Sun Tzu 2020 – Les forces de la raison – Chapitre 2 : Le prix de l’engagement

Sun Tzu -Maîtres et dirigeants - Les forces de la raison

Ce second chapitre – sur les treize que compte le traité -, fixe les bases du prix : risques et pertes, valeurs et profits – des préparations préliminaires avant un engagement.

Son titre peut aussi être : ‘La conduite de la guerre’, ‘Les opérations’ ou ‘De l’engagement’ selon ses interprètes.

Il est écrit :

  En règle générale, toute campagne exige mille chars rapides ainsi que mille fourgons protégés pour les approvisionnements, cent mille soldats en armure, et des vivres et des munitions en suffisance pour nourrir une armée projetée à mille lieues de ses bases.

A ceci s’ajoutent les dépenses pour financer les efforts de l’arrière et du front, les allocations occasionnées par les conseillers et visiteurs afin de couvrir les intercessions diplomatiques entre royaumes ; les frais nécessaires aux expertises techniques et matérielles pour le maintien, les réparations et le remplacement des chars, armes et armures ; la solde nécessaire à distribuer chaque jour à vos troupes avec la plus rigoureuse exactitude.

Ce n’est alors qu’une fois la disposition de ces fonds garantis que l’on peut envisager de lever une armée.

La victoire est l’objectif principal de la guerre. Quand les armées s’engagent dans des campagnes prolongées, que les opérations traînent en longueur sans apporter de victoire décisive, les armes comme le moral de vos troupes s’émousseront ; en usant leurs nerfs dans des sièges sans fin, le courage et les ardeurs de vos soldats s’évanouiront  ; les provisions se consumeront et les coffres du prince que vous servez s’épuiseront.

Alors peut-être même vous trouverez-vous réduit aux plus fâcheuses extrémités.

Instruits de votre détresse et du pitoyable état où vous serez alors, les principautés rivales et souverains voisins profiteront de l’occasion pour agir. Même vos conseillers les plus avisés ne seront en mesure de dresser des plans adéquats pour l’avenir. Quoique jusqu’à ce jour vous ayez joui d’une grande notoriété, désormais vous aurez porté un grand préjudice à l’état ainsi qu’à votre réputation. En vain dans d’autres occasions aurez-vous donné des marques éclatantes de votre valeur, toute la gloire que vous aurez acquise sera effacée par ce dernier trait.

  S’il y eut des campagnes qui ont péché par précipitation, que l’on en cite une seule victorieuse, qui, habilement conduite, s’éternisa. Car, jamais il n’est arrivé qu’un pays ait pu tirer profit d’une guerre prolongée.

  Ainsi, ceux qui ne comprennent pas les risques inhérents à l’utilisation des troupes ne comprennent pas non plus la façon de s’en servir avec profit.

Ceux qui possèdent les vrais principes de l’art militaire ne s’y prennent pas à deux fois ni ne procède jamais à deux levées consécutives en hommes ou en vivres. Dès la première campagne, tout est fini ; ils ne consomment pas pendant plusieurs années de suite des vivres inutilement, ses ressources propres lui suffisent :

Ils trouvent pour cela le moyen de faire subsister leurs armées aux dépens de l’ennemi, et épargnent à l’État et au peuple les frais immenses qu’il est obligé d’engager lorsqu’il faut produire, collecter et transporter bien loin toutes les provisions.

S’il s’agit de prendre une ville, hâtez-vous d’en faire le siège; ne pensez qu’à cela, dirigez là toutes vos forces ; il faut ici tout brusquer ; si vous y manquez, vos troupes courent le risque de tenir longtemps la campagne, ce qui sera une source de funestes malheurs.

Car rien n’épuise tant un état que les dépenses de cette nature ; que l’armée soit aux frontières, ou qu’elle soit dans les pays éloignés, le peuple en souffre toujours ; toutes les choses nécessaires à la vie deviennent rares et l’inflation fait rage ; ceux même qui, dans les temps ordinaires, sont le plus à leur aise n’ont bientôt plus de quoi les acheter.

Le prince perçoit en hâte le tribut des denrées que chaque famille lui doit; et la misère se répandant du sein des villes jusque dans les campagnes, des dix parties du nécessaire on est obligé d’en retrancher sept.
Ses ressources vitales seront progressivement amputées et alors que la nation perd de son nerf et de sa cohésion, elle se vide de ses richesses, les foyers sont privés de revenus. Le coût de la détérioration des matériels, leur remplacement, leur destruction amputeront les budgets de l’État.

Il n’est pas jusqu’au souverain qui ne ressente sa part des malheurs communs.

C’est pour prévenir tous ces désastres qu’un habile stratège n’oublie rien pour abréger les campagnes, et pour pouvoir vivre aux dépens de l’ennemi, ou tout au moins pour consommer les denrées étrangères, à prix d’argent, s’il le faut. Car une mesure capturée sur lui en épargne vingt acheminées depuis l’arrière.

Ne laissez échapper aucune occasion de l’incommoder, faites-le périr en détail, trouvez les moyens de l’irriter pour le faire tomber dans quelque piège ; diminuez ses forces le plus que vous pourrez, en lui faisant faire des diversions, en lui tuant de temps en temps quelque parti, en lui enlevant de ses convois, de ses équipages, et d’autres choses qui pourront vous être de quelque utilité.

En excitant leur fureur, le général incite ses hommes à commettre des massacres. Préférez l’appât du gain par la promesse de récompenses en les incitant à attaquer l’ennemi pour s’emparer de ses ressources. L’ennemi est ainsi pillé et appauvri par convoitise de ses richesses.

Lorsque vos gens auront pris sur l’ennemi au-delà de dix chars, commencez par récompenser libéralement tant ceux qui auront préparé l’entreprise que ceux qui l’auront exécutée. Employez ces chars aux mêmes usages que vous employez les vôtres en prenant soin de substituer ses propres bannières à celles de l’ennemi.

Traitez bien les prisonniers et prenez en soin. Nourrissez-les comme vos propres soldats ; faites en sorte, s’il se peut, qu’ils se trouvent mieux chez vous qu’ils ne le seraient dans leur propre camp, ou dans le sein même de leur patrie. Ne les laissez jamais oisifs, tirez parti de leurs services avec les défiances convenables. Conduisez-vous à leur égard comme s’ils étaient des troupes qui se fussent enrôlées librement sous vos étendards.

C’est de cette façon qu’on remporte une bataille puis une victoire tout en se renforçant.

Voilà pourquoi une armée doit viser la victoire immédiate et non une guerre d’usure basée sur des opérations prolongées.

  Le stratège qui s’entend dans l’art de la guerre est le ministre du destin du peuple et l’arbitre de la destinée de la nation.

 

Fin du chapitre II

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Jérôme Gabriel

Jérôme Gabriel

Intervenant et Conseil Expert en Intelligence Stratégique et en Gestion des Risques auprès des Directions générales et les Comités stratégiques de PME-PMI, Jérôme Gabriel est titulaire d’une expertise d’État de l’Institut National des Hautes Études de la Sécurité et de la Justice (INHESJ). Ancien Directeur d’un service d’intelligence stratégique et de gestion des risques, il a passé plus de 20 ans au service des entreprises dans leur développement d’affaires en Europe et à l’international (recherches de partenaires, renseignements d’affaires, compliance). Spécialiste interculturel et géopolitique de la zone Pacifique et possédant un Master 2 en Communication et Coopération Économique avec l’Asie, Jérôme Gabriel a fait ses premières armes pour le Commerce extérieur puis dans le négoce international et le conseil à l’export pendant plusieurs années entre la Chine (Hong Kong), le Japon et le Sud-est asiatique. Il intervient aujourd’hui en tant que conférencier (keynote speaker), conseiller et formateur auprès des Directions des PME-PMI. Activement engagé dans la formation et l’appui auprès des comités stratégiques, il publie régulièrement sur son blog au journal Le Temps : Sun Tzu parle aux dirigeants stratèges. https://blogs.letemps.ch/jerome-gabriel/2018/07/25/suntzu-sagesse-intelligence-gouvernance-dirigeants-strateges/

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