Sun Tzu : un Maître au service des Dirigeants | La Sagesse et l’Intelligence des Anciens au service des Dirigeants Stratèges |

Présentation du Blog

Comprendre les clefs des meilleures gouvernances stratégiques

  Intitulé “Sun Tzu parle aux dirigeants stratèges “, ce blog explore les arcanes de la pensée et des cultures stratégiques des civilisations les plus performantes afin d’en définir les contours et les secrets (Arcana Strategia & Arcana Imperii). Il propose un forum de réflexion stratégique en ces temps inédits ‘pandémiques’ — chapitre ô combien révélateur de notre atavisme en matière de gouvernance stratégique dont les défauts d’anticipation et de gestion des risques en sont les principaux symptômes. Si pour certains, ce chapitre ne reste qu’un évènement ‘révélateur’ à bas bruit, pour les stratèges il va s’agir à partir de maintenant d’en saisir les effets ‘accélérateurs’ : pour nos démocraties, nos priorités économiques, technologiques, géostratégiques et y intégrer les nouveaux risques politiques liés à la ‘fin’ — non pas de l’Histoire — mais des idéologies qui ont battis un ordre mondial issu d’un autre temps, d’une autre époque.

  Initié en 2018, il participe humblement à sa manière, à décrypter les meilleures méthodes et cultures stratégiques sous-jacentes aux gouvernances les plus efficaces. Si l’Histoire se répète, alors peut-être que nos solutions d’avenir sont à décrypter dans notre passé…

  Dirigeants et Gouvernants trouveront peut-être ici les sources philosophiques et les ressources cognitives d’un Art : celui de la gouvernance éclairée des Hommes de Raison. Dans un monde irrémédiablement entré dans une ère de déconnexion des réalités sensibles et de fragilité numérique, l’amnésie collective associée à l’absence de discernement raisonné nous conduira une fois de plus — à défaut d’un sursaut — au cœur des ténèbres : celui de l’obscurantisme et de la barbarie.

  Auteur de plusieurs restitutions et ouvrages sur Sun Tzu et la pensée stratégique, Jérôme Gabriel propose une nouvelle approche managériale centrée sur les meilleures pratiques de gouvernance stratégique intégrant les notions de management de rupture et d’anticipation, de gestion des risques (comités stratégiques) et de sûreté-sécurité économique.

En cliquant sur l’image ci-dessous, vous trouverez l’ensemble indexé des articles publiés dans ce blog par thématiques principales.

Sun Tzu parle aux dirigeants stratèges - Index du blog

Avant-propos sur ce blog

Démocratie et Gouvernance : de l’état stratège au dirigeant stratège

   Nous, simples blogueurs des temps modernes ne sommes nous pas les colporteurs inconscients de nos pairs et mentors ? – le plus souvent grecs, tels Pythagore, Socrate et Platon ou encore Périclès et Euripide -, dont les nombreux legs ont profondément influencé nos meilleurs philosophes occidentaux dans l’élaboration d’une vision du monde rationnelle et structurée.

  Enfants légitimes, mais aussi légataires de sociétés démocratiques enfantées dans la douleur ; héritiers d’une paix chèrement acquise au prix fort – celui du sang -, l’Histoire nous démontre encore chaque jour qu’aucun modèle politique ou philosophique, aucun procédé ni méthode d’organisation ne garantit à elle seule la bonne gouvernance d’une nation ou la pérennité d’une entreprise.

  Les aléas du temps font de la gouvernance un exercice des plus difficiles à comprendre. La maîtrise de cet art ne dépend pas d’un seul mais d’une intelligence collective portée par un but commun œuvrant en territoire inconnu. Parce que rien n’est immuable et qu’aucune condition favorable n’est jamais acquise dans le temps, nous sommes constamment mis à l’épreuve dans nos capacités de survie par l’adaptation et la résilience ; chaque jour condamnés ou graciés par les aléas à se prémunir des risques, affronter l’inconnu ou saisir les opportunités malgré les dangers.

Le ‘Sun Tzu’ : entre guerre et paix

  Ce qui fut le premier traité historique dénommé L’art militaire des Chinois (pour sa traduction la plus juste) – et non “l’art de la guerre” -, aurait été rédigé au cours du 4° siècle avant J.-C, il y a 2500 ans, par un exceptionnel général d’armée nommé Sun Tzu (de son vrai nom Sun Wu), dont l’appellation honorifique signifie : Maître Sun de Wu (Sun Zi en pinyin). “L’art de la guerre” reste un sujet à débat quant à sa paternité mais nous n’en ferons pas cas ici.

  La première version occidentale traduite des 13 chapitres chinois originaux de ce traité date de 1772. Cette première traduction et interprétation est l’œuvre d’un jésuite -le père Amiot -, en poste à Pékin sous la dynastie Qing (1644-1912) de cette même ère. Si cette première version en langue tartare-mandchoue reste relativement orientée, voire ‘colorée’, sa valeur documentaire reste encore à ce jour une des meilleures références de travail pour les universitaires – exégètes, sinologues et philosophes – mais aussi et surtout pour les professionnels portés par leurs fonctions stratégiques. La version d’Amiot date de 1710 et serait probablement la plus ‘aboutie’ dans sa forme finale puisqu’elle serait le fruit d’adjonctions éclairées de nombreux stratèges et philosophes chinois au cours du temps.

  Sun Tzu fut en effet le premier général à fournir les conditions fondamentales de conduite du pouvoir en alliant la stratégie à la tactique ainsi qu’une doctrine pratique de gouvernance dictant non seulement les méthodes mais surtout l’état d’esprit et les bonnes pratiques d’un commandant stratège afin d’anticiper les conflits, les éviter par tous les moyens et, en dernier ressort, vaincre l’adversité par les moyens humains, la sophistication tactique et les stratagèmes politiques les plus efficaces pratiqués encore à ce jour en matière de stratégie.

 

#art_de_la_guerre #stratégie

Sun Tzu 2020 : une nouvelle version adaptée pour Le Temps

  Plusieurs versions existent du « Sun Tzu [Zi] (Wu) Bing Fa » qui, outre sa première version traduite en ‘Art de la guerre’, reste à relativiser dans le temps – plus de 2500 ans – quant aux variantes possibles du sens des caractères chinois utilisés pour son titre. Le sens des caractères ‘bing’ (armes, soldats, troupes, militaires) et ‘fa’ (loi, méthode, conformité, magique) restent néanmoins cohérent dans le contexte général du traité qui aurait bien pu s’appeler (mais hors contexte) : ‘méthodes militaires’ ou ‘la voie des armes’. Son titre pourrait donc être trompeur sauf si, comme on le voit, l’on se réduit à une grille de lecture purement martiale ; ce qui n’est pas le cas.

  L’art de la guerre est surtout un recueil philosophique universel s’inscrivant plus justement, selon Jean Lévi, dans une réflexion bien plus globale dans laquelle « rhétorique, diplomatie, commerce, politique et contrôle de soi se répondent ». Ces ‘forces’ utilisées avec méthode et raison permettent les conditions avantageuses décrites dans le traité. Porté sur l’art de la gouvernance, les tactiques psychologiques et la stratégie politique, je lui ai préféré le titre Maîtres et Dirigeants : Les forces de la raison.

Sun Tzu -Maîtres et dirigeants - Les forces de la raison

Une nouvelle synthèse de Sun Tzu, adaptée,

enrichie et libre de droit.

  Outre la première version traduite et référentielle de l’art de la guerre du Père Amiot, il existe une dizaine de variantes ‘occidentalisées’ du texte originel. La plupart retraduites littéralement du français à partir de la version initiale du Père Amiot (1772)  ; du groupe de l’Impensé radical, Lucien Nachin et plus récemment Valérie Niquet et de celle, la plus récente de Jean Lévi pour les francophones. Pour les versions de référence anglophones, plusieurs versions sont actuellement disponibles et pour les principales : Lionel Giles (1910), Samuel Griffith (1963), Thomas Cleary (1988), Ralph Sawyer (1993), et la dernière en date Jonathan Clements (2012). De toutes ces références, la seule version anglophone a faire encore de nos jours l’unanimité parmi les spécialistes reste celle de Samuel Griffith. Cette dernière version, traduite en français par Francis Wang en 1972 pour Flammarion, possède le mérite d’intégrer les commentaires des glossateurs de l’époque – historiens, philosophes et stratèges -, dans la compréhension des textes originaux et leurs applications concrètes.

Méthodologie de cette nouvelle version 2020

 La présente version des treize chapitres de l’Art de la Guerre de Sun Tzu pour les dirigeants stratèges- dont les 13 articles représentent à eux seuls près de 30.000 mots, porte pour intitulé : Les forces de la raison.

  Ces treize chapitres sont rendus ici dans leur plus grande intégralité – la plus récente – quand cela aura été possible. Seules les versions d’Amiot (et version de l’I.R) et celle de L. Giles étant libre de droit, la version majeure – support de base – utilisée dans le travail croisé des interprétations du Sun Tzu a été celle du Père Amiot, reprise dans son intégralité puis mise à jour par croisement avec les meilleures versions les plus récentes.

  Pour cela, chaque chapitre de cette nouvelle version a fait l’objet d’un croisement systématique des dernières versions de référence provenant pour la langue française de la traduction et des travaux exceptionnels de l‘Impensé radical, Jean Lévi et Valérie Niquet pour les francophones et de Samuel Griffith pour les anglophones.

  Pour la version anglaise, outre la version de Lionel Giles restant contestée encore à ce jour, le même travail de croisement a été effectué sur les travaux originaux en anglais de Thomas Cleary (1988) et Jonathan Clements (2012).

La restitution publiée sur ce blog est en conformité avec les lois internationales sur le Copyright et dans le respect intégral des précédentes versions et leurs auteurs. Chaque chapitre publié sur ce blog a fait l’objet de vérifications systématiques avant sa mise en ligne.

Nous commencerons par cette citation : « Connais ton ennemi et connais-toi toi-même ; eussiez-vous cent guerres à soutenir, cent fois vous serez victorieux.»

#intelligence #economique #renseignements #affaires #suisse

En vous remerciant pour vos contributions, je vous souhaite d’excellentes lectures.

 

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#jerome #gabriel #dirigeantstratege #affaires #sécurité #économique

Sun Tzu et l’entreprise stratégique : retrouver du sens en Post-Pandemia

Dépasser la confusion

Sun Tzu and dealing with the future

C’est un constat, le monde économique est en pleine réorganisation. Réorganisations sectorielles, structurelles et sociétales. A la période de repli et d’incertitude se profile une ère de confusion.

Un ‘rien ne va plus’ économique …

Valeurs et nombres s’entrechoquent de manière chaotique comme des électrons libres dans le vide stellaire. Priorités et urgences s’amalgament puis se détachent dans une course irrationnelle à la recherche d’une solution stable : celle d’une société apaisée par un projet économique et social viable pour tous et surtout durable.

Voilà deux ans bientôt qu’un virus s’est invité à la table – transformant nos enjeux économiques en jeux de casino. D‘un côté, l’économie réelle dont le socle est devenu le plateau d’une roulette qui semble perdre des numéros à chacun de ses tours ; de l’autre – dans la salle Black Jack des Bourses – des néo-capitalistes désinhibés tentent leur va-tout à la fortune du désespoir : la fortune promise d’un monde virtuel de blocs et de chaînes où l’entreprise n’est plus un projet commun de croissance, mais un amalgame d’avatars digitalisés où les seules valeurs collectives partagées sont l’individualisme et la quête du jackpot.

Un monde meilleur ou un meilleur des mondes ?

Ce ‘Meilleur des mondes’ d’Aldous Huxley s’est enfin invité chez nous avec les traits anxiogènes d’une ‘révolution ultime’ sans que le fracas d’un seul canon ait été entendu. En un temps record, subrepticement, nous avons été contraints de nous téléporter de l’entreprise à «l’USS Enterprise » de Star Trek. Du Temps des incertitudes, le monde semble avoir hérité celui de la confusion, de la dilution du sens commun.

Un pays dont l’armée est désemparée et traverse une crise de confiance sera victime de tentatives de subversion de la part de ses rivaux. C’est là le sens du proverbe : « la confusion et le désordre dans une armée offrent la victoire à l’adversaire. » (Sun Tzu)

Et une fois de plus, les anciens nous rappellent à l’ordre.

Dirigeants stratèges, voici quelques réflexions pour ne pas céder aux doutes :

1- Réévaluer son objet et ses projets : cartographier sa situation

Une réalisation ne dépasse celle du commun que par la capacité d’anticipation, de prévision. Le recueil d’informations préalables à ces prévisions n’est ni le fruit de quelconques conjectures divinatoires ni celui de prédictions tirées d’analogies trompeuses de précédents historiques.
La capacité de prévision provient uniquement d’hommes renseignés connaissant la situation de l’adversaire qui par leurs rapports fidèles vous informent des dispositions de celui-ci.

2- S’informer – se renseigner

Un stratège doit comprendre les desseins des princes locaux afin de nouer des alliances profitables en amont de tout engagement. Qui ignore les objectifs stratégiques des autres princes ne peut conclure d’alliances.

Un général stratège doit connaître parfaitement le terrain et sa topographie avant d’y conduire son armée ; afin d’en tirer parti au mieux il recourt aux services de guides locaux et d’éclaireurs. Qui néglige un seul de ces points n’est pas digne de conduire une armée.

C’est pourquoi seuls un souverain stratège et un habile général en mesure de recruter comme agents les personnes les plus intelligentes seront assurés d’accomplir de grands faits. Les opérations secrètes sont essentielles à la pérennisation d’un État et la bonne conduite de son armée.

3- Motiver ses troupes

La doctrine politique fait naître l’unité de pensée ; l’harmonie est la cohésion des valeurs partagées entre la population et ses dirigeants, supérieurs et inférieurs ; elle inspire la confiance de ces derniers à partager un même destin avec leurs chefs dans la vie comme dans la mort.

On traite l’armée comme un seul homme à qui l’on montre l’exemple par son efficace et non par des discours. On motive ses troupes par des perspectives avantageuses, non par les risques encourus.

4- S’engager

La victoire est l’objectif principal de la guerre. Quand les armées s’engagent dans des campagnes prolongées, que les opérations traînent en longueur sans apporter de victoire décisive, les armes comme le moral de vos troupes s’émousseront ; en usant leurs nerfs dans des sièges sans fin, le courage et les ardeurs de vos soldats s’évanouiront ; les provisions se consumeront et les coffres du prince que vous servez s’épuiseront.

Voilà pourquoi une armée doit viser la victoire immédiate et non une guerre d’usure basée sur des opérations prolongées.

En règle générale, après que le général ait reçu du souverain l’ordre de tenir la campagne, il mobilise ses troupes et prépare la population. Il organise harmonieusement ses forces avec homogénéité en portant une attention particulière à leur procurer un campement avantageux, car c’est de là principalement que dépend la réussite de ses projets et de toute son entreprise.

Ceux qui possèdent les vrais principes de l’art militaire ne s’y prennent pas à deux fois ni ne procèdent jamais à deux levées consécutives en hommes ou en vivres. Dès la première campagne, tout est fini ; ils ne consomment pas de vivres inutilement pendant plusieurs années de suite, leurs ressources propres leur suffisent.

5- Organiser – déléguer

Maîtriser l’art de l’organisation afin de renforcer la coordination et l’efficacité de ses hommes ; savoir hiérarchiser et promouvoir les officiers au rang qui convient. Ne négliger aucun maillon de la chaîne et être instruit des devoirs particuliers de chacun, du plus haut jusqu’à sa logistique d’approvisionnement afin de pourvoir aux besoins essentiels.

Si l’alignement des effectifs paraît important dans les plans, ne surestimez pas ce seul paramètre : une trop grande quantité de personnels est souvent plus nuisible qu’elle n’est utile. Une petite armée bien disciplinée est invincible sous un bon général.

En matière martiale, le grand nombre seul ne confère pas l’avantage ; n’avancez jamais en comptant sur la seule puissance militaire. Une armée composée des mêmes hommes peut-être très méprisable commandée par tel général, tandis qu’elle sera invincible sous les ordres d’un autre :
– Savoir être prévoyant et savoir correctement estimer la situation en concentrant ses forces pour attirer à soi vos adversaires au moment propice et à l’endroit voulu ;
– Savoir ne jamais sous-estimer votre adversaire ;
– Savoir gagner le cœur des hommes en les enflammant d’une ardeur combative ;
– S’assurer d’une discipline sans failles ; d’instructions claires et justifiées ; d’ordres efficaces et parfaitement exécutés, afin d’éviter désobéissances et indiscipline, car, on instruit les hommes par les institutions civiles, on les unit par la discipline militaire.
Ainsi, les instructions et les ordres étant en toutes circonstances justifiés seront parfaitement exécutés pour leur efficacité formant un liant naturel de confiance entre dirigeants et subordonnés.
Telles sont les attentions que vous devez à toutes les démarches, tant les vôtres que celles de vos adversaires. Une telle minutie dans les détails peut paraître superflue, mais elle procède d’un constat : que rien de tout ce qui peut contribuer à vous faire triompher n’est négligeable.

Le commandement du grand nombre est généralement le même que pour le petit nombre, ce n’est qu’une question d’organisation et de communication. Contrôler grands et petits nombres n’est qu’une seule et même chose en manœuvre : c’est avant tout une question d’organisation et de disposition des effectifs, de précision des ordres et de transmission des signaux.

Un grand général doit savoir l’art des changements. S’il s’en tient à une connaissance vague de certains principes ; à une application routinière des règles de l’art et une certaine connaissance de la topographie ; si ses méthodes de commandement sont dépourvues de souplesse, s’il examine les situations conformément à quelques schémas, s’il prend ses résolutions d’une manière mécanique, il ne mérite pas de commander.

En conclusion

Apprendre à se renseigner, bâtir et partager une vision commune 

Une armée peut connaître six infortunes : la fuite, l’insubordination, l’enlisement, l’effondrement, la confusion et la déroute, mais aucun de ces désastres ne peut être attribué à des causes naturelles ; sinon aux seules erreurs de commandement.

En matière de gouvernance, retrouver le sens commun est un art : celui de l’intelligence collective.

C’est ainsi qu’un général ne cherche pas à rééditer ses exploits,

mais s’emploie à répondre aux circonstances selon une variété infinie de voies.

Bonne nouvelle année à tous !

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Découverte : pour aller plus loin !

Rentrée littéraire 2021 : le dernier ouvrage de l’auteur

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jerome gabriel - blog Le Temps - Sun Tzu - Intelligence et cultures stratégiques

 

Entreprise, gouvernance et stratégie : se préparer aux pires scénarios en 2022

Personne ne nait ‘dirigeant’ : on le devient en apprenant à identifier ces combinaisons de signes invisibles qui engendrent les pires scénarios.

#intelligencestratégique ; #arcanastrategia - la créativité et le stratégique

     Anticiper les crises économiques, prévoir les disruptions technologiques et environnementales, veiller aux nouveaux acteurs sectoriels ? Comment continuer d’exister quand les événements économiques semblent se dérober sous nos pas ?

Mais par quoi et comment élaborer une stratégie d’anticipation ?

      Voici un rappel synthétique des fondamentaux derrière la notion de ‘stratégie’ – notion largement galvaudée et élimée par les gourous du Net à la bienveillance douteuse. Car ici, on marche toujours sur ses deux jambes et on apprend à tomber ; que ce soit pour dépasser le mode ‘survie’, devenir, conquérir puis réussir, la règle est la même pour tous : sans objectif, pas de stratégie ; sans vigilance, pas de victoire.

     Réussir : La bonne grille de lecture n’est pas seulement celle qui consiste à regarder le succès des autres. C’est aussi celle qui consiste à comprendre la nature des échecs des ‘autres’. En stratégie pure, le modèle d’analyse occidental se présente donc sous deux angles distincts : analyser les succès sous le prisme de leurs forces ; soit sous celui de leurs faiblesses. Pourtant, tout est une question de contexte, de circonstances fluctuantes qui nous obligent à prendre une approche analytique plus ‘holistique’ si l’on veut véritablement comprendre pourquoi et comment une entreprise a abouti et une autre a failli. Réussir c’est avant tout apprendre à ne pas périr…

     Pourtant en opposant systématiquement ces 2 concepts réducteurs de ‘force’ et de ‘faiblesse’, on perd de vue la plus importante notion philosophique dont les stratèges asiatiques comme Sun Tzu sont adeptes : la force d’un impact se mesure à la fragilité de son objectif, . En termes économiques, ce principe se traduit par l’exploitation du vide par le plein ; savoir rapidement saisir une opportunité au bon moment et au bon endroit.

 

‘Stratégie’ : Késaco ?

#Stratégie #entreprises #Intelligence-économique

STRATÉGIE, subst. fém.

[P. oppos. à tactique]

Ensemble d’actions coordonnées, d’opérations habiles,

de manœuvres en vue d’atteindre un but précis.

     Du latin ‘strategia‘ qui définissait le gouvernement militaire d’une province romaine, le mot est emprunt du grec « στρατηγι’α » ‘strategía’ dont l’utilisation initiale indiquait le « commandement d’une armée » où « l’aptitude à commander une armée, les qualités d’un général » et « manœuvre ou ruse de guerre » (art de stratège). Plus récemment, au 19° siècle, le terme a été adapté à l’art militaire comme «la science des mouvements d’une armée éloignée d’une autre. » (Boiste)

Dans cette version militaire de la stratégie, tout est affaire d’anticipation logistique et de préparation matérielle en amont de la survenance d’un évènement guerrier.

Des synonymes surprenants !

#strategie #synonymes
la stratégie dans l’inconscient collectif

     Dans l’ordre d’apparition, le mot stratégie possède plusieurs synonymes dont les sens nous rappellent invariablement la réflexion devant l’inconnu, soit pour en maîtriser les subtiles intrigues, soit pour en exploiter le terrain à des fins d’objectifs.

     Dans les proximités sémantiques, le mot ‘stratégie’ est utilisé le plus souvent quand le cadre de réflexion implique un objectif à atteindre par des moyens ou manœuvres diverses (plan) impliquant des actions tactiques (ruses, politiques, diplomatiques) afin, soit : de déjouer une intrigue (renseignement, contre-espionnage) ; soit pour gagner un jeu, une guerre.

Dirigeant stratège : entreprendre un objectif stratégique

#artdelaguerre #clausewitz
Carl Philipp Gottfried von Clausewitz (1780 – 1831)

Clausewitz, un Général Prussien face aux limites de la seule doctrine militaire

     Pour les militaires, la stratégie est la parti qui traite de la coordination des forces armées (en intégrant les aspects politiques, logistiques et économiques) dans la conduite d’une guerre ou dans l’organisation de la défense d’une nation, d’une coalition. C’est l’art d’organiser et de conduire un ensemble d’opérations militaires prévisionnelles et de coordonner l’action des forces armées sur le théâtre des opérations jusqu’au moment où elles sont en contact avec l’ennemi.

     Pour Carl von Clausewitz, la stratégie est exclusivement un art militaire et le terme n’est porté que dans le cadre de la conduite d’une guerre : « si la tactique est la théorie relative à l’usage des forces armées dans l’engagement, alors La stratégie est la théorie relative à l’usage des engagements au service de la guerre. »

     Si celle-ci reste un classique, la vision purement Clausewitzienne de la stratégie reste l’une des plus réductrice face aux enjeux contemporains, car les doctrines guerrières frontales du 19° siècle n’ont plus cours de nos jours.

La doctrine stratégique et la notion de valeurs intangibles

     Pour le monde économique, la notion de stratégie est l’ensemble des choix d’objectifs et de moyens qui orientent à moyen et long terme les activités d’une organisation, d’un groupe. Elle est souvent liée à la stratégie financière de l’ entreprise et n’est pourtant qu’un aspect de sa stratégie globale; elle inclut les choix à moyen et long terme d’objectifs et de moyens financiers.

    Si les objectifs commerciaux restent souvent clairement ambitieux, composer avec les moyens à mettre en place est une bataille quotidienne qui ne se juge qu’en termes économiques : paramètres comptables de gains ou de pertes ; politiques de prix ; échéances à court ou moyen terme ; C.A vs profits. Pourtant – et c’est un fait – en matière économique, les paramètres les plus importants à prendre en compte afin de bâtir une stratégie sont pour le moins intangibles ; invisibles même, aux yeux des dirigeants d’entreprises puisqu’ils ne rentrent pas dans les cases d’un bilan…

Découvrir les éléments concrets d’un bilan ‘invisible’

#capital_immateriel #entreprises #dirigeants #stratèges
Capital immatériel : Plus de 60% de la valeur stratégique d’une entreprise est invisible selon les normes comptables internationales….

     Pour la plupart des entreprises, l’option stratégique la plus souvent pratiquée est de nature ‘offensive’ et avec elle, son cortège de capital immatériel : ses ressources invisibles. Selon le cabinet Ernst & Young, à l’âge de l’économie de la connaissance, plus de 63% de la valeur des firmes sont constitués de capital immatériel.. la même étude relevait également que la valeur de l’immatériel non inscrit au bilan des entreprises pouvait représenter jusqu’à 3’500 milliards d’euros. Si environ les 2/3 des actifs invisibles des firmes ne figurent pas dans leurs états financiers, il est donc difficile d’évaluer la nature des ressources combinées favorisant ou non la croissance économique d’une entreprise.

     Ceci explique pourquoi durant la dernière décennie, l’écart existant entre la capitalisation boursière des firmes cotées et la valeur comptable de leurs fonds propres a oscillé entre 400 et 500%.

     En 2008, l’OCDE avait déjà définit le capital immatériel parmi cinq composants principaux : les investissements en technologie, les investissements qualifiants, les études et organisation de marché, les logiciels et les systèmes d’information. Depuis, la liste a été augmenté par d’autres économistes qui y ont ajouté ; le capital humain, le capital structurel et le capital client (ou relationnel). On se rapproche enfin des logiques du RSE avec son pendant ‘sociétal’. Ainsi, en complétant son bilan d’une analyse intégrale des risques, on apprend à se renforcer structurellement grâce à une meilleure compréhension de ses atouts humains ; atouts ‘invisibles’ et pourtant fondateurs de ses capacités réelles avant tout engagement.

    Si comme pour un général en campagne, le dirigeant a pour première priorité de connaitre ses propres forces et faiblesses, car ce sont souvent les Hommes qui composent la nature du terrain : leur compétence et leur discernement face aux difficultés et aux risques. Dans l’analyse, les impacts des risques en matière stratégique sont donc souvent relatifs à l’infrastructure elle même et à sa composition humaine (compétences, qualités managériales, motivations, intelligence collective). Car, finalement, ce n’est pas le terrain ni les circonstances qui font les Hommes, mais bien leur attitude et leur préparation face aux menaces.

En stratégie, le premier risque n’est pas la topographie du terrain, c’est vous.

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Découverte : pour aller plus loin !

Rentrée littéraire 2021 : le dernier ouvrage de l’auteur

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jerome gabriel - blog Le Temps - Sun Tzu - Intelligence et cultures stratégiques

 

L’Art de la Confusion : Les 5 démons des entreprises

Confusion-Entreprises-cinq_démons-

Dans le monde économique, la confusion revêt plusieurs visages. Sur une échelle de probabilité de survenance, ils sont classés juste à la marge des risques cyber. Au nombre de 5, leur impact désorganise, fragilise et fracture les entreprises les plus solides. Apprendre à les reconnaître demande une vigilance humaine et managériale particulièrement préparée, car, l’homme reste un loup pour l’homme.

Confundere : un mélange en forme de ‘pot pourri’

Du latin confusus, de confundere: mélanger, la confusion est un véritable pot-pourri sensoriel et cognitif : un mélange des genres qui se manifeste à l’esprit et qui regroupe les caractéristiques psychologiques ressenties face à l’indistinction, le désordre ou l’incertitude. Pourtant, derrière ce brouillard de guerre et cette déroutante obscurité cognitive se cachent parfois des opérations aux intentions bien ciblées… L’art de brouiller les signaux n’est pas nouveau dans l’inénarrable répertoire humain des techniques de déstabilisation. D’ailleurs nous en somme souvent les premières victimes suite à des pertes de repères qui nous conduisent à nous autoparasiter nos neurotransmetteurs à grandes charges d’idées contradictoires… et notre cerveau de se lasser de cette recherche infructueuse qui sape les fondations mêmes de nos croyances ou convictions.

Encore une fois, c’est le ‘vide’ qui gagne. Celui qu’on ne discerne pas ou mal à qui l’on voudrait mettre une forme, un nom au sein d’un modèle palpable et démontrable. On explique la roue, mais pas le vide nécessaire qui la fait tourner sur son essieu… Et c’est souvent à cet endroit-là que la roue se déboîte ou se grippe.

5 démons de l'entreprise

Voici les 5 démons principaux des entreprises

Parmi la longue liste des risques principaux, la plupart des cabinets d’avocats d’affaires vous livreront leurs principaux clients sous les appellations techniques suivantes :

Le parasitisme

Selon la jurisprudence, le parasitisme est un ensemble de comportements par lesquels un
agent économique s’immisce dans le sillage de sa victime afin de tirer profit de ses efforts et son savoir-faire, sans rien dépenser. Dans la plupart des cas d’entreprises, il s’agit le plus souvent de ‘se coller’ à la notoriété d’un leader du marché pour en tirer profit sans effort. Suivez mon regard : reproduction d’ouvrages ou de sites internet, livrets techniques et argumentaires de vente, appellations, branding et logo similaires, etc. ; une forme d’entrisme furtif sans y avoir été invité au cœur même de la réception.

La désorganisation

La désorganisation regroupe plusieurs méthodes et techniques généralement portées sur le débauchage de compétences clés ou le détournement de clientèle d’un réseau commercial. Débaucher un salarié d’un concurrent en toute connaissance de cause de l’existence d’une clause de non-concurrence dans son contrat est une manœuvre frauduleuse et illicite ; il s’agit ici de concurrence déloyale dont le dessein le plus souvent est d’exploiter à moindres frais un portefeuille clientèle concurrent, ses stratégies voire, dans le secteur industriel, d’obtenir les secrets de fabrication. La loyauté n’est pas qu’une vertu, elle est aussi une valeur d’investissement.

Le dénigrement

Il s’agit ici d’un comportement commercial dont l’objectif est de jeter le discrédit sur un concurrent par la propagation d’informations malveillantes et malintentionnées. Il s’agit de critiques relatives à des prix, de la qualité d’un produit, des services ou aux méthodes commerciales d’un concurrent. C’est l’ampleur de sa diffusion qui en fera un casus belli.

L’imitation

Vieux comme le monde, le procédé d’imitation consiste à utiliser la réputation, le service ou le produit d’un concurrent en créant une confusion d’identité avec ce dernier. Le but d’une telle manœuvre est la captation de clientèle par l’appropriation de la propriété intellectuelle – ou signes distinctifs – liée à son image ou son produit. Mais attention, les avocats précisent : « Le simple fait de copier un produit concurrent qui n’est pas protégé par des droits de propriété intellectuelle ne constitue pas en soi un acte de concurrence déloyale […] la recherche d’une
économie au détriment d’un concurrent n’est pas en tant que telle fautive, mais procède de la liberté du commerce et de la libre concurrence, sous réserve de respecter les usages loyaux du
commerce ». Ce procédé ne devient donc déloyal que lorsqu’il est démontré que la/les copies sont de nature à « engendrer un risque de confusion dans l’esprit de la clientèle sur l’origine du produit et que les entreprises de même spécialité sont en concurrence. » En effet, il n’est pas forcément considéré qu’il puisse y avoir imitation si un concurrent agit sur un domaine d’activité différent.

La concurrence déloyale

Probablement le plus connu de tous les démons, la concurrence déloyale est techniquement considérée comme un abus des pratiques commerciales d’une société envers ses concurrents ; là encore, le rapport concurrentiel doit être démontré. Dans le cadre d’une poursuite invoquant des pratiques de concurrence déloyale, il est fondamental de pouvoir identifier avant de prouver qu’il y a eu un lien de causalité entre une faute et un préjudice.

 

Ces 5 démons sont les causes les plus fréquentes d’atteinte à l’image, de perte de notoriété, d’entrave aux affaires et à la réputation. Outre la baisse de votre chiffre d’affaires, les provisions judiciaires conséquentes, ce sont bien de ‘guerres silencieuses’ dont les techniques font l’objet ici ; ces guerres multiformes dont les dénominateurs communs sont la confusion et la furtivité opportune. Un silence aussi pesant qu’une ombre impalpable se mouvant dans les rouages d’une mécanique par ses interstices parfois les plus insignifiants…

A bon entendeur !

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Découverte : pour aller plus loin !

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Sun Tzu : 7 Notions Clés pour 120 Citations

Sun Tzu : 120 citations et 7 notions clés

Sun Tzu : 7 notions clés de stratégie personnelle

Chaque année et de manière croissante, la rentrée littéraire nous réserve une vague d’ouvrages plus ou moins lumineux sur le développement personnel ou les clés du bien être. Entre recettes culinaires exotiques jusqu’aux techniques cognitives et exercices mentaux, le bonheur serait finalement aussi accessible qu’un ouvrage de cuisine ayurvédique.

S’il est vrai que l’ère actuelle nous porte à une certaine incertitude voire à de sérieux doutes sur l’avenir tel que nous le concevons sur les bases de modèles d’avant-crise, l’accélération brutale de la réorganisation de nos priorités personnelles comme professionnelles nous oblige, une fois de plus, à nous adapter. Trouver les solutions passe néanmoins par une seule école de pensée : une introspection franche et ouverte de nos sensibilités et valeurs intrinsèques ; en quelques mots singuliers : qu’est-ce que je veux.

La pensée stratégique est aussi ‘philosophique’

Celle-ci nous rappelle qu’outre nos qualités et défauts, ceux-ci peuvent être transcendés par la volonté individuelle : des questions de force dans ses convictions et de temporalité dans les conjonctions favorables. Les notions fondamentales ci-dessous reprennent invariablement le précepte suivant : ce sont les connaissances de ses propres forces et faiblesses et la connaissance de celles d’autrui qui conditionnent la nature relative des avantages comparatifs dans ses probabilités de succès. On n’entreprend pas une entreprise à risque sans avoir à minima procédé à identifier ses vulnérabilités, car la force des uns se mesure toujours à la fragilité relative des autres. Assurer ses défenses et savoir se préserver sont des qualités de force essentielles avant tout engagement.

En préambule, n’oubliez pas que vous êtes toujours votre premier adversaire possédant en vous ces sept péchés capitaux : l’impréparation, le déni, l’incapacité, la confusion, l’ignorance, l’idéologie ou l’oubli (amnésie)… Les sept péchés principaux d’un cycle sans fin ou d’une mauvaise histoire qui se répète.

Les 7 samouraïs d’une stratégie personnelle

Sun Tzu : 120 citations et 7 concepts clés de stratégie

Notion I – philosophie de la pensée stratégique : vous connaître

La pensée stratégique véhiculée dans le Sun Tzu est avant tout un état d’esprit. La pensée stratégique est une philosophie de vie qui se cultive dans le temps avec l’expérience et les épreuves. Aucune recette magique ni clé secrète ne peut être révélée aux jeunes profanes et comprise autrement que par la force du vécu et le développement philosophique personnel. Comme pour toute analyse, le recul est nécessaire pour dissocier et distinguer la nature des ‘bruits’ extérieurs de ses valeurs intrinsèques. En créant les conditions favorables d’une vision personnelle juste, le stratège engage l’ensemble de ses forces dans une quête sans dispersion.

Notion II : l’engagement

La notion de ‘guerre’ dans le Sun Tzu doit être interprétée comme une analogie à toutes formes d’engagements personnels comportant des risques ; en définissant ses objectifs, on entreprend de se projeter dans un futur hypothétique et incertain. La guerre – l’engagement personnel – n’est pas qu’une affaire frontale et fratricide entre deux belligérants armés pour une conquête hypothétique. Un engagement est avant tout une affaire d’anticipation et de procédés asymétriques pour l’éviter. La guerre elle, est un pis aller, un aveu d’échec par négligence ou impréparation. Ici, on se prépare dans le silence et le ‘secret des princes’ où experts et militaires se concertent sur les meilleurs moyens et les plus subtiles méthodes pour conquérir sans coup férir. La préparation à un engagement appelle ainsi à composer avec un subtil dosage de risques et d’opportunités. Néanmoins, si la préparation permet l’anticipation de menaces probables, elle ne protège pas de tous les dangers.

Notion III : de l’Espace et du Temps

Dans les plans, le Temps est un facteur d’efficacité, mais aussi de coûts. L’art d’opérer avec succès un engagement – une entreprise de conquête – est avant tout lié à l’efficacité de sa préparation afin d’éviter un enlisement coûteusement préjudiciable à son initiateur ; enlisement favorable aux intérêts de ses adversaires, car le stratège sait « qu’un adversaire surpris est à demi vaincu » et il n’en est pas de même s’il a le temps de se reconnaître. Ici, la vitesse est une affaire d’anticipation et ne doit jamais céder à la précipitation, car en matière de risque la menace la plus redoutable est celle de l’impréparation.

Dans la notion de Temps, il y a certes le climat, mais surtout un Espace à parcourir, à conquérir. Selon le Sun Tzu, ces espaces sont des allégories aux nombreuses combinaisons de situations fréquemment rencontrées sur certains champs économiques ou politiques ; champs sur lesquels les opportunités et les menaces diffèrent selon les niches d’activité, les ressources engagées et vos ambitions. Dans ses aspects plus ‘martiaux’, la force d’une armée dans ses manœuvres ne peut atteindre son fait ultime sans le concours d’une parfaite harmonie entre la connaissance de son environnement (par où passer), la maîtrise des forces en mouvement (quelles sont les forces en ma faveur et celles qui m’en empêchent) et l’adéquation des dispositions des compétences et capacités de chaque arme (les moyens pour y parvenir).

Notion IV : entreprendre sa vie – quand ‘la foi fait la voie’

Avant la mise sur plan d’une action, en amont même des préparations matérielles et humaines, toute ambition doit posséder une raison d’être. Au cœur de sa stratégie, il y a les valeurs, les croyances, les compétences : votre ensemble ‘politique’ ne peut agir sans conviction partagée. Incarné par la philosophie politique confucéenne, les vertus principales d’une gouvernance harmonieuse entre vos convictions et votre entourage reposent sur la bienveillance et l’humanité, les rites (respect des valeurs morales et sociétales partagées), la droiture, sagesse et la sincérité.

Dans le Sun Tzu il est dit : « Fort d’une armée conséquente et précédé d’une grande notoriété, l’esprit éclairé d’un Prince ambitieux et conquérant ne peut se permettre de n’engager aucune hostilité s’il n’a pas préparé ses desseins en s’assurant avant tout d’une défense solide, puis de l’incapacité de son ennemi à concentrer ses forces et ressources et celui de bénéficier d’un appui allié. » Mais pour cela, encore faut-il avoir de solides convictions partagées.

Notion V : apprendre à se commander avant les autres

Le Sun Tzu est à la fois un traité militaire – sorte de field manual – et un manuel de commandement. Les vertus du leadership y sont largement rappelées tout au long des treize chapitres du traité. Toutes les vertus n’ont qu’un seul but : créer les conditions favorables d’une confiance et d’une discipline absolue entre commandants et subordonnés afin de guider une armée tel un seul homme ; le Général incarne ainsi à la fois les fonctions de guide suprême et d’architecte en chef des conditions de la victoire. L’infrastructure militaire appliquée au civil nous rappelle aux éléments suivants : assurer une discipline sans faille ; d’instructions claires et justifiées ; d’ordres efficaces afin d’en assurer la parfaite exécution.

Au cœur du danger, votre force ainsi que celle de votre organisation personnelle tient ici à la capacité du chef et de sa hiérarchie à fédérer les esprits par la confiance et le courage démontré. Si vos convictions (la doctrine politique) font naître l’unité de pensée, la doctrine militaire, elle, dans ses valeurs communes fait naître celle d’agir : l’harmonie est la cohésion des valeurs partagées entre soldats, supérieurs et inférieurs ; elle inspire la confiance de ces derniers à partager un même destin avec leurs chefs dans la vie comme dans la mort (le succès ou l’échec).

Notion VI – de la tactique

Au-delà des manœuvres conventionnelles, le Sun Tzu décrit surtout les actions de type subversives et insurrectionnelles à l’échelle d’une guerre asymétrique dont le terme le plus courant est celui de ‘guérilla’ ou de ‘résistance’. La lecture du Sun Tzu a longtemps été interprétée par certains comme un art de la guerre subversive porté sur des actions obliques et imprévisibles dans le but de déstabiliser l’adversaire pour le renverser. Ces actions à ne pas prendre au pied de la lettre sont avant tout dissuasives afin d’empêcher un adversaire supérieur en nombre ou en capacité à entraver votre libre arbitre. Le Sun Tzu est surtout un traité ‘Yin’ (féminin) et propose une pensée ‘féline’ : en s’insinuant dans les plans de l’ennemi par l’exploitation de ses vulnérabilités, on agit afin de favoriser des actions visant à réduire ses capacités offensives (empêchement). Pour cela, il faut avant tout connaître son adversaire, comprendre ses desseins avant de s’attaquer à ses plans.

Une fois encore, le Sun Tzu nous rappelle que l’art de la déception consiste à manœuvrer pour divertir afin de mieux asservir…

VII – de la diplomatie et du renseignement

Il faut interpréter l’action diplomatique dans ses fonctions premières de réseau d’influence. La diplomatie est avant tout un relais de communication : elle peut informer, transformer ou désinformer selon les situations et les enjeux. Une solide politique de communication est aussi vitale pour sa réputation et son image que ses capacités matérielles réelles. En matière stratégique, la forme est souvent plus impactant que le fond…

On forge son invincibilité sur la connaissance de ses atouts et de ses vulnérabilités, ainsi que ceux des forces adverses. Tout dirigeant doit être en mesure d’évaluer la nature de ses atouts et de ses fragilités de manière précise et continue, car ces variables sont toujours conditionnées dans le temps par un environnement d’influence en constante mutation. Ainsi, connaître ses adversaires réels, probables ou en devenir, est une condition première pour sa préservation en identifiant leurs desseins et leurs capacités ; les manœuvres politiques en seront ainsi facilitées.

Armé d’une juste connaissance de soi, on pare ainsi aux conjectures les plus funestes. Ici, on préfère inhiber l’adversaire et le paralyser en l’affaiblissant par des techniques de biais (désinformation, alliances secrètes ou contre-alliances) en engageant des stratagèmes de divisions politiques. L’art est ‘félin’ et devient subtilement asymétrique, mais il préserve des risques d’une guerre frontale et d’un gâchis humain et matériel inutile.

Gagner la paix et la préserver est aussi une autre forme de guerre…

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Pour aller plus loin et découvrir l’essentiel des 120 citations clés du Sun Tzu :

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Souveraineté numérique : résistance d’un cyber village suisse

Un cas parmi tant d’autres en Europe : Infomaniak.

Alors qu’en 2020 la société genevoise faisait l’objet d’articles dithyrambiques prenant la troisième place de la remise du prix SVC 2020, le premier hébergeur suisse considéré comme le ‘Google national’ dénonce aujourd’hui les conséquences d’un décrochage politique et les impacts d’un abandon de la souveraineté numérique du pays. Une leçon pour tous.

Entre l’empire et l’emprise numérique

Appel d’offres : Quand une stratégie de prix entrave les enjeux vitaux d’une Nation

Le 12 juillet dernier, Anouch Seydtaghia publiait pour le journal Le Temps, un article sous la forme d’une tribune intitulée : « La Suisse a abandonné sa souveraineté numérique, alerte Infomaniak ». Dans cet article, les deux fondateurs historiques de la société genevoise Marc Oehler et Boris Siegenthaler critiquaient avec véhémence la Confédération dans le cadre d’un appel d’offres de 110 millions de francs émis pour l’obtention auprès de Tiers privés d’un service cloud sans aucune contrainte de présence juridique en Suisse. C’est sans surprise que l’appel d’offres déboucha sur une logique purement comptable du ‘moins disant’ avec…, cinq sociétés étrangères (Oracle, IBM, Microsoft, Amazon et Alibaba). Écartée avec d’autres face à des rivaux à la puissance financière hors d’atteinte, la société Infomaniak – fleuron suisse, mais aussi européen d’une solution cloud sécurisée – déplorait cet échec en soulevant l’incapacité étatique à intégrer une compréhension stratégique à long terme.

Au-delà du cas Infomaniak, plus qu’une solution suisse : la recherche d’une solution stratégique européenne.

Premier concepteur d’une solution de stockage collaborative capable de rivaliser avec les solutions de Microsoft et de Google : la solution Kdrive, Infomaniak ambitionne de faciliter le stockage de données des PME grâce à une alternative cloud physiquement et juridiquement hébergée en Suisse – une concurrence européenne bienvenue face aux leaders exclusivement états-uniens du secteur. Mais qu’y a-t-il de si précieux dans la possession de son propre cloud ?

le cloud ou l'ordinateur d'un autre

La réponse est aussi simple que l’hébergement de vos données personnelles chez un inconnu… Le Cloud n’est autre que l’ordinateur (serveur) de quelqu’un d’autre.

Explication :

Lorsque particuliers et entreprises décident de délocaliser leur environnement digital hors site, nous avons le devoir et l’obligation juridique de nous poser qu’une seule question : quid de la protection de nos données ?

Sécurité des données et réciprocité judiciaire : comprendre les enjeux

Si les solutions d’hébergement et les conditions contractuelles peuvent parfois garantir la non-divulgation des informations stockées sur des serveurs nationaux malgré les demandes de gouvernements étrangers, il existe néanmoins en Suisse et dans la plupart des pays européens deux cas de figure principaux faisant exception. Dans l’éventualité d’un mandat international, que vos données soient en Suisse, dans l’Union européenne ou aux États-Unis, les probabilités de subir une perquisition sont très similaires.

La LRens Suisse : votée en mars 2018, cette loi autorise le gouvernement à infiltrer les systèmes et les réseaux informatiques, voir les perturber (Art. 26 al. 1d) ; à l’insu des personnes concernées (Art. 5 al. 4) ; à transmettre les informations à des services étrangers (Art. 12 al. 1a). Inscrite dans une logique de sécurité nationale, elle rejoint la plupart des lois européennes en matière de protection des biens et des personnes, la lutte contre les réseaux terroristes ou les organisations criminelles.

Le CLOUD Act est une loi américaine facilitant l’accès aux données stockées chez des fournisseurs de services (hébergeurs et DC), qu’elles se situent sur le territoire américain ou à l’étranger. Cette loi n’accorde pas en substance un droit de facto dans la captation de données stockées à l’étranger ; elle procède d’une ambition de simplification des procédures bilatérales (réciprocités légales et policières) dans le cadre d’enquêtes pénales internationales.

En conclusion préliminaire et selon le volet purement juridique, lorsqu’un datacenter ou service cloud reçoit une demande de perquisition à travers le CLOUD Act, il peut la contester et y faire opposition. Si la perquisition est en conflit avec les lois locales, elle n’est simplement pas applicable. Voilà pour la théorie.

La pratique réelle : bienvenue dans le Far West digital

Cloud Act and The Empire

Il est néanmoins indiqué dans le CLOUD Act que les fournisseurs soumis à la législation américaine (telle une société exerçant des activités aux États-Unis, y compris les entités basées à l’étranger avec des filiales états-uniennes), peuvent être soumis à une ordonnance judiciaire pour fournir des données sous leur contrôle et ce : indépendamment du lieu de stockage de leurs données.

Ainsi, si le stockage de vos données est hébergé à l’étranger, soit par choix commercial, soit sans que vous en ayez connaissance via votre hébergeur local utilisant les services « économiques » de tiers étrangers (briques logicielles spécifiques, serveurs supplémentaires pour les redondances ou divers partenariats ‘techniques’, chiffrement, etc.) vos données ne sont plus garanties contre des intrusions légales ou illégitimes. D’ailleurs, qui vous en avertira ?… En matière de sécurité informatique, nombreuses sont les entreprises qui ignorent réellement où sont hébergés leurs sites et leurs données fiscales et sociales. Si le RGPD est censé corriger une partie du problème, il s’avère que bon nombre de nos dirigeants restent ignorants de leurs actifs stratégiques réels et ce faisant, contraignent conséquemment l’efficacité de leur propre DPO par des restrictions budgétaires injustifiées avec les mêmes incompétences politiques qui œuvrent derrière la plupart des appels d’offres européens. Alors, ne cherchez pas une quelconque manœuvre d’un GAFA puisqu’on leur donne les armes économiques pour nous envahir et se repaître sur la bête…

Souveraineté vs appel d’offres – Retour sur une logique stratégique d’expansion commerciale proche de celle de la guerre de l’opium : l’art de bâtir une allégeance par dépendance ou, comment servir pour mieux asservir.

Allez, un peu de Sun Tzu pour la route :

La campagne une fois commencée, présentez-vous à sa porte avec la timidité d’une jeune femme ; votre adversaire n’en sera que plus vacillant : ouvrant alors ses portes avec autant de fébrilité que de méfiance mitigée, il crée la faille par laquelle s’engouffreront vos forces avec la rapidité et la promptitude d’un lièvre. (Sun Tzu – Décryptage stratégique de la pensée Sun Tzu – Ch XI)

Ce que ne comprend pas le commun lors d’un appel d’offres est que si celui-ci est élaboré la plupart du temps dans une stricte logique budgétaire basée sur le ‘moins disant’ ; ici, c’est une pure logique économique qui l’emporte sur le stratégique. Si le stratégique est souvent assujetti à certaines contraintes économiques, celles-ci ne doivent jamais s’interposer comme une doctrine inaliénable.

Défense nationale et vie privée

cyberdéfense

Si la défense économique d’un pays devait se réduire à la seule logique du moins-disant, voilà longtemps que celui-ci aurait perdu et sa crédibilité et sa souveraineté ; au-delà des trois armes (terre, air, mer) et des services de renseignement composant le minimum d’une défense nationale, la cyberdéfense est aujourd’hui considérée comme la quatrième arme avant l’Espace. On ne peut donc brader le socle vital des données citoyennes et étatiques au profit exclusif d’intérêts tiers qui, de surcroît, ont développé un modèle économique basé sur la revente de données privées (individus et corporate). Devenue la première ressource stratégique pour et entre les états, la captation de renseignement numérique et l’accès administratif aux serveurs est une guerre silencieuse que nul ne peut ignorer.

En conclusion

L’art de la guerre de Sun Tzu n’a rien inventé… Il nous rappelle simplement à l’une des plus fondamentales des réflexions stratégiques pour tout État souverain : connais-toi toi-même, connais ton ennemi, ta victoire ne sera jamais mise en danger. Connais le terrain, connais ton temps, ta victoire sera alors totale ; mais encore : Qui ne connaît ni son ennemi ni lui-même sera toujours défait

À l’heure des Pegasus et d’un brave ‘nouveau’ Monde brutalement téléporté en post-pandémie, ces préceptes  de gouvernance stratégique sont à prendre au pied de la lettre.

DERNIERES INFORMATIONS JUDICIAIRES EN DATE DU 02 AOUT 2021

Selon le journal ICT : “l’adjudication du contrat cloud de 110 millions de la Confédération est suspendu. La Chancellerie fédérale a fait savoir qu’un recours a été déposé dans les délais contre la décision d’attribuer le deal à Alibaba, AWS, IBM, Microsoft et Oracle. Selon une information de l’agence Keystone-ATS, le recours provient de Google.” (Lien : https://is.gd/xyNovF)

Nature contradictoire de l’appel d’offre de la Confédération :

“Certains fournisseurs suisses dont Infomaniak avaient critiqué le fait que l’appel d’offres soit réservé aux fournisseurs cloud disposant de centres de données sur au moins trois continents différents et servant une clientèle internationale.”

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Voir La critique de SUN TZU France par Yann Couderc

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L’Entreprise Stratégique 2020-2040 : de Sun Tzu aux fondamentaux modernes de la prospective

Global Trends 2040 - Prospective - Penser un Ordre au sein du Chaos

Derrière les analyses des Tendances Mondiales 2020 – 2040 : L’art de repenser l’Ancien Monde, ses dieux, ses géants et ses démons.

« Être plusieurs années à faire face à des ennemis dont on ignore les desseins et la situation en reportant constamment les actions décisives parce que le général rechigne à accorder les moyens nécessaires à favoriser et recueillir des renseignements, alors ce général est un monstre d’inhumanité qui ne mérite ni de commander une armée ni de seconder son souverain.
N’employer pour vaincre que la voie des sièges et des batailles, c’est ignorer également et les devoirs de souverain et ceux de général en matière de renseignement. Car un prince avisé et un brillant général savent que nul ne peut remporter de victoires décisives sur l’ennemi si leurs actions se bornent à la simple force brute.
Une réalisation ne dépasse celle du commun que par la capacité d’anticipation, de prévision. Le recueil d’informations préalables ou prévisions n’est ni le fruit de quelconques conjectures divinatoires ni celui de prédictions tirées d’analogies trompeuses de précédents historiques.
La capacité de prévision ne provient uniquement que des hommes renseignés connaissant la situation de l’adversaire qui par leurs rapports fidèles vous informent des dispositions de celui-ci. »
Sun Tzu (Décryptage stratégique de la pensée Sun Tzu — Chapitre XIII)

Généraux Stratèges et Rois Prophètes

De 475 à 221 av. E.C la Chine connaît une période féodale sombre pendant laquelle six états principaux se firent quasiment continuellement la guerre pour leurs suprématies. Cette période était chaotique, contestée et confuse plongée au cœur d’une ère parsemée de guerres endémiques, de vendettas et de razzias organisées. Malgré ce chaos permanent et les famines récurrentes, les souverains poursuivaient leurs quêtes de gloires en consacrant toutes leurs ressources à préparer leurs guerres. Dans cet ‘hiver féodal’, la morale et l’ordre semblaient avoir laissé la place à la contestation, à la colère froide et au décrochage de pans complets d’une population se sentant abandonnée. Pourtant, dans ce climat politique des plus répressifs bordés par une justice aux sentences expéditives ; dans ce désordre apparent où, en plus des guerres la corruption, la fraude et les trahisons étaient endémiques, apparaît un vaste champ d’opportunités pour toutes sortes d’experts, politiques ou religieux, militaires et légistes formant un corps diffus comprenant une centaine d’écoles parsemées dans les différents royaumes. Dans ce climat de déception politique et de retournements diplomatiques, les souverains isolés et méfiants faisaient appel à ces érudits conseillers itinérants afin de régler les rouages d’une machinerie d’état vouée aux ambitions des plus carnassières. Parmi ces experts, une école s’illustre en particulier, celle des stratèges.

Anticiper le temps c’est comprendre l’espace à parcourir

Dans son excellent ouvrage Les fonctionnaires Divins (Seuil), le sinologue Jean Lévi décrit d’une plume à nulle autre pareille à quoi devait ressembler une gouvernance en état de crise permanent au cœur même d’un monde en rupture durant l’ère antique des Royaumes Combattants chinois : « … Ainsi des spécialistes de la politique s’emploient dans les conseils privés des monarques à élaborer de profonds stratagèmes. Et les princes, retirés dans leurs palais, pour échapper aux regards inquisiteurs des agents de leurs rivaux, échafaudent des plans compliqués et subtils ; ils évaluent les risques, supputent les chances, analysent les situations. Sur tout le territoire se jouent de formidables parties de gô dont dépend la survie des États… La politique se résume en une suite de plans compliqués et tortueux, car il faut dépasser, saturer la capacité de prévoyance de l’adversaire, le battre sur le terrain de la prévision. »

Les méthodes offensives et défensives utilisées dépendront des qualités essentielles des experts chargés de préparer les manœuvres afin de conduire un État au pinacle de son rayonnement et bien entendu d’éconduire ses adversaires les contraignant à la subordination politique et matérielle.

Inséparables siamoises, la Stratégie est sœur de l’Anticipation. Avant d’être employé dans un contexte civil, l’emploi du terme ‘stratégie’ ou ‘stratège’ a un sens militaire en tant que système et méthode d’anticipation en vue de conquérir un objectif. Le Renseignement et la prospective sont deux siamois ; aucun des deux n’a de raison d’exister sans l’autre. Alors que le recueil de renseignements demande des qualités humaines singulières, le travail prospectif est un exercice de psychologie prône à la paranoïa où les signaux forts et faibles ne cessent de batailler pour leur suprématie, se disputent leur influence, s’annulent et se recomposent au gré de chaque élément apportant une nouvelle lumière aux conjectures des experts. Dans cet exercice, chaque renseignement recueilli mute dans une perpétuelle sarabande entre ‘facteur majeur’ ou probable ‘gageure’, selon qu’il soit associé à ceci ou cela, l’angle d’attaque souhaité par les analystes, le tout dans une tornade de biais cognitifs aussi divergents que convergents… selon que l’on soit ‘ici’ ou ‘là-bas’.

Stratégie - penser demainTerrain par définition miné, la prospective donne toujours raison au premier chef aux plus pessimistes, puis viennent les prudentes pondérations des réalistes ; mais de tout temps une règle d’or s’applique toujours ! : ne jamais céder aux idéalistes. En stratégie, c’est l’évitement des pires éventualités qui oriente les marches et fixent les cadences. Car, « Prospectiver » c’est tenter une traversée à risque, naviguer d’incertitudes en malentendus, de mensonges en approximations, de détails majeurs en évidences mineures. C’est précisément dans cet espace d’analyse que se trouvent ces facteurs topographiques qui, assemblés selon une méthodologie choisie, formeront une esquisse, une voie, la découverte d’un nouveau continent … et peut-être un engagement.

Déconstruire pour tout reconstruire… Comment bâtir un Futur sur les fondations d’un passé tronqué ? D’un monde incompris ? De progrès technologiques techniquement toujours plus complexes et accélérateurs disruptifs de notre fragilisation ?

La méthode prospective utilisée par le Strategic Futures Group pour structurer et produire le Global Trends

La méthode appliquée par le renseignement états-unien pour produire le rapport Global Trends relève d’une architecture ‘globale’ utilisant quatre composantes majeures définissant un périmètre d’analyse basé sur 4 paramètres ‘techniques’ clés ou ‘forces structurelles’ : la démographie (le développement humain), l’environnement, l’économie, les technologies. Dans un deuxième temps, ces ‘forces structurelles’ sont soumises à trois facteurs de contraintes et d’impulsions ou ‘dynamiques émergentes’ en interaction : les dynamiques sociétales (individus et sociétés), étatiques et enfin, celles liées au système international (blocs et alliances).
Bien entendu, au centre de toutes ces analyses et probabilités, c’est le plus volatil des facteurs qui est la variable d’ajustement la plus complexe : le facteur humain. Sur la base de ce rapport, ce sont ses préoccupations sur trois aspects et ses décisions qui ajusteront les orientations des blocs et les futurs conflits à venir : quelle est la nature des défis mondiaux imminents et où sont les priorités ? De quelle manière les États et les acteurs non étatiques s’engagent-ils dans le monde (choix d’objectifs et types d’engagements) et enfin, à quoi les États accorderont-ils la priorité pour l’avenir ? Soit 17 millions d’hypothèses globales selon les calculs de probabilités bruts (hors pondération)… Un vaste chantier si l’on considère cette méthode d’analyse.

Mais quel est l’objectif sous-jacent à ces supputations ? Pourquoi s’engager sur autant de facteurs dynamiques et de paramètres structurels dans de si complexes analyses ?

La réponse : anticiper les risques de dégradation de certains facteurs prépondérants afin d’éviter l’émergence de menaces majeures et enfin, le déclin ou la fin irréversible d’une ère. Alors que peut-on considérer comme risques pouvant engendrer le ‘pire à venir’ selon ce rapport ?
La méthode la plus radicale est pourtant aussi séculaire que l’est l’Art de la Guerre : celle qui identifie les risques et anticipe les réponses possibles aux menaces en prenant les devants afin soit de les diminuer, soit de les éliminer.

Quels sont les défis mondiaux principaux selon le Global Trends 2040 ?

Premièrement, les défis mondiaux communs – y compris le changement climatique, les maladies, les crises financières et les perturbations technologiques – sont susceptibles de se manifester plus fréquemment et plus intensément dans presque toutes les régions et tous les pays. Ces défis – qui manquent souvent d’un agent humain direct ou d’un facteur amplificateur – produiront des tensions généralisées sur les États et les sociétés ainsi que des chocs qui pourraient être catastrophiques. La pandémie COVID-19 en cours marque la plus importante et la plus singulière des disruptions depuis la Seconde Guerre mondiale, avec des implications sanitaires, économiques, politiques et sécuritaires qui se répercuteront dans les années à venir. En voici quelques clés essentielles :

Ordre Mondial6000-milliards-d-emprunts

La pandémie COVID-19 a fourni un exemple frappant des faiblesses de la coordination internationale sur les crises sanitaires et de l’inadéquation entre les institutions existantes, les niveaux de financement et les futurs défis sanitaires. Au sein des États et des sociétés, il y aura probablement un écart persistant et croissant entre les demandes des populations et ce que les gouvernements et les entreprises pourront offrir. De Beyrouth à Bogotá en passant par Bruxelles, les populations descendent de plus en plus dans la rue pour exprimer leur mécontentement face à l’incapacité des gouvernements à répondre et anticiper à un large éventail de besoins, d’agendas et d’attentes. Du fait de ces déséquilibres, les ‘anciens ordres’ – des institutions, aux normes en passant par les types de gouvernance – sont mis à rude épreuve et, dans certains cas, se disloquent. Les acteurs à tous les niveaux peinent à s’entendre sur de nouveaux modèles de gouvernance et de structuration de la civilisation.

Menaces climatiquesMenaces climatiques

Les effets du changement climatique et de la dégradation de l’environnement sont susceptibles d’exacerber l’insécurité alimentaire et hydrique des pays pauvres, d’augmenter les migrations, de précipiter de nouveaux défis sanitaires et de contribuer à la perte de la biodiversité. Le changement climatique obligera presque tous les États et les sociétés à s’adapter à un réchauffement des températures. Certaines mesures sont aussi simples et peu coûteuses que la restauration des mangroves ou l’augmentation du stockage des eaux de pluie ; d’autres sont aussi complexes que la construction de digues massives et la planification de la relocalisation de grandes portions des populations impactées.

TechnologiesMonde connecté et IA

De nouvelles technologies apparaîtront et seront utilisées de plus en plus vite, perturbant les emplois, les industries, les communautés, la nature du pouvoir et la signification au sens ontologique. Paradoxalement, alors que le monde est devenu plus connecté grâce aux technologies des communications, au commerce et au mouvement des personnes, cette même connectivité a divisé et fragmenté les peuples et les pays. L’environnement d’information hyperconnecté, l’urbanisation accrue et les économies interdépendantes signifient que la plupart des aspects de la vie quotidienne, y compris les finances, la santé et le logement, seront toujours de plus en plus connectés. L’Internet des objets englobait 10 milliards d’appareils en 2018 et devrait atteindre 64 milliards d’ici 2025 et peut-être plusieurs trillions d’ici 2040, tous interconnectés en temps réel. À son tour, cette connectivité contribuera à produire de nouvelles efficiences, des produits et des avancées en matière de niveau de vie. Cependant, ce phénomène créera et exacerbera également les tensions à tous les niveaux, des sociétés divisées sur des valeurs et des objectifs.
La technologie sera une artère clé pour obtenir des avantages comparatifs grâce à l’adaptation. À titre d’exemple, les pays en mesure de tirer parti des gains de productivité grâce à l’intelligence artificielle (IA) auront des opportunités économiques élargies pouvant permettre aux gouvernements de fournir plus de services, réduire la dette nationale, financer une partie des coûts du vieillissement de la population et aider certains pays émergents à éviter le piège des revenus intermédiaires (niveau seuil de revenus par tête à partir duquel les pays qui l’ont atteint seraient bloqués dans un piège, qui les empêche de croître davantage). Les avantages d’une technologie telle que l’IA seront inégalement répartis au sein et entre les États et plus largement, l’adaptation est susceptible de révéler et d’exacerber les inégalités.

Migrationsglobal trends et réfugiés climatiques

La pression continue des déplacements humains liés aux migrations mondiales (en 2020, plus de 270 millions de personnes vivaient dans un pays vers lequel elles ont émigré, 100 millions de plus qu’en 2000) obligera les pays d’origine et de destination à gérer l’ensemble des flux et ses effets. Ces défis migratoires se recouperont en cascade, y compris de manière difficile à prévoir. La sécurité nationale exigera non seulement de se défendre contre des armées et des arsenaux militaires, mais aussi à résister et à s’adapter à ces défis mondiaux communs. La difficulté de relever ces défis transnationaux est en partie aggravée par la fragmentation croissante au sein des communautés, des États et du système international.

Un dernier mot

Le rapport précise qu’après plusieurs décennies de progrès extraordinaires en matière de développement humain, de nombreux pays auront probablement du mal à s’appuyer sur ces acquis voire maintenir ces succès, car dépasser les défis de base liés à l’enseignement et à la santé seront rendus plus difficiles avec des populations plus importantes et des ressources plus restreintes. En outre, les effets physiques de phénomènes météorologiques de plus en plus extrêmes, de températures plus élevées, de changements dans les régimes de précipitations et d’élévation du niveau de la mer toucheront tous les pays, mais nuiront de manière disproportionnée aux économies en développement et aux régions les plus pauvres. Le rythme et la portée des développements technologiques au cours de cette période seront susceptibles de s’accroître et de s’accélérer, de transformer et d’améliorer une gamme d’expérimentations et de capacités humaines tout en créant de nouvelles tensions et disruptions au sein et entre les sociétés, les industries et les États.

Au cours des deux prochaines décennies, plusieurs tendances économiques mondiales, notamment l’augmentation de la dette souveraine, les nouvelles disruptions sur l’emploi, un environnement commercial plus complexe et fragmenté et l’émergence d’entreprises puissantes, sont susceptibles de façonner les conditions au sein et entre les États. Les grandes luttes de demain, une fois de plus, seront liées à la capacité des populations et des états à s’adapter à ces nouvelles donnes dont la pandémie a été un brutal accélérateur.

Le danger principal réside dans le fait que de nombreux gouvernements sont déjà acculés à des endettements records soumis à des marges de manœuvre considérablement réduites en matière d’investissement, des réglementations commerciales complexifiées et faisant face à un éventail toujours plus large de puissants acteurs étatiques et d’entreprises exerçant leur influence sous les radars d’un ancien ordre mondial sujet à controverses.

Autrement dit : comment conserver son leadership face à l’émergence de blocs nouveaux et d’alliances inédites dans un nouvel ordre mondial controversé post-états-unien.

 

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Global Trends 2040 - Tendances Mondiales 2040 en français
Global Trends 2040 – Tendances Mondiales 2040 : le dernier rapport stratégique des Services de Renseignement des USA (© 2021 Maîtres et Dirigeants – Arcana Strategia pour la traduction originale en français – JUIN 2021 – www.arcanastrategia.com)

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Le GLOBAL TRENDS 2040 – Les Raisons d’une Entreprise Stratégique à 6000 milliards de $ dans un monde toujours plus controversé

Un New Deal historique pour garder le leadership mondial en post-pandémia

Tendances Mondiales 2040 - Le dernier rapport stratégique prospectif du Conseil national du renseignement des USA
Tendances Mondiales 2040 – Le dernier rapport stratégique prospectif du Conseil national du renseignement des USA (Picture H. Koenjoro | Fine Art Photography)

Aux États-Unis, la réponse budgétaire à la crise pandémique reste inédite dans les annales de notre Histoire et doit être décryptée à l’aune d’un monde au bord de ruptures multiformes – des ruptures irrémédiablement engagées dans des dynamiques d’accélérations révolutionnaires.

Global trends 2040 : Un rapport prospectif qui “vaut 6000 milliards de $” : un nouvel ordonnancement de priorités dans un monde en état d’urgence.

6000 billion $ for a New Deal in the USA
Green is the New Deal (USA’s post-pandemia budget for 2021)

Un seul chiffre : 6000 milliards $ – ce budget spectaculaire a été présenté par les Démocrates au Congrès américain le 28 mai dernier et il reviendra aux élus d’adopter les mesures et les réformes nécessaires pour maintenir un « Future made in America » selon le slogan consacré pour maintenir le leadership dans un monde d’après. Ce budget inédit depuis le New Deal est une ‘estimation’ des besoins stratégiques cruciaux du pays pour sortir d’une longue période de laisser-faire néo-libéral et le transformer en une redoutable machine keynésienne dans laquelle l’État reprendrait ses droits d’un revers de main. C’est une nouvelle investiture précipitée dans une croisade difficile afin de subordonner la main invisible des marchés à la main de fer d’un état stratège engagé ; entre un New Deal et un Plan Marshall, la marche états-unienne pour une nouvelle doctrine de leadership est annoncée.

Voici les raisons qui feront de ce dernier rapport stratégique une lecture incontournable pour décrypter et anticiper ce brave new world à l’état embryonnaire…

Une lecture cruciale pour tout dirigeant stratège en 2021

Septième opus depuis sa première édition en 1997, ces rapports prospectifs ‘Global trends’ du National Intelligence Council ont un puissant impact politique à l’international en tant qu’ils reflètent une photographie globale de l’état du monde du point de vue de la puissance dominante états-unienne, mais surtout, préfigurent les perspectives potentielles sur la nature des engagements cruciaux à anticiper à l’échelle internationale en matière de risques politiques, démographiques, environnementaux, économiques et technologiques. le document original en version anglo-américaine est librement accessible en source ouverte et téléchargeable au format PDF depuis le 8 avril 2021 sur le site du NIC à l’adresse suivante : www.dni.gov/nic/globaltrends

Ce Global Trends 2040 aura probablement une plus grande aura que ses précédentes éditions de par l’émergence soudaine d’un écosystème en accélération et rendu de plus en plus complexe depuis 2020 par une seule et unique variable sanitaire qui s’est avérée – comme tout facteur ‘révélateur’ –, le cygne noir précurseur de réactions politiques et sanitaires disruptives, de modifications sociétales, mais aussi, d’accélération économique.

À cette date, après une ère pandémique qui n’a toujours pas dit son dernier mot et sous une nouvelle investiture Démocrate dans une Amérique post-Trumpienne au cœur d’un monde désorienté, ces analyses prospectives auront un impact direct et indirect inédit de par la nature des nouvelles priorités stratégiques, politiques et des engagements financiers massifs que prendront les états, les populations, les entreprises, mais aussi les organisations étatiques et non étatiques à l’influence grandissante. La récession mondiale liée au facteur Covid a fait l’objet de réponses contrastées et multiples selon les états, les continents et les alliances et cela, sans exception.

Prendre la mesure des nouvelles priorités et des urgences

Aucun secteur ne sera écarté par ces mesures mais encore faut-il comprendre ces nouvelles forces en présence – ce futur à l’état embryonnaire – pour construire la matrice gagnante ; cette même matrice à laquelle le général Eisenhower se soumettait chaque jour, face aux doutes et dans ses heures les plus sombres afin de discerner puis trancher parmi ses nombreuses priorités celles qui étaient les plus importantes de celles qui étaient les plus urgentes…

Car, ce sont bien ces forces structurelles interagissantes qui décideront des dynamiques émergentes et des choix cruciaux qui façonneront soit nos utopies, soit peut être aussi nos dystopies dans un monde en accélération et toujours plus fragmenté, plus controversé – ce que propose le rapport dans sa troisième section intitulée : Scénarios pour 2040 – Planifier l’avenir en pleine incertitude. C’est dans ce dernier chapitre que l’on retrouve cinq scénarios prospectifs de futurs ‘possibles’ de notre monde de demain…, en 2040. Sans relever de prédictions, ces scénarios nous engagent à des réflexions de fond – non pas sur d’inévitables fatalités ! –, mais bien sur les risques de les ignorer. Il en va aussi pour nous européens, de comprendre ces facteurs d’incertitudes selon d’autres perspectives mondiales, ce qui rend ce rapport particulièrement enrichissant dans ses analyses des dynamiques émergentes et des forces structurelles en action. En cela, la lecture de ce rapport contribuera à conforter ou invalider les champs de nos priorités économiques, nos urgences politiques et la nature des nouvelles menaces afin de les intégrer dès aujourd’hui dans nos analyses stratégiques.

Tendances mondiales : Cinq scénarios proposés en réponse à un monde fragilisé, disruptif, controversé.

Dans ce jeu de combinaisons de dynamiques et de ruptures, toutes les analyses se rejoignent pour annoncer une contestation croissante de l’ancien ordre à tous les niveaux – contestations bien plus marquées et multiformes que celles observées lors du siècle dernier -, reflétant des idéologies hybrides et novatrices ainsi que des points de vue contrastés sur la manière la plus efficace d’organiser la société et de relever les nouveaux défis futurs. La convergence des analyses nous conduit ainsi à observer soit un affaiblissement progressif des pouvoirs étatiques traditionnels, soit leur renforcement face à une fragmentation et une contestation croissante sur les questions économiques, culturelles et politiques.

Des décennies de gains constants en matière de prospérité et d’autres aspects du développement humain ont amélioré les conditions de vie dans toutes les régions et suscité l’espoir d’un avenir meilleur. Alors que ces tendances se stabilisent et se combinent à des changements sociaux et technologiques rapides, de larges pans de la population mondiale se détournent des institutions et des gouvernements qu’ils considèrent comme peu désireux ou incapables de répondre à leurs besoins. Les réponses humaines à ces principaux moteurs et la compréhension de ces dynamiques émergentes détermineront comment le monde, ses territoires et ses alliances évolueront au cours des deux prochaines décennies. Parmi les nombreuses incertitudes qui couvrent nos horizons, le rapport du NIC a exploré trois questions clés concernant les conditions régnant dans des régions spécifiques, les choix politiques des populations et les gouvernances à travers leurs structures et leurs idéologies :

  • Quelle est la gravité des défis mondiaux imminents ?
  • Comment les États et les acteurs non étatiques s’engagent-ils dans le monde, y compris les objectifs et le type d’engagement ? Et enfin,
  • À quoi les États accordent-ils la priorité pour l’avenir ?

C’est à partir de ces questions qu’ont été élaborés cinq scénarios plausibles, distinctifs et illustratifs du futur pour des mondes alternatifs en 2040. Chacun de ces scénarios reflète les thèmes clés des défis mondiaux partagés : la fragmentation, le déséquilibre, l’adaptation et une plus grande contestation. Trois des scénarios décrivent des futurs dans lesquels les défis internationaux deviennent de plus en plus graves et les interactions sont largement définies par la rivalité entre les États-Unis et la Chine.

Dans Renaissance des démocraties (Renaissance of Democracies), les États-Unis sont à la tête d’une résurgence des démocraties. Dans Un monde disloqué (A World Adrift), la Chine est le premier État, mais n’est pas mondialement dominant et dans Coexistence concurrentielle (Competitive Coexistence), les États-Unis et la Chine prospèrent et se disputent le leadership dans un monde divisé.

Deux autres scénarios illustrent des changements plus radicaux. Les deux résultent de discontinuités mondiales particulièrement sévères et défient à tour de rôle les hypothèses sur le système mondial. La rivalité entre les États-Unis et la Chine est moins centrale dans ces scénarios, car les deux États sont contraints de faire face à des défis mondiaux plus vastes et plus graves et constatent que les structures de gouvernance actuelles sont soit inexistantes, soit trop peu ou mal adaptées à ces défis : Silos séparés (Separate Silos) dépeint un monde dans lequel la mondialisation s’est effondrée et des blocs économiques et de sécurité émergent pour protéger les États contre les menaces croissantes ; Tragédie et mobilisation (Tragedy and Mobilization) est une variante basée sur des changements révolutionnaires ascendants, dans le sillage imminent de crises environnementales mondiales brutales et dévastatrices.

Un dernier mot sur ce rapport prospectif Global Trends : last but nos least

Le monde littéraire et les plates-formes de streaming n’ont pas fini de nous abreuver des conséquences de notre période actuelle. Autant jusqu’à 2020, les risques pandémiques n’étaient pas le paramètre central du ‘pire est à venir’, autant les risques majeurs traités en intrigue par les réalisateurs de séries d’anticipation voient certaines de leurs œuvres reprendre du service, ce qui peut être, pourrait être bienvenu… Car, dans les facteurs prépondérants à l’émergence d’un monde dystopique, une pandémie est juste l’un des plus puissants vecteurs de ‘propagation’ pour toutes les théories complotistes les plus alarmantes. Bien au-delà des blockbusters que furent l’Armée des 12 singes, World War Z ou la série d’anticipation Black Mirror, la pandémie a été un impensable accélérateur de particules scénaristiques. Parmi ces principales théories participant du « grand reset » se retrouvent invariablement celles du génocide scientifique planifié ; du contrôle répressif des populations ; du renforcement des mesures coercitives sur les déplacements individuels ; de l’emprise intégrale et démultipliée des GAFAM sur les flux d’informations numériques et de leurs contenus grâce à l’hyperdigitalisation et à l’IA et enfin, l’injection à grande échelle de substances antivirales suspectes aux conséquences menaçantes… Entre thèses transhumanistes et théories complotistes, le combat contre l’ignorance et l’obscurantisme n’a pas fini sa triste croisade.

Néanmoins, n’en déplaise à certains, parmi certaines de ces émanations théoriques, il semblerait que des premiers signaux émergents aient déjà transcendé la fiction en une réalité ; une réalité qui pourrait même s’avérer transgressive selon son angle de jugement : Les premiers écoréfugiés ne seraient-ils pas à nos portes ? Le crédit social chinois ne serait-il qu’un mythe mensonger distillé sous l’influence d’une dissidence étrangère ‘antipatriotique’ ? Le tracking invasif des individus via certaines applications mobiles et logicielles une pure fiction ? La brutale polarisation des populations en deux catégories socio-économiques et technologiques distinctes – les ‘vitaux’ contre les ‘digitaux’ – engendrée par une abyssale fracture digitale qui servirait les intérêts des uns et asservirait les autres ? Rien n’est moins sûr…

Plus que jamais dans notre histoire contemporaine, l’exercice prospectif n’a été nécessaire. Plus que jamais les choix de nos vingt prochaines années seront décisifs dans le maintien ou non de nos libertés individuelles et collectives au sein de démocraties averties. Entre une utopie naïve qui poursuivrait dans l’ignorance la quête régressive d’un certain ‘monde d’avant’ et celle – plus dystopique – qui prendrait le parti de penser le pire pour s’en protéger, il ne tient qu’à nous d’en décider collectivement.

Bon décryptage à tous !

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L’Entreprise Stratégique 2020-2040 | La Série Prospective : Le temps des bureaux augmentés

L'entreprise-stratégique 2020-2040-les-bureaux-augmentés

Téléportés ? Enfin nous y sommes !

Vous serez là-bas ou ailleurs mais toujours ici ; enfin partout… et surtout tout le temps.

D’ici à l’année prochaine – 2022 – vous allez apprendre la bonne nouvelle. Votre nouveau bureau virtuel n’aura plus besoins ni d’écran, ni de câbles, ni d’un espace de travail dédié : une paire de lunette suffira. Après les destructions-créatrices, vous découvrirez la “déconnection-connectée”.

Une progressive disparition du monde sensible au profit d’un monde virtuel. Les premières fractures sociétales opposent les techs et les no-techs.

Welcome onboard digital partners !

  Avec des connexions Internet plus rapides, des solutions cloud de plus en plus fiables et la quasi-instantanéité d’une 5G, l’évolution des postes de travail pour une partie toujours plus importante de la population se matérialisera par une transgression progressive du Home Office en Whole Office – ou bureau universel. Depuis 2020 – année que le magazine Time a récemment surnommé « la plus grande expérience de télétravail au monde » -, les restructurations techniques et technologiques des entreprises ont totalement modifié la nature des liens présentiels entre employeurs et employés. Le contrôle du temps de travail des salariés par la seule présence physique a enfin été résolu grâce aux technologies. Non seulement vos heures de travail sont intégrables à des statistiques de productivité quotidiennes mais en plus, vos employeurs pourront vous évaluer précisément selon des critères de bonnes pratiques et d’efficacité. Ce n’est pas du crédit social, mais encore mieux : vous devenez un paramètre d’analyse tangible d’un nouveau crédit : le crédit de productivité sociétal.

Lunettes connectés et crédit de productivité sociétal
Agent 01X278 : Monthly Target Achievement Potential : 98% – HR Observation : Fine Results = Stays onboard.

Les raisons de la nouvelle normalité : la “flexitualité” (flexibilité et virtualité)

Pour de nombreuses entreprises, la ‘plateformisation’ des équipes dispersées est devenue la « nouvelle normalité ». Le contexte global ainsi que les évolutions sociétales poussent nos sociétés tournées vers les services à rechercher un équilibre entre vie professionnelle et vie privée et des conditions de travail plus flexibles. Dans une étude mondiale de PwC sur les générations, il apparaît que de nombreux jeunes employés considèrent le travail comme une « chose » et non comme un « lieu ».

Habitués aux applications de visioconférences et massivement consommateurs d’écrans portables, la génération Z préfigure ce que l’ensemble de toutes les générations devront intégrer de manière globale dans les mois et années à venir. D’ailleurs, un croisement d’études comprenant des recherches prospectives effectuées par Forbes et PWC montrent ce que l’on peut déjà anticiper de manière sûre :

  • D’ici à 2028, la plupart des secteurs compteront jusqu’à 73 % de leurs équipes dans leurs rangs de télétravailleurs.
  • Selon les prévisions de Regus, d’ici 2030 l’économie américaine pourrait bénéficier d’un coup de pouce de 4 500 milliards de dollars grâce au travail flexible
  • Aux États-Unis, 80 % des travailleurs déclarent qu’ils refuseraient un emploi si le travail flexible n’en faisait pas partie
  • Dans un sondage réalisé auprès de 880 travailleurs du savoir basés aux États-Unis, 74 % ont déclaré qu’ils seraient prêts à quitter leur emploi pour travailler à distance
  • D’ici 2030, la demande pour le télétravail augmentera de 30 % lorsque la Génération Z entrera pleinement dans la vie active
  • 50 % des télétravailleurs prévoient d’être leur propre patron un jour
  • 34 % des personnes interrogées dans le cadre d’une enquête ont déclaré qu’elles accepteraient une baisse de salaire de 5 % pour travailler à distance

Télétravail et réalité virtuelle

Ce que déclarent les néo-télétravailleurs : Épanouissement personnel et gain de productivité

Concernant les gains de productivité : avec moins de distractions sur le lieu de travail et des solutions de collaboration intégrée (plateformes), les employés déclarent être en mesure de mieux gérer leur charge de travail et de rester en contact avec leurs équipes. Si 85 % des entreprises affirment que la productivité a augmenté « en raison de la flexibilité accrue », une étude de l’université de Stanford a révélé que, dans le cadre d’une expérience, le télétravail avait conduit à une hausse de 13 % des performances individuelles. Alors que les employés de bureau passent en moyenne 66 minutes par jour à discuter de sujets non liés au travail (courtoisies de couloir et rituel de la machine à café), les télétravailleurs ne passent que 29 minutes par jour à faire de même avec leurs collègues.

Concernant le bien-être : C’est un fait, les télétravailleurs passent moins de temps à produire du CO2 dans les embouteillages, passent plus de temps en famille, et prennent moins de jours de maladie que leurs homologues basés au bureau.

  • 75 % des employés à distance déclarent que le travail hors site a amélioré leur équilibre entre vie professionnelle et vie privée
  • 71 % des télétravailleurs disent être heureux dans leur emploi actuel, contre 55 % des employés sur site
  • 36 % des retraités révèlent qu’ils auraient continué à travailler si on leur avait donné la possibilité de travailler à domicile ou à temps partiel
  • 40 % des employés à distance indiquent qu’ils ne sont généralement « pas stressés » lors d’une journée de travail normale
  • 57 % des employeurs déclarent que la flexibilité du télétravail a amélioré le moral et réduit le renouvellement du personnel

(Toutes les statistiques sont accessibles sur les sites d’Indeed, Owllabs et Globalworkplaceanalytics)

L’heure des nouvelles souffrances et le nouveau paradoxe : de la déconnection sociale par la connexion digitale

Télétravail et dépression
Télétravail et dépression

Une stratégie exclusivement basée sur le numérique ne contient-elle que des avantages ? Il en ressort une étonnante volte-face des mêmes télétravailleurs lorsqu’ils font face à une situation d’obligation : qu’elle soit réglementaire, contractuelle ou sanitaire, nous ne sommes visiblement pas tous logés ni préparés à la même enseigne ; entre solitude et fragilisation des liens d’appartenance au groupe.

Une enquête réalisée par Harris Interactive du 4 au 8 novembre 2020 pour le ministère français du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion auprès d’un échantillon de 2049 personnes majeures confirme que tous les actifs ne peuvent pas télétravailler à plein temps. Si de nouvelles règles se sont imposées aux employeurs lors des reconfinements successifs, il en ressort qu’outre les contraintes et les limites technologiques ne sont pas les seules barrières au distanciel.

  • 39% des actifs en emploi déclarent que leur métier actuel ne peut pas être exercé en télétravail contre 36% qui disent pouvoir télétravailler sans difficulté.
  • 25% peuvent faire du télétravail mais avec des difficultés
  • 58% des salariés qui ont télétravaillé à 100% préféreraient venir sur leur lieu de travail au moins 1 jour par semaine.
  • 4 salariés sur 10 qui ont télétravaillé lors de la semaine de l’étude se sentent isolés, 3 sur 10 déclarent mal vivre le télétravail au quotidien.

Une synthèse en forme d’avertissement pour nos dirigeants stratèges, car le télétravail est aussi une forme d’isolement qui provoque un ressentiment d’abandon. La force du collectif est un atout majeur pour toute structure dynamique car chacune des parties joue un rôle charnière dans un projet commun. Si les lunettes connectées en mode ‘whole office’ seront un avantage certain pour la plupart, elles représentent aussi un piège psychologique en cassant cette barrière cognitive qui effectue le discernement entre réalité et désir ; matérialité et imagination… Sans cet espace, les connectés deviendront des néo-déconnectés : ici et ailleurs, présent et absent : lunatiques et incohérents. La productivité individuelle quantifiée par le crédit de productivité sociétal risque d’avoir du plomb dans l’aile.

Votre nouveau bureau
Future Office 2025-2040 – L’entreprise passe de l’open-space au salon.

Si les prospective sur les espaces de ‘bureaux’ et les ex- ‘open space’ ne sont pas optimistes pour les professionnels du secteur, il est néanmoins fort probable que se développeront de nouvelles prestations d’espaces de réunion ou de co-working exclusivement dédiés aux entreprises dans l’esprit des ‘salons’. Espaces d’échanges et de partage aménagés pour rappeler que nul Homme n’est une île et encore moins une machine.

Les dirigeants stratèges auront été prévenus.

Bon courage à toutes et tous !

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Deux ouvrages de l’auteur pour développer sa pensée et ses réflexes stratégiques

Jérôme_Gabriel- ouvrages-collection_stratégiques

Voir La critique de SUN TZU France par Yann Couderc

Copyright © 2020 – Arcana Strategia (coll. Maîtres & Dirigeants)

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jerome gabriel - blog Le Temps - Sun Tzu - Intelligence et cultures stratégiques

L’Entreprise Stratégique 2020-2040 | La Série Prospective : Le Protocole Red Team

Lentreprise stratégique-Jerome Gabriel

Red Team : Un état-major du futur au service d’une gouvernance stratégique

Placée sous l’égide de l’Agence de l’innovation de défense (AID) en coopération avec l’Etat-major des armées (EMA), la Direction générale de l’armement (DGA) et la Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS), la RED TEAM offre une vision prospective afin d’anticiper les risques technologiques, économiques, sociétaux et environnementaux susceptibles d’engendrer de potentielles conflictualités à l’horizon 2030-2060.

Communiqué de Presse du Ministère des Armées
Paris, le 10 décembre 2020

Au cœur de toutes les meilleures gouvernances stratégiques : une cellule prospective en mode ‘red team’

Ici on pense l’avenir. Ou plutôt, on pense ‘l’homme à venir’. La prospective est une science en soi à la mi-chemin entre l’analyse factuelle et la projection créative. Projeter des perceptions d’une réalité pour créer des scénarios imaginaires fondés sur des probabilités possibles.

La prospective selon minority report
Minority Report

La prospective ne consiste donc pas simplement à prévoir l’avenir – ce qu’est la futurologie -, mais à déduire le futur selon une multitude d’options et de trajectoires combinant les environnements scientifiques et technologiques, les écosystèmes environnementaux et sociétaux, l’économie et la géopolitique. Chacun de ces environnements étant par lui-même subdivisé en une multitude de paramètres existants dont les interactions dans le temps et l’espace peuvent créer autant de ruptures bénéfiques que menaçantes, progressives ou brutales selon les combinaisons choisies. Le principe clef veut que ce ne soit pas l’Histoire qui se répète mais les comportements humains qui se reproduisent. Entre l’anthropologie et la sociopsychologie, l’intelligence prospective se pense entre nos deux hémisphères – le rationnel gauche et le créatif droit – pour envisager une cartographie sous la forme d’un damier à trois dimensions : une sorte de Rubik’s cube de combinaisons de risques faiblement probables ou fortement possibles – peu ou très impactants selon sa position stratégique.

La prospective stratégique : un outil de gouvernance et de management

L’entreprise stratégique se renforce principalement d’un outil managérial de prospective afin d’anticiper les risques liés aux ruptures de tendances, de technologies ou de modes. De nombreux cas marketing expliquent cette nécessité afin d’éviter les dénis et les ignorances courants au sein de directions générales coupées de toute réalité. Depuis l’année 2000, en effet, plus de 50 % des plus grandes sociétés listées à l’indice Fortune 500 ont disparu des écrans radars. Dès les années 1990, certains dirigeants avertis et stratèges développent en interne des cellules avancées avec pour objectif de déployer des stratégies de projection et de domination économique plus globales intégrant des veilles concurrentielles, sociétales et géopolitiques au sein d’un jeu de cartes augmenté de champs toujours plus vastes d’acteurs directs et indirects (institutions, influenceurs médiatiques, mœurs, associations militantes, règlements supranationaux etc …). Un seul objectif : protéger l’entreprise des incertitudes en accroissant sa résilience structurelle et sa capacité d’anticipation.

Prospective - Prévoir le Future
Credit : Metropolis – 1927

En matière politique les choses sont beaucoup plus complexes. Si de tous temps l’anticipation s’est muée d’un art divinatoire prophétique vers une science raisonnée de probabilités élaborées sur la base d’une doctrine de domination politique et militaire et d’influence civilisationnelle, l’art prospectif d’un gouvernement est d’une toute autre matière. En effet, dans notre histoire contemporaine, la prospective aurait été instaurée aux États-Unis après Hiroshima en 1945 sur la base d’une rupture technologique militaire majeure dont l’impact sur les enjeux géopolitiques rabattait intégralement les cartes – La Rand Corporation en tant que Think Tank est sollicité par le département d’État américain afin de mettre des méthodes d’analyses prospectives dont la première modélisation apparaît sous la forme d’un système de scénarios interchangeables au nom de code Delphi. Les évolutions des méthodologies couplées à la puissance de calcul des supers ordinateurs de la CIA et de la NSA se sont depuis transformés en de puissants outils d’anticipation et de dissuasion. Car, qui anticipe le futur et ses tendances peut aussi en modifier le cours par le biais d’actions d’influences ou de contre-influences, mais aussi en créant des situations de rupture comme celui de la bombe H ou de manière plus actuelle avec la guerre des étoiles… La prospective est ainsi devenue l’écheveau divin des gouvernances ambitieuses dans leurs processus de préservation, d’autorité et de domination. Si les approches doctrinales peuvent diverger, il reste que la posture du ‘rain maker’ dans sa danse chamanique pour appeler de ses vœux la pluie bienfaitrice est aussi une manière d’engager un pari auto-prophétique sur l’avenir et de favoriser dans le temps ce qui est désirable.

Prospective et science-fiction : penser en mode red team

La Red Team Française
Une Red Team au service de l’Etat – Crédit Ministère des armées

Qui est la Red Team ?

Démarré en France dans le courant de l’année 2019, le programme RED TEAM a été instauré au sein du ministère des Armées dans le cadre d’une mission d’anticipation sur l’innovation. La Red Team défense est composée d’une dizaine d’auteurs et de scénaristes de science-fiction travaillant en étroite collaboration avec des experts scientifiques et militaires placés sous l’égide principale de l’Agence de l’innovation de défense. Son objectif premier est de permettre d’anticiper les aspects futurs de la technologie, de l’économie, de la société et de l’environnement qui pourraient engendrer des conflits à l’horizon 2030-2060. Dans ce jeu de combinaisons de rupture, aucune hypothèse ne peut être écartée – ce qui est d’autant plus nécessaire que toutes les précédentes modélisations ont volé en éclat avec la pandémie.

À l’heure pandémique : Les théories dystopiques du ‘grand reset’ et la fin de l’humanité

Les plateformes de streaming n’ont pas fini de nous abreuver avec les évènements récents. Autant jusqu’à 2020, les risques pandémiques n’étaient pas le paramètre central du ‘pire est à venir’, autant les risques majeurs traités par les réalisateurs de séries d’anticipation voient certaines de leurs œuvres reprendre du service. Car, dans les facteurs prépondérants à un monde dystopique, une pandémie est juste le pain béni commercial pour tout développement de théories complotistes. Bien au-delà des blockbusters que furent l’armée des 12 singes ou World War Z, la pandémie a été un accélérateur de particules impensables il y a encore quelques mois. Suivez mon regard : théories du génocide scientifique ; du contrôle répressif des populations ; du renforcement limitatif des mesures de déplacements individuels ; de l’emprise intégrale et démultipliée des GAFAM des flux d’informations numériques et de leurs contenus grâce à l’hyper-numérisation en distanciel des postes de travail et enfin, l’injection à grande échelle de substances antivirales dont les conséquences sur notre évolution à long terme restent inconnues… Alors, la réalité dépassera-t-elle la fiction ? Les premiers éco-réfugiés sont-ils réels ? Le crédit social Chinois un mythe mensonger distillée sous l’influence d’une dissidence antipatriotique ? Le tracking des individus via certaines applications mobiles une fiction ? La brutale polarisation des populations en deux catégories socio-économiques et technologiques distincts : l’abyssale fracture digitale qui servira les uns et asservira les autres ?

Où est votre Red Team ?
Où est votre Red Team ?

Plus que jamais dans notre histoire contemporaine, l’exercice prospectif n’a été nécessaire. Plus que jamais les choix de nos vingt prochaines années seront décisifs dans le maintien ou non de nos libertés individuelles et collectives. Entre une utopie naïve qui poursuivrait dans l’ignorance la poursuite irréfléchie d’un certain monde d’avant et celle, dystopique qui prendrait le parti de penser le pire pour s’en protéger, il ne tient qu’à nous de le décider collectivement. Ainsi l’ère nouvelle sera ou ne sera pas ‘spirituelle’, les néo-prophètes du ‘jour d’après’ auront misé sur le noir ou sur le blanc, les autres, peut être prendront la voie la plus difficile : celle de la Red Team.

En savoir plus : En amont des prochains articles sur l’entreprise stratégique 2020-2040, j’engage nos lecteurs à prendre connaissance du dernier rapport d’anticipation Vigie 2020 du cabinet Futuribles International intitulé ‘Scénarios de rupture à l’horizon 2040-2050′. Il nous permettra de jalonner ensemble les quelques réflexions et orientations tangibles à anticiper au plan des technologies (communications et transports), des écosystèmes environnementaux, des nouvelles dominations par blocs géopolitiques, des fractures économiques et sociétales.

En vous remerciant encore pour votre fidélité 🙂

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Deux ouvrages de l’auteur pour développer sa pensée et ses réflexes stratégiques

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Voir La critique de SUN TZU France par Yann Couderc

Copyright © 2020 – Arcana Strategia (coll. Maîtres & Dirigeants)

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L’Entreprise Stratégique 2020-2040 | La Série Prospective : La Fracture Numérique

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Stratégie & Technologie – The Orville Space Station – Design by Nick Hiatt

L’Entreprise Stratégique – Introduction à la série

Repenser son organisation stratégique face au futur numérique : se projeter demain, en 2040.

Depuis la nuit des temps, les humains se sont principalement différenciés des animaux par leur capacité d’anticipation et de préservation : réduire les risques et les aléas afin d’augmenter ses chances de profit ou de succès. La pensée stratégique nous anime génétiquement depuis ces temps immémoriaux.

Récemment, notre humanité a connu une fracture inédite depuis celles – bien plus nombreuses -, du dernier conflit mondial. Les forces de la nature nous ont irrémédiablement engagées dans une nouvelle ère de rupture sociétale et économique dont la durée de transition reste une inconnue. Une ère de déséquilibre et d’incertitude qui touche tous les pans de nos sociétés. Pourtant, malgré les doutes passagers des uns et les incertitudes persistantes des autres, les ruptures et les crises nous apportent toujours une option majeure : celle du changement. Il ne tient qu’à nous d’en choisir les orientations, les moyens et les fins.

Le facteur RESET : la fin d’une Histoire et les premiers cyber-humains

Toutes les orientations prospectives récentes nous engagent de manière irréversible dans un âge cyber même si celui-ci était déjà omniprésent dans notre société civile sous une forme avancée depuis au moins vingt-cinq ans. Ce qui a changé récemment est que nous pensions qu’en nous connectant sur le web, nous ne laissions sur la toile que l’emprunte digitale de nos vies réelles ; ce qui était déjà faux en sois. Propulsés dans un monde confiné, nous prenons tout juste la mesure du facteur capital qui change la donne. Le ‘game changer’ est sous nos yeux et la perception s’est inversée, car c’est bien nous – les humains -, qui sommes devenus les empreintes de nos vies digitales. Les machines se vengeraient-elles déjà ? ou sommes nous devenus les complices impuissants d’un monde déshumanisé ?

L’entreprise stratégique face aux nouvelles donnes technologiques

L'entreprise stratégique - Evolution

Penser le futur n’est pas qu’un art divinatoire mais s’il reste à l’état embryonnaire dans notre présent, celui-ci peut être orienté selon les choix – bien humains ceux-là – que nous ferons pour demain. C’est précisément dans cet espace de temps que s’illustrent les entreprises stratégiques par leur capacité à influer sur nos sociétés en proposant des solutions innovantes voir ‘évolutionnaires’ pour servir l’Humanité. Une fois de plus, il ne tiendra qu’à nous de décider entre ce qui sera un service ou un asservissement. Vous l’aurez remarqué depuis un an maintenant, la nuance devient subtile…

Jusqu’à présent et depuis 1945, toutes les formations managériales aux affaires de type MBA ou similaires émanaient d’une doctrine unique, celle que toute création d’entreprise était basée sur un projet économique répondant à des besoins sociétaux identifiés et une logique de profit. Ce sont les technologies qui ont progressivement inversé le paradigme en créant des besoins nouveaux auprès d’une demande captivée par une certaine idée de la modernité couplée à celle de la facilité : la recherche du toujours plus rapide et du plus puissant.

Janus - Le passé et l'avenir stratégique
Janus : l’avenir est écrit dans le passé

Du premier véhicule à vapeur au dix-huitième siècle à la robotique contemporaine la plus avancée, les Hommes ont conclu un pacte scientifique irréversible afin d’opérer une course effrénée pour réduire toujours plus l’espace et le temps. Mais pourquoi ? Pour gagner un temps hypothétique de santé, de loisir et de plaisir pour les uns ; la puissance, la domination et le profit pour d’autres. L’Homo Economicus est un Janus à deux têtes, l’une s’éprend pour la longévité de l’espèce et le temps long et l’autre ne pense qu’à réduire la durée et maîtriser le temps court.

Mais les nouvelles donnes économiques ont franchi une nouvelle étape avec la sur-digitalisation de ce monde cyber en devenir : les frontières entre l’espace et le temps sont des concepts en voie de disparition. Nous assistons à la naissance d’un monde où le près et le loin s’effacent peu à peu, le court et le long se relativisent pour mieux s’annuler, les ‘ici’ et les ‘ailleurs’ sont en voie de disparition. Nous sommes déjà entrés dans l’ère de la téléportation.

L’entreprise stratégique de demain : une science-fiction économique entre utopie et dystopie.

L'entreprise stratégique - Stratégie et Technologies

La série proposée pour ce blog pour les semaines à venir proposera deux aspects de l’intelligence humaine dans la conduite des affaires : utopique ou dystopique selon le scénario ; démocrates éclairés ou sombres tyrans selon les acteurs qui y prendront leur rôle. Chacun pourra se projeter dans le temps – dans son temps – et décider de son libre arbitre de prendre parti pour les uns ou les autres. Nous postulerons sur un scénario futuriste et tenterons de nous projeter dans ses conséquences économiques et sociétales. Nous tenterons d’entrevoir les leaders de demain, les produits de consommation qui révolutionneront nos modes de vie, les influences politiques et réglementaires qui bouleverseront nos habitudes et bien sûr, ces secteurs économiques et ces modèles d’entreprises et de gouvernance qui survivront ou non aux dix prochaines années… Et bien sûr, ces technologies qui nous serviront, nous desserviront ou nous asserviront.

Nous nous projetterons pour cela en 2040 dans un monde divisé en deux populations : les Techs et les No-Techs (scénario de fracture et de communautarisme) vs les Vitaux et les Digitaux (scénario actuel de coexistence utilitariste).

Et plus que jamais, Sun Tzu ainsi que d’autres anciens stratèges et philosophes intemporels de l’ère antique nous accompagneront dans ce voyage contradictoire pour le meilleur ou pour le pire entre utopies possibles et dystopies probables. Fracture ou no-fracture, nous tenterons d’en poser les bases.

A très vite dans un autre espace-temps stratégique, car ici, ce sera à nous d’en décider les mutations.

 

En bonus cette au format Smartphone (sur Yumpu), le codex des cinquante préceptes stratégiques clefs pour tous dirigeants stratèges.

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