[Avant-propos] Maîtres et Dirigeants : la Sagesse et l’Intelligence au service de la Gouvernance Stratégique

Remerciements : Le Temps porte décidément bien son nom… En ouvrant ses pages à de nouveaux chapitres de nos vies, il porte aujourd’hui ses lecteurs à contribution pour nourrir chacun d’entre nous du meilleur des ‘autres’.

En cliquant sur l’image ci-dessous, vous trouverez l’ensemble indexé des articles publiés dans ce blog par thématiques principales.

Sun Tzu parle aux dirigeants stratèges - Index du blog

Avant-propos sur ce blog

Démocratie et Gouvernance : de l’état stratège au dirigeant stratège

   Nous, simples blogueurs des temps modernes ne sommes nous pas les colporteurs inconscients de nos pairs et mentors ? – le plus souvent grecs, tels Pythagore, Socrate et Platon ou encore Périclès et Euripide -, dont les nombreux legs ont profondément influencé nos meilleurs philosophes occidentaux dans l’élaboration d’une vision du monde rationnelle et structurée.

  Enfants légitimes mais aussi légataires de sociétés démocratiques enfantées dans la douleur ; héritiers d’une paix chèrement acquise au prix fort – celui du sang -, l’Histoire nous démontre encore chaque jour qu’aucun modèle politique ou philosophique, aucun procédé ni méthode d’organisation ne garantit à elle seule la bonne gouvernance d’une nation ou la pérennité d’une entreprise.

  Les aléas du temps font de la gouvernance un exercice des plus difficiles à comprendre. La maîtrise de cet art ne dépend pas d’un seul mais d’une intelligence collective portée par un but commun œuvrant en territoire inconnu. Parce que rien n’est immuable et qu’aucune condition favorable n’est jamais acquise dans le temps, nous sommes constamment mis à l’épreuve dans nos capacités de survie par l’adaptation et la résilience ; chaque jour condamnés ou graciés par les aléas à se prémunir des risques, affronter l’inconnu ou saisir les opportunités malgré les dangers.

Le ‘Sun Tzu’ : entre guerre et paix

  Ce qui fut le premier traité historique dénommé L’art militaire des Chinois (pour sa traduction la plus juste) – et non “l’art de la guerre” -, aurait été rédigé au cours du 4° siècle avant J.-C, il y a 2500 ans, par un exceptionnel général d’armée nommé Sun Tzu (de son vrai nom Sun Wu), dont l’appellation honorifique signifie : Maître Sun de Wu (Sun Zi en pinyin). “L’art de la guerre” reste un sujet à débat quant à sa paternité mais nous n’en ferons pas cas ici.

  La première version occidentale traduite des 13 chapitres chinois originaux de ce traité date de 1772. Cette première traduction et interprétation est l’œuvre d’un jésuite -le père Amiot -, en poste à Pékin sous la dynastie Qing (1644-1912) de cette même ère. Si cette première version en langue tartare-mandchoue reste relativement orientée, voire ‘colorée’, sa valeur documentaire reste encore à ce jour une des meilleures références de travail pour les universitaires – exégètes, sinologues et philosophes – mais aussi et surtout pour les professionnels portés par leurs fonctions stratégiques. La version d’Amiot date de 1710 et serait probablement la plus ‘aboutie’ dans sa forme finale puisqu’elle serait le fruit d’adjonctions éclairées de nombreux stratèges et philosophes chinois au cours du temps.

  Sun Tzu fut en effet le premier général à fournir les conditions fondamentales de conduite du pouvoir en alliant la stratégie à la tactique ainsi qu’une doctrine pratique de gouvernance dictant non seulement les méthodes mais surtout l’état d’esprit et les bonnes pratiques d’un commandant stratège afin d’anticiper les conflits, les éviter par tous les moyens et, en dernier ressort, vaincre l’adversité par les moyens humains, la sophistication tactique et les stratagèmes politiques les plus efficaces pratiqués encore à ce jour en matière de stratégie.

 

#art_de_la_guerre #stratégie

Sun Tzu 2020 : une nouvelle adaptation pour Le Temps

  Plusieurs versions existent du « Sun Tzu [Zi] (Wu) Bing Fa » qui, outre sa première version traduite en ‘Art de la guerre’, reste à relativiser dans le temps – plus de 2500 ans – quant aux variantes possibles du sens des caractères chinois utilisés pour son titre. Le sens des caractères ‘bing’ (armes, soldats, troupes, militaires) et ‘fa’ (loi, méthode, conformité, magique) restent néanmoins cohérent dans le contexte général du traité qui aurait bien pu s’appeler mais hors contexte : ‘méthode militaire’ ou ‘la voie des armes’. Son titre pourrait donc être trompeur sauf si, comme on le voit, l’on se réduit à une grille de lecture purement martiale ; ce qui n’est pas le cas.

  L’art de la guerre est surtout un recueil philosophique universel s’inscrivant plus justement, selon Jean Lévi, dans une réflexion bien plus globale dans laquelle « rhétorique, diplomatie, commerce, politique et contrôle de soi se répondent ». Ces ‘forces’ utilisées avec méthode et raison permettent les conditions avantageuses décrites dans le traité. Porté sur l’art de la gouvernance, les tactiques psychologiques et la stratégie politique, je lui ai préféré le titre Maîtres et Dirigeants : Les forces de la raison.

Sun Tzu -Maîtres et dirigeants - Les forces de la raison

Une nouvelle synthèse de Sun Tzu, adaptée,

enrichie et libre de droit.

  Outre la première version traduite et référentielle de l’art de la guerre du Père Amiot, il existe une dizaine de variantes ‘occidentalisées’ du texte originel. La plupart retraduites littéralement du français à partir de la version initiale du Père Amiot (1772)  ; du groupe de l’Impensé radical, Lucien Nachin et plus récemment Valérie Niquet et de celle, la plus récente de Jean Lévi pour les francophones. Pour les versions de référence anglophones, plusieurs versions sont actuellement disponibles et pour les principales : Lionel Giles (1910), Samuel Griffith (1963), Thomas Cleary (1988), Ralph Sawyer (1993), et la dernière en date Jonathan Clements (2012). De toutes ces références, la seule version anglophone a faire encore de nos jours l’unanimité parmi les spécialistes reste celle de Samuel Griffith. Cette dernière version, traduite en français par Francis Wang en 1972 pour Flammarion, possède le mérite d’intégrer les commentaires des glossateurs de l’époque – historiens, philosophes et stratèges -, dans la compréhension des textes originaux et leurs applications concrètes.

Méthodologie de cette nouvelle version 2020

 La présente version des treize chapitres du Sun Tzu pour les dirigeants stratèges- dont les 13 articles représentent à eux seuls près de 30.000 mots (160.000 caractères), porte pour intitulé : Les forces de la raison.

  Ces treize chapitres sont rendus ici dans leur plus grande intégralité – la plus récente – quand cela aura été possible. Seules les versions d’Amiot (et version de l’I.R) et celle de L. Giles étant libre de droit, la version majeure – support de base – utilisée dans le travail croisé des interprétations du Sun Tzu a été celle du Père Amiot, reprise dans son intégralité puis mise à jour par croisement avec les meilleures versions les plus récentes.

  Pour cela, chaque chapitre de cette nouvelle version a fait l’objet d’un croisement systématique des dernières versions de référence provenant pour la langue française de la traduction et des travaux exceptionnels de l‘Impensé radical, Jean Lévi et Valérie Niquet pour les francophones et de Samuel Griffith pour les anglophones.

  Pour la version anglaise, outre la version de Lionel Giles restant contestée encore à ce jour, le même travail de croisement a été effectué sur les travaux originaux en anglais de Thomas Cleary (1988) et Jonathan Clements (2012).

La restitution publiée sur ce blog est en conformité avec les lois internationales sur le Copyright et dans le respect intégral des précédentes versions et leurs auteurs. Chaque chapitre publié sur ce blog a fait l’objet de vérifications systématiques avant sa mise en ligne.

Nous commencerons par cette citation : « Connais ton ennemi et connais-toi toi-même ; eussiez-vous cent guerres à soutenir, cent fois vous serez victorieux.»

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En vous remerciant pour vos contributions, je vous souhaite une excellente lecture.

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Crise : le jour d’après…

Sun Tzu Jérôme Gabriel Blog Dirigeant Stratège

 

« Écrit en chinois, le mot « crise » se compose de deux caractères : l’un représente le danger et l’autre l’occasion à saisir. »

  John F. KENNEDY

Crise, en chinois, se dit Wēijī – 危机 : il est composé des caractères ‘danger’ et ‘opportunité’.

Sun Tzu Jérôme Gabriel Blog Dirigeant Stratège

L’image évoqué par cet idéogramme est celle d’une personne – un jour d’orage – assise sous un arbre et mentalement confinée entre une angoisse existentielle et l’espoir d’une clémence céleste.

Champ sémantique : Le mot ‘crise’ possède plusieurs interprétations inconscientes :

choisissez celles qui vous correspondent le mieux :

accès ; agitation ; alarme ; angoisse ; anémie ; attaque ; atteinte ; bouffée ; bouillon ; cataclysme ; chute ; chômage ; colère ; convulsion ; crise ; danger ; difficulté ; débâcle ; dépression ; détresse ; faillite ; flambée ; incertitude ; krach ; maladie ; malaise ; manque ; marasme ; misère ; mouvement ; paroxysme ; pauvreté ; perturbation ; poussée ; pénurie ; péril ; redoublement ; ruine ; rupture ; récession ; secousse ; soubresaut ; stagnation ; tension ; transe ; transport ; trouble ; ébranlement ; élan ; émotion.

Maintenant regardons de plus près ses caractères clefs qui le composent dans sons sens profond.

危 : wēi

Danger

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Le premier caractère [wēi] comprend la notion de « danger ».

La partie supérieure, zhān, indique l’action de regarder en l’air. Au-dessus, plane comme l’épée de Damoclès le radical du couteau .

Ce caractère dans sa forme générale représente donc littéralement : ‘se sentir menacé’.

Champ sémantique : Le mot ‘danger’ possède plusieurs interprétations inconscientes : choisissez celles qui vous correspondent le mieux :

abîme ; accident ; affaire ; alarme ; alerte ; aléa ; angoisse ; aventure ; bourbier ; casse-cou ; chance ; crise ; danger ; difficulté ; délicatesse ; détresse ; embarras ; embûche ; empêchement ; ennui ; guêpier ; hasard ; impasse ; imprudence ; incertitude ; inconvénient ; inquiétude ; instabilité ; insécurité ; malheur ; mauvais pas ; menace ; naufrage ; obstacle ; peine ; perdition ; piège ; précarité ; précipice ; péril ; risque ; souci ; tirage ; traquenard ; traverse ; tribulation ; volcan ; écueil ; épreuve.

机 : jī

Opportunité

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Le second caractère [jī] signifie « le moment à saisir » : une occasion ou une opportunité.

Le caractère possède le radical de ‘l’arbre’, suivi du caractère (qui donne le ton), mais signifie aussi à la fois « combien ? ».

Champ sémantique : Le mot ‘opportunité’ possède plusieurs interprétations inconscientes : choisissez celles qui vous correspondent le mieux :

accident ; accord ; actualité ; affaire ; authenticité ; bien-fondé ; bonté ; cas ; chance ; circonstance ; compétence ; concordance ; conjoncture ; convenance ; correction ; discernement ; esprit ; exactitude ; expérience ; harmonie ; hasard ; heure ; incident ; justesse ; justice ; lucidité ; moment ; occasion ; occurrence ; opportunité ; pertinence ; poème ; propriété ; précision ; présence d’esprit ; raison ; rapport ; rencontre ; régularité ; sagacité ; situation ; temps ; usage ; utilité ; verve ; vérité ; à-propos ; époque ; éventualité ; événement.

Sun Tzu Jérôme Gabriel Blog Dirigeant StratègeEn conclusion :

La notion de crise exprimée par l‘adjonction des deux caractères wēi et jī [危机] est une allégorie duale : d’abord une crainte – une peur – qui fige l’humain dans une angoisse de la menace ; puis ensuite un sentiment, que – n’ayant rien à perdre -, il faut jouer le tout pour le tout afin d’exploiter la situation.

D’abord la peur, puis la résilience – l’émergence d’une résistance active.

Saisir l’occasion est donc une posture mentale, un art de saisir le temps d’un instant, cette idée innovante qui ouvre un espoir et une solution.

Cet idéogramme incarne à lui seul la longue marche des Hommes face à l’inconnu. Dépasser ses peurs, survivre malgré les pires épreuves, maîtriser les risques et conquérir l’impossible. Car, c’est par l’action que l’on bâtît son destin.

En voici quelques réflexions :

« Le meilleur moment pour planter un arbre était il y a 20 ans. Le deuxième meilleur temps est maintenant. »

« Si vous souhaitez un an de prospérité, faites croître des graines. Si vous souhaitez dix années de prospérité, faites croître des arbres. Si vous souhaitez une centaine d’années de prospérité, faire croître les personnes. »

« Un mauvais ouvrier blâme ses outils. »

« Un esprit fermé est comme un livre fermé : il est juste un bloc de bois. »

« Une chute dans un fossé vous rend plus sage. »

« La défaite est moins amère si vous ne l’avalez pas. »

Mais surtout !

« Ne restez pas près de l’eau à attendre le poisson : rentrez à la maison tisser un filet. »

Ma préférée : Quand on traverse l’enfer, surtout, ne vous arrêtez pas…

Bon confinement à ‘presque’ la moitié de la planète.

🙂

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Sun Tzu : 20 citations clés et concepts majeurs pour mieux comprendre l’Intelligence Stratégique en affaire

L’intelligence stratégique et Sun Tzu

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Citations majeures sur les notions de

‘guerre économique’ et de ‘gouvernance stratégique’

     Si les aspects financiers sont souvent importants pour nos entreprises, ils ne suffisent pas à garantir leurs succès : Dans la guerre, le nombre seul ne procure aucun avantage. N’avancez pas en vous reposant exclusivement sur la puissance militaire.

     Au regard d‘une “guerre économique“, ces préceptes se transcrivent assez aisément en ressources financières et humaines ; innovations technologiques ; management et gouvernance ; marketing, communication et déploiement commercial.

     Il suffit seulement d‘y voir le bon sens caché derrière chaque action économique dont les résultats – bons ou mauvais – procèdent d‘un ensemble de facteurs engagés par une organisation pour atteindre un but.

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Actifs invisibles : les aspects cachés recèlent souvent les plus grandes valeurs. Invisible ne veut pas dire inexistant…

1 – Le renseignement [intelligence] économique au service des affaires

     Dans le Sun Tzu, tout est dans la préparation, la coordination et la qualité des renseignements économiques recueillis : “Qui connaît l’autre et se connaît lui-même, peut livrer cent batailles sans jamais être en péril. Qui ne connaît pas l’autre mais se connaît lui-même, pour chaque victoire, connaîtra une défaite. Qui ne connaît ni l’autre ni lui-même, perdra inéluctablement toutes les batailles.“

Percevoir le concurrent identifié comme un ou ‘seul‘ adversaire peut s‘avérer trompeur quand d‘aucuns agît en méconnaissance des facteurs clés que sont : la doctrine (le modèle économique) , le temps (l‘agenda des actions) , l’espace (le secteur d‘activité et ses acteurs) , le commandement (le management) , la discipline (la coordination et la préparation).

Que ce soit sur le plan des affaires, de la diplomatie ou de l’influence, il s’agît ici surtout de mieux savoir pour mieux agir…

Quelques citations :

  • « Un prince avisé et un brillant capitaine sortent toujours victorieux de leurs campagnes et se couvrent d’une gloire qui éclipse leurs rivaux grâce à leur capacité de prévision. Or la prévision ne vient ni des esprits ni des dieux ; elle n’est pas tirée de l’analogie avec le passé pas plus qu’elle n’est le fruit des conjectures. Elle provient uniquement des renseignements obtenus auprès de ceux qui connaissent la situation de l’adversaire . »

  • « Connais ton ennemi et connais-toi toi-même ; eussiez-vous cent guerres à soutenir, cent fois vous serez victorieux. »

  • « Tout le succès d’une opération réside dans sa préparation. »

  • « Qui connaît son ennemi comme il se connaît, en cent combats ne sera point défait. Qui se connaît mais ne connaît pas l’ennemi sera victorieux une fois sur deux. Que dire de ceux qui ne se connaissent pas plus que leurs ennemis ? »

  • « Connaissez l’ennemi et connaissez-vous vous-même ; en cent batailles vous ne courrez jamais aucun danger. »

  • « Si tu ignores à la fois ton ennemi et toi-même, tu ne compteras tes combats que par tes défaites. »

  • « Sois subtil jusqu’à l’invisible; sois mystérieux jusqu’à l’inaudible; alors tu pourras maîtriser le destin de tes adversaires. »

  • « Une armée sans agents secrets est exactement comme un homme sans yeux ni oreilles. »

  • « Qui ignore les objectifs stratégiques des autres princes ne peut conclure d’alliance. »

  • « Impalpable et immatériel, l’expert ne laisse pas de trace ; mystérieux comme une divinité, il est inaudible. C’est ainsi qu’il met l’ennemi à sa merci. »

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2 – Préparation et Protection [défense] des entreprises

     La protection des entreprises consiste à préserver et sécuriser son patrimoine. Il s’agît ici non seulement de veiller à ses actifs matériels, mais surtout à identifier et comprendre l’ensemble de ses actifs immatériels dont la valeur financière ‘invisible’ représente jusqu’à 75 % de la richesse d’une entreprise.

     Selon les différentes interprétations comptables internationales, le capital immatériel – aussi appelé ‘actifs intangibles’ – représente l’ensemble des actifs identifiables qui participent à la « rentabilité présente et future » de l’entreprise. Leurs valeurs restent pourtant ‘hors bilan’.

Aussi et selon la définition la plus acceptée en matière financière, le capital immatériel se décompose en trois catégories :

Le Capital Humain : expérience, formation, gouvernance, management, relations interpersonnelles, motivation, etc.) ;

Le Capital Structurel : la culture de l’entreprise, la communication interne, la sécurité de son patrimoine informationnel, l’organisation (management), l’innovation/ inventions, brevets, marques, franchises, licences et contrats, inventions, formules, processus, dessins, modèles et savoir faire, copyrights et droits d’auteur.

Le Capital Relationnel , ou l’environnement d’affaires : les relations avec les actionnaires, les partenaires, les clients (fidélisation, ancienneté, solvabilité …), les fournisseurs (solvabilité, réputation, diversifications …), la société (réputation, influence, communication…).

La valeur globale d’une entreprise repose donc avant tout sur un savant dosage de ces différents types de ressources productives, mais aussi sur l’intelligence collective (émotionnelle) en place à les combiner, les développer et surtout les exploiter de manière opérationnelle.

Ainsi, comme on peut le voir, ce n’est pas nécessairement l’entreprise la plus riche en ressources qui l’emporte et qui dispose de la plus grande valeur…

Quelques citations :

  • « Lorsque le monde est en paix, un homme de bien garde son épée à son côté. »

  • « […] vaincre l’ennemi sans même se battre, voilà le fin du fin. »

  • « Le meilleur savoir-faire n’est pas de gagner cent victoires dans cent batailles, mais plutôt de vaincre l’ennemi sans combattre. »

  • « Celui qui excelle à résoudre les difficultés le fait avant qu’elles ne surviennent. »

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Certains espaces vides le sont volontairement… Piège ou opportunité ?

3 – Diplomatie : La communication d’influence

     Dans l’ouvrage “L’influence, le noble art de l’intelligence économique” paru en 2012 sous les plumes averties d’Alain Juillet et Bruno Racouchot, l’influence passe principalement par deux formes de communications :

     « D’une part, une communication classique, ayant pour objet la diffusion de l’information vers des cibles extérieures, mais aussi en direction de ceux qui ont à la connaître en interne pour optimiser leurs actions. Envisagée sous l’angle sécurité, cette communication est aussi à visée pédagogique pour avertir des dangers potentiels, sensibiliser et apprendre à se protéger. »

Et d’autre part :

     « il y a la communication active et offensive sous la forme de l’influence. On va utiliser les informations recueillies pour déstabiliser l’adversaire ou le faire aller dans la direction où l’on souhaite qu’il aille. Aussi surprenant que cela puisse paraître pour des esprits non-avertis, la communication est – et ce dès l’origine – consubstantielle à la démarche d’intelligence économique. Celle-ci, bien loin de s’enfermer dans une conception strictement sécuritaire, doit au contraire explorer les ressources offertes par la logique communicationnelle. Il est de son intérêt de le faire, sur un mode offensif, via la mise en œuvre de stratégies d’influence. »

Quelques citations :

  • « La grande science est de faire vouloir à autrui tout ce que vous voulez qu’il fasse, et de lui fournir, sans qu’il s’en aperçoive, tous les moyens de vous seconder. »

  • « Vous profiterez de la dissension qui surgit chez vos ennemis pour attirer les mécontents dans votre parti en ne leur ménageant ni les promesses, ni les dons, ni les récompenses. »

  • « Entretenez des liaisons secrètes avec ce qu’il y a de plus vicieux chez les ennemis ; servez-vous-en pour aller à vos fins, en leur joignant d’autres vicieux. »

  • « L’appât de la vengeance, celui des richesses ou des postes éminents que vous leur promettez, suffiront amplement pour les gagner. »

 

A méditer avec discernement …

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L’Art de la Gouvernance Stratégique : 30 Citations de Sun Tzu pour les Dirigeants de PME

Gouvernance Stratégique

30 Citations Clés du Sun Tzu

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     L‘entrepreneur est un être solitaire. Il ne l’est pas par nature mais il le devient malgré lui. L’isolement procède de son statut d’autorité naturelle sur ses ‘sujets’ salariés ; autorité demandée mais aussi commandée par la gouvernance de son entreprise. De toutes les difficultés, celle qui apparaît le plus fréquemment relève d’une absence ou d’un manque de confiance envers ses collaborateurs.

     Cet état de fait provient le plus souvent d’un sentiment contradictoire de la condition humaine opposant le plus souvent le besoins de partager ouvertement ses pensées et le réflexe inné de se préserver pour survivre.  

Confiance – Délégation – Fédération

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     Si on ne gère pas ses collaborateurs comme le ferait un général envers ses soldats, il n’empêche que certaines règles humaines protocolaires mais aussi et de nature ‘subtiles’, s’appliquent dans ses relations aux autres.

     Le plus souvent liées à la confiance envers autrui, ces règles de gouvernance ne sont que le produit d’une posture de fermeté mêlée de bienveillance. Ici, coexistent dans leurs complémentarités l’inflexibilité d’une doctrine (règlements internes et codes éthiques) et son adaptation aux changements législatifs ; la tenue d’un objectif commercial et sa révision face à des ruptures technologiques ou des manœuvres concurrentielles agressives ; préserver la défense de son territoire tout en déployant ses forces expéditionnaires à la conquête de nouveaux marchés.

    Ces changements ou ‘mutations’ économiques procèdent principalement des hommes eux-mêmes dans leur quête de survie et de sécurité économique. Dans l’adversité, la communauté [la cité] devient une deuxième famille véhiculant ses propres valeurs de justice, de droits et de devoirs.

      Le monde de l’entreprise est aussi une communauté : une Cité qui doit savoir fédérer ; motiver et protéger, avec ce liant universel et irremplaçable : la confiance.

La doctrine, l’équité, l’amour pour tous ceux qui sont nos subordonnés et, pour tous les hommes en général, la science des ressources, le courage et la valeur : telles sont les qualités qui doivent caractériser celui qui est revêtu de la dignité de Général.”

 En vous souhaitant une excellente lecture méditative, je vous propose de nous plonger dans les 30 citations les plus évocatrices de l’Art de la guerre pour les entrepreneurs et dirigeants.

 

  • Un général avisé prend toujours en compte, dans ses supputations, tant les avantages que les inconvénients d’une option. Il voit les profits et peut tenter des entreprises ; il ne néglige pas les risques et évite les désagréments.

  • […]N’agissez pas si vous ne voyez pas d’intérêt clair pour le pays. N’utilisez pas vos soldat si vous n’êtes pas sûr du succès. Ne combattez pas si vous n’êtes pas menacé. Un souverain n’ordonne pas à son général de lever une armée sous le coup de la colère; un général n’attaque pas parce qu’on lui a fait affront[…] un royaume détruit ne se relève pas de ses cendres et les morts ne reviennent pas à la vie.

  • Le plus important, est le peuple. Obtient sa confiance et son soutient et tu obtiendra tout ce que tu voudras.

  • “Ce qui dépend de moi, je peux le faire ; ce qui dépend de l’ennemi n’est jamais assuré.” (Commentaires de Mei Yai Ch’en)

  • Un chef d’armée qualifié demande la victoire à la situation et non à ses subordonnés.

  • Lorsque les hommes se rassemblent constamment par petits groupes et se parlent à l’oreille, le général a perdu la confiance de son armée.

  •  “Lorsque les ordres du général ne sont pas stricts et que son comportement manque de dignité, les officiers sont turbulents.” (Commentaires de Ch’en Hao)

  • […] le Duc Li Ching de Wei a dit : “Or, les qualités indispensables à un général sont avant tout la clairvoyance, l’art de faire régner l’harmonie au sein de son armée, une stratégie réfléchie doublée de plans à longue portée, le sens des saisons et la faculté de saisir les facteurs humains. Car un général inapte à évaluer ses possibilités ou à concevoir ce que sont la promptitude et la souplesse avancer, lorsque se présentera l’occasion d’attaquer, d’un pas trébuchant et hésitant, les yeux tournés avec anxiété d’abord à droite, puis à gauche, et il sera incapable de mettre sur pied un plan. S’il est crédule, il se fiera à des rapports indignes de foi, croyant tantôt ceci et tantôt cela. Aussi craintif qu’un renard dans le recul et dans l’avance, il laissera ses rangs s’éparpiller. En quoi cette façon d’agir diffère-t-elle de l’action de conduire des innocents dans l’eau bouillante ou dans le feu ? N’est-ce pas exactement la même chose que de mener des vaches et des moutons en pâture à des loups ou à des tigres ?””

  •  “Lorsque l’administration et les ordres manquent de fermeté, le moral des hommes est bas et les officiers enragent.” (Commentaires de Chang Yu)

  • Non moins remarquables semblent les recommandations d’aimer le soldat, de sentir l’âme des subordonnés, de se préparer à la guerre par l’étude et la réflexion, de connaître l’ennemi aussi bien, sinon mieux que ses propres forces, de ménager les populations vaincues comme de traiter humainement les prisonniers de guerre.

  • On dénombre cinq traits de caractère qui représentent un danger pour un général : s’il ne craint pas la mort, ils risque d’être tué ; s’il chérit trop la vie, il risque d’être capturé ; coléreux, il réagira aux insultes ; homme d’honneur, il craindra l’opprobre ; compatissant, il sera aisé de le tourmenter.

  • Un général se doit d’être impavide pour garder ses secrets, rigoureux pour faire observer l’ordre. Il lui incombe d’obstruer les yeux et les oreilles de ses hommes pour les tenir dans l’ignorance. Il modifie ses objectifs, bouleverse ses plans et nul ne le devine. Il déplace ses bivouacs, varie ses itinéraires et déjoue toute prévision.

  • Triompher au combat et être universellement proclamé “Expert” n’est pas le comble de l’habileté, car soulever un duvet d’automne ne demande pas beaucoup de force ; distinguer le soleil de la lune n’est pas une preuve de clairvoyance ; entendre un coup de tonnerre ne prouve pas qu’on a l’ouïe fine.

  • Être plusieurs années à observer ses ennemis, ou à faire la guerre, c’est ne point aimer le peuple, c’est être l’ennemi de son pays; toutes les dépenses, toutes les peines, tous les travaux et toutes les fatigues de plusieurs années n’aboutissent le plus souvent, pour les vainqueurs eux-mêmes, qu’à une journée de triomphe et de gloire, celle où ils ont vaincu. N’employer pour vaincre que la voie des sièges et des batailles, c’est ignorer également et les devoirs de souverain et ceux de général; c’est ne pas savoir gouverner; c’est ne pas savoir servir l’État.

  • Un habile général sait d’avance tout ce qu’il doit faire; tout autre que lui doit l’ignorer absolument. Telle était la pratique de ceux de nos anciens guerriers qui se sont le plus distingués dans l’art sublime du gouvernement.

  • Un général avisé s’emploie à vivre sur l’ennemi.

  • Quand le général n’a ni la fermeté ni la rigueur requises, que ses instructions manquent de clarté, il y aura désordre.

  • En tuer un pour en terrifier un millier.

  • Le général court cinq dangers: Téméraire, il risque d’être tué. Lâche, il risque d’être capturé. Coléreux, il risque de se laisser emporter. Chatouilleux sur l’honneur, il risque d’être humilié. Compatissant, il risque d’être tourmenté.

  • Si le général est généreux, mais incapable de diriger, bienveillant, mais incapable de rétablir l’ordre, ses soldats, tels des enfants gâtés, seront inutiles.

  • Toute campagne guerrière doit être réglée sur le semblant ; feignez le désordre, ne manquez jamais d’offrir un appât à l’ennemi pour le leurrer, simulez l’infériorité pour encourager son arrogance, sachez attiser son courroux pour mieux le plonger dans la confusion : sa convoitise le lancera sur vous pour s’y briser.

  • On se défend lorsqu’on dispose de moyens suffisants ; on attaque lorsqu’on dispose de moyens plus que suffisants.

  • Traitez bien les prisonniers, nourrissez-les comme vos propres soldats ; faites en sorte, s’il se peut, qu’ils se trouvent mieux chez vous qu’ils ne le seraient dans leur propre camp, ou dans le sein même de leur patrie. Ne les laissez jamais oisifs, tirez parti de leurs services avec les défiances convenables, et, pour le dire en deux mots, conduisez-vous à leur égard comme s’ils étaient des troupes qui se fussent enrôlées librement sous vos étendards. Voilà ce que j’appelle gagner une bataille et devenir plus fort.

  • Il faut conduire, en amont du combat, des manœuvres indirectes, dont le but est soit de préparer une situation favorable au combat, soit de vaincre sans même devoir combattre. Dans tous les cas, il ne faut frapper qu’une fois qu’on est sûr de vaincre, d’un seul coup, au point que l’adversaire ne pourra pas se relever.

  • Sachez le bon que produit la terre et vous profiterez de ses ressources; connaissez les routes et vous prendrez la bonne; par le calcul, sachez divisez exactement pour donner à chacun, en vivres et munitions, sans excès, ni trop peu. La balance vous apprendra à répartir la justice, les récompenses et les punitions. Enfin, rappelez-vous les victoires qui ont été remportées, les circonstances de la lutte et vous saurez ainsi l’usage qu’on en a fait, les avantages qu’elles ont procurés ou les préjudices qu’elles ont causés aux vainqueurs eux-mêmes.

  • Le premier [danger] est une trop grande ardeur à affronter la mort; ardeur téméraire qu’on honore souvent des beaux noms de courage, d’intrépidité et de valeur, mais qui, au fond, ne mérite guère que celui de lâcheté.

  • Si un général est pusillanime, il n’aura pas les sentiments d’honneur qui conviennent à une personne de son rang, il manquera du talent essentiel de donner de l’ardeur aux troupes ; il ralentira leur courage dans le temps qu’il faudrait le ranimer ; il ne saura ni les instruire ni les dresser à propos ; il ne croira jamais devoir compter sur les lumières, la valeur et l’habileté des officiers qui lui sont soumis, les officiers eux-mêmes ne sauront à quoi s’en tenir ; il fera faire mille fausses démarches à ses troupes, qu’il voudra disposer tantôt d’une façon et tantôt d’une autre, sans suivre aucun système, sans aucune méthode ; il hésitera sur tout, il ne se décidera sur rien, partout il ne verra que des sujets de crainte ; et alors le désordre, et un désordre général, régnera dans son armée

  • Un Souverain ne peut pas lever une armée sous le coup de l’exaspération ni un général se battre sous le coup du ressentiment. Car, s’il est possible à un homme irrité de recouvrer la sérénité et à un homme ulcéré de se sentir satisfait de nouveau, un Etat qui a été anéanti ne peut être rétabli, ni les morts rendus à la vie.

  • Savoir faire sortir le courage et l’intrépidité de la poltronnerie et de la pusillanimité, c’est être héros soi-même, c’est être plus qu’un héros, c’est être au dessus des intrépides.

  • Lorsque ses troupes sont désordonnées, le général n’a pas de prestige.

  • N’employer pour vaincre que sièges et batailles, c’est ignorer également les devoirs du Souverain et ceux du général ; c’est ne pas savoir gouverner ; c’est ne pas savoir servir l’État ; c’est ne pas savoir combattre. Aussi, lorsque la guerre est résolue, que les troupes étant formées sont sur le point d’entreprendre, ne dédaignez pas d’employer la ruse.

  • Ce qui est au-dessus du bon est souvent pire que le mauvais.

 

A méditer avec discernement…

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Sun Tzu et le Petit Prince – Un Ordre dans le Désordre : l’histoire de l’abeille et de la mouche

 

Sun Tzu Jérôme Gabriel Blog Dirigeant StratègeEntreSun Tzu Jérôme Gabriel Blog Dirigeant Stratège

L’abeille et la mouche

« Un processus chaotique est souvent plus salutaire qu’une stratégie immuable ! Cela ne veut pourtant pas dire qu’un comportement irrationnel et irréfléchi vaille mieux qu’une intelligence structurée… Certes non. Cependant, il faut parfois savoir sortir des schémas préétablis, se laisser porter par le chaos et l’improvisation… »

 Ce matin de printemps, les collines du royaume de Wu sont colorées d’une nuée de fleurs précoces ; coquelicots et jonquilles dont les couleurs chatoyantes attirent des nuées d’insectes.

    Près d’une petite rivière bordant les champs où les paysans s’affairent à leurs terres, le Petit Prince s’est échappé du palais.

   Flânant sans quête, émerveillé et rêveur devant cette nature en éveil, il se met à observer une colonie d’abeilles besogneuses occupées à la récolte des premiers pollens. Captivé, il s’assoit à l’ombre d’un grand chêne pour observer le spectacle.

   Il médite un court instant et se déclare à lui-même : l’abeille est travailleuse, affairée et déterminée. Elle porte toutes les vertus d’une nation harmonieusement gérée.

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   Soudainement porté par les courants ascendants de ses observations momentanée, il perçoit au loin la silhouette d’un homme marchant sur le petit chemin de crête bordant la limite de la forêt. La silhouette se faisant plus précise, il reconnaît la démarche du vieux Maître Sun dont la réputation est grande au sein de la Cour de son père, le Roi de Wu.

   Alors que le vieil homme passe à proximité des champs de fleurs, le Petit Prince – curieux de ce personnage fort mystérieux -, lui fait signe de sa présence et l’invite à le rejoindre près du chêne.

   Le vieux maître voyant le jeune garçon, feint un bref sourire et quitte la route pour traverser le champ afin de le rejoindre à l’ombre du chêne. S’inclinant à son approche, le vieux maître salut le Petit Prince à son tour puis le fixant de son regard insistant lui dit d’un ton sibyllin :

« Toute la cour est en émois, majesté ! On vous cherche dans tous les recoins du royaume ! Votre père croit à une imprudente fugue et votre mère à un vil enlèvement ! »

   Le Petit Prince, honteux et désemparé, expliqua qu’il n’était jamais sorti du palais jusqu’à ce jour et profitant de l’inattention des gardes, avait escaladé la façade la plus ombrageuse au nord du palais pour découvrir le monde extérieur et observer la nature en mutation.

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   Les yeux du vieux maître se plissèrent avec bienveillance à l’évocation de l’aventureuse escapade du jeune Prince, car il était sain et sauf, ce qui était le plus important.

«  Maintenant, – lui dit le vieux maître – qu’as-tu observé de si différent dans le monde extérieur ? »

   Le Petit Prince médita quelques instants et lui fit part de ses observations sur les abeilles : «  Les abeilles sont travailleuses, affairées et déterminées. Elles portent toutes les vertus d’une nation harmonieusement gérée. C’est cela que je porterai auprès de mon père pour la bonne conduite des affaires de l’état de Wu ! »

   Le vieux Sun l’écouta avec attention puis le félicita pour ses riches observations et sa capacité à penser la gouvernance de son peuple sur l’observation d’un simple essaim d’abeilles affairées.

« Je vois que l’éducation des Sages de Wu porte ses fruits ! » – fit-il remarquer.

«  Les abeilles sont le symbole du travail consciencieux dans une communauté harmonieuse. Elles possèdent en effet, toutes les qualités requises à la bonne marche d’une nation. Docilité et discipline sont les premières vertus d’une nation harmonieuse. De plus on les dit ‘stratèges’ ! »

–  « Mais, que penses-tu des mouches ? » dit le vieux sage.

« Des mouches ! – S’offusqua le jeune Prince ;

“Quel rapport entre ces nobles abeilles butineuses et ces insectes sans tête ? Une mouche ne sert à rien !

Alors, le vieux maître s’assit à côté du jeune Prince et lui tint ces paroles :

« Majesté, prenez une mouche et une abeille ; mettez les chacune dans deux bouteilles vides

en position horizontale – sans bouchon, le goulot ouvert. Mais à l’autre extrémité de chacune des deux bouteilles – à leurs bases, diront nous -, de l’extérieur, vous fixez une lampe allumée.

– Puis vous observez … Que va-t-il se passer ?

   L’abeille ira invariablement se diriger vers la source lumineuse. C’est là une démarche intelligente n’est-ce pas ?

   Dans son monde d’abeille, la lumière indique obligatoirement la sortie. Que ce soit dans un arbre creux ou dans une pièce sombre, la fine source éclairante est un signal fort vers l’extérieur… Mais là, non : car le cul de la bouteille fait obstacle ! L’abeille s’y heurte, recommence, tourne au fond de la bouteille, obstinément, vainement, absurdement. Au point que, si vous n’interrompez pas l’expérience, elle meurt d’épuisement ! prisonnière de cette lumière qui ressemble à une issue et l’en éloigne systématiquement !

Elle devient alors victime de cet instinct qui ressemble à une intelligence, qui en est peut-être une, mais d’une seule forme ! et qui la tue… »

« Mais alors qu’en est-il de la mouche !? » – fit le Prince étonné.

«  Du côté de la mouche, rien de tel. Elle est trop irréfléchie et ne possède aucune stratégie de sortie ! La lumière, pour elle, ne veut rien dire. Notre mouche volette au hasard, dessine des ellipses erratiques et se cogne contre des parois qu’elle ne conçoit même pas ! Elle ne possède aucun modèle et allant en toute direction finit par trouver la bonne option de sortie sans même s’en rendre compte ! Libre sans savoir comment ni pourquoi !

   Le Petit Prince renfrogna ses sourcils et parut désemparé. Cela ne correspondait en rien aux modèles classiques d’un ordre intelligent enseigné par les anciens !

Le vieux maître y voyait lui, une leçon de sagesse. Il lui dit :

« Un processus chaotique est souvent plus salutaire qu’une stratégie immuable ! Cela ne veut pourtant pas dire qu’un comportement irrationnel et irréfléchi vaille mieux qu’une intelligence structurée… Certes non. Cependant, il faut parfois savoir sortir des schémas préétablis, se laisser porter par le chaos et l’improvisation…

– C’est aussi la leçon de la physique quantique : le hasard est certainement fois plus riche et plus créateur que le déterminisme ! »

Le rationalisme et les sages préceptes du jeune Prince en prenait un coup !

« Le salut est parfois du côté du désordre, non de l’ordre ; du hasard, non de la logique. Ta philosophie est une abeille et pourtant, ce matin, alors que rien ne te poussait à faire une fugue et t’enfuir du palais, tes errances et ta témérité irrationnelle t’ont porté à te risquer en dehors de ta zone de confort ! Il n’y a aucune ‘sagesse’ dans cet acte. Et pourtant…

L’abeille ne meurt pas de son intelligence mais de ses instincts. Elle n’est pas une métaphore de l’intelligence et de l’ordre mais bien celle d’une névrose. Elle est prisonnière de son passé génétique, de son conditionnement instinctif. Elle agit avec une solution passéiste – elle ne croit son salut que par une seule expérience… Comment pourrait-elle trouver une nouvelle solution puisque c’est sa quête qui l’enferme ?

Le but n’est pas de nous rapprocher de la mouche, mais plutôt de nous éloigner de l’abeille ! On n’est jamais trop intelligent, toujours trop routinier. Ce n’est pas la raison qui tue ; c’est la répétition. »

   Sur le chemin du retour, les deux nouveaux amis se mirent à rire de leurs observations. Comme deux vieux compagnons de route, ils rentrèrent au palais et le Prince Wu décida que le vieux maître serait son tuteur et Conseil en philosophie.

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   La morale de cette histoire

   Qu’il faille innover, changer, s’adapter sans cesse aux terrains et aux circonstances, aux imprévus c’est la sagesse même : c’est de quoi l’abeille n’est pas capable. C’est ce qui nous différencie en tout par rapport à l’ordre naturel. La philosophie est aussi une arme stratégique, car elle ouvre des champs de possible par la réflexion, l’inventivité et la différence. Elle oblige à sortir de la boite.

   Ni la mouche, ni l’abeille ne possèdent cette intelligence stratégique pour concevoir une sortie improbable. Notre liberté et l’ordre d’une nation en dépend, car c’est par le chaos et les imprévus que nous réalisons notre salut en pensant autrement ; en s’adaptant.

   Tout le contraire de la répétition et des conditionnements instinctifs qui emprisonnent ; c’est là le prix de notre liberté. Elle est aussi peut être un peu là la voie du milieu : celle qui consiste a être à la fois entre cette mouche folle et ces sages abeilles.

#art_de_la_guerre #stratégie

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Chapitrage – Index complet du blog : Sun Tzu parle aux Dirigeants Stratèges

CHAPITRAGE DU BLOG Sun Tzu parle aux Dirigeants Stratèges 

INDEX DES LIENS THÉMATIQUES

Sun Tzu parle aux dirigeants stratèges - Journal Le Temps - Index thématique du Blog (#dirigeantstratege ; #intelligencestratégique ; #suntzuformations ; #gouvernancestratégique ; #sécuritééconomique ; #gestiondesrisques ; #arcanaimperii ; #suntzu)

Vous trouverez ci-dessous l’ensemble des articles publiés par thématiques principales

 

MISE EN AVANT 

Avant-propos : la sagesse et la guerre économique

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INTRODUCTION AU BLOG

(Transcrire l’Art de la guerre dans le contexte économique actuel)

Genèse : des Royaumes Combattants aux guerres économiques

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ESPACE SUN TZU – L’ART DE LA GUERRE

(Sun Tzu – L’Art de la Guerre intégral – Nouvelle édition 2020 : Les Forces de la Raison)

Introduction : Sun Tzu – Maîtres et Dirigeants : Les forces de la raison

Chapitre I : Planification

Chapitre II : Le prix de l’engagement

Chapitre III : État stratège : Les politiques de conquête

Chapitre IV : Mesures et forces de l’invincibilité

Chapitre V : Les formes de la force

Chapitre VI : L’emploi des intangibles

Chapitre VII – Manœuvres : Les facteurs fondamentaux

Chapitre VIII : Les neuf variables d’ajustement

Chapitre IX : Règles d’occupation

Chapitre X : Espaces tactiques

Chapitre XI : Les neuf situations

Chapitre XII : Les cendres de la victoire

Chapitre XIII – Du renseignement : Devins et espions

Sun Tzu – Synthèse : Décryptage thématique (prochainement en ligne)

Sun Tzu : Ressources essentielles de référence

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SUN TZU : CITATIONS MAJEURES

120 citations et références majeures de l‘Art de la guerre pour les entreprises – Recueil intégral

Sélection et décryptage de citations choisies de l’art de la guerre appliquées aux affaires

20 citations clés pour mieux comprendre l’intelligence Stratégique en affaire

L’Art de la gouvernance : 30 Citations de Sun Tzu pour les dirigeants de PME

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GOUVERNANCE STRATÈGE – INTELLIGENCE POLITIQUE

(Préceptes clefs d’Intelligence et de Sécurité Economique – Les arcanes de la Philosophie Politique)

Crise : le jour d’après – Crise, en chinois, se dit Wēijī – 危机 : il est composé des caractères ‘danger’ et ‘opportunité’.

 Alain Juillet : L’Art de la guerre économique  – Timeline de l’interview sur ‘ThinkerView’ (04.2018)

Un Dirigeant, un objectif : Mille stratégies invisibles

Précepte n° 1 : mieux savoir pour mieux comprendre – le prix de l’ignorance marketing

Précepte N° 2 : pouvoir et gouvernance

Précepte N° 3 : gouvernance et … “conformité” ?

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ARCANA IMPERII

(Série stratégique : Dans les coulisses de l’Histoire : L’émergence de l’Intelligence Politique)

Arcana Imperii – Ouverture : “Dans l’hombre des âmes stratèges”

Arcana Imperii – Genèse – l’Odyssée de l’espèce : Du primate à la suprématie

Arcana Imperii – Opus 1 : Sur les pas du premier stratège – De la survie

Arcana Imperii – Opus 2 : Sur les pas du premier stratège – De l’invention : L’adaptation par la création

Arcana Imperii – Opus 3 : Sur les pas du premier stratège – De la Connaissance : Informer et Comprendre

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LIBRE TRIBUNE

Doris et le dragon chinois 龍 (article du 23.08.2018)

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SÉRIE (Intelligence Stratégique)  : SUN TZU ET LE PETIT PRINCE (De Wu) – Wu Zixu

Sun Tzu et le Petit Prince – Un Ordre dans le Désordre : l’abeille et la mouche

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Sun Tzu 2020 – Les forces de la raison – Chapitre 13 – Du renseignement : Devins et espions

Sun Tzu - Maîtres et dirigeants - Les forces de la raison

Ce treizième chapitre – le dernier du traité -, est probablement l’un des plus importants dans sa lecture stratégique.

Son titre peut aussi être : ‘De la concorde et de la discorde’, ‘Interventions des agents secrets’ ou ‘l’espionnage’ selon ses interprètes.

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Les liens directs vers

l’introduction (notes liminaires)

et les 13 Chapitres

IIIIIIIVVVIVIIVIIIIXXXIXIIXIII

#art_de_la_guerre #stratégie

Il est écrit:

Autrefois, huit familles formaient une collectivité. Lorsque l’une d’entre elle envoyaient un homme à l’armée, les sept autres contribuaient à l’entretien du foyer affecté. Ainsi, la levée d’une armée de cent mille hommes faisait que sept cent mille familles n’étaient plus en mesure d’assurer leur part de labours et de semailles. (Commentaires de Ts’ao Ts’ao)

  Lorsqu’on met sur pied une armée de cent mille hommes pour l’envoyer en campagne au loin, les dépenses à supporter par la population, jointes aux sommes déboursées par le Trésor seront conséquentes.

  Lever une armée génère mouvements et rumeurs. Une agitation frénétique animera les villes, les villages et les campagnes dont vous aurez tiré les provisions et les hommes qui composeront vos troupes. Tandis que la population s’exténue sur les routes, sept cent mille familles seront mises à mal par leurs sacrifices.

  Les appointements d’officiers, la paie journalière de tant de soldats et les coûts d’entretien creuseront peu à peu les greniers et les coffres du prince comme ceux du peuple, et ne sauraient manquer de les épuiser.

  Être plusieurs années à faire face à des ennemis dont on ignore les desseins et la situation en reportant constamment les actions décisives parce que le général rechigne à accorder les moyens nécessaires à recueillir des renseignements (informations préalables), alors ce général est un monstre d’inhumanité qui ne mérite ni de commander une armée ni de seconder son souverain.

Être plusieurs années à observer ses ennemis, ou à faire la guerre, c’est ne point aimer le peuple, c’est être l’ennemi de son pays ; toutes les dépenses, toutes les peines, tous les travaux et toutes les fatigues de plusieurs années n’aboutissent le plus souvent, pour les vainqueurs eux-mêmes, qu’à une journée de triomphe et de gloire, celle où ils ont vaincu.

  N’employer pour vaincre que la voie des sièges et des batailles, c’est ignorer également et les devoirs de souverain et ceux de général en matière de prévision. Car un prince avisé et un brillant général savent que nul ne peut remporter de victoires décisives sur l’ennemi si leurs actions se bornent à de simples faits-d’armes.

  Une réalisation ne dépasse celle du commun que par la capacité d’anticipation, de prévision. Le recueil d’informations préalables ou prévisions n’est ni le fruit de quelconques conjectures divinatoires ni celui de prédictions tirées d’analogies trompeuses de précédents historiques.

  La capacité de prévision ne provient uniquement que des hommes renseignés connaissant la situation de l’adversaire qui, par leurs rapports fidèles vous informent des dispositions de celui-ci.

Commencez par vous mettre au fait de tout ce qui concerne les ennemis; sachez exactement tous les rapports qu’ils peuvent avoir, leurs liaisons et leurs intérêts réciproques; n’épargnez pas les grandes sommes d’argent; n’ayez pas plus de regret à celui que vous ferez passer chez l’étranger, soit pour vous faire des créatures, soit pour vous procurer des connaissances exactes, qu’à celui que vous emploierez pour la paie de ceux qui sont enrôlés sous vos étendards: plus vous dépenserez, plus vous gagnerez; c’est un argent que vous placez pour en retirer un gros intérêt.

Ayez des espions partout, soyez instruit de tout, ne négligez rien de ce que vous pourrez apprendre; mais, quand vous aurez appris quelque chose, ne la confiez pas indiscrètement à tous ceux qui vous approchent.

  On ne se prépare pas sans renseignements préalables.

Quand un habile général se met en mouvement, l’ennemi est déjà vaincu: quand il combat, il doit faire lui seul plus que toute son armée ensemble; non pas toutefois par la force de son bras, mais par sa prudence, par sa manière de commander, et surtout par ses ruses.

  Or, on peut faire appel à cinq types d’agents secrets – dénommés :

  • Indigènes (correspondants locaux) ;
  • Intérieurs (fonctionnaires – administrations) ;
  • Doubles (espions retournés) ;
  • Liquidables (espions sacrifiés) ;
  • Volants (infiltrés – agent traitant).

  [Chaque type de correspondant est employé selon les visées stratégiques d’un état ; intentions offensives ou préventives (défensives). Les traductions et interprétations diffèrent dans ce chapitre selon les auteurs. Pour Amiot, l’emploi de ces agents a pour principal objectif de maintenir une alliance et d’assurer la bonne tenue d’un concordat ou d’envenimer les discordes chez les adversaires en les divisant pour les affaiblir.D’où le paragraphe suivant sur les ‘divisions‘]

Il faut qu’au premier signal une partie de l’armée ennemie se range de son côté pour combattre sous ses étendards : il faut qu’il soit toujours le maître d’accorder la paix et de l’accorder aux conditions qu’il jugera à propos.

Le grand secret de venir à bout de tout consiste dans l’art de savoir mettre la division à propos ; division dans les villes et les villages, division extérieure, division entre les inférieurs et les supérieurs, division de mort, division de vie.

Ces cinq sortes de divisions ne sont que les branches d’un même tronc. Celui qui sait les mettre en usage est un homme véritablement digne de commander; c’est le trésor de son souverain et le soutien de l’empire.

  Lorsque ces cinq sortes d’agents sont simultanément à l’œuvre sans que nul ne puisse déceler de procédés, ni soupçonner leur existence, on les désigne du terme « d’écheveau divin » car ces réseaux invisibles et mystérieux tissés dans le temps constituent le plus précieux des trésors d’un souverain.

 

  • Correspondants indigènes

  Les ressortissants du pays par nous employés sont désignés d’agents indigènes. Ces personnes sont recrutées parmi les gens du cru et bien que sous la gouverne d’un souverain, contestent son autorité ou sa légitimité. Dissident, insoumis ou hostile envers ses propres autorités, il se rallie à la cause adverse.

J’appelle division dans les villes et les villages celle par laquelle on trouve le moyen de détacher du parti ennemi les habitants des villes et des villages qui sont de sa domination, et de se les attacher de manière à pouvoir s’en servir sûrement dans le besoin.

 

  • Correspondants intérieurs

  Les agents de l’intérieur sont des fonctionnaires civils ou militaires ennemis que nous employons. Hommes et femmes de mérite destitués, frustrés ou châtiés, cupides ou avides.

 

  • Agents Doubles (ou espions retournés)

  L’agent double est un agent ennemi retourné.

Par la « division entre les inférieurs et les supérieurs », j’entends celle qui nous met en état de profiter de la mésintelligence que nous aurons su mettre entre alliés, entre les différents corps, ou entre les officiers de divers grades qui composent l’armée que nous aurons à combattre.

 

  • Liquidables (ou espions sacrifiés) : de la désinformation

  Les espions ennemis décelés par le camp adverse sont manipulés à leur insu et nourris en informations fallacieuses ou partielles.

La « division de mort » est celle par laquelle, après avoir fait donner de faux avis sur l’état où nous nous trouvons, nous faisons courir des bruits tendancieux, lesquels nous faisons passer jusqu’à la cour de son souverain, qui, les croyant vrais, se conduit en conséquence envers ses généraux et tous les officiers qui sont actuellement à son service.

 

  • Agents volants – infiltrés (agent/officier traitant)

  Ces agents doivent être préservés, car ils sont employés et envoyés par l’état pour recueillir et transmettre des informations.

Nous choisissons des hommes intelligents, doués, prudents et capables de se frayer un chemin vers les intimes du souverain et les membres de la noblesse du pays ennemi. Ils peuvent ainsi observer les mouvements de l’ennemi et avoir connaissance de ses actions et de ses plans. Une fois renseignés sur la situation réelle, ils reviennent nous en informer. C’est pourquoi on les appelle « agents volants ».(commentaires de Tu Yu)

Ce sont des gens pouvant librement circuler et ainsi transmettre des rapports. Nous devons recruter comme espions volants des hommes intelligents ayant l’air stupide et des hommes intrépides en dépit de leur air inoffensif, des hommes lestes, vigoureux, hardis et braves, rompus aux tâches humbles et capables d’endurer la faim, le froid, la saleté et les humiliations.(commentaires de Tu Mu)

  Parmi tous ceux qui, au cœur d’un état stratège ou dans l’armée, font partie de l’entourage du commandant ou du souverain, nul n’en est plus proche et intime que l’agent secret. De toutes les rétributions aucune n’est plus large que celle des agents secrets. De toutes les affaires, aucune n’est plus confidentielle que celle ayant trait aux opérations secrètes.

  Qui n’est pas avisé et prudent, humain et juste, ne peut se servir d’agents secrets, et qui n’est pas fin, discret et subtil dans l’exploitation des renseignements ne peut leur acheter la vérité.

  Car, aussi mystérieux que soient leurs champs d’action, il n’en est aucun qui ne soit de leur ressort.

  Si une opération secrète s’ébruite avant qu’elle n’ai été menée à bien, que certaines informations ont été prématurément divulguées, l’agent en question et tous ceux à qui il a parlé poteront le risque d’être exécutés.

  Il est de règle, tant pour monter une attaque, s’emparer une ville ou écarter [empêcher – assassiner] un ennemi [adversaire], de se renseigner au préalable de manière précise sur les personnels clefs composants les états-majors – officiers et subalternes, gardiens et personnels de sécurité et d’entretien.

  Du Contre-espionnage : Il est primordial de repérer les agents de l’ennemi venant mener des activités d’espionnage contre vous. On entrera en contact avec eux pour les soudoyer ; on les appâtera par des promesses d’établissement ; on les instruira en prenant soin d’eux afin d’en faire des agents doubles ou liquidables.

  Grâce à leurs services on recrute ainsi les plus gros contingents d’agents indigènes et de correspondants intérieurs. Par leur entremise encore, de fausses informations seront transmises afin de propager chez l’adversaire, le fiel de fausses rumeurs et l’intoxiquer.

  C’est également de cette façon que les agents traitants (volants) pourront agir en temps voulu.

  Il est primordial que le souverain soit au fait de l’activité de tous ses agents. Et comme ces connaissances sont principalement distillées par les agents doubles, il doit veiller à les traiter avec libéralité.

De la dissension : Le triomphe de certaines dynasties se sont faites et défaites par défections successives.

  C’est pourquoi seul un souverain stratège (éclairé – avisé) et un habile général en mesure de recruter comme agents les personnes les plus intelligentes seront assurés d’accomplir de grands faits. Les opérations secrètes sont essentielles à la pérennisation d’un état et la bonne conduite de son armée.

Car une armée sans agent secret ressemble à un homme sans yeux ni oreilles.

  De la division – Préparer les conditions d’une défaite – Notes complémentaires et commentaires (Amiot) – Ces interprétations complémentaires illustrent justement – et sans formules elliptiques – la nature même des Hommes, d’ici ou là-bas, d’hier et d’aujourd’hui…    

  La division (dissension – corruption) de vie est celle par laquelle on répand l’argent à pleines mains envers tous ceux qui, ayant quitté le service de leur légitime maître, ont passé de votre côté, ou pour combattre sous vos étendards, ou pour vous rendre d’autres services non moins essentiels.

  Si vous avez su vous faire des créatures (agents locaux – indics) dans les villes et les villages des ennemis, vous ne manquerez pas d’y avoir bientôt quantité de gens qui vous seront entièrement dévoués. Vous saurez par leur moyen les dispositions du grand nombre des leurs à votre égard, ils vous suggéreront la manière et les moyens que vous devez employer pour gagner ceux de leurs compatriotes dont vous aurez le plus à craindre; et quand le temps de faire des sièges sera venu, vous pourrez faire des conquêtes, sans être obligé de monter à l’assaut, sans coup férir, sans même tirer l’épée.

  Si les ennemis qui sont actuellement occupés à vous faire la guerre ont à leur service des officiers qui ne sont pas d’accord entre eux; si de mutuels soupçons, de petites jalousies, des intérêts personnels les tiennent divisés, vous trouverez aisément les moyens d’en détacher une partie, car quelque vertueux qu’ils puissent être d’ailleurs, quelque dévoués qu’ils soient à leur souverain, l’appât de la vengeance, celui des richesses ou des postes éminents que vous leur promettez, suffiront amplement pour les gagner; et quand une fois ces passions seront allumées dans leur cœur, il n’est rien qu’ils ne tenteront pour les satisfaire.

  Si les différents corps qui composent l’armée des ennemis ne se soutiennent pas entre eux, s’ils sont occupés à s’observer mutuellement, s’ils cherchent réciproquement à se nuire, il vous sera aisé d’entretenir leur mésintelligence, de fomenter leurs divisions; vous les détruirez peu à peu les uns par les autres, sans qu’il soit besoin qu’aucun d’eux se déclare ouvertement pour votre parti; tous vous serviront sans le vouloir, même sans le savoir.

  •  Si vous avez fait courir des bruits, tant pour persuader ce que vous voulez qu’on croie de vous, que sur les fausses démarches que vous supposerez avoir été faites par les généraux ennemis ;
  • Si vous avez fait passer de faux avis jusqu’à la cour et au conseil même du prince contre les intérêts duquel vous avez à combattre ;
  • si vous avez su faire douter des bonnes intentions de ceux mêmes dont la fidélité à leur prince vous sera la plus connue : bientôt alors, vous verrez que chez les ennemis les soupçons ont pris la place de la confiance, que les récompenses ont été substituées aux châtiments et les châtiments aux récompenses, que les plus légers indices tiendront lieu des preuves les plus convaincantes pour faire périr quiconque sera soupçonné.

Du climat de défiance (paranoïa, méfiance et purges)

  Alors les meilleurs officiers, leurs ministres les plus éclairés se dégoûteront, leur zèle se ralentira; et se voyant sans espérance d’un meilleur sort, ils se réfugieront chez vous pour se délivrer des justes craintes dont ils étaient perpétuellement agités, et pour mettre leurs jours à couvert.

  Leurs parents, leurs alliés ou leurs amis seront accusés, recherchés, mis à mort. Les complots se formeront, l’ambition se réveillera, ce ne seront plus que perfidies, que cruelles exécutions, que désordres, que révoltes de tous côtés.

Que vous restera-t-il à faire pour vous rendre maître d’un pays dont les peuples voudraient déjà vous voir en possession ?

  Si vous récompensez ceux qui se seront donnés à vous pour se délivrer des justes craintes dont ils étaient perpétuellement agités, et pour mettre leurs jours à couvert ; si vous leur donnez de l’emploi, leurs parents, leurs alliés, leur amis seront autant de sujets que vous acquerrez à votre prince.

  Si vous répandez l’argent à pleines mains, si vous traitez bien tout le monde, si vous empêchez que vos soldats ne fassent le moindre dégât dans les endroits par où ils passeront, si les peuples vaincus ne souffrent aucun dommage, assurez-vous qu’ils sont déjà gagnés, et que le bien qu’ils diront de vous attirera plus de sujets à votre maître et plus de villes sous sa domination que les plus brillantes victoires.

Du ‘leadership’ – Gouvernance éclairée

  Soyez vigilant et éclairé; mais montrez à l’extérieur beaucoup de sécurité, de simplicité et même d’indifférence ; soyez toujours sur vos gardes, quoique vous paraissiez ne penser à rien ; défiez-vous de tout, quoique vous paraissiez sans défiance; soyez extrêmement secret, quoiqu’il paraisse que vous ne fassiez rien qu’à découvert; ayez des espions partout; au lieu de paroles, servez-vous de signaux ; voyez par la bouche, parlez par les yeux; cela n’est pas aisé, cela est très difficile.

  On est quelquefois trompé lorsqu’on croit tromper les autres. Il n’y a qu’un homme d’une prudence consommée, qu’un homme extrêmement éclairé, qu’un sage du premier ordre qui puisse employer à propos et avec succès l’artifice des divisions. Si vous n’êtes point tel, vous devez y renoncer; l’usage que vous en feriez ne tournerait qu’à votre détriment.

  Après avoir enfanté quelque projet, si vous apprenez que votre secret a transpiré, faites mourir sans rémission tant ceux qui l’auront divulgué que ceux à la connaissance desquels il sera parvenu. Ceux-ci ne sont point coupables encore à la vérité, mais ils pourraient le devenir. Leur mort sauvera la vie à quelques milliers d’hommes et assurera la fidélité d’un plus grand nombre encore.

  Punissez sévèrement, récompensez avec largesse: multipliez les espions, ayez-en partout, dans le propre palais du prince ennemi, dans l’hôtel de ses ministres, sous les tentes de ses généraux; ayez une liste des principaux officiers qui sont à son service; sachez leurs noms, leurs surnoms, le nombre de leurs enfants, de leurs parents, de leurs amis, de leurs domestiques; que rien ne se passe chez eux que vous n’en soyez instruit.

  Vous aurez vos espions partout: vous devez supposer que l’ennemi aura aussi les siens. Si vous venez à les découvrir, gardez-vous bien de les faire mettre à mort ; leurs jours doivent vous être infiniment précieux. Les espions des ennemis vous serviront efficacement, si vous mesurez tellement vos démarches, vos paroles et toutes vos actions, qu’ils ne puissent jamais donner que de faux avis à ceux qui les ont envoyés.

  Enfin, un bon commandant doit tirer parti de tout ; il ne doit être surpris de rien, quoi que ce soit qui puisse arriver. Mais par-dessus tout, et de préférence à tout, il doit mettre en pratique ces cinq sortes de divisions. Rien n’est impossible à qui sait s’en servir.

  Défendre les États de son souverain, les agrandir, faire chaque jour de nouvelles conquêtes, détruire ses adversaires, fonder même de nouvelles dynasties, tout cela peut n’être que l’effet des dissensions employées à propos.

Telle fut la voie qui permit l’avènement des dynasties Yin et Tcheou, lorsque des serviteurs transfuges contribuèrent à leur élévation. Quel est celui de nos livres qui ne fait l’éloge de ces grands ministres (transfuges) ! L’Histoire leur a-t-elle jamais donné les noms de traîtres à leur patrie, ou de rebelles à leur souverain ? Seul le prince éclairé et le digne général peuvent gagner à leur service les esprits les plus pénétrants et accomplir de vastes desseins.

Fin du chapitre XIII

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Les liens directs vers

l’introduction (notes liminaires)

et les 13 Chapitres

IIIIIIIVVVIVIIVIIIIXXXIXIIXIII

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Sun Tzu 2020 – Les forces de la raison – Chapitre 12 : Les cendres de la victoire

Sun Tzu - Maîtres et dirigeants - Les forces de la raison

Ce douzième chapitre – sur les treize que compte le traité -, pourrait être intégré d’une autre manière aux précédents chapitres. Il est le plus court de tous et traite des éléments ‘feu’ et ‘eau’.

Son titre peut aussi être : ‘De l’Art d’attaquer par le feu’, ‘Attaques par le feu’  ou L’attaque par le feu’, selon ses interprètes.

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Il est écrit:

    Il existe cinq ‘sortes’ d’attaque par le feu : force destructrice d’hommes, de provisions, de matériels, d’arsenaux (magasins et dépôts) et d’infrastructures civiles et militaires (ponts, murets et barrières).

  Avant d’entreprendre ce genre de méthode, il faut avoir pris ses dispositions, effectué une reconnaissance des positions et infrastructures ennemies afin de préparer (adapter) le matériel nécessaire.

  Il faut que la période (circonstances) soient favorables et les jours propices. La conjonction d’un temps sec et de fortes chaleurs avec celle des jours propices aux grands vents.

Le jour de le faire éclater est celui où la lune se trouve sous une des quatre constellations, Qi, Pi, Y, Tchen. Il est rare que le vent ne souffle point alors, et il arrive très souvent qu’il souffle avec force.

    Chacune de ces cinq sortes d’attaques pyrotechniques demande une adaptation et des modalités d’intervention propre à chaque situation.

   Lorsque le feu éclate à l’intérieur du camp ennemi : se préparer à intervenir. Plusieurs modes opératoires doivent néanmoins être envisagés.

Si, en dépit de l’éclatement de l’incendie, l’adversaire reste calme, ne vous précipitez pas dans un assaut.

N’entreprenez rien; attaquer imprudemment, c’est chercher à se faire battre. Vous savez que le feu a pris, cela doit vous suffire: en attendant, vous devez supposer qu’il agit sourdement; ses effets n’en seront que plus funestes. Il est au-dedans; attendez qu’il éclate et que vous en voyiez des étincelles au-dehors, vous pourrez aller recevoir ceux qui ne chercheront qu’à se sauver.

Si peu de temps après avoir mis le feu, vous voyez qu’il fait rage, avivez-le si possible et ne donnez pas aux ennemis le temps de l’éteindre.

– Si malgré toutes vos approches, il n’a pas été possible à vos gens de pénétrer à l’intérieur, attendez le moment propice pour effectuer vos actions incendiaires par l’extérieur. Soyez pour cela attentif au vent et à sa direction ; gardez-vous d’attaquer sous le vent.

Un vent fort de jour s’affaiblira de nuit.

  Un stratège qui, pour combattre ses adversaires, sait employer le feu, est un homme éclairé qui a appris tant à s’en défendre qu’à l’utiliser.

  Si savoir exploiter le feu est un atout indéniable pour le stratège, l’attaque par l’eau fait montre de force. L’eau peut isoler l’ennemi, dégrader les chemins par où les ennemis pourraient s’échapper ou recevoir du secours. L’eau aussi peut endommager ou abîmer les fournitures, mais ne les détruit que rarement.

  Il n’est néanmoins rien de plus funeste que de remporter des victoires en s’emparant d’objectifs fixés sans savoir en tirer parti.

  On n’entreprend pas une action qui ne répond pas aux intérêts du pays ; on ne recourt pas aux armes sans être sûr du succès ; on ne combat pas lorsqu’on n’est pas menacé.

  Entreprendre des actions destructrices sans savoir en exploiter les fruits est un gaspillage inutile de forces. Seule la nécessité doit faire entreprendre la guerre.

De ces fruits, le plus considérable de tous, et celui sans lequel vous auriez perdu vos soins et vos peines, est de connaître le mérite de tous ceux qui se seront distingués, c’est de les récompenser en proportion de ce qu’ils auront fait pour la réussite de l’entreprise.

Les hommes se conduisent ordinairement par l’intérêt; si vos troupes ne trouvent dans le service que des peines et des travaux, vous ne les emploierez pas deux fois avec avantage.

  C’est pourquoi un souverain éclairé est prudent, et le bon général prévenu contre tout engagement inconsidéré.

Il est dit : « Le souverain avisé projette la victoire, le bon général l’exploite. »

La nécessité seule doit faire entreprendre la guerre. Les combats, de quelque nature qu’ils soient, ont toujours quelque chose de funeste pour les vainqueurs eux-mêmes; il ne faut les livrer que lorsqu’on ne saurait faire la guerre autrement.

  Un souverain ne saurait lever une armée sous le coup d’un mouvement d’humeur et de sentiments de colère ou d’exaspération. Entreprendre une telle action ne doit être que le fait d’intérêts sereinement calculés et partagés par les intéressés.

N’oubliez jamais que votre dessein, en faisant la guerre, doit être de procurer à l’État la gloire, la splendeur et la paix, et non pas d’y mettre le trouble, la désolation et la confusion.

Ce sont les intérêts du pays et non pas vos intérêts personnels que vous défendez.

  C’est pourquoi le souverain avisé assure sa gouvernance par la prudence et le bon général, prévenu contre tout mouvement inconsidéré, s’emploie à sauvegarder la sécurité de la nation en préparant son armée tout en la préservant.

Car si la joie peut succéder à la colère et la sérénité à l’irritation, les nations anéanties ne ressuscitent pas de leurs cendres, ni les morts à la vie.

Fin du chapitre XII

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Sun Tzu 2020 – Les forces de la raison – Chapitre 11 : Les neuf situations

Sun Tzu -Maîtres et dirigeants - Les forces de la raison

Ce onzième chapitre – sur les treize que compte le traité -, reprend de nouvelle fois, mais sous un angle plus ‘psychologique’, les tactiques appropriées à tenir dans certaines configurations géopolitiques et militaires.

Ce chapitre est probablement l’un des plus longs du traité. Il doit être lu avec discernement par rapport aux chapitres précédents, plutôt portés sur la topographie et la gestion des espaces tactiques.

Son titre peut aussi être : ‘Des (les) neuf sortes de terrain’, selon la plupart des interprètes.

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Il est écrit :

Il y a neuf sortes de lieux – espaces – qui peuvent être à l’avantage ou au détriment de l’une ou de l’autre armée.

I – Lieux de division ou de dispersion

II – Lieux frontaliers prônes à la négligence (lieux légers)

III – Lieux clefs de confrontation

IV – Lieux communiquant

V – Lieux de convergence – (pleins et unis)

VI – Lieux à plusieurs issues – dangereux (diligence)

VII – Lieux graves et importants (difficiles)

VIII – Lieux d’encerclement

IX – Lieux de mort – d’anéantissement

 

I Lieux de division ou de dispersion

  Sont des lieux situés sur vos propres terres.

Des troupes qui se tiendraient longtemps sans nécessité au voisinage de leurs foyers sont composées d’hommes qui ont plus envie de perpétuer leur race que de s’exposer à la mort.

A la première nouvelle qui se répandra de l’approche des ennemis, ou de quelque prochaine bataille, le général ne saura quel parti prendre, ni à quoi se déterminer, quand il verra ce grand appareil militaire se dissiper et s’évanouir comme un nuage poussé par les vents.

Lorsque vous ne serez encore que dans des lieux de division, contenez bien vos troupes; mais surtout ne livrez jamais de bataille, quelque favorables que les circonstances puissent vous paraître. La vue de leur pays et la facilité du retour occasionneraient bien des lâchetés: bientôt les campagnes seraient couvertes de fuyards.

  Ces lieux frontaliers ne doivent pas être choisis pour combattre. Seule la détermination d’une armée unie en bloc peut faire exception. Sur ces terres, il faut souder les volontés.

 

IILieux frontaliers prônes à la négligence (lieux légers)

  Sont ceux qui sont près des frontières, mais pénètrent par une brèche sur les terres des ennemis.

Ces sortes de lieux n’ont rien qui puisse fixer. On peut regarder sans cesse derrière soi, et le retour étant trop aisé, il fait naître le désir de l’entreprendre à la première occasion: l’inconstance et le caprice trouvent infailliblement de quoi se contenter.

Si vous êtes dans des lieux légers, n’y établissez point votre camp. Votre armée ne s’étant point encore saisie d’aucune ville, d’aucune forteresse, ni d’aucun poste important dans les possessions des ennemis, n’ayant derrière soi aucune digue qui puisse l’arrêter, voyant des difficultés, des peines et des embarras pour aller plus avant, il n’est pas douteux qu’elle ne soit tentée de préférer ce qui lui paraît le plus aisé à ce qui lui semblera difficile et plein de dangers.

Si vous avez reconnu de ces sortes de lieux qui vous paraissent devoir être disputés, commencez par vous en emparer: ne donnez pas à l’ennemi le temps de se reconnaître, employez toute votre diligence, que les formations ne se séparent pas, faites tous vos efforts pour vous en mettre dans une entière possession; mais ne livrez point de combat pour en chasser l’ennemi. S’il vous a prévenu, usez de finesse pour l’en déloger, mais si vous y êtes une fois, n’en délogez pas.

  Ces lieux doivent être traversés ou évités et ne pas être choisis pour combattre. Il ne doit pas y avoir de disruption des forces (unis). Sur ces terres, il faut renforcer la cohésion.

 

III – Lieux clefs de confrontation

  Sont à la bienséance des deux armées et présentent ainsi les mêmes avantages aux eux parties.

l’ennemi peut trouver son avantage aussi bien que nous pouvons trouver le nôtre, où l’on peut faire un campement dont la position, indépendamment de son utilité propre, peut nuire au parti opposé, et traverser quelques-unes de ses vues; ces sortes de lieux peuvent être disputés, ils doivent même l’être. Ce sont là des terrains clés.

  Ces lieux ne doivent pas être choisis pour combattre. Dans la contrainte, la supériorité numérique est vitale. Sur ces terres, il faut presser les arrières.

 

IV – Lieux communiquant

  Sont des lieux (à portée des frontières) inévitables et faciles d’accès dont l’emplacement laisse à penser aux belligérants qu’ils seraient aisés a défendre ou à occuper.

où nous ne pouvons guère manquer de nous rendre et dans lesquels l’ennemi ne saurait presque manquer de se rendre aussi, ceux encore où l’ennemi, aussi à portée de ses frontières que vous l’êtes des vôtres, trouverait, ainsi que vous, sa sûreté en cas de malheur, ou les occasions de suivre sa bonne fortune, s’il avait d’abord du succès. Ce sont là des lieux qui permettent d’entrer en communication avec l’armée ennemie, ainsi que les zones de repli.

Pour ce qui est des lieux de réunion, tâchez de vous y rendre avant l’ennemi; faites en sorte que vous ayez une communication libre de tous les côtés; que vos chevaux, vos chariots et tout votre bagage puissent aller et venir sans danger. N’oubliez rien de tout ce qui est en votre pouvoir pour vous assurer de la bonne volonté des peuples voisins, recherchez-la, demandez-la, achetez-la, obtenez-la à quelque prix que ce soit, elle vous est nécessaire; et ce n’est guère que par ce moyen que votre

armée peut avoir tout ce dont elle aura besoin. Si tout abonde de votre côté, il y a grande apparence que la disette régnera du côté de l’ennemi.

  Ces lieux doivent faire l’objet d’une jonction – concentration – afin d’éviter toute séparation des formations. Il faut ainsi accorder une attention particulière à renforcer son système de défense et surveiller les leurs.

 

V – Lieux de convergence – (pleins et unis)

  Ces lieux de convergence sont des partis de principauté enclavés entre d’autres États et qui, par leur configuration, se situent loin de vos terres.

permettent leur utilisation par les deux armées, mais, parce qu’ils sont au plus profond du territoire ennemi, ne doivent pas vous inciter à livrer bataille, à moins que la nécessité ne vous y contraigne, ou que vous n’y soyez forcé par l’ennemi, qui ne vous laisserait aucun moyen de pouvoir l’éviter.

Dans les lieux pleins et unis, étendez-vous à l’aise, donnez-vous du large, faites des retranchements pour vous mettre à couvert de toute surprise, et attendez tranquillement que le temps et les circonstances vous ouvrent les voies pour faire quelque grande action.

  En amont de toute expédition, ces terrains impliquent de fortes alliances avec les États voisins. Il est ainsi vital d’engager de solides alliances.

 

VI – Lieux à plusieurs issues – dangereux (diligence)

Ces lieux à plusieurs issues, dont je veux parler ici, sont ceux en particulier qui permettent la jonction entre les différents États qui les entourent. Ces lieux forment le nœud des différents secours que peuvent apporter les princes voisins à celle des deux parties qu’il leur plaira de favoriser.

Si vous êtes à portée de ces sortes de lieux qui ont plusieurs issues, où l’on peut se rendre par plusieurs chemins, commencez par les bien connaître; alliez-vous aux États voisins, que rien n’échappe à vos recherches; emparez-vous de toutes les avenues, n’en négligez aucune, quelque peu importante qu’elle vous paraisse, et gardez-les toutes très soigneusement.

  Le belligérant qui s’y rend est isolé (derrière lui une multitude de villes fortes adverses). Ces terrains sont prônes aux pillages. Ainsi, il faut veiller à renforcez ses lignes d’approvisionnement.

 

VII – Lieux graves et importants (difficiles)

  Sont ceux qui, situés dans l’état adverse, sont accidentés ou malsains (marécages – marais) rendent les progressions difficiles.

États ennemis, présentent de tous côtés des villes, des forteresses, des montagnes, des défilés, des eaux, des ponts à passer, des campagnes arides à traverser, ou telle autre chose de cette nature.

Si vous vous trouvez dans des lieux graves et importants, rendez-vous maître de tout ce qui vous environne, ne laissez rien derrière vous, le plus petit poste doit être emporté; sans cette précaution vous courriez le risque de manquer des vivres nécessaires à l’entretien de votre armée, ou de vous voir l’ennemi sur les bras lorsque vous y penseriez le moins, et d’être attaqué par plusieurs côtés à la fois.

  Ces terrains demandent à être rapidement traversés, évités ou contournés. Acculé en ces lieux, le général nourri bien le soldat, et renforce son moral par des encouragements.

 

VIII – Lieux d’encerclement

  Les lieux d’encerclement sont par nature difficiles d’accès de par leurs configurations étroites, sinueuses avec des issues en goulot permettant à un adversaire plus faible en effectif des attaques ciblées sur des détachements isolés.

où tout serait à l’étroit, où une partie de l’armée ne serait pas à portée de voir l’autre ni de la secourir, où il y aurait des lacs, des marais, des torrents ou quelque mauvaise rivière, où l’on ne saurait marcher qu’avec de grandes fatigues et beaucoup d’embarras, où l’on ne pourrait aller que par pelotons, sont ceux que j’appelle gâtés ou détruits.

Si vous êtes dans des lieux gâtés ou détruits, n’allez pas plus avant, retournez sur vos pas, fuyez le plus promptement qu’il vous sera possible.

  Ces terrains demandent à élaborer des stratagèmes et des plans tactiques non-conventionnels. Il faut aussi en contrôler les issus et les points d’accès afin de pouvoir s’en extraire ou de favoriser l’échappement des belligérants pour éviter une résistance suicidaire ; sécuriser ainsi chaque passage.

 

IX – Lieux de mort – d’anéantissement

  Les lieux de mort sont ceux où l’on se trouve réduit par la situation à une résistance forcenée, isolé et en condition de survie où seule le sentiment d’abandon et l’énergie du désespoir engage à une résistance suicidaire.

tellement réduit que, quelque parti que l’on prenne, on est toujours en danger; j’entends des lieux dans lesquels, si l’on combat, on court évidemment le risque d’être battu, dans lesquels, si l’on reste tranquille, on se voit sur le point de périr de faim, de misère ou de maladie; des lieux, en un mot, où l’on ne saurait rester et où l’on ne peut survivre que très difficilement en combattant avec le courage du désespoir.

Si vous êtes dans des lieux de mort, n’hésitez point à combattre, allez droit à l’ennemi, le plus tôt est le meilleur.

  La lutte en est la seule issue en montrant une détermination sans faille – à la vie, à la mort. Pour le leurrer, le général fait croire à l’ennemi qu’il ne peut survivre.

 

  Telles sont les neuf sortes de terrain qu’il faut connaître, pour vous en défier ou en tirer parti.

  La connaissance de ces terrains – situations stratégiques – permet l’élaboration de tactiques adaptées aux avantages et aux désavantages inhérents à la mise en jeu de formations compactes ou largement déployées en fonction des principes majeurs régissant les comportements humains. Car il est dans la nature des soldats de se défendre quand ils sont encerclés, de se battre farouchement quand ils sont acculés et de suivre leurs chefs quand ils sont en danger.

  Ces questions sont à analyser avec le plus grand soin. Telle est la conduite que tenaient les anciens en fins stratèges. Ces derniers, expérimentés dans leur art, avaient pour principe d’adapter leurs positions offensives et défensives selon les circonstances, la nature du terrain et la position occupée et provoquer chez l’adversaire la désorganisation, la division.

  Entreprendre des actions afin de désorganiser une armée adverse en coupant les jonctions entre avant-garde et arrière-garde (qu’il fallait combattre la tête et enfoncer la queue) ; dégrader les lignes de commandement en brisant les communications, la coopération et l’assistance entre unités, forts et faibles, soldats et officiers, supérieurs et subordonnés.

« que la multitude et le petit nombre ne pouvaient pas être longtemps d’accord ; que les forts et les faibles, lorsqu’ils étaient ensemble, ne tardaient guère à se désunir ; que les hauts et les bas ne pouvaient être également utiles; que les troupes étroitement unies pouvaient aisément se diviser, mais que celles qui étaient une fois divisées ne se réunissaient que très difficilement. »

  Il s’agissait alors de provoquer les divisions, d‘empêcher les regroupements et les concentrations en y semant le désordre.

  Ces stratèges répétaient sans cesse qu’une armée ne devait jamais se mettre en mouvement qu’elle ne fût sûre de quelque avantage réel à capter ou pour appâter . En agissant par des mouvements constants alternant concentration, dispersion, retrait et inaction des forces selon les situations ou selon les avantages et les opportunités.

  En résumé, toute stratégie induisant une conduite tactique doit être réglée suivant les circonstances ; que le théâtre des opérations soit en territoire ami ou ennemi, en position offensive ou défensive.

Subir une invasion : Préparer la résistance à l’occupant :

  Si la guerre se fait dans votre propre pays, et si l’ennemi, sans vous avoir donné le temps de faire tous vos préparatifs, s’apprêtant à vous attaquer, vient avec une armée bien ordonnée pour l’envahir ou le démembrer, ou y faire des dégâts, comment doit-on agir ? La réponse sera : « emparez-vous de quelque chose à laquelle il tient et il vous mangera dans la main. »

  Prendre les mesures afin de rassembler promptement le plus de troupes possible, solliciter voisins et alliés en s’emparant le plus prestement possible de lieux qu’il chérit. En le conformant ainsi à vos désirs, mettez le en état de défense afin de gagner du temps.

  La rapidité reste la sève de la guerre ; en surprenant, surgissant à l’improviste, empruntant des itinéraires imprévus, convoitant et attaquant les failles de son dispositif, ses vulnérabilités logistiques ; en ciblant toujours ses dispositifs les moins défendus.

Voyagez par les routes sur lesquelles il ne peut vous attendre; mettez une partie de vos soins à empêcher que l’armée ennemie ne puisse recevoir des vivres, barrez-lui tous les chemins, ou du moins faites qu’elle n’en puisse trouver aucun sans embuscades, ou sans qu’elle soit obligée de l’emporter de vive force.

Les paysans (ou milices) peuvent en cela vous être d’un grand secours et vous servir mieux que vos propres troupes: faites-leur entendre seulement qu’ils doivent empêcher que d’injustes ravisseurs ne viennent s’emparer de toutes leurs possessions et ne leur enlèvent leur père, leur mère, leur femme et leurs enfants.

Ne vous tenez pas seulement sur la défensive, envoyez des partisans pour enlever des convois, harcelez, fatiguez, attaquez tantôt d’un côté, tantôt de l’autre; forcez votre injuste agresseur à se repentir de sa témérité; contraignez-le de retourner sur ses pas, n’emportant pour tout butin que la honte de n’avoir pu réussir.

Conquérir : En territoire hostile

  Le principe général en cas d’invasion, pour à une force d’occupation est qu’une fois entrée en profondeur en territoire ennemi, sa cohésion doit se renforcer afin de décourager les assauts adverses et affaiblir toutes tentatives de déstabilisation.

Si vous faites la guerre dans le pays ennemi, ne divisez vos troupes que très rarement, ou mieux encore, ne les divisez jamais; qu’elles soient toujours réunies et en état de se secourir mutuellement.

  Ayez soin qu’elles ne soient jamais que dans les lieux fertiles et abondants car on pourvoit aux besoins en nourriture des troupes en s’accaparant les campagnes fertiles. On stimule le moral et l’ardeur des troupes en s’assurant qu’ils soient bien nourris et reposés.

Si elles venaient à souffrir de la faim, la misère et les maladies feraient bientôt plus de ravage parmi elles que ne le pourrait faire dans plusieurs années le fer de l’ennemi…/… Faites en sorte que les habitants des villages et de la campagne puissent trouver leurs intérêts à venir d’eux-mêmes vous offrir leurs denrées.

  Procurez-vous pacifiquement tous les secours dont vous aurez besoin ; n’employez la force que lorsque les autres voies auront été inutiles en gardant comme impératif que les troupes ne soient jamais divisées ; faites toutes vos opérations militaires dans le plus grand secret, préservant ainsi vos desseins jusqu’au dernier moment.

“Dans le doute, s’abstenir…” : Il peut arriver que vous soyez réduit quelquefois à ne savoir où aller, ni de quel côté vous tourner ; dans ce cas ne précipitez rien, attendez tout du temps et des circonstances, soyez inébranlable dans le lieu où vous êtes.

  Il peut arriver encore que vous vous trouviez engagé mal à propos ; gardez-vous bien alors de prendre la fuite, elle causerait votre perte ; combattez jusqu’au dernier plutôt que de reculer.

  Quelque critiques que puissent être la situation et les circonstances où vous vous trouvez, ne désespérez de rien ; c’est dans les occasions où tout est à craindre qu’il ne faut rien craindre. C’est lorsqu’on est environné de tous les dangers qu’il n’en faut redouter aucun ; c’est lorsqu’on est sans aucune ressource qu’il faut compter sur toutes ; c’est lorsqu’on est surpris qu’il faut surprendre l’ennemi lui-même.

Votre armée, accoutumée à ignorer vos desseins, ignorera pareillement le péril qui la menace ; elle croira que vous avez eu vos raisons et combattra avec autant d’ordre et de valeur que si vous l’aviez disposée depuis longtemps à la bataille.

  Jeter alors vos troupes dans une situation sans issue ni alternative de sorte qu’en les empêchant de fuir, ils ne puissent trouver leur salut autrement qu’en s’engageant à l’unisson avec la plus déterminée des énergies. N’ayant plus rien à perdre ni alternative, ils serreront les rangs et n’auront plus peur.

Si dans ces sortes d’occasions vous triomphez, vos soldats redoubleront de force, de courage et de valeur; votre réputation s’accroît dans la proportion même du risque que vous avez couru.

  Point ne sera nécessaire d’encourager de telles troupes à la vigilance, le général l’obtiendra sans avoir à leur arracher le soutien, leur attachement lui sera acquis sans qu’il ait à le rechercher, il gagnera leur confiance sans la leur demander.

Instruisez vos troupes aux imprévus afin qu’elles puissent se trouver prêtes sans préparatifs, qu’elles trouvent de grands avantages là où elles n’en ont cherché aucun, que sans aucun ordre particulier de votre part, elles improvisent les dispositions à prendre, que sans défense expresse elles s’interdisent d’elles-mêmes tout ce qui est contre la discipline.

  Faire taire les rumeurs.

Veillez en particulier avec une extrême attention à ce qu’on ne sème pas de faux bruits, coupez racine aux plaintes et aux murmures, ne permettez pas qu’on tire des augures sinistres de tout ce qui peut arriver d’extraordinaire.

Aimez vos troupes, et procurez-leur tous les secours, tous les avantages, toutes les commodités dont elles peuvent avoir besoin. Si elles essuient de rudes fatigues, ce n’est pas qu’elles s’y plaisent; si elles endurent la faim, ce n’est pas qu’elles ne se soucient pas de manger; si elles s’exposent à la mort, ce n’est point qu’elles n’aiment pas la vie.

Si mes officiers n’ont pas un surcroît de richesses, ce n’est pas parce qu’ils dédaignent les biens de ce monde.

Faites en vous-même de sérieuses réflexions sur tout cela.

  Le jour du départ en campagne, lorsque vous aurez tout disposé dans votre armée et que tous vos ordres auront été donnés, s’il arrive que vos troupes nonchalamment assises donnent des marques de tristesse, tirez-les promptement de cet état d’assoupissement et de léthargie, donnez-leur des festins, faites-leur entendre le bruit du tambour et des autres instruments militaires.

  Donnez-leur des occupations, exercez-les, faites-leur faire des évolutions, menez-les même dans des lieux difficiles, où elles aient à travailler et à souffrir. Il faut savoir les charger, mais non pas jusqu’à les accabler; il faut même les forcer, mais avec discernement et mesure.

Sur la coordination, solidarité et rapidité :

Si vous voulez tirer un bon parti de votre armée, si vous voulez qu’elle soit invincible, faites qu’elle ressemble au Chouai Jen. Le Chouai Jen est une espèce de gros serpent qui se trouve dans la montagne de Tchang Chan. Si l’on frappe sur la tête de ce serpent, à l’instant sa queue va au secours, et se recourbe jusqu’à la tête; qu’on le frappe sur la queue, la tête s’y trouve dans le moment pour la défendre; qu’on le frappe sur le milieu ou sur quelque autre partie de son corps, sa tête et sa queue s’y trouvent d’abord réunies. Mais cela peut-il être pratiqué par une armée? dira peut-être quelqu’un. Oui, cela se peut, cela se doit, et il le faut.

De la bienveillance :

Quelques soldats du royaume de Ou se trouvèrent un jour à passer une rivière en même temps que d’autres soldats du royaume de Yue la passaient aussi; un vent impétueux souffla, les barques furent renversées et les hommes auraient tous péri, s’ils ne se fussent aidés mutuellement: ils ne pensèrent pas alors qu’ils étaient ennemis, ils se rendirent au contraire tous les offices qu’on pouvait attendre d’une amitié tendre et sincère, ils coopérèrent comme la main droite avec la main gauche.

  (Je) vous rappelle ce trait d’Histoire pour vous faire entendre que non seulement les différents corps de votre armée doivent se secourir mutuellement, mais encore qu’il faut que vous secouriez vos alliés, que vous donniez même du secours aux peuples vaincus qui en ont besoin; car, s’ils vous sont soumis, c’est qu’ils n’ont pu faire autrement ; si leur souverain vous a déclaré la guerre, ce n’est pas de leur faute.

Rendez-leur des services, ils auront leur tour pour vous en rendre aussi.

Esprit de corps – Intégration et nivellement des différences :

  Entretenir un niveau uniforme de bravoure, voilà la tâche du commandement.

En quelque pays que vous soyez, quel que soit le lieu que vous occupiez, si dans votre armée il y a des étrangers, ou si, parmi les peuples vaincus, vous avez choisi des soldats pour grossir le nombre de vos troupes, faites en sorte que jamais dans les corps qu’ils composent ils soient ou les plus forts, ou en majorité.

Quand on attache plusieurs chevaux à un même pieu, on se garde bien de mettre ceux qui sont indomptés, ou tous ensemble, ou avec d’autres en moindre nombre qu’eux, ils mettraient tout en désordre; mais lorsqu’ils sont domptés, ils suivent aisément la multitude.

  Dans quelque position que vous puissiez être, si votre armée est inférieure à celle des ennemis, votre seule conduite, si elle est bonne, peut la rendre victorieuse.

  Dans ces conditions d’infériorité, tout dispositif de défense aussi ancré soit-il (entraver les chevaux et enterrement des roues de chars) ne suffit pas à tenir vos troupes de la débâcle et de la fuite. C’est en unifiant les volontés et l’intelligence de terrain, en conjuguant la force et la souplesse de chaque partie, la bravoure et la prudence, les valeurs et la ruse que l’on tire parti d’une situation désavantageuse.

Du secret :

  Un bon général tire parti de tout, et il n’est en état de tirer parti de tout que parce qu’il fait toutes ses opérations avec le plus grand secret, qu’il sait conserver son sang-froid, et qu’il gouverne avec droiture, de telle sorte néanmoins que ses officiers et ses hommes restent dans l’ignorance de ses plans, déjouant ainsi toute prévision en gardant ses desseins secrets et impénétrables jusqu’aux yeux et aux oreilles de ses adversaires.

La confiance de ses hommes étant totale, toute manœuvre s’effectuant sans murmure, sans résistance de la part d’un seul.

Si ses propres gens ignorent ses desseins, comment les ennemis pourraient-ils les pénétrer?

Il sait si bien que ses troupes ne savent jamais ce qu’elles doivent faire, ni ce qu’on doit leur commander. Si les événements changent, il change de conduite ; si ses méthodes, ses systèmes ont des inconvénients, il les corrige toutes les fois qu’il le veut, et comme il le veut.

Un habile général sait d’avance tout ce qu’il doit faire; tout autre que lui doit l’ignorer absolument. Telle était la pratique de ceux de nos anciens guerriers qui se sont le plus distingués dans l’art sublime du gouvernement.

Voulaient-ils prendre une ville d’assaut, ils n’en parlaient que lorsqu’ils étaient aux pieds des murs. Ils montaient les premiers, tout le monde les suivait; et lorsqu’on était logé sur la muraille, ils faisaient rompre toutes les échelles.

  Un général regarde son armée comme un seul homme qu’il se charge de conduire car il lui incombe de rassembler ses troupes pour les jeter au cœur du danger. C’est pourquoi il se doit d’étudier avec la plus grande attention tant les lois qui président aux sentiments humains, que les stratégies de déploiement ou de repli des troupes selon chaque type de terrain – topographie, lieux et circonstances. On ne peut mener une armée sans connaissance géographique ou sans recourir à des guides locaux.

  Savoir travailler efficacement à cacher ses propres intentions et à découvrir celles de l’ennemi est une pré-condition, car qui dans son ignorance omet de se tenir au courant des menées des seigneurs ne pourra devancer leurs alliances.

Accordez des récompenses sans vous préoccuper des usages habituels, publiez des ordres sans respect des précédents, ainsi vous pourrez vous servir de l’armée entière comme d’un seul homme.

  Fort d’une armée conséquente et précédé d’une grande notoriété, l’esprit éclairé d’un Prince ambitieux (Roi Dominateur) et conquérant ne peut admettre d’engager aucune hostilité s’il n’a pas préparé son dessein en s’assurant de l’incapacité de son ennemi à concentrer ses forces et celui de bénéficier d’un appui allié. Renseigné du nombre de ses ennemis, de leur fort et de leur faible, du terrain et de ses alliances, il s’applique ensuite à réaliser ses buts par sa capacité à intimider ses opposants.

Ne divisez jamais vos forces; la concentration vous permet de tuer son général, même à une distance de mille lieues; là se trouve la capacité d’atteindre votre objet d’une manière ingénieuse.

Lorsque l’ennemi vous offre une opportunité, saisissez-en vite l’avantage; anticipez-le en vous rendant maître de quelque chose qui lui importe et avancez suivant un plan fixé secrètement.

  Le nœud de toute opération militaire dépend de votre faculté de faire semblant de vous conformer aux désirs de votre ennemi car la doctrine de la guerre consiste à suivre la situation de l’ennemi afin de décider de la bataille.

Éclairez toutes les démarches de l’ennemi, ne manquez pas de prendre les mesures les plus efficaces pour pouvoir vous assurer de la personne de leur général; faites tuer leur général, car vous ne combattez jamais que contre des rebelles.

Des Préparatifs :

Dès que votre armée sera hors des frontières, faites-en fermer les avenues, déchirez les instructions qui sont entre vos mains et ne souffrez pas qu’on écrive ou qu’on reçoive des nouvelles; rompez vos relations avec les ennemis, assemblez votre conseil et exhortez-le à exécuter le plan; après cela, allez à l’ennemi.

Avant que la campagne soit commencée, soyez comme une jeune fille qui ne sort pas de la maison; elle s’occupe des affaires du ménage, elle a soin de tout préparer, elle voit tout, elle entend tout, elle fait tout, elle ne se mêle d’aucune affaire en apparence.

  La campagne une fois commencée, présentez-vous à sa porte avec la timidité d‘une jeune femme ; votre adversaire n’en sera que plus vacillant : ouvrant alors ses portes avec autant de fébrilité que de méfiance mitigée, il crée la faille par laquelle s’engouffreront vos forces avec la rapidité et la promptitude d’un lièvre.

Fin du chapitre XI

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Sun Tzu 2020 – Les forces de la raison – Chapitre 10 : Espaces tactiques

Sun Tzu -Maîtres et dirigeants - Les forces de la raison

Ce dixième chapitre – sur les treize que compte le traité -, reprend les concepts déjà traités dans les précédents chapitres : du commandement au renseignement ; des facteurs liés aux espaces de projection à la posture d’un stratège.

Son titre peut aussi être : ‘De la topologie’ ou simplement : ‘Le terrain’, selon la plupart des interprètes.

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Il est écrit :

  Selon la nature, tous les lieux ne sont pas équivalents ; il y a six sortes d’espaces tactiques (de terrains) : ils peuvent être accessibles, insidieux (scabreux), neutralisants (neutres), resserrés (étroits), accidentés et étendus (lointains).

Si tous doivent être connus, certains doivent être traités avec vigilance, voire défiance.

  • Terrain accessible (jonctions de routes)

  Un terrain facilement abordable pouvant être aisément traversé est dit accessible. Ces terrains favorisent le déplacement et la liberté de mouvement. Sur un tel terrain, le premier arrivé à l’adret d’une éminence (position élevée) en ayant pris soin de sécuriser ses lignes d’approvisionnements aura un avantage tactique.

  • Terrain insidieux – scabreux (filet)

  Un terrain aisé en engagement mais difficile en dégagement. Ces lieux sont faciles d’accès mais leur configuration rend leur sortie difficile. Ces lieux sont ‘piégeux’ pour qui n’est pas préparé. De tels lieux favorisent les embuscades pour qui est préparé, des désastres pour les autres. Un terrain de cette configuration peut donc faire l’objet d’un espace tactique pour qui cherche à leurrer son adversaire en l’attirant au plus profond sans pouvoir s’échapper.

  Laisser un pareil espace libre est un leurre pour qui n’est pas préparé en matière de défense et de retrait.

  • Terrain neutre

  Ces terrains neutralisent les avantages des deux belligérants. Les difficultés étant identiques pour chacun, l’initiative d’engagement a de fortes chances de se solder pas un échec. Malgré les avantages perçus par la situation, les appâts et les leurres tactiques ne prendront que difficilement. Il faut alors trouver une parade afin de provoquer l’adversaire, l’engager puis battre en retraite pour l’attirer. Passant alors à la contre-attaque, le piéger en retour en engageant ses forces contre la moitié des siennes.

  • Terrain resserré – Gorge

  Ces terrains escarpés et difficiles n’offrent que d’étroits passages généralement bordés par des rochers ou des précipices. Ils n’offrent pas d’espaces libres et réduisent l’accès aux secours en cas d’altercations.

  Si vous êtes le premier à occuper ce terrain, bloquez les passages et attendez l’adversaire ; si, au contraire, celui-ci vous a devancé et bloque l’ensemble des défilés, il importe de ne pas le suivre sauf s’il omet de les bloquer complètement.

  • Terrain accidenté

  Sur ces terrains vallonnés ou montagneux, ondulés ou escarpés prendre de la hauteur n’est pas une allégorie. En ayant devancé l’adversaire, il faut en occuper les versants ensoleillés (sud). Si celui-ci vous a devancé, battre en retraite afin de l’attirer en renonçant à le suivre.

  • Terrain étendu – distant (lointain)

  Profils de terrain – surface plane – où à forces égales les chances de succès restent mitigées et incertaines. Si la distance entre vous et lui est assez considérable et que les deux armées sont à peu près égales, il ne tombera pas aisément dans les pièges que vous lui tendrez pour l’attirer au combat : ne perdez pas votre temps inutilement, vous réussirez mieux d’un autre côté.

  Tels sont les principes relatifs aux six sortes d’espaces tactiques. Tous doivent faire l’objet d’une étude minutieuse et il incombe aux stratèges d’en prendre connaissance avant tout engagement ; que vous convoitiez quelque campement avantageux ou que vous cherchiez à éviter les risques liés aux lieux dangereux ou peu commodes, usez d’une extrême diligence, persuadé que l’ennemi a le même objet que vous.

Ayez pour principe que votre adversaire cherche ses avantages avec autant d’empressement que vous. Employez toute votre industrie à lui donner le change de ce côté-là en le devançant dans votre connaissance du terrain et en occupant les espaces stratégiques clefs.

  La méconnaissance de ces principes engage les échecs des uns au profit du succès des autres. Une armée peut connaître la fuite, le relâchement, la déroute par confusion et détresse mais aucun de ces désastres ne peut être attribué à des causes naturelles ; sinon aux seules erreurs de commandement.

Négligence et incompétence : du renseignement au commandement

S’il néglige de s’instruire à fond de tout ce qui a rapport aux troupes qu’il doit mener au combat et à celles qu’il doit combattre :

  Si votre armée et celle de l’ennemi sont à peu près en nombre égal et d’égale force, il faut que des dix parties des avantages du terrain vous en ayez neuf pour vous; mettez toute votre application, employez tous vos efforts et toute votre industrie pour vous les procurer. Si vous les possédez, votre ennemi se trouvera réduit à n’oser se montrer devant vous et à prendre la fuite dès que vous paraîtrez; ou s’il est assez imprudent pour vouloir en venir à un combat, vous le combattrez avec l’avantage de dix contre un. Le contraire arrivera si, par négligence ou faute d’habileté, vous lui avez laissé le temps et les occasions de se procurer ce que vous n’avez pas.

S’il ne connaît pas exactement le terrain où il est actuellement, celui où il doit se rendre, celui où l’on peut se retirer en cas de malheur, celui où l’on peut feindre d’aller sans avoir d’autre envie que celle d’y attirer l’ennemi, et celui où il peut être forcé de s’arrêter, lorsqu’il n’aura pas lieu de s’y attendre ;

  Avec une connaissance exacte du terrain, un général peut se tirer d’affaire dans les circonstances les plus critiques. Il peut se procurer les secours qui lui manquent, il peut empêcher ceux qu’on envoie à l’ennemi; il peut avancer, reculer et régler toutes ses démarches comme il le jugera à propos; il peut disposer des marches de son ennemi et faire à son gré qu’il avance ou qu’il recule; il peut le harceler sans crainte d’être surpris lui-même; il peut l’incommoder de mille manières, et parer de son côté à tous les dommages qu’on voudrait lui causer. Calculer les distances et les degrés de difficulté du terrain, c’est contrôler la victoire. Celui qui combat avec la pleine connaissance de ces facteurs est certain de gagner; il peut enfin finir ou prolonger la campagne, selon qu’il le jugera plus expédient pour sa gloire ou pour ses intérêts.

  Vous pouvez compter sur une victoire certaine si vous connaissez tous les tours et tous les détours, tous les hauts et les bas, tous les allants et les aboutissants de tous les lieux que les deux armées peuvent occuper, depuis les plus près jusqu’à ceux qui sont les plus éloignés, parce qu’avec cette connaissance vous saurez quelle forme il sera plus à propos de donner aux différents corps de vos troupes, vous saurez sûrement quand il sera à propos de combattre ou lorsqu’il faudra différer la bataille, vous saurez interpréter la volonté du souverain suivant les circonstances, quels que puissent être les ordres que vous en aurez reçus; vous le servirez véritablement en suivant vos lumières présentes, vous ne contracterez aucune tache qui puisse souiller votre réputation, et vous ne serez point exposé à périr ignominieusement pour avoir obéi.

S’il n’est pas instruit de tous les mouvements de l’armée ennemie et des desseins qu’elle peut avoir dans la conduite qu’elle tient ou s’il fait mouvoir son armée hors de propos en territoire inconnu sans effectifs insuffisants ni corps d’élite face à un ennemi préparé ;

  Dans quelque espèce de terrain que vous soyez, si vous êtes au fait de tout ce qui le concerne, si vous savez même par quel endroit il faut attaquer l’ennemi, mais si vous ignorez s’il est actuellement en état de défense ou non, s’il est disposé à vous bien recevoir, et s’il a fait les préparatifs nécessaires à tout événement, vos chances de victoire sont réduites de moitié.

  Quoique vous ayez une pleine connaissance de tous les lieux, que vous sachiez même que les ennemis peuvent être attaqués, et par quel côté ils doivent l’être, si vous n’avez pas des indices certains que vos propres troupes peuvent attaquer avec avantage, j’ose vous le dire, vos chances de victoire sont réduites de moitié.

  Si vous êtes au fait de l’état actuel des deux armées, si vous savez en même temps que vos troupes sont en état d’attaquer avec avantage, et que celles de l’ennemi leur sont inférieures en force et en nombre, mais si vous ne connaissez pas tous les coins et recoins des lieux circonvoisins, vous ne saurez s’il est invulnérable à l’attaque; je vous l’assure, vos chances de victoire sont réduites de moitié.

Si ses troupes sont hardies et ses officiers timorés et faibles, il y aura relâchement ; si ce sont les officiers qui sont hardis et les troupes faibles, il y aura enlisement ;

…/… car les soldats pleins de courage et de valeur ne voudront pas se déshonorer; ils ne voudront jamais que ce que des officiers lâches et timides ne sauraient leur accorder, de même des officiers vaillants et intrépides seront à coup sûr mal obéis par des soldats timides et poltrons.

Si des lieutenants belliqueux entreprennent des actions individuelles sans concert ni coordination avec le général, il y a risque d’écroulement ;

  Si les officiers généraux sont faciles à s’enflammer, et s’ils ne savent ni dissimuler ni mettre un frein à leur colère, quel qu’en puisse être le sujet, ils s’engageront d’eux-mêmes dans des actions ou de petits combats dont ils ne se tireront pas avec honneur, parce qu’ils les auront commencés avec précipitation, et qu’ils n’en auront pas prévu les inconvénients et toutes les suites; il arrivera même qu’ils agiront contre l’intention expresse du général, sous divers prétextes qu’ils tâcheront de rendre plausibles ; et d’une action particulière commencée étourdiment et contre toutes les règles, on en viendra à un combat général, dont tout l’avantage sera du côté de l’ennemi. Veillez sur de tels officiers, ne les éloignez jamais de vos côtés ; quelques grandes qualités qu’ils puissent avoir d’ailleurs, ils vous causeraient de grands préjudices, peut-être même la perte de votre armée entière.

S’il divise ses troupes sans nécessité, ou sans y être comme forcé par la nature du lieu où il se trouve, ou sans avoir prévu tous les inconvénients qui pourraient en résulter, ou sans une certitude de quelque avantage réel de cette dispersion ;

Si par manque de fermeté et de rigueur ou de clarté dans ses instructions, il souffre que le désordre s’insinue peu à peu dans son armée ;

  Si un général est pusillanime, il n’aura pas les sentiments d’honneur qui conviennent à une personne de son rang, il manquera du talent essentiel de donner de l’ardeur aux troupes ; il ralentira leur courage dans le temps qu’il faudrait le ranimer ; il ne saura ni les instruire ni les dresser à propos ; il ne croira jamais devoir compter sur les lumières, la valeur et l’habileté des officiers qui lui sont soumis, les officiers eux-mêmes ne sauront à quoi s’en tenir; il fera faire mille fausses démarches à ses troupes, qu’il voudra disposer tantôt d’une façon et tantôt d’une autre, sans suivre aucun système, sans aucune méthode; il hésitera sur tout, il ne se décidera sur rien, partout il ne verra que des sujets de crainte; et alors le désordre, et un désordre général, régnera dans son armée.

Pour peu que leur chef les aime comme des fils bien aimés, les soldats confiants le suivront en enfer et au sacrifice ;

  Mais un général trop indulgent incapable d‘employer ses hommes conformément aux besoins et de s’en faire obéir, crée les conditions d’indiscipline, d’insoumission et de perte de contrôle qui, à l’instar d’enfants gâtés, engendrent une incapacité à s’engager et à se battre.

  Dans quelque espèce de terrain que vous soyez, vous devez regarder vos troupes comme des enfants qui ignorent tout et qui ne sauraient faire un pas ; il faut qu’elles soient conduites; vous devez les regarder, dis-je, comme vos propres enfants; il faut les conduire vous-même. Ainsi, s’il s’agit d’affronter les hasards, que vos gens ne les affrontent pas seuls, et qu’ils ne les affrontent qu’à votre suite. S’il s’agit de mourir, qu’ils meurent, mais mourez avec eux.

Si, sur des indices incertains, il se persuade trop aisément que le désordre règne dans l’armée ennemie, et qu’il n’agisse en conséquence ;

Si son armée dépérit insensiblement, sans qu’il se mette en devoir d’y apporter un prompt remède ;

  Si un général ignore le fort et le faible de l’ennemi contre lequel il a à combattre, s’il n’est pas instruit à fond, tant des lieux qu’il occupe actuellement que de ceux qu’il peut occuper suivant les différents événements, il lui arrivera d’opposer à ce qu’il y a de plus fort dans l’armée ennemie ce qu’il y a de plus faible dans la sienne, à envoyer ses troupes faibles et aguerries contre les troupes fortes, ou contre celles qui n’ont aucune considération chez l’ennemi, à ne pas choisir des troupes d’élite pour son avant-garde, à faire attaquer par où il ne faudrait pas le faire, à laisser périr, faute de secours, ceux des siens qui se trouveraient hors d’état de résister, à se défendre mal à propos dans un mauvais poste, à céder légèrement un poste de la dernière importance ; dans ces sortes d’occasions il comptera sur quelque avantage imaginaire qui ne sera qu’un effet de la politique de l’ennemi, ou bien il perdra courage après un échec qui ne devrait être compté pour rien. Il se trouvera poursuivi sans s’y être attendu, il se trouvera enveloppé. On le combattra vivement, heureux alors s’il peut trouver son salut dans la fuite. C’est pourquoi, pour en revenir au sujet qui fait la matière de cet article, un bon général doit connaître tous les lieux qui sont ou qui peuvent être le théâtre de la guerre, aussi distinctement qu’il connaît tous les coins et recoins des cours et des jardins de sa propre maison.

  Alors un tel général ne peut être que l’architecte d’une déroute et la dupe de ses ennemis, qui lui donneront le change par des stratagèmes étudiés, par des fuites et des marches feintes, et par un total de conduite dont il ne saurait manquer d’être la victime.

La combinaison d’une part, de l’ignorance en matière de renseignements vitaux et d’une autre part, d’un commandement incompétent ne doivent occulter les nombreuses défaites autant liées aux méconnaissances topographiques. Ainsi un homme, que la naissance où les événements semblent destiner aux responsabilités de commandant (à la dignité de général), doit employer tous ses soins et faire tous ses efforts pour se rendre habile dans cette partie de l’art des stratèges- guerriers.

  Ceux qui sont véritablement habiles dans l’art martial font toutes leurs marches sans désavantage, tous leurs mouvements sans désordre, toutes leurs attaques à coup sûr, toutes leurs défenses sans surprise, leurs campements avec choix, leurs retraites par système et avec méthode ; ils connaissent leurs propres forces, ils savent quelles sont celles de l’ennemi, ils sont instruits de tout ce qui concerne les lieux.

Un commandant malheureux est toujours un commandant coupable.

C’est pourquoi il est dit :

Connais-toi toi-même, connais ton ennemi, ta victoire ne sera jamais mise en danger. Connais le terrain, connais ton temps, ta victoire sera alors totale.

 

Fin du chapitre X

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Sun Tzu 2020 – Les forces de la raison – Chapitre 9 : Règles d’occupation

Sun Tzu -Maîtres et dirigeants - Les forces de la raison

Ce neuvième chapitre – sur les treize que compte le traité -, reprend certains des principes généraux relatifs aux manœuvres et mouvements abordés dans les précédents chapitres ; s’ajoutent à ces variables, des facteurs topographiques spécifiques, précautions tactiques et disciplinaires.

Son titre peut aussi être : ‘De la distribution des moyens’ ; ‘L’armée en campagne’ ou simplement : ‘Marches’, selon ses interprètes.

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Il est écrit :

  Selon Sun Tzu, plusieurs règles d’occupation du terrain sont à observer. La connaissance des positions probables ou réelles de vos adversaires étant capitale dans vos calculs de position, mettez-vous au fait du terrain afin de choisir une position avantageuse afin de pouvoir les affronter.

De la topographie : Élévations : Hauteurs et orientations

  Un campement élevé favorise le renforcement d’une position. Combattre en position dominante est plus aisé du haut vers le bas et non le contraire. Monter à l’assaut d’une hauteur requiert une démultiplication des forces, une visibilité réduite des défenses postées avec un risque d’exposition constante.

  Il est recommandé de dresser la position au sud, sur le versant ensoleillé en sécurisant les pourtours afin de bénéficier d’une meilleure luminosité, d’un air salubre et de ressources alimentaires en plus grande abondance.

  Si, informé par vos vigies, vos adversaires entreprennent une ascension par le versant opposé pour vous surprendre, vous pourrez soit vous retirer à loisir, soit les attendre de pied ferme avec une plus grande facilité et moins d’efforts humains.

  La recherche de l’efficacité tactique implique de ne jamais s’engager par le bas dans un assaut sur un terrain ascensionnel. A défaut de nécessité, les risques encourus seraient disproportionnés.

De la topographie : Fleuves et cours d’eau

  A proximité d’un cours d’eau il est vital d’en connaître ses sources, ses bas-fonds, ses méandres et tous les endroits où des rétrécissements permettent le passage à gué. Ces précautions vous éviteront que surpris, vos forces contournées par l’arrière, vous n’ayez aucun lieu pour vous retirer en cas de malheur, sinon celui d’être acculé à la rive puis contraint à une fuite périlleuse pour les hommes et les matériels en la traversant.

  Si, informé des desseins de vos adversaires et de leur présence, vous appreniez que ceux-ci vous consentent à traverser une ligne d’eau, faites en sorte de vous poster de manière à pouvoir attaquer ses forces alors que seule la moitié de celle-ci l’aura traversé.

  Près des rivières mêmes tenez toujours les hauteurs australes, jamais en aval et éloignez-vous des cours d’eau.

  Voici pourquoi, si vous devez passer une ligne d’eau, ne le faites jamais en présence de l’ennemi et éloignez-vous-en pour établir votre campement.

De la topographie : Marais et zones humides

  Ces lieux sont malsains et doivent être évités ou traversés au plus vite. En cas d’affrontement sur ces zones marécageuses, il convient alors de se tenir aux bords à proximité d’herbes aquatiques et dos à la forêt en se gardant bien de s’engager trop avant.

De la topographie : Terrain plat

  Si vous êtes en plaine dans des lieux unis et secs, ayez toujours votre gauche à découvert votre flanc droit étant plus vulnérable (le bouclier se portant à gauche). En face, un terrain à découvert ; flanqué à droite et adossé sur ses arrières par des éminences surplombants le lieu ; champ de bataille en avant, arrières assurés – lieux de mort au-devant, lieux de vie et de secours en cas d’extrême nécessité à l’arrière.

  Tels sont les avantages des différentes formes de contraintes topographiques pour se déployer et établir ses campements ; connaissances précieuses, d’où dépend la plus grande partie des succès militaires. C’est en particulier parce qu’ils possèdent ces connaissances que les meilleurs stratèges gagnent des victoires.

Il faut donc en conclure les règles suivantes :

Que les terrains élevés et bien ensoleillés sont en général plus salutaires aux troupes que les lieux bas et profonds. Cette disposition garantit une meilleure salubrité et une plus grande solidité. Vallons et montagnes sont aussi des remparts protecteurs et salvateurs pour qui veut sécuriser son flanc le plus vulnérable et ménager ses arrières.

 De l’eau : Il faut se rappeler des avantages et inconvénients que les lignes d’eau procurent en marge d’un campement ou lors d’une progression. Tenir une position haute, c’est maîtriser la source plus pure d’un torrent pour ses gués plus fréquents et des risques de crus moins conséquents.

  Il faut laisser à vos adversaires les courants plus puissants en aval et ses eaux troubles et turbides. En montagne, la conjonction des eaux et d’une topographie accidentée favorisent l’occurrence de crues puissantes avec ses pièges : torrents à pic ; puits, filets, prisons, fosses et crevasses célestes.

« Les eaux furieuses des montagnes escarpées sont des ‘torrents à pic’. Un endroit entouré en hauteurs présentant au centre un terrain en contrebas est appelé « puits céleste ». Lorsque franchissant des montagnes, on se trouve dans un passage ressemblant à une cage couverte, c’est une « prison céleste ». Les endroits où les troupes peuvent être prises au piège et se voir couper la route s’appellent « filets célestes ». Un affaissement du sol est un « piège céleste ». Lorsque les gorges d’une montagne sont étroites et la route effondrée sur plusieurs dizaines de pieds, vous avez à faire à une « crevasse céleste ». (commentaires de Ts’ao Ts’ao)

  Lorsque la nécessité ou le hasard vous y aura conduit, tenez-vous à l’écart de tels lieux sans pour autant négliger d’y conduire vos adversaires en s’y plaçant de telle manière que ces derniers s’y adossent.

Pour ce qui est des défilés et des lieux entrecoupés par des précipices et par des rochers, des lieux marécageux et glissants, des lieux étroits et couverts comme des montagnes – paysages de collines et vallons -, espaces boisés couverts d’épaisses broussailles enchevêtrées : il faut procéder à des repérages méticuleux, ce sont là des lieux d’embuscades qu’affectionnent aussi les yeux de vos adversaires. Défiez-vous-en; soyez dans une attention continuelle.

  Si vous en êtes loin, n’en approchez pas; si vous en êtes près, ne vous mettez pas en mouvement que vous n’ayez fait reconnaître tous les environs. En cas d’affrontement, faites en sorte qu’il ait tout le désavantage du terrain de son côté et ne vous engagez que lorsqu’il sera à découvert.

  Si ceux de vos forces avancées que vous avez envoyés à la découverte vous font dire que l’adversaire est proche et se tien coi : il compte sur sa position stratégique. Loin et provoquant : il attire à lui. Il prend position sur un lieu dégagé : il cache quelque atout. Les arbres sont en mouvement, quoique par un temps calme, concluez que l’ennemi est en marche. De nombreux obstacles sont placés parmi les herbes et les broussailles : c’est une ruse et il se camoufle. Les oiseaux s’envolent : une embuscade se prépare. Les colonnes verticales de poussière signalent l’approche de chars alors que celles basses et évasées, une armée de fantassins. Quand les grands animaux fuient : une embuscade ou une offensive générale est proche.

  Tels sont les indices généraux dont vous devez tâcher de profiter, tant pour savoir la position de ceux avec lesquels vous devez vous mesurer que pour faire avorter leurs projets, et vous mettre à couvert de toute surprise de leur part.

  En voici quelques autres auxquels vous devez une plus particulière attention : Si tirer parti de chaque situation implique que vous soyez éclairé des démarches de vos adversaires grâce à vos vigies et forces avancés de distance en distance, il est tout aussi important que vos espions soient dans la place, jusque sous la tente de leur général.

 Lorsque ceux de vos espions qui sont près du camp des ennemis vous feront savoir qu’on y parle bas, tenant d’humbles discours de manière mystérieuse ; retenus dans tous leurs discours, concluez qu’ils pensent à une action générale, et qu’ils en font déjà les préparatifs : allez à eux sans perdre de temps. Ils veulent vous surprendre, surprenez-les vous-même.

 Si vous apprenez au contraire qu’ils sont ostentatoires et démonstratifs ; bruyants et hautains dans leurs discours, soyez certain qu’ils pensent à la retraite et qu’ils n’ont nullement envie d’en venir aux mains.

 Lorsque ses envoyés parlent en termes flatteurs, l’ennemi souhaite obtenir une trêve.

Ses intercesseurs demandent une trêve sans entente préalable ou pourparlers : il complote. Gardez-vous bien d’écouter alors les propositions de paix ou d’alliance qu’ils pourraient vous faire, ce ne serait qu’un artifice de leur part.

 Lorsqu’on vous fera savoir qu’on a vu quantité de chars vides précéder leur armée, préparez-vous à combattre, car les ennemis viennent à vous en ordre de bataille.

S’ils font des marches forcées, c’est qu’ils croient courir à la victoire; s’ils vont et viennent, s’ils avancent en partie et qu’ils reculent autant, c’est qu’ils veulent vous attirer au combat ou vous tendre un piège.

 Si passant près de quelque rivière, ils courent tous en désordre pour se désaltérer ou que les soldats de corvée d’eau se servent avant les autres c’est qu’ils ont souffert de la soif ; si leur ayant présenté l’appât de quelque chose d’utile pour eux, sans cependant qu’ils aient su ou voulu en profiter, c’est qu’ils sont las ou qu’ils ont peur ; s’ils n’ont pas le courage d’avancer, quoiqu’ils soient dans les circonstances où il faille le faire, c’est qu’ils sont dans l’embarras, dans les inquiétudes et les soucis.

Le vol des oiseaux ou les cris de ceux-ci peuvent vous indiquer la présence d’embuscades invisibles. Un camp ou les oiseaux se posent est vide.

Si vous apprenez que, dans le camp des ennemis, il y a des festins continuels, qu’on y boit et qu’on y mange avec fracas, soyez-en bien aise; c’est une preuve infaillible que leurs généraux n’ont point d’autorité.

Si leurs étendards changent souvent de place, c’est une preuve qu’ils ne savent à quoi se déterminer, et que le désordre règne parmi eux.

Si les soldats se groupent continuellement, et chuchotent entre eux, c’est que le général a perdu la confiance de son armée. L’excès de récompenses et de punitions montre que le commandement est au bout de ses ressources, et dans une grande détresse; si l’armée va même jusqu’à se saborder et briser ses marmites, c’est la preuve qu’elle est aux abois et qu’elle se battra jusqu’à la mort.

Si leurs officiers subalternes sont inquiets, mécontents et qu’ils s’emportent facilement, c’est une preuve qu’ils sont ennuyés, excédés ou accablés sous le poids d’une fatigue inutile.

Si dans différents quartiers de leur camp on tue furtivement des chevaux, dont on permette ensuite de manger la chair, c’est une preuve que leurs provisions sont sur la fin. Si ces faits se produisent dans votre camp, hâtez-vous d’y mettre ordre.

Gouvernance : De la discipline et du régalien :

Être obligé de faire preuve de la plus grande cruauté et d’user de violence envers ses propres hommes pour ensuite les craindre en retour est d’avoir atteint l’extrême limite de la discipline est la marque d’une grande incompétence.

Veillez aussi sur vos propres troupes, ayez l’œil à tout, sachez tout, empêchez les vols et les brigandages, la débauche et l’ivrognerie, les mécontentements et les cabales, la paresse et l’oisiveté.

Si vos troupes paraissent pauvres, et qu’elles manquent quelquefois d’un certain petit nécessaire; outre la solde ordinaire, faites-leur distribuer quelque somme d’argent, mais gardez-vous bien d’être trop libéral ; l’abondance d’argent est souvent plus funeste qu’elle n’est avantageuse et plus préjudiciable qu’utile; par l’abus qu’on en fait, elle est la source de la corruption des cœurs et la mère de tous les vices.

Si vos soldats – audacieux qu’ils étaient auparavant -, deviennent timides et craintifs, si chez eux la faiblesse a pris la place de la force, la bassesse, celle de la magnanimité, soyez sûr que leur cœur est gâté ; cherchez la cause de leur dépravation et tranchez-la jusqu’à la racine.

Si, sous divers prétextes, quelques-uns vous demandent leur congé, c’est qu’ils n’ont pas envie de combattre, ne les refusez pas tous; mais, en l’accordant à plusieurs, que ce soit à des conditions honteuses.

S’ils viennent en troupe vous demander justice d’un ton mutin et colère, écoutez leurs raisons, ayez-y égard ; mais, en leur donnant satisfaction d’un côté, punissez-les très sévèrement de l’autre.

Si, lorsque vous aurez fait appeler quelqu’un, il n’obéit pas promptement, s’il est longtemps à se rendre à vos ordres, et si, après que vous aurez fini de lui signifier vos volontés, il ne se retire pas, défiez-vous, soyez sur vos gardes.

En un mot, la conduite des troupes demande des attentions continuelles de la part d’un commandant. Sans quitter de vue l’armée des ennemis, il faut sans cesse éclairer la vôtre.

Sachez lorsque le nombre des ennemis augmentera, soyez informé de la mort ou de la désertion du moindre de vos soldats.

Si l’armée ennemie est inférieure à la vôtre, et si elle n’ose pour cette raison se mesurer à vous, allez l’attaquer sans délai, ne lui donnez pas le temps de se renforcer ; une seule bataille est décisive dans ces occasions. Mais si, sans être au fait de la situation actuelle des ennemis, et sans avoir mis ordre à tout, vous vous avisez de les harceler pour les engager à un combat, vous courez le risque de tomber dans ses pièges, de vous faire battre, et de vous perdre sans ressource.

Si vous ne maintenez une exacte discipline dans votre armée, si vous ne punissez pas exactement jusqu’à la moindre faute, vous ne serez bientôt plus respecté, votre autorité même en souffrira, et les châtiments que vous pourrez employer dans la suite, bien loin d’arrêter les fautes, ne serviront qu’à augmenter le nombre des coupables.

  Or si vous n’êtes ni craint ni respecté, si vous n’avez qu’une autorité faible, et dont vous ne sauriez vous servir sans danger, comment pourrez-vous être avec honneur à la tête d’une armée ? Comment pourrez-vous vous opposer aux ennemis de l’État ?

Quand vous aurez à punir, faites-le de bonne heure et à mesure que les fautes l’exigent. Quand vous aurez des ordres à donner, ne les donnez point que vous ne soyez sûr que vous serez exactement obéi.

Instruisez vos troupes, mais instruisez-les à propos; ne les ennuyez point, ne les fatiguez point sans nécessité; tout ce qu’elles peuvent faire de bon ou de mauvais, de bien ou de mal, est entre vos mains.

En matière martiale, le grand nombre seul ne confère pas l’avantage ; n’avancez jamais en comptant sur la seule puissance militaire. Une armée composée des mêmes hommes peut être très méprisable commandée par tel général, tandis qu’elle sera invincible commandée par tel autre :

Savoir être prévoyant et savoir correctement estimer la situation en concentrant ses forces pour attirer à soi vos adversaires au moment propice et à l’endroit voulu.

Savoir ne jamais sous-estimer votre adversaire.

Savoir gagner le cœur des hommes en les enflammant d’une ardeur combative.

S’assurer d’une discipline sans faille ; d’instructions claires et justifiées ; d’ordres efficaces et parfaitement exécutées, afin d’éviter désobéissances et indiscipline car :

« on éduque les hommes par les institutions civiles, on les soude par la discipline militaire. »

(Traduction et interprétation de Jean Lévi)

  Ainsi, les instructions et les ordres étant en toutes circonstances justifiés seront parfaitement exécutés formant un liant naturel de confiance entre dirigeants et subordonnés.

  Telles sont les attentions que vous devez à toutes les démarches, tant les vôtres que celles de vos adversaires.

Une telle minutie dans les détails peut paraître superflue, mais elle procède d’un constat : que rien de tout ce qui peut contribuer à vous faire triompher n’est négligeable.

 

Fin du chapitre IX

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