Pétrole ou Renouvelable? Les majors ont choisi, pour l’instant…

Depuis 2014 et la chute des prix du baril, l’industrie pétrolière traverse une crise féroce avec d’innombrables mises en faillite, plus de 440’000 emplois perdus et quelques centaines de milliards $ passés à la trappe.

De l’autre côté de la table, les énergies renouvelables ont le vent en poupe d’autant que les considérations environnementales pointent le bout du nez.

On pourrait imaginer que les majors pétrolières se trouvent devant un dilemme cornélien. Faut-il investir dans le pétrole ou le renouvelable?


L’objectif des majors n’est pas d’extraire du pétrole mais de générer des dividendes.

La survie des majors repose sur leur capacité à générer des dividendes. Qu’importe le moyen. L’objectif est de pérenniser les investisseurs et d’en trouver de nouveaux. Aujourd’hui, une matière première continue de remplir cette condition: le pétrole.

Dans une optique à court terme, cette stratégie est gagnante. En effet, il manque presque 1’000 milliards $ d’investissements dans l’exploration et l’exploitation pétrolière pour assurer que l’offre puisse suivre la demande à l’aube des années 2020.

De manière mécanique, nous devrions voir une forte augmentation des prix du baril dans les 2-3 années à venir.

Les vaches maigres débutées en 2014, ont enseigné aux pétroliers l’austérité et une gestion rigoureuse des coûts de production. Ils ont réussi à descendre leur ROI (retour sur investissement) du baril à 50$ alors qu’il atteignait 80-90$ en 2014. Si le pétrole repasse sur les 100$, on peut imaginer des profits stratosphériques.

C’est sur ce scénario que planchent les majors.

 

Faire perdurer le Mythe

Si la hausse à venir du baril est prévisible, c’est au-delà de 2023 que les interrogations se focalisent.

Les majors doivent également rassurer les investisseurs sur le moyen terme. Comme un seul homme, les CEO des différentes entreprises ont repris en cœur le refrain de l’abondance pétrolière à venir.

John Watson, CEO de Chevron, voit une augmentation de la demande pour les 20 années à venir et exclu tout «peak oil» de l’offre ou de la demande. Idem pour ExxonMobil.

L’Agence Internationale de l’Energie enfonce le clou et étend cette tendance jusqu’en 2040.

Seul Shell et son CEO, Ben van Beurden, raccourcit le délai du pic de la demande à 2027. Pour assurer ses arrières, il a acheté pour 54 milliards $ le gazier BG Group. Le gaz devrait reprendre la main dans les années à venir.

ExxonMobil a cassé sa tirelire pour acheter des gisements de pétrole de schiste pour 6,5 milliards $ dans le Bassin Permien aux Texas. Leurs dirigeants pensent qu’en 2040, l’industrie du transport sera propulsée à 90% par le pétrole.

Dans la boule de cristal de BP, 1,8 milliard de voitures circuleront d’ici à 2035 (un peu plus de 1 milliard actuellement) dont 75 millions de voitures électriques (4,1%).

Ce consensus fait plaisir à voir.

 

Les Gouvernements misent également sur le pétrole

Si les Gouvernements ont de la peine à imaginer l’Economie avec moins d’or noir, c’est que l’évolution du PIB est intimement corrélée à la consommation d’énergie.

La Chine en fait l’expérience. Pour garder le taux de croissance de son PIB à 6,5%, elle compense chaque kg de charbon économisé par du gaz.

Avec l’augmentation continue du niveau d’endettement, les Etats se sont inscris dans une hausse obligatoire de leur croissance afin de financer cette stratégie. Là aussi, le pétrole joue un rôle majeur. Mais paradoxalement, la remontée des prix du baril va faire rebondir l’inflation et les taux d’intérêts, qui à leur tour, freineront l’Economie.

Un vrai casse-tête.

 

Energies Renouvelables

Devant cette perspective alléchante, on peut comprendre que sur un total de 100 milliards $ d’investissements, les 5 majors pétrolières, Total, Shell, BP, Chevron et Exxon Mobil n’utilisent que 3 milliards $ pour développer leurs actifs dans les énergies renouvelables, selon l’agence pétrolière Wood Mackenzie.

Même si les voitures thermiques ne représentent que le 20% de la consommation mondiale de pétrole, une baisse de la demande pourrait dans le meilleur des cas, compenser la diminution de la production, ou pire pour les majors, faire retomber le prix du baril dans les eaux actuelles.

Cette vision pousse les pétroliers à timidement flirter avec les énergies vertes.

Annuellement, Shell dépense une enveloppe de 1 milliard $ pour les nouvelles énergies. De son côté Total budgétise 500 millions $. Ce chiffre est à mettre en relation avec le rachat de Maersk Oil pour 7,5 milliards $ pour du pétrole de la Mer du Nord.

Mais comme pour garder un pied dans un nouveau domaine, en Angleterre, Shell a commencé à vendre de l’électricité à ses clients.

 

Arrivons-nous à un tournant?

Si la doctrine de Trump propose la «Dominance Energétique Fossile» des USA sur le monde, les chinois parient sur la «Dominance Energétique des Energies Renouvelables».

Les pétroliers font actuellement le même pari que le Président Américain et les pays Européens. Comme la nature a horreur du vide, cette place ouvre une voix royale aux entreprises et aux investisseurs “durables” qui peuvent ainsi se développer sans la menace de cette concurrence.

Cependant, rien ne dit que les majors ne retournent pas rapidement leur veste. N’oublions pas que l’objectif d’une major pétrolière n’est pas d’extraire du pétrole, mais de produire des dividendes… avec où sans pétrole.

 

 

COP22: Dix majors pétrolières proposent un mini fonds cleantech

(FILES) An Exxon sign is seen at a station in this September 20, 2008 file photo in Manassas, Virginia. US oil giant ExxonMobil on July 31, 2014 reported higher second-quarter profits despite pumping less oil and gas than it did a year ago. Exxon, the biggest US oil company and the second-largest US company in terms of market capitalization after Apple, said earnings came in at $8.8 billion, up 28 percent from the year-ago level. "ExxonMobil's financial results were achieved through strong operational performance and portfolio management," said chief executive Rex Tillerson. "We continue to enhance shareholder value by funding capital projects and delivering robust shareholder returns through dividends and share purchases." Results translated into earnings per share of $2.05, 19 cents above analyst forecasts.AFP PHOTO/Karen BLEIER/FILESKAREN BLEIER/AFP/Getty Images ** OUTS - ELSENT, FPG - OUTS * NM, PH, VA if sourced by CT, LA or MoD **Lors de la COP22 qui se déroule actuellement au Maroc: Shell Hollande, BP Angleterre, Total France, Eni Italie, Repsol Espagne, Statoil Norvège Saudi Aramco Arabie Saoudite, CNPC Chine, Pemex Mexico, Reliance Industries Indeand, les 10 majors pétrolières ont annoncé qu’elles allaient investir chacune 10 millions $ par année pour réduire leurs émissions de CO2 et de gaz à effet de serre.

Au total, un mini fonds de 1 milliard $ sur 10 ans sera créé pour investir dans les technologies cleantech au service des producteurs.


Ces technologies devraient permettre de réduire le torchage lors de l’extraction du gaz ou du pétrole, des fuites de méthane dans l’extraction de gaz ou à tenter de capturer le CO2. Elles permettront aux producteurs de répondre aux nouvelles législations, notamment aux USA, pour les forages de schiste.

En comparaison, sur cette même période de 10 ans, les majors vont investir plus de 1’000 milliards $ pour l’extraction ainsi que le transport du pétrole et du gaz. Ce chiffre est également à mettre en relation avec les 348 milliards investis dans les installations d’énergie renouvelables réalisées dans le monde en 2015.

Ce fonds cleantech représentera que le 0,1% de leurs investissements, mais il donne un signal envers les actionnaires qui sont de plus en plus sensibles aux questions climatiques.

Même si l’annonce des 10 majors, qui représentent le 30% de la production mondiale, est symbolique voir une simple opération de communication, on note que les américains en sont absents. ExxonMobil, Chevron ou ConocoPhillips ont refusé de se joindre à ce groupe, mais le vent pourrait tourner. On pourrait les voir lors de la COP23.

Il est aussi intéressant d’apprécier les différents points de vue sur le futur de l’industrie pétrolière. Shell penche vers un peak oil de la demande d’ici à 5-10 ans car selon elle, les grands pays consommateurs ont déjà sensiblement réduit leur consommation. La demande devrait atteindre un plateau à 100 millions de barils/jour.

Du côté américain, ExxonMobil voit une augmentation de la demande de 20% d’ici à 2040.

Deux points de vue bien différents qui vont offrir des stratégies intéressantes pour l’avenir.

 

Pétrole, le calme avant la tempête

Oil-Storm Depuis que le prix du baril a chuté, les inquiétudes sur les quantités de pétrole à disposition ont pratiquement disparu des écrans tout comme les mots « peak oil » dans les recherches de Google.

Sur le terrain, le sentiment est tout autre. Les faillites s’enchaînent et même l’Agence Internationale de l’Energie s’inquiète. Motif : l’industrie n’est plus capable de faire coïncider offre/demande. Elle n’arrive plus à répondre à l’équation : offrir un prix assez bas pour stimuler la demande et extraire à un tarif assez élevé pour couvrir les coûts d’exploitation.

Ainsi aux USA uniquement, plus de 90 entreprises ont mis la clé sous le paillasson durant les 18 derniers mois et 183 sont dans une position précaire selon Debtwire.

Il y a à peine 10 ans, Exxon Mobil, Chevron et BP devaient expliquer au Gouvernement Américain la raison de leurs profits jugés indécents. Aujourd’hui, les mêmes entreprises doivent s’endetter pour effectuer des forages aux coûts exponentiels. Elles pourraient même être dans l’incapacité de payer des dividendes à leurs actionnaires qui sont de plus en plus nombreux à quitter le navire. C’est ainsi que plus de 500 milliards $ d’investissements ont été biffés et plus de 100 milliards $ engloutis dans les faillites.

 

La surproduction continuera en 2017
Les nuages continuent de s’amonceler. L’Agence Internationale de l’Energie pense que la surproduction continuera en 2017. Corolaire de cette situation, le maintien du prix du baril sous la barre des 50$ continue de bloquer la relance des investissements.

Bloomberg_OilDécouvertes pétrolières depuis 1947
Les nouveaux gisements sont tombés au niveau le plus bas depuis plus de 60 ans.
Source Bloomberg

Un capharnaüm
La production mondiale atteint le record de 95 millions de barils/jour grâce au mélange entre le pétrole traditionnel et le non conventionnel comme le schiste, l’offshore, l’Arctique ou les sables bitumineux. Les pétroliers extraient un maximum avec l’objectif de payer les factures les plus urgentes et de survivre un mois de plus.

Du côté de la demande, la baisse des importations chinoises, la faiblesse de l’activité économique mondiale, la désindustrialisation et l’efficience énergétique diminuent l’appétit.

Par le passé, l’Arabie Saoudite tenait le rôle de gendarme mondial avec sa capacité et sa volonté de moduler sa production pour coller à la demande. Le plus grand producteur mondial a abandonné cette régulation sans trouver de remplaçant. C’est à se demander comment il est possible de laisser sans gouvernance une matière première aussi stratégique.

 

Le pétrole prit entre l’enclume et le marteau
Le pétrole s’est imposé comme la matière première essentielle au développement de notre Economie et plus particulièrement dans les transports avec une part de marché de 95%. Si les bateaux, camions, trains ou avions étaient privés de ce combustible, le monde s’arrêterait pratiquement de tourner. Même pour extraire du pétrole, du charbon, de l’uranium, du gaz ou pour produire de l’électricité, des éoliennes, du solaire, le pétrole est incontournable. Nous avons basé notre économie sur la présomption et l’idéal qu’il était inépuisable.

Depuis 150 ans, des quantités phénoménales de pétrole ont été extraites selon le concept des fruits les plus accessibles en premier. Aujourd’hui, il faut une échelle et elle ne suffit bientôt plus.

Si au début du 20è siècle, il faillait 1 baril de pétrole pour en extraire 100, le schiste ou le bitume nécessitent 1 baril pour en produire entre 3 et 10. D’un pétrole léger qui affleurait le sol, nous devons actuellement creuser à plus de 3-4-5’000 mètres avec des techniques de plus en plus onéreuses. Alors que les coûts d’exploitation stagnaient à 10$ le baril au début des années 2000, ils ont été multiplié par 5 et parfois 10. Le découplage actuel entre le prix de vente et le prix de production détruit l’industrie alors que dès que le baril passe sur les 100$, il électrocute la croissance et cette fois c’est l’Economie qui s’écroule.

 

Substitution, Electrification et Consommer local
Dans le domaine des transports, la tendance est à substituer le pétrole par l’électricité. Si l’idée peut sembler réaliste pour les vélos, les motos ou les voitures, les batteries actuelles permettent difficilement de transporter les lourdes charges des camions, des avions de ligne ou des bateaux cargos, même si certains constructeurs comme Proterra tente une incursion sur le sujet.

D’autres technologies, comme l’hydrogène font leur bonhomme de chemin mais de l’eau va devoir couler sous les ponts avant d’obtenir des résultats solides.

Une résultante semble inéluctable et rappelle le peak à 147$ de 2008: la diminution des transports de marchandises et un ralentissement des échanges internationaux. Le «consommer local» pourrait devenir très tendance.

Chevy_Bolt
Chevy Bolt : 100% électrique

Recherche Homme d’Etat
Devant la tempête qui s’annonce, le pragmatisme suggèrerait de minimiser l’impact économique du pétrole sur les entreprises et les citoyens.

La Norvège, la Finlande et la Suède sont en train de réduire drastiquement leur dépendance au pétrole. En octobre, la Hollande va voter sur l’interdiction de la vente de voitures à essence/diesel dès 2025. La Chine s’est lancée dans un programme à son échelle.

Les USA conscients de ce problème tentent de réinstaurer les trains électriques et se profilent dans d’électrification des véhicules. Même le dinosaure General Motors, propose une solution avec la Chevy Bolt à 37’000$ qui concurrencera la nouvelle Tesla.

En Europe, la France fait de la France. L’Allemagne pompe le gaz/pétrole russe et la Suisse fait rimer son programme d’énergie 2050 avec green washing. Tous ces pays sont dans l’attente de voir émerger dans cette bouillabaisse d’hommes politiques un homme d’Etat capable de relever les défis sans avoir les yeux rivés sur les sondages. Dans le renouvellement politique qui s’annonce aux quatre coins du monde , une perle rare pourrait émerger.

En attendant, le pétrole s’approche de l’œil du cyclone.

Climat: Les majors pétrolières et les banques sous pression

(FILES) An Exxon sign is seen at a station in this September 20, 2008 file photo in Manassas, Virginia. US oil giant ExxonMobil on July 31, 2014 reported higher second-quarter profits despite pumping less oil and gas than it did a year ago. Exxon, the biggest US oil company and the second-largest US company in terms of market capitalization after Apple, said earnings came in at $8.8 billion, up 28 percent from the year-ago level. "ExxonMobil's financial results were achieved through strong operational performance and portfolio management," said chief executive Rex Tillerson. "We continue to enhance shareholder value by funding capital projects and delivering robust shareholder returns through dividends and share purchases." Results translated into earnings per share of $2.05, 19 cents above analyst forecasts.AFP PHOTO/Karen BLEIER/FILESKAREN BLEIER/AFP/Getty Images ** OUTS - ELSENT, FPG - OUTS * NM, PH, VA if sourced by CT, LA or MoD **En plus de la baisse des prix du baril et de la chute de leurs revenus, ExxonMobil et Chevron, les deux grandes majors pétrolières américaines, font face à de une pression croissante de leurs actionnaires soucieux de l’impact  de leurs investissements sur les changements climatiques.

Du côté des banques, la Banque Nationale Suisse va devoir faire face à ses actionnaires lors de la prochaine assemblée générale fin avril pour ses investissements douteux dans le schiste et charbon américain.

 

Les investisseurs font pression sur les majors pétrolières
Une douzaine d’investisseurs ont demandé à ExxonMobil de se soumettre à un « stress test environnemental». Ils appuie leur requête sur les découvertes du procureur de l’Etat de New York, Eric Schneidermann qui a lancé une enquête sur la stratégie de la major afin de cacher l’impact du pétrole et du gaz sur le climat.

La famille Rockefeller, qui est à la base de la création du géant ExxonMobil, a qualifié sa progéniture de «moralement condamnable» et a abandonné ses dernières actions dans ce qui fut à l’origine Standard Oil.

La fronde vient de grands fonds d’investissement comme le californien Calpers, le fond de pension de l’Etat de New York et de la puissante Church of England. Ils ont demandé qu’Exxon publie une évaluation annuelle sur l’impact financier sur ses réserves pétrolières et l’objectif du maintien du réchauffement à 2 degrés.

Chevron, l’autre géant américain, est également pressé par ses actionnaires est soumis à ces mêmes tests.

En Europe, les boards de Total, Shell, Statoil ou BP ont accepté la proposition de la Churche of England et la proposition avait été acceptée par une large majortié des actionnaires.

 

La Banque Nationale Suisse prochaine sur la liste
En Suisse la Banque Nationale Suisse a refusé d’accéder à une requête de plus de 20 actionnaires afin de débattre lors de sa prochaine assemblée générale du 30 avril, du respect de sa charte éthique et d’abandonner ses investissements dans le charbon, le gaz et le pétrole de schiste américain.

La BNS détient notamment pour 625 millions $ d’actions dans ExxonMobil, 307 millions $ dans Chevron et 5 millions $ dans Peabody le géant du charbon. Son porte-feuille d’actions dans les énergies fossiles et de schiste US dépasse les 2 milliards $.

Les cantons n’ont pas encore fait connaître leurs opinions sur le sujet mais il serait étonnant qu’ils restent insensibles à ce sujet.

Il se pourrait bien que la contagion des investissements durables atteigne l’UBS et le Crédit Suisse qui soutiennent dans des investissements massifs les énergies polluantes.