Le charme discret de la biométrie

Depuis quelques mois, l’opérateur téléphonique historique suisse, jamais en retard d’une innovation technique, a introduit le système Voiceprint dans la gestion de sa relation clientèle.

Ce nouveau système, nous vante un opérateur bien sagement repris par les médias, “permet d’identifier le client rapidement et de manière univoque dès son deuxième appel et il n’aura donc plus à répondre aux questions de sécurité“.

Rapidité, sécurité, facilité: un petit pas pour l’opérateur, un grand pas pour l’humanité?

Swisscom explique ainsi le fonctionnement de son dispositif de “reconnaissance vocale” : “Lorsque l’appelant parle, Voiceprint mesure différentes caractéristiques de la voix en quelques secondes comme la fréquence, la vitesse, l’élocution et les accents. Ces différentes caractéristiques forment une empreinte vocale individuelle de la voix qui ne peut être imitée.”

Pudique, Swisscom n’ose toutefois pas vous avouer qu’il s’agit en fait d’une reconnaissance de type biométrie vocale, dont on peut légitimement considérer qu’elle est, dans le cas d’espèce, terriblement invasive.

L’opérateur se fait toutefois fort de vous rassurer. Voyez plutôt.

Il indique ainsi que “si le client ne désire pas procéder à l’enregistrement de son empreinte vocale, il peut la désactiver dans l’«Espace client» ou l’indiquer au conseiller clientèle de la ligne d’assistance. Le contrôle d’identité de ces clients continuera donc à être effectué via les questions de sécurité“.

Ouf, le choix du client est donc sain et sauf.

Sauf que, dans le faits et lorsqu’il appelle la ligne de support, le client entend cela: “Cet entretien est enregistré au titre de formation et de la reconnaissance (sic). Swisscom établit une empreinte vocale à partir de cet enregistrement” (ensuite, la ligne sonne immédiatement et un conseiller à la clientèle prend l’appel).

Il en ressort ce qui suit.

Si l’opérateur n’enregistre pas la conversation au titre de Voiceprint, il le fait toutefois “au titre de formation et de reconnaissance“, cette seconde finalité étant au demeurant parfait incompréhensible.

Si l’idée de laisser une empreinte biométrique chez un opérateur ne vous séduit pas, vous devez le désactiver dans l’espace client ou l’indiquer, après coup, au conseiller clientèle qui prendra votre appel. Il n’existe, en revanche, aucune possibilité de le faire en saisissant, par exemple, le chiffre 1 pour l’accepter et le chiffre 2 pour le refuser. Plutôt étonnant, lorsque l’on sait le goût immodéré de Swisscom pour les choix vocaux en arbre.

De façon plus générale, on peut rester stupéfait face à l’introduction d’un système biométrique vocal qui sera possiblement appelé à établir un profil vocal de plus de 55% de la population suisse et qui, au fond, présuppose l’acceptation de l’appelant en ne proposant qu’un système d’opting out. A quelles fins exactes les données sont elles collectées et utilisées? Avec quelle possibilité de transmission à des tiers, notamment en cas de demande d’une autorité pénale?

Si les médias ne se sont pas encore penchés sur la question, il m’a été en revanche confirmé par les services du Préposé fédéral à la protection des données (PPFDT) qu’une procédure d’examen était actuellement en cours.

Une affaire à suivre.

 

 

 

L’épouvantable Ministère de la Vérité

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L’annonce récente, par Google et Facebook, de leur ferme volonté de faire la chasse aux fausses informations laisse pantois à plus d’un titre. Le Temps s’en est récemment fait l’écho, notamment quant aux conséquences sur les sites satiriques tels que le Gorafi ou le site américain Onion.

 

Mais l’enjeu est bien plus sérieux encore.

 

Cette ambitieuse croisade pose déjà un problème de définition. Qu’est ce qu’une fausse information ? Et, corollairement, qu’est ce que la vérité ?

 

Que le bon peuple se rassure, les entreprises précitées ont annoncé qu’elles allaient recourir à de « puissants algorithmes qui trient et hiérarchisent les informations ».

 

Nous voilà rassurés : ce seront des machines qui trieront le bon grain de l’ivraie sur la toile. Mais de quelle façon exactement ?

 

Mystère et boule de gomme.

 

Les avocats dont je suis savent par ailleurs la difficulté extrême de séparer les faits des opinions, la matérialité du monde de l’interprétation que l’on peut légitimement en faire.

 

L’idée même qu’une machine puisse être chargée de cette complexe ségrégation fait naître de légitimes soupçons.

 

Qu’en sera-t-il du traitement des opinions minoritaires ?

 

Le spectre de la pensée unique guette à n’en pas douter derrière de telles initiatives.

 

L’information ne se hiérarchise pas, elle est. A chacun de se faire ses propres hiérarchies, ses opinions, ses religions.

 

Ce qui surprend encore davantage dans cette démarche des GAFA, c’est qu’historiquement ces mêmes entreprises se sont toujours réfugiées, lorsqu’elles étaient sollicitées de retirer tel ou tel contenu vu comme calomnieux ou diffamatoire, derrière leur neutralité, exigeant des jugements étatiques avant d’agir.

 

On ne peut ainsi s’empêcher de frémir à l’idée de l’institution, qui plus est en mains privées et étrangères, de ce Ministère de la Vérité.

 

On reste tout aussi ébahi face à l’idée de Facebook, testée l’an passé, tendant à signaler les contenus satiriques au moyen d’une étiquette. Lorsque l’humour, la satire et la parodie doivent se parer d’un écriteau, c’est que notre société est gravement malade et que l’éducation aux médias a failli. Ne nous y trompons pas : c’est l’esprit critique qui doit être cultivé, pas un jardin où l’on aurait retiré la mauvaise herbe. Car il est des mauvaises herbes qui sont aussi médicinales.

YouTube, cet étrange éditeur qui s’ignore

 

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Une curieuse affaire secoue la toile depuis peu. Une blogueuse et Youtubeuse, Laetitia Nadji, a récemment été invitée par YouTube à interviewer, aux côtés d’autres actifs de la toile, Monsieur Jean-Claude Juncker, Président de la Commission européenne. Jusque là, rien à signaler, si ce n’est l’honneur que la jeune fille a dû ressentir à l’idée de soumettre à la question un politicien d’aussi haut rang.

La jeune fille prétend toutefois, caméra cachée à l’appui, que You Tube l’aurait fortement incitée à ne pas lui poser certaines questions, jugées inopportunes et portant sur le lobby des sociétés à Bruxelles.

Du côté de la plateforme de vidéos, toute tentative d’intimidation ou de censure est écartée d’un revers de la main. S’il n’est évidemment pas si facile de trier le bon grain de l’ivraie dans une affaire somme toute anecdotique puisque les questions qui fâchent ont tout de même pu être posées, l’affaire prête à sourire. De voir YouTube s’intéresser de près à la teneur des vidéos diffusées sur sa plateforme et exercer une forme de contrôle éditorial avant diffusion alors que la firme œuvre par ailleurs pour conserver un statut confortable de simple hébergeur (dont les obligations juridiques en relation avec le contenu sont bien moindres que celle d’un éditeur) paraît en effet relever d’une assez étrange schizophrénie.

La censure gréviste

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Il y a quelques mois, les journaux hexagonaux avaient fait grand cas de la supposée intervention de Vincent Bolloré pour censurer l’un ou l’autre sujet programmé par Canal+ qui lui aurait été déplaisant en raison de ses liens d’amitié et d’influence. Si cela devait avoir un fondement, une telle démarche subreptice ne serait évidemment pas à saluer, tant on sait que la censure, à tout le moins sous toutes les formes que le droit ne consacre pas, est un poison à diffusion lente qui érode la démocratie et, par effet de rebond, nourrit les plus ineptes théories du complot.

Reste que Vincent Bolloré était, avec sa réussite flamboyante et son incarnation absolue du grand patronat, une cible facile. L’influence de l’argent, du pouvoir, du réseau. Quelle plus belle cible pour la censure du citoyen lambda par le milliardaire ?

Récemment, on a vu apparaître, une forme de censure plus inusuelle, moins ancrée dans les stéréotypes. Comme l’explique le patron de l’Opinion, « la CGT a décidé de bloquer l’impression de tous les journaux qui avaient refusé de publier sous la contrainte un tract appelant le gouvernement à retirer la loi travail ».

Hormis l’Humanité, tous les journaux ont refusé de publier cette tribune.

Comme justification, Didier Lourdez, secrétaire général du syndicat du livre CGT, répond ce qui suit, drapé de certitudes : «La liberté de la presse et la démocratie doivent se faire dans les deux sens», (…) C’est nous qui sommes pris en otages par le gouvernement qui veut appliquer une loi».

Drôle de conception de la liberté de la presse.

 

Et si Panama taillait en pièces le secret professionnel de l’avocat?

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L’information surprend: on apprend ce jour que le Cabinet d’avocats panaméen Mossack Fonseca aurait été la victime d’un piratage opéré au moyen de serveurs sis à l’étranger et non d’un fuite interne, comme on aurait initialement pu le penser. La temporalité pose question car le piratage supposé, dont on relèvera qu’il est plutôt massif puisqu’il concerne 2.6 terabytes (soit l’équivalent de plus de 11 millions de fichiers), a forcément eu lieu dans la continuité puisque les derniers documents datent de 2016. Cela laisse supposer un accès continu ou, à tout le moins, des intrusions informatiques répétées. Avec ou sans complicité interne, ce qui est difficile à établir à ce jour.

Sans préjuger des intérêts des uns et des autres, on notera que l’informatisation totale des documents entraîne une vulnérabilité sans précédent des données personnelles et de données personnelles sensibles. Si, sur le plan de la communication de crise, on peut naturellement douter de l’opportunité de la prise de position de Mossack Fonseca, qui pousse des cris d’orfraie et vilipende ce qu’elle considère comme une atteinte inadmissible à la vie privée, il reste que cette attaque sans précédent contre un Cabinet d’avocats est de nature à susciter une certaine inquiétude, et ce au-delà des frontières panaméennes.

L’opacité et le secret professionnel de l’avocat sont des notions que beaucoup confondent mais qui ne recouvrent pas les mêmes réalités. Veillons à ce que le second ne soit pas entraîné mécaniquement dans des mises au pilori qui seraient contraires aux intérêts d’une société démocratique qui repose, notamment, sur la confidentialité des échanges entre le client et son avocat.

 

 

La retenue éditoriale, une forme moderne des ciseaux de Madame Anastasie?

 

Madame Anastasie - André Gill

Les attentats. Encore et toujours ce même déluge de feu, de larmes et de sang, ces sirènes et ces feux bleus tournoyants qui vident le coeur des villes, cet acharnement de l’incompréhensible, ces dessins de presse roboratifs car rassembleurs, ces “même pas peur” qui disent bien plutôt la terreur extrême et le désemparement total. Et surtout ces conférences de presse du procureur de service, ce magistrat toujours différent mais, à la fois, toujours semblable avec sa cravate tragique, son sérieux de circonstance et l’annonce sentencieuse des chefs d’inculpations qui ponctue chacune de ses interventions et dont les terroristes, évoluant dans un autre registre, n’ont cure. On ose à peine le souligner mais cette guerre des mondes entraîne l’agonie d’un principe fondateur du droit répressif: la prévention générale. Quand la sanction promise ne fait même plus frémir, le tigre du droit pénal se fait de papier.

Au-delà de ces tristes récurrences se pose, à nouveau et avec une certaine acuité, la question de la responsabilité et du rôle de la presse dans la couverture journalistique des tragédies et des enquêtes qu’elles entraînent dans leur sillage. La question a refait surface au lendemain de l’arrestation de Salah A., au moment où les autorités policières belges ont tiré à boulets rouges sur l’hebdomadaire français L’Obs et la chaîne de télévision belge VTM pour avoir compromis la sécurité des forces de police et mis en péril la réussite de la capture de Salah A..

Que leur reprochait-on au juste? D’avoir révélé, en amont de l’opération policière à Molenbeek, que l’ADN de Salah A. avait été découvert dans l’appartement perquisitionné, quelques jours auparavant, dans une obscure commune bruxelloise. Selon les autorités, une telle divulgation a entraîné une anticipation de l’opération des forces spéciales. Quant à la chaîne VTM, celle-ci aurait poussé le zèle jusqu’à positionner un camion satellite sur les lieux de l’opération de police, avant même l’arrivée de cette dernière.

Les prises de positions de part et d’autre sont révélatrices d’un véritable dialogue de sourds.

D’un côté, Claude Fontaine, directeur de la police judiciaire belge, s’époumone sans nuances devant l’irrespect d’une certaine presse, quitte à en oublier quelque peu le rôle des médias : “Une information qui a été publiée beaucoup trop tôt dans la presse nous a causé quelques soucis. Maintenant, nous sommes des professionnels, donc on anticipe les événements. Mais c’est un gros problème. J’aurais tendance à parler d’une certaine irresponsabilité d’une certaine presse. On offre sur l’autel de l’audimat la sécurité de mon personnel et la sécurité publique de la population, et ça, je ne l’accepte pas (…) Qu’est-ce qu’on veut ? On veut des résultats. Et le résultat, on l’a. Mais il faut nous aider à l’obtenir. Si la présence de la presse, anticipée par rapport à l’intervention, a pour conséquence que les personnes que l’on souhaite interpeller disparaissent dans la nature, que nous dira-t-on le lendemain ? “Ça fait quatre mois qu’ils sont là et vous n’êtes pas capables de les trouver !” Alors restons sérieux et restons bien orientés vers la finalité de nos actions.

De l’autre, Matthieu Croissandeau, journaliste à l’Obs, se drape, fier comme Artaban, dans une liberté de la presse presque livresque: “Que la police belge se désole aujourd’hui que nous ayons publié cette information ne doit pas nous faire oublier l’essentiel. Le métier de la police est d’arrêter les criminels et donc de s’assurer de la bonne conduite des enquêtes et de leur confidentialité. Celui de la presse est de porter à la connaissance de ses lecteurs des informations solides, vérifiées et dignes d’intérêt “.

Cette cacophonie de postures de surface dessert les vrais enjeux et élude la question fondamentale: la valeur de la presse se mesure-t-elle à la seule vélocité de ses révélations et à ses seuls scoops ou grandit-elle aussi à force de retenue, de hauteur de vue et de prise de conscience des risques ? Une question plus complexe qu’il n’y paraît, évidemment, puisque que comme le rappelle bien opportunément le slogan du Canard enchaîné, “la liberté de la presse ne s’use que quand on ne s’en sert pas“.

Mais l’auto-limitation du journaliste, ou censure volontaire pour ceux qui lui prêtent les funestes desseins de Madame Anastasie qui figurait, avec ses grands ciseaux, le visage hideux de la censure dix-neuvièmiste, est-elle toujours une entaille inacceptable faite à la liberté qui sanctifie la libre parole ou constitue-t-elle, à l’inverse et dans certains cas, un acte de raison nécessaire dans une société qui est en train de chavirer? La réponse appartient à chacun mais se la poser est sans doute un mal nécessaire.

 

 

L’humour, grenade offensive de la résistance

Dans ces temps troublés, l’humour commence – comme dans toute tragédie – à poindre comme une perce-neige sous le tapis de tristesse. Et le seul Tribunal que l’on a envie d’entendre ces jours-ci est celui des flagrants délires, cher à Pierre Desproges et dont l’irrésistible phrase amorce était, rappelons le, “Françaises, Français, Belges, Belges”.

L’humour, donc, reprend des forces et se ragaillardit, notamment nourri des réponses improbables fournies par le présumé logeur de la cellule terroriste de Saint-Denis. Un certain Jawad, que l’on a vu faire mine de s’étonner – en direct sur BFM TV – du fait que son appartement se soit transformé en véritable camp retranché pour jihadistes en dèche de matelas pour la nuit. Il est vrai que les réponses de l’individu portaient, avant même tout détournement, une indéniable charge comique.

DCapture d’écran 2015-11-20 à 10.07.00‘un ton excessivement poli et mièvre et avec une risible conviction de façade, il indiquait être parfaitement étranger à tout ce charivari: “On m’a demandé de rendre service, j’ai rendu service, je n’étais pas au courant que c’étaient des terroristes”. Quelques poignées de secondes plus tard, il se faisait embarquer manu militari par les gros bras de la police, toujours sous l’oeil des caméras.

Il n’en fallait pas davantage pour que le réseau multiplie les parodies, provoquant l’hilarité. Parmi les perles, citons les phrases apocryphes suivantes: “Quand ils m’ont parlé de la Syrie, je croyais que c’était le mec dans l’iPhone”, “Quand ils ont dit qu’ils allaient ouvrir le feu, je pensais qu’ils allaient utiliser la cuisinière pour faire des pâtes” ou encore “Effectivement, j’ai entendu le mot grenade mais j’ai d’abord pensé à ce délicieux fruit exotique”.

Du rire aux larmes

A la lecture de la presse francophone, l’hilarité fait parfois place à une certaine sidération: les services de renseignements belges ne comprendraient pas de locuteurs arabophones en leur sein, ou presque. Pour un pays qui connaît des difficultés notoires de radicalisation, il y a effectivement de quoi hésiter entre le rire et les larmes. De quoi aussi souffler, un peu tragiquement, sur la braise des blagues belges.

Mais le dernier mot de ce billet, plus grinçant, plus embarrassant, reviendra là encore à Pierre Desproges, pour une citation cette fois tristement prophétique, extraite du “Manuel de savoir vivre à l’usage des rustres et des malpolis” publié au Editions du Seuil en 1981:

«Ce qu’il nous faudrait, c’est une bonne guerre!
Nombreux sont autour de nous les gens qui lâchent cette petite phrase en soupirant. Mais l’instant d’après, ils retournent vaquer à leur petite vie mesquine et n’y pensent plus. Or, si nous voulons vraiment la guerre il ne suffit pas de l’appeler de nos vœux en levant les yeux aux ciel d’un air impuissant.
Ne rêvons pas : la Troisième guerre mondiale n’aura pas lieu ces jours-ci. Alors, pourquoi n’organiserions-nous pas une guerre FRANCAISE, dans laquelle les forces en présence seraient toutes françaises? Et puisque la haine est le moteur de la guerre, apprenons à nous haïr entre nous. Ah ! certes, il est plus facile de haïr les Arabes ou les Anglais dont les mœurs incroyablement primitives ont de quoi révulser.
Mais chaque région de notre pays a ses rites et coutumes qui ne sont pas les mêmes que ceux de la région d’à côté. Ainsi, pour bien, nous haïr entre Français, nous devons tenter d’oublier ce qui nous unit, et mettre l’accent sur ce qui nous sépare.»

#DELTACHARLIEDELTA

Que dire ? Les mots, naturellement, manquent, malgré la surabondance des récits, des bilans provisoires, des analyses savantes distillées par des experts de tous bords, des voisins-bien-sous-tous-rapports placés en garde à vue par des hommes robots ployant sous le kevlar noir, des fleurs fanées par le chagrin des proches et de ceux qui veulent l’être et, enfin, de l’inextinguible union nationale, dernier tigre de papier face à la barbarie inconnue, dernière pensée magique pour adultes désemparés.

Au fil de ces derniers jours, l’observation des réseaux a livré des récits tantôt glaçants, tantôt réconfortants, toujours troublants. Elle a également révélé un véritable changement de paradigme.

Lors des attentats de janvier dernier, la technologie avait été blâmée, souvent à raison. La couverture et la diffusion en continu d’informations précises et sans cesse remises à jour avaient en effet nourri les critiques, notamment du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) qui estimait que les médias avaient parasité certaines actions policières, lesquelles requéraient par essence un certain effet de surprise. Dans certains cas, ce direct poussé à son paroxysme avait même pu mettre des vies humaines en danger.

Chacun ayant appris de ses erreurs, les chaines de télévision ont, cette fois-ci, fait preuve d’une extrême prudence dans leurs comptes-rendus en direct pour ne pas entraver les actions du Raid et du GIGN; ainsi, l’assaut du Bataclan n’a-t-il pas été diffusé en direct par les chaînes, et ce à la demande expresse des autorités de police.

Mais il y a plus. Les réseaux, et en particulier Twitter, ont endossé tout à tour le rôle de sentinelle, en relayant des appels au secours et les consignes de la préfecture de police de Paris, de main tendue, en permettant aux parisiens d’offrir spontanément des refuges temporaires (près d’un million de tweets #PortesOuvertes ont ainsi été recensés), de bouteilles à la mer pour tenter de localiser des proches (#rechercheParis) et, depuis que certaines âmes se sont envolées, de lieu de souvenir (#PriezPourParis).

De son côté, Facebook a mis en œuvre un dispositif permettant aux membres localisés à Paris de confirmer via un bouton ad hoc qu’ils étaient sains et saufs et de le porter à la connaissance de leurs proches.

Depuis quelques heures, la devise de Paris, Fluctuat Nec Mergitur, envahit le pavé et les réseaux, façon de montrer que, même battue par les flots sanglants et frappée au coeur par le glaive de l’obscurantisme, la Ville Lumière ne sombrera pas.

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Le restaurant Béret Rouge, nouveau trois étoiles de l’astroturfing

108ème restaurant de Paris (sur un total de près de 13’500), le “Béret Rouge”, sis 6, rue de Trétaigne dans le XVIII ème arrondissement, promet de mettre les papilles en fête. Seul problème: il n’existe pas. Façonné de toute part par des journalistes de France Télévision (http://blog.francetvinfo.fr/oeil-20h/2015/09/07/trip-advisor-bienvenue-dans-le-faux-restaurant-de-loeil-du-20h.html), il est un établissement fictif créé pour démontrer l’actualité de l’astroturfing (ou pratique visant à écrire et publier des faux commentaires en ligne). Nourrie de près de 50 avis de prétendus clients, la manoeuvre démontre l’inquiétante double inefficacité d’un tigre de papier législatif (certes dissuasif en termes de sanctions théoriques mais dans les faits plutôt ardu à appliquer) et de bonnes pratiques encore bien timides. Une enquête effectuée en 2013 par le Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) révélait ainsi l’ampleur du problème: près de 45% des avis de consommateurs présentaient des anomalies. La confiance aveugle des internautes envers la vox populi commence décidément à faire désordre.

Angus Deaton, prix Nobel du Big Data?

Pluie d’hommages pour Angus Deaton, prix Nobel d’économie 2015. A l’unisson, les médias saluent le récipiendaire à noeud papillon de la prestigieuse distinction suédoise. “Un Nobel au plus près des individus” pour Le Monde, tandis que Bilan salue un “Nobel d’économie iconoclaste“. Si la grande presse salue volontiers les travaux faits sur la consommation, et en particulier celle des pauvres, elle oublie de relever que les conclusions de ses travaux ne sont pas sans impact concret pour les citoyens.

Un enfant monstrueux…

Pour Deaton, il sied d’analyser la consommation de très près et de ne pas s’en tenir aux traditionnels modèles – inopérants au vu de la multiplicité des comportements possibles. En clair, il faut se pencher sur des bases de données géantes. L’enfant monstrueux de Deaton s’appelle donc le Big Data. Oubli réparé ce matin sur France Culture par l’économiste français Patrick Arthus, directeur de la recherche et des études de Natixis. Merci qui?

Photo: Reuters