre de médecins diplômés : cette mesure a tourné à la confusion de ses initiateurs puisque les jeunes Suisse, interdits d’étude, ont été remplacés par des médecins formés à l’étranger. Il n’y a donc pas eu finalement de réductions du nombre de médecins.

Sont-ils pour autant trop nombreux, comme le prétendant les partisans de leur réduction ? A en juger par le délai nécessaire pour obtenir un rendez-vous chez certains spécialistes, de trois semaines à trois mois sur la place de Lausanne, ils seraient au contraire surchargés et trop peu nombreux. Il n’y a pas trop de spécialistes et trop peu de généralistes. Ils sont peut-être mal répartis sur le territoire. Mais qui s’en occupe?

Ensuite on a proposé et mis en œuvre un moratoire sur l’ouverture de nouveaux cabinets par de jeunes médecins. Le seul résultat a été de les confiner dans les hôpitaux universitaires, où ils se sont spécialisés en créant prétendument une pénurie relative de généralistes.

Il n’y a donc pas de méthode simple et efficace pour diminuer les coûts de la santé. Toutes les interventions maladroites ont, jusqu’à présent, été à fins contraires. Quel que soit le système, il y aura toujours des malades imaginaires et des médecins complaisants: c’est inscrit dans la nature humaine, faite d’angoisses et de faiblesses. Si l’on réduisait effectivement la consommation médicale par des mesures administratives ou légales, on réduirait certes des dépenses inutiles, mais aussi d’autres indispensables. Dans un système de marché libre fondé sur la relation privilégiée entre patient et médecin, l’Etat est privé de moyens d’action et il le restera.

Le système de santé suisse est excellent en ce sens qu’il garantit une espérance de vie parmi les trois plus élevées au monde. Il n’absorbe que 12% du produit national. Ce n’est pas trop cher payé, même si c’est un luxe réservé à un pays riche. Si l’on estime qu’il y a trop de médecins, encore faudrait-il décider d’une norme objective. Il y a aussi, si l’on commence à compter, trop d’avocats, de fiduciaires, de stations de ski, de stades, de théâtres, de musées, de parcs, d’universités, d’avions, de voitures, de restaurants, d’antennes de téléphonie dont pourrait théoriquement se passer.

Mais dans ces domaines, il semble qu’il n’y ait jamais assez, parce que des lobbys puissants veillent au grain. Si les médecins étaient organisés en groupe de pression, s’il finançait de la publicité à la télévision, on se rendrait compte qu’ils sont vraiment utiles pour maintenir les gens en vie, en bonne santé et capable de travailler alors que ce n’est pas le cas des antennes de téléphonie, des stations services et des émetteurs de télévision.

Bienheureux les repus

 

L’homme le plus puissant du monde envoie le message suivant qui le dépeint tout entier et qui annonce le monde à venir :
«Le Mexique a profité des États-Unis depuis des décennies, a affirmé Donald Trump vendredi matin sur Twitter. Nos lois sur l’immigration sont mauvaises à cause des démocrates. Le Mexique fait fortune grâce aux États-Unis depuis des années. Il peut facilement régler le problème. Il est temps pour lui de faire finalement ce qui doit être fait!»
Dès le 10 juin prochain, les douanes américaines imposeront une surtaxe de 5% sur toutes les importations de biens en provenance de leur voisin du sud. «La surtaxe augmentera de 5% par mois jusqu’à 25% si des mesures adéquates ne sont pas prises d’ici à octobre», a-t-il menacé. Le président américain accuse les autorités mexicaines de laxisme dans la lutte contre le flux de migrants clandestins arrivant au Texas.
Nous connaissons ce genre de message, mais nous le croyions réservé aux histrions de la politique, Hitler, Staline, Pol Pot, Pinochet etc…Que de la Maison Blanche, qui fut jadis le dernier refuge des Droits de l’Homme sortent pareilles admonestations est inquiétant. Les menaces alternent avec les mensonges. Non, le Mexique ne fait pas fortune grâce aux Etats-Unis car le PIB par habitant n’y est que de 8 902 $ contre 59 531 $ : le Mexique est pauvre et les Etats-Unis sont sept fois plus riches, telle est la vérité. Non, le Mexique ne peut pas facilement régler le problème en édifiant un mur de 3200 kilomètres. Non, ce n’est pas la faute des démocrates qu’il existe une pression migratoire tout le long d’une frontière impossible à contrôler.

Aux Etats-Unis la population est nourrie, trop nourrie de viandes, de graisses et de sucre au point qu’y abondent les obèses et les diabétiques. Au lieu de paître sur les immenses pâturages de la plaine américaine, le bétail est entassé dans des enclos où il se repait de maïs pour grossir deux fois plus vite. En Amérique Latine, spécialement au Venezuela des gens meurent de faim faute de maïs.
Ce qui est vrai dans les Amériques ne l’est pas moins en Europe, même si les dirigeants, mieux élevés ou plus hypocrites, se gardent bien de lancer en l’air des propos inconsidérés. La pression migratoire a été réduite en chargeant la Lybie, le Maroc et la Turquie de servir de barrages, par tous les moyens. Les bateaux de sauvetage des ONG ne peuvent plus atterrir sur les ports européens de Méditerranée. Les prisons libyennes servent de déterrent pour l’Afrique au Sud du Sahara.

Trump n’a qu’un défaut. Il dit tout haut ce que tout le monde civilisé pense tout bas. Il lui manque ce vernis de diplomatie qui fait tout le charme du Vieux Continent.

Bienheureux les repus car il faudra les gaver avant de nourrir les affamés. Bienheureux les puissants car le monde leur appartiendra. Bienheureux les menteurs, car ils décideront de la vérité. Bienheureux les riches car on leur donnera le pain des pauvres.

Une mauvaise idée, une mauvaise action

 

Les CFF veulent développer l’ambiance musicale des galeries commerciales dans les gares. Cela fonctionne déjà dans le « Shopville » de Zürich et ce sera étendu à Genève, Berne et Lausanne. Le titre même de Shopville indique la tendance vers le n’importe quoi : on ne parle plus sa langue mais une espèce de globish où tout se mêle et s’emmêle.

L’homme est fait pour entendre la musique composée et interprétée par d’autres hommes. C’est un langage qui transmet des émotions que les mots ne peuvent exprimer. Cela va du ranz des vaches à Stravinski en passant par l’opéra, le bal musette, le Beau Danube bleu, Brassens et Léonard Cohen. Mais ce n’est évidemment pas de cela que l’on parle. On aura recours à « la dance, la house, le lounge et le chill out » ou encore « singers-songwriters » ( ???).

On voit tout de suite de quoi il retourne. Un bruit fabriqué par des usines à son, des hérauts de la guitare électrique, voire par des applications numériques. Ce n’est du reste pas destiné à transmettre des émotions mais à faire vendre. Les spécialistes du marketing sensoriel (encore un mot globish) ont appris que les consommateurs cobayes achètent plus, si on les enveloppe dans cette ambiance musicale. Ce n’est pas de la musique au sens propre mais du bruit, qui vient se rajouter aux bruits de la ville et aux annonces ferroviaires.

Qu’attendons-nous des CFF ? Des transports réguliers, multiples, à l’heure, empruntés dans des gares sures, propres, voire esthétiques. C’est notre indispensable réseau de transports publics à moyenne distance, la garantie de ne pas être contraint d’utiliser la voiture ou l’avion. A ce propos, pourquoi n’y-a-t-il pas de TGV en Suisse ? Pourquoi met-on cinq heures de Genève à Lugano et trois heures de Genève à Paris ? Pourquoi ne trouve-t-on pas toujours de siège ? Pourquoi cela coûte aussi cher ? Pourquoi le concept originellement suisse de Swissmetro a créé des émules dans le vaste monde et pas en Suisse ?

Et si les CFF s’occupaient plus de leur métier et moins de rentabiliser les gares en les utilisant pour vendre n’importe quoi lorsque les commerces ordinaires sont contraints de fermer par la loi. Et si les CFF ne s’occupaient pas de faire vendre plus alors que la transition climatique ne sera maîtrisée que si nous achetons moins. Et si les CFF diffusaient de temps en temps de la vraie musique à un niveau modéré et pas tout le temps. Et si des musiciens amateurs étaient invités à s’y produire. Et si on retrouvait dans ce domaine public un silence propice à la détente, à la lecture, à la réflexion. Et si on y exposait des œuvres d’art en lieu et place de vitrines de magasin. Et s’il y avait de vrais cafés pour y discuter et de vrais restaurants plutôt que des mangeoires. Et si on traitait les passagers comme des êtres humains et pas des vaches à traire.

Retour à Calvin

 

Au XVIe siècle quelques réformateurs surgirent de la chrétienté pour affirmer que l’Eglise de l’époque, compromise avec le pouvoir politique et financier, devait revenir aux sources du christianisme. Ils n’ont pas hésité à risquer leur vie dans cette mission. Ce sont de pareils héros qu’il faudrait pour gérer les bouleversements contemporains : le défi climatique, la mondialisation, la révolution numérique, la montée des populismes.

A l’époque de Calvin, l’exploitation des ressources naturelles se limitait à ce qui est renouvelable, le produit d’une agriculture et d’un élevage sans engrais ou pesticides chimiques ainsi qu’une exploitation du bois ou de l’énergie hydraulique et éolienne comme seules sources d’énergie. C’est un système intrinsèquement stable, à côté duquel le nôtre apparaît comme dispendieux, irréfléchi et immoral. Notre prospérité insolente est le fruit de la destruction de ressources non renouvelables, comme les combustibles fossiles, l’eau des nappes phréatiques, la composition de l’atmosphère, les terres arables, la biodiversité. Par la force des choses, les contemporains de Calvin vivaient au seul détriment de l’énergie solaire.

Mais Calvin, né en 1509, était encore imprégné du souvenir de la catastrophe écologique, économique, démographique et politique du siècle précédent : la famine de 1315, la Guerre de Cent Ans en 1337 et la Peste noire en 1347. La population européenne s’effondra parce qu’elle avait dépassé les limites de ce que les techniques élémentaires de l’époque permettaient de supporter. Certes les ressources n’étaient pas surexploitées comme elles le sont maintenant, mais la démographie avait dépassé les bornes de ce que le système technique de l’époque pouvait supporter. En 1320, on estime la population de la France à 20 millions d’habitants, en 1453 elle est tombée à 16 millions. Les mécanismes naturels de contrôle de la population, guerre famine et peste s’étaient chargés de contrôler les excès démographiques.

Or, la France est aujourd’hui à 65 millions, quatre fois celle de l’époque de Calvin. De même, depuis 1900, l’effectif de la population en Suisse a plus que doublé ; alors qu’il atteignait 3,3 millions, aujourd’hui la Suisse atteint 8,5 millions d’habitants.

Bien avant tout le monde, Jean Calvin avait compris que le gaspillage des ressources, l’ostentation des riches, les disparités sociales ne sont pas admissibles, car elles prétéritent les équilibres naturels, poussent à la surconsommation, obèrent l’héritage naturel que nous devons aux générations futures. Et cette gestion à la fois écologique et économique de la création présuppose un effort spirituel. L’individu vorace et égoïste doit apprendre à économiser et investir, à prévoir plutôt qu’à vivre dans le temps présent. Le riche doit se préoccuper du pauvre.

Face à ce défi urgent en notre siècle, quel est le programme politique raisonnable ? Economiser l’énergie, les minerais, les terres arables, l’eau, l’air avant que l’on n’y soit contraint par des catastrophes, qui seront aussi imprévues que prévisibles. Quel chemin prenons-nous au niveau fédéral, en saluant les initiatives cantonales parfois plus éclairées ? Un moyen universel, routinier, facile est la taxe CO2, présente et à venir. Elle prétend réguler notre surconsommation de combustibles fossiles par le seul effet du marché. Mais elle ne touche pas à l’énergie grise incluse dans les produits de consommation courante qui sont importés. Elle pèse immédiatement sur le pouvoir d’achat des plus démunis. La crise des gilets jaunes en est une illustration éclatante.

En revanche les mesures concrètes d’économie d’énergie sont repoussées par le gouvernement, l’administration et le parlement. Ainsi en est-il des propositions de passer des ampoules à incandescence aux LED, d’interdire la distribution d’eau potable en bouteilles, de ne plus vendre de l’électroménager avec veilleuses, de renoncer aux sacs plastiques et aux emballages superflus, de taxer le kérosène des avions et les billets de transport aérien, d’interdire les canons à neige. Tout cela est possible, tout de suite, sans sacrifier inutilement le confort des consommateurs. Le milieu scientifique suisse a proposé des plans d’économies, qui réduiraient la Suisse de 6kW par habitant au niveau de 3 kW, c’est-à-dire le niveau de 1960. Cela n’est possible que par une stratégie systématique d’économies qui ont été décrites et chiffrées voici plus d’une décennie.

Ce programme est impopulaire en politique, par l’effet conjugué de l’ignorance, de la démagogie, de la négligence et de la complaisance qui sont autant de déficiences morales. Nous n’en sortirons pas sans la révolution spirituelle à laquelle Jean Calvin nous appelle depuis cinq siècles. La transition climatique incite d’abord à la conversion des esprits et le reste suivra. Mais Calvin disposait d’un levier aujourd’hui disparu : l’extension de l’appartenance religieuse. Il a pu au nom de la transcendance prêcher l’austérité. Les Eglises d’aujourd’hui ont perdu leur autorité morale.

L’AVS aux soins palliatifs

 

Apparemment ce dimanche est jour de fête : on réglé à la fois la fiscalité des entreprise et le déficit des pensions. On a appâté les votants en liant les deux objets. On a dissimulé la réalité.

Le déni de réalité est la posture la plus commode pour tous ceux qui sont confrontés à un problème insoluble. Cela est vrai d’un couple, d’une famille au sens le plus large, d’une entreprise, des pouvoirs publics et même des Eglises. A quelque niveau qu’elle se trouve, l’autorité répugne à confesser son impuissance parce qu’elle perdrait, croit-elle, du pouvoir. Or celui-ci est fragile, dépend de l’appui des subordonnés, suppose que le chef possède des ressources dont les autres sont démunis.

L’homme le plus puissant de la Terre, le président des Etats-Unis, en a donné un exemple éclatant. La ville de Paradise était située au nord de la vallée centrale de Californie, sa population s’élevait à 26 882 habitants sur 47,3 km2. La ville fut entièrement détruite par l’incendie, dit Camp Fire, qui a débuté le jeudi 8 novembre 2018 et qui a détruit près de 620 km2 et plus de 13’500 maisons. Le président Trump a visité ce champ de ruines, exprimé sa tristesse et réitéré son refus de reconnaître que le changement de climat soit responsable de ce désastre.

Le croit-il vraiment ou feint-il de le croire ? Là git toute la question.
Le déni de réalité repose sur l’ignorance ou sur le refus de connaître, ou encore sur un mélange subtil des deux. Si l’on n’a pas envie de savoir, si l’on redoute d’apprendre la vérité, on ne partira pas à sa recherche. On sera un ignorant de bonne foi. L’exemple le plus inquiétant est bien la posture du climatosceptique : si, comme je le fis dans maints blogs, je mentionne des mesures, le commentaire en avancera d’autres de sources imprécises.

Mais il est des problèmes plus proches de nous qui suscitent la même attitude. Par exemple l’impasse des pensions. Soit la donnée suivante : le système de pension par répartition, dit AVS, distribue chaque année aux retraités les cotisations versées par les actifs. En principe. Problème : ce système permet-il de garantir à ceux qui ont cotisé toute leur vie qu’ils percevront la rente promise, lorsqu’ils prendront leur retraite, au bout de quarante ans ?

La réponse est positive, sous deux conditions : la durée de vie ne s’allonge pas ; les générations se succèdent sans variation de leur nombre. Or, la durée de vie se prolonge, trois mois de plus chaque année, tandis que le nombre de naissances est en déficit d’un tiers par rapport au renouvellement des générations. Aucune des deux conditions nécessaires n’est vérifiée.

C’est donc non. Le problème tel qu’il est posé est insoluble. Il faut en changer les données. On a le choix entre plusieurs solutions : allonger la durée de la vie active ; relever les cotisations ; diminuer les rentes. On peut tourner l’équation dans tous les sens : le problème reste insoluble aussi longtemps qu’on ne change pas au moins une de ces trois données.

Depuis la création du système jusque maintenant, sur plus d’un demi-siècle, la durée de survie à 65 ans a doublé, de dix à vingt ans. Même si le taux de naissance était resté stable plutôt que de diminuer, il faudrait donc : soit augmenter de dix ans la durée du travail ; soit diminuer les rentes de moitié ; soit doubler les cotisations. Ces trois solutions sont impopulaires, même en les combinant.

Dès lors, la méthode consiste à nier la réalité, de façon à transformer simultanément un peu toutes les données. C’est ce qui vient de se passer ce dimanche. Au terme de la votation populaire la loi sur la RFFA vient d’être acceptée. Elle consiste à augmenter très peu les cotisations et à débiter le reste de l’indispensable en puisant dans la caisse fédérale, fournie par les impôts de tout le monde, y compris les pensionnés, c’est-à-dire en réduisant de fait les rentes. On a utilisé deux moyens sur les trois en essayant de camoufler la manœuvre.

Le troisième remède, la prolongation de la durée du travail, n’est pas envisagé. On en nie jusqu’à la possibilité en prédisant un échec certain en votation populaire. Or, quelle est la réalité ? Les difficultés de l’AVS proviennent uniquement de l’espérance de vie prolongée. C’est seulement en agissant sur la cause que l’on peut réduire l’effet.

Dès lors l’AVS est aux soins palliatifs. On a renoncé à la guérir. Mais on a fait croire que le problème était résolu. Et c’est cela l’essentiel. Fabriquer un fantasme de société où les problèmes disparaissent comme dans un dessin animé.

Les murs de l’impuissance

 

Le Bangladesh est extrêmement peuplé : plus de 150 millions d’habitants. Sa densité est l’une des plus importantes au monde. Pourtant le pays pourrait perdre jusqu’à 20% de son territoire d’ici 2050. En cause, la montée du niveau de la mer. L’eau salée s’immisce et pénètre dans les terres. On retrouve des taux élevés de sel jusqu’à 100 km de la côte. D’ici 2050, les terres agricoles vont diminuer, à cause de la salinité. Certaines terres seront même submergées. En 1970, un cyclone a fait 500 000 morts. En 1991, un tsunami a tué quelque 138 000 personnes.

Toutes les conditions sont réunies pour faire de ce pays un foyer d’émigration dans un futur proche. Or, les pays voisins surpeuplés ne l’accepteront pas et les Bangladais tenteront de se tourner vers l’Europe, havre de paix et de prospérité. Bien évidemment, ils ne seront pas les bienvenus sinon à dose homéopathiques. Soumise aussi à la pression africaine, il ne restera à l’Europe d’autre tentation que de se barricader.

On connaît les plus célèbres : le mur entre Israël et la Cisjordanie, 463 km contre le terrorisme ; ceux de Ceuta et Melilla avec le Maroc, doublés d’un mur sur le territoire marocain ; le plus long est entre les Etats-Unis et le Mexique soit 1 100 km que Trump se propose de compléter ; celui de 155 km entre la Hongrie et la Serbie. L’étendue planétaire du phénomène est telle que 70 murs s’étendent sur 40 000 kilomètres, soit l’équivalent de la circonférence de la Terre.

Lorsque le Mur de Berlin s’est effondré en 1989, on a espéré que c’était la dernière verrue politique. Comme ce symbole du communisme a déconsidéré celui-ci et a entraîné sa chute, on a cru que la construction d’une frontière fermée constituait un aveu d’impuissance, auquel aucun gouvernement ne succomberait plus. Ce mur, équivalent de l’enceinte d’une prison, avait pour objectif inavouable d’empêcher les prétendument chanceux habitants de la république communiste d’Allemagne de l’Est de fuir leur prétendu bonheur. Il en reste un de cette espèce, la zone démilitarisée entre les deux Corées. C’est la dernière frontière de type idéologique, qui empêche les gens de sortir.

Dans le futur, les murs auront la fonction inverse, empêcher d’entrer. Ce sont les remparts que les pays riches érigent contre l’immigration des pauvres. Le plus long de ces remparts est le fossé constitué par la Méditerranée. Les migrants, qui n’ont pas accès à un passage régulier faute de visas, sont obligés de risquer leur vie sur des embarcations précaires. Tous les autres remparts orientés vers le Sud jouent le même rôle.

Il y a de lointains précédents historiques. L’empire Romain a construit le mur d’Hadrien pour se protéger de l’Ecosse. La Chine a construit la Grande Muraille de 6 259 km. Cela n’a pas empêché ces deux empires de s’effondrer. Construire un mur est un aveu d’impuissance politique.

Ceci ne signifie pas qu’il existerait des solutions alternatives. La mauvaise volonté réciproque entre Israéliens et Palestiniens empêche la résolution du conflit, qui les divisera très longtemps. De même un milliard d’Africains ne parviennent pas à construire des Etats de droit, stables, sans corruption généralisée, sans guerres civiles. Même si ce continent regorge de ressources, le peuplement actuel est et sera pour longtemps incapable de les exploiter.

L’attrait de l’Europe est irrésistible, non seulement pour des réfugiés politiques fuyant la violence, mais aussi et surtout pour des migrants économiques. Il s’agit d’une énorme bombe à retardement, celle d’une invasion massive, contre laquelle aucun mur ni aucune loi ne protégera. Le pape François a résumé la situation dans une phrase prophétique : celui, qui s’enferme derrière des murs, construit sa prison.

Un musulman est un Suisse comme un autre

Une communauté religieuse satisfaisant à certaines conditions peut être reconnue d’intérêt public par l’Etat de Vaud. Ces conditions sont sérieuses : reconnaître l’ordre juridique suisse ; respecter les droits constitutionnels; respecter la paix confessionnelle ; respecter les principes démocratiques ; observer la transparence financière ; avoir une activité cultuelle; exercer un rôle social et culturel ; s’engager en faveur de la paix sociale et religieuse ; participer au dialogue interreligieux

En plus, le nombre nécessaire d’adhérents de la communauté requérante est fixé en fonction de la durée d’établissement de la communauté selon un barème à double entrée : trente ans et 3% ; quarante ans et 1% ; cinquante ans et 0,3% ; cent ans et 0,1%. Ce règlement étrange procède-t-il d’une autre logique que de reconnaître les uns et d’exclure les autres ? La communauté anglicane exiguë peut l’être. La communauté musulmane plus nombreuse serait trop récente.

La procédure de reconnaissance de la communauté musulmane vient d’être introduite. Il lui faudra cinq ans pour aboutir et son succès est douteux dans l’état actuel de l’opinion publique. Le livre de Shafique Keshavjee « L’islam conquérant » y jouera un rôle certain. Il est édité par l’Institut pour les Questions relatives à l’Islam, d’inspiration évangélique, très préoccupé par la conquête présumée de l’Occident par l’Islam. Ce livre sera décisif dans le débat sur la reconnaissance, compte tenu de la qualité d’un auteur réputé, jouissant de l’autorité morale d’un pasteur engagé dans le dialogue interreligieux. Bien que le texte se garde de stigmatiser  les musulmans individuels, il comporte une mise en garde explicite : « …une reconnaissance politique des communautés musulmanes, sur la simple parole de leurs responsables, affirmant qu’ils se conformeront aux droits de l’homme, serait suicidaire. » L’Islam serait ainsi insoluble dans le génie helvétique.

Si, dans cinq ans, la reconnaissance de la communauté musulmane est portée devant le peuple, elle a peu de chance de réussir après une telle mise en garde. Le titre « L’islam conquérant » s’inscrit, par le choix de l’éditeur, dans la littérature de stigmatisation d’une communauté. A ce titre n’est-ce pas surtout la communauté évangélique qui viole la paix confessionnelle et qui nuit à sa propre reconnaissance ?

Le texte appartient à un genre littéraire contradictoire : le jugement porté par un croyant sur une autre religion. Cela n’a pas de sens parce que le fidèle d’une confession, croyant de bonne foi que la sienne est la seule authentique, est juge et partie. Dès lors, un chrétien peut critiquer son Eglise, mais il doit s’abstenir scrupuleusement de critiquer les autres.

Car quels arguments peut-il utiliser ? Le référence à l’Histoire ne permet pas de peser sur une balance d’apothicaire les horreurs commises par les uns et les autres. Le christianisme n’a-t-il pas été davantage conquérant que l’Islam par son gigantesque effort missionnaire des cinq derniers siècles et par la violence de la colonisation ? Si le tiers des humains sont chrétiens et un cinquième musulman, cela signifie que la conquête chrétienne a été la plus agressive.

L’autre argument est l’écriture. « L’islam conquérant » est garni de citations du Coran visant à démontrer son esprit agressif. Ces citations voisinent avec d’autres qui vont dans le sens de la tolérance. Pourquoi ces contradictions ? Parce que le Coran résulte d’une procédure de copier-coller, et que sa rédaction est la parole des disciples du Prophète collationnée à une époque violente. De même, la Bible est une compilation sur plusieurs siècles de textes contradictoires.

Dès lors il est aisé d’isoler quelques lignes pour stigmatiser les tenants de l’un ou l’autre livre. Néanmoins les chrétiens affirment qu’ils ont accompli un travail décisif d’exégèse, parce qu’ils ne lisent plus l’Ancien Testament qu’à la lumière du Nouveau. Comme les musulmans se refusent à cet effort, la compréhension actuelle de la Bible serait plus éclairée que celle du Coran. Ce n’est pas le sentiment de celui qui écoute certaines homélies à la messe du dimanche.

Le fond du débat est la communion des trois religions monothéistes. Tous leurs croyants se réunissent dans la foi au Dieu unique. A partir de l’image, forcément approximative qu’il s’en fait, aucun ne peut porter un jugement sur la foi d’un autre croyant. Il n’existe en fin de compte qu’une seule religion monothéiste déclinée en trois confessions. Celui qui porte un jugement sur l’autre, se condamne lui-même. Celui qui attise la méfiance réciproque porte aussi la culpabilité des actes criminels commis par des esprits fanatiques.

Les religions constituent de pauvres inventions humaines, certes inspirées et inspirantes, mais elles ne sont ni révélées, ni infaillibles, ni exemplaires. Fragiles et menacées, elles visent à rassurer les hommes, à exorciser la peur de la mort, à évoquer un salut, à donner du sens à la vie. En attaquer une seule, les ébranle toutes. L’incroyance croissante de nos contemporains, qui est la religion dominante, provient des querelles entre croyants.

Le véritable problème est donc bien moins la reconnaissance légale de la communauté musulmane que le risque de son refus, qui isolerait un groupe de Vaudois considérés comme des citoyens suspects.

Le climat détraqué rend le politique impuissant

 

Un vent froid a balayé la Suisse, en suscitant des chutes de neige tout à fait inédites en mai. Cette vague de froid est un paradoxe résultant du réchauffement climatique, comme tous les phénomènes excessifs de ces dernières années : les vents plus violents qu’auparavant, la montée de l’océan, les débordements de rivières dus à des précipitations brutales, les ouragans dévastateurs, les canicules meutrières.
Bien entendu cela suscite les ricanements des climatosceptiques qui tirent argument des excès de froid pour nier que la température moyenne de la planète a déjà augmenté d’un degré et qu’elle giclera à deux degrés dans une ou deux décennies, compte tenu de l’inertie totale face au phénomène. Ce n’est pas inédit, car voici 120 000 ans, la température était effectivement de deux degrés plus élevés. Dès lors le niveau de la mer était plus élevé de neuf mètres, dû à la dilatation de l’eau et à la fonte des calottes glaciaires. C’est cela qui nous attend, avec des effets dévastateurs sur les rivages et sur la transhumance de dizaine de millions de réfugiés.
Pourquoi cette instabilité ? Tout d’abord parce que le climat sur une longue période est toujours instable, du fait de l’énergie solaire incidente mais aussi de l’activité humaine. A court terme, le climat de l’Arctique se réchauffe très rapidement et la frontière entre les zones climatiques faibli par suite du régime des vents.
Le jet-stream est ce courant aérien qui circule à une certaine latitude d’ouest en est, entre l’Arctique et les latitudes tempérées en constituant la limite entre les zones climatiques entre 20 et 40 degrés de latitude selon les saisons. Or, il faiblit, cesse d’être confiné à une latitude et forme des zig-zags. Hors saison, ces zigs et ces zags propulsent de l’air froid au Sud ou de l’air chaud au Nord. Dans l’ensemble, le climat devient imprévisible. Le vignoble peut à la fois subir des gelées printanières tuant les bourgeons déjà sortis et des canicules estivales brûlant la végétation. Il en est de même des cultures maraichères.
Face à ce désastre non seulement annoncé mais déjà manifesté, l’inertie de la Berne fédérale est angoissante. On y redoute que la réduction nécessaire de l’empreinte carbone entraine une mutation économique de grande amplitude, avec chômage et baisse du pouvoir d’achat, propice aux embardées électorales. Elle supprimera ou affaiblira des secteurs entiers comme le pétrole ou l’automobile, l’aviation ou le tourisme. Le péril est d’autant plus certain que le courage de l’affronter manque.
Cependant l’opinion publique est en train de dépasser la prise conscience de l’exécutif et les élections à venir se dérouleront sur ce thème, pour la simple raison qu’il s’agit de la survie de l’espèce humaine.
Dès lors, faute de courage politique les décideurs se sentent contraint de nier l’existence du problème puisqu’ils ne parviennent pas à le résoudre. L’évènement le plus symbolique s’est déroulé aux Etats-Unis. La ville de Paradise, située au nord de la vallée centrale de Californie, avait 26 882 habitants sur 47,3 km2. La ville fut entièrement détruite par l’incendie, dit Camp Fire. Le président Trump a visité ce champ de ruines, exprimé sa tristesse et réitéré son refus de reconnaître que le changement de climat soit responsable de ce désastre. C’est l’application caricaturale d’une règle en politique : puisque certains problèmes sont trop compliqués pour être résolus, inventons-en d’inexistants qui ne nécessitent pas de l’être. Les Etats-Unis entament de vaines disputes avec l’Iran pour se dispenser de réduire leur empreinte carbone.