Le mariage controversé

 

La déconvenue du Conseil fédéral, désapprouvé par le Tribunal Fédéral dans le référendum sur la fiscalité du mariage, démontre que la Suisse respecte strictement la séparation des pouvoirs. Un bon point. En revanche la diffusion d’une brochure comportant des chiffres carrément faux ne plaide pas pour la compétence et l’impartialité de l’administration fédérale. Peut-être était-ce voulu. Pour certains esprits, épris d’archaïsme et de patriarcat, le mariage constitue une union indissoluble, qui peut supporter une fiscalité uniforme et une pension réduite. Dans ce concept, la femme est au foyer à perpétuité et le divorce n’existe pas. Ce  fut peut-être l’opinion du fonctionnaire fédéral qui a rédigé la brochure.

Reste maintenant à poser la question du mariage civil lui-même. A quoi sert-il s’il n’augmente pas le retour sur impôt et ne diminue pas les pensions ? D’où sort cette cérémonie communale parfois expédiée comme une corvée par un personnage mandaté à cet effet.

La France a inauguré en 2017 une procédure révolutionnaire : les divorces par consentement mutuel, soit 55% des cas, ne devront plus passer devant un juge pour être entérinés. Si les époux sont d’accord pour la garde des enfants, la pension alimentaire et le partage du patrimoine, il suffit de passer devant un notaire pour confirmer ces conventions. Le but est bien évidemment de désengorger les tribunaux encombrés de procédures dénuées de sens. La République vient de faire un grand pas en arrière, dont notre Confédération devrait s’inspirer.

Un pas en arrière, car c’est bien la République qui a inventé en 1792 le mariage civil, inexistant sous la Monarchie ou ailleurs dans le monde. Il y avait d’une part un éventuel contrat devant notaire pour régler les questions financières et d’autre part un mariage religieux pour authentifier l’engagement moral de fidélité et de soutien réciproque. Cela ne signifie pas que la situation de fait était idyllique, car souvent les mariages étaient arrangés par les familles et le libre consentement de l’épouse était bafoué. Mais la situation était au moins claire : à la loi civile de régler les biens terrestres, à l’Eglise de sacraliser la morale.

Le mariage civil est donc une institution hybride, où l’Etat se mêle de ce qui ne le regarde pas. Il n’a pas à prescrire et à surveiller les mœurs des citoyens, sinon à titre dérisoire et comique, comme le met en scène Feydeau lors de l’irruption d’un commissaire venant constater un délit d’adultère. Dans certains pays anglo-saxons, des ministres du culte peuvent célébrer un mariage religieux qui vaut mariage civil. En Israël n’existe que le mariage religieux. On pourrait donc se passer du mariage civil.

Dès lors que la France revient pour le divorce à une procédure devant notaire, on peut se demander pourquoi le mariage civil fait encore sens de se célébrer dans une maison communale devant un municipal, sinon pour procéder à un simulacre de bénédiction étatique. Les cérémonies sont tellement expéditives et parfois bâclées qu’elles en viennent à ridiculiser l’engagement pris. Un notaire peut tout aussi bien enregistrer le consentement des époux et leurs conventions financières. On en reviendrait à la situation originelle. Aux époux de décider par ailleurs s’ils souhaitent un mariage religieux.

Cette clarification du sens du mariage permettrait aussi de dédramatiser l’union entre personnes du même sexe. Pour l’Etat, ce qui compte c’est seulement d’être au clair sur la fiscalité et les règles de succession. Il n’a pas à s’immiscer dans les mœurs des partenaires de l’union. Nos contemporains le supportent de plus en plus mal. Reste à espérer que la France fasse école et que le droit du mariage ou du divorce soit épousseté également en Suisse. A la limite que le mariage civil soit supprimé complètement et remplacé par un contrat notarié.

L’avenir dure longtemps

 

L’inégalité sociale au sein d’un pays devient de plus en plus insupportable. Mais que dire de celle qui existe et qui persiste entre les nations. Certes l’UE constitue une formidable machine à convergence entre les pays. Ainsi la capitale de la Slovaquie est une des régions où la croissance du revenu par habitant fut la plus élevée. Il se situe maintenant à 179% de la moyenne européenne, plus que Vienne, proche voisine, à 151%. Sur les dix dernières années ce revenu a augmenté de 2,1% en moyenne par an pour l’ensemble de l’UE, avec certains pays à la traine comme la Bulgarie ou la Roumanie.
En parité d’achat, le PIB par habitant se situe à 75900 euros au Luxembourg, pratiquement à égalité avec la Suisse, à 66200 euros en Irlande, mais en dessous de 10000 euros dans certaines régions de la Bulgarie

Cependant, l’UE ne réussit pas à égaliser le revenu local entre les régions. Ainsi l’Italie a un revenu par habitant qui s’établit à 96% de la moyenne européenne, ce qui semble tout à fait normal et satisfaisant. Mais la Lombardie est à 128% et les Pouilles à 64%. En France, Paris est à 177% et la Picardie à 75%. La Pologne se développe rapidement dans les régions de l’Ouest, assimilées par la Prusse durant deux siècles jusqu’en 1919 ou celles du Sud annexées par l’Autriche. En revanche les provinces de l’Est sous la coupe russe pendant longtemps demeurent dans la misère et le sous-développement.

L’empreinte de l’Histoire persiste donc au-delà du siècle. On connait les maux de l’Italie du Sud, minée par le travail au noir et par l’empreinte maffieuse. Les régions à la peine de l’Est ne sortent pas de l’héritage du communisme : administration envahissante, faible qualification, vieillissement de la population, perte de l’esprit d’entreprise. Dès lors elles se dépeuplent par l’émigration de la fraction la plus jeune et la plus qualifiée : la Bulgarie est passée de 9 à 7 millions d’habitants entre 1989 et 2018. Si l’on accepte de remonter très loin dans le passé, on doit remarquer que les régions les plus prospères de l’Europe, Pays-Bas, Flandres, Rhénanie Palatinat, Luxembourg, Alsace, Suisse, Lombardie suivent plus ou moins les contours de l’éphémère royaume de Lotharingie créé en 855.

Il y a donc des peuples vertueux, travailleurs, civiques, cohérents et d’autres qui le sont beaucoup moins par les aléas de l’Histoire, par leur incapacité de surmonter les défis, par des erreurs politiques majeures. Rien n’est plus important que de cultiver ce patrimoine politique, social, économique et culturel. Il est temps de tirer des conclusions qui seraient applicables aux autres nations, celles qui pâtissent de n’être pas la Suisse.

On songe en particulier à un pays proche, qui cumule les différences. Il suffit de franchir la ligne de crête du Jura pour découvrir un autre monde. C’est le même peuple, parlant le français, dans le même environnement géographique, mais les institutions font toute la différence. La France a un taux de chômage, qui est plus du double de celui de la Suisse. Tous les matins 300 000 frontaliers franchissent la frontière dans un seul sens. En Suisse, le PIB par habitant est de 81 276 $ et le salaire mensuel moyen de 7 765 $, le plus élevé du monde. En France respectivement de 44 099$ et de 3 976 $. Cet écart, du simple au double, doit être corrigé par une évaluation du pouvoir d’achat effectif, qui n’est pas aussi démesuré.

La France vit sous le régime d’une monarchie élective, qui exerce un pouvoir rassemblé dans les mains de son président. Les corps constitués forment une noblesse méritocratique recrutée sur base de concours. Manifestement cela fonctionne moins bien que la démocratie directe helvétique. Même si le monarque individuel est intelligent et bien disposé, même si les énarques sont très adroits, le peuple français conteste régulièrement le pouvoir par des manifestations, des grèves et des émeutes, qui paralysent les meilleures réformes. Quand le souverain populaire, qui existe toujours et partout, ne peut s’exprimer par les urnes, il le fait dans la rue. C’est indigne d’un Etat et cela obère l’avenir pour très longtemps.

Avant qu’il soit trop tard

 

Deux élections cantonales viennent de dévoiler une réussite inattendue de l’écologie, aussi bien pour les Verts historiques que pour les Verts libéraux. Il n’est pas exclu que, lors des prochaines élections fédérales, la somme de leurs sièges dépasse les 10% au Conseil national et les propulse au Conseil fédéral, qui en aura bien besoin. Cela dépendra des canicules de l’été, des typhons et des incendies de forêt. La transition climatique s’invite comme question posée par le peuple aux exécutifs. Les manifestations étudiantes ont servi de signal déclencheur, mais l’inquiétude déborde la jeune génération.

La réponse aux questions latentes est loin d’être évidente. En France, une modeste tentative de gérer la transition climatique en augmentant les taxes de l’essence a mené à la révolte des gilets jaunes. Les manifestants sont affrontés à une situation invivable : le prix de l’essence pèse trop lourd sur leur budget puisqu’ils sont obligés de se déplacer en voiture pour leur emploi. Leur problème n’est pas la fin du monde, mais la fin du mois. Mal payés, trop taxés, soumis à la dictature d’un centre parisien, les Français ont répondu par une de ces insurrections dont ils ont le secret. Les Champs-Elysées, siège du commerce de luxe, a subi de véritables émeutes qui ont culminé avec la désacralisation de l’Arc de triomphe. En essayant timidement de considérer la transition climatique, le gouvernement français a dû finalement lâcher une rançon de dix milliards pour apaiser la révolte.

Effectivement, la transition énergétique est soumise à plusieurs couples d’impératifs contradictoires. Il faut en même temps :
Agir sur les prix pour réduire la consommation d’énergie, sans dégrader le pouvoir d’achat des plus démunis.
Faire croitre les secteurs verts, avant de faire décroître des secteurs traditionnels, pour ne pas susciter le chômage.
Agir résolument au niveau national, bien qu’un effort planétaire gouverné par une instance exécutive internationale soit seul efficace.
Limiter l’immigration, sans renoncer à l’accueil des réfugiés, et faire décroître modérément la population du pays.

A titre de test pour les prochaines élections de toute nature , voici quatre mesures emblématiques, sur lesquelles partis et candidats devraient s’engager.
1/Fixer une date limite pour la circulation de véhicules qui consomment des carburants pétroliers.
2/Déterminer le moment auquel les chauffages au fuel ou au gaz ne seront plus autorisés.
3/Confirmer la sortie définitive du nucléaire.
4/Renoncer à la construction de centrale à gaz.

Si elles sont adoptées, les autres mesures s’ensuivront comme conséquences. Face à ces défis, on ne peut que souhaiter la présence des écologistes aux affaires. En particulier, les Verts libéraux, spécialité helvétique, promettent de concilier économie et écologie : c’est bien le but et ce ne sera pas facile. Mais à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

La corruption des meilleurs

 

André Comte-Sponville émet une question provocante : « tout musulman n’est pas islamiste, mais tout islamiste est musulman ; qu’est ce qui dans l’Islam entraîne cette dérive ? ». On peut du reste poursuivre la même question au sujet de tout groupe humain. Tous les chrétiens n’ont pas été inquisiteurs, mais tous les inquisiteurs étaient chrétiens. Tous les marxistes n’ont pas été staliniens, mais tous les staliniens étaient marxistes.

Telle est l’application récurrente du proverbe latin : corruptio optimi pessima, la pire corruption est celle du meilleur. Cela renvoie à des situations contemporaines. Comment les Etats-Unis, inventeur au siècle des Lumières de la démocratie moderne, ont-ils pu élire comme président un Donald Trump ? Comment le Père Marie-Dominique Philippe, religieux dominicain, fondateur de l’ordre religieux Communauté de Saint Jean, a-t-il pu profiter de la direction spirituelle de religieuses pour les violer ? Comment les victimes ne se sont ni défendues ni plaintes ? La réponse se trouve peut -être dans une citation de Vassili Grossman, écrivain russe : « le Mal vient essentiellement de ceux qui veulent imposer le Bien aux autres ».

Il faut donc analyser tout discours sur le Bien pour y découvrir l’amorce du Mal. Les mouvements, communautés, partis, Eglises, qui définissent les contours du Bien, veillent à s’inclure dans les détenteurs de celui-ci pour mieux en exclure les autres, tous les autres, spécialement leurs ennemis naturels. Cela explique le mouvement spontané des gilets jaunes qui ont réussi sans structure, sans finances, sans légitimité à paralyser l’action du gouvernement français et à soutirer une dizaine de milliards. Ils sont prétendument le peuple français, tandis que les autres citoyens, bien plus nombreux en sont exclus. Les institutions sont le Mal, leur refus le Bien. Au nom de cette distinction, des émeutes, des destructions et des pillages ont été effectués en toute impunité. Tout en se proclamant non violents, ils ont fini par admettre que seules ces violences les ont fait écouter, c’est-à-dire que le Mal est nécessaire pour produire le Bien.

Ils ont reproduit en notre siècle les mécanismes de conquête et d’exercice du pouvoir utilisés précédemment par le nazisme et le communisme, grands organisateurs de camp de concentration et d’extermination des autres, des suppôts du Mal. Les spécistes qui fracassent les vitrines des boucheries sont de la même engeance, comme les soi-disant environnementalistes qui sont opposés aux OGM, aux éoliennes et aux antennes de téléphonie mobile. Au nom du patriotisme et de la tolérance religieuse, le peuple suisse a fini par caser dans la Constitution le 29 novembre 1009 un article interdisant la construction de minarets.

Au lieu de vouloir instaurer le règne abstrait du Bien, il faudrait se limiter à l’exercice de la bonté et de la bienveillance à l’égard de tout le monde, surtout de ceux qui sont différents.

L’AVS aux soins palliatifs

Le 19 mai 2019 le peuple suisse s’exprimera sur la Loi fédérale relative à la réforme fiscale et au financement de l’AVS (RFFA). Le référendum estime entre autres que cette loi fait obstacle à des réformes structurelles de la prévoyance vieillesse.
Deux milliards supplémentaires seront versés à l’AVS par an. Environ 800 millions de francs seront versés par la Confédération, c’est-à-dire les contribuables, et le reste sera financé par les entreprises et les assurés. En principe le système de pension par répartition distribue chaque année aux retraités les cotisations versées par les actifs. Ce système permet-il de garantir à ceux qui ont cotisé toute leur vie qu’ils percevront la rente promise, lorsqu’ils prendront leur retraite, au bout de quarante ans ?
La réponse est positive, sous deux conditions obligatoires : la durée de vie ne s’allonge pas ; les générations se succèdent sans variation de leur nombre. Or, la durée de vie se prolonge tandis que le nombre de naissances est en déficit d’un tiers par rapport au renouvellement des générations. Aucune des deux conditions nécessaires n’est vérifiée.
C’est donc non. Le problème tel qu’il est posé est insoluble. Il faut en changer les données. On a le choix entre quatre solutions : allonger la durée de la vie active ; relever les cotisations ; diminuer les rentes ; introduire des travailleurs étrangers. On peut tourner l’équation dans tous les sens : le problème reste insoluble aussi longtemps qu’on ne change pas au moins une de ces quatre données.
Depuis la création du système jusque maintenant, sur plus d’un demi-siècle, la durée de survie à 65 ans a doublé, de dix à vingt ans. Même si le taux de naissance était resté stable, il faudrait : soit augmenter de dix ans la durée du travail ; soit diminuer les rentes de moitié ; soit doubler les cotisations. Aucune de ces solutions n’est politiquement réaliste, car elles ne passeraient pas en votation.
Dans la loi soumise à votation, les deux milliards proviennent d’une part de cotisations légèrement augmentées, d’autre part du budget de la Confédération, alimenté forcément par les impôts et taxes de tout le monde. Il y a un autre paramètre bien caché : l’immigration continue permet de ne pas réduire la proportion d’actifs par rapport aux retraités. Et enfin deux paramètres ne sont pas touchés du tout : le montant de la rente car elle déjà bien en-dessous de ce qu’elle devrait être ; la durée du travail ou l’âge de prise de pension car son augmentation est une mesure extrêmement impopulaire.
Or le principe de base était au départ d’assurer le premier pilier avec les cotisations des travailleurs. Ce n’est plus du tout le cas. Le quart des dépenses de l’AVS est déjà fourni par le budget de la Confédération. Subventionner les pensions par les impôts de tous revient aussi à taxer les retraités et leur enlever d’une main ce qu’on leur donne de l’autre.
Vers 2050, l’espérance de vie à 65 ans atteindra 25 ans ou même plus. Le déficit de financement deviendra insupportable. L’augmentation des taxes ou des impôts tout autant. Il faudra bien, tôt ou tard, affronter le problème de la durée du travail. Le parti qui s’y risquera commettra une sorte de suicide politique. En attendant, le 19 mai le peuple suisse est  invité à mettre l’AVS sous soins palliatifs.

Une votation délibérément ambigüe

Le 19 mai 2019 le peuple suisse s’exprimera sur la Loi fédérale relative à la réforme fiscale et au financement de l’AVS (RFFA). La confusion de deux objets en un seul texte a suscité un référendum, selon lequel associer impôts et AVS empêche les citoyens d’exprimer leur volonté de manière claire et fait obstacle à des réformes structurelles de la prévoyance vieillesse.

Le bon sens, le respect de la Constitution et la souveraineté du peuple invitent à exprimer le même avis en se fondant sur la règle d’unité de matière prévue par la Constitution. « Lorsqu’une initiative populaire ne respecte pas le principe de l’unité de la forme, celui de l’unité de la matière ou les règles impératives du droit international, l’Assemblée fédérale la déclare totalement ou partiellement nulle. Art.139.3 Cst. ». Si un texte élaboré par des initiants doit respecter cette règle, il semble qu’a fortiori la même norme devrait s’appliquer sur toute proposition émanant des Chambres fédérales. Celles-ci ne peuvent s’autoriser pour elles ce qu’elles doivent refuser aux autres : proposer à la votation une loi qui ne respecte pas l’unité de matière. Même si cette règle n’est pas explicitée dans ce cas, elle se conforme à l’esprit de la Constitution et au fonctionnement normal de nos institutions

En effet l’unité de matière respecte le droit des électeurs de se prononcer en toute indépendance et clarté. En revanche, la juxtaposition de deux objets, qui n’ont rien à voir ensemble, ne peut avoir d’autre but que de composer une majorité disparate, en obligeant certains à voter pour le tout, alors qu’ils le refuseraient pour un des deux objets présenté isolément. Cela s’appelle forcer un vote en posant une question ambigüe. Il s’agit donc d’une transgression de la démocratie helvétique, qui donne au souverain populaire le droit de recourir contre les décisions du Parlement fédéral et de décider en dernière instance. En l’occurrence, il ne peut l’exercer. Le Parlement aurait dû rédiger deux lois distinctes pour les soumettre au peuple en respectant l’autonomie de celui-ci. Mais il savait que ni l’une, ni l’autre ne passeraient le cap du vote populaire. Dès lors, il a utilisé ce qu’il faut bien appeler un subterfuge, un piège, une tromperie,

Les institutions helvétiques sont notre plus précieux atout pour la stabilité, la prospérité et la paix du pays. On ne peut les éreinter pour des raisons d’intérêts subalternes. Dans un législatif ou un exécutif, les groupes ou les assemblées peuvent être amenés à présenter des solutions de compromis. Mais ici, il ne s’agit pas ici d’un texte portant sur un objet unique, où l’on aurait cherché une solution convenant au plus grand nombre de citoyens, qui en votation populaire pourraient soutenir le projet sans arrière-pensée. De droite ou de gauche, un électeur ne peut se rallier à cette loi qu’en dépit de sa conviction. Les deux milliards pour l’AVS sont un pourboire jeté à la face d’un peuple réduit en servage.

Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument

 

On vient d’en avoir une illustration saisissante  par la révélation des dysfonctionnements du pouvoir, dans l’institution qui est à la fois une confession religieuse chrétienne, l’Eglise catholique, et un Etat de plein droit, le Vatican. Le jeu des pouvoirs n’y est pas moins féroce et pervers qu’ailleurs, alors qu’on pourrait attendre un exercice voué uniquement au service. Mais l’exercice du pouvoir y a accompli des ravages.

En quelques jours de ce mois, on a appris que :

Le cardinal australien George Pell, ancien numéro trois du Vatican, a été condamné à six ans de prison pour agressions sexuelles contre deux enfants de chœur.
Le pape François a réduit à l’état laïc le cardinal américain Theodore McCarrick, soupçonné d’avoir commis plusieurs actes d’abus sexuels aux États-Unis.
Le parquet de Paris a demandé la levée de l’immunité diplomatique du nonce en France, Mgr Luigi Ventura, qui fait l’objet de trois plaintes pour agression sexuelle.
Le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, primat des Gaules, a démissionné après avoir été  condamné à six mois de prison avec sursis pour ne pas avoir dénoncé les actes d’abus sexuels commis par un prêtre.

Frédéric Martel dans son ouvrage Sodoma décrit l’omniprésence d’homosexuels au Vatican. Or, ceux-ci condamnent publiquement leur propre orientation, alors qu’elle ne l’est plus par la société civile.

A côté des abuseurs criminels continuent à œuvrer des millions de religieux et de laïcs qui s’efforcent, jour après jour, de remplir leurs missions pastorales dans la dignité, le désintéressement et la modestie. Eux n’exercent pas le pouvoir, mais ils sont humiliés par la carence ou la duplicité de ceux qui le détiennent.

Plus d’un milliard de catholiques sont agressés dans leur foi par ces révélations. Une structure fondamentale de l’Occident, une autorité morale, une œuvre de bienfaisance spirituelle et matérielle, s’effondre sous nos yeux, comme le fit voici quinze siècles l’Empire Romain, dont elle fut, en des temps barbares, le seul prolongement, le seul rempart contre l’anarchie. Nul ne peut s’en désintéresser, ni s’en féliciter. Le désordre des uns nuit à tous. Une civilisation repose sur des soutiens invisibles : une langue, une culture, un Etat de droit, une ou des religions, une vie associative, des traditions. Il est indispensable de conforter ces piliers en remédiant à leurs défaillances.

La particularité de l’Eglise catholique d’Occident est d’exiger le célibat des prêtres, à l’inverse des autres Eglises chrétiennes, y compris les catholiques d’Orient. Il en est de même du judaïsme et de l’islam. Si l’on met bout à bout les révélations des ces dernières semaines, l’enchainement des causes devient évident.

En ne recrutant que de futurs célibataires, un séminaire augmente statistiquement la proportion des candidats qui ont  une tendance homosexuelle. Cette minorité, qui fut universellement persécutée dans la société civile, trouve un refuge dans une structure au-dessus de tout soupçon, qui condamne d’autant plus fermement sa propre tendance qu’elle ne désire pas être dévoilée. Lorsque surgissent des cas de pédophilie (qui n’ont rien à voir avec l’homosexualité) un jeu de chantage s’instaure entre les pervers, qui ne sont pas dénoncés par leurs supérieurs, et ceux-ci, qui ont peur d’être dévoilés publiquement.

Le remède semble évident : que l’obligation du célibat ecclésiastique soit abrogée, pour ouvrir la possibilité d’ordonner des hommes ou des femmes marié(e)s. Ces dernières constitueront une protection particulière pour les enfants dont elles ne toléreront pas qu’ils soient abusés sous leurs yeux. On sait de  plus par l’expérience que, dans une organisation qui comporte à égalité hommes et femmes, les luttes pour le pouvoir sont moins âpres.

Incidemment seraient remis en question les subsides actuellement fournis par les pouvoirs publics à une institution, qui ne respecte pas l’égalité homme femme dans l’accession à certaines fonctions, ce qui est contraire à l’article 8 de la Constitution fédérale.

Les séquelles séculaires du communisme

 

Le mur de Berlin est tombé le 9 novembre 1989. Nous célébrons donc le trentième anniversaire de cet événement, qui mit fin à un cauchemar de 72 ans, une dictature impopulaire qui réussit à se faire désigner comme démocratie populaire. On pourrait espérer qu’après une génération les effets de cette erreur historique aient disparu. Il n’en est rien. Quand on se trompe en Histoire, on déstabilise l’avenir, dont on sait qu’il dure longtemps.

Le salaire brut annuel moyen est encore inférieur à 15 600 € dans les pays d’Europe de l’Est et dans les pays baltes, excepté en Slovénie (22 900 €), alors qu’il est supérieur à 39 000 € dans les pays de l’Ouest et du Nord de l’UE. Cela va de la Roumanie à 3 059 € jusqu’à 41 562 € pour le Luxembourg, soit une variation de 1 à 13. Dans un pays comme la Pologne, le revenu a augmenté de 124%, mais il est toujours inférieur à celui du Portugal.

Or, la libre circulation des personnes est assurée dans l’UE. Donc la migration est programmée entre l’Est et l’Ouest, même vers la Suisse suite aux accords bilatéraux. Effectivement, entre 1990 et 2015, le solde migratoire a été de 19,2 % de la population de la Suisse, championne de l’accueil des réfugiés économiques, contrairement à ce que l’on croit. Elle est suivie par l’Espagne à 18%, la Norvège 13.3% et l’Autriche 12,7%. En bas de l’échelle se trouve la Portugal avec un maigre 3% : le niveau de ses salaires est inférieur à celui de la Slovénie.

Dans ce vaste mouvement de population, comparable seulement aux invasions dites barbares du quatrième ou septième siècle, l’Europe de l’Est a perdu le dixième de sa population, avec un extrême en Bosnie dont le quart des habitants ont fui lors de la guerre. Dès lors les entreprises des pays de l’Est peinent à recruter la main d’œuvre, qui leur permettrait de sortir du sous-développement hérité du communisme. L’émigration n’est pas seulement quantitative mais aussi qualitative : les personnes qualifiées trouvent plus facilement des emplois dans le pays d’arrivée. Elles ne peuvent résister à de tels différentiels de salaires.

Et pourtant le communisme fut bâti à l’origine sur les idées altruistes de Marx, Engels et Lénine. Elles se sont révélées désastreuses, non seulement pour l’état de pauvreté, voire de famine, dans lequel les populations se sont retrouvées, mais aussi et surtout par la perte de l’esprit d’entreprise, par le sentiment de fatalisme, par la violation de la dignité humaine. La destruction morale produit des effets à long terme pendant plusieurs générations.

Même l’Occident en pâtit. Non pas à cause de l’immigration d’Européens de l’Est motivés, travailleurs et compétents, mais par l’effet induit dans sa propre conscience politique. Les réflexions de Marx sur le capitalisme n’étaient peut-être pas toutes fausses, comme certains désordres actuels semblent le prouver, mais elles ont été déconsidérées par l’expérience historique. Or nous ne parvenons pas à sortir du capitalisme, de la mondialisation, de la société de gaspillage, faute de solution de rechange. La mouvance sociale-démocrate n’offre pas une véritable perspective de changement, tout juste un modeste aménagement de notre système. Staline a été au même titre qu’Hitler un destructeur du génie de l’Europe. Pour plus longtemps.

La néfaste rengaine de la redistribution.

La redistribution est un maître-mot des programmes de la gauche. C’est un argument électoral simple et attrayant. Comme le tiers des ménages ne paient pas d’impôts sur le revenu, ce mot signifie vaguement pour eux que les contributions des riches leurs reviendront sous une forme ou une autre et que leur revenu réel en sera augmenté. C’est la justice sociale dans sa version la plus élémentaire, la plus égalitaire, la plus apparemment équitable.

Elle dissimule de réelles inégalités. L’Etat ne prélève pas seulement un impôt sur le revenu, la fortune, la succession des riches, transféré par des aides sociales aux plus nécessiteux. Car mêmes les plus pauvres contribuent aux ressources de l’Etat par des taxes à la consommation (TVA, essence) et des impôts à la personne (assurance-maladie, redevance TV, vignette autoroutière). Et donc une partie des subsides d’aide sociale circulent en cycle fermé, l’Etat reprenant d’une main ce qu’il distribue de l’autre. S’il finance l’AVS par une fraction de la TVA, les retraités subissent de fait une réduction de leur pouvoir d’achat sous couvert d’une rente inchangée. C’est la distinction élémentaire entre contributions douloureuses et indolores.

La complication du système le rend supportable car finalement la plupart des ménages ne calculent pas ce qui subsiste de leurs salaires après les prélèvements obligatoires. De même, il n’y a pas de transparence sur la fixation des salaires les plus élevés, qui atteignent et dépassent plusieurs fois le million. Les dirigeants, bénéficiant de ces pactoles, sont des financiers avisés qui ne sont intéressés que par leur revenu après prélèvements obligatoires et qui sont aussi en position de négocier ou de fixer eux-mêmes ces montants exorbitants. On pourrait analyser qu’au fond, ils ne paient pas d’impôts, que ceux-ci sont payés par l’entreprise et que celle-ci répercute ce manque à gagner en augmentant les tarifs des biens ou des services vendus. Les riches sont riches parce qu’ils ne souffrent pas des prélèvements obligatoires qui frappent toutes les autres classes sociales, bien incapables d’y échapper.

Cette propice obscurité est inséparable du système capitaliste où nous vivons par la force des choses. Des économistes aux vues tranchées proposent régulièrement de sortir de la redistribution pour aller vers la distribution. Si au départ chacun avait un salaire convenable, il ne serait pas nécessaire de prendre aux uns pour donner aux autres. L’économie distributive est un modèle économique associant trois aspects : une monnaie de consommation, correspondant à l’activité économique et ne permettant aucune capitalisation ; un revenu de base universel ; un partage du travail lié à la signature d’un contrat social. Ces idées surnagent de temps en temps dans les propositions de l’extrême-gauche qui n’ont aucune chance de s’imposer. Le communisme soviétique les a pour longtemps décrédibilisées.

La véritable question devrait être étudiée en dehors de tout contexte idéologique : comment la valeur ajoutée du travail de chacun doit-elle être rémunérée pour qu’une économie se développe au mieux pour le bien de tous ? Dans cette optique l’inégalité n’est pas intrinsèquement mauvaise et la redistribution n’est pas bonne en soi. Ne vaudrait-il pas mieux que l’ensemble de la société s’élève dans le même ascenseur social plutôt que tous, demeurés au rez-de-chaussée, discutent de la répartition des biens existants ?

Mais ce ne serait encore qu’un leurre, parce que les inégalités sociales, certes atténuées, persisteraient à travers les générations. Le véritable concept de justice consiste à donner des chances égales de progression à tous. Concrètement, il ne suffit pas de rendre les études post obligatoires quasiment gratuites si on ne donne pas aux rejetons des familles démunies des bourses suffisantes pour y accéder. Plus en aval encore, l’enseignement obligatoire ne devrait pas avoir pour objectif de socialiser et de formatter les élèves sans trop les stresser, mais au contraire d’exiger des efforts de dépassement pour promouvoir les meilleurs. L’inégalité des revenus est supportable s’il existe une égalité des chances de la surmonter.

Le caprice des antiéoliens

Une mesure plus précise des vents dans le canton de Vaud a démontré que la mesure antérieure péchait par optimisme et surestimait le potentiel éolien du canton. Néanmoins, il reste de nombreux sites qui sont exploitables. Or il existe une association Paysage-Libre Vaud qui lutte pour la protection du paysage contre son industrialisation par les installations éoliennes. Son titre de gloire depuis sa création en 2013 a été d’empêcher la construction des 160 éoliennes planifiées. La population est rétive pour toutes sortes de raisons, bruit des pales, atteinte à la population des chauves-souris, mais surtout dégradation du paysage. D’où les recours qui bloquent les implantations.
En Suisse, l’énergie éolienne reste donc quasiment inexploitée. Seules 37 éoliennes ont été installées en vingt ans. A titre de comparaison, un autre pays de même taille dans les mêmes conditions géographiques, l’Autriche en a installé 1300. Le 25 décembre 2018, elles couvraient 28% de la demande en électricité et 111% le 24 décembre 2015. Ce n’est donc pas une solution négligeable ou marginale à la production d’énergie renouvelable.
La Suisse dispose d’un potentiel estimé à 88% de la consommation d’électricité mais il demeurera théorique par suite de la multiplication des recours. Le Conseil fédéral ne compte pas sur plus d’une contribution de 10%.
L’énergie éolienne souffre d’une limitation, son caractère aléatoire. Elle ne produit pas nécessairement au moment de plus grande consommation. Il faut donc la coupler avec des méthodes de stockage, comme le cycle pompage turbinage en montagne ou la production d’hydrogène par électrolyse de l’eau.
Une éolienne isolée produit de de 2 à 3 MW comparé à une centrale classique produisant de l’ordre de 1000 MW. Il faut donc de 300 à 500 éoliennes pour s’y substituer. Dès lors, on ne peut évidemment pas considérer l’éolien comme l’énergie de remplacement à tout faire. C’est un appoint, une partie de la solution qui en comportera beaucoup d’autres.
C’est par la multiplication des actions (isolation, cellules photovoltaïques, biomasse, géothermie) que l’on pourra, que l’on devra se passer de charbon, de mazout et d’uranium. On se permet de rappeler que les ressources non renouvelables ne se renouvellent pas, qu’elles renchérissent dans le temps avec l’épuisement des sites les plus économiques et qu’en fin de compte elles ne seront plus disponibles. Jadis un baril de pétrole dépensé lors de la prospection et de l’extraction générait cent barils. Aujourd’hui à peine une vingtaine. Un jour l’extraction compensera tout juste la dépense en énergie et ce sera la fin.
Les défenseurs du paysage sont de grands enfants avec une pente poétique. Ils croient qu’il existe une source infinie de pétrole au sens du bambin qui croit au Père Noël. On ne peut leur en vouloir. Ils suscitent l’attendrissement général en attendant qu’ils deviennent adultes.