Le démantèlement: Le futur du Nucléaire

Rattrapé par la chute vertigineuse des prix de productions des énergies renouvelables ainsi que la pénurie annoncée d’uranium, la construction d’une nouvelle centrale nucléaire est devenue une entreprise financièrement périlleuse.

Pour rester en vie, l’industrie se réoriente dans les technologies du futur: la gestion des déchets et le démantèlement des vieilles centrales nucléaires. Dans ce dernier domaine, la France prévoit 50 milliards €, l’Angleterre 135 milliards €, l’Allemagne 38, la Suisse 20 et les USA 400 milliards $.


 

Tant aux USA qu’en Europe, la chute des coûts marginaux de production électrique force les propriétaires de centrales à revisiter leurs business modèles. Obligé d’amortir à coup de milliards leurs actifs nucléaires, ils sont les premiers à être confronté à cette dure réalité.

Avec l’essor du gaz de schiste bon marché, les USA ont inauguré cette tendance. Cinq réacteurs sont déjà à l’arrêt et six autres vont suivre.

En Europe, une génération entière de réacteurs construits dans les années 60-80 vont devoir être déconnectés du réseau et démontés en toute sécurité. C’est l’Allemagne qui ouvre le bal.

 

Paradoxalement, c’est la fermeture des centrales qui va permettre à l’industrie de survivre !

Pendant des décennies, toute l’industrie s’est essentiellement focalisée sur la construction de nouveaux réacteurs sans se préoccuper de leur mise à la retraite.

Ainsi aujourd’hui, peu d’acteurs possèdent ce savoir-faire embryonnaire. La chaîne entière est à inventer, les acteurs à identifier et pour rendre les coûts supportables, le système devra être industrialisé d’autant que l’Europe compte 134 réacteurs.

Graphique D’après données de l’AIEA au 3 août 2015 (©Connaissance des Énergies)

L’Allemagne prend l’avantage

Dès 2020, l’Allemagne ouvrira le bal et commencera à démanteler ses 17 réacteurs. Le gouvernement et les 4 propriétaires ont prévu un budget minimaliste de 38 milliards € qui sera certainement revu à la hausse. Qu’importe, au nom de la sécurité, les budgets n’auront aucune limite pour le plus grand bonheur des entreprises impliquées.

Berlin a le désavantage de service de cobaye à l’industrie et de payer le plein tarif par manque d’industrialisation des processus. Par contre, si Berlin manœuvre bien, ses entreprises, comme Siemens, pourront acquérir l’expérience pour ensuite l’exporter.

La France

Le gouvernement français s’est vu forcé de reprendre la vision d’Areva et la construction d’une méga centrale de 2’300 MW capable de remplacer 2 unités.

Si l’idée était excellente dans le contexte du début des années 2000 avec une Chine assoiffée d’électricité, l’intrusion des énergies renouvelables exige de plus petites unités capables d’interagir avec le mix de production.  L’EPR français peine également à convaincre les financiers qui ont pris l’habitude de montants plus petits, sans risque et avec un retour sur investissement plus court.

L’Europe de l’Est compte sur l’Europe de l’Ouest

Les gouvernements des pays de l’Est n’ont pas prévu de budget pour fermer leurs centrales.

Sans le dire publiquement, ils comptent sur les riches pays Européens pour payer la facture et trouver des solutions pour leurs déchets. Par contre, la main d’oeuvre bon marché des pays de l’Est devrait en profiter largement. En effet, l’industrie du nucléaire privilégie et recherche les salaires les plus bas.

Une concurrence entre pays et entreprises

Si Tokyo puise dans son porte-monnaie pour maintenir artificiellement en vie la branche nucléaire de Toshiba, il en va de même pour Paris et Areva.

Pour ces deux pays, qui ont chacun plus de 50 centrales nucléaires à fermer, il est primordial que leur champion national reste sur pied pour effectuer cette tâche et garder l’essentiel des investissements dans le pays.

De leur côté, le Coréen Tepco, le Russe Rosatom ou le Chinois CNNC pourraient proposer leurs services à prix bradés grâce à l’appui financier de leur gouvernement respectif.

Cependant, en Suisse, en France ou en Suède, les citoyens, appelés à payer les énormes factures, risquent de voir d’un mauvais œil le départ de leurs impôts vers la Chine, les USA ou la Russie.

L’Europe

C’est dans ce contexte que les entreprises européennes ont intérêt à s’unir pour offrir une solution locale qui permettra de créer des emplois, de garder l’argent dans les communautés locales et de se profiler dans les marchés internationaux.

Pour l’instant ce processus vient de s’engager. Il faudra attendre les premières fermetures pour identifier les acteurs et leurs muscles.

Espérons que l’Allemagne, l’Angleterre et la France puissent garder un rôle pour orchestrer une solution européenne et établir les normes de sécurité.
Le nucléaire tourne une page plutôt cocasse. Pour survivre, il doit fermer ses centrales et s’orienter vers le démantèlement des 440 réacteurs encore en activité dans le monde.

Démantèlement: le futur du Nucléaire

Suite à la catastrophe de Fukushima, l’industrie du nucléaire civil montre un frémissement de reprise. Sur la pointe des pieds, l’Angleterre est le premier pays européen à retenter l’aventure bien que l’extraction d’uranium plafonne.
Alors que les fabriquant de centrales croulent sous les dettes, ces multinationales sont en train de se tourner vers un nouvel eldorado plus profitable et bien moins risqué: le démantèlement des vieilles centrales.


Trouver des alternatives à l’uranium

Dans les années 50-60, dès la réalisation des premiers programmes de nucléaire de production électrique, les ingénieurs se penchèrent sur des solutions alternatives pour contourner les quantités limitées d’uranium à disposition.

A ce jour malgré l’injection de montants illimités, toutes les tentatives de fusion nucléaire ou d’utilisation du thorium se sont heurtées aux réalités financières ou techniques. Elles restent cantonnées dans les domaines théoriques ou de science-fiction.

En 50 ans, l’industrie n’a pas réussi à effectuer sa transition vers un carburant durable.

 

Peak Uranium

La difficulté d’extraire de l’uranium à des coûts financièrement adéquats paralyse le système. Pour tout nouveau réacteur, 500 tonnes d’uranium sont requis et chaque année, un tiers des barres doivent être remplacés (170 tonnes pour un réacteur standard de 1 gigawatt.)

C’est grâce au recyclage des têtes nucléaires militaires américaines et russes que les réacteurs civils ont pu survivre. Jusqu’en 2005, l’uranium militaire a représenté jusqu’à 50% du carburant. En 2016, ce ratio est descendu à 20% grâce à l’arrivée de la production du Kazakhstan, à l’arrêt de 50 centrales japonaises et la fermeture de 15 réacteurs américains.

La solution militaire touche à son terme et sans une percée rapide dans le domaine minier ou technologique, le nombre de réacteurs alimentés en uranium devra passer de 440 à 350 dans les années à venir.

Ainsi, un marché orienté à la baisse et un nombre constant de fabricants pousse à une guerre des prix pour la réalisation de nouvelles unités.

A ce jeu, soutenus par leurs Gouvernements, les russes Rosatom et Atomstroyexport, le chinois CNNC ou le coréen Kepco semblent les mieux armés. Quant aux français Areva, les japonais Mitsubishi Heavy Industries et Toshiba ou l’américain Westinghouse, ils sont englués dans des dettes chiffrées en milliards $ et se battent pour leur survie.

 

Le Graal : le démantèlement des centrales

Paradoxalement, le future du nucléaire réside dans le démantèlement des centrales.

C’est dans cette nouvelle niche que le combat s’engage dans un marché de plus de 1’500 milliards $ pour les décennies à venir.

Avec une couche de protectionnisme sans précédent, le Japon, les USA et la France vont réserver leur marché intérieur à leur champion national tandis que les autres pays dont l’Allemagne, la Belgique, la Suisse devront importer ce savoir-faire et les travailleurs tout en devant exporter de leur Economie des milliards €.

En attendant que le processus mondial ne s’enclenche, le défi majeur pour Areva, Mitsubishi, Toshiba, Westinghouse est de trouver un équilibre entre la gestion du poids de leurs dettes et la gestion de leurs ressources humaines. En effet, ces entités doivent à tout prix éviter de licencier trop d’employés afin de garder leur savoir-faire.

A court terme, bien qu’imprédictible, une autre source potentielle de revenus est générée par les accidents. Si une catastrophe comme Fukushima est un désastre humain et environnemental, elle offre également une opportunité d’affaires financièrement intéressante. Mitsubishi, Areva et Toshiba ont reçu un chèque en blanc de plusieurs dizaines de milliards $ pour neutraliser les 3 réacteurs japonais. Cette manne financière est une bénédiction et un business à part entière. De plus, cette expérience acquise sur le terrain donne un avantage concurrentiel important face à la compétition en cas de nouvel incident à travers le monde.

 

Se réinventer

Cette inversion du modèle d’affaires est devenue encore plus d’actualité avec la construction de 2 réacteurs à Hinkley Point, Angleterre. EDF-Areva vont devoir payer plus de 24 milliards € pour installer à ces frais les 2 EPR alors que les deux géants français sont déjà en situation de quasi faillites et que 4’000 suppressions d’emplois sont annoncés.

N’ayant pas réussi à lever les milliards € nécessaires, Toshiba est sur le point d’abandonner cette opportunité en se retirant de son projet anglais de Moorside. Sous l’injonction du Gouvernement Japonais, Toshiba doit se focaliser sur le nettoyage de ses dettes afin de se préparer au prochain démantèlement des réacteurs du pays.

Aujourd’hui, seuls le chinois CNNC, le coréen Kepco et le Russe Rosatom semblent être en mesure de réaliser des nouvelles centrales sans se mettre financièrement en difficulté. Ce n’est pas un hasard si les chinois et les russes ont sécurisé l’accès aux mines d’uranium à travers le monde.

Pour tous les autres acteurs, c’est un nouveau monde qui s’ouvre.
Comme Darwin le soulignait, ce n’est pas le plus grand et le plus fort qui survit, mais celui qui arrive le mieux à s’adapter !

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Nucléaire: Toshiba perd 8 milliards $ dans sa rocambolesque aventure américaine

Dans le monde du nucléaire, il n’y a pas que le français Areva qui collectionne les dettes et les cachoteries. Son concurrent japonais, Toshiba, vient de placer la barre encore plus haut!

Le géant japonais pionnier de la TV couleur, des ampoules électriques, d’informatique, de médecine ou des cartes flash se retrouve avec un découvert qui pourrait atteindre 8 milliards $ à cause d’investissements hasardeux dans le nucléaire américain.  Voici son histoire:


Avant son histoire d’amour dans le nucléaire, la direction de Toshiba avait manipulé les comptes pour faire ressortir des bénéfices factices. Poussée par une culture de «bénéfices à tous prix», le miroir s’était cassé en 2015, laissant plus de 1,3 milliard $ sur le carreau.

Avec une année 2016 passée à se refaire une santé, on pensait à un faux pas isolé. Mais à peine remis de ce mauvais rêve, le 27 décembre dernier, le CEO Satoshi Tsunakawa, a dû annoncer une autre mauvaise nouvelle: les pertes de sa rocambolesque aventure nucléaire américaine.

 

Westinghouse: le premier achat

Pour y voir plus clair, remontons de quelques années :

En 2006, dans un élan de générosité, Toshiba posa 5,4 milliards $ sur la table pour acheter le constructeur américain de centrales nucléaires: Westinghouse.

A la surprise générale, ce montant dépassait de 2 fois la deuxième meilleure offre d’achat et représentait 37 fois les profits annuels de l’américain. Le fait d’avoir cassé sa tirelire permettait à l’entreprise de rejoindre General Electric et Areva dans la cours des grands.

Mais dans un deuxième temps, Toshiba avoua son erreur et dévalua la valeur de Westinghouse de $2,3 milliards.

 

Les Années Fukushima

Comme un malheur arrive rarement seul, le tsunami du 11 mars 2011 et la catastrophe de Fukushima Daiichi mirent à mal les envies de constructions nucléaires à travers le monde et les plans du géant japonais.

Maigre consolation pour l’entreprise, deux des trois réacteurs ravagés à Fukushima avaient été construits par Toshiba. C’est logiquement à elle que l’on a confié les travaux de démantèlement et les milliards $ inclus dans le processus.

 

Rebelote avec Stone & Webster

En décembre 2015, alors que la division nucléaire du groupe montrait des résultats financiers inquiétants, les dirigeants ne se démontèrent pas et firent l’acquisition de la compagnie américaine de construction nucléaire Stone & Webster. Evitons de parler prix, dans ce cas c’est un sujet qui fâche.

C’est le 27 décembre 2016, que le CEO  Satoshi Tsunakawa a dû confesser que son aventure nucléaire américaine pourrait coûter plusieurs milliards. Les estimations varient entre 5,4 et 8 milliards.

Visiblement les prévisions de Westinghouse et du nouveau venu, Stone & Webster, furent surévaluées.

 

Make Toshiba great again!

Incapable de payer la douloureuse, Toshiba est face à une série d’options qui pourraient changer radicalement son avenir.

L’option la plus radicale et la plus évidente pour le président Satoshi Tsunakawa serait de fermer le département nucléaire de son entreprise.
Mais le Gouvernement japonais pose son véto. Le démantèlement des 50 centrales nucléaires du pays pourrait coûter plus de 80 milliards sur une période de 40 ans (sans compter Fukushima qui devrait arriver à 70 milliards €).

Jugé stratégique, le Gouvernement de Shinzo Abe veut que cet argent reste dans les mains japonaises.

Il reste à Toshiba la possibilité de revendre Landys & Gyr, l’ex leader Suisse de smart meter acheté 2,3 milliards $ en 2012, sa division d’élévateur ou des unités à forte valeur ajoutée comme sa très lucrative division de Flash Card Memory.

Curieux destin pour cette entreprise dont l’innovation a fait son succès et qui doit vendre tours à tours ses bijoux de famille pour garder un domaine qui lui est contre nature.