Energies, Economie, Pétrole: Revue Mondiale Octobre 2018

Le 1er de chaque mois, retrouvez un tour du monde des Energies.
– Arabie Saoudite: La main de fer du Prince déborde en Turquie
– USA: TESLA annonce un bénéfice ainsi qu’un français pour remplacer Elon Musk
– Chine: Importations record de pétrole iranien avant l’embargo
– Australie: “Irresponsable” de sortir du charbon selon le gouvernement
– Israël: Plus de voitures thermiques dès 2030. Place à l’électricité
– Iran: Le pays met en vente son pétrole à la bourse pour contourner les USA
– Pétrole: Hausse de la demande prévue pour 2019
– Allemagne: Audi et Amazon s’allient pour recharger les voitures électriques
– Nigeria: Une grande partie du pétrole volé transite par le Cameroun.


 

Le pétrole fait des bonds de kangourou sans trop savoir où il va. A Londres, Il est passé de 86$ à 75$ en quelques jours. A New York, il perd presque toutes ses plumes, ce qui est paradoxal pour un kangourou. On le retrouve à 75,91$ (82,72$ fin septembre) à Londres et à 66,18$ à New York (73,25$ fin septembre).

Après une belle grimpette, l’uranium reprend son souffle et s’arrête net. On le retrouve assis sur un banc à méditer à la page 27.60$ (27.35$ fin septembre).

 

Graphique du mois: Utilisation de l’Energie dans les principales économies

Nous consommons toujours plus d’Energie.
Si l’efficience énergétique et l’utilisation des technologies propres gagnent du terrain,
l’accroissement de l’activité efface largement le tout.   Source IEA

 

Planète

Selon l’assureur Swiss Re, l’année 2017 a été la plus dispendieuse de tous les temps. Plus de 144 milliards $ ont été versés pour les catastrophes naturelles et le réchauffement climatique. Selon Edi Schmid, les pertes économiques se montent à 337 milliards $ et plus de la moitié des dégâts n’ont pas été couverts par les assurances.

Mammifères, oiseaux, poissons… sous la pression de l’homme, la Terre a vu ses populations de vertébrés sauvages décliner de 60% entre 1970 et 2014, selon le WWF.

 

OPEP

Le cartel pense que la demande de pétrole va augmenter +1,54 millions barils/jour (b/j) cette année, et de +1,36 millions en 2019. Selon l’OPEP, les marchés sont bien alimentés en pétrole. L’Arabie Saoudite et la Russie (non membre du cartel) auraient encore une marge de manœuvre pour augmenter leur production et faire face à la demande.

D’ici à 2040, le Secrétaire Général, Mohammad Barkindo, estime qu’il faudra 11’000 milliards $ d’investissements pour que l’industrie pétrolière puisse suivre la demande dont 8’300 milliards avant la production.

En septembre, la production pétrolière de l’OPEP a augmenté de 132’000 b/j à 32,76 millions b/j. Les pays non membre de l’OPEP ont augmenté leur production de 2,2 millions b/j en 2018 (majoritairement les USA et la Russie).

Pour 2019, l’OPEP devrait livrer à 31,8 millions de barils par jour.

 

Pétrole

Les investissements pétroliers vont atteindre 500 milliards $/an en 2019 et 2020. En comparaison selon WoodMac, les investissements furent de 460 milliards $ en 2016, loin des 750 milliards de 2014. Selon WoodMac, il serait nécessaire d’investir 600 milliards $/an pour pouvoir assurer l’offre pétrolière et gazière pour les 10 prochaines années.

Du côté de Wood Mackenzie pense également que 100 milliards $ de plus sont nécessaires aux investissements actuels. L’OPEP et l’IEA demandent des investissements à hauteur de 1’000 milliards $. En résumé, il manque une coquette somme pour que nous puissions assurer l’approvisionnement pétrolier dès 2020.

Le FMI et l’Agence Internationale de l’Energie se soucient de la cherté de l’énergie avec un baril à 80$ ainsi que de son influence négative sur la croissance mondiale. Le Fond Monétaire International a revu sa croissance à 3,7% pour 2019 (-0,2%).

Le débat sur le peak oil se focalise souvent entre voitures électriques et thermiques. Cependant, la pétrochimie représente le tiers de la croissance pétrolière mondiale. Les besoins en plastiques, détergents, plastiques durs pour les tv ou ordinateurs et pesticides augmentent rapidement. Les USA et l’Europe consomment 20 fois plus de plastiques et 10 fois plus de fertilisants que les autres pays.

 

Transport maritime

Les nouvelles règles sur les émissions de souffre et autres polluants dans la marine marchande devraient entrer en vigueur dès 2020. Les armateurs peuvent soit installer des systèmes de nettoyage des fumées soit ralentir la vitesse de leurs bateaux. La seconde option est celle qui a retenu le plus d’attention.

L’utilisation des déchets de pétrole brut, comme carburant pour les bateaux, sera réglementée. Ce rebut des raffineries sera remplacé par une qualité qui se trouve entre le diesel et le kérosène. Ce changement va mettre une forte pression sur l’industrie de l’Aviation qui pourrait voir les prix du kérosène augmenter.

L’administration Trump cherche à ralentir l’introduction de cette mesure adoptée par tous les pays.

 

Dessin: l’excellent et talentueux Chappatte

 

 

Sous les projecteurs, les 3 pays du mois

Iran

L’embargo pétrolier et économique des USA va débuter le 5 novembre. Quel sera l’impact de la décision du président Trump sur un marché pétrolier qui a déjà de la peine à satisfaire la demande? La réponse viendra dans quelques mois.

Pour contrer l’embargo, l’Iran a tenté de vendre du pétrole à des acheteurs privés via une bourse de l’énergie. Seuls 280’000 barils ont été vendus à un acheteur, sur le million qui avait été proposé aux enchères avec un prix du baril à 79,16 $. Téhéran compte proposer son pétrole à la Bourse de l’énergie une fois par semaine. L’Iran espère que la vente de son pétrole à des acheteurs privés, plutôt qu’à des pays, rendra plus difficile la surveillance et le blocage de ses exportations par les Etats-Unis.

Les exportations pétrolières ont déjà diminué  (1,7 million b/j) dans des proportions inespérées pour Washington. Du coup, l’administration Trump pourrait autoriser quelques exceptions afin de ne pas faire trébucher le marché mondial du pétrole.

Selon Reuters, une quantité record de pétrole est arrivée dans le port chinois de Dalian. 20 millions de barils seraient en route au lieu des 1-3 millions de barils par mois. La Chine pourrait réduire ses importations iraniennes dès l’entrée des sanctions américaines.

Pour la première fois en 6 ans, la Corée du Sud n’a pas importé de pétrole de l’Iran.

 

Arabie Saoudite

L’assassinat du journaliste Khashoggi a vu éclore quelques réprimandes internationales. Est-il judicieux de se fâcher avec un royaume qui met 10 millions b/j de pétrole sur la table? Le président Macron a clairement répondu: non.

Dans les réseaux sociaux, le jeune Prince Mohammed bin Salmane, s’est bien offert quelques buzz gratifiants comme l’autorisation de conduire accordée aux femmes. Pour le reste, son management ressemble à une dictature traditionaliste hyper musclée.

Le ministre du pétrole, Khalid al Falih confirme que le pays extrait 10,7 millions b/j (+700’000 b/j) en quelques mois.

Pour contourner un éventuel blocage par l’Iran du détroit d’Hormuz, qui voit transiter 18,5 millions b/j, l’Arabie Saoudite a ajouté des capacités d’exportation de 3 millions b/j via la Mer Rouge.

Donald Trump pense que le roi d’Arabie Saoudite ne pourrait rester en place plus de 2 semaines sans l’aide militaire des USA. Il suggère que Riyad mette la main à la poche pour cette protection.

Lors de la dernière visite de Trump début 2018, le roi Salman bin Abdulaziz Al Saud avait acheté pour 110 milliards $ d’armements aux américains.

Saudi Aramco va installer une raffinerie de 400’000 b/j en Chine. L’objectif est de garantir la livraison de pétrole dans le pays du milieu.

Dessin:  Chappatte

 

USA

L’administration Trump a supprimé les règles de sécurité pour les forages pétroliers en haute mer. Ces règles avaient été édictées suite à la catastrophe de BP Deepwater Horizon en 2011. L’administration va également remettre sur le marché, des concessions pour forer en haute mer dans le Golfe du Mexique.

Après s’être fait remis à l’ordre par la bourse et démis de ses fonctions de Président de Tesla, Elon Musk continue de tweeter autant que Trump. C’est le français Jérôme Guillen qui a été nommé pour remplacer et épauler Elon Musk. Bonne nouvelle pour “the fixer”, Tesla a publié des bénéfices: 311,5 millions $.

Les élections de mi-mandat brassera, ou pas, les cartes du Sénat et de la Chambre. Les américains devront choisir entre un Trump droit dans ces bottes et des démocrates “progressistes” avec une sensibilité à fleur de peau sur le moindre sujet. Le taux d’abstention s’annonce élevé. In fine, le choix d’un l’un ou l’autre va déterminer la stratégie énergétique du pays (et du monde).

La croissance américaine a atteint 3,5% au 3ème trimestre. Elle était de 4,2% au 2ème trimestre.

La Maison Blanche a nommé Neil Chatterjee à la tête de la Commission Fédérale de l’Energie. Le brave homme est un ardent supporter des subventions pour le charbon et le nucléaire.

A l’approche des élections de mi-mandat, début novembre, l’une des craintes de l’administration Trump était l’envolée des prix du baril. So far so good.

Les habitants du Colorado vont voter pour augmenter la distance de sécurité des forges de schistes, notamment par rapport aux écoles et aux habitations. Les lobbies du pétrole ont déversé plus de 20,3 millions $ en publicité pour éviter que cette proposition passe. Réponse le 6 novembre.

ExxonMobil a fait une donation de 1 million $ pour un comité qui soutient les taxes sur le CO2. Le mois dernier, Exxon avait accepté de mettre 100 millions $ pour réduire ses émissions de CO2.

L’Etat de New York a porté plainte contre ExxonMobil au motif que “l’entreprise a trompé les investisseurs” au sujet du réchauffement climatique. Le fonds de pension de l’Etat de New York détient 1,5 milliard $ d’actions. Exxon connaissait depuis les années 80 l’influence du pétrole sur le climat mais avait tout fait pour cacher la vérité.

General Electric a passé l’achat d’Alstom dans pertes et profits pour une valeur de 23 milliards $. GE avait acheté le français Alstom pour 10,1 milliards $ et repris les dettes. Au total GE a affiché une perte de 22,8 milliards $ au 3ème trimestre. La division énergie de GE sera scindée en 2: les services gaziers dans la première partie et les générateurs et le nucléaire dans l’autre.  L’entreprise a distribué plus de 150 milliards $ de dividendes depuis 2000.

Boeing, JetBlue et Zunum Aero ont choisi Safran Helicopter Engines comme fournisseurs de turbines pour le prochain avion hybride/électrique, le ZA10. L’avion de 12 places aura une capacité de 1’000 km. Les coûts de fonctionnement de l’avion devraient être inférieurs de 60-80% par rapport à un avion à kérosène.

 

Zunum Aero, avion électrique hybride

 

Europe

L’essence diesel et le sans-plomb 98 ont changé de nom dans toute l’Europe. Le Diesel s’appelle «B». Le B7 indique qu’il s’agit de Diesel avec 7% de biodiesel (céréales ou huile de palme). Le Sans-Plomb 98 s’appelle «E5». Les fans de la Guerre des Etoiles espéraient R2D2, mais Bruxelles a tenu bon.

Le système installé par la Commission Européenne afin de contourner l’embargo américain sur l’Iran est un fiasco. Selon Kpler, agence de tracking pétrolier, l’Europe a diminué ses importations de pétrole iranien de 843’000 b/j durant les 12 derniers mois.

 

Russie

La production du pays pourrait monter à 11,4 millions b/j. Après avoir augmenté de 400’000 b/j durant cet été, Moscou annonce une augmentation de 300’000 b/j dans les mois qui viennent. Les gisements russes sont âgés et on peut se questionner sur l’ardeur de la production actuelle et l’influence sur la production future.

La Russie et l’Arabie sont devenus de bons amis depuis leur collaboration réussie afin de faire remonter les prix du pétrole début 2018. Pour ne pas s’arrêter en si bon chemin, les deux compères planchent maintenant sur les prix du gaz liquide. Cela pourrait mettre de la pression sur le gaz américain.

 

Suisse

L’entreprise germano-suisse Innolith a développé un nouveau type de batterie, supérieure au lithium-ion. Cette batterie non organique ne prend pas feu et possède un cycle de vie 50 fois plus grande que sa collègue à 50’000 recharges.

A ce rythme, un I-Phone pourrait durer 100 ans (pour autant qu’Apple ne fasse pas une mise à jour). La solution sera offerte aux villes pour le stockage d’électricité. Pour l’instant, cette batterie n’est pas assez puissante pour équiper les voitures électriques.

A cause d’une sécheresse particulièrement sèche, le niveau du Rhin a bloqué pendant quelques jours la livraison de pétrole par bateaux.

Pour des raisons “stratégiques” mais surtout pour générer des liquidités, le producteur d’électricité Alpiq désire se séparer de ses deux centrales à charbon à Kladno et Zlin en Tchéquie.

Le canton du Jura ambitionne l’installation de 3 parcs éoliens. Le processus pourra durer une dizaine d’années.

 

France

Renault lance son programme «Advanced Battery Storage» qui utilisera les batteries usagées de voitures électriques afin de créer une méga batterie de 60 MWh. Ce système sera le plus puissant en Europe. En 2019, il sera installé en France et en Allemagne.

Lors du mondial de l’auto à Paris, le patron de Mercedes, Dieter Zetsche, a annoncé que « le diesel a encore de l’avenir car les moteurs sont devenus presque aussi propre que les moteurs à essence. » Il devait certainement se référer aux moteurs à diesel avec des logiciels “made in Germany”. Les rappels et les mises à jour de logiciels sur des voitures diesel Mercedes ont coûté 453 millions € à son entreprise.

Total devrait ajouter 500’000 b/j de pétrole d’ici à 2025 suite à des résultats positifs au Brésil et dans le Golfe du Mexique.

Suite à l’augmentation du baril de 30% et les taxes françaises, les prix des carburants ont augmenté de 25% à la pompe. Quelques 300’000 ont liké  (67 millions n’ont pas liké) une page Facebook, qui demande au gouvernement de diminuer les taxes sur le pétrole. En réalité, la grande partie de la hausse des carburants provient de la hausse des prix du baril.

Si ça coince à 80$, attendons de voir la réaction avec un baril à 100$. Il est pourtant assez facile de réduire sa facture d’essence. Il suffit de ralentir. A 100 km/h au lieu de 120 sur autoroute, et à 80km/h sur les nationales au lieu de 90, vous économisez  20% à 30% sur la douloureuse à la station d’essence.

 

Allemagne

BMW Northvolt et Umicore ont formé consortium afin de réaliser des batteries pour voitures électriques. L’Union Européenne a également décidé de soutenir financièrement la réalisation de batteries européennes afin de diminuer la totale dépendance des livraisons chinoises.

Le secteur automobile emploie 13 millions d’européens. Si la Chine continue sur le rythme actuel, une grande partie de ces emplois disparaîtront.

Audi a annoncé son nouveau SUV électrique le E-Tron. Aux USA, la firme allemande s’est alliée à Amazon pour les recharges électriques. Amazon entre dans la liste des distributeurs d’électricité.

Des milliers de militants, venus de toute l’Europe, ont bloqué la plus grande mine à ciel ouvert d’Europe à Hambach. L’entreprise RWE y exploite la lignite pour ses centrales à charbon. L’agrandissement du site a connu un revers au début du mois après le dépôt d’un recours par l’organisation environnementale allemande Bund. La justice a en effet estimé qu’un effet suspensif était pertinent jusqu’au verdict, d’ici 2020.

 

Siemens a inauguré le premier tram autonome à Postdam

 

Angleterre

Cuadrilla Resources a reçu l’autorisation d’effectuer des forages de gaz de schiste. Cependant, Schlumberger, l’entreprise contractée, devra faire des simulations pendant 3 mois afin d’éviter un tremblement de terre. Aux USA, cette procédure prend quelques jours pour des résultats souvent catastrophiques. Cuadrilla ne semble pas prêt à approcher un retour sur investissement d’autant qu’après quelques jours, des premiers tremblements de terre ont été ressentis.

Trois protestants contre les forages de schiste au Lancashire ont été condamnés à 16 mois de prison. C’est la première fois que des manifestants sont condamnés à la prison. Plus de 200 professeurs académiques ont signé une lettre pour que le système judiciaire révise cette absurdité.

Les USA ont mis en garde l’Angleterre que la Chine utilise le partenariat EDF-Areva pour construire les centrales nucléaires EPR d’Hinkley Point, afin de transférer du savoir-faire à des fins militaires. Selon les USA, la China General Nuclear profite de sa position dans le consortium franco-chinois pour un transfert de technologie. Ce message d’alerte intervient alors que Theresa May désire apporter de la lumière sur les investissements chinois en Angleterre.

Le timing de cette annonce surprend. Areva a construit 2 centrales EPR en Chine dont l’une entièrement construite par les chinois. Pékin a donc déjà effectuer ce transfert de technologie.

 

Europe: Le budget de l’Italie ne sera pas équilibré

 

Asie

Inde

Des subsides de 10 milliards $ sont prévus pour aider les entreprises mises en difficulté par l’augmentation des prix du pétrole.

Delhi active également des subsides afin de limiter l’impact de la hausse du baril pour les automobilistes. L’effort proviendra également des pétroliers qui acceptent de réduire leurs marges.

Le gouvernement planifie l’installation de 175 GW d’énergies renouvelables d’ici à 2022 dont 100 GW de solaire et 75 GW d’éolien.

 

Australie

Le gouvernement a rejeté la proposition de sortir le pays du charbon d’ici à 2050. Le plus grand exportateur mondial de charbon pense qu’il serait irresponsable de se conformer aux engagements sur le climat de Paris. Canberra donne la priorité à la réduction des prix de l’électricité au lieu diminuer ses émissions qui grimpent depuis quatre années consécutives.

Paradoxalement, Canberra prévoit plusieurs milliards $ de dédommagements aux agriculteurs qui subissent une sécheresse dévastatrice.

 

Le plus long pont du monde relie la Chine à Hong Kong

 

Chine

Pékin a lancé un plan de secours de 175 milliards $ pour relancer son Economie. Le tout est fait via des prêts bancaires obtenus en diminuant les réserves bancaires.

Les chinois sont très attaché au cash et représente le 70% de leur épargne privée.

Le bras de fer avec Donald Trump s’enlise. Pékin ne prend même plus la peine de répondre aux questions de l’administration US. Les chinois utilisent à merveille leur patience et leur capacité à calmer les ardeurs des entreprises locales et de la population. A ce petit jeu, qui va céder en premier?

Le Président chinois a demandé à son armée de se ternir prêt pour une guerre. Quand on connait la retenue des chinois, on peut s’interroger sur cette annonce. La vente d’armement américain à Taïwan irrite de plus plus en plus Pékin.

Selon S&P Global, la dette chinoise pourrait se monter à 6’000 milliards $.

La pollution en particules fines, 2,5 PM, a chuté d’un tiers grâce au remplacement du charbon par du  gaz. L’année dernière la Chine est devenue le 2ème plus grand importateur de gaz liquide mondial avec 38 millions de tonnes (+46% en un an).

En 2017, les chinois avaient acheté 29 millions de nouveaux véhicules (17 millions aux USA). Pour la première fois depuis 1990, les ventes sont en baisse. Les voitures importées représentent le 62% du marché chinois. L’arrivée sur le marché des voitures de seconde-main et le succès des véhicules en partage expliquent cette tendance.

Pékin annonce une augmentation du PIB de 6,5% au 3ème trimestre. La solidité des chiffres du gouvernement est admirablement synthétisée dans le dessin ci-dessous:

 

Les Amériques

Schiste américain

Le Secrétaire de l’Intérieur, Ryan Zinke, annonce que la production pétrolière grimpera à 14 millions b/j d’ici à 2020. Vicki Hollub, PDG de Occidental Petroleum Corp, pense que le Bassin Permien pourra produire de très larges quantités de pétrole pendant 10 à 20 ans. Autant d’enthousiasme fait plaisir à voir.

L’Agence Américaine de l’Energie a enfin annoncé que le manque d’infrastructure va ralentir l’augmentation du pétrole de schiste même si elle annonce une progression de 98’000 b/j pour le mois de septembre.

Les managers de fonds financiers s’insurgent contre les rémunérations stratosphériques des cadres des entreprises de schiste et demandent des dividendes. Si en début d’année, les producteurs parlaient de profitabilité et de dividendes, il est peu probable que ce veut se réalise d’ici à décembre. Est-ce que les investisseurs continueront à déverser leur argent dans ce qui ressemble au jeu de l’avion, la question reste ouverte.

Même avec une production de 700 barils/jour un forage de schiste n’est pas rentable. Quand après 1-3 mois, quand sa production descend à 300 ou 150 barils la situation s’empire. Faut-il continuer ? Jusqu’à présent les pétroliers ont allongé les forages utilisant 4 fois plus d’eau, de sable et de produits chimiques.  Cette stratégie a permis de doubler la capacité des forages mais à des coûts non rentables.

Le CEO de Schlumberger, Paal Kibsgaard, pense que le défi actuel est de mesurer la performance des gisements et des forages de schiste. «L’industrie doit comprendre comment les gisements réagissent lorsque nous continuons à déverser des milliards de litres d’eau et des tonnes de sable dans le sol. La capacité du plus grand champ de pétrole de schiste des USA, le Bakken, pourrait être bien moindre qu’espéré. Si la demande reste soutenue au niveau mondial, nous allons devoir trouver de nouvelles technologies

 

HES Energy Systems Element One planche sur la construction d’un avion à hydrogène
capable de transporter 4 personnes sur 500 ou 5’000 km.

 

Brésil

Jair Boslason a été élu nouveau président du Brésil. Il semble n’y avoir aucune casserole en forme de corruption sur son chemin. Sa stratégie pétrolière est attendue car le Brésil possède de larges champs pétroliers sur ses côtes. Du côté de l’environnement, il semble être aligné sur la position de Trump.

Pour 1,7 milliards $, Shell et Chevron ont gagné les mises aux enchères de droits de forages sur les côtes du Brésil.

 

Mexique

Pour la première fois depuis des décennies, le Mexique importe du pétrole pour sa propre consommation. Il y a 14 ans, le Mexique atteignait son peak oil. Durant les deux dernières semaines, les USA ont livré plus de 1 million b/j au Mexique.

 

Venezuela

Citgo, la compagnie pétrolière basée à Houston Texas, mais propriété du Venezuela depuis 1990, est ciblée par les créanciers étrangers. Si l’entreprise est saisie afin de rembourser les créanciers notamment américains, le pays perdra une grande source de revenus. Les tribunaux américains et européens rendront leurs décisions d’ici à décembre.

 

Argentine

Le pays est à nouveau dans une crise économique alors que sa monnaie a reculé de 40% contre le $. La Banque Centrale a relevé ses taux à 60% pour contrer une inflation de 30%. La demande de gaz naturel est en chute libre et le pétrolier national YPF a diminué sa production pétrolière.

Jusqu’en 2022, YPF va investir entre 4 et 5 milliards $ par année pour tenter d’augmenter de 5-7% sa production pétrolière et gazière notamment dans les gisements de schiste de la Vaca Muerta proche de de la région viticole de Mendoza.

 


Dessin: Chappatte

 

Moyen-Orient

Irak

Le nouveau ministre du pétrole, Jabar al-Luaibi, a issu un décret pour transférer les actifs de plusieurs compagnies pétrolières dans une seule unité : la National Oil Company.

La production a augmenté de 1% à 4,86 millions b/j.

Le gouvernement espère augmenter sa production de gaz notamment pour sa production interne d’électricité. Les sanctions américaines bloquent les livraisons de gaz iraniennes qui permettent de générer 1’200 MG d’électricité.

 

Qatar

Les coûts d’extraction du pétrole est passé de 47,10$ aujourd’hui à 24,20$ le baril il y a 10 ans.

 

Israël

Le ministre de l’Energie aimerait terminer les ventes de voitures à essence et diesel d’ici à 2030 et les remplacer par des véhicules électriques. Les camions pourraient utiliser le gaz naturel produit par les nouveaux gisements du pays. L’objectif est de diminuer la dépendance pétrolière.

Le premier train à hydrogène en Allemagne

 

Afrique

Libye

La situation est toujours chaotique. La National Oil Corporation a dû suspendre la production à la raffinerie de Zawiya pour des raisons de menace sur son personnel par les milices.

 

Nigeria

De manière répétitive, le Nigeria subit un désastre pétrolier. En général, c’est une brèche réalisée dans un pipeline, des villageois qui se rassemblent pour récolter le pétrole jusqu’à ce qu’une étincelle explose le tout. Ce mois, 150 personnes ont péris brûlés.

Deutsche Welle, la radio allemande, a investigué sur les 10 milliards $ de pétrole nigérien disparu durant les 2 dernières années. Il semble qu’une grande partie du pétrole se trouve au Cameroun ou certains membres du gouvernement, de la police, de l’armée sont impliqués. Le Cameroun produit 30’000 b/j en comparaison avec les 1,8 million du Nigeria. Le vol de ce pétrole devient une tradition et une source de revenus important pour ce pays de 25 millions d’habitants.

 

Phrases du mois

«Donald, si vous voulez trouver le coupable de l’augmentation des prix du baril de pétrole, vous devez vous regarder dans le miroir.» Vladimir Poutine

There’s a healthy price for oil and energy… it’s somewhere between $50 and $65 a barrel.  The world can live with this.” CEO of BP, Bob Dudley

Au 2 trimestre, deux-tiers des producteurs américains de pétrole ont vécu au-dessus de leur capacité financière bien que les prix du baril ont augmenté de 40% en une année et qu’il se trouvait sur les 70$. Cinquante majors US ont dépensé 2 milliards $ de plus que leurs revenus.» FactSet

«Le consensus du marché que le Bassin Permien de schiste peut continuer accroitre de 1,5 million b/j dans un avenir prévisible commence à être remis en question.» Paal Kibsgaard, PDG Schlumberger

We protect Saudi Arabia. Would you say they’re rich? And I love the King … King Salman but I said ‘King, we’re protecting you. You might not be there for two weeks without us. You have to pay for your military.'” Donald Trump

«Dans le capitalisme, les hommes exploitent les hommes. Dans le communisme, c’est exactement le contraire.» John Kenneth Galbraith

 

Sources: avec Tom Whipple de ASPO USA et Resilience.org, FT.com, l’humour de Thomas Veuillet Investir.ch et toutes les informations récoltées minutieusement dans différents médias à travers le monde.

 

Les USA pourront-ils compenser le pétrole Iranien?

Le Président Trump a annoncé ses nouvelles sanctions contre l’Iran, avec l’ambition de réduire à zéro les exportations d’or noir de Téhéran. Depuis, l’Agence de l’Information Energétique Américaine, EIA, effectue un rétropédalage sur ses enthousiasmantes données pétrolières.

Alors que Washington pensait pouvoir combler le manque iranien et éviter de propulser les prix du baril à des sommets dangereux pour la croissance mondiale, la partition a soudainement changé. Les USA ne semblent actuellement plus en mesure de réaliser cette ambition à moins de puiser dans les réserves pétrolières stratégiques du pays.


 

Depuis des années, l’EIA claironne l’embellie du pétrole de schiste. Inlassablement, elle publie des données hebdomadaires qui ne laissent planer aucune ambigüité. Les USA vont devenir le plus grand producteur mondial d’or noir.

A elle seule, la production US de pétrole non conventionnel représente déjà 7,522 millions barils par jour (b/j).

Dans les plans de Donald Trump, la croissance continue du schiste devait compenser la baisse des exportations iraniennes. Mieux, les USA ont l’opportunité de prendre des parts de marché chinois aux iraniens (même si les USA continuent d’importer plus de la moitié de leur consommation.)

 

Le pétrole de schiste plafonne

Ce printemps, l’Agence publiait des chiffres positifs sur la production du pays notamment grâce au schiste du Bassin Permien. La progression interne devait grimper de +1,44 million pour friser les 11 millions b/j d’ici à décembre.

Entre avril et mai 2018, l’augmentation prévue était chiffrée à +220’000 et +140’000 en août. En réalité, cette hausse s’est traduite par une baisse de -10’000 b/j. Aujourd’hui, l’Agence publie un objectif conservateur de 10,68 millions b/j d’ici à la fin de l’année.

«Nous sommes de plus en plus inquiet que l’augmentation de l’extraction de schiste croisse aussi lentement» souligne Jozef Lieskovsky, analyste sénior à l’EIA. Un bémol de l’EIA est assez rare pour le souligner.

Les raisons de cette baisse de régime proviennent du manque de capacité des transports du brut vers les raffineries. Les pipelines doivent encore être construits. Ils ne pourront évacuer le précieux liquide que dans 18 à 24 mois.

De plus, les gisements les plus prolifiques du Bassin Permien (Tier 1) montrent déjà des signes de fatigue. Certains producteurs s’attaquent aux gisements de deuxième catégorie (Tier 2) moins prolixes. Tant l’EIA que l’IEA (Agence Internationale de l’Energie basée à Paris) comptaient sur les réserves et les capacités Tier 1, du Bassin Permien pour répondre à la demande mondiale.

De leur côté, tous les autres gisements de schiste américains sont soit en baisse soit en très légère augmentation.

Sans surprise, les résultats financiers du 2ème trimestre montrent que plus d’une douzaine de compagnies pétrolières ont manqué leurs objectifs tant financièrement qu’aux niveaux de la production. Malgré la hausse des cours du baril, les producteurs ont perdu plus de 20 milliards $ depuis le début de l’année.

 

Maîtriser les prix du baril et protéger la croissance

En novembre, les sanctions américaines entreront en force. Initialement, la Maison Blanche espérait réduire à zéro les exportations pétrolières iraniennes. Aujourd’hui, Washington a mis de l’eau dans son vin et semble tolérer une diminution de 1 million b/j sur les 3,7 actuels, soit à un niveau comparable à avant les sanctions.

La croissance mondiale, prévue à 4,2% en 2019, nécessite de l’énergie. Aujourd’hui, les pétroliers extraient 99,4 millions de barils par jour (+1,1 million depuis 2017) et il en faudra en trouver 1,4 million de plus.

Dans le cas où l’offre n’arriva pas à suivre la demande, les prix devraient rapidement grimper. L’expérience de 2008 montre qu’il n’aura fallu que quelques mois pour propulser le baril à 147$. A ce niveau, la croissance se détruit et les cours pétroliers s’effondrent.

La Russie, l’Arabie Saoudite et les pétromonarchies font tout pour éviter de revivre ce scénario catastrophe. Ce yoyo des prix est une malédiction pour les budgets de ces pays dont l’or noir participe presque essentiellement à leur équilibre.

 

Utilisation de la Réserve Pétrolière Stratégique

Pour Donald Trump, toute crise est à éviter avant les élections de 2020. Au jeu des sanctions, l’interdépendance entre les pays peut rapidement se transformer en boomerang.

Cependant, l’administration Trump possède un plan B: l’utilisation de la réserve pétrolière stratégique qui contient plus de 727 millions de barils. Ainsi, 11 millions de barils seront déstockés pour rejoindre les marchés entre le 1er octobre et le 30 novembre 2018. Ce sparadrap est bien sûr une solution non durable. La question est de savoir s’il permettra de gérer la situation jusqu’aux élections.

Du côté des agences, leurs prévisions mettront à l’épreuve la confiance réelle que nous pouvons leur porter dans les années à venir.

 

Pétrole et Manifestations. L’Iran: too big to fail

Les manifestations, qui ont éclaté en Iran, apportent une incertitude supplémentaire dans la géopolitique énergétique. Ainsi après l’Arabie Saoudite et le Venezuela, c’est un nouveau producteur pétrolier majeur qui tremble.

Schizophrène, les pays occidentaux aimeraient exporter leurs schémas de «démocraties» tout en espérant qu’aucun changement ne viendra altérer le flux pétrolier nécessaire à sustenter leur croissance économique. Le paradoxe nécessite un éclairage.


L’Iran entre Révolution et Evolution

Si les manifestations de 2009 avaient été étouffées par la ligne dure du Gouvernement, les mouvements actuels semblent provenir de la base populaire en recherche d’Evolution. Cependant, il n’est pas encore clair si des nations étrangères, comme se targuent les tweets de Donald Trump, interfèrent pour pousser à une Révolution.

 

Les nouveaux pétrodollars iraniens

Depuis la levée partielle des sanctions, l’Iran a fortement augmenté sa production pétrolière pour tendre aujourd’hui vers les 4 millions de barils/jour (b/j). Cette entrée de pétrodollars permet à l’Iran d’alourdir son influence au Moyen Orient. C’est également à cette manne qu’aspirent les manifestants.

 

Russie-Iran & USA-Arabie Saoudite : des stratégies opposées

Le Moyen Orient extrait le tiers de nos besoins pétroliers et c’est dans cette région énergétiquement sensible que la diplomatie américaine arrive avec le doigté d’un éléphant dans un magasin de porcelaine. La doctrine de Trump coïncide avec une augmentation de testostérone et une diminution de réflexion dans les processus de décisions stratégiques.

Du côté de l’Arabie Saoudite, le Prince héritier en charge du pays, Mohammed ben Salmane Al Saoud accumule les choix chancelants. La guerre avec le Yémen s’envenime, le blocus du Qatar cherche une sortie et la récente démission forcée du Premier Ministre Libanais, Saad Hariri, en visite à Riyad s’est soldée sur un retour de manivelle. Finalement l’emprisonnement de centaines d’acteurs majeurs et membres de la famille royale semble fragiliser le plus grand exportateur mondial de pétrole.

Profitant du chaos à Washington et des égarements de Riyad, il n’en fallait pas plus pour que les rusés et pragmatiques stratèges iraniens et russes avancent sciemment leurs pions et prennent l’avantage.

Les événements populaires actuels en Iran apportent une bouffée d’air à la diplomatie américaine. L’envie du président Trump de surfer sur cette vague s’explique.

 

Dépendance pétrolière

Avec la perception que les pétroles de schiste et offshore devraient suffire à leur indépendance énergétique, l’administration Trump ne s’embarrasse plus du Moyen Orient quitte à l’embraser.
Cependant, si l’Iran ou l’Arabie Saoudite devait courber l’échine, les économies occidentales seraient les premières à payer le prix. L’histoire montre qu’une révolution ou un changement de régime radical tend à réduire la production pétrolière d’un pays.

La Libye a perdu plus d’un million de barils/jour depuis le renversement de Kadhafi. Il aura fallu plus de 10 ans à l’Irak pour retrouver les niveaux d’extraction de Saddam Hussein.

Si durant les 2 dernières années, une surcapacité pétrolière a marqué les marchés, il faut noter que la marge n’est que de 2 million b/j. (2% de la production mondiale). Une partie de cette marge est déjà grignotée par le Venezuela, qui vit des heures délicates.

 

L’Iran et l’Arabie Saoudite ne peuvent pas fléchir

A l’aube d’une consommation pétrolière record de 100 millions b/j, notre croissance économique dépend toujours aussi fortement du pétrole. Incapable de diminuer le ratio PIB/Quantité d’énergie, le seul scénario que nous pouvons souhaiter à l’Iran est l’arrêt de la contestation populaire. Notre procrastination a rendu les grandes puissances pétrolières too big to fail.

Dès lors, pour garder notre situation privilégiée, pouvons-nous nous contenter d’une Stagnation, d’une Evolution de l’Iran, de l’Arabie Saoudite ou du Venezuela en lieu et place d’une Révolution?

En gage de stabilité, pouvons-nous accueillir avec soulagement la prochaine réélection de Vladimir Poutine à la tête du plus grand producteur mondial d’or noir? Tant pis pour la démocratie.

C’est tout le paradoxe d’une croissance Economique qui a mis tous ses œufs dans le même panier.

Pétrole ou Renouvelable? Les majors ont choisi, pour l’instant…

Depuis 2014 et la chute des prix du baril, l’industrie pétrolière traverse une crise féroce avec d’innombrables mises en faillite, plus de 440’000 emplois perdus et quelques centaines de milliards $ passés à la trappe.

De l’autre côté de la table, les énergies renouvelables ont le vent en poupe d’autant que les considérations environnementales pointent le bout du nez.

On pourrait imaginer que les majors pétrolières se trouvent devant un dilemme cornélien. Faut-il investir dans le pétrole ou le renouvelable?


L’objectif des majors n’est pas d’extraire du pétrole mais de générer des dividendes.

La survie des majors repose sur leur capacité à générer des dividendes. Qu’importe le moyen. L’objectif est de pérenniser les investisseurs et d’en trouver de nouveaux. Aujourd’hui, une matière première continue de remplir cette condition: le pétrole.

Dans une optique à court terme, cette stratégie est gagnante. En effet, il manque presque 1’000 milliards $ d’investissements dans l’exploration et l’exploitation pétrolière pour assurer que l’offre puisse suivre la demande à l’aube des années 2020.

De manière mécanique, nous devrions voir une forte augmentation des prix du baril dans les 2-3 années à venir.

Les vaches maigres débutées en 2014, ont enseigné aux pétroliers l’austérité et une gestion rigoureuse des coûts de production. Ils ont réussi à descendre leur ROI (retour sur investissement) du baril à 50$ alors qu’il atteignait 80-90$ en 2014. Si le pétrole repasse sur les 100$, on peut imaginer des profits stratosphériques.

C’est sur ce scénario que planchent les majors.

 

Faire perdurer le Mythe

Si la hausse à venir du baril est prévisible, c’est au-delà de 2023 que les interrogations se focalisent.

Les majors doivent également rassurer les investisseurs sur le moyen terme. Comme un seul homme, les CEO des différentes entreprises ont repris en cœur le refrain de l’abondance pétrolière à venir.

John Watson, CEO de Chevron, voit une augmentation de la demande pour les 20 années à venir et exclu tout «peak oil» de l’offre ou de la demande. Idem pour ExxonMobil.

L’Agence Internationale de l’Energie enfonce le clou et étend cette tendance jusqu’en 2040.

Seul Shell et son CEO, Ben van Beurden, raccourcit le délai du pic de la demande à 2027. Pour assurer ses arrières, il a acheté pour 54 milliards $ le gazier BG Group. Le gaz devrait reprendre la main dans les années à venir.

ExxonMobil a cassé sa tirelire pour acheter des gisements de pétrole de schiste pour 6,5 milliards $ dans le Bassin Permien aux Texas. Leurs dirigeants pensent qu’en 2040, l’industrie du transport sera propulsée à 90% par le pétrole.

Dans la boule de cristal de BP, 1,8 milliard de voitures circuleront d’ici à 2035 (un peu plus de 1 milliard actuellement) dont 75 millions de voitures électriques (4,1%).

Ce consensus fait plaisir à voir.

 

Les Gouvernements misent également sur le pétrole

Si les Gouvernements ont de la peine à imaginer l’Economie avec moins d’or noir, c’est que l’évolution du PIB est intimement corrélée à la consommation d’énergie.

La Chine en fait l’expérience. Pour garder le taux de croissance de son PIB à 6,5%, elle compense chaque kg de charbon économisé par du gaz.

Avec l’augmentation continue du niveau d’endettement, les Etats se sont inscris dans une hausse obligatoire de leur croissance afin de financer cette stratégie. Là aussi, le pétrole joue un rôle majeur. Mais paradoxalement, la remontée des prix du baril va faire rebondir l’inflation et les taux d’intérêts, qui à leur tour, freineront l’Economie.

Un vrai casse-tête.

 

Energies Renouvelables

Devant cette perspective alléchante, on peut comprendre que sur un total de 100 milliards $ d’investissements, les 5 majors pétrolières, Total, Shell, BP, Chevron et Exxon Mobil n’utilisent que 3 milliards $ pour développer leurs actifs dans les énergies renouvelables, selon l’agence pétrolière Wood Mackenzie.

Même si les voitures thermiques ne représentent que le 20% de la consommation mondiale de pétrole, une baisse de la demande pourrait dans le meilleur des cas, compenser la diminution de la production, ou pire pour les majors, faire retomber le prix du baril dans les eaux actuelles.

Cette vision pousse les pétroliers à timidement flirter avec les énergies vertes.

Annuellement, Shell dépense une enveloppe de 1 milliard $ pour les nouvelles énergies. De son côté Total budgétise 500 millions $. Ce chiffre est à mettre en relation avec le rachat de Maersk Oil pour 7,5 milliards $ pour du pétrole de la Mer du Nord.

Mais comme pour garder un pied dans un nouveau domaine, en Angleterre, Shell a commencé à vendre de l’électricité à ses clients.

 

Arrivons-nous à un tournant?

Si la doctrine de Trump propose la «Dominance Energétique Fossile» des USA sur le monde, les chinois parient sur la «Dominance Energétique des Energies Renouvelables».

Les pétroliers font actuellement le même pari que le Président Américain et les pays Européens. Comme la nature a horreur du vide, cette place ouvre une voix royale aux entreprises et aux investisseurs “durables” qui peuvent ainsi se développer sans la menace de cette concurrence.

Cependant, rien ne dit que les majors ne retournent pas rapidement leur veste. N’oublions pas que l’objectif d’une major pétrolière n’est pas d’extraire du pétrole, mais de produire des dividendes… avec où sans pétrole.

 

 

Energies, Economie, Pétrole: Revue Mondiale Octobre 2017

Le 1er de chaque mois, retrouvez un tour du monde des Energies.
– Russie: Vladimir Poutine prend sa place au Moyen-Orient
– Arabie Saoudite: Un méga projet à 500 milliards $
– Monde: Nouveaux records de CO2 et de Méthane
– USA: Le pétrole de schiste peine à convaincre les investisseurs
– Chine: La Dominance Mondiale des Energies Renouvelables
– Angleterre: A Hinkley Point, EDF évite la grève avec une hausse des salaires
– Voitures électriques: La Chine se positionne de plus en plus et achète du lithium


 

Bonnes nouvelles pour l’Arabie Saoudite et la Russie qui ont ressorti l’artillerie lourde avec leurs agences de communication. Le manque d’investissement va pousser les prix du baril à la forte hausse selon Amin Nasser, le CEO de Saudi Aramco. Bref, l’avis des traders a changé et le baril passe sur les 60$. La prouesse est à saluer. Cette hausse est à confirmer durant le mois à venir.
Pour l’instant le baril termine le mois à 60.90$ à Londres (57.41 septembre) et 54.15$ à New York (51.56 septembre).

L’uranium joue à 1-2-3… Soleil. Il n’a pas perdu car il n’a presque pas bougé. Il termine le mois à 20.15$ (20.50$ septembre).

 

Graphique du Mois


Evolution des forages actifs de schiste pétrole et gaz aux USA. Source Baker Hughes. Graphique FT.com

 

Monde

Ce mois, les maires de Paris, Londres, Barcelone, Quito, Vancouver, Mexico, Copenhague, Seattle, Le Cap, Los Angeles, Auckland, Curitiba et Milan se sont engagés à faire de leurs villes des zones à zéro émission. Des zones où tous les véhicules thermiques – essence comme diesel – seront interdits de circulation.

Selon Chris Watling CEO de Longview Economics, l’adoption des voitures électriques pourrait créer un peak oil de la demande d’ici à 2023-2025. Pour l’instant, la tendance est à l’augmentation de la demande et nous frisons les 100 millions barils/jour (b/j).

Après avoir sciemment avoir menti sur le niveau de pollution de leurs voitures, les constructeurs automobiles remettent le métier à l’ouvrage avec les voitures électriques. Ainsi, les promesses de 400 à 500 km d’autonomie se divisent souvent par deux! (voir l’étude de A bon Entendeur). Seul Tesla indique des chiffres qui frisent la réalité.

Le Club des Milliardaires a vu sa fortune atteindre les 6’000 milliards de dollars l’an dernier, +17% par rapport à 2015. Leur nombre de milliardaires asiatiques a grimpé d’un quart à 637, comparé aux 563 milliardaires américains. En Europe, ils sont 342. En France 8 milliardaires possèdent le 90% des médias et de la presse.

Selon Lancet Commission on Pollution and Health, la pollution est la plus grande cause de mortalité dans le monde. En 2015, 9 millions de décès ont été enregistrés soit une part de marché de 16%!

Dans le monde, les concentrations de CO2 ont augmenté à 403,3 parties par million (ppm), +3 unités par rapport à 2015.
Outre le CO2, le méthane, deuxième gaz à effet de serre le plus important, a également atteint un record dans l’atmosphère, à 1’853 parties par milliard. Il est désormais à plus de 250% du niveau de la période préindustrielle. On retrouve notamment le méthane dans l’extraction du gaz “naturel” ainsi que le gaz de schiste.

OPEP

La prochaine réunion du cartel du pétrole aura lieu le 30 novembre. Un consensus semble avoir été trouvé pour maintenir les quotas actuels jusqu’à la fin 2018, mais certains pensent que la situation devrait se stabiliser dès mars 2018. Le cartel montre un bel optimisme dans la hausse prochaine des prix.

Si le manque d’investissements devrait pousser les prix à la hausse dès 2019-2020, les boules de cristal peinent toujours à trouver la tendance pour 2018. La demande mondiale a augmenté de 1,6 million b/j en 2017.

 

Possession d’armes par 100 habitants/pays

Chine

La Chine va utiliser le Yen ou l’or à la place du dollar américain pour effectuer ses achats en pétrole notamment avec la Russie. Le plus grand importateur de pétrole mondial met la pression sur le dollar.

Le Président Xi a été réélu pour 5 années supplémentaires. A l’opposé de son alter-égo américain, rusé comme un renard et excellent négociateur, le Président Xi a dû jouer des coudes pour se frayer une place dans le système.

Les années à venir devraient dévoiler le vainqueur entre la «dominance énergétique fossile» des USA et de la «dominance des Energies Renouvelables» de la Chine.

La Chine pourrait autoriser les constructeurs automobiles à créer de nouvelles usines sans devoir passer par un partenaire local. Le clin d’œil est donné à Tesla Motor.

Les importations pétrolières chinoises ont grimpé de 1 million b/j en septembre à plus de 9 millions b/j. L’EIA pense que Pékin comble l’assèchement de ses puits et complète sa réserve stratégique. Les bruits de couloirs rapportent que la Chine vise l’objectif d’atteindre 1 milliard de barils de réserve pour se protéger contre une éventuelle rupture des livraisons. Pékin s’alimente dans des zones risquées comme le Moyen-Orient et le vacillant Venezuela.

Les nouvelles inspections environnementales ont mené à la fermeture de plusieurs dizaines de milliers d’entreprises chimiques, cimentières et de plastiques. Ce choix souligne l’envie du Gouvernement de nettoyer l’air de certaines villes quitte à sacrifier certaines entreprises. Plus de 7’000 entreprises ont fermé, au moins temporairement, dans la province du Sichuan.

Taiyuan, la capitale de la province de Shanxi, a banni la vente, le transport et l’utilisation du charbon. La cité charbonnière va diminuer de 90% sa consommation.

Sinochem, le groupe chimique chinois, participe à l’offre d’achat du Chilien SQM pour un montant de 4 milliards $. Pourquoi autant d’argent sur la table? Sociedad Quimica y Menera de Chile (SQM) est l’un des plus grand producteur de lithium, source indispensable aux batteries des voitures électriques. Dans la course, l’on retrouve GSR Capital, Ningbo Shanshan et Tianqi Lithium, tous de Chine!

La vente intervient alors que les entreprises chinoises ratissent au niveau mondial le lithium qui propulsera les voitures du pays dans les années à venir.

Le fabriquant de voitures, Great Wall Motor, a signé un accord avec l’australien Pilbara Minerals pour la livraison de lithium pour les 5 prochaines années.

Les discussions sur l’impact du marché du pétrole, à cause du remplacement des voitures à pétrole/électriques, ne font que débuter. Les producteurs pétroliers craignent de devoir laisser leur pétrole dans le sous-sol et de perdre des pétrodollars.

Combattre la pollution et maintenir une croissance du PIB à 6,5% est le plus grand casse-tête du gouvernement. Les chinois continuent de fermer des centrales à charbon alors qu’ils arrivent à 77 GW d’électricité solaire et que le gaz remplace petit à petit le charbon.

 

Russie

L’année passée, la Russie a dépassé l’Arabie Saoudite pour les exportations de pétrole. Les Russes vont maintenant doubler les livraisons grâce au Kazakhstan.

Les chinois ont acquis 14% de la compagnie russe Rosneft pour 9 milliards $.

Le Roi Salman ben Abdelazizu Al Saoud s’est rendu à Moscou dans un rapprochement entre la Russie et de l’Arabie Saoudite.

Moscou recherche des financements saoudiens et Riyad s’intéresse au nucléaire, à l’armement et la production agricole de Vladimir Poutine. Le vide, laissé par l’administration Obama et Trump au Moyen-Orient, offre une fenêtre d’opportunité à Vladimir Poutine.

Moscou continue ses efforts et gagne de l’influence au Moyen-Orient via son industrie pétrolière. Rosneft a pris le contrôle du pipeline du Kurdistan Irakien pour 3,5 milliards $. Initialement, Rosneft avait prêté 1,2 milliards $ aux Kurdes pour construire ce pipeline avec un remboursement en pétrole. Avec la perte des gisements de Kirkuk, les kurdes sont dans une position économique moins favorable. Rosneft en a profité pour proposer 400 millions $ supplémentaires pour 5 gisements pétroliers dans la partie Irakienne kurde.

En Iran, Rosneft est en discussion pour livrer le pétrole iranien en Asie et pour contourner l’embargo américain.

La Russie a averti l’Ukraine de se tenir à distance respectable des installations pétrolières proches de la Crimée. Si l’Ukraine désire s’en emparer, les russes suggèrent l’intervention de son aviation.

Le premier Ministre Medvedev a signé 11 accords bilatéraux avec le Maroc dans les domaines de l’agriculture, militaire, culture, énergie et le nucléaire. Dans les années à venir, la Russie livrera du gaz liquide au Maroc via Gazprom.


Dessin Chappatte

USA

Le nouveau Directeur de l’Energie, Rick Perry, désire donner des subventions aux matières premières qui peuvent être stockées au moins pendant 90 jours avant de générer de l’électricité. Le brave homme a trouvé la dénomination sexy de «fuel-secure resources» «énergies sécurisées» alors que le reste du monde appelle cela: charbon et nucléaire. Cette entourloupette permettra à Washington de soutenir les industries du charbon et nucléaire actuellement à l’agonie. Les lobbies du pétrole et du gaz s’opposent fortement à cette proposition.

En Virginie, Facebook va construire un nouveau data center entièrement propulsé à l’énergie solaire. C’est l’américain Dominion Energy qui est chargé du projet. Aux USA, plus de 100 multinationales désirent utiliser 100% d’énergies renouvelables dont Walmart, Coca-Cola, Nestlé ou Ikea. Dans beaucoup de cas, il faut tempérer cette ardeur par des motivations de communication et de buzz.

General Motors sera le premier constructeur à tester une voiture autonome dans la ville de New York avec une Chevy Bolt électrique.

La demande pétrolière du pays a grimpé à 20,2 millions b/j en septembre (+2,4% par rapport à septembre 2016) selon l’American Petroleum Institute. La production indigène se monte à 9,5 millions b/j. (+11,3%).

De 2012 à 2016, 43 GW de capacités électriques au charbon ont été retirées. Des nouvelles unités de gaz pour 40 GW, 56 GW d’éolien et de solaire et 4,7 de centrales à charbon. Cinq centrales nucléaires ont fermé depuis 2013,  -5 GW.

Georges W. Bush a prononcé un discours dans lequel il balance sur Trump, bien qu’il ne l’ait pas nommé. Si même W pense que Trump est nul… alors qu’il avait lui-même déjà mis la barre très haute…

Le «Model 3» de Tesla devrait permettre au groupe de produire environ 500’000 véhicules en 2018 et 1 million à l’horizon 2020. Tesla n’a produit que 84’000 voitures en 2016.

Puerto Ricco a reçu l’aide du CEO de Tesla, Elon Musk. Un mois après le passage de l’ouragan Irma, une centrale solaire off grid a été réalisée pour les besoins d’un hôpital et d’une école.

Suite à la fusillade de Las Vegas, le Président Trump a utilisé à merveille la stratégie des 3 temps:
1) Reporter à plus tard
Ce n’est pas le moment de polémiquer sur cette tragédie. C’est le temps du recueillement et de la prière.
2) Renverser la situation
Ce n’est pas les armes qui tuent les gens, ce sont les méchants.  Peindre l’auteur de la fusillade comme un malade.
3) Proposer une solution logique

Les personnes gentilles doivent se protéger contre les méchants et les malades en achetant des armes.

On se souvient de la même approche le mois dernier par le Directeur de l’Environnement et l’Ouragan Harvey.
Ce n’est pas le temps de parler de réchauffement climatique… car ce n’est pas le changement climatique qui cause des dégâts, c’est l’eau! Il faut donc construire des digues plus hautes.

Dessin de l’excellent Chappatte

Arabie Saoudite

Les revenus pétroliers 2016 se sont élevés à 133 milliards $ en 2016 contre 301 en 2014.

Le prince héritier Mohammed bin Salmane d’Arabie saoudite a annoncé la création d’une zone de 26’500 km2 pour le développement économique sous le doux nom de NEOM. Les investissements projetés s’élèvent à plus de 500 milliards $. Le concept s’appuie sur l’énergie, l’eau, la biotechnologie, l’alimentation, le numérique, les médias et les divertissements. Il devrait permettre au Royaume de s’émanciper du pétrole. Le changement de paradoxe tient dans la volonté du Royaume à chercher des capitaux étrangers au lieu d’investir lui-même la totalité de la facture.

Le flou est en train d’envelopper l’IPO de Saudi Aramco, le géant pétrolier national. La vente de 5% d’actions pourrait rapporter en 100 et 200 milliards $. La Chine ou de riches investisseurs chinois pourraient s’emparer du lot. Cette option a l’avantage d’éviter à Saudi Aramco de se lister à la bourse de Londres ou de New York et de dévoiler des informations sensibles sur ses prétendues réserves.

L’Arabie Saoudite pourrait n’exporter que 7,2 millions b/j en novembre soit 650’000 b/j en-dessous de la demande de ses clients.

La vision Arabie Saoudite 2030: La méga ville NEOM

Europe

France

BNP Paribas renonce à financer des entreprises actives dans l’exploration et l’exploitation pétrolière notamment dans le schiste et les sables bitumineux. Cette stratégie supporte les efforts de la banque à participer à la transition énergétique.

Alors que les investisseurs ont perdu de grandes sommes dans le schiste, ce revirement ne pourra qu’améliorer les rendements des placements.

 

Suisse

Au 30 juin 2017, les actifs de la Banque Nationale Suisse dans le pétrole, charbon, uranium, gaz, sables bitumineux, pétrole et gaz de schiste en Amérique du Nord se montèrent à 4,917 milliards $ (+216% depuis 2015). La BNS s’implique fortement et supporte totalement la stratégie de Donald Trump dans les énergies fossiles alors que paradoxalement, la Suisse se veut exemplaire dans le climat.

Si l’on continue dans le chapitre de l’exemplarité de la Suisse dans le climat, on note des protestations qui ont visé le Crédit Suisse dans les villes de Lausanne, Berne, Zurich et Bâle. Elles dénonçaient «le financement de pipelines pétroliers» notamment en Amérique du Nord et demandaient «le respect des droits indigènes». En avril dernier, Greenpeace avait perturbé l’assemblée générale du Crédit Suisse avec des critiques contre le financement du Dakota Access Pipeline.

Le plus grand opérateur pétrolier offshore, Transocean Ltd, basé à Zoug pour des questions d’optimisation fiscale, a décidé d’apporter à la casse son Pathfinder, sa plus fameuse barge d’exploration pétrolière. Après 2 années d’inactivité et des coûts de stockage de 15’000$ par jour, la décision est tombée. La compagnie de services pétroliers va se défaire de 1,4 milliards $ d’actifs. 5 autres bateaux de ce type vont être retirés du catalogue de Transocean.

Ancien Fleuron: Le Deepwater Pathfinder.
Le bateau d’exploitation pétrolière en haute mer sera mis hors d’usage par Transocean

 

Hollande

Royal Dutch Shell a acheté l’une des plus grande entreprise mondiale active dans la recharge de voitures électriques : l’hollandais NewMotion.

Constituée en 2009, NewMotion possède plus de 30’000 points de recharges pour les privés et les entreprises en France, Angleterre, Pays-Bas et Allemagne.

 

Angleterre

EDF a évité la grève sur le site de la construction des 2 EPR à Hinkley Point. Les syndicats ont indiqué qu’ils avaient obtenu une augmentation de 36% par rapport au tarif minimal.

EDF a également annoncé que le projet avait déjà pris 15 mois de retard et seulement 2 milliards € d’augmentation par rapport au devis initial. Dans l’industrie nucléaire, 2 milliards, c’est encore dans la marge d’erreur.

 

Irlande

Pour les 15 prochaines années, Microsoft a acheté à General Electric la totalité des 37 MW de la production éolienne du la ferme Tullahennel dans le comté de Kerry. Microsoft utilise 600 MW d’énergies vertes à travers le monde.

 

Finlande

TVO, qui avait commandé la première centrale nucléaire EPR à Arva pour son site de Olkiluoto, annonce un nouveau retard dans sa mise en service. La production devrait débuter en mai 2019 au lieu de décembre 2018. Ce report permettra à Areva d’avoir pile poil 10 ans de retard dans la livraison. Si au départ, le réacteur devait coûter 3,2 milliards €, une réaction en chaîne a propulsé l’unité à plus de 10 milliards €.

TVO se plaint qu’EDF a envoyé ses meilleurs ingénieurs sur le chantier anglais de Hinkley Point en Angleterre ou l’Etat Français construit 2 centrales nucléaires EPR.

 

Allemagne

VW développe un bolide électrique qui participera à la Pike Peak International Hill Climb au Colorado USA en juin 2018. Le constructeur désire battre le record de cette course de côte. VW espère proposer 23 modèles électriques d’ici à 2025.

 

Norvège

Suite à l’espoir de trouver de grandes quantités de pétrole dans la Mer de Barrent, Statoil a effectué plusieurs forages exploratoires. Les résultats 2017 sont très décevants et sur les 37 forages seuls 2 ont donné un résultat positif.

Le nouveau gouvernement en place désire diminuer ou supprimer les exemptions de taxes pour l’achat des grandes voitures électriques comme la Tesla X.

Asie

Inde

Le Premier Ministre Narendra Modi désire que dès 2030 toutes les voitures vendues dans le pays fonctionnent à l’électricité. Il peut mesurer le chemin à parcourir. Selon l’IEA en 2016, la Chine a immatriculé 336’000 voitures électriques et l’Inde 450.

La croissance du PIB de l’Inde pourrait passer de 6,7% actuellement à 7,4% en 2018. Comme le PIB est intimement lié à la consommation d’énergie, l’Inde va devoir multiplier son approvisionnement énergétique dont le 50% est assuré par le pétrole et le gaz. L’Inde est active sur les marchés afin de sécuriser l’achat de pétrole notamment avec l’Iran.

 

Corée du Nord

Les livraisons de pétrole, de charbon et de matières premières stratégiques continuent discrètement en provenance de Russie et d’Afrique.

50’000 ouvriers nord-coréens travaillent en Russie mais leurs salaires sont perçus directement par Pyongyang.

Un deuxième accès à l’internet via le russe Rostelecom a été mis en service. Jusqu’ici, la Toile passait exclusivement par la Chine

Le Président Nord Coréen a réussi à faire impliquer personnellement le Président Trump dans la négociation. A chaque Tweet, la Corée du Nord voit ses actions monter. En coulisse, les négociations ont débuté à un prix maximal pour les USA.

 

Japon

Mitsubishi a annoncé sa première voiture électrique capable de charger et décharger le réseau électrique (vehicle to grid). La Mitsubishi Outlander PHEV sera capable de stocker l’énergie et d’en restituer une partie pour les besoins de la maison et cela sans diminuer les capacités et la durée de vie de la batterie. La Nissan Leaf est déjà capable de cette prouesse, qui va devenir un standard dans les années à venir.

Dessin Chappatte

 

Les Amériques

Schiste USA

L’exploitation de pétrole et de gaz aux USA n’est toujours pas rentable. Ainsi pour le 3ème trimestre 2017, ExxonMobil annonce des pertes de 238 millions $ et Chevron de 26 millions $ pour leur production américaine. Exxon compte sur une augmentation de 20% de l’exploitation de schiste et de 40% dans le bassin Permien.

Après avoir utilisé de nouvelles techniques de forages pour permettre des percements plus long à l’horizontal, des puits à plusieurs têtes, augmenter la quantité de sable pour améliorer le fracking et licencié de nombreux employés, les producteurs semblent avoir épuisé toutes les solutions pour diminuer les coûts. La productivité stagne. De plus, comme les fruits les plus simples à cueillir ont été récoltés, l’avenir semble compliqué pour certaines entreprises.

L’utilisation d’une plus grande quantité de sable permet, dans un premier temps, d’extraire des quantités plus importantes de pétrole, mais cette technique assèche plus rapidement les puits.

Wall Street et les investisseurs dans le schiste américain font pression pour changer le business model des majors ainsi que les bonus des Directeurs. Actuellement basé sur la production, les investisseurs demandent que les bonus se basent sur les dividendes versés aux actionnaires!

En 2016, les compagnies d’exploration et de production pétrolières ont levé 34,3 milliards $ avec la vente de leurs actions. Pour les 9 premiers mois de l’année, seuls 5,7 milliards $ ont trouvé preneur selon Dealogic.

Depuis janvier 2009, 100 milliards $ ont été investis dans la production de schiste dans le Bakken. A la fin juillet 2017, il manquait encore 35 milliards $ pour couvrir les dettes.

 

Canada

Hydro-Quebec va construire une série de barrages hydrauliques dans le golfe du Saint-Laurent. Le projet de 5,2 milliards $ devrait alimenter en électricité 1 million de foyers.

 

Venezuela

Le producteur national de pétrole, PDVSA, manque cruellement de financement pour traiter et stocker le but ainsi que pour acheter les produits chimiques. Conséquence, le pétrole livré est de très mauvaise qualité avec de grandes quantités d’eau, de sels et de métaux. Dans l’incapacité de traiter ce brut, Phillips Oil a dû refuser la livraison de 8 tankers pour un montant de 200 millions $.

Le Fonds Monétaire International estime à 30 milliards $ les besoins du pays pour restructurer ses dettes.

 

Argentine

Pour 800 millions $, le transporteur TGS, propose la construction d’un gazoduc et pipeline pour acheminer le gaz de schiste de la Vaca Muerta proche de Mendoza. Actuellement ExxonMobil, BP, Wintershall, Total et Statoil ont annoncé des investissements dans ce gisement de schiste.

Publicité CNN : délicat clin d’oeil à Donald Trump

Moyen-Orient

Iran

Le président Trump a décidé de ne pas supporter l’accord Iranien sur le nucléaire. La patate chaude est maintenant dans les mains du Congrès.

A Téhéran, la ligne dure du Gouvernement utilise la décision de Trump pour freiner la modernisation du pays poussé par le Président Rouhani. Si le Congrès ne fait rien et si l’Iran durcit le ton, cela permettra de continuer ce feuilleton dans cette revue.

Tant que l’Iran ne recommence pas son programme nucléaire, il est peu probable que la Chine, la Russie, l’Europe et les autres pays, qui ne sont pas gênés par la politique iranienne, coopèrent avec Washington. On peut imaginer que les pays vont trouver des solutions pour court-circuiter les sanctions américaines. La production pétrolière du pays ne devrait pas subir le choc espéré par Trump.

Dans le même temps, l’Iran continue à promouvoir les investissements dans ses champs pétroliers et gaziers. Cette situation permet à la Russie et la Chine de conforter leurs relations d’affaires avec l’Iran.

 

Syrie – Irak

Bagdad a repris aux Kurdes les champs pétroliers de Kirkuk. Les Kurdes sont furieux contre les américains qui ont laissé faire alors que ces mêmes américains ont compté sur les Kurdes pour combattre l’Etat Islamique.

Les deux champs pétroliers de Kirkuk, d’une capacité de 275’000 b/j, sont toujours fermés. Il se pourrait que les Kurdes aient endommagés quelques installations avant de fuir.

Bagdad a demandé à BP de redévelopper les champs de Kirkuk et espère une production de 1 million b/j. Sur sa lancée Bagdad a menacé de poursuivre les Kurdes s’ils continuaient à exporter leur pétrole via les pipelines existants. L’entreprise russe Rosneft pourrait mettre tout le monde d’accord en exportant le pétrole des deux parties.

La prise de Kirkuk par Bagdad change la donne dans le nord de l’Irak. Les Kurdes rêvent de créer un pays indépendant et historiquement Kirkuk était peuplé par des kurdes avant que le Régime ne fasse venir des arabes et des turques. La perte de la ville diminue également la capacité financière des kurdes. Le temps dira si les capacités pétrolières pourront être rétablies.

Dessin Chappatte

 

Afrique

Nigeria

Le gouvernement explore la possibilité de remettre en service de vieilles raffineries ou d’en construire de nouvelles. Le plus grand producteur pétrolier africain doit importer son essence par manque de capacité de raffinage. L’importation de carburants est une source importante de corruption.

 

Phrase du mois

«À la fin du mois d’octobre on passe à l’heure d’hiver pour faire des économies d’énergie et le 1er novembre, la mairie de ta ville installe des décorations lumineuses pour Noël que l’on peut voir depuis la lune.»  Anonyme

Sources: avec Tom Whipple de Resilience.org, FT.com, l’humour de Thomas Veuillet Investir.ch et toutes les informations récoltées minutieusement dans différents médias à travers le monde.

 

 

La BNS en phase avec le “tout Pétrole, Gaz et Charbon” de Donald Trump

Le président Trump a fait de l’utilisation des énergies fossiles le cœur de sa doctrine. L’objectif est ambitieux: exercer la «Dominance Energétique» américaine sur le reste du monde en produisant un maximum de gaz, de pétrole et de charbon pour stimuler son Economie.

Pour mettre son projet à exécution, le Président a besoin d’énormes ressources financières. Pour se faire, il s’est attaché les services de nombreux pétroliers et de banquiers de Goldman Sachs. Il peut également compter sur des alliés de poids qui adhèrent pleinement à cette stratégie comme… la Banque Nationale Suisse!

Les investisseurs? C’est justement ce qui fait cruellement défaut au projet Trump. En 2016, les compagnies pétrolières américaines avaient réussi à vendre pour 34,2 milliards $ d’actions. Durant les 9 premiers mois de cette année, le montant grimpe à peine 5,7 milliards $ selon l’agence américaine Dealogic.

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La BNS passe de 2,2 à presque 5 milliards $ d’investissements dans le fossile nord américain!

Dans ses coffres, la Banque Nationale Suisse détient un montant record qui frise les 5 milliards de dollars d’actions dans des entreprises pétrolières, de charbon, d’uranium, de sables bitumineux, de gaz et de pétrole de schiste, basées en Amérique du Nord!

Depuis l’arrivée de Donald Trump en janvier 2017, la Direction de la Banque a encore injecté plus de 400 millions $ pour acheter 10 milliards d’actions dans les entreprises recommandées par le Président Américain.

Les investissements d’énergies sales de la BNS avaient été dévoilés par votre serviteur en juin 2015. Le sujet avait également été soumis aux Assemblées Générales 2016 et 2017 de la Banque, sans qu’aucun Canton Suisse (tous actionnaires de la BNS) ne trouve matière à redire.

Si en décembre 2015, la BNS cumulait 2,270 milliards $ pour 50 milliards d’actions dans ces domaines d’activités, elle arrive, à fin juin 2017, à 90,17 milliards d’actions (+180%) pour un montant de 4,915 milliards $ (+216%).

Suite à la chute des prix du baril de pétrole, les pertes liées aux investissements de la BNS dépassent 1,5 milliards $. La Banque n’a jamais confirmé ou contesté les chiffres présentés.

Il est à relevé que dans sa directive d’investissements, la Banque Nationale Suisse indique ne pas vouloir “investir dans des entreprises qui produisent des armes prohibées par la communauté internationale, qui violent massivement des droits humains fondamentaux ou qui causent de manière systématique de graves dommages à l’environnement”.

Thomas Jordan, Fritz Zurbrügg et Andréa Maechler, les trois membres de la direction générale de la BNS, ont touché au total 2,75 millions de francs de salaire en 2016.

 

Investissements de la BNS dans les entreprises américaines
Pétrole, Charbon, Uranium, Gaz aux USA

Montants en US$

Les barons de l’Electricité: une menace pour les citoyens

Lors de la dernière rencontre européenne des producteurs d’électricité tenue la semaine dernière, deux tendances fortes raisonnaient dans l’énorme Centre de Conférences d’Amsterdam: la digitalisation et le rapprochement avec les consommateurs.

Après des années, où les citoyens ont été pris en otage par les producteurs d’électricité, la possibilité de les voir retrouver la liberté grâce à la technologie est prise très au sérieux. La menace pèse sur les modèles d’affaires des Energéticiens.

Deux stratégies distinctes émergent: l’utilisation de la force ou l’apprivoisement avec agilité. L’une ou l’autre philosophie dépend des dirigeants. Mais l’arrivée de managers «brutaux» déboussole une industrie en profonde mutation.


Les Brutes. Profession: Nettoyeur

Cette tendance européenne s’observe également en Suisse. Un acteur attire particulièrement l’attention: les BKW (ex-Forces motrices bernoises).

Sous l’impulsion de sa Directrice, Suzanne Thoma, l’énergéticien s’est lancé dans une stratégie prédatrice en deux phases: La première consiste à casser les prix pour tuer la concurrence des petites PME. Une fois le terrain nettoyé, la position d’oligopole* permet l’augmentation des prix dans l’optique d’une maximalisation des profits.

Assise sur une montagne de bénéfices non distribués, de presque 3 milliards de francs et accumulés grâce aux citoyens, c’est le couteau entre les dents que la Directrice s’est lancée dans un nettoyage systématique du marché. Elle a d’abord soigneusement ciblé les bureaux d’ingénieurs et les électriciens en les éliminant, un à un. La méthode est simple: proposer ses services à des tarifs cassés.

A ce rythme, les PME locales ont été forcées à mettre la clé sous le paillasson ou de se faire racheter pour une bouchée de pain.

La dernière annonce date de cette semaine où les fribourgeois Raboud Energie (chauffage, ventilation, sanitaire), qui comptait 70 employés et Electricité Bugnard (installations électriques, photovoltaïques et paratonnerres) avec 40 employés ont annoncé leur capitulation.

Les meilleurs éléments rejoindront le navire amiral alors que les surnuméraires resteront sur le carreau. En deux ans et sans pratiquement créer d’emplois, le géant bernois a transvasé 2’000 unités pour arriver à un total de 6’000 collaborateurs avec un objectif fixé à 10’000.

Un esprit libéral pourrait se féliciter d’un pareil dynamisme et d’une mise en concurrence d’un secteur léthargique.
Cependant, in fine, l’impact et l’objectif d’un oligopole se résument par une hausse des prix pour les consommateurs.

 

Le Far West: l’Angleterre

L’exemple du marché libre anglais est riche d’enseignements. Sur le territoire, seules six entreprises se partagent le marché de l’électricité.

Les livres d’Economie plaideraient pour saine concurrence avec des tarifs qui tendent vers un optimum minimal. Il n’en est rien. La main invisible du marché est restée coincée au niveau du porte-monnaie.

Devant les hausses injustifiées et à répétition des tarifs, Theresa May a dû intervenir pour casser cette spirale et soutenir les ménages.

En effet, la marge moyenne de ces 6 acteurs atteint 39% et certains rétribuent leurs actionnaires à hauteur de 34,3% de leur chiffre d’affaires! Indécence.

Dans les territoires ainsi conquis et épurés, les BKW ont annoncé une baisse spectaculaire du rachat d’électricité aux propriétaires d’installations solaires en passant de 11 à 4 cts le kWh.

A Soleure, l’énergéticien AEK a été englouti par les BKW en 2016. Pour 2018, la hausse des prix de l’électricité, annoncée par AEK, détient le record Suisse.

 

Les Citoyens et Les Bons: Résister!

Le salut ne viendra certainement pas des politiques. Sur le modèle des assurances maladies, les élus les plus percutants privilégient le nid douillet d’un siège dans un conseil d’administration ou d’un mandat rémunéré sur un sujet quelconque.

Cependant, il reste encore des énergéticiens qui travaillent à la prospérité du tissu local et qui redistribuent la richesse dans leur région. Après une grave crise, les SIG (Services Industriels Genevois) ont su se relever et privilégier une nouvelle relation avec leurs clients mais également avec les entreprises locales, les villes et le Canton.

Dans ce bras de fer, les citoyens et les PME/PMI tiennent un rôle primordial: celui de résister!

Si le citoyen reste toujours captif pour l’achat de son électricité, il a le pouvoir de sélectionner les entreprises locales qui échappent encore à ces monstres. Les nouvelles constructions solaires, le stockage d’énergie, l’autoconsommation peuvent être donnés à des PME ou des Coopératives libres qui créent la véritable richesse et le tissu économique de la Suisse. Aussi petit qu’il soit, c’est ce grain de sable que redoutent les BKW et consorts.

Comme dans tout bon Western, à la fin c’est toujours le gentil qui gagne. Espérons que se soit également le cas dans ce nouveau Far West.

 

*Oligopole: un minimum de vendeurs face à une multitude d’acheteurs.

Si vous désirez reporter la reprise de votre entreprise par un géant de l’électricité, merci de me contacter.

 

L’Ouragan Harvey: le Fukushima Américain ?

Depuis son arrivée à la Maison Blanche, Donald Trump n’a cessé de promouvoir sa doctrine de «Dominance Energétique» sur le reste du Monde.

Il aura fallu l’arrivée de l’ouragan Harvey, puis dans une moindre mesure, celle d’Irma, pour souligner la fragilité du secteur pétrolier et gazier américain ainsi que le manque de résilience du système énergétique. La région, balayée par les ouragans, est le cœur de l’industrie pétrolière et pétrochimique du pays. Ces événements soulignent que tous les œufs ont été mis dans le même panier et questionnent les choix du Gouvernement.


L’industrie pétrolière secouée par Harvey

Certes Harvey est un événement exceptionnel (pour combien de temps encore), mais en un seul passage, il aura réduit de 25% les capacités de raffinage américaines (2 millions de barils/jour), mis à l’arrêt les nombreuses plateformes pétrolières du Golfe du Mexique, ralenti les forages de schiste dans les terres texanes et stoppé une grande partie des pipelines qui convergent vers la Louisiane et le Texas.

Selon l’Agence Américaine de l’Energie, 45% de la capacité de raffinage pétrolier du pays et 51% du gaz sont localisés dans cette région. De plus, les plus grands champs de schiste, sensés participer à la renaissance énergétique du pays, se trouvent également dans cette zone de tir.

En toute logique, c’est dans cette région que l’industrie pétrochimique s’est installée. En quelques heures, 61% de la production de plastique à base d’éthylène a été mise hors service.

A grands coups de millions de dollars, 8 des 20 raffineries endommagées ont pu reprendre du service. Motiva, la plus grande unité du pays, située à Port Arthur, devrait atteindre 40% de sa capacité dans les jours à venir.

Cependant, pour combler le manque de production et très loin de la «Dominance Energétique», 40 tankers pétroliers ont été redirigés d’Europe et d’Amérique Latine en direction des USA.

 

Irma ferme les centrales nucléaires de Floride

En Floride, entre Miami et Fort Lauderdale, 36% des stations d’essence étaient à sec, malgré plus de 40 millions de litres livrés en urgence pour permettre l’évacuation des habitants. Les moyens de transports en commun inexistants, c’est en voiture que la population a dû fuir l’Etat.

Du côté électrique, les deux centrales nucléaires, Turkey Point et St. Lucie ont été mises à l’arrêt. Son propriétaire assure que les murs de protection de 6 mètres, érigés autours des réacteurs, suffisent pour faire face aux inondations.

 

Harvey et Irma : le Fukushima Américain?

Il est encore trop tôt pour évaluer les impacts de Harvey et d’Irma sur la politique énergétique du pays. Une certaine humilité et un recul pourraient être envisagés, mais pour l’administration Trump, il semble compliqué de mettre tous ces mots dans une même phrase.

Une première tendance se dégage.

Les médias n’ont pas cessé de souligner l’importance de l’augmentation de la température de l’eau dans le Golfe du Mexique et dans l’Atlantique, la rapidité de la formation des ouragans et leurs puissances démultipliées dues au réchauffement climatique.

Ce thème est en train de s’ancrer comme une évidence au sein de la population, même si le Directeur de l’Agence de l’Energie, Scott Pruit, a sobrement annoncé «Ce n’est pas le temps de parler de changement climatique !»

De son côté, le Gouverneur du Texas, Greg Abbott, farouchement opposé à l’idée d’un réchauffement, se trouve sous les feux de la rampe pour avoir privilégié la croissance à tout prix, encouragé les constructions et de n’avoir pris aucune mesure contre les inondations durant ces dernières années.

Peut-être que nous allons atteindre le point ou les dégâts seront trop sérieux pour être ignorés et que les émissions de CO2, de méthane ou de gaz à effet de serre générés par les énergies fossiles seront prises en compte dans la facture de ces dévastations.

Il reste à voir si ce jour est arrivé ou pas!

Harvey a le potentiel d’un Fukushima américain. Sous la pression des électeurs, des entreprises et des victimes, le président américain pourrait être tenté de revoir sa copie sur les ambitions énergétiques du pays et son positionnement sur les catastrophes météorologiques.

Pendant ce temps, le puissant réseau Fox News, proche du gouvernement Trump, a apporté une réponse, à sa manière, sur sa Page d’Accueil: Irma arrive, où est Dieu ?

 

Gaz: Trump veut imposer sa puissance à l’Europe

L’approbation du projet de loi par le Sénat américain de nouvelles sanctions contre Moscou augure de la doctrine Trump: faire des USA la plus grande puissance énergétique de la planète.

Avec la délicatesse d’un éléphant, Washington veut interdire aux entreprises européennes de participer à la construction du nouveau gazoduc Nord Stream 2 qui reliera la Russie à l’Allemagne. Sans se démonter, l’équipe Trump propose, en toute modestie, que l’Europe s’abreuve avec le gaz de schiste américain afin de créer des emplois aux USA et sauver financièrement ses entreprises gazières.


Pour mieux comprendre ce bras de fer, il est nécessaire de voir la question sous de multiples facettes.

Russie: Construction du gazoduc Nord Stream 2

Le déclenchement des hostilités a débuté avec le démarrage de la construction du gazoduc Nord Stream 2 entre la Russie à l’Allemagne. D’une capacité de 55 milliards m3/an dès 2019, le nouveau gazoduc suivra le tracé de Nord Stream 1.

Il y a un mois, les entreprises énergétiques européennes Engie, OMV, Shell, Uniper et Wintershall ont conclu l’accord avec le géant gazier russe Gazprom. Les entreprises européennes investissent le 50% des 9,5 milliards € nécessaires à cette construction.

USA: Make it Great Again

Les gaziers américains rêvent d’écouler en Europe et à prix fort leur surproduction de schiste. L’Europe, qui commercialise son gaz à des tarifs 4 fois supérieurs aux Etats-Unis, est une cible prioritaire d’autant que des gaziers de schiste américains continuent de perdre des sommes astronomiques.

De toute évidence, l’annonce de la construction de Nord Stream 2 et de l’augmentation de la dépendance énergétique Européenne face à la Russie bousculent les ambitions américaines.

La parade de Washington est venue via le Sénat qui utilise «l’ingérence présumée des autorités russes dans la campagne présidentielle de 2016 et le respect du Protocole de Minsk avec l’Ukraine», comme justes motifs afin de bloquer la construction de Nord Stream 2. Pour se faire, les sociétés majoritairement allemandes et autrichiennes impliquées dans Nord Stream 2 sont lourdement sanctionnées.

Ainsi, les États-Unis ont l’intention d’entraver la mise en œuvre du projet Nord Stream 2 qu’ils considèrent «comme présentant des risques pour la sécurité énergétique de l’Europe, le développement du marché gazier en Europe centrale et de l’Est et les réformes énergétiques en Ukraine».

Pour que cette loi entre en force, le président Trump et le Congrès doivent encore donner leur aval.

Ukraine : deux milliards $ en jeu

L’Ukraine perçoit presque 2 milliards $/an de la Russie pour le transport du gaz vers l’Europe. Le contournement de l’Ukraine permettra à Vladimir Poutine de diminuer sensiblement ces paiements et d’imposer les tarifs du marché pour les futures livraisons gazières à Kiev.

Pour bien marquer le territoire, Donald Trump a rencontré en personne le président Ukrainien Petro Poroshenko dans le bureau ovale et il s’est même fendu d’un tweet. C’est dire l’importance de la rencontre.

Allemagne: Tenir tête

Angela Merkel a balayé les réticences des pays européens comme la Pologne et les autres pays de l’Est face à la construction de ce gazoduc. Comme d’habitude, l’intérêt Allemand prime sur les considérations européennes.

Pour tenter d’augmenter la croissance et produire son électricité, Berlin privilégie une connexion directe entres les gisements gaziers russes et ses entreprises, quitte à froisser les autres membres de l’Union.

De plus, les puissants acteurs allemands comme BASF et le fournisseur d’électricité et de gaz E.ON sont engagées dans le projet Nord Stream 2.

Autriche : Blessée

Le géant autrichien OMV Aktiengesellschaft est l’un des pilier du pays et participe au consortium. Les USA ciblent directement cette entreprise dans leur démarche et comme Vienne est déjà très chatouilleuse sur les considérations territoriales, cette sanction ne fait pas du tout rire.

L’Europe : Le Financement de l’Ukraine et l’indépendance énergétique

Bruxelles voit d’un mauvais œil la réalisation de ce gazoduc notamment parce qu’il permet à l’Allemagne de bénéficier en primeur du gaz Russe, au nez et à la barbe des autres pays de l’Union Européenne et accroit l’importance énergétique de la Russie sur le vieux contient.

On comprend également les réticences de l’Europe, elle qui tient financièrement à bout de bras l’Ukraine. Avec l’argent des contribuables, Bruxelles devra combler le trou financier généré par la perte des droits de transports payés par Moscou.

Finalement, le gaz Russe produira plus de 120 milliards de kg de CO2 annuellement ce qui permettra de faire monter encore plus la température sur le continent alors que les thermomètres explosent déjà.

Donald Trump a promis d’imposer la puissance énergétique (Energy Power) des USA. Le premier test touche l’Europe.

Est-ce que les européens plieront l’échine ou seront-ils capables de faire front. En ce qui concerne Bruxelles, on en doute.

Pour l’Allemagne, sa compétitivité en dépend et l’on voit mal les industriels allemands ne pas se tenir tête à Washington.

L’été risque d’être chaud, très chaud!

Une Chance : Trump n’est pas Smart

En focalisant sa stratégie sur l’exploitation des énergies fossiles, Trump a pris une décision d’une portée magistrale.

Certes, cette erreur stratégique est une malédiction pour le climat, mais elle offre l’opportunité à la Chine d’imposer son leadership industriel dans les énergies du futur et à l’Europe son intelligence dans les technologies «Smart».


Rêver du rêve américain

Miser sur le charbon et le pétrole sent bon les fabuleuses années 50-60 ainsi que sur la grandeur du rêve américain.

Cependant, depuis 5 ans le charbon a perdu 36’000 postes pour rester sur la barre des 50’000 employés. Au temps de la splendeur du charbon en 1980, les USA comptaient 130’000 mineurs.

Le secteur pétrolier dénombre 187’000 emplois directs avec une tendance à la hausse grâce à la seconde vie du schiste. Le lobby soutient qu’avec les emplois indirects, plus d’un million de personnes sont impliqués dans l’or noir.

Alors que les USA comptent 152 millions d’emplois, on perçoit la légèreté des arguments du président Trump. L’essentiel n’est pas là.

En coulisse Wall Street, Goldman Sachs et les pétroliers se frottent les mains car des fortunes devraient être déversées dans ce jeu de l’avion. Pilier de cette opération, la Banque Nationale Suisse, qui soutient à coup de milliards $ le schiste et le charbon américain.

 

La Chine industrielle. L’Europe de l’intelligence

Au début des années 2000, l’Europe et les USA étaient les moteurs mondiaux du solaire et de l’éolien.

Après la crise de 2008, l’arrivée de Pékin, avec son soutien financier illimité et un protectionnisme assumé de ses industries ont permis à la Chine de baisser ses coûts de production et d’écraser la quasi totalité de la concurrence internationale.

En 10 ans, la Chine a créé plus de 3,5 millions d’emplois dans les énergies renouvelables selon l’Irena (agence des énergies renouvelables). On peut espérer que cette Blitzkrieg aura laissé des traces en Europe et en Suisse pour que pareille mésaventure ne se reproduise pas.

Nombre d’emplois dans les énergies renouvelables, en milliers

Source: IRENA

Les nouvelles technologies Smart: La peur des USA

L’histoire se répète aujourd’hui avec les technologies intelligentes où l’Europe et la Suisse possèdent une certaine avance technologique.

Ces outils permettent, par exemple, d’intégrer et de stocker l’électricité des énergies renouvelables dans le mix de production, d’augmenter l’efficience énergétique, d’intégrer la mobilité électrique ou les voitures autonomes. La liste est longue.

Si les USA sont maîtres dans le marketing et la communication, en réalité les PME et start-up américaines «Smart» n’arrivent pas à rivaliser avec l’ingéniosité du Vieux Continent. Peut-être que l’objectif premier des entrepreneurs et des investisseurs, «se faire racheter à prix d’or par Facebook, Amazon, Apple, IBM, HP, Google ou Microsoft», leur fait oublier les besoins de leurs vrais clients.

L’opportunité Suisse et Européenne réside dans la peur du Monde d’avoir maille à partir avec l’équipe Trump. Depuis quelques mois, un mot d’ordre revient constamment. Ne pas stocker ses données aux USA ou collaborer avec une entreprise américaine, de peur de voir ses data décortiquées par Big Brother.

La décision de la semaine dernière renforce encore plus le besoin de se distancier de Washington et de privilégier la prudence.

 

Local is beautiful

A l’opposé des monstres de la Silicone Valley, les mondes de l’internet des objets et du Smart City sont en train de se faire une place auprès des entreprises et des citoyens locaux.

En Suisse, les cantons de Genève, Vaud, Zurich et Neuchâtel sont à la pointe avec une myriade d’entreprises qui offrent des solutions innovantes et souvent surprenantes. Les emplois se créent et le monde académique y voit un débouché pour la jeune génération qui peine à trouver un premier emploi.

De plus ces nouvelles technologies vont aider l’implémentation de la stratégie énergétique 2050 auprès des communautés publiques ainsi que des citoyens qui sont de plus en plus nombreux à y voir leurs avantages.

Donald Trump nous donne une fenêtre d’opportunité de 4 ans. Est-ce la Suisse et l’Europe sauront la saisir et la conserver?

Dans tous les cas, le climat et la planète ont besoin de notre innovation et de notre enthousiasme.

 

 

A voir cette semaine, la conférence:  IoTWeek /Smart City Geneva 2017